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Bluff

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Samedi 15 mars 2008

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Jacob Zuma, the new leader of South Africa’s ruling African National Congress, has claimed supremacy over his bitter rival, Thabo Mbeki, the country’s president, whom he ousted as party president last year, saying unequivocally that power resides in the ANC and not the presidency. 

Speaking to the Financial Times, he all but dismissed Mr Mbeki and his cabinet ministers as lame ducks as he sought to stamp his authority on the country and address the bitter power struggle that has left business people worried the country is leaderless. 

Power lies in the ANC,” he said. “It’s the ANC that wins elections, the ANC that has the power to identify people who must be part of government ... If he [the president] is not part of the ANC leadership, he doesn’t have authority.” 

In an interview in the party headquarters, Mr Zuma, who relied on the support of the unions and the left to take over the party, repeated his mantra that the advent of a new party leader did not mean that ANC economic policies would change. 

But in a reflection of his balancing act between wooing business and satisfying his power base in the unions, he refused to rule out a debate on a left-ward shift of economic policy. 

Asked if he would consider supporting calls by the Communist party for a return to nationalisation, he said that, if asked to give a view on such a shift, he would not make a definitive statement, but rather would open a discussion. “I think let the issues be put on the table so that we discuss what are the merits of that argument,” he said. 

Such equivocation is increasingly exasperating business people as they seek to understand the implications of his takeover of the party in last December’s five-yearly ANC conference. In the past two months South Africa’s business confidence has suffered a series of blows, primarily caused by an electricity crisis that has led to rolling power cuts but also compounded by uncertainty about the direction of the ruling ANC. 

Given the ANC’s electoral dominance, as party leader Mr Zuma is on paper the out-and-out favourite to be the country’s next president after next year’s elections. But first he has to overcome a trial in August on charges of corruption, fraud, racketeering and tax evasion. 

He reiterated his longstanding charge that the prosecutors have pursued a politicised agenda in their seven-year investigation, and dismissed the idea of not competing in the elections while he sought to clear his name. “It is a very funny case, very funny,” he said. 

Mr Zuma was concerned about the rand’s 15 per cent fall in value since the start of the year. He said he would like it to strengthen but attributed its decline to global economic jitters as well as domestic uncertainties. 

His strongest language was reserved for the fight against the country’s dire rate of violent crime, which has claimed two more high-profile victims this week and led to calls from a prominent black actor for a “million man” march to the government buildings. 

He called for more “biting laws” and less focus on the rights of criminals, who he said were too easily released from prison. “We must strengthen the law so people mustn’t think that even if I commit a crime in any case it’s fine.” He also said he would not oppose a referendum on the death penalty that was abolished soon after the end of white rule, if there was a “sufficient majority” calling for one. But he added he was against the death penalty. 

Par Alec Russel in The Financial Times, le 6 mars 2008

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Jeudi 6 mars 2008

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Question à 8 milliards €: Où va l'aide publique au développement ?


Avec 8,2 milliards d’euros alloués en 2006 au titre de l’aide publique au développement (APD), la France se classe au quatrième rang des pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques) et au premier rang des pays du G8 en terme de contribution rapportée à son PIB (0,47% en 2006). J. Chirac avait même promis 0,5% en 2007 et 0,7% en 2012, l’objectif fixé par la communauté internationale en 1970. Finalement, l’APD française tournera autour de 0,43% en 2007 et 2008 et Nicolas Sarkozy a repoussé l’objectif des 0,7 % à 2015. 

Dans les instances diplomatiques, on n’en finit pas de redécouvrir l’importance du financement du développement, de la lutte contre la pauvreté et la France est souvent au premier rang des donneurs de leçons de vertu. Après le Président Chirac, initiateur (parmi d’autres) de la nouvelle taxation internationale sur les billets d’avion, ce fut au tour de Nicolas Sarkozy de plaider pour un "nouvel ordre mondial" lors d’un discours prononcé à l’ONU le 25 septembre 2007. "Les pauvres et les exploités se révolteront un jour contre l’injustice qui leur est faite" affirmait le président français. 

La réalité oblige pourtant à une lecture critique du tableau "idyllique" des engagements français en matière de solidarité internationale. Sur les montants d’abord. Si on exclut la partie allouée aux "opérations de rééchelonnement de la dette des pays du Sud", qui souvent ne permet pas de dégager de l’argent frais dans les pays récipiendaires et qui est en grande partie la résultante de prêts antérieurs contractés en toute irresponsabilité avec des régimes illégitimes et corrompus, l’APD française n’augmente pas. Elle diminuerait même sensiblement (- 90 millions de 2004 à 2005). De plus, le contenu même de l’enveloppe réserve quelques surprises. Elle contient par exemple les frais de bourses accordées aux étudiants étrangers, les coûts administratifs relatifs à l’accueil des demandeurs d’asile, des financements accordés aux territoires d’outre-mer ainsi que des programmes dédiés à la promotion de la francophonie et au rayonnement culturel de la France dans le monde. En définitive, moins de 55% de l’APD seraient constituées de programmes sectoriels ou d’assistance technique, dont la moitié seulement allouée aux pays les moins avancés. 

Plus généralement, cette APD française s’inscrit dans une politique de la France en Afrique qui est contestable dans ses objectifs et souvent incontrôlable : 

- cette politique continue à se décider à l’Elysée, avec un contrôle insuffisant du Parlement 

- elle maintient au pouvoir des régimes dictatoriaux et corrompus, peu soucieux du bien être de leur population et qui détournent bien souvent l’aide dont leur pays bénéficie 

- elle est incohérente avec ses objectifs déclarés de solidarité internationale dans sa gestion de la dette des pays pauvres, dans sa politique agricole et dans sa politique au sein des institutions internationales telles que la Banque Mondiale, le FMI (Fond Monétaire International), l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce)... 

- elle a permis aux réseaux de la "Françafrique" de s’intégrer dans les réseaux internationaux aux tendances mafieuses qui ont pour vecteurs la spéculation sur les dettes des pays du Sud, le mercenariat, les ventes illégales d’armes, le pillage des ressources africaines et la criminalité internationale. 

Il est donc nécessaire de réformer le dispositif de coopération française au développement, au-delà des timides réformes institutionnelles de 1997 et 2004, et de proposer et appliquer une nouvelle politique extérieure de la France, plus responsable et plus transparente. Ce sont bien les fondements et la légitimité de notre relation avec les pays africains qui doivent se poser à nous aujourd’hui. Conduite à terme, cette réflexion conduirait sans doute à ternir l’image d’Epinal de "la France, amie et bienfaitrice de l’Afrique". 

En effet si l’on décortique les statistiques économiques, on s’aperçoit que l’argent versé par la France au titre de l’aide est peu de choses en comparaison avec les rapatriements des multinationales, l’argent des trafics menés en Afrique ou même les transferts des migrants africains résidants en France. Le phénomène est identique au niveau mondial où la charité et la générosité affichée par les grandes puissances, qui aiment afficher leur compassion pour le continent africain, est au final bien peu de choses en comparaison à ce que ces dernières font ou ont fait subir à l’Afrique : exploitation des richesses, dette, accords commerciaux iniques, plans d’ajustements structurels et schémas néolibéraux imposés, etc. 

S’intéresser aux dessous du financement du développement revient donc souvent à tordre le cou à bon nombre d’idées reçues dont la première et la plus répandue est l’affirmation selon laquelle les pays du Nord et la France en particulier "aident" l’Afrique. 

L'aide publique au développement, un cache-misère ?

- Les principaux écueils de l'APD française
- Une coopération bilatérale au service des intérêts français
- Une coopération multilatérale aux contours flous
- Des annulations de dette qui gonflent l'aide
- La vraie nature des flux financiers Nord-Sud

Lire le document entier sur
http://survie-france.org/IMG/pdf/4pagesAPDSURVIEv2.pdf

Survie in survie-france.org, Décembre 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Vendredi 15 février 2008

France is helping to protect Chad's President but it is his people who deserve protection. Europe stands on the brink of entangling itself in France's neocolonial war in Africa.
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The only surprise about this month's battle for Chad's capital city N'Djamena is that it was so long in coming. Every Chadian political dispute in the last 40 years has been settled by force of arms, and the latest conflict is running true to form. A coalition of Chadian rebels, backed by Sudan, made a lightning dash westward across the country from Darfur and assaulted the capital city. Hundreds of soldiers and civilians died in two days of bloody street fighting before Chad's President, Idriss Déby, with help from the French, rallied and pushed back his enemies. The tense standoff comes as the European Union is poised to dispatch 2,500 troops to eastern Chad, where hundreds of thousands of Darfurian refugees and displaced Chadians live in fear. Now Europe's leaders must decide: Will those soldiers be a neutral protection force for civilians, or an army fighting to protect Chad's embattled despot? 

Déby has hung on to power for 16 years by mastering Bedouin politics. Along with physical courage — he commands from the front line — he has a gift for intrigue. Sometimes he buys off his enemies with cash, which is more plentiful since ExxonMobil started pumping oil in 2003. He has also been accused by Amnesty International and the Chadian opposition of murdering his enemies. But key to his survival is France's calculation, backed by military support, that his adversaries are worse. 

Chad is remote — almost equidistant from the Red Sea, the Atlantic Ocean and the Mediterranean. From 1966 onward it was racked by 25 years of war. N'Djamena was destroyed and the country divided into rival fiefdoms. Libya's Colonel Muammar Gaddafi tried to annex Chad, prompting France and the U.S. to fund a covert contra war in support of Chadian warlord-turned-President Hissène Habré. 

Déby was among the French-trained Chadian warriors who defeated Gaddafi's army in 1987. He then chased Libya's proxy Arab militias — known as Janjaweed — into Darfur, sparking that region's descent into bloodshed. But Déby soon fell out with Habré, who tortured and executed thousands of opponents, real and suspected. Déby is a Zaghawa — part of a tribe of black Saharans equally at home in Darfur, Chad and the oases of the Libyan Sahara. Armed by Sudan and Libya, he stormed across the Chadian savanna from rear bases in Darfur and seized power in 1990. Paris ordered its troops to stand aside, congratulated the coup maker and renewed its military cooperation pact with Chad. 

Under Déby's rule, Chadians began to enjoy stability for the first time. Oil promised real wealth, even schools and clinics. But hopes soured when Déby fixed the 2001 elections and Transparency International ranked Chad as the world's most corrupt country (alongside Bangladesh). Déby faced down mutinies at home, but the fuse for the current conflict was lit with the 2003 insurrection in Darfur, led in part by his own Zaghawa tribesmen. 

The French Connection 

Throughout Darfur's war, weapons have flooded in from Chad. When Sudan's security chiefs realized Déby would not cut the rebel supply lines, they resolved to get rid of him. Their offers of money and guns found plenty of takers among disaffected Chadian commanders. Three times the Sudanese organized attacks, nearly capturing N'Djamena in April 2006. 

It is no coincidence that they struck this time just days before the E.U. force was due to arrive. The European troops are under a U.N. mandate to protect civilians, but Sudan's security chiefs fear the operation could be a staging post for intervention in Darfur. Chadian rebels see the real role of the mostly French troops as defending France's protégé, Déby. 

The tide of battle in N'Djamena turned on Feb. 3. French logistics and intelligence were pivotal, though Déby's tactical prowess and rifts among the rebels helped too. Neither of the two main rebel chiefs, Timan Erdimi and Mahamat Nouri, wants the other to become President. The French weapons now pouring into Chad on Libyan aircraft will not seed stability. Many will flow into the armory of Déby's Darfurian ally Ibrahim Khalil, leader of the Justice and Equality Movement, encouraging him to escalate his war in Darfur. 

Déby sees only a military solution. He used the rebel attack as a pretext to arrest the leaders of Chad's civil opposition. They are alive — for now. On Feb. 4, Paris won the U.N. Security Council's authorization to send weapons to Chad. France is fast becoming a belligerent in Chad's war, and an accomplice to a crackdown on the faint hope of a democratic future. 

Chadian civilians and Darfurian refugees alike stand in the path of this fast-moving war. If there was ever a need for international troops to protect them, the time is now. But European leaders must recognize that France's military mission is protecting Déby, not Chadian civilians. Europe stands on the brink of entangling itself in a neocolonial war in Africa. It is not clear that it can salvage the high principle of protecting the victims of war amid the ongoing carnage and chaos. 

Alex De Waal in Time Magazine, 18 Février 2008

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Mardi 12 février 2008

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Jusqu’au 31 décembre 2007, la coopération commerciale entre l’Union européenne et les pays Acp (Afrique au Sud du Sahara, Caraïbes, Pacifique) est régie par le principe de non-réciprocité : les produits en provenance des Acp sont admis librement sur les marchés européens, sans droits de douane, alors que les produits européens peuvent être frappés de droits de douane lorsqu’ils sont importés dans les Acp. 

Le grand changement apporté dans la nouvelle coopération est l’introduction des Accords de partenariat économique (Ape) qui reposent pour l’essentiel sur le principe de réciprocité : dorénavant, les produits européens devront entrer sur les marchés africains sans droits de douane, exactement comme c’est le cas pour les produits africains sur le marché européen. Un autre changement apporté par la nouvelle coopération est de ne plus avoir les Etats comme seuls ayants droit de regard dans les pays Acp ; invitation est faite à toutes les composantes de la société civile (groupements professionnels, syndicats patronaux, syndicats de travailleurs, communicateurs, simples citoyens…) à s’impliquer pour donner leur avis. 

Les Ape présentent au départ, entre autres, des inconvénients pour les producteurs africains, dans l’agriculture comme dans l’industrie : 

(1) - Les produits agricoles européens qui sont subventionnés (ce qui permet de les vendre moins cher) vont inonder les marchés africains ; les produits africains similaires (comme la volaille, les œufs par exemple) ne pourront pas résister à la concurrence. Il faut dire que le terrain a été préparé par les programmes d’ajustement de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international qui ont supprimé les subventions en Afrique. 

(2) - Les embryons d’industrie qui existent dans les pays africains pour ne satisfaire que le marché local (allumettes, piles électriques par exemple) vont être étouffés par la concurrence européenne, surtout avec cette préférence marquée des Africains pour tout ce qui est importé ; ce qui va se traduire par des fermetures d’usines avec le cortège bien connu de nouveaux chômeurs. Pour ne rien dire, des énormes pertes de recettes douanières pour les Etats. 

Les Ape ne sont ainsi rien d’autre qu’une réédition accentuée de la promenade du pot de fer et du pot de terre. L’Union européenne est d’ailleurs bien consciente des plumes que les pays Acp vont laisser dans l’opération ; elle leur a prévu un fonds de compensation (Forape), sournoisement appelé ‘aide’, et qui n’est rien d’autre qu’une rémunération pour ‘bonne conduite’. Ce qui n’a en fait rien de nouveau ; cette méthode a toujours régi les relations entre l’Europe et l’Afrique, avec les résultats que l’on sait pour cette dernière. 

En réalité, les produits africains même s’ils sont théoriquement admis librement sur le marché européen sans droits de douane, y sont soumis à d’autres discriminations non tarifaires comme les normes de qualité contraignantes qui leur sont imposées, pour ne pas concurrencer les produits européens similaires ; c’est le cas dans le secteur de la pêche où les exigences de critères de navires ne peuvent être satisfaites par les pêcheurs locaux, ce qui ouvre la voie aux bateaux de pêche européens pour venir se servir abondamment sur les côtes africaines. 

Il convient d’ailleurs de s’interroger sur les avantages réels retirés par les pays Acp de cette coopération. L’Union européenne a elle-même, en 1997, publié un Livre Vert dressant un bilan peu reluisant de la coopération pour les partenaires du Sud. La situation s’est même détériorée depuis lors ; au seul plan commercial, sous le régime de la non-réciprocité, la part des exportations des Acp sur le marché européen qui était déjà faible (8 %) est tombée à 3 %, alors que le marché européen s’est élargi avec les nouvelles adhésions ; parce que de nouveaux membres (Espagne, Portugal, Grèce) ont des produits agricoles qui concurrencent certains produit s africains. 

Dans la nouvelle coopération, il était question au départ de mettre en place des Accords régionaux de partenariat économique (Arpe) : utiliser les communautés économiques qui existent dans les Acp pour faire le libre-échange avec l’Union européenne ; parce qu’il est plus avantageux d’avoir un seul accord dans une région. Mais c’était sans compter avec la réticence des Etats africains à s’engager ainsi de façon collective. A côté des Arpe, on introduit alors les Ape : chaque Etat pourra séparément négocier avec l’Union européenne. Ce qui ne fera que mettre à mal les communautés africaines d’intégration économique qui n’étaient déjà pas performantes. 

Les Ape se présentent ainsi comme une entreprise de désintégration, de néo-balkanisation de l’Afrique, au moment où l’Europe s’intègre pleinement. En toute logique, c’est l’Union africaine (même si elle n’est pas encore zone de libre-échange) qui devrait négocier avec l’Union européenne, et non des Etats africains séparés. C’est comme si un syndicat patronal contournait les syndicats des travailleurs pour négocier directement avec des travailleurs isolés. 

Au regard des Ape, les Acp peuvent être scindés en trois groupes. 

(1) - Le groupe des Caraïbes, le seul à avoir signé un accord complet au niveau régional 

(2) - Le groupe de pays dont il est dit, sans précision, qu’ils ont paraphé un ‘accord intermédiaire’. Cela vaut-il signature individuelle, ou bien est-ce un tremplin pour amener les autres à signer un accord complet au niveau régional ? Pour l’instant, c’est le flou artistique total, qui alimente bien des spéculations. Au 31 décembre 2007, en Afrique de l’Ouest, ce sont la Côte d’Ivoire et le Ghana qui sont dans ce cas. En Afrique Centrale, c’est le Cameroun. Ces pays qui ne figurent pas parmi les pays moins avancés (Pma), ont plus intérêt que les autres à avoir un accès libre sur le marché européen pour leurs produits (cacao, café, bananes, ananas, aluminium) qui constituent l’essentiel de leurs recettes d’exportation. Ces produits ne peuvent y être compétitifs que s’ils sont exonérés de droits de douane, face aux mêmes produits en provenance d’Asie, d’Amérique Latine ou des Antilles françaises. Cela permettra d’engranger des recettes d’exportation substantielles, comme auparavant, mais cette fois au détriment des industries locales déprotégées qui ne pourront pas résister à la concurrence européenne. 

(3) - Les pays qui, au 31 décembre 2007, n’ont pas signé ou paraphé l’accord. Ce sont tous les autres, à commencer par le Nigeria dont la principale exportation est le pétrole fortement demandé, pour lequel il ne se pose pas un problème de marché. Ce pays n’a aucun intérêt à signer un Ape qui ne pourra que compromettre son industrialisation. Les autres non signataires sont des Pma qui ont une part de marché insignifiante dans l’Union européenne. Ce sont les pays auxquels les Ape porteraient le plus préjudice, en termes de calcul économique coût-avantage : il n’y aura rien de changé au niveau de leurs exportations, mais leurs industries et leurs finances publiques vont en souffrir. 

La question qui ne manquera pas d’être posée est : Qu’adviendra-t-il de ces pays ? Ce scénario est déjà prévu au niveau des instances européennes. Les pays non-Ape seront versés dans le Système de préférences généralisées (Spg) mis en en place depuis 1971, et qui accorde un traitement commercial préférentiel à l’ensemble des pays en développement. Mais le Spg est moins favorable que le système des conventions Ue-Acp. Un régime intermédiaire est prévu pour les pays les moins avancés (trois quarts des pays africains) pour tous les produits, à l’exception des armes. 

La philosophie du Spg était au départ de permettre aux pays en développement d’avoir libre accès sur les marchés des pays développés pour leurs produits manufacturés. C’est sous ce régime que Taïwan, Singapour, Corée du Sud, Hongkong, Malaisie, Thailande, pourtant peu dotés en matières premières, ont consolidé leurs programmes d’industrialisation, avec la réussite que l’on sait. Pendant que les pays africains se confortaient paresseusement dans l’exportation de matières premières sous le régime soi-disant plus favorable de coopération avec l’Europe. 

Cela dit, quelle est l’origine des Ape ? Avec le tintamarre actuellement orchestré sur la question avec sa dose poussée de théâtralisation, on a l’impression d’une nouveauté. Or, les Ape sont contenus dans l’Accord de Cotonou qui fait suite aux conventions de Lomé, pour régir la nouvelle coopération entre l’Union européenne et les Acp (articles 34 à 37). Les Ape sont justifiés par le souci de se conformer aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (Omc) dans le cadre de la mondialisation : des dispositions qui ne servent que les seuls intérêts des pays développés. 

Seulement, l’Accord de Cotonou, avec sa composante Ape qui est officiellement dénoncée aujourd’hui, a été signé par les chefs d’Etat africains en exercice à l’époque (en pleine connaissance de cause, ou insouciance ?). C’était le 23 juin 2000. 

Lisons l’article 37 de l’Accord de Cotonou, alinéa 1 : ‘Des Accords de partenariat économique seront négociés durant la phase préparatoire qui se termine au 31 décembre 2007 au plus tard. Les négociations formelles pour les nouveaux arrangements commerciaux débuteront en septembre 2002 et les nouveaux arrangements commerciaux entreront en vigueur le 1er janvier 2008….’. En quoi consistent les nouveaux arrangements commerciaux ? L’alinéa 7 de l’article 37 le dit clairement : ‘Les négociations des Accords de partenariat économique auront principalement pour objet d’établir un calendrier pour la suppression progressive des barrières commerciales entre les parties, en conformité avec les règles de l’Omc’. Les dirigeants africains qui ont signé ce document en juin 2000, n’ont donc pas été pris en traîtres. 

Personnellement, c’est très tôt que j’ai attiré l’attention sur les Ape dans un livre publié en 2002, ‘L’Afrique dans la mondialisation’, qui n’a suscité ici aucune réaction, ni de la part des pouvoirs publics, ni de la part de la presse publique ou privée. 

Cela dit, c’est une erreur de se polariser sur les Ape qui ne sont qu’un maillon d’une chaîne qu’il faut saisir dans son ensemble. Les Ape viennent seulement s’inscrire dans une entreprise de marginalisation accentuée de l’Afrique, sous couvert de libéralisation et de mondialisation. Les Ape sont appelés à ouvrir totalement les marchés africains à la production agricole et industrielle des pays de l’Union européenne. Mais on oublie que dans le même temps, sous l’égide du Fmi, on a mis en place dans différentes régions africaines des unions douanières artificielles avec un ‘tarif extérieur commun’. L’opération démarre avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) qui regroupe huit pays francophones : les anciens droits de douane que chaque pays membre avait mis en place pour protéger son industrie (qui étaient de l’ordre de 65 % en moyenne) sont remplacés par un droit de douane unique (tarif extérieur commun) dont les taux selon les produits vont de 0 (zéro) pour cent à 20 pour cent. Le principe est adopté en 2006 pour l’étendre à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, et aussi à l’Afrique Centrale. Une aubaine pour les autres pays industrialisés. Mais ils seront moins compétitifs que les pays européens qui, bénéficiant des Ape permettant la libre entrée totale de leurs produits, continueront à faire de l’Afrique leur chasse gardée. 

Et pourtant, aucun de ces pays d’Amérique, d’Asie, d’Europe n’a développé son industrie sans une forte protection douanière. Ce qu’on demande aux Africains, c’est : ‘Ne faites pas ce nous avons fait’. C’est toute cette chaîne d’exploitation des pays africains qu’il faut briser. 

En réalité, la véritable solution pour les pays africains est la valorisation industrielle, c’est-à-dire la transformation sur place d’une bonne partie de leurs matières premières, dans le cadre de leurs communautés économiques, sous une protection adéquate. Aucun pays au monde ne peut se développer en ne comptant que sur des exportations de matières premières, quel que soit le traitement commercial qui leur est accordé. La lutte contre la pauvreté ne peut reposer que sur une politique saine de développement. Ce qui malheureusement est loin d’être le cas dans des pays comme le Sénégal, avec une politique autocratique et véritablement ‘je-m’en-foutiste’ de gaspillage et de dilapidation des maigres ressources financières, comme s’il s’agissait d’un héritage familial. 

Les dénonciations que l’auteur de ce texte, d’autres patriotes africains et des compagnons de recherche de l’extérieur font depuis des décennies ne rencontrent aucune oreille attentive de la part de nos dirigeants, quel que soit le régime en place. Le meilleur service que les ‘partenaires au développement’ peuvent rendre aux populations africaines est de dénoncer ces pratiques des dirigeants africains et de les exhorter à y mettre fin, d’autant plus qu’ils sont en partie bailleurs de ces fonds mal utilisés. Droit d’ingérence ? Ils savent bien se l’octroyer, pour régler des problèmes à leur convenance : Qui a imposé aux populations africaines les mortels programmes d’ajustement structurel ? 

Oui pour un nouvel ordre économique international ! Mais, oui aussi pour un nouvel ordre économique interne ! 

Makhtar Diouf in Wal Fadjiri, le 4 février 2008

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Lundi 7 janvier 2008

Le texte ci-dessous du Professeur Mamadou Koulibaly a été publié en 1989, dans un journal aujourd'hui disparu. Cependant, il nous le repropose aujourd'hui, afin de répondre à certaines interrogations et de participer au débat qui a fait suite à son podcast "Le défi de l'Afrique" (http://saoti.over-blog.com/article-15014445.html).

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Voilà que des universitaires encore une fois ouvrent le débat sur un thème paradoxal dans le contexte ivoirien en particulier, mais généralisable à l’Afrique : la propriété foncière rurale. 

Le paradoxe est d’autant plus éclatant que notre pays a la prétention de faire prévaloir la thèse selon laquelle le développement économique procède inéluctablement du développement agricole. Mais en même temps que nous faisons l’apologie de cette vérité maintenant connue de tous, nous nous apercevons que la terre sur laquelle elle se fonde chez nous, n’a pas respecté le fil d’Ariane que les économistes ont très souvent affiché pour étayer cette apologie. 

En effet, conformément aux prescriptions des économistes du développement et des experts spécialistes d’une certaine philosophie agricole, la Côte d’Ivoire aujourd’hui aurait due être un pays développé et intégré au sens de François Perroux. 

Or, il n’en est rien. Le voile se lève et la dure réalité est là. Un univers s’écroule. Le rêve s’estompe et l’on se demande alors comment faire pour repartir. Cette préoccupation métaphysique imbibe la plupart des propositions de relance de l’activité économique depuis les années 1980 et offertes à l’Afrique. Mais est-ce la bonne façon de procéder ? Posons-nous les questions les plus pertinentes ? Ma réflexion porte sur un axe représentant le canal principal selon lequel ces questions sont fondées et sont préalables à toute démarche politique, au sens de la politique économique. 

En réalité deux choses ont été mal comprises ; la prééminence du développement agricole sur le développement industriel d’une part et les fondements du développement agricole lui-même d’autre part. Ce sont ces deux points qui expliquent mon intervention et rien d’autre. 

Le développement de l’industrie, donc l’accumulation du capital et la croissance économique, ne peut survenir qu’après un développement de l’agriculture dans une économie quelconque. 

Cette révélation de l’empirisme lié à l’histoire des faits économiques de l’humanité n’a pas manqué d’explications théoriques. 

Lorsqu’on veut industrialiser une économie artisanale et archaïque ayant une pression démographique faible, très peu dotée en capital et dont la population est essentiellement agricole, il faut au préalable développer son agriculture. Une fois celle-ci mise en marche, des effets d’entraînement s’en dégagent pour créer un cercle vertueux entre les agriculteurs et les industriels. Le schéma est bien huilé. Les investissements dans l’agriculture améliorent la productivité et la production de ce secteur. Les gains de productivité se traduisent d’une part par la hausse du niveau de vie en milieu agricole, et d’autre part la migration du facteur dont le secteur agricole est le plus doté : les hommes. 

Ceci explique le maintien de salaires compétitifs dans l’industrie et donc une profitabilité plus forte pour l’investissement industriel. C’est cet investissement qui stimule l’accumulation du capital, la croissance économique et donc le développement économique qui signifie alors fourniture à l’agriculture à la fois des facteurs de production et des marchés. 

Les économistes ont eu tort de ne pas avoir suffisamment insisté sur le fait suivant. Ce n’est pas parce que l’agriculture a été mécanisée qu’elle a dégagé un surplus de main d’œuvre pour l’industrie. Le mouvement des hommes migrants du secteur rural vers le secteur moderne précède la mécanisation de l’agriculture. C’est parce que le travail se déplace de l’agriculture vers d’autres activités que la nécessité s’est imposée de lui substituer du capital, de mécaniser, de moderniser, de faire la révolution agricole. 

Cette révolution se fera grâce à une hausse du capital par tête, de la productivité globale et de la production dans l’agriculture. C’est parce que des hommes sont partis que l’on a préféré utiliser plus de machines pour les remplacer ; mais ils ne sont pas partis parce que la machine est arrivée. C’est parce que la part de la population occupée à l’agriculture a baissé dans la population active que l’on a mécanisé l’agriculture. 

Pourquoi à un moment donné la population agricole se met elle à baisser en même temps que sa productivité et sa production augmentent ? De quoi procède alors l’existence de ce surplus de main d’œuvre qui déborde à un moment donné le secteur agricole et coule dans le secteur industriel moderne ? Quelles réponses nous apporte l’analyse économique moderne ? 

Le développement de l’agriculture entendu au sens de l’amélioration de la qualité et de la quantité des productions aptes à satisfaire non seulement les besoins alimentaires des populations concernées mais aussi à leur fournir des hausses de revenu pouvant induire des améliorations de niveau de vie, ne peut s’obtenir que grâce à une chose : la structure des droits de propriété sur la terre. Les économistes ont pris maintenant l’habitude de définir les droits de propriété non pas comme des relations entre les hommes et les choses mais plutôt comme des relations codifiées entre les hommes ayant trait à l’usage des choses. Dans ce contexte des droits de propriété, la propriété foncière n’échappe pas à l’analyse de cette approche. Toutes les révolutions agricoles ont d’abord procédé de révolution dans les institutions juridiques. En Angleterre, c’est la «loi sur les clôtures», au Japon, c’est la transformation des droits féodaux sur les terres en capital de fonds d’Etat, qui ont induit la révolution agricole. 

Partout l’histoire résulte du même scénario. L’on prend conscience que l’agriculture a une production et une productivité faible. L’on se met à chercher des solutions. L’économie enseigne que l’agriculture est plus apte au progrès si les champs sont moins disséminés, moins enchevêtrés et moins morcelés. C’est-à-dire si la propriété foncière dans le domaine agricole était plus précise, moins floue, moins diluée. Or, en Afrique Noire, la propriété privée du sol reste encore un idéal inaccessible. Elle avait déjà une faible importance dans la société tribale et n’en a guère plus aujourd’hui. Dans la société africaine actuelle, les principes qui guident l’appropriation du sol pour l’agriculture sont vicieux et ne peuvent de ce fait induire un développement de l’agriculture. Retenons-en trois des plus significatifs: 

- La propriété privée du sol pour l’Africain semble être prohibée (coût d’information sur la disponibilité, le prix, la qualité, les propriétaires des terres, les droits coutumiers et autres autorisations administratives. 

- Ceux qui ont les droits d’usage garantis sur ces terres n’en font pas le meilleur usage possible compte tenu de la technologie actuelle (système de jachère, propriété collective, coutumes). 

- La productivité agricole ne s’améliore pas et les termes de l’échange largement en sa défaveur accroissent les stagnations relatives de ce secteur par rapport aux secteurs secondaire et tertiaire. 

Les droits de propriété en général déterminent dans quelle mesure les gens ayant le plus d’initiatives sont à l’origine d’un surplus de richesse nationale et précisent en même temps si ces gens peuvent s’approprier de manière plus ou moins exclusive le fruit de leurs efforts ou bien s’ils sont contraints de les partager avec des tiers. Autrement dit, la protection des fruits de l’initiative des individus contre les déprédations d’autrui demeure la raison d’être de la propriété privée. 

Dans le domaine foncier, l’importance d’une telle notion est inestimable. La protection et la précision des droits de la propriété réduisent le degré d’incertitude et de risque qu’engendrerait toute innovation en agriculture. Ces gains personnels stimulent des motivations à entreprendre qui contredisent l’apathie traditionnelle de ce milieu en Afrique. Ces motivations à la production agricole expliquent alors des investissements plus innovateurs. 

La chose procède d’une autre logique tout aussi complexe mais dont l’agencement est le suivant. Les motivations ne peuvent se réaliser que si les droits de propriété du foncier précisent de quelle façon s’effectuera au sein du corps social le partage des gains de productivité qui se dégageraient de l’initiative personnelle de ceux qui y entreprendraient. Ces gains de productivité ne s’obtiennent que si l’on est capable de bénéficier d’économie d’échelle, donc d’exploiter de façon intensive le sol. Le rapport entre les travailleurs agricoles et la terre baisse en défaveur des hommes. Ces gens trouvent refuge dans les autres secteurs, si bien sûr ces derniers ont au préalable opéré la précision et la définition de leurs droits sur la propriété. C’est cela le nœud de notre problème en Afrique. On peut vouloir brûler ce nœud plutôt que de le défaire, dans ce cas ce sont les embranchements qui se séparent. C’est la désarticulation. On peut penser déchirer ou couper ce nœud, mais c’est alors créer une dysharmonie indésirable entre secteurs dans le système économique. La seule solution, c’est de le dénouer. C’est ici que nous en appelons à nos historiens. 

Existe-t-il dans l’expérience vécue par l’humanité, une technique d’appropriation privée des sols applicable en Afrique et tolérable par les lois tribales et les coutumes en la matière ? J’espère avoir suscité en vous des interrogations, alors pourquoi ne pas en discuter ?* Certes, il est vrai que les coutumes et traditions en Afrique encouragent les palabres et la rhétorique, mais ce dont il s’agit ici se situe au-delà de la culture de la tradition orale. 

*Discuter, ici, est employé au sens d'analyser, argumenter, conférer, colloquer, examiner.

Par Mamadou Koulibaly (première édition en 1989)

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

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