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Bluff

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Mardi 4 mars 2008

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Parfois le changement souhaité change lui-même de cap et produit des faits jamais espérés. C’est en substance le constat que l’on fait de la situation ivoirienne depuis l’arrivée des refondateurs au pouvoir. Un fait, et non des moindres, la corruption, mérite une attention singulière au regard de son ancrage dans la société post-refondation. Dans l’une de nos publications, le Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN) avertissait sur le risque d’une rupture sociale après les efforts pour ramener la paix dans ce pays. En effet, sous le poids d’un gouvernement affairiste dans la deuxième moitié des années 90, on est passé à une élite qui s’est appropriée le patrimoine génétique de la corruption. Il importe donc, de revenir sur les agissements d’une refondation pacotille dont les seuls actes héroïques ne sont que la corruption généralisée au point de devenir un fléau.
 

De l’espoir au rêve d’une révolution avortée 

On peut perdre ses clefs, son temps ou ses illusions, tant que l'on garde espoir... il n'y a pas de quoi s'affoler ! C’est ainsi que les Ivoiriens ont maintenu le cap après la mort d’Houphouët Boigny en 1993 et le coup d’Etat de 1999. Les promesses de quelques marchands d’illusion, de faire de la Côte d’Ivoire, un Etat où l’égalité rimera avec équité, où la promotion ira de paire avec l’effort et où ce sera l’effort qui fera les forts, ont fini par avoir raison d’un peuple déjà désorienté. Les Ivoiriens rêvaient donc d’un pays où l’on ne sera pas considéré par son appartenance religieuse ou ethnique, non plus parce que son père s’appelle tel ou un tel, mais d’un pays où la justice sociale, le droit de l’homme et la paix seront le socle. Comme le temps qui s’écoule si vite pour laisser croire qu’un ordre définitif est enfin établi, la guerre éclate et le naturel revient au galop. Le catéchisme pieux est abandonné au profit des pratiques peu recommandables et infectes. L’école n’est plus l’ascenseur social ou du moins elle est complémentaire d’une poche pleine de monnaie sonnante et trébuchante. Où est passé ce rêve de faire de la Côte d’Ivoire, la petite «Suisse», un Etat prospère où chaque citoyen pourrait reprendre tel un refrain que nous sommes tous égaux en droit ? La paix, si jamais elle existe, ne reposera pas sur la crainte de la guerre mais sur l'amour de la paix, disait Julien Benda, mais peut-on parler de paix lorsqu’on foule au pied la justice sociale ? 

La corruption institutionnalisée en Côte d’Ivoire 

Un dictateur n'est qu'une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous-dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables. Comme le rappelait Jacques Brillant, "au banquet de la corruption, l'or vaut plus que la foi"! C’est le moins qu’on puisse dire de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui : la foi en la justice a laissé la place au désordre et au pillage des ressources par une «bourgeoisie compradore». Les actes de corruption en Côte d’Ivoire sont légions. On pourra citer l’affaire des déchets toxiques qui n’a jamais été élucidé, le détournement des 100 milliards dans la filière café-cacao. De même, des détournements de 500 millions et 1 milliard 100 millions ont eu lieu respectivement dans les Universités de Cocody et Bouaké. Cette épidémie qui gagne du terrain a contraint les hommes de Dieu à dénoncer cette flagellation sociale des dirigeants ivoiriens. La déclaration des évêques en témoigne : «au nom et à la faveur de cette même guerre, un petit nombre de citoyens s’accaparent avidement des biens du pays et garantissent leur avenir et celui de leur postérité, pour des générations entières. L’on s’est installé dans l’hypocrisie, le mensonge et la duplicité. Le peuple est pris en otage, victime et souffrant». 

Les Ivoiriens perdent pied dans ce bouillon de confusion et leur vie est si précaire qu’elle se conjugue au présent. Le régime du président Laurent Gbagbo se retrouve sous le feu des critiques, nourries par plusieurs affaires de blanchiment et de détournements de fonds présumés qui suscitent des doutes jusqu'à l'intérieur de son camp. Les vérités dérangeantes du professeur Mamadou Koulibaly sonnent comme un aveu d’impuissance au milieu d’un système dont le seul dessein est l’enrichissement illicite, fiévreux et honteux. La multiplication et l'ampleur des révélations concernant des affaires de corruption ont profondément terni l'image de la classe politique et des milieux économiques. Outre la corruption généralisée, c’est l’insolence et le caractère ostentatoire de «ces pauvres en esprit» qui dérangent. Tandis que les Ivoiriens végètent et vivent comme à l’époque de Zola, certaines personnes, de part leur train de vie, narguent la patience et la sagesse des Ivoiriens. Que dire de la MayBach de monsieur Victor Ecra, un refondateur, ami personnel de Laurent Gbagbo, qui s`est offert une voiture de grand luxe d`une valeur de 505 millions FCFA? Ce mal est d'autant plus grave qu'il se produit dans une période de profonde crise de l'emploi et qu'au même moment, le phénomène d'exclusion repousse à la marge de la société une masse sans cesse croissante de personnes issues de toutes les couches sociales. La Côte d’Ivoire est devenue un pays en état de catatonie avec une corruption assonante. La Côte d’Ivoire est devenue une véritable pétaudière où la classe moyenne et les pauvres sont les recalés de la société. Les ressources du pays doivent être affectées à sa reconstruction au lieu de les dilapider. Point n’est besoin du FMI pour nous rappeler que les ressources disponibles gagneraient à aller à la réhabilitation des routes et autres investissements qui bénéficient directement aux populations. Les questions de racket des forces de l’ordre et de l’unicité des caisses de l’Etat ont été aussi abordées. Le FMI a même réitéré par ailleurs son souhait que l’exécution du budget soit communiquée régulièrement à la population, au moins chaque trimestre afin que chacun sache comment les ressources de l’Etat sont utilisées. Faisons en sorte que cette corruption prenne fin car elle conduit au carriérisme, au népotisme et au favoritisme. 

Où est passée la justice ?

Une radiographie sociologique de la justice ivoirienne est devenue nécessaire afin que la philosophie retrouve sa vocation naturelle de tribunal de la raison politique. Les biens publics sont sacrés et inviolables, il incombe à tout citoyen de les respecter et de les protéger. Tout acte de sabotage, de vandalisme, de corruption, de détournement, de dilapidation ou d’enrichissement illicite doit être réprimé dans la stricte limite de la Constitution. Face à certain train de vie douteux et aux affaires de détournement en Côte d’Ivoire, on se demande si le procureur de la République vit dans ce pays. Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. Monsieur le procureur devrait ouvrir une information judiciaire pour «corruption» et «abus de biens sociaux» à l’encontre de tous ceux qui ont un train de vie dont les revenus d’activité ne le permettent pas. 

Le peuple aura le dernier mot 

Le choc entre ce monde de l'exclusion et celui d'une élite dirigeante partiellement gangrenée par la corruption est porteur de graves conséquences, dont les plus manifestes sont le rejet de toute la sphère politique ou le recours à des formations extrêmes. Les hommes politiques ont tourné le dos aux préoccupations des populations pour poursuivre des buts personnels : l’enrichissement et la corruption. Les Ivoiriens ne sont plus maître de leur émotion, ils sont des joueurs du destin qu’ils n’ont pas choisi. Le peuple de Côte d’Ivoire aura raison des marchands d’illusions le moment venu car la majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections. 

Les élections prochaines seront l’occasion pour les oubliés, les exclus, les Ivoiriens d’en bas de choisir celui ou celle qui amènera la Cote d’Ivoire vers le développement équilibré où les enfants de pauvres auront les mêmes chances que les enfants de la Côte d’Ivoire d’en haut. Aucune autorité ne pourra feindre l’innocence vu l’impunité et l’immobilisme face à ces pratiques odieuses et immorales auxquelles une certaine élite ivoirienne s’adonne depuis quelques années. 

Ne nous reposons pas sur nos acquis, mais efforçons-nous de construire la paix, de vouloir que la paix soit dans le cœur et dans l'esprit de chacun. Cette paix tant recherchée, au demeurant, est possible. Mais elle exige que des engagements soient pris et tenus, en conscience. Il s’agit d’œuvrer à la réduction des inégalités. Il est peut-être temps que les autorités ivoiriennes s’emploient à l’éradication d’une corruption qui est nuisible à la croissance et au recul de la pauvreté. Le niveau moral de notre vie n'a rien de commun avec la gravité ou la nature de nos fautes. C'est la manière de se comporter bien ou mal dans le mal aussi bien que dans le bien qui nous classe. Il vous reviendra peuple de Côte d’Ivoire d’ensevelir les actes de quelques arrivistes qui à la faveur de cette douloureuse épreuve ivoirienne, construisent leur fortune sur les cendres de vos souffrances. 

Je signe cette prière au nom du peuple ivoirien. Après avoir connu des nuages chargés de menace, d’injustice et d’angoisse, le soleil brillera mais son éclat dépendra de vous. Je vous convie peuple ivoirien à ramener à leurs désillusions les marchands d’illusion qui ne pourront vendre leur forfaiture que sur des marchés parallèles de la politique. Vous aurez à faire bientôt un choix entre le politicien et l’homme d’Etat car comme le rappelle James Freeman Clarke, la différence entre le politicien et l'homme d'Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération. 

Prao Yao Séraphin, le 04 mars 2008

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Jeudi 27 décembre 2007

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Ecoutez le
podcast du Professeur Mamadou Koulibaly, Président de l'Assemblée Nationale ivoirienne. 

Quelles sont les causes du retard de l'Afrique francophone ? La France y est-elle "pour quelque chose" ? Les négociations du cycle de Doha pourront-elle changer l'avenir ?

Le Professeur Koulibaly a accordé une interview à unmondelibre.org pour répondre à ces questions.

http://www.unmondelibre.org/podcasts/Koulibaly_08_02_2007.mp3

Par unmondelibre.org, le projet francophone pour les droits individuels, la liberté économique et la paix

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Mercredi 24 octobre 2007

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Un discours insatisfaisant, même pour un partisan

Le discours-entretien que le Président Laurent Gbagbo a livré aux Ivoiriens le mercredi 17 octobre 2007 restera dans les annales, à mon humble avis, comme l’une de ses plus mauvaises interventions publiques. Certaines des déclarations du chef de l’Etat ont fait bondir de leurs sièges même des partisans comme moi. Le Président Gbagbo ayant par ailleurs réaffirmé le droit et le devoir, même des partisans, à faire honnêtement et consciencieusement leur travail (n’en déplaise aux censeurs, kpakpatos et autres terroristes intellectuels adeptes de la pensée unique), je me sens tout aise à continuer le mien, en disant à nos autorités, que «nous sommes contents» quand nous le sommes vraiment, ou que «nous ne sommes pas contents ni fiers» quand nous n’avons aucune raison de l’être. C’est une attitude qui a le mérite d’être saine pour tout le monde. Venons-en donc aux faits. Mon propos d’aujourd’hui tournera autour de la démission de l’Etat, telle qu’elle apparaît dans les propos du Président, et de la jungle qui semble vouloir le remplacer, si ce n’est déjà fait. Les preuves. 

Au journaliste qui relevait la persistance des laissez-passer et autres taxes qui entravent la liberté de circulation des populations dans les zones rebelles, malgré les «déclarations empreintes d’émotion» qu’on nous sert à longueur de journées, le président de la République de Côte d’Ivoire a donné une réponse des plus curieuses: «Moi-même j’irai très bientôt à Korhogo, Boundiali, Tengréla, Ferkessedougou, pour tirer les Ivoiriens, parce qu’on n’obtient rien sans rien. Si les Ivoiriens croient qu’après mon discours, la suppression de la zone de confiance, la flamme de la paix, ils vont rester à Abidjan et attendre que tout leur tombe entre les mains, ils se trompent. (…) Il faut partir chez soi quand on veut rentrer chez soi. Il faut forcer le chemin pour y aller. Et vous allez voir que progressivement, on va vous laisser partir. Ceux de Facobly et Kouibly ont fait un convoi, ils sont partis chez eux. (…) La liberté de circuler se trouve en circulant. Ce n’est pas en restant à Abidjan et en pleurnichant. Même avant la guerre, il y avait des coupeurs de route, des gens qui rackettaient, qui rançonnaient.» 

Franchement renversant ! Je n’ose pas croire que le chef de l’Etat ivoirien, qui a en charge la sécurité de nos biens et de nos personnes, en soit réduit à nous demander d’aller exposer nos poches et nos biens à ces nouveaux «racketteurs et nouveaux coupeurs de routes», qu’on est tout à fait sûr de trouver sur notre chemin !!! En d’autres termes, le chef de l’Etat nous dit : «Forcez le chemin ! Si les rebelles vous rackettent, ce n’est pas si grave que ça; avant la rébellion, il y avait aussi du racket. Si les rebelles vous tuent, ce n’est pas grave, avant la rébellion, il y avait aussi les coupeurs de routes qui tuaient aussi quelques fois» ! Non, avec tout le respect qu’un partisan comme moi vous doit, Monsieur le Président, ce n’est pas ça, «assurer la sécurité des biens et des personnes» ! «Assurer la sécurité des biens et des personnes», ce n’est pas leur demander d’aller affronter un danger plus certain que les probables coupeurs de routes qu’on n’était pas toujours sûr de trouver. Ce n’est pas leur demander d’aller forcer un passage, gardé par des hommes en armes qui n’ont pas le droit d’en porter, pour se faire humilier, spolier, blesser et probablement tuer. Non, Monsieur le Président, si c’est à cela que nous sommes aujourd’hui réduits, autant dire que nous ne vivons plus dans un Etat, mais dans une jungle, où chacun se débrouile et où c’est le plus courageux et le plus fort qui l’emporte ! 

Non, Monsieur le Président, vous ne nous tirerez pas en vous rendant à Korhogo, Boundiali, Tengréla, Ferkessedougou, etc. ! Vous, quand vous vous déplacez, c’est avec un dispositif sécuritaire impressionnant que le commun des Ivoiriens ne peut s’offrir ! Mais même avec ça, vous vous y préparez longtemps à l’avance ! Vos premières intentions de vous rendre à Bouaké avec des rebelles encore en armes datent de début 2004, pour un voyage effectif réalisé en 2007 ! Les Ivoiriens qui restent à Abidjan et attendent que ces rebelles, à qui l’Etat de Côte d’Ivoire a tout donné, veuillent enfin désarmer pour qu’ils puissent se rendre chez eux en toute sécurité, ne sont pas des pleurnichards. Surtout, si on veut bien tenir compte des traumatismes psychologiques qui sont les leurs, suite aux traitements inhumains que leur ont déjà fait subir dans un passé pas si passé que ça, ces mêmes rebelles ! 

Le chef de l’Etat parle de ceux qui ont pu aller chez eux. Et ceux qui ont risqué leurs vies dans ce genre d’aventures et qui les ont perdues, qui en parle ? 

Non, monsieur le Président, en tant que garant de toutes nos libertés, vous n’avez pas le droit de nous dire que nous trouverons la liberté de circuler, en circulant dans des zones où vous ne garantissez pas notre sécurité. Il n’est pas normal que ce soit «progressivement», au prix peut-être de plusieurs vies et d’une bonne partie des maigres économies des ressortissants des zones occupées, que ceux-ci puissent jouir de la liberté de circuler. 

Dans le même registre, nous avons été ahuris d’entendre le chef de l’Etat dire «si vous dites à un préfet "Allez dans telle localité" et qu’il vous dit "Ma sécurité n’est pas garantie" vous faites quoi ? Vous n’allez pas l’obliger à y aller. Donc vous êtes obligés de revenir et de faire en sorte que dans sa tête, il se sente bien. Et qu’il se sente en sécurité». Je refuse que cela soit la conception d’un chef d’Etat en matière de sécurité. Quand on a des personnes qui n’ont pas le droit d’être en armes et qui le sont, et qui obéissent à d’autres autorités, l’insécurité ne se trouve pas seulement dans la tête du représentant de l’Etat qui refuse de risquer sa vie. Surtout quand on voit ce qui vient de se passer à Bouna. 

Mais, dans l’affirmation de l’impuissance et de la démission de l’Etat, le Président Gbagbo ira encore plus loin, lors de cette fameuse interview: «Il y a aussi cette autre question de la cohabitation sur le terrain avec des autorités qui ne sont pas forcément celles de l’Etat. Alors cela pose des problèmes de restauration de l’autorité de l’Etat. Qui a le pouvoir ? On se rend bien compte que là où les préfets ont pris leur pouvoir, ils ont la totalité du pouvoir. Mais là où ils ont peur, ils ont la parcelle de pouvoir que leur courage leur permet d’avoir» !!! 

Complètement hallucinant ! On se croirait vraiment dans une jungle ! Alors comme ça, les préfets sont invités à guerroyer avec les com’zones ; et les plus courageux d’entre eux, s’ils arrivent à éviter les balles de quelques rebelles incontrôlés, pourront espérer avoir le pouvoir de représenter le chef de l’Etat (en totalité, après avoir écarté leurs concurrents). 

Voilà où nous ont conduit les fameux accords de Ouaga, si sacrés que personne n’a le droit d’être contre eux ou de les critiquer. Des accords qui, dans leur mise en œuvre sur le terrain, ne prévoient aucune place pour le désarmement ! Même pas pour le désarmement volontaire ! Le chef de l’Etat le confirmera d’ailleurs dans l’extrait qui suit : «Puisque nous nous sommes engagés dans la voie de la négociation, nous ne pouvons pas dire à des Ivoiriens : "tu n’es pas chez toi, quitte Bouna, quitte Korhogo". On ne peut pas leur dire ça. Ils peuvent rester là mais sans interférer avec l’Administration d’Etat. Puisque la voie sur laquelle nous nous sommes engagés oblige tous les Ivoiriens à accepter sur le territoire national tous les Ivoiriens.» No comment. 

Sylvestre Konin in Le Courrier d'Abidjan, le 24 Octobre 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Samedi 15 septembre 2007

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«Lorsque nous parvenons à écrire de bonnes choses, c’est à notre parti que nous le devons»
André Stil (communiste français) in Bernard Legendre «le Stalinisme français» 

«Nous devons nous garder de penser que la pratique de la méthode scientifique accroît les pouvoirs de l’esprit humain. Rien n’est plus nettement contredit par l’expérience que la croyance selon laquelle un homme qui s’est illustré dans un ou plusieurs secteurs de la science est plus à même que quiconque de réfléchir de façon sensée sur les questions courantes.» Wilfried Trotter 

I – Houphouët-Boigny, notre héritage commun : Leur Houphouët et le Nôtre 

Contre les lectures conservatrices de Houphouët-Boigny, ce texte propose une critique des appropriations révisionnistes et du pillage idéologique du patrimoine ivoirien. Le père fondateur d’une nation est toujours un opérateur de cohésion pour tous, non la propriété exclusive d’un camp, d’une clique ou d’un lobby : Il faut libérer Houphouët-Boigny et sa mémoire des épigones en mal d’orientation. A l’inverse, les partis qui avaient combattu franchement Houphouët-Boigny de son vivant sont les mieux placés pour reconnaître et leurs dettes vis-à-vis de ce dernier, et les limites de celui-ci. C’est une façon de mettre en perspective la question du parti national que le FPI est appelé à devenir, non plus un parti d’opposition au pouvoir, mais un parti pour la réunification de la Nation ivoirienne ou d’une partie importante de celle-ci en son sein. 

Dans le processus de construction des nations, il y a des périodes charnières de caractère autocritique où chaque génération est tenue de faire l’inventaire du travail effectué par celles qui la précèdent, afin de déterminer ses missions spécifiques, singulièrement dans les périodes de crise comme celle que traverse la Côte d’Ivoire depuis en particulier 1993, crise qui a rebondi sous une forme inattendue et sauvage dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. 

N’en déplaise aux sectaires de tous bords du RHDP qui se servent du premier président de la Côte d’Ivoire comme d’un fonds de commerce exclusif, Houphouët-Boigny est un élément de la mémoire collective ivoirienne et Ouest-africaine, et à ce titre, il n’est pas un hochet entre les mains de ses partisans, mais une source d’inspiration pour tous. Nous ne parlons pas d’idolâtrie, mais de droit d’inventaire sur le parcours et l’histoire d’un homme que les refondateurs ont pris la responsabilité de défier sur le plan politique de son vivant, contrairement aux zélateurs de la vingt-cinquième heure. C’est sous ce rapport critique et dynamique devant l’Histoire que la Refondation est pleinement légitimée d’interroger la pratique et la pensée de Houphouët-Boigny pour frayer les chemins du futur immédiat vers une nation qui est en train de se réaliser autour de la République. 

Ayant été ses adversaires, il nous appartient autant qu’à ses partenaires d’antan. C’est ensemble que nous assumons les conséquences négatives comme celles qui sont positives des ses choix politiques et économiques d’hier. Ce qu’il a fondé n’est pas œuvre divine et peut être amélioré. Il a apporté aux Ivoiriens l’indépendance, les refondateurs leur apportent la Liberté. Houphouët-Boigny ne pouvait pas tout faire, il n’a pas tout fait. Les refondateurs ne peuvent pas tout faire, mais ils peuvent faire de leur mieux pour ajouter à l’indépendance obtenue par Houphouët-Boigny la liberté et la démocratie. 

Houphouët-Boigny n’a pas réussi à déjouer le piège du Pacte colonial, il est tombé là dedans. Mieux, il l’a géré, alors que la Refondation se propose de dénoncer et de rejeter ce pacte dans un élan de vraie rupture. Ce qu’il aurait dû faire et qu’il n’a pas fait devient un objectif pour nous, descendants des anciennes générations. Nous ne voulons pas faire la même chose que lui et comme lui. Il ne nous destinait pas à cela, lorsqu’il nous construisait des écoles et universités qu’il n’a jamais fréquentées. Il aurait bien honte de nous si nous n’étions pas capables d’aller au-delà de ce qu’il pouvait faire lui, à son époque, avec sa formation et ses contraintes. Nous contenter de ce qu’il a fait et chanter chaque jour ses louanges seraient une bien piètre performance qui l’aurait amené à avoir du dégoût pour nos générations actuelles et à venir. 

Les refondateurs comptent bien obtenir cette liberté à laquelle rêvaient ceux qui ont obtenu les indépendances. Les indépendances sont notre patrimoine commun. Houphouët-Boigny aussi. Les néo-houphouëtistes, au lieu de se contenter de proclamer leur filiation (au demeurant, quelle filiation ?) et de chanter à longueur de journée les louanges de notre premier président, devraient peut-être commencer par reconnaître à ce patrimoine commun qu’il n’est pas le fonds de commerce de partis en déroute qui ont renoncé à penser et qui se contentent de répéter des formules incantatoires et surannées pour éviter de répondre aux questions brûlantes du présent.

Obtenir la liberté c’est se convaincre soi-même que le Pacte colonial a fait son temps. La liberté signifie pour les refondateurs mettre fin aux relations anti économiques entre la France et nous, qui empêchent les autres nations et les autres investisseurs de venir chez nous en grand nombre, car ils se sentent en insécurité juridique dans les affaires, avec un environnement de droits acquis liés à notre histoire coloniale. 

Cela veut aussi dire la démocratie, le respect de l’état de droit ; au sens de statut ou situation dans laquelle le droit s’impose à tous les investisseurs effectifs et potentiels en Côte d’Ivoire. Il en est de même pour les acteurs de la démocratie politique : on ne peut admettre qu’un seul d’entre nous se mette au-dessus du droit. La liberté pour les refondateurs veut dire l’ouverture économique et politique, là où le Pacte propose le protectionnisme étatique et la démocratie circonscrite à l’intérieur du parti unique.

 II – Les épigones sectaires et sans originalité 

La prise de parole dans le débat politique ne doit pas se laisser submerger par des comportements issus de la Rebfondation, ce mauvais alliage biscornu entre la Refondation et la rébellion, qui s’est imposé à notre pays depuis les accords de Marcoussis. Ce n’est pas parce la Rebfondation rogne tout sur son chemin que nos intellects doivent se laisser aller à la divagation, aux coups bas et à la délation sur nos vies privées respectives. Un pays où l’élite intellectuelle sombre dans la confusion est un pays qui se perd. Un débat sérieux dans l’arène politique avec des gens non moins sérieux et qui savent de quoi ils parlent, tel est le début de la démocratie. On peut débattre démocratiquement avec passion certes, avec véhémence ; pourquoi pas ! Mais aussi avec une bonne connaissance des règles de la rhétorique et de la polémique. Un débat fructueux ne peut être une foire d’empoignes, où chacun de nous hurlerait de plus en plus fort afin de vendre sa marchandise confuse, malveillante, sans argumentaire, ni objectif, ni méthode. 

Lorsque Fraternité Matin a accepté de publier le blues de la République le 4 août 2007, les commentaires sont allés bon train. Et que n’avons-nous pas lu ? Parmi les quelques éléments intelligibles découverts dans les commentaires qui ont suivi, il y a le terme «néo-houphouëtiste». Qu’est-ce qu’un néo-houphouëtiste ? Qu’est-ce que l’houphouëtisme ? A ce jour, nous sommes toujours dans l’attente d’une réponse. Sans entrer dans les détails, on devine que l’on peut grossièrement définir le néo-houphouëtisme comme un mode de pensées et de pratiques qui se rattachent à Houphouët-Boigny. Le néo-houphouëtiste considère que Houphouët-Boigny est sa propriété à lui, de façon exclusive, et que se réclamer du premier Président de la République de Côte d’Ivoire est un devoir en soi pour lui. Pour ceux qui se réclament de ce courant, seuls eux ont le droit de parler de Houphouët-Boigny, de défendre Houphouët-Boigny devant l’histoire, de guerroyer en son nom devant l’Eternel, le temps et le monde. Quelle noble mission ! Mais de quel droit s’arrogent-ils ce privilège ? 

Pour ces commentateurs, l’adversaire à abattre est la Refondation alors même que le combat de la Refondation cadre bien avec le travail que Houphouët-Boigny a réalisé pendant ses mandats successifs à la tête de l’Etat de Côte d’Ivoire et qu’il n’a pas achevé. N’avons-nous pas tous chanté «Soyez béni grand nana Boigny les jeunes gens de Côte d’Ivoire vous remercient …Avec soumission, nous vous glorifions…Que le très haut rallonge votre vie…Le pari est gagné grand Houphouët-Boigny cela se confirme par des preuves convaincantes.» 

III – Le père fondateur de la Côte d’Ivoire entre deux eaux 

La Refondation n’est pas une répétition ni une caricature de l’houphouëtisme, mais un projet de dépassement de ses hésitations, contradictions et erreurs d’orientation et de méthode. Houphouët-Boigny nous aura apporté l’Indépendance, c’est un acquis fondateur de la Côte d’Ivoire moderne que nous revendiquons, mais, à l’analyse, celle-ci a été rendue virtuelle par son contraire qui n’est rien d’autre que le Pacte colonial et son corollaire la société fermée ; tandis que la Refondation milite en faveur d’une société ouverte. 

L’histoire a retenu que le premier Président de la Côte d’Ivoire a apporté l’indépendance à son pays. Cette indépendance, il l’a voulue politique et en partenariat avec la France, l’ancienne puissance coloniale dans laquelle il aura été lui-même législateur et ministre. Député communiste à l’Assemblée constituante du parlement français (1945-1946), il prononce un réquisitoire extrémiste contre le travail forcé dans les colonies françaises et parvient à faire voter la loi de suppression de cette forme d’esclavage. Puis, entre 1956 et 1961, Houphouët-Boigny sera quatre fois ministre d’Etat et trois fois ministre socialiste dans les différents gouvernements français de Guy Mollet, Maurice Bourgès-Maunoury, Félix Gaillard, Pierre Pflimlin, Charles de Gaulle et Michel Debré. Entre 1959 et 1961, il cumule pendant un moment la fonction de Premier ministre de la colonie française de Côte d’Ivoire et celle de ministre conseiller du gouvernement français pour les Affaires étrangères. Durant cette même période, il assurait également les fonctions de premier maire de la commune de plein exercice d’Abidjan (1956-1960). En d’autres temps et sous d’autres cieux, notamment en France pendant la deuxième guerre mondiale, ceux qui pactisèrent avec l’occupant nazi étaient qualifiés de «collabos» et l’histoire de France ne retiendra que cela d’eux. Mais comparaison n’est pas raison. 

L’indépendance obtenue par Houphouët-Boigny après une lutte avec la puissance coloniale était donc politique et admettait les contraintes consignées dans le Pacte colonial, qui représente l’ensemble des accords de coopération franco-ivoiriens, dans le cadre duquel Houphouët-Boigny avait accepté, à Abidjan, le 30 juin 1959, d’opérer ses choix politiques. Le Pacte colonial ne pardonne pas les erreurs. Il vous fait payer tout de suite et cash si ce sont les intérêts français qui sont menacés. Le Pacte vous permet de vivre au-dessus de vos moyens et reporte sur demain le coût de vos gaspillages d’aujourd’hui. Mort subite dans le premier cas, et mort à petit feu dans le second. Dans les deux cas, pour nous, le Pacte signifie quand même la mort. C’est du pareil au même. 

L’histoire retiendra aussi que Houphouët-Boigny aura renoncé à son idéologie initiale de communiste militant à Paris pour rejoindre les socialistes et puis après les gaullistes, à partir du moment où il lui a été garanti que le Pacte lui permettrait de mettre en pratique ses premiers amours idéologiques en Côte d’Ivoire sans en donner l’impression et tout en appartenant au groupe des pays non alignés, mais bien ancré dans le pré carré français. Du grand art dont nous payons aujourd’hui les conséquences, que l’on disait à l’époque de long terme. Elles sont pour nous la réalité quotidienne, cinquante ans plus tard. Houphouët-Boigny aura été un bon jacobin tropical. Avec la mondialisation nous découvrons comment il a été étatiste, centralisateur, interventionniste et dirigiste comme à l’époque l’on savait l’être à Moscou. 

En effet, communiste, Houphouët-Boigny l’aura été pendant tout son exercice du pouvoir. Grâce à sa méthode de dialogue politique et de «démocratie à l’ivoirienne», ses contemporains ne l’ont peut-être pas vu ainsi, et pourtant tous les ingrédients des régimes communistes à la Staline, Lénine ou Brejnev étaient réunis dans la politique d’Houphouët-Boigny. Jugez-en vous-même. Le PDCI était institué parti unique de fait en Côte d’Ivoire, comme le Parti Communiste qui en URSS l’était de jure. Les opposants étaient soit achetés après intimidation, soit envoyés en exil comme ceux des goulags de l’autre côté du mur de Berlin. L’économie, aux mains de l’Etat, était administrée de façon monopolistique, et donc aux antipodes d’une économie libérale comme certains observateurs de l’époque se plaisaient indûment à la présenter. La terre appartenait à l’Etat et la nomenklatura décida qu’elle reviendrait à ceux qui pourraient la mettre en valeur, sans à aucun moment préciser les droits de la propriété foncière pour les populations coutumièrement propriétaires, qui se voyaient ainsi spoliées de leurs patrimoines ancestraux, comme après la révolution d’octobre 1917 là-bas. Ici nous avions les plans quinquennaux, eux là bas, ils avaient le Gosplan. Le parti unique avait ses ramifications partout dans les entreprises privées. Les exportations et les importations étaient réparties, sous forme de quotas et de rentes de situation distribuées politiquement entre les barons du parti, leurs proches et leurs descendants, selon le principe de la nomenklatura soviétique. Le secteur public était vaste, avec une pléiade d’entreprises étatiques inutiles et inefficaces pour la plupart, mais qui avaient la liberté de s’endetter sur le marché international au nom du contribuable ivoirien et dont la gestion désastreuse a conduit au surendettement du pays. Comme là-bas à l’Est, le bureau politique était nommé par Houphouët-Boigny, qui désignait à son tour les membres du gouvernement et ceux du parlement avant des plébiscites au cours desquels la seule pièce d’identité ou de citoyenneté reconnue était la carte de membre du PDCI-RDA. Là-bas il y avait la Pravda, ici nous avions Fraternité Matin. 

Pendant les premières années de son indépendance, c’est un ancien gouverneur de la France d’Outre-mer, ancien parlementaire, ancien ministre français et ancien sénateur de Guinée qui a géré la Côte d’Ivoire directement en tant que Ministre du plan (1957) et Ministre des Affaires économiques et du plan de mai 1959 à août 1964. Son nom est Raphaël Saller et c’est lui qui organisa les relations entre le Trésor public ivoirien et le Trésor public français dans une convention qu’il signe avec Valéry Giscard d’Estaing, alors secrétaire d’Etat aux Finances de la métropole. A son départ de Côte d’Ivoire, Henry Konan Bédié et Mohamed Diawara se sont partagés le poste et ont conduit la Côte d’Ivoire, dix ans après, à la faillite que l’on a appelé la conjoncture (1976-1977). Nous avons tous été «conjoncturés» par l’homme qui était supposé remplacer Saller. Et après la conjoncture, il y a eu l’ajustement structurel, qui a vu le PDCI éclater lorsque, sous la pression des créanciers, l’Etat de Côte d’Ivoire s’est essayé à la libéralisation de l’économie. Le conflit entre les deux gros pontes du PDCI de l’époque, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara, commença d’ailleurs avec les privatisations des entreprises publiques (1990-1993). Dix ans plus tard cette crise portera le nom de rébellion et la victime sera la Refondation. 

Les jeunes générations auront certainement beaucoup de mal à comprendre ce type d’organisation, qui a prévalu de 1960 à 1990, année où Laurent Gbagbo a pu se présenter contre Houphouët-Boigny, non sans avoir essuyé des tracas de toutes sortes. Houphouët-Boigny a gagné, mais n’a changé en rien sa pratique et ses méthodes jusqu’à sa mort en 1993, malgré le discours de la Baule de son ancien collègue et camarade de l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance française, François Mitterrand, dont le nom sera d’ailleurs immortalisé en Côte d’Ivoire de son vivant par un grand boulevard de Cocody à Abidjan. 

IV – De la société fermée à la problématique de la rupture avancée par la Refondation 

La Refondation, au contraire, n’est pas communiste et n’aspire pas à l’être. La philosophie politique de la Refondation trouve son inspiration dans l’économie de marché avec ses valeurs sociales. Cette philosophie, adoptée par le Front Populaire Ivoirien au congrès de décembre 1994, propose aux Ivoiriens la liberté et tous les atouts de l’économie de marché. Si Houphouët-Boigny a obtenu l’indépendance politique pour la Côte d’Ivoire, la Refondation quant à elle réclame la Liberté. La reconquête de la souveraineté économique et de la liberté d’entreprendre des Ivoiriens et de tous leurs partenaires étrangers dans le cadre des lois égales de la République unitaire et indivisible de Côte d’Ivoire. Cette liberté ne peut se comprendre qu’en référence au Pacte colonial, lorsque la Refondation exige de l’ancienne puissance coloniale l’indépendance économique. 

Houphouët-Boigny lui-même était conscient qu’à un moment donné de notre histoire, nos populations auraient à exiger de l’empire français encore plus qu’une simple indépendance nominale. Il savait que l’indépendance réelle et effective restait à conquérir. Par ailleurs, l’hymne national de la Côte d’Ivoire proclame que les légions ivoiriennes remplies de vaillance doivent relever la dignité de leur pays. Ce chant national des Ivoiriens exhorte les fils et les filles de ce pays à se rassembler pour sa grandeur et sa gloire en vue d’y bâtir leur bonheur. Ce chant d’indépendance dit que le pays nous appelle pour y ramener la liberté dans la paix sans quoi nous ne pourrons y bâtir ni une patrie de la vraie fraternité, ni notre propre bonheur. Tel est le projet de la Refondation. Nul ne nous aura prévenu des dangers et pièges de cette voie. Nous le savions et comme hier Houphouët-Boigny, nous nous battons pour cet objectif. Nous ne pouvons nous contenter de faire comme Houphouët-Boigny. A nous, il a réservé de faire mieux que lui. Ceux sur lesquels il comptait pour améliorer son travail des années soixante sont les hommes et les femmes des générations actuelles. 

V – Houphouët et les rendez-vous ratés avec l’Histoire ? 

La chute du mur de Berlin a donné l’occasion à Houphouët-Boigny, comme à tous ses pairs africains, de faire ce que l’on a vu en Europe de l’Est lorsque les Allemands de l’Est et ceux de l’Ouest se sont réunifiés, abandonnant ainsi les frontières héritées des défaites militaires et tracées par l’occupant. Houphouët-Boigny, comme bien d’autres chefs d’Etat du continent, à l’instar de la plupart des régimes communistes d’Europe de l’Est, a refusé le développement politique que l’histoire lui proposait : la démocratie. Il l’a refusée de son vivant, mais elle s’est imposée après lui et malgré lui, alors qu’elle était déjà inscrite dans la première constitution de notre pays. 

Les régimes africains issus de cette période se sont installés dans des transitions démocratiques longues et chaotiques pour finir par faire de ces régimes de transitions des états permanents de gestion de pays africains. A contrario, la Refondation, au-delà de l’indépendance nominale, s’inscrit dans la logique de l’indépendance effective. Elle revendique à la fois la démocratie et la liberté. Elle continue la lutte émancipatrice de Houphouët–Boigny sans être communiste et en rompant avec le jacobinisme qu’il nous aura ramené de son expérience gouvernementale en France. 

VI – Le révisionnisme du crime colonial et le négationnisme néo-houphouëtiste 

La Refondation est une méthode et un corps de réponses aux questions léguées mais non résolues par Houphouët-Boigny et tous les acteurs de la période de la lutte pour l’émancipation de la Côte d’Ivoire entre la fin de la deuxième guerre et l’Indépendance. La Refondation est une attitude et un état d’esprit, non des discours, mais des mesures et non des injures et des ragots, mais des actes de gouvernance non haineux. Le refondateur est un patriote et un résistant au Pacte colonial. Que signifie être houphouëtiste aujourd’hui? Qu’est-ce qu’un néo-houphouëtiste? Comment ces deux catégories se définissent-elles par rapport à Houphouët-Boigny lui-même d’une part, et à la Refondation d’autre part ? 

Si certains pensent que la Côte d’Ivoire était la propriété de Houphouët-Boigny, qu’ils sont les vrais et uniques héritiers de ce dernier et qu’à ce titre, le pays devrait être mis à leur disposition par la France, ils se trompent. D’abord la Côte d’Ivoire n’a jamais été propriété de Houphouët-Boigny ; elle était la propriété volée à nos parents par la France coloniale. Elle reste d’ailleurs aujourd’hui encore, dans l’imaginaire de la classe politique française et selon les dispositions du Pacte colonial, propriété de la France. En outre, ce n’est pas à la France de donner le pouvoir à qui elle veut en Côte d’Ivoire. 

Pour les refondateurs c’est au peuple de ce pays de le faire, et selon les règles établies par sa Constitution. Aux néo-houphouëtistes, il plait de rappeler encore une fois une grande évidence, mise en vers lyriques à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar, par le président français Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007, parlant de ses ancêtres qui ont colonisé l’Afrique : «Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale. Ils ont eu tort. Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l’ouverture aux autres, l’échange, le partage parce que pour s’ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l’autre, par la crainte de l’avenir. Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.» 

C’est au peuple africain que l’on a volé et c’est lui le souverain propriétaire à qui l’on doit retourner et la liberté, et la terre, et le fruit de son travail, et sa personnalité, et son droit au libre échange, et la Société Ouverte. L’ambition de la Refondation est de nous émanciper de tous les ennemis de cette société ouverte. De quel côté se situent donc les houphouëtistes et les néo-houphouëtistes ? Sont-ils révisionnistes ou négationnistes ? Les réponses sont attendues. 

Par Pr. Mamadou Koulibaly in Fraternité Matin, le 15 Septembre 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Lundi 3 septembre 2007

Depuis quelques semaines, faisant suite à la parution d’un texte dont il est l'auteur intitulé «Le blues de la République»* dans le journal gouvernemental Fraternité Matin, Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée Nationale, occupe les devants de la scène médiatique ivoirienne. Et son intervention au journal télévisé de 20 heures de la première chaine nationale RTI jeudi dernier n’a visiblement pas contribué à calmer le jeu. Nous avons demandé à l’analyste ivoirienne Mahalia Nteby, bonne connaisseuse de la géopolitique africaine, de nous donner son point de vue sur les raisons de tout le remue-ménage médiatique autour du numéro 2 ivoirien. Une interview de Sylvestre Konin.

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Que pensez-vous des rumeurs faisant cas du prochain départ de Mamadou Koulibaly du FPI ? 

M.N.: Je les trouve très intéressantes, pour plusieurs raisons. En effet, l’observation du contexte, du timing et des méthodes utilisées dans le cadre de ce qu’il convient à présent d’appeler «l’affaire Koulibaly» laisse entrevoir plusieurs pistes d’analyse possibles. 

Tout est parti du silence, certes assourdissant, dans lequel s’est muré le président de l’Assemblée Nationale depuis quelque temps et qui coïncide avec l’annonce triomphale de l’Accord de Ouagadougou par le chef de l’Etat ivoirien. Le professeur Koulibaly, qui avait auparavant fortement occupé les devants de la scène médiatique en sillonnant inlassablement tous les quartiers d’Abidjan avec une campagne de la Paix ayant laissé sur le carreau le parti d’Alassane Dramane Ouattara, en entraînant la migration massive de ses bases et même ses cadres vers le Front Populaire Ivoirien, s'est subitement fait discret dans le paysage politique éburnéen. D’aucuns ont dès lors vite fait de conclure au rejet par le chef du Parlement ivoirien de la solution de sortie de crise proposée et concoctée par Laurent Gbagbo. 

Et cela serait faux ? 

M.N.: Cette interprétation est à tout le moins sujette à caution. Même si l’on peut supposer que l’idée de serrer la main des rebelles ne déclenche pas un enthousiasme délirant chez lui et qu’il est incontestable qu’il privilégie d’éviter la démultiplication d’occasions d’accolades avec ceux qui ont amené la guerre et le chaos en Côte d’Ivoire, le professeur Koulibaly n’est, à mon avis, pas opposé au «processus de paix» version Ouaga. Je rappelle ici qu’il a reçu le porte-parole de la rébellion à son domicile et qu’il a accompagné ce dernier au meeting de la Paix organisé par Charles Blé Goudé à Yopougon en avril dernier. Au cours de ce meeting, auquel ont participé la première dame et des hauts responsables du clan présidentiel, Mamadou Koulibaly a pris la parole pour exprimer clairement son adhésion au principe de l’Accord de Ouagadougou, tout en émettant une réserve sur la chronologie. Selon lui, le désarmement doit avoir lieu avant les audiences foraines. Et même s’il n’a pas été, comme d’autres, jusqu’à danser sur l’estrade du lieu de la cérémonie avec les rebelles, il n’y a aucune place pour les supputations en ce qui concerne la position du président de l’Assemblée Nationale par rapport à l’Accord de Ouagadougou. 

Et son absence remarquée à la cérémonie de la «Flamme de la Paix» à Bouaké le 31 juillet dernier, événement qui a vu la présence de plusieurs chefs d’Etat africains et de quasiment tout le gotha diplomatique, institutionnel et politique ivoirien ? 

M.N.: (Rires) Quand tout le monde ne parle que de la grande fête qui se prépare dans le village voisin et clame son intention d’y participer, il faut bien que quelqu’un se dévoue pour garder la maison, afin que des voleurs ne succombent pas à la tentation de venir cambrioler le domicile qui, de notoriété publique, est inoccupé. En quoi est-il si difficile de comprendre que pour des raisons de sécurité évidentes, il était impossible que les numéros 1 et 2 ivoiriens se retrouvent en même temps à Bouaké ? On ne sait jamais… Avec Gbagbo, Koulibaly et 80% du microcosme politique dans le fief de la rébellion, certains auraient pu éprouver la saugrenue envie de saisir une occasion unique de parachever ce qui n’a pu l’être dans la nuit du 19 septembre 2002 ou en novembre 2004. 

Comment analysez-vous donc le mutisme de Mamadou Koulibaly depuis maintenant presque 9 mois ? 

M.N.: Tout d’abord, ainsi que je viens de vous le rappeler, il est faux d’affirmer qu’il y a eu mutisme. En effet, monsieur Koulibaly s’est bel et bien exprimé, et à plusieurs reprises. J’ai eu moi-même l’occasion de publier trois textes très denses de sa plume depuis le mois de juillet 2007 sur le site Saoti (http://saoti.over-blog.com). 

Ensuite, comme il l’a si bien dit lui-même jeudi dernier, il n’a pas vocation à parler pour parler. Mamadou Koulibaly, l’intellectuel et l’homme privé, est libre de choisir quand, où, sur quoi et comment il s’exprime. Mamadou Koulibaly, le président de l’Assemblée Nationale, agit de concert avec le Président de la République. Lorsque celui-ci lui confie des missions, il les effectue. Lorsque le chef de l’Etat ne le sollicite pas, il ne remplit pas l’espace médiatique. C’est plutôt normal. 

Enfin, l’organisation d’une tournée comme la campagne de la Paix qu’il a effectuée à Anyama, Adjame, Abobo, Port-Bouët, Marcory etc. nécessite forcément des moyens logistiques, matériels et financiers importants. Monsieur Koulibaly ne dispose apparemment pas, comme d’autres, de sources financières soudaines et intarissables. Il agit visiblement en fonction des moyens dont il dispose et cela, tout en étant rassurant sur le plan moral, conduit à une intermittence plus ou moins longue de sa présence en ligne de front. Après une pause régénératrice, il vient d’ailleurs d’annoncer une reprise prochaine de ses meetings, qui cibleront cette fois les militants du PDCI. Cela devrait donc mettre fin aux interprétations approximatives d’un état de chose somme toute naturel. 

Justement, revenons sur les dernières prises de parole du président de l’Assemblée Nationale. Dans un texte intitulé «Le blues de la République», il dénonce les dérives des refondateurs, ce que certains interprètent comme l’indication de son départ prochain du FPI. 

M.N.: Effectivement, Monsieur Koulibaly a reconnu les dérives de certains refondateurs. Il aurait été malhonnête de sa part de nier l’évidence. Comparé à ce qu’il nous est donné d’observer au quotidien, je pense d’ailleurs qu’il a été trop tendre dans ses critiques envers ses pairs et qu’il s’est plus attardé à expliquer, chiffres et faits à l’appui, l’hideuse transformation de la Refondation en Rebfondation au contact – imposé – des rebelles. Cependant, puisque même ses contradicteurs s’accordent à saluer le courage de son acte, ne polémiquons pas là-dessus.
 
Je vais peut-être vous étonner, mais je subodore que les rumeurs de son départ du FPI ont initialement été lancées par les refondateurs pointés du doigt eux-mêmes. Au lieu de se remettre en question, au lieu de se dire «Maintenant qu’on s’est fait prendre les dix doigts dans le pot de confiture et que l’on s’est fait tancer, arrêtons la gabegie», ceux-ci ont préféré dire et faire dire que si Koulibaly les dénonce, c’est parce qu’il a un agenda caché et s’apprête à quitter le FPI. Pour eux, que ce soit par mauvaise foi ou par atrophie intellectuelle, on n’a pas le droit de critiquer un système de l’intérieur. Il faut forcément être passé à l’ennemi pour dénoncer des comportements déviants. Comment, dès lors, s’étonner qu’avec de tels raisonnements, le développement de l’Afrique stagne ? Toujours est-il que, cette rumeur découlant initialement d’un refus de se remettre en cause par des prédateurs refondateurs, a été bien opportunément reprise et amplifiée par l’opposition, trop ravie de l’aubaine d’un éventuel schisme au sein du parti au pouvoir et par les réseaux françafricains, dont Mamadou Koulibaly est le pire cauchemar depuis qu’il a claqué la porte de Marcoussis en 2003 et qu’il a entrepris sa croisade dénonciatrice du Pacte colonial. 

Pensez-vous que le calendrier de cette cabale soit anodin ? 

M.N.: Ecoutez, cabale n’est pas exactement le mot que j’utiliserai. D’une part parce que je crois que nous sommes ici, primairement, dans une situation de «tel est pris qui croyait prendre». En croyant exposer Koulibaly qui a, selon eux, eu l’outrecuidance d’indexer, même superficiellement, leurs mauvaises pratiques, les rebfondateurs se sont eux-mêmes tirés une série de balles dans le pied. Non seulement Koulibaly est érigé en héros vertueux, même par les adversaires historiques du FPI, mais en plus, ils ont déstabilisé les militants frontistes et la galaxie patriotique, qui en sont arrivés à penser devoir choisir entre Gbagbo et Koulibaly, ce qui a entrainé de fortes turbulences au Front Populaire Ivoirien. 

Donc pour vous, une scission Gbagbo / Koulibaly est impensable ? 

M.N.: (Sourire) Monsieur Konin, rien n’est impensable. J’ai un ami dont le grand-père disait toujours : «Ce que tu n’as jamais vu, ne dis pas que c’est impossible. Dis seulement que tu n’as pas encore croisé celui qui le fait». Dans la vie, en politique, tout est possible. Seulement j’ai la conviction qu’une scission n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs monsieur Koulibaly l’a confirmé en live à la télévision. Le numéro 2 ivoirien a publiquement refusé de défendre l’indéfendable en écrivant «Le blues de la République» et en réitérant son propos à la RTI jeudi dernier. Tous ceux qui s’attendaient à ce qu’il fasse machine arrière en ont été pour leurs frais. Je crois que si les dérives FPIstes continuent sans que le chef de l’Etat ne trouve utile d’y mettre le holà, alors des divergences pourraient effectivement voir le jour entre les deux hommes. Mais on n’y est pas. 

Pour en revenir à votre question précédente, si je crois que la paternité de la rumeur d’une brouille entre Koulibaly et Gbabgo est à mettre au crédit d’une initiative malhonnête et mal pensée des rebfondateurs, je suis certaine que la capitalisation qui en est faite par les réseaux françafricains n’est en aucun cas anodine ou fortuite. 

Que sous-entendez-vous par là ? 

M.N.: Je ne sous-entends rien. Comme Koulibaly, je constate que le contrat de la SODECI, arrivé à expiration, doit être renégocié. Je constate que le code des télécommunications qui doit être prochainement voté à l’Assemblée Nationale a fait l’objet d’une étude préalable financée, pour le compte de l’Etat ivoirien, par l’un des opérateurs directement concerné. Je constate que les deux entreprises qui sont aujourd’hui bénéficiaires du contrat arrivé à expiration d’une part et qui ont financé l’étude sur laquelle est basée la réglementation à voter d’autre part sont des entreprises françaises, Bouygues et France Télécoms. Je constate qu’au moment où des négociations cruciales pour les intérêts de la nation ivoirienne arrivent à échéance, le gouvernement français ressort de ses cartons la tragi-comique affaire Kieffer, le «journaliste» franco-canadien disparu et oublié, dont la France se souvient sporadiquement, quand ça l’arrange – de préférence à la veille de renégociations d’envergure –, et le Canada pas du tout. 

Je constate que les mêmes mécanismes ont déjà été employés lors de la renégociation des contrats de la CIE et du terminal à conteneurs du Port d’Abidjan, dont les heureux bénéficiaires ont été, ô surprise, des entreprises françaises, alors qu’au niveau international, on mettait la pression sur le président ivoirien en exhibant des soi-disant dossiers contre lui et ses proches, relativement à l’opération Dignité ou toujours à la disparition finalement si opportune pour le gouvernement français de Guy-André Kieffer. 

J’affirme clairement que les mêmes réseaux sont à l’œuvre aujourd’hui, pour créer une pression (affaire Kieffer) et encourager une cacophonie (affaire Koulibaly quitte le FPI) qui ont pour but de servir à détourner l’attention des vrais enjeux : la perpétuation du pillage formalisé par le Pacte colonial. 

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, et les acteurs n’ayant quasiment pas changé, pensez-vous que la finalité sera différente cette fois ? 

M.N.: Si Laurent Gbagbo décide qu’il n’est pas convaincu de la capacité de nuisance de l’Etat français et qu’il souhaite faire confiance aux bonnes paroles nocturnes du nouveau président français, alors il n’y a aucune surprise à attendre et les sociétés françaises pourront tranquillement continuer à s’enrichir sur le dos des citoyens ivoiriens. 

Par contre, si le président Gbagbo, qui a, comme nous tous, je le présume, entendu le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar et lu dans la presse hexagonale la consternation des Français face à la collusion affichée par leur nouveau chef de l’Etat avec les patrons des multinationales en attente de renouvellement de leurs contrats d’exploitation ou de consolidation de leur position dominante sur le marché éburnéen, si Gbagbo donc comprend que le résultat de l’élection présidentielle n’a rien changé de fondamental dans les intentions spoliatrices de l’Etat français envers la Côte d’Ivoire, alors nous pourrions avoir d’heureuses surprises. 

Entendons nous bien. Sarkozy, c’est Chirac en pire. Ceci ne veut pas dire pour autant que les entreprises françaises doivent automatiquement être exclues du processus. Si Bouygues est le mieux disant et si sa proposition satisfait les désidératas de l’Etat ivoirien en termes de revenus, de couverture ou d’accessibilité pour les populations, alors, que Bouygues soit désigné adjudicataire ! Le même principe s’applique au Code des télécoms. Cela implique cependant de la part de l’Etat ivoirien que l’on en revienne aux mécanismes normaux de bonne gouvernance – les appels d’offres et consultations internationales –, en lieu et place de cessions de gré à gré négociées au milieu de la nuit avec les émissaires barbouzes de cercles jacobins. 

Mais, vu sous cet angle, était-ce donc judicieux de la part du Professeur Koulibaly de choisir de jeter un pavé dans la mare de son propre camp à cette période cruciale? 

M.N.: Je ne connais pas les raisons qui ont poussé monsieur Koulibaly à le faire. Il faudrait que vous le lui demandiez directement. Mais je peux vous dire qu’il n’y a pas de moment plus adéquat qu’un autre pour relever des déviances inacceptables. Le président de l’Assemblée Nationale a inlassablement désigné la France comme le premier ennemi de la Côte d’Ivoire et l’a combattu constamment depuis lors. Ce n’est pas parce qu’il est au front contre la France qu’il n’a plus le droit de critiquer des comportements contre-productifs de ses pairs qu’il observe lorsqu’il regarde par dessus son épaule ! Ce n’est pas l’opportunité de la sortie de Koulibaly qui doit être questionnée, mais plutôt la bienveillance dont bénéficient les rapaces qui se vautrent dans le pillage des biens, la corruption et le trafic d’influence comme si demain n’existait pas ! 

Que dites-vous à propos du virement au RDR de l’ex-conseiller de Mamadou Koulibaly, le Dr Antoine Ahua Jr ? 

M.N.: Pas grand-chose. Ce monsieur a été expulsé de Côte d’Ivoire pour des motifs pas encore éclaircis à ce jour. Qu’a-t-il donc fait de si terrible pour qu’il soit le seul à qui l’on refuse le droit à l’amnistie ? Il serait intéressant que le pouvoir en place explique pourquoi il bénit et encourage les populations à pardonner à des gens qui ont tangiblement assailli la Côte d’Ivoire, tué des milliers de personnes, violé des centaines d’autres, pillé nos ressources, braqué nos banques, écoles, foyers, semé désolation, peur et haine, fomenté des coups d’Etat et dénie la même grâce à quelqu’un, à priori un patriote, dont on ne sait pas ce qu’il a pu faire de pire pour qu’on lui refuse ce qu’on a, avec empressement et sans commune mesure, accordé à Soro, Wattao, Konaté ou Bictogo ? 

Qu’Ahua en conçoive de l’amertume est compréhensible, d’autant plus qu’ainsi qu’il le dit lui-même, son expulsion lui aurait causé un préjudice financier important. Vous savez, il n’est ni le premier, ni le dernier qui, pour des raisons alimentaires, est prêt à faire volte-face ou à vendre son indépendance d’esprit au mieux disant. Il lui faudra vivre avec ça intellectuellement. Ca ne va sûrement pas être aisé. 

Cette défection ne porte-t-elle pas néanmoins un coup dur au Président de l’Assemblée Nationale ? Il a tout de même co-signé un livre avec le Dr Ahua. 

M.N.: Mais justement. Les preuves du revirement à 360° d’Ahua sont là pour toujours, ineffaçables. Lorsque vous vous replongez dans la biographie et la bibliographie de Koulibaly, vous constaterez qu’il est d’une constance incroyable. Je ne vois pas en quoi le fait que le Dr Alassane Ouattara, qui retrouve un peu de couleurs après avoir encaissé près de 800 millions de FCFA de l’Etat pour le financement de son parti, puisse se «payer» le soutien très isolé du Dr Ahua aurait un quelconque impact déstabilisateur sur le professeur Koulibaly. 

J’ai d’ailleurs lu que le Dr Ahua, dans une interminable lettre ouverte aux Ivoiriens, déplore «la faiblesse politique» de Koulibaly, à qui il reproche «de ne pas avoir d’ambition politique. Il est avant tout un technocrate, arrivé en politique par sacerdoce». Vous ne trouvez pas qu’on fait beaucoup de bruit autour de quelqu’un qui n’a pas d’ambition politique ? Plaisanterie à part : Mamadou Koulibaly n’a peut-être pas d’ambition personnelle ; mais il a des ambitions énormes pour son pays et ses concitoyens. C’est pour cela qu’il est dangereux pour les adeptes de la (re)colonisation de la Côte d’Ivoire. C’est pour cela que Laurent Gbagbo lui fait confiance. C’est pour cela que nous devons le soutenir et que nous le soutenons. 

Interview réalisée par Sylvestre Konin in Le Courrier d'Abidjan, le 04 Septembre 2007

Lire "Le blues de la République" du Pr. Mamadou Koulibaly en cliquant http://saoti.over-blog.com/article-11646208.html

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

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