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Bluff

Lettre à Jean S.

 


Cher Jean S.

Je voudrais exprimer par la présente toute ma solidarité. Je vous ai observé, tel un bébé phoque échoué sur la banquise de la vie publique recevoir les coups de gourdins de la populace déchainée. Je vois encore vos yeux m’interpeller d’un « m... mais, pourquoi ? » innocent et déchirant. Alors me voici. Si la classe médiatico-politique a su se mobiliser pour défendre quelques pédophiles bien introduits dans le milieu, j’aimerais être celui qui - pour une fois - défendra l’enfant que vous êtes, virgule, demeuré.

Et quoi de plus tendre, de plus émouvant qu’un enfant sans Défense ?

Oui, je sais. On dit que vous êtes « bien né » et on vous reprocherait presque que le hasard de la vie vous ait donné comme père un homme qui a été élu P. de la Ré. Mais sachez-le, Jean S., moi je vous aime bien, tout fils de P. que vous êtes.

Et il faut être vraiment aveugle pour ne pas reconnaître les qualités qui font de vous un être d’une autre trempe. Une trempe que j’aurais été fier de vous filer moi-même, n’en déplaise aux envieux, car je sais combien vous la méritez, cette trempe.

23 ans… ah le bel âge. Et dire qu’il y a cinq ans à peine, vous n’aviez même pas le droit de voter. Mais que de choses apprises, en si peu de temps ! Qu’ils raillent ! Qu’ils gloussent : car que connaissent-ils, tous ces montreurs du doigt, des affres ressentis lorsqu’il faut passer pour la énième fois par la case départ d’une année d’études ? Eh oui, tellement de choses apprises aux côtés de son papa.

- Jean …
- Oui, p’pa ?
- je veux que tu prennes la direction de la Défense.
- Ok. Je tourne au feu et on y est dans 10 minutes.
- (Soupir... Eh ben c’est pas gagné... Sa mère avait raison au moins sur un point...)

Des causes perdues, Jean S., j’en ai connues. Mais vous êtes probablement une des plus grandes causes perdues que la France d’en haut ait jamais pondue dans ses poulaillers d’acajou. (et dire que je ne sais toujours pas s’il faut faire concorder "pondue" ou pas)

Cela dit, je regrette amèrement que vous ayez renoncé à briguer la tête du quartier d’affaires de la Défense. En effet, je ne vois pas au nom de quoi certains vous reprocheraient votre candidature. Dans notre belle et vivante démocratie, n’importe quel clampin de passage peut se « déclarer » candidat à quelque chose. Et alors ? OU est le problème ? Le problème n’est pas dans la candidature, Jean S. Le problème est dans le résultat de l’élection.

On a un peu trop facilement oublié que si vous (Jean S.) étiez candidat, c’est que ces messieurs (les membres du conseil d’administration de l’EPAD) allaient voter pour vous. Vous entendez ? Ils allaient le faire !

En retirant votre candidature, Jean S. vous avez privé la France du spectacle grandiose, grandiloquent, grotesque et Omar Bongoesque d’un conseil d’administration composé de « responsables » de haut niveau baisser leurs pantalons jusqu’aux chevilles, caleçons avec, pour élire le fils légèrement post-pubère du Boss à la tête d’un des plus gros centres d’affaires en Europe.

J’aurais aimé voir capter sur vidéo - et pour la postérité, avec la liste des noms et tout - cette tribu de singes en costumes trois pièces en train de vous élire avec moins d’états d’âme que de préliminaires en pleine saison de rut.

Car le scandale, le véritable scandale, n’est pas votre candidature, Jean S… Le véritable scandale, c’est que votre candidature n’a pas été accueillie au sein du C.A. par quelques sourires amusés - avant de passer à des choses plus sérieuses...

Le véritable scandale, donc, c’est que ces types aient pu prendre votre candidature au sérieux.

Le véritable scandale, c’est qu’ils allaient vous élire, ces cons.

Et l’autre véritable scandale, celui qui me donne le vertige, c’est qu’ils sont toujours en place.

Et vous me demandez encore, Jean S., d’où vient cet étrange sentiment que plus rien n’a de sens dans la France d’aujourd’hui ?


Viktor Dedaj
Marianne2.fr
23 Octobre 2009

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Edito

Mercredi 4 octobre 2006 3 04 10 2006 17:02

« L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère... » (Thomas Sankara)

Monsieur Sassou Nguesso, en sa qualité de Président de l’Union Africaine, préconise donc comme solution de sortie de crise en Côte d’Ivoire de procéder simultanément à l’identification et au désarmement. Cela signifie qu’il veut rendre possible la modification de la démographie électorale en Côte d’Ivoire en permettant la naturalisation des bus entiers d’étrangers, armés ou non, venus du Burkina et du Mali, afin qu’ils puissent servir de vivier électoral au candidat soutenu par Paris. Il y a moins de dix jours, ce même Sassou Nguesso, cette fois vêtu des habits de Président de la République du Congo, a exclu la région du Pool des élections dans son pays, les rebelles qui y sont retranchés ayant refusé le désarmement avant l’échéance électorale. Si la situation n’était pas aussi grave, nous pourrions rire de voir cet individu vouloir faire avaler à son prochain un médicament qu’il refuse lui-même catégoriquement d’ingurgiter. Mais la dernière sortie du représentant de la Françafrique nous incite plutôt a redoublé d’attention et d’effort dans la lutte qui nous oppose à l’impérialisme français et à ses plénipotentiaires. En effet, il s’agit du énième stratagème que la France tente de développer pour orienter le dénouement d’une crise qu’elle a initié il y a quatre ans, afin de se débarrasser du Président Laurent Gbagbo, qui a osé remettre en cause le pacte colonial imposant la mainmise de la France sur la Côte d’Ivoire. Cette sortie est d’autant plus choquante qu’elle rend caducs tous les accords et résolutions précédemment signés ou adoptés pour résoudre la « crise ». Accra, Marcoussis, Tswane, la résolution 1633… On nous a tordu le bras pour nous les faire adopter, on nous a fait la guerre pour nous faire voter les lois en découlant, et maintenant que vient le tour des assaillants de s’y conformer, on nous dit de les ignorer !

La liberté ne nous sera jamais offerte. Nous devons la conquérir. Une liberté « octroyée », une liberté négociée est une liberté factice. La seule liberté qui tienne la route est celle qui est arrachée par la lutte des mains des tyrans et des colons. On ne fait pas de révolution en adoptant la politique du dos rond face à ses adversaires. On ne gagne pas son indépendance en faisant concession sur concession. La conquête de la liberté nécessite la reconnaissance de la beauté des angles. Il faut savoir dire non. Il faut savoir assumer son combat et le prix à payer pour parvenir à ses fins.

Ainsi que le disait Malcom X : "Il n’y a pas de révolution pacifique. Il n’y a pas de révolution non-violente. La révolution est sanglante. La révolution est hostile. La révolution ne connaît pas de compromis. La révolution retourne et détruit tout ce qui se met en travers de son chemin. Si vous n’êtes pas prêts à user de la violence, alors effacez le mot révolution de vos dictionnaires !"

Nous ne connaissons pas avec certitude la clé du succès. Mais la clé de l’échec est d’essayer de plaire à l’oppresseur. Nous ne détestons pas les français; nous détestons l’oppresseur. Et s’il arrive que l’oppresseur soit français, alors nous le détestons. Quand il arrêtera de nous opprimer, nous arrêterons de le haïr. En ce moment, en Côte d’Ivoire et en Afrique dite francophone, l’oppresseur, l’ennemi, c’est la France.

On ne peut pas plaire à tout le monde. Il faut cesser de vouloir séduire les autres. Il est important que nos leaders comprennent qu’ils doivent d’abord être aimés par leurs peuples, et non pas plaire à la France ou à la « communauté internationale ». Ils doivent s’atteler à ne pas perdre notre admiration. En 1946, nos parents et grands-parents admiraient Houphouët-Boigny. Mais dès lors qu’il a composé avec la France, le combattant Houphouët-Boigny est devenu un « collabo », dans le sens le plus négatif du terme. Il a lui-même contribué à enterrer un combat qui était le sien quelques années plus tôt. Aujourd’hui, la résistance est incarnée par Laurent Gbagbo. Qui ne devra jamais oublier qu’Houphouët-Boigny, en décidant de collaborer avec la France aux conditions des français, est devenu le fossoyeur de la Côte d’Ivoire.

Des milliers d’Ivoiriens ont perdu la vie dans la guerre que la France mène à l’Etat de Côte d’Ivoire depuis maintenant quatre ans. Il y a ceux qui sont tombés sous les tirs des français ou de leurs complices assaillants. Ceux qui ont été étouffés dans des sacs en plastique. Ceux qui ont été torturés, violés. Et ceux qui sont morts de maladie, de pauvreté, parce qu’ils ont eu la malchance de ne pas avoir pu fuir à temps les zones occupées par les protégés sanguinaires d’Alassane Ouattara et de ses donneurs d’ordre élyséens. Ceux qui sont tombés sont nos héros. Ils sont le tribut que nous avons payé pour la conquête de notre indépendance, de notre liberté. Et ils ne doivent pas être morts pour rien.

La masse populaire est souvent plus révolutionnaire que les élites. Les patriotes de tous âges et de tous horizons ont porté et continuent encore de porter les leaders actuels de la lutte de libération. Et ces derniers doivent veiller à ne pas se laisser distancer par leur base. Ainsi que l’exposait le président de l’Assemblée Nationale Mamadou Koulibaly : « La Côte d’Ivoire doit savoir que le combat qu’elle mène dépasse les limites de ses frontières et que les résultats, quels qu’ils soient, auront des répercussions sur la vie des autres pays francophones. En cela, elle a une responsabilité de leader. En cela, la Côte d’Ivoire a une obligation de résultat ».

Evidemment, nous voulons la paix. Si possible. Mais tout aussi naturellement, nous ferons la guerre. Si nécessaire. Nos ennemis sont tous ceux qui proposeront ou accepteront des compromis relevant du tabou inadmissible. Notre salut réside dans la clarté de nos exigences et de notre lutte. Comme l’a dit Kwame Ture (Stokely Carmichael) « Je suis pour l’Afrique. Quiconque cause du tort à l’Afrique, je lui marche dessus sans pitié et sans compassion. »

«Mieux vaut la mort que l’esclavage !» (Extrait de « Soundjata, Lion du Mandingue » par Laurent Gbagbo)

Nathalie Yamb in Le Courrier d'Abidjan, 10/04/2006

Par Mahalia Nteby
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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 10 2006 17:19

Atterrée ! J’ai longtemps cherché le mot qui convenait pour décrire l’émotion ressentie après l’allocution de Charles Konan Banny lundi soir. Un étrange sentiment chamarré, mélange de fascination et de répulsion.

Banny a voulu utiliser l’antenne de la RTI comme le charmeur de rats de Hammeln de la légende se servit de sa flûte pour envoûter les rats de la ville, qui le suivirent jusqu’à la rivière Weser où ils périrent. Seulement, le premier des ministres a occulté trois données essentielles : les Ivoiriens ne veulent pas mourir, ils ne sont pas des rats et les sons discordants de ses audiences foraines, loin de les enchanter, réussissent à faire fuir les moins mélomanes d’entre eux.

Croisement de Iznogoud (celui qui voulait devenir calife à la place du calife) et de Néron (qui mit le feu à sa propre cité de Rome), Charles Konan Banny est un être à la fois risible et dangereux. L’individu bafouillant, aux phrases inachevées, à la syntaxe tâtonnante et à l’élocution hachée qui s’est adressé à la nation ivoirienne lundi soir transpirait tellement l’incompétence qu’il serait aisé de se gausser de lui tant il était ridicule, n’eut été le fait que cette personne est celle que la France et ses affidés ont désigné pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise. Se réjouir du hara-kiri politique de Charles Konan Banny est un réflexe naturel pour tous les Africains avides de dignité, mais qui ne peut donc pas perdurer.

Car Konan Banny et ses « amis », auxquels il a si souvent fait référence dans son « discours », savent pertinemment qu’ils jouent là une de leurs dernières cartes. Si les audiences foraines version Banny ne passent pas en l’état, alors le plan ourdi par l’Elysée et mis en œuvre par Compaoré, Ouattara et leurs obligés aura définitivement avorté. La stratégie est simple : passer en force, malgré l’opposition de la majorité des Ivoiriens et du Président de la République, exacerber les tensions à fleur de peau au bout de quatre ans de guerre, de lutte, de privations et de résistance et mettre à nouveau le pays à feu et à sang, parce qu’en ce moment, on s’achemine trop sûrement vers une sortie de crise à l’avantage du peuple. Les défections massives des militants RDR et PDCI qui rejoignent en bloc le combat de Mamadou Koulibaly pour les institutions et la paix ont accru l’urgence de la démarche pyromane de Konan Banny. Mais si les autres scénaristes-interprètes de la crise ivoirienne peuvent tenter de justifier leur ignominie par leur volonté de préserver les intérêts de leurs pays, que dire de Banny ?

Lundi soir, Charles Konan Banny a perdu son honneur. Le bénéfice du doute s’est évaporé et preuve a été faite qu’il n’a pas en lui les gènes d’un grand homme d’Etat, ni même d’un grand homme tout court. Lundi soir, Charlot a pris la place de Charly. Malheureusement, c’est la Côte d’Ivoire qui trinque. Pauvre terre d’Eburnie !

Nathalie Yamb in Le Courrier d'Abidjan, 01/08/2006

Par Mahalia Nteby
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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 10 2006 17:33

«Je répondrai toujours présent, jusqu’à mon ultime souffle, à l’appel du peuple frère de Côte d’Ivoire» (Carlos Belli Bello)

Il y a des mots qui sont difficiles à écrire. Ceux-ci en font partie. Parce qu’au lieu de devoir rendre hommage à un combattant, j’aurais préféré continuer à discuter et échanger des points de vue avec lui.

C’était un résistant.

Celui qui est parti samedi soir a toujours résisté. Il a combattu pour la libération de son pays, contre la rébellion instrumentalisée qui mettait en péril la stabilité de l’Angola. Il a soutenu la Côte d’Ivoire aux heures les plus sombres, dans ces instants où l’on discerne les vrais amis des faux. Face à la guerre menée par la France contre l’Etat de Côte d’Ivoire, il s’est résolument placé du côté du peuple ivoirien, petit Poucet face aux tentaculaires manipulations politico-médiatiques de la Françafrique. Peu friand de la langue de bois que l’on dit pourtant inhérente à l’exercice de la fonction diplomatique, l’homme se distinguait par ses prises de position tranchées. Toujours en faveur d’une Afrique débout, d’une Côte d’Ivoire libérée du joug colonial français.

Carlos Belli Bello était un patriote. Africain avant tout. La résistance ivoirienne, l’Afrique digne ont perdu une figure emblématique, source d’inspiration pour les nouvelles générations. Ses propos nous revigoraient, ses interventions nous rendaient une fierté que l’oppresseur s’est toujours attaché à nous arracher.

Carlos Belli Bello est mort.

« J’ai simplement accompli mon devoir de combattant Africain, de combattant pour la liberté de la patrie et de vétéran de la lutte de libération Nationale en Angola », m’écrivait-il récemment.

Ceux qui l’ont connu savent quel monument s’en est allé. Jusqu’au bout, il a tenu parole. Il a répondu à l’appel des Ivoiriens. La meilleure façon de lui rendre hommage, c’est de continuer sa lutte. Notre lutte. Et de vaincre. Mais pour l’instant, unis dans la profonde douleur causée par sa disparition, nous lui disons : « Merci Monsieur l’Ambassadeur, merci l’ami. Ce fut un honneur de vous avoir connu et d’avoir appartenu à la même catégorie de résistants. »

Nathalie Yamb in Le Courrier d'Abidjan, 16/08/2006

Par Mahalia Nteby
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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 10 2006 17:37

Le hasard fait bien les choses. Il n’est pas dans mes habitudes de regarder les journaux télévisés français. Pourtant, hier soir, au détour d’un banal zapping, je suis tombée inopinément sur Nicolas Sarkozy, invité au 20 heures de France 2.

« La France serait donc le seul pays au monde à ne pas pouvoir décider de qui peut rester sur son sol », s’est offusqué le ministre de l’Intérieur français. Je pense qu’il est absolument nécessaire de faire savoir à monsieur Sarkozy que le cas français n’est pas si isolé que cela. Si sa vision apocalyptique venait à se réaliser, alors la France rejoindrait la Côte d’Ivoire. Sauf que pour cette dernière, il ne s’agit pas d’un hypothétique scénario kafkaïen, mais d’une outrageante réalité. En effet, la Côte d’Ivoire est le seul pays au monde à ne pas avoir le droit de décider qui peut séjourner sur son sol.

« La régularisation massive ne fait que compliquer le problème », constate par ailleurs le candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2007, faisant allusion aux trente mille (30 000) demandes reçues par les préfectures françaises. D’ailleurs, c’est décidé, il n’en régularisera qu’au maximum six mille (6 000). Il serait intéressant de recueillir le point de vue de monsieur Sarkozy sur l’exigence posée à l’Etat de Côte d’Ivoire par la « communauté internationale» de régulariser trois millions et demi (3 500 000) de sans-papiers. Surtout quand on sait que le PIB de la Côte d’Ivoire est de 648 dollars par habitant, alors qu’il est de 33.899 dollars par tête en France. Elémentaire, mon cher Watson !

« Renvoyer au Mali des Maliens ne peut pas être qualifié de traque ou de déportation », poursuit le président de l’UMP, parti de la majorité présidentielle en Hexagone. Il est bien difficile de donner tort à monsieur Sarkozy sur ce point. Et pourtant ! Le président et le vice-président du FPI, parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, qui ont récemment vivement dénoncé la fraude massive à la nationalité en cours lors des audiences foraines, se sont vus sévèrement tancés par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies. Quiconque ose simplement évoquer la mise en œuvre d’une procédure conforme à la Constitution d’identification des sans-papiers résidant en territoire ivoirien est aussitôt taxé de xénophobie, quand des tendances génocidaires ne sont pas immédiatement diagnostiquées. D’ici à ce que l’ami Nicolas soit interdit de voyager à l’extérieur de son pays parce que sanctionné par l’ONU, il n’y a qu’un pas… qui ne sera jamais franchi, bien sûr!

« Il ne suffit pas d’entrer en France pour avoir le droit d’être en France », martèle le ministre de l’Intérieur. Mais il suffit apparemment d’entrer en Côte d’Ivoire pour avoir le droit d’être en Côte d’Ivoire. De rester en Côte d’Ivoire. De voter en Côte d’Ivoire. D’être candidat à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Et de prendre les armes contre l’Etat de Côte d’Ivoire, au cas où celui-ci s’aventurerait à ne pas obtempérer illico.

« Nous souhaitons une immigration maîtrisée, pour que chaque immigré qui vient en France puisse avoir un travail et un logement », termine monsieur Sarkozy. Rien à redire, Nicolas ! Tu as pris dans ma bouche, comme on dit chez moi.

Nathalie Yamb in Le Courrier d'Abidjan, 17/08/2006

Par Mahalia Nteby
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Mercredi 11 octobre 2006 3 11 10 2006 22:47

Qu’est ce qui fait courir Mr Pascal Affi N’Guessan ? Depuis quelques semaines, le président du Front Populaire Ivoirien se distingue par des déclarations virulentes, des appels ouverts à la violence et des menaces à l’encontre des populations étrangères vivant en Côte d’Ivoire.

L’attitude belliqueuse de monsieur N’Guessan est autant surprenante qu’inquiétante. Affi N’Guessan a toujours représenté l’aile modérée du FPI. C’est lui qui a apposé sa signature au bas des accords de Marcoussis, alors que Mamadou Koulibaly avait claqué la porte de la réunion qui devait mettre l’Etat de Côte d’Ivoire à genoux. Il a docilement cédé sa place de Premier Ministre au sieur Seydou Diarra. Le retrouver sur une liste de potentiels sanctionnés pour entrave au processus de paix en Côte d’Ivoire est suffisamment ahurissant pour qu’on s’interroge sur les raisons profondes de ce soudain « extrémisme ».

Monsieur N’Guessan voudrait-il fournir le prétexte d’une attaque à l’armée française qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Beaucoup d’agitation, mais pourquoi, et surtout, pour qui ? Le comportement d’Affi N’Guessan n’est pas sans rappeler celui de Matthias Doué à la veille de l’opération Dignité. Des prises de paroles intempestives, des propos vindicatifs, des menaces ouvertes. Il est évident pour tout observateur averti de la crise ivoirienne que la France s’apprête à lancer une nouvelle attaque militaire contre l’homme fort de Côte d’Ivoire. Les récentes sorties des ministres français de la Défense et des Affaires Etrangères visent indubitablement à préparer l’opinion publique internationale à un remake de Novembre 2004, que les Chiraquiens espèrent cette fois couronné de succès. Mais pour à nouveau, au vu et au su de la « communauté internationale », faire rouler les chars de Licorne dans Cocody-Ambassades, où résident le Président de la République et le Président de l’Assemblée Nationale, les autorités françaises ont besoin d’un motif. Mamadou Koulibaly, « extrémiste » en chef et « idéologue » du régime Gbagbo selon Jacques Chirac et ses obligés, se distingue depuis plusieurs mois par des discours de paix. Certes, il continue de désigner l’Etat français comme responsable du chaos ivoirien et de dénoncer le Pacte colonial, mais ses missions de réconciliation avec les ressortissants du Nord sont tellement couronnées de succès que les bases du RDR s’effondrent comme un château de cartes. Charles Blé Goudé s’est fait remarquer en concluant la paix des braves avec les jeunes leaders de la mouvance rebelle. Les prises de positions de Simone Gbagbo sont quant à elles tellement ponctuées de la bonne parole évangéliste qu’il est difficile, voire impossible de continuer à la diaboliser.

Il faut donc créer un nouveau «radical », à défaut d’en trouver un tout prêt. Qui a donné à monsieur N’Guessan ses nouveaux atours « d’extrémiste » qui lui siéent si peu ? La France, en proposant son nom au comité des sanctions de l’ONU. Qui Affi N’Guessan aide-t-il en se conduisant comme un forcené ? La France.

Si Monsieur N’Guessan souhaite réellement une rapide sortie de crise, alors il serait sûrement judicieux qu’il se taise, a fortiori tant qu’il ne sera pas à même d’énoncer des choses sensées. Un sage proverbe bantou dit : « Celui qui tient un gros gourdin dans sa main n’a pas besoin de crier ». Le président Gbagbo s’appuie sur des références légales et constitutionnelles pour mener son combat pour la liberté de la Côte d’Ivoire. En sus de disposer d’arguments en béton, il bénéficie du soutien sans faille des patriotes et des Institutions. Il est également appuyé par de plus en plus de pays, agacés ou outrés par le racisme et les complots grossiers de Chirac et ses amis. La Loi, le droit et le soutien grandissant d’une opinion africaine et même plus globale lui sont acquis.

La seule chose dont il n’a pas besoin, c’est d’avoir des « proches » qui le mettent en porte à faux avec les idéaux et la méthode qu’il a toujours défendus et appliqués. La radicalisation de Monsieur N’Guessan est incongrue, inopportune et inacceptable. A moins que…

Elias Koré

Par Mahalia Nteby
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Sondage, héritage et outrage à l'intelligence

Stéphane Kipré

Depuis que l’hebdomadaire français Le Point a publié un sondage de TNS Sofres effectué pour le compte de Laurent Gbagbo, Président de la République de Cote d’Ivoire et candidat à sa propre succession, la presse abidjanaise est en ébullition. «Gbagbo loin devant», tel est le titre mis en avant par Le Point, dont les media locaux proches du pouvoir se font amplement l’écho. Mais ont-ils raison de se gargariser ainsi de «l’écrasante avance de Gbagbo» ?

Rappelons les chiffres : 42% des intentions de vote au 1er tour pour Laurent Gbagbo, 30% pour Henri Konan Bédié et 28% pour Alassane Dramane Ouattara. A première vue, tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les partisans du candidat Gbagbo. Et pourtant, on est bien loin du compte.

D’une part, le sondage occulte le fait qu’il y aura vingt candidats au premier tour de la présidentielle ivoirienne et non trois. Les scores mentionnés ne tiennent donc pas la route bien longtemps, tant ils seront dilués par la profusion des aspirants à la magistrature suprême; il suffit de regarder ce qui s’est passé au Gabon pour s’en convaincre.

Deuxièmement, si l’on compare les résultats de ce dernier sondage avec ceux de celui effectué en juillet 2009, également par TNS Sofres pour le compte de Laurent Gbagbo, l’on se rend compte que celui-ci a, au contraire, de sérieuses raisons de s’inquiéter. En effet, le sondage tant célébré montre un recul du candidat Gbagbo par rapport au trimestre précédent, où il rassemblait encore 43% des intentions de vote au premier tour, alors qu’Henri Konan Bédié progresse d’un point (il avait 29% en juillet), creusant ainsi l’écart avec un Ouattara stagnant à 28% depuis trois mois.

Enfin, et c’est la plus mauvaise nouvelle pour l’actuel occupant du Palais du Plateau, le sondage établit son incapacité à l’emporter dès le premier tour, même sous les auspices les plus cléments d’un cercle de candidats restreint à trois personnes. Hors, s’il est contraint d’aller à un deuxième tour, Laurent Gbagbo n’aura pas d’autre solution que de s’allier à l’un ou l’autre de ses adversaires, avec toutes les compromissions que cela implique et qui continueront de servir de prétexte pour ne pas donner aux Ivoiriens un gouvernement cohérent, compétent et responsable, capable de leur offrir le développement auquel ils aspirent légitimement.

Mais qu’est-ce qui explique ce trend négatif pour l’actuel président ?

L’embrouillamini qui caractérise son entourage n’y est certainement pas étranger. A force de vouloir ajouter une tonne d’ingrédients, dont certains fort avariés,  à la soupe, il a fini par rendre le breuvage quasiment indigeste, même pour ses partisans les plus historiques. En effet, est-il étonnant de voir de plus en plus de militants de base du Front Populaire Ivoirien se détourner de Laurent Gbagbo, alors que ce dernier semble prendre plus de plaisir à s’entourer de « pièces rapportées », plutôt qu’à la présence de ceux qui l’ont accompagné depuis les années de la clandestinité jusqu’à son accession au pouvoir ?

Les exemples foisonnent : Guillaume Soro, égorgeur de la liberté et de la prospérité des Ivoiriens, est érigé en Premier Ministre modèle ; Charles Blé Goudé, ancien Secrétaire Général de la FESCI, hâbleur et bonimenteur, dont certains passages des opuscules qu’il a commis sont apparus en délicatesse avec la vérité, est abreuvé de fonds incommensurables pour organiser de grandes tournées de harangue. Last but not least, Stéphane Kipré, sorti de nulle part et dont le seul fait de gloire est d’avoir épousé une des filles du couple présidentiel, se retrouve (miraculeusement ?), à la tête d’une telle fortune qu’il peut se permettre de fonder son propre parti, de créer son propre journal et d’y annoncer en avant-première le refus de son beau-père de laisser parrainer de sa candidature par le FPI au profit d’une nébuleuse Majorité Présidentielle (LMP). Plus ils sont hypocrites, arrivistes ou incapables, plus ils ont de chance de faire partie du «cercle restreint». Un véritable outrage à l’intelligence.

Imaginer que Gbagbo puisse véritablement envisager de positionner ces individus comme ses poulains fait frissonner et laisse présager que finalement, en matière de kidnapping du pouvoir et d’installation des «héritiers», la Côte d’Ivoire tend à se placer dans la droite ligne de pays comme le Gabon, le Togo, le Sénégal, la Libye, l’Egypte, la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale, et même la France des Sarkozy père et fils… et qu'elle est toute aussi mal servie, qualitativement parlant.

En conclusion, à part Stéphane Fouks, le communicant français (!) qui s’occupe du programme et de la stratégie de la campagne de Gbagbo, et ses intermédiaires dans l’entourage présidentiel ivoirien, dont les poches se remplissent fort peu pudiquement, on ne voit pas vraiment qui a une raison de se réjouir des résultats de ce sondage. Comme le disait Albert Camus : «Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde.»


E2
LePoint.fr
Le 22/10/2009

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