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Bluff

Côte d'Ivoire: Une coopération sans contraintes, sans menaces, sans exigences ni humiliations

 

Le Président de la République trace les nouvelles lignes de l’ouverture de son pays au monde.

«Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. Nous coopérons avec la République populaire de Chine sans que nous ayons des exigences politiques». Et le Président Laurent Gbagbo de préciser : si l’Afrique va à l’assaut de la Chine, c’est parce que «les Africains ne se sentent pas humiliés quand ils coopèrent avec la Chine».

Comment coopérer avec l’autre dans une relation de respect mutuel? Comment aller vers l’autre sans que l’autre ne vous impose des exigences, des contraintes, des humiliations ?  La Côte d’Ivoire, dans sa nouvelle diplomatie, veut se positionner, dans son rapport avec l’autre, comme un pays à respecter, et non un pays à soumettre, non comme un Etat à humilier. La Côte d’Ivoire, dans sa diplomatie, exige respect et réclame un traitement de réciprocité.

Le Président de la République, profitant de la pose de la première pierre de l’hôpital général de Gagnoa (un projet financé par la Chine), samedi dernier, a tenu un discours qui trace, avec fermeté, les lignes de la diplomatie ivoirienne : «Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Si l’on nous humilie, nous irons vers ceux qui ne nous humilient pas». Une ligne claire, qui installe la Côte d’Ivoire dans une diplomatie ouverte sur un monde qui célèbre le respect et la considération de l’autre. Une vision qui s’inscrit dans le refus des contraintes et des exigences qui prennent souvent des allures de chantage : «les milliers de conditions imposées dans le cadre de la coopération avec les autres sont une humiliation» que la Côte d’Ivoire ne peut accepter. D’autant qu’il est clair pour le Président Gbagbo que «les relations internationales consistent à entretenir des relations gagnants-gagnants», et que le premier acte de victoire d’un pays, «c’est de ne pas se sentir humilié». Celui qui ne l’aura pas compris, dira le Chef de l’Etat ivoirien, «ne pourra pas entretenir de relations décontractées avec l’Afrique».

Si l’Afrique, selon lui, «
va en Chine, c’est parce qu’avec la Chine, elle ne se sent pas humiliée. C’est ce que je veux expliquer à l’humanité tout entière. J’en parle en tant que Chef d’Etat qui a entendu certains de ses pairs gémir d’avoir tant été humiliés. L’aspect psychologique des peuples des pays du Tiers monde n’a pas été compris. Or, quand un peuple vous dit qu’il n’a pas peur de la mort, il faut le regarder autrement et le traiter autrement».

Réaffirmant les bonnes relations de la Côte d’Ivoire avec la Chine (une seule Chine), il donnera, sans ambages, son point de vue sur le Tibet : «Le Tibet est à la Chine depuis toujours. Si le Tibet a tant intéressé le monde, c’était à cause des Jeux olympiques. Les Jeux finis, plus personne ne s’intéresse au Tibet». Sur ce point, il précisera : «la diplomatie de provocation et la diplomatie d’humiliation, ce n’est pas bon». Sur la même lancée, il ajoutera : «je me réjouis que les dirigeants de Taïwan soient prêts à négocier». Parlant des Etats-Unis, il dira : «je me réjouis aussi qu’aux USA, nous ayons un nouveau chef qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant lui. Il faut que les gens se parlent. Il faut que les gens négocient. J’ai bon espoir que nous entrons dans une période plus détendue. La nouvelle diplomatie américaine donne des signes rassurants. Parce que tous les problèmes ne se règlent pas par la force. Quand Obama dit qu’il tend la main à l’Iran, il tient un discours d’un homme responsable».

Et de revenir à la Chine, en s’adressant à SEM. Wei Wenhua, son Ambassadeur accrédité en Côte d’Ivoire : «Excellence, restez sur la ligne sur laquelle vous êtes : le respect des pays du Tiers monde, la non humiliation, la non menace».

Le monde change et exige une diplomatie de respect, de dialogue et de consensus. Le monde change et la crise financière internationale, qui a fait effondrer les assises de l’économie mondiale, nous rappelle qu’un monde nouveau doit se construire sur la solidarité et la prise en compte de toutes les nations. La dégradation climatique nous renvoie à cette exigence vitale.

L’appauvrissement mondial interpelle tous les pays, surtout les plus riches. Et la Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette diplomatie qui tourne le dos à l’arrogance, à la force, au mépris. Elle veut pouvoir avancer et se construire sur les chemins d’un monde plus juste, d’un monde qui instaure le respect comme sous-bassement de la diplomatie et des échanges entre les Etats. Cela, Laurent Gbagbo l’a redit à Gagnoa: la Côte d’Ivoire va coopérer avec ceux qui ne  l’humilient pas.


Agnès Kraidy
Fraternité Matin
06 Avril 2009
Mercredi 17 juin 2009



Samedi 13 juin 2009. La défaite des Lions Indomptables du Cameroun face aux Eléphants de Côte d’Ivoire lors du match organisé au profit des victimes du drame du Félicia, survenu le 29 mars 2009, est la dernière débâcle en date de l’équipe nationale camerounaise, qui autrefois ramassait les trophées à la pelle et qui est aujourd’hui en quête de victoires, comme d’autres sont à la recherche du Graal. La finalité de cette prospection à l’issue de plus en plus compromise est la qualification pour la Coupe du Monde 2010 qui se joue dans un an exactement en Afrique du Sud. Visiblement affaiblie et désorientée, la sélection nationale camerounaise est devenue sujette aux quolibets, voit ses fans se détourner d’elle, et fait l’objet d’un carnage médiatique sans précédent.

Après le match de bienfaisance de samedi, n’a-t-on pas entendu des exégètes vitupérer contre cette équipe, «qui n’a même pas compris que les Camerounais ont besoin d’une victoire psychologique pour faire à nouveau confiance à ces Lions domptés». Ces mêmes personnes qui, en public, cassent du sucre sur le dos des stars désormais déchues, se pressent néanmoins en coulisses pour faire leur «atalakou» auprès des Eto’o, Song Bahanag, Njitap et autres Kameni. Symptomatique des temps présents : il est de bon ton de les vilipender, mais leur argent et les miettes de leur renommée sont toujours bons à prendre.

Beaucoup de voix, et non des moindres, ont leur coupable tout trouvé. C’est Samuel Eto’o le fautif ! Lui et ses caprices de star ! Lui qui a l’outrecuidance d’avoir 30 buts au compteur en championnat espagnol, de gagner la coupe du Roi et la Champions League avec son club le FC Barcelone, mais qui ne se donne pas la peine de marquer des buts quand il joue avec les Lions ! Ce fourbe catalan avec son passeport espagnol, qui, maintenant qu’il est « en haut », ne se la foule plus pour le drapeau vert-rouge-jaune ! Mister Samuel et Docteur Eto’o. Ben voyons !

Le faux procès fait à Eto’o

J’ai toujours eu une sainte horreur des théories simplistes et celle-là, à l’évidence, en est une. Samuel Eto’o Fils, comme Albert Dreyfus, est cloué au pilori, parce que ça arrange tout le monde, qu’il faut faire court et que cela évite d’avoir à creuser plus profondément pour trouver les vraies racines du mal qui gangrène l’équipe nationale camerounaise. Mais c’est un mauvais procès qui est fait à SEF, et il est aisé de le démontrer.

«Pour qui se prend Eto’o ? Patrick Mboma a plus fait pour le football camerounais que lui». «Un Eto’o ne vaudra jamais un Roger Milla.» Personne ne nie la contribution de nos anciennes gloires au rayonnement planétaire des Lions Indomptables. Mais ses faits d’armes passés autorisent-ils Roger Milla à interférer dans la gestion de l’équipe nationale comme il le fait avec virulence et peu de talent depuis un certain temps ? Avoir, il y a vingt ans, porté haut le flambeau du pays sur les aires de jeu fait-il automatiquement de lui le Einstein du football camerounais ? Comme Milla, dont les prestations lors de la Coupe du monde de 1990 continueront pendant longtemps à faire frissonner de plaisir les amateurs du beau football, Patrick Mboma mérite incontestablement son statut de légende, mais force est de reconnaitre que s’il a brillé de mille feux, c’est aussi parce qu’un jeune comme Eto’o, à l’époque, ramait dur et travaillait autour de lui pour le faire rayonner. Qui aujourd’hui, dans l’équipe nationale, travaille à faire rayonner Samuel Eto’o ? Qui lui ramène les ballons comme lui le faisait avec Magic Patrick ? Ne lui reproche-t-on pas souvent de « balayer » le terrain de haut en bas, alors qu’à Barcelone, il est discipliné et joue au poste à lui désigné par l’entraineur ? Mais s’il ne va pas les chercher lui-même, qui, au sein de la formation actuelle des Lions, lui sert les ballons dont il a besoin pour conduire le Cameroun à la victoire? On attend de lui les mêmes prestations qu’au Barça mais où sont les Messi, Iniesta, Valdes et Puyol camerounais? Et si par malheur il reste sagement à son poste, cela est aussitôt assimilé à un manque d’implication. Eto’o court partout, ce n’est pas bien. Il ne court plus, ce n’est pas bien non plus. Faudrait savoir, non ?

Le boycott médiatique européen aux relents racistes plus patents que latents auquel est confronté SEF, qui n’a pas l’heur de plaire tant à cause de son indépendance qu’en raison de ses prises de positions habituellement africanistes, souvent iconoclastes, parfois violentes mais rarement hors-sujet trouve aujourd’hui un écho favorable chez les journalistes africains, victimes consentantes d’un colonialisme intellectuel récurrent. Comment ce petit nègre peut-il se permettre de réclamer un salaire d’un million d’euros net par mois, qui ferait de lui le joueur le mieux payé du monde ? D’où cet illettré prend-il l’arrogance de négocier lui-même ses contrats, sans faire intervenir d’agent ou de manager, comme cela est de bon aloi dans le milieu ? En vertu de quoi ce type sorti de nulle part ose-t-il prétendre au Ballon d’or, alors qu’il est sous contrat avec Puma et qu’il est de notoriété publique que les gros deals de la FIFA se faisant avec Adidas et Nike, il est hors de question que le renvoi d’ascenseur adoube quelqu’un ne faisant pas partie de ces deux écuries sportives comme meilleur joueur du monde?

Mais Samuel Eto’o Fils est bel et bien le meilleur attaquant de la planète. Si les journalistes et fonctionnaires sportifs occidentaux ont des chiques au bout des doigts quand il s’agit de le reconnaître, on pourrait néanmoins s’attendre à ce que les femmes et hommes des média camerounais, au lieu de se rendre complices de la manipulation occidentale, se mettent en rangs serrés derrière l’enfant de New Bell, le célèbrent à sa juste valeur et le défendent âprement. Que nenni ! Hier acclamé, aujourd’hui sifflé. Surprenant ? Pas vraiment, tellement cela est typique du fonctionnement camerounais. On veut des idoles, mais il ne faut surtout pas qu’elles sortent trop du lot, sinon on leur coupe la tête. Au lieu d’être fiers de ceux qui réussissent, on les envie et on les détruit au moindre petit échec. Ceux-là qui s’extasient sur le transfert à 94 millions d’euros de Cristiano Ronaldo au Real Madrid s’offusquent que Samuel Eto’o, qui sera transférable sans frais en 2010, négocie avec talent son prochain contrat. Maintenant qu’il va jouer en Liga et que l’occasion nous est ainsi donnée de comparer ce qui est comparable, on verra bien si le Portugais pourra égaler les records de Fils… Ceux qui le qualifient d’analphabète font mine d’ignorer qu’Eto’o parle couramment trois langues et est suffisamment intelligent pour gagner plus d’argent en un mois que certains de ses détracteurs en six générations. Ceux qui décrient sa «grosse tête» et son «manque de patriotisme» n’arriveront pas à effacer tout ce que ce jeune homme a fait pour le Cameroun et les Camerounais, et c’est de sa contribution hors des terrains de foot qu’il s’agit ici. Dons d’ambulances, création d’une fondation caritative, pygmalion de jeunes talents sportifs dont plus d’une dizaine est déjà allée à Barcelone, soutenant financièrement les proches et les moins proches, remplissant la sébile des pauvres et des riches qui quémandent sans honte, créant des emplois, payant des opérations chirurgicales salvatrices à des gamins africains handicapés, Samuel Eto’o, à 28 ans, a fait plus pour la patrie que certains magnats ou hommes politiques au pouvoir depuis plusieurs décennies qui se permettent aujourd’hui de le critiquer ou de se gausser de lui quand il lui arrive de traverser une phase professionnelle difficile.

 «Drogba est  aussi une star, et pourtant, quand il joue avec les Eléphants, il se défonce et marque des buts, pas comme Eto’o.» Certes, à première vue, cela peut sembler exact. Mais une observation plus approfondie fait apparaître une différence fondamentale : au delà-du fait que ses coéquipiers, mettant de côté leurs égos, jouent pour lui, capitalisant ainsi sur le talent de leur capitaine, Didier Drogba évolue dans un environnement sain. Le football ivoirien est organisé de façon non pas extraordinaire, mais tout simplement normale, ce qui est très loin de la désastreuse réalité camerounaise, où les autorités, en véritable charognards, ont œuvré avec une tragique constance à la mise à mort du sport en général et de la sélection nationale de football en particulier.

Il n’y a pas de mauvaises troupes, seulement de mauvais chefs

Cela fait maintenant des années que le gouvernement nous inflige des ministres des Sports qui s’avèrent être les véritables fossoyeurs de l’équipe nationale. Oublieux des tâches fondamentales liées au portefeuille qui leur est confié, ces individus s’érigent en permanence en ministres des Lions Indomptables, en faisant preuve d’une capacité de nuisance inégalée. L’ahurissante succession d’incompétents à nous imposés par l’Etat camerounais nous amène aujourd’hui à devoir subir le sieur Augustin Thierry Edjoa, dont la nocivité n’a d’égale que son inaptitude.

Développer les infrastructures et les activités sportives au Cameroun ? Cette tâche est bien trop ingrate pour monsieur le Ministre, qui préfère consacrer la quasi totalité de son temps à la gestion des Lions indomptables ! Il le fait d’ailleurs tant et si mal qu’il n’est pas étonnant que les joueurs marocains ne se soient pas sentis dépaysés lors de la rencontre du 7 juin dernier: la pelouse du Stade Omnisports de Yaoundé ressemblait plus à un paysage du Sahara qu’au gazon de Wimbledon. Mais il est vrai qu’il doit être nettement plus lucratif de s’immiscer quotidiennement dans l’administration de l’équipe nationale de football plutôt que de s’atteler au développement de la fédération de canoë-kayak ou au  maintien du rayonnement du volleyball, du handball, de l’haltérophilie ou de la boxe, sports dans lesquels le Cameroun brillait pourtant encore il y a une bonne dizaine d’années et que messieurs Bidoung Mkpatt, Mbarga Mboa ou aujourd’hui Edjoa, en véritables croque-morts, ont contribué à anéantir.

Ce droit d’ingérence, octroyé aux ministres des sports en 1972 par décret présidentiel et que Paul Biya refuse contre vents et marées d’abroger, ne posait pas de problèmes fondamentaux tant que les titulaires du portefeuille étaient des gens d’envergure et de qualité. Malheureusement, cela fait belle lurette que cela n’est plus le cas et la descente aux enfers aboutit aujourd’hui au très catastrophique monsieur Edjoa. Qu’est-ce qui justifie que le ministre des Sports du Cameroun aille passer deux semaines au centre d’entrainement des Lions indomptables en Belgique ? Pourquoi a-t-on décidé d’installer ledit centre d’entrainement dans la très frisquette Belgique, alors que les matchs auxquels les joueurs sont sensés être préparés se jouent en terre africaine, sous un soleil de plomb auquel ils ne sont plus vraiment habitués, eux qui travaillent pour la plupart en Europe tout au long de l’année? Que dire de la décision de licencier l’adjoint d’Otto Pfister et de le remplacer par un trio d’entraineurs dont certains ne jouissent pas de la meilleure réputation mais qui ont le mérite d’être à la botte du ministre ? Quelle est la valeur ajoutée des pléthoriques délégations ministérielles qui accompagnent les Lions lors de leurs déplacements, véritables gouffres à frais de mission, et qui comprennent la famille, les petites amies, les relations personnelles des fonctionnaires sportifs ? Autant de questions auxquelles nous sommes en droit d’exiger des réponses claires et, le cas échéant, des sanctions exemplaires. Il y a là suffisamment matière à investiguer pour les fins limiers de l’opération Epervier et quelques locataires supplémentaires pour les geôles de Kondengui à identifier.

Que dire de l’affolante inertie de la Fédération Camerounaise de Football (Fecafoot), qui, bien qu’étant sur le papier le seul interlocuteur de la FIFA, se laisse piétiner par le Sinistre des sports et ses affidés, parce qu’il est toujours bien difficile de mordre la main qui vous nourrit ? Que dire de l’organisation chaotique, improvisée et quasi clownesque qui est devenue le pain quotidien des Lions indomptables et du football camerounais tout court ?

Panem et circenses

Ce désordre est-il vraiment une fatalité ou bien cela fait-il partie de la stratégie politique du gouvernement en place, qui consiste à récupérer les lauriers des soldats du sport quand tout va bien, et à les jeter en pâture aux populations quand ils subissent des échecs, tant il est vrai que la gabegie qui règne autour des Lions permet de détourner l’attention des vrais problèmes du pays. En effet, tant que les Camerounais sont occupés à écharper Eto’o et ses coéquipiers, ils ne se focalisent pas sur les maux fondamentaux qui minent leur société : pauvreté, chômage, système sanitaire et éducatif dégradés, infrastructures routières misérables, industrie des transports chancelante, non répartition des richesses, alors que des trésors miniers incroyables sont régulièrement découverts et exploités… Ce genre de manœuvre, qui remonte à l’Antiquité, quand les empereurs et leurs consuls, pour éviter les émeutes et révoltes du miséreux peuple de Rome, organisaient de sanglants combats de gladiateurs lors desquels de la farine gratuite était distribuée, a beaucoup de similitudes avec la gestion du Sport par les autorités camerounaises depuis une bonne décennie.

Il ne s’agit pas ici de faire l’hagiographie de Samuel Eto’o Fils, qui n’est ni parfait ni un saint. Mais, s’il n’est pas un ange, il est également loin d’être le démon qu’on veut nous faire crucifier.  En dépit de ses imperfections et des maladresses qu’il a commises et commettra certainement à l’avenir, il est temps de rendre à César ce qui est à César et de mettre balle à terre.

Leaders d’opinion, journalistes, hommes politiques, responsables sportifs, anciens joueurs et nouveaux talents aux égos hypertrophiés, supporters versatiles, tous tant que nous sommes, qui avons passivement ou activement contribué à mettre le sport camerounais en général et l’équipe nationale de foot en particulier au niveau abyssal des boîtes noires du vol AF 447, le temps est venu pour nous de faire notre mea culpa individuel et collectif et de reconnaitre que le Cameroun footballistique, qui s’érige aujourd’hui en juge, n’est absolument pas digne d’un joueur comme Samuel Eto’o, loin s’en faut !

Mahalia Nteby in Le Messager, 17 juin 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Sport
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Mercredi 4 octobre 2006

Le Cameroun a indubitablement la meilleure équipe du tournoi, mais cette équipe ne gagne pas, ne gagne plus. Il convient aujourd’hui d’analyser les causes des échecs successifs de l’équipe nationale. Son niveau ne serait-il donc maintenant que les quarts de finale d’une Coupe d’Afrique des Nations ?

Samuel Eto’o Fils n’a pas la tête de ses jambes. L’humilité est un mot qu’il ne semble pas connaître. Tout au long de son séjour au Caire, et malgré les « assurances » données en ce sens par Philippe Mbarga Mboa, Eto’o (SEF) cherchait par tous les moyens à se distinguer de ses coéquipiers. « Quand Samuel Eto’o est dans un groupe, je veux qu’on sache qu’il est là », assène-t-il dans l’hebdomadaire France Football du 17 janvier 2006, parlant de lui-même à la troisième personne, comme le font souvent ceux qui ont perdu pied avec la réalité. Les joueurs se partagent une chambre à deux ? SEF fait chambre à part. L’entraîneur désigne Njitap pour diriger les étirements d’après match ? SEF fait sa séance personnelle, au milieu des autres. Les femmes ne sont pas acceptées à l’hôtel des joueurs ? SEF fait venir quelques- unes (...) et elles se succèderont à un rythme vertigineux aux pieds des pyramides. Après la défaite, tous les joueurs et le staff technique sont rassemblés à l’hôtel pour une réunion avec les officiels ? SEF, d’abord retenu au contrôle anti-dopage, les rejoint à la fin sans se presser, le sourire aux lèvres, comme si tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes...

Le Cameroun, c’est le Cameroun

En amont de la CAN, Eto’o avait opposé une fin de non recevoir aux émissaires - parmi lesquels se trouvaient d’anciens Ballons d’Or Africains - mandatés pour le convaincre de participer à la compétition et qui se sont déplacés jusqu’au Nou Camp de Barcelone. Mais SEF est venu passer les fêtes de fin d’année au Cameroun et là, il a perçu que si jamais il ne jouait pas cette CAN, jamais plus il ne porterait le maillot vert sur un terrain de football. S’il y a une chose que le public camerounais sait faire, c’est se détourner durablement et sans état d’âme de ceux qu’il vénérait encore quelques instants plus tôt. Quelques jours après qu’il ait posé pied à Douala, les proches d’Eto’o, qui vivent au pays et/ou qui connaissent la nature profonde du peuple et l’univers du football camerounais, ont compris le danger. Lui non. Il a certes vaguement senti que l’opinion camerounaise se préparait à le mettre au placard, mais sans y croire vraiment. Cependant, une fois n’est pas coutume, il a décidé d’écouter et il est rentré à Barcelone négocier un accord avec son club. « Pendant mon séjour au Cameroun, mes conseillers m’ont dit que je devais y aller » déclare-t-il dans France Football, sans se rendre compte qu’il admet par là qu’en dépit de toutes les déclarations « africanistes » qu’il a faites ces derniers temps, c’est plus contraint que par vocation qu’il participe à cette CAN. Eto’o joue la carte africaine parce qu’il est malmené par la presse française. Son ego ne supporte pas le traitement injuste que lui réservent les médias français. Son comportement n’est pas sans rappeler celui d’un Michael Jackson qui se pose en victime du racisme lorsqu’il est traîné en justice, alors qu’il a passé ces vingt dernières années à essayer d’effacer toute trace de son appartenance à la race noire.

Aujourd’hui, Eto’o et Wome Nlend ont beaucoup de choses à se dire. En bassa ou en français

En dépit de ce qu’il peut croire, Samuel Eto’o Fils n’est pas Jésus. Le football, comme la vie en société, a des règles de fonctionnement, et même lui doit les respecter. Quand tu cries dans la forêt, l’écho te revient. La polémique autour du penalty raté de Wome Nlend le 8 octobre dernier est du fait d’Eto’o. Il a continué de l’entretenir, en dépit du bon sens. Extrait de son interview du 17 janvier 2006 : « Lorsque l’arbitre siffle le penalty, je vois Pierre qui se dirige vers le ballon. Je m’avance vers lui et lui demande ce qu’on fait. Il me dit en bassa : « Laisse, c’est ma responsabilité ». Je lui fais confiance... » Eto’o pense (à raison peut-être) que le public s’attendait à ce qu’il tire, alors il se justifie comme il peut. Mais n’aurait-il pas été plus simple de dire les choses telles qu’elles sont, à savoir que chaque équipe a ses règles de fonctionnement et que jamais, au grand jamais, Eto’o n’aurait pu ou dû tirer ce penalty controversé ? Les tireurs numéros 1 et 2 sont clairement définis. A l’époque où il jouait encore en équipe nationale, ce rôle incombait à Etame Lauren. Aujourd’hui, le tireur de penalty s’appelle Geremi Njitap, et, au cas où il est absent, comme cela était le cas à Yaoundé, cette tâche revient à Pierre Wome Nlend. Point barre. C’est une règle, un fait, une évidence. Personne, au sein des Lions Indomptables, ne conteste cela. Eto’o pas plus qu’un autre d’ailleurs. En dépit de ce qu’il raconte dans l’hebdomadaire français, il n’a jamais demandé quoi que ce soit à Wome. Il n’était même pas dans les parages quand Webo a remis le ballon à Wome Nlend.

Lorsqu’il se dirige vers le ballon le 4 février au Stade Militaire du Caire, Eto’o contrevient aux règles de fonctionnement de l’équipe nationale du Cameroun. Mais il a besoin de tirer le premier, de se décharger de la pression, parce qu’il pense que s’il rate, les autres auront le temps de rattraper le coup. Mais les choses sont bien faites, et le voilà qui doit se mettre face au gardien une seconde fois : le résultat est connu. Tout le monde peut rater un penalty. Eto’o comme Wome. SEF en a fait l’expérience en Égypte. Ce n’est pas la fin du monde. Ce qui est plus grave, c’est de constater qu’Eto’o Fils se croit au-dessus des règles et qu’on le laisse piétiner des principes fondamentaux sans le recadrer. Que font Roger Milla, Rigobert Song, Patrick Mboma ? Pourquoi le laissent-ils faire ? Eto’o n’a pas à tirer de penalty en premier. Eto’o n’a pas à tirer des coups francs à 40 mètres. Eto’o n’a pas à décider de faire entrer Boya sur le terrain, comme il a tenté de le faire lors de la rencontre d’hier. « Quand on est responsable d’un groupe, il y a des choses qui vous plaisent et d’autres moins », dit-il dans France Football. Mais Eto’o n’est responsable d’aucun groupe. Eto’o n’est pas le capitaine des Lions Indomptables.

Dysfonctionnements et amateurisme

Le football est un sport d’équipe. Il serait donc trop facile de rendre Samuel Eto’o Fils unique responsable de l’échec des Lions, d’autant plus que sur le terrain, bien supporté par ses co-équipiers, il a montré un football céleste lors des trois premiers matchs. Les victoires, comme les défaites, sont collectives. Mais pour pouvoir entamer la catharsis, il faut que des réponses soient données aux questions qui se posent. Sans langue de bois.

L’équipe camerounaise est talentueuse. Mais il lui manque quelque chose pour qu’elle soit une grande équipe et redevienne une équipe qui gagne : un encadrement professionnel, à commencer par la fédération, en passant par les entraîneurs et les officiels administratifs.

Au-delà des questions purement stratégiques, (pourquoi avoir privilégié un Olembe fadasse au détriment de Douala ? Pourquoi ne pas avoir fait entrer Kameni pour l’épreuve des tirs au but ?) est-il pensable qu’un Arthur Jorge exerçant en Europe eut abordé un match sans avoir observé et analysé l’adversaire ? La situation géographique du site d’hébergement des Lions Indomptables (localisé à 65 km du Stade Militaire du Caire) a fait couler beaucoup d’encre, mais il revient à la Fecafoot d’envoyer quelqu’un vérifier l’adéquation de l’hôtel proposé par la CAF avec les desideratas camerounais. Les « conférences de presse » organisées à la va-vite et qui n’ont de conférence que le nom, le programme nutritionnel des joueurs dont on peut se demander s’il est vraiment établi professionnellement et en tenant compte de la programmation des matchs, des invitations mises à disposition un quart d’heure seulement avant le début des rencontres, un ministre qui, le 4 février au matin, annonce avec grandiloquence le programme de la délégation camerounaise jusqu’au 10 février, des primes payées à la tête du client et dans l’opacité la plus totale... Rien n’est planifié, organisé et géré de façon professionnelle et rationnelle. Pourquoi les joueurs et anciens joueurs n’ont pas voix au chapitre lorsqu’il s’agit de désigner l’entraîneur de l’équipe nationale ? Quelles sont les tâches des uns et des autres au sein de la grande famille du football ? Le ministre des Sports et de l’Éducation Physique ne devrait-il pas s’atteler à initier la construction d’infrastructures et de stades adéquats plutôt qu’à intervenir pour radier des joueurs sélectionnés par l’entraîneur comme cela fut le cas pour Womé Nlend ?

Les Lions comptent en leur sein des valeurs sûres et de véritables pépites de diamant : Rigobert Song Bahanag est et demeure le pilier de l’équipe. Jean Makoun II et Saïdou Alioum ont brillé de mille feux. Mais le succès d’une équipe ne dépend pas seulement du talent. Certes, une bonne dose de talent est nécessaire comme ingrédient de base, et également une petite touche de chance. Mais la réussite vient d’abord et surtout d’un travail constant.

Les Lions Indomptables ont perdu un match, mais ils l’ont perdu dans la dignité. Il importe maintenant de tirer les leçons de cette défaite et de travailler pour qu’elle soit le prélude à des années de succès et augure d’un triomphe durable et mérité pour 2008 et 2011.

Nathalie Yamb in Camfot.com & Mutations, Février 2006

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Sport
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Réalité

Do not leave Africa in scramble



To many minds, Africa is a picture of hopeless misery: afflicted by poverty, scarred by corruption and ravaged by Aids and war. These facts are true, but they tell only half the story. In many sub-Saharan African countries output briskly outpaced population growth during the last decade, leading to sustained growth in income per capita and promising a lasting escape from poverty.

Behind the success lies many African leaders’ willingness to adopt solid macroeconomic policies and move towards more transparency and less red tape. Economic integration with the world deepened and trading relations diversified. Record-breaking prices boosted commodity exporters’ incomes. The private sector’s success, for example in telecommunications, showed that Africa does not lack good business opportunities. Before the crisis, countries such as Ghana were on course to escaping aid dependence by entering global capital markets.

But Africa is now slipping. Foreign direct investment has shrivelled. Capital markets have seized up as funds flee to the safety of rich-country sovereign bonds – with which the market is flooded. The price of trade credit has soared, sharply halting trade flows, with commodity exporters suffering additionally from the drop in prices.

As tax revenues fall and demands on public services rise, governments without large savings are in a squeeze. African leaders warn of a popular backlash: if the public suffers undeserved pain after governments followed what rich countries told them to do in the 1990s, economic growth and democratic stability are at risk. Already coups and riots are on the rise.

The world’s leading countries must act to end the global crisis as soon as possible. In the meantime, Africa should not be a casualty of other priorities. African governments that have shown a commitment to sound policies must be helped to fill temporary funding gaps. And rich countries should quickly prop up trade finance: it would do much good and cost little.

Development aid
can do ill as well as good; the long-term goal must be to get rid of it. But that is no argument against short-term crisis assistance, which has been provided – quickly – to small and relatively rich European countries; many African countries need the same. Moreover, rich countries made aid promises at the Gleneagles summit that they have yet to fulfil.

The potential cost of the crisis in Africa is not just unemployment; it is starvation, civil war and the closing of an escape route from poverty. That is a price the world cannot afford to pay.


Editorial
Financial Times
Le 16/03/2009

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