Présence à la prestation de serment de Ouattara: Mais où va donc Mamadou Koulibaly?

Publié le par Mahalia Nteby

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Pourquoi Mamadou Koulibaly n’a-t-il pas assisté à la prestation de serment de Laurent Gbagbo, mais était présent à celle de Ouattara ? Du côté du RHDP, on revendique ce fait comme étant l’attestation que Koulibaly – reconnu comme intègre et rigoureux même par ses pires ennemis – «n’a pas voulu cautionner le hold-up électoral de Gbagbo». Pendant ce temps, certaines voix pro Gbagbo brocardent la trahison du député de Koumassi «parti rejoindre ses frères Dioula pour enterrer Gbagbo». Rien que des balivernes de tribalistes moutonniers qui ont induit Gbagbo ou l’ont accompagné dans ses graves déroutes. Pour certains, Koulibaly s’est grillé, pour d’autres, il est la voix de la rédemption du camp Gbagbo. Qu’en est-il exactement ?

Enquête faite, le président de l’Assemblée nationale se trouvait hors de Côte d’Ivoire lors de la prestation de serment de Laurent Gbagbo le 4 décembre 2010. Les frontières du pays étant alors fermées, il lui était impossible de revenir participer à la cérémonie d’investiture. Il est d’ailleurs à noter que dès la réouverture des frontières quelques jours plus tard, Mamadou Koulibaly était bel et bien aux côtés de Laurent Gbagbo lors de la rencontre de ce dernier avec les populations du Sud Comoé au Palais du Plateau, le 8 décembre 2010. Au temps pour la soi-disant preuve irréfutable de l’allégeance de Koulibaly à Ouattara.

Ceci dit, si le patriotisme se mesurait aux hurlements appelant à la libération de Laurent Gbagbo, alors effectivement, on aurait du mal à trouver Mamadou Koulibaly et Paul Yao N’Dré dans le peloton de tête. Mais si le patriotisme se jauge aux actes posés pour la souveraineté, l’indépendance ou la dignité de la Côte d’Ivoire, alors très peu leur arrivent à la cheville. Ainsi que le relevait un internaute sur un forum: «Mamadou Koulibaly était prêt pour la rupture des liens coloniaux avec la France, à la différence de Gbagbo. Koulibaly était prêt à se battre. Il a claqué la porte à Marcoussis. Les Français auraient pu le faire arrêter; ils auraient pu l’empêcher de rentrer en Côte d’Ivoire Koulibaly n’a pas eu peur de tout cela. Il a claqué la porte. C’est Koulibaly, sans peur, qui a évoqué l’éventualité de quitter le franc CFA au moment où Gbagbo nous disait que c’est une bonne chose d’avoir le CFA (…). Sur ce point, de nouveau, Koulibaly était plus engagé que Gbagbo. Koulibaly a écrit un petit livre, où il accuse la France de faire la guerre à la Côte d’Ivoire. Dans le même temps, Gbagbo disait que la France travaille avec nous pour une sortie de crise, ensemble, main dans la main. Quand la France nous a bombardés en 2004, Koulibaly a demandé à ce qu’on rompe les relations diplomatiques avec la France et le retrait des troupes françaises du contingent de l’ONU. Koulibaly n’a pas accepté des rebelles ministres, encore moins un Accord qui fait Soro premier ministre et qui légalise Cherif Ousmane, Fofié, Wattao, etc. Une fois de plus, Koulibaly était dans le camp de rejet du système colonial, ce système fut-il caché derrière une rébellion volontairement en guenilles pour tromper l’œil. Koulibaly était contre l’intrusion de Sagem dans notre système d’identification et d’élections, contrairement au président qui croyait que cela allait calmer l’ardeur des rebelles à détruire le pays. Koulibaly était contre l’organisation des élections tant que les rebelles n’avaient pas désarmé et que l’administration n’était pas redéployée sur tout le territoire. Laurent Gbagbo a vu les choses autrement.» Inutile d’aller plus loin pour étayer la position «patriotiquement constante» du président de l’Assemblée nationale, qui lui a d’ailleurs valu d’être souvent considéré comme un empêcheur de tourner en rond par ceux-là même qui, au sein du FPI et de la rébellion, profitaient de l’enlisement de la situation pour améliorer leurs fortunes et conditions personnelles au détriment de l’intérêt général des Ivoiriens.

Quant au président du Conseil constitutionnel, c’est un juriste chevronné, dont l’amitié avec l’ex-président de la république a été brandie en porte-étendard par les médias occidentaux pour jeter le discrédit sur la proclamation des résultats définitifs de l’élection, déclarant Laurent Gbagbo vainqueur du scrutin. L’arrêt du Conseil constitutionnel du 5 mai dernier démontre, si besoin est, la maestria de Yao N’Dré En effet, le Conseil constitutionnel ne proclame pas Alassane Ouattara vainqueur des élections, mais se borne à le déclarer président de la république, conformément aux décisions du panel de l’Union africaine en date du 10 mars 2010, que toutes les parties ivoiriennes impliquées dans la crise postélectorale avaient au préalable acceptées comme contraignantes. De plus, cette même proclamation établit sans équivoque la légalité constitutionnelle de tous les actes posés par Laurent Gbagbo jusqu’au 5 mai 2011, en parallèle à la «régularisation exceptionnelle» des décisions prises jusqu’alors par Ouattara, dont l’illégalité factuelle est également incluse dans l’arrêt du Conseil constitutionnel.

Pour les exégètes du microcosme politique ivoirien, toute supputation autour d’une éventuelle allégeance de Paul Yao N’Dré et Mamadou Koulibaly à Ouattara n’est donc ni plus, ni moins une aberration. Pour autant, après avoir clairement positionné le FPI dans l’opposition lors d’une déclaration officielle faite au nom du parti le 27 avril 2011, le président de l’Assemblée nationale sait qu’il est engagé dans une course de fond, et non un sprint. Cela requiert un mental d’acier, du souffle, un cuir épais et un grand sens stratégique. Il est conscient qu’il n’aboutira à rien tout seul, tout comme il sait que réclamer à tue-tête la libération de Gbagbo est une attitude vaine, bien que totalement mainstream. Selon nos informations, aujourd’hui, il se bat pour obtenir que ses camarades en liberté, mais cachés ou en exil, puissent sortir de brousse, se mouvoir et se réunir en toute sécurité en Côte d’Ivoire. Ensuite, ce cercle agrandi se battra pour que ceux retenus à la Pergola soient libérés. Puis, ce cercle fortifié se battra pour la libération de ceux qui sont emprisonnés à Katiola, Odienné, Korhogo et Bouna. Enfin, tous ensembles se battront pour la libération de Laurent Gbagbo.

Cette stratégie par cercles concentriques semble commencer à porter ses fruits. Il a été confirmé que lorsqu’il s’est rendu au Golf le 20 avril, Mamadou Koulibaly a pu rencontrer l’ex-première dame Simone Ehivet Gbagbo, qui porte désormais les cheveux coupés courts après qu’ils eussent été arrachés par poignées par les rebelles, Aboudramane Sangare, Narcisse Kuyo Tea, Michel Gbagbo, Philippe-Henri Dakoury-Tabley, Jean-Jacques Béchio, Geneviève Bro Grébé, Diabate Beh, et bien d’autres prisonniers qui avaient été tous sauvagement brutalisés au vu et au su du monde entier quelques jours auparavant. De même, à l’issue de la prestation de serment d’Alassane Dramane Ouattara, le leader du FPI a obtenu l’autorisation d’aller voir ses camarades enfermés à la Pergola, dont beaucoup sont mal en point, déprimés, en mauvaise santé, sans aucun soutien médical ou droit de visite. Il a constaté que des enfants sont incarcérés, sans possibilité d’aller à l’école. La mise en place d’une assistance sanitaire et la libération des épouses et enfants emprisonnés est au centre des pourparlers qu’il a avec le régime en place, tout comme l’avait été précédemment celle des employés du Palais encellulés au Golf avec l’ex-chef de l’Etat le 11 avril.

La libération de Laurent Gbagbo est une question éminemment politique. En l’état actuel des choses, le préalable au combat politique est la relance de l’économie et le retour à la normalité. Il faut remettre le pays sur les rails afin que les Ivoiriens puissent retrouver leur vie normale et leurs repères quotidiens. On est bien loin du compte actuellement. Les militants FPI et LMP, les populations Bété, Guéré ou Attié font toujours l’objet de traques politiques implacables et de chasses à l’homme ethniques ou religieuses inacceptables, comme le dénonçait Mamadou Koulibaly, rendant compte à la presse de son entretien avec Alassane Ouattara le 20 avril dernier : «Je lui ai dit par ailleurs, toujours concernant la sécurité, que de nombreux militants du FPI et de LMP, ceux qu’on appelle pro-Gbagbo, étaient très inquiets pour leur sécurité dans les quartiers. Qu’ils étaient dénoncés, indexés, comme si être militant de ce parti ou de ce mouvement était une tare. Ils se cachent, ils se sentent brimés. Nombreux sont également ceux qui ont fui et qui se sont réfugiés au Ghana, au Togo ou au Bénin. Il serait bien d’aller vers une détente pour que ces militants se sentent bien sécurisés. Et de surcroit, je lui ai signalé plusieurs appels reçus d’amis et de proches de populations bété qui me disent, ‘Nous sommes poursuivis, tués dans des quartiers simplement parce que nous sommes Bété.’» Mais il est aussi vrai que ceux-là même qui critiquent la démarche de Koulibaly avaient, quelques temps avant, armé les milices de  Patriotes dites «troupes du général Blé Goudé» pour assassiner froidement des populations Dioula, Baoulé, nordistes, musulmanes et autres militants du RHDP responsables, selon eux, de la défaite de Woody de Mama. De la guerre, Koulibaly n’en voulait pas. Il s’était exprimé sur la question dans les studios de Radio Espoir. Il n’a pas été écouté, alors il s’est tu et a regardé faire. Est-ce coupable ?

L’impérialisme colonial français, le silence complice des états africains, les erreurs et fautes graves de Laurent Gbagbo et le jusqu’au-boutisme du nouveau régime ont jeté la Côte d’Ivoire dans l’abîme. Comme beaucoup, Koulibaly, Yao N’Dré, Miaka Ouréto, Bernard Dadié, Eugène Djué et bien d’autres membres du FPI, de LMP, du CNRD et de la galaxie patriotique savent pertinemment que Ouattara n’a absolument pas besoin d’eux pour gouverner. Il peut faire perdurer la situation actuelle jusqu’à l’infini, car il a la force et la communauté internationale avec lui et la loi du plus fort est, cela est bien connu, toujours la meilleure. Ils semblent avoir fait le pari de le faire rentrer dans l’Etat de droit, pour donner une chance au retour de la normalité, afin que tous les Ivoiriens puissent à nouveau jouir de leurs libertés fondamentales : liberté d’opinion, liberté d’expression, liberté de mouvement, liberté de se réunir, liberté de s’opposer, liberté de presse, liberté de vivre en paix et en sécurité, tout simplement. Ce combat est long, ardu et truffé d’embûches. Pour le bien de tous, il est souhaitable qu’ils réussissent, car ce n’est pas une prétendue résistance de mendicité organisée sur Internet qui ramènera la paix en Côte d’Ivoire et remettra de nouveau Gbagbo au pouvoir.

Charles Kouassi in L’Intelligent d’Abidjan, le 14 mai 2011

Publié dans Côte d'Ivoire

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