S'il ne devait en rester qu'un, ce serait Kagame

Publié le par Mahalia Nteby


Mon choix est fait. S’il ne devait en rester qu’un, ce serait Paul Kagame. Hier, en fin d’après-midi, la sentence est tombée. Le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France. Paul Kagame, par la voix de son ministre des Affaires Etrangères Charles Murigande, a donné 24 heures à l’ambassadeur de France pour quitter le territoire rwandais. Le reste du personnel de l’ambassade a 72 heures pour plier bagages. Toutes les institutions françaises, comme le Centre Culturel, l'école et le lycée français de Kigali, doivent également fermer leurs portes dans le même délai.

On le dit austère, je le trouve concis, direct, sans fioritures. Nul lyrisme si propre aux hommes politiques africains de filiation francophone. ’’Right to the point’’. Droit au but. Kagame ne consulte pas, Kagame n’hésite pas. Il dit ce qu’il a à dire quand il y a quelque chose à dire. Et surtout, il fait ce qu’il a à faire quand l’action est requise.

Son peuple a été traumatisé, quasiment éradiqué à cause de la France et de ses minables intérêts géostratégiques. Lui, qui a été chassé de son pays avec ses parents en 1960, lors des premières persécutions antitutsis, sait ce que son peuple a vécu et quels traumatismes lui ont été infligés par une clique d’exterminationnistes Hutus soutenus militairement, financièrement, médiatiquement et diplomatiquement par la France. Il sait qu’il ne peut pas se permettre de proroger les souffrances de ses concitoyens sous prétexte de ne pas vouloir se faire coller une étiquette d’extrémiste. Les Français en ont fait une spécialité: ils commettent toutes sortes d’exactions, puis, lorsque leurs plans cousus de fil blanc échouent lamentablement (mais malheureusement toujours en causant des centaines milliers de morts parmi les Africains), ils accusent ceux qui ont osé leur résister des pires turpitudes: Gbagbo est un fasciste à la tête d’escadrons de la mort, Kagame est un génocidaire. Qui a oublié la version française ’’des génocides’’ rwandais, sous entendant que les Tutsis avaient été tout autant victimes que bourreaux ?

Le hasard fait bien les choses. Mercredi, peu après que nous ayons établi la tradition génocidaire de la France dans les colonnes du Courrier d’Abidjan (cf. Les monstres se suivent et se ressemblent), une dépêche tombait. Le juge français Bruguière délivrait des mandats d’arrêt internationaux à l’encontre du président rwandais et de neuf de ses proches, accusés ’’d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, de complicité d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, d’association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes’’, relativement à l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, lors duquel celui-ci – concepteur d’une épuration ethnique qui n’a d’égale que celle des Juifs par Hitler – perdit la vie, et qui servit de signal de départ à l’extermination d’un million de Tutsis et de Hutus modérés en cent jours.

Réagissant immédiatement à cet acte aussi bien offensant, insultant que grotesque, le gouvernement rwandais a aussitôt rappelé son ambassadeur en France en consultation à Kigali jeudi. Dans la même journée, le Quai d’Orsay faisait une déclaration ’’qui tendait à apaiser les tensions’’, selon les medias hexagonaux, et annonçait que l’ambassadeur de France allait ’’rester en poste pour garder les canaux du dialogue ouverts’’ afin de préserver la discussion et la coopération avec le Rwanda. Quelle arrogance ! La France peut donc décider de rester là où elle est indésirable, parce qu’elle est membre permanent du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies, et qu’elle peut faire la pluie et le beau temps dans son soi-disant pré carré africain ? Ce n’est pas parce que certains pays se plient à cette dictature, en autorisant sans broncher le séjour sur leur sol de militaires français qui assassinent des citoyens aux mains nues, et de diplomates qui éructent à longueur de journée des accusations et des insanités à l’égard des plus hautes autorités du pays qui les héberge, que cela doit être irréversible.

Splendide Kagame, qui a cloué la France au pilori. Paris voulait rester au Rwanda, Paul Kagame a fait expulser l’ambassadeur français, comme il le fallait. Un aller simple pour Paris. Hier, Kagame a montré à ses pairs africains encore hésitants qu’ils peuvent traiter d’égal à égal avec la France. Il a prouvé à tous ceux qui en doutaient, qu’un grand sens de la stratégie n’est pas incompatible avec une rapidité d’action. Enfin un président qui agit au lieu de réagir ! Enfin un homme qui prend ses responsabilités sans hésiter, en faisant la fierté de toute l’Afrique ! Et qui démontre que dorénavant, les relations entre les ’’grandes puissances’’ et les ’’petits pays’’ peuvent et doivent s’établir sur un pied d’égalité.

Le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France. Qu’est-ce que c’est jouissif ! Le 24 novembre 2006 est un grand jour pour l’Afrique. Merci, monsieur Kagame ! Vous êtes, de loin, notre héros !

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, 25 Novembre 2006

Publié dans Edito

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