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Bluff

Côte d'Ivoire: Une coopération sans contraintes, sans menaces, sans exigences ni humiliations

 

Le Président de la République trace les nouvelles lignes de l’ouverture de son pays au monde.

«Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. Nous coopérons avec la République populaire de Chine sans que nous ayons des exigences politiques». Et le Président Laurent Gbagbo de préciser : si l’Afrique va à l’assaut de la Chine, c’est parce que «les Africains ne se sentent pas humiliés quand ils coopèrent avec la Chine».

Comment coopérer avec l’autre dans une relation de respect mutuel? Comment aller vers l’autre sans que l’autre ne vous impose des exigences, des contraintes, des humiliations ?  La Côte d’Ivoire, dans sa nouvelle diplomatie, veut se positionner, dans son rapport avec l’autre, comme un pays à respecter, et non un pays à soumettre, non comme un Etat à humilier. La Côte d’Ivoire, dans sa diplomatie, exige respect et réclame un traitement de réciprocité.

Le Président de la République, profitant de la pose de la première pierre de l’hôpital général de Gagnoa (un projet financé par la Chine), samedi dernier, a tenu un discours qui trace, avec fermeté, les lignes de la diplomatie ivoirienne : «Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Si l’on nous humilie, nous irons vers ceux qui ne nous humilient pas». Une ligne claire, qui installe la Côte d’Ivoire dans une diplomatie ouverte sur un monde qui célèbre le respect et la considération de l’autre. Une vision qui s’inscrit dans le refus des contraintes et des exigences qui prennent souvent des allures de chantage : «les milliers de conditions imposées dans le cadre de la coopération avec les autres sont une humiliation» que la Côte d’Ivoire ne peut accepter. D’autant qu’il est clair pour le Président Gbagbo que «les relations internationales consistent à entretenir des relations gagnants-gagnants», et que le premier acte de victoire d’un pays, «c’est de ne pas se sentir humilié». Celui qui ne l’aura pas compris, dira le Chef de l’Etat ivoirien, «ne pourra pas entretenir de relations décontractées avec l’Afrique».

Si l’Afrique, selon lui, «
va en Chine, c’est parce qu’avec la Chine, elle ne se sent pas humiliée. C’est ce que je veux expliquer à l’humanité tout entière. J’en parle en tant que Chef d’Etat qui a entendu certains de ses pairs gémir d’avoir tant été humiliés. L’aspect psychologique des peuples des pays du Tiers monde n’a pas été compris. Or, quand un peuple vous dit qu’il n’a pas peur de la mort, il faut le regarder autrement et le traiter autrement».

Réaffirmant les bonnes relations de la Côte d’Ivoire avec la Chine (une seule Chine), il donnera, sans ambages, son point de vue sur le Tibet : «Le Tibet est à la Chine depuis toujours. Si le Tibet a tant intéressé le monde, c’était à cause des Jeux olympiques. Les Jeux finis, plus personne ne s’intéresse au Tibet». Sur ce point, il précisera : «la diplomatie de provocation et la diplomatie d’humiliation, ce n’est pas bon». Sur la même lancée, il ajoutera : «je me réjouis que les dirigeants de Taïwan soient prêts à négocier». Parlant des Etats-Unis, il dira : «je me réjouis aussi qu’aux USA, nous ayons un nouveau chef qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant lui. Il faut que les gens se parlent. Il faut que les gens négocient. J’ai bon espoir que nous entrons dans une période plus détendue. La nouvelle diplomatie américaine donne des signes rassurants. Parce que tous les problèmes ne se règlent pas par la force. Quand Obama dit qu’il tend la main à l’Iran, il tient un discours d’un homme responsable».

Et de revenir à la Chine, en s’adressant à SEM. Wei Wenhua, son Ambassadeur accrédité en Côte d’Ivoire : «Excellence, restez sur la ligne sur laquelle vous êtes : le respect des pays du Tiers monde, la non humiliation, la non menace».

Le monde change et exige une diplomatie de respect, de dialogue et de consensus. Le monde change et la crise financière internationale, qui a fait effondrer les assises de l’économie mondiale, nous rappelle qu’un monde nouveau doit se construire sur la solidarité et la prise en compte de toutes les nations. La dégradation climatique nous renvoie à cette exigence vitale.

L’appauvrissement mondial interpelle tous les pays, surtout les plus riches. Et la Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette diplomatie qui tourne le dos à l’arrogance, à la force, au mépris. Elle veut pouvoir avancer et se construire sur les chemins d’un monde plus juste, d’un monde qui instaure le respect comme sous-bassement de la diplomatie et des échanges entre les Etats. Cela, Laurent Gbagbo l’a redit à Gagnoa: la Côte d’Ivoire va coopérer avec ceux qui ne  l’humilient pas.


Agnès Kraidy
Fraternité Matin
06 Avril 2009
Samedi 25 avril 2009



Au moment où le Cameroun s’empiffrait à prix d’or de l’opium Vatican dont le
lourd passif dans le tragique chapitre colonial de l’Afrique n’est plus à présenter, Madagascar vivait l’une de ces dramaturgies dont le dénouement se veut à la fois inédit et classique dans un continent rendu aux allures insidieusement apocalyptiques.

Les manifestations avaient débuté depuis trois semaines à Madagascar quand je décidai de m’intéresser résolument à l’évolution des événements. Et le déclic eut lieu par un après-midi, à la suite d’un échange avec un promotionnaire natif de la Grande île et résidant à Tananarive. D’un air sentencieux, Rabenarison m’avait alors livré une affirmation plutôt chargée d’insinuations. Ecoute Badiadji, confia-t-il, nous savons ce qui se passe ici à Tana. Je te confirme que quand RFI et France24 annoncent le chiffre de manifestants pro-Rajoelina, il faut diviser ce chiffre au moins par quatre pour espérer s’approcher de la réalité. Quand elles annoncent quarante mille, comme c’est si souvent le cas, c’est à peine s’il y en eut dix mille, conclut-il.

A quoi cela rime, bon sang ? Derrière les propos, la conviction d’un résident. A supposer que ce soit vrai ! A quoi joueraient donc ces organes audiovisuels des plus écoutés et regardés du beau monde dit francophone ? Que gagneraient-ils à surestimer le nombre de manifestants acquis à un agitateur visiblement sorti de nulle part, artificiel, tout frêle et hésitant, apparemment engagé dans un mouvement voué à faire long feu ? A priori, rien. Africa N°1 et BBC distillent pourtant des chiffres du même ordre ! Et qu’en est-il des médias nationaux ? RFI et France24 seraient-ils victimes d’une campagne de discrédit destinée à porter atteinte à une aura qui se veut affirmée sur le continent ?... Toujours est-il que si ces deux organes audiovisuels n’ont officiellement pas pour vocation de défendre les intérêts de la France, exceptée celle de promouvoir la langue française, ils n’ont pas non plus cette vocation d’indexer encore moins de décrier, les sinistres turpitudes et exactions d’un pays auquel ils appartiennent et dont dépendent surtout les moyens financiers nécessaires pour le moins à leurs fonctionnements. Ils sont pour ainsi dire des médias d’informations et de reportages aseptisés, des médias de divertissements voire de diversions, et que sais-je encore ? Sauf bien entendu des médias engagés ; enfin, à moins qu’il s’agisse de ces circonstances dites inacceptables, celles qui mettent notamment en péril les "intérêts supérieurs", à l’instar de la piraterie au large des côtes somaliennes… Quoi qu’il en soit dans le cas précis de Madagascar, je me devais avant tout de laisser libre cours à la stricte expression des données au fil d’un mouvement que je pensais alors sans portée déterminante, éphémère. C’était évidemment loin d’imaginer que l’armée avait résolument pris fait et cause en faveur de l’illégalité !

Chargé de mission, Norbert Ratsirahona, l’ancien Président de la Haute Cour constitutionnelle malgache, est à la manœuvre pour légaliser la nouvelle donne à Tananarive. Et il entend s’appuyer exclusivement sur son sens de professionnalisme ainsi reconnu, pour mener à bien la noble et exaltante responsabilité qui récompense logiquement une carrière bien étoffée : Il ne faut pas qu’on se voile la face, reconnaît-il volontiers. Aucun article de la Constitution ne prévoit ce genre de transfert du pouvoir. Mais, précise-t-il, je ne dirai pas que c’est anticonstitutionnel, je dirais que c’est extraconstitutionnel, car une délégation de pouvoir est toujours prévue quelque part. En outre, ajoute-t-il, ce n’est pas inédit, cela s’est déjà produit en 1972 et à l’époque, la Haute Cour constitutionnelle n’avait rien dit. L’important est de respecter l’esprit de la Constitution et de revenir à la stabilité et à un climat apaisé.

Du grand art !!! Assurément une prestation de haute voltige, digne des prouesses tropicales...

En ce moment d’épilogue de deux mois d’un feuilleton tragique au cours duquel l’apparente apathie de la communauté internationale en dit assez sur sa complicité active, il est ici d’un impératif affligeant qui s’impose à moi, mais je me dois de l’accepter et de l’assumer ; comme il en est le cas, à l’occurrence de ces événements dénués de tout sens, où les intérêts sordides des flibustiers sans foi ni loi priment sur les destins d’innocents, insidieusement sacrifiés par millions sur l’autel d’une funeste doctrine qui se veut toujours sans visage, anonyme.

Avant de se joindre aux timides réactions du concert international, et peut-être du fait d’un lapsus diplomatique qui en dirait un tant soit peu sur l’euphorie d’une victoire déjà acquise, la France dont Madagascar fut l’une des colonies, si ce n’est encore le cas, s’est empressée de trouver longue la période de deux années de transition fixée par le nouveau poulain des lieux. Entendez ici, le caractère irréversible d’un coup d’Etat bel et bien consommé !... Ping quant à lui, désormais en prise avec l’encombrante et caustique autorité du leader de la Jamahiria, fait profil bas et semble accorder toute la priorité au Soudan où, bec et ongles, il se démène tel le Sisyphe des temps modernes, à dépêtrer El-Béchir de l’épineux collier estampillé CPI, désormais bien loti autour du cou du potentat. Le mandat est une menace pour la paix, assure-t-on du côté de l’UA. Quid donc de l’activité de l’Union quand le dictateur-génocidaire et ses milices janjawids massacraient âmes par milliers, et faisaient millions de déplacés et réfugiés ?... S’il est une qualité constante de l’UA depuis sa création, c’est bien cette unité et cette solidarité affirmées quand il s’agit d’un de ses membres en difficulté !

A en juger par l’intensité des critiques, plus acerbes à l’encontre des juntes guinéennes et mauritaniennes, le moins que l’on puisse dire est que la communauté internationale a fait preuve de moins d’hypocrisie sur le cas malgache... Et si elle n’a pas daigné honorer de sa présence à la cérémonie de prestation de serment de l’illustre inconnu, l’ex-DJ alias TGV qu’elle vient pourtant en grande pompe de sacrer roi, sans doute savait-elle qu’une telle ultime provocation, aussi grotesque et surtout inutile, n’aurait pour effet que de dépouiller la conspiration diplomatique ourdie contre le peuple malgache, de cette relative subtilité qui la maintient encore à peine hors de portée des regards peu avisés… En guise de bonne foi ou non, et cela doit être en tout cas une avancée très positive à son actif, Ravalomanana a proposé un référendum pour le dénouement de la crise. Une offre si démocratique qui n’a pourtant nullement suscité l’intérêt des prétendus démocrates, ni à Madagascar dans les rangs de l’opposition, ni au-delà des frontières, auprès d’un concert international qui se veut toujours pacifique et ardent défenseur de l’ordre constitutionnel.

En réalité à part la formule, l’intensité de la violence et les pertes brutes enregistrées, le coup d’Etat de Rajoelina rappelle insidieusement celui du vieux briscard Sassou au Congo Brazzaville, dans un sinistre come-back on ne peut plus symbole des visés impérialistes de la France sur ses [ex]colonies. Et ce n’est sans doute pas le discours très feutré de Sarkozy à Brazzaville — une bénédiction à l’orée d’une farce électorale programmée — qui me démentirait. Et ce n’est pas non plus Bolloré, le nouveau porte-étendard de la Françafrique, qui objecterait sur une réalité des plus accablantes ! Sassou et Rajoelina ne figurent-ils pas à eux deux une nouvelle ère faite encore de tragédie sans borne, cette nouvelle ère qui voudrait qu’un Président démocratiquement élu sous le ciel des tropiques reste susceptible d’être piteusement débarqué par tous les instants, au mépris même des sacro-saints préceptes de la démocratie politique ? Finalement dans le coup d’Etat de Tananarive, la principale victime est sans aucun doute la démocratie, et pas seulement à Madagascar, mais bien au-delà, en Afrique continentale. J’ignore la portée dévastatrice de l’onde, l’avenir se chargera bien volontiers des éléments de réponse. Il est ici question de s’en tenir aux fondements et principes universels de la démocratie, à ses mécanismes unanimement admis. Et c’est surtout là que le bât blesse… Avec tout le déshonneur digne de celui que l’on réserve aux parias de tout premier ordre, Ravalomanana a été bouté loin du pouvoir, bien avant même le terme du second mandat que lui a confié le peuple malgache dit souverain… A croire que les dinosaures, eux, ne sont coupables de rien ; eux qui jouissent de cette odeur de sainteté jamais démentie auprès des parrains toujours bienveillants. Soit. Sans prétendre cerner tous les tenants d’une déchéance à la hussarde, je note simplement un certain nombre des faits qu’il serait pour le moins impossible d’ignorer quand il s’agira de mener une enquête indépendante sur la déferlante qui balaya piteusement le désormais ex-homme fort de Tananarive. Tenez-en : Ravalomanana est connu comme étant ce piètre francophone qui ne s’est pas par ailleurs révélé comme un fervent partisan de l’ancienne puissance coloniale.

La France, alors prise de court et n’ayant pu porter efficacement secours à son protégé Ratsiraka battu à plate couture en 2002, avait longuement tergiversé à reconnaître l’autorité de Ravalomanana. Les séquelles de cette tergiversation étaient d’ailleurs restées tenaces au point d’engendrer une relation cahoteuse qui avait déjà causé l’expulsion de deux journalistes métropolitains et d’un père jésuite.

Ravalomanana est celui qui en 2007, a introduit l’anglais comme langue officielle à Madagascar, et a réintroduit le malgache comme langue d’enseignement primaire. Autant dire qu’il est celui qui a pratiquement condamné le français à la peine capitale sur l’île aux lémuriens.

Ravalomanana est celui qui en 2008, a démis sans coup férir l’ambassadeur de France à Tananarive, Gildas Le Lidec. Une rupture plutôt historique quand l’on sait la pesanteur du complexe d’infériorité qui fait osmose avec la psychologie des pantins assermentés, ces purs-sangs dont la dynastie reste surtout perpétuée en Afrique dite francophone. Et dans ce registre des plus funestes, l’Afrique centrale, bastion de la Françafrique, fait assurément figure de proue.

Je veux bien comprendre que tous ces faits ne sont que péripéties sans aucun rapport avec l’éviction antidémocratique de Ravalomanana. Mais je note simplement que par le passé dans les [ex]colonies d’Afrique, tous ses devanciers qui avaient manifesté de comportements si "désinvoltes" à l’égard de leur [ex]puissance coloniale, ont été vilipendés et sèchement boutés hors du pouvoir. Et pour les moins chanceux, ce fut par l’entremise d’un cercueil. De là où il est, Sankara ne me démentirait sans doute pas ! Une exception qui confirme toutefois cette implacable loi des séries, c’est bien le cas Sekou de la Guinée Conakry. L’on sait cependant le prix fort payé par les Guinéens alors pris en étau, entre l’enclume et le marteau des belligérants engagés dans un antagonisme au relent de guerre froide larvée. Coincés qu’ils se sont retrouvés, entre les affres du dictateur, le boycott de la puissance coloniale, mais aussi l’isolement total d’un monde occidental solidaire de l’un des siens en prise avec un Chef d’Etat des tropiques qui a commis cette "faute inexpiable" d’affirmer la souveraineté de son pays.
Madagascar devait abriter le prochain sommet de la Francophonie en 2010. A présent que la Grande île est suspendue de l’OIF, assure-t-on, elle ne pourrait donc pas organiser le sommet. Espérons que ce ne soit un autre numéro de subterfuge, si prolifique dans l’immensité de l’horreur tropicale. Et de toute façon, une quelconque bananeraie ferait toujours office d’un excellent rempart si besoin est… Nombreux sont les observateurs de tous bords qui trouvaient paradoxale la préférence portée sur le piètre francophone Ravalomanana, plutôt que sur le challenger Kabila. Ils en ont certainement eu pour leur naïveté !

Par Badiadji Horretowdo in Le Messager, le 22 avril 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Mardi 17 mars 2009


De
ux poids deux mesures, dites-vous ? Mais, c’est tout comme ! Où étaient donc la Cour Pénale Internationale (CPI) et les zélateurs de la CPI au moment des événements de Gaza, en particulier durant la Blitzkrieg (guerre-éclair) de 3 semaines menée par les dirigeants israéliens contre les Palestiniens en janvier 2009 ?

A voir, la manière dont cet organisme et ses relais s’acharnent, de façon violente et irrévérencieuse, outrecuidante et haineuse, contre le Président soudanais, Mohammed El Béchir, et au-delà, contre ce qu’il représente aux yeux de ses contempteurs, en l’occurrence, un référentiel culturel et religieux autre que celui des lobbies judéo-chrétiens occidentaux, il  y a lieu de se poser la question : De quoi s’autorise cette manière de justice prétendument internationale ? En effet, les cas notoires d’Ariel Sharon pour Israël (Shabra et Shatila : 1982) et Georges W. Bush (Iraq : 2006), pour ne citer que les plus célèbres fauteurs de crimes contre l’Humanité jamais imaginés, courent toujours, à côté desquels M. Milosevic n’est que de la petite bière, et M. Taylor Charles un bouc émissaire destiné à tenir en respect et à faire chanter les dirigeants africains en place.


Il y a donc lieu de se demander si ce "deux poids, deux mesures" dans le processus de mise en place d’une justice internationale n’est pas une arme aux mains des puissances de la mondialisation, qui après le contrôle du marché, visent à discipliner à leurs objectifs et à leurs modes de vie, les cultures et les traditions qui échappent jusqu’ici au vieil impérialisme occidental confronté à une crise de vieillissement organique et qui voit se dresser en face de lui des revendications identitaires et des résistances morales, politiques et idéologiques pouvant revêtir, çà et là mais non exclusivement, le visage du Bolivarisme en Amérique latine (Venezuela, Bolivie, Salvador), de
la Renaissance de l’Empire du Milieu en Chine ou de l’Islamisme en Iran et dans les pays du Golfe persique, au Liban et en Palestine occupée (Cisjordanie et Gaza), dans les pays arabes (Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie), sans parler de la Corne de l’Afrique, singulièrement en Somalie et au Soudan, et d’ores et déjà (ou demain ?) l’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal, Mali, Nigeria, Côte d’Ivoire, etc.).

Du fait que sa démarche reste désespérément sélective et orientée pour ce qui concerne les pays africains en général et les pays musulmans en particulier (Sud Liban, Palestine, Jérusalem/Al Quds, Soudan),
la CPI n’entame pas seulement une crédibilité qu’elle a du mal à obtenir auprès de l’opinion, mais elle s’aliène du même coup les forces morales et politiques qui eussent dû soutenir son action et relayer ses messages, à commencer par l’Union Africaine, qui s’est légitimement émue et l’a fait savoir, de la manière cavalière et irrespectueuse de la souveraineté des Etats et des peuples, dont le premier fonctionnaire stipendié peut stigmatiser des chefs d’Etats élus en Afrique pour des faits qui restent encore à établir, alors que dans le même temps, les pratiques de type criminel et les tragédies militaro-colonialistes des puissances occidentales sont minimisées par cette même CPI. Qui plus est, singulièrement lorsqu’il s’agit des réparations occidentales relatives à la traite des Noirs et à l’esclavage  ou des crimes de guerre des colonialismes européens dans le monde ou du sionisme contemporain en Afrique (Octobre 73 : Israël franchit le canal de Suez et occupe le Sinaï). Pourquoi la CPI feint-elle d’ignorer les pratiques génocidaires de l’Etat sioniste  depuis au moins 1948, pratiques qui perdurent et se répètent à séquence régulière depuis 60 ans : Der Yassin à la fin des années 40 ; Guerre des Six jours en 1967 ; Guerre du Kippour en 1973, Invasion du Sud Liban en 82; Siège de Ramallah en 2002/2003 ; Guerre du Liban Sud en 2006 ; Massacres de Gaza en 2009). S’il y a une morale internationale qui tente de prendre la forme d’une justice internationale, pourquoi se montre-t-elle plus sensible et perméable aux actes présumés des nations les moins nanties, singulièrement africaines et/ou musulmanes, tout en demeurant réfractaire voire indifférente aux exactions commises à grande échelle par les puissances occidentales et leurs alliés ?

Partant, il y a lieu de se demander si cette CPI, qui se donne comme l’expression d’une nouvelle moralité internationale, n’est pas en train de prendre les allures d’une justice de classe des riches et puissants judéo-occidentaux et capitalistes et/ou alliés, pour autant qu’elle privilégie certaines cibles et certains pays dépendants ou fragilisés au détriment des groupes dominants de la mondialisation libérale qui se sont institués comme seuls parangons d’une justice internationale qui ne s’applique qu’aux faibles.

Aussi, serait-il indiqué - parce que conforme à l’idéal de Justice et de Liberté de tous les peuples et de toutes les nations - de la part de
la Cour Pénale Internationale d’instruire systématiquement tous les crimes recensés contre l’Humanité depuis au moins la traite des Noirs et le colonialisme jusqu’à l’holocauste de Gaza perpétré par l’Etat d’Israël en Janvier 2009, en passant par les crimes de Bush en Irak et de Sharon au Sud Liban.

Au total, si
la justice internationale a pour mission de rétablir l’équité dans les relations entre les nations et les peuples, de protéger les plus faibles contre les appétits des plus forts, il est de la plus haute instance que la CPI rompe avec ses ambiguïtés de Cour des  Riches et assume ses responsabilités vis-à-vis de tous les justiciables et de tous les assujettis.

En prenant le contre-pied de
la Nouvelle Morale Universelle en marche, au regard du soutien universel à la Résistance palestinienne de Gaza en Janvier 2009, face à l’agression sioniste, et ce, toutes tendances confondues, au-delà des confessions et des obédiences religieuses, ethniques et confessionnelles et raciales, la CPI a défié cette même opinion qui dès lors se trouve devant le choix de combattre ou de capituler face à ce "deux poids, deux mesures" manifeste.  Sous ce rapport, la défense du Soudan et du Président du Soudan agressés selon une logique sélective, discriminatoire et  punitive passée de mode, demeure le réflexe de tous les amis de la justice, de la vérité et de la liberté.  Sans préjuger aucunement - c’est évident -, d’une analyse impartiale et d’un examen circonstancié de la question du Darfour. En définitive, si une justice internationale  à deux vitesses est le tribut à payer par les pays les moins nantis aux puissances de la mondialisation, la citoyenneté universelle une et indivisible devrait passer logiquement et conceptuellement des mains des hypocrites de l’ancienne moralité internationale à celles de la convergence des citoyens et des Nations qui entend traduire M. Sharon et M. Bush, de même que les anciens colonialismes européens, devant les Tribunaux de Conscience des Peuples, et exiger réparation de tous les crimes contre l’Humanité commis au nom de la prétendue suprématie de l’Europe sur l’univers. Le Président en exercice de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) est donc interpellé au plus haut niveau, de même que les citoyens et tous les foyers religieux musulmans du Sénégal et sur la gravité de la situation en question et sur la conduite à tenir.

Pr. Malick Ndiaye
, Sociologue, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, le 17 mars 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Jeudi 26 février 2009



Un ami expert financier qui vit aux Etats-Unis, Camerounais de souche, George Bediong a Nyokon, n'a pu se retenir après la révélation faite par Mutations dans son édition du mercredi 18 février dernier et dans laquelle, sur la base d'un rapport de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (Beac), il est indiqué que : "au 31 Décembre 2008, les six Etats de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) disposaient d'une somme totale de 7482 milliards de Fcfa au sein de la Banque des Etats d'Afrique centrale (Beac)." Son irritation se décuple quand il est fait mention de ce que 55% de ce pactole est à la disposition du Trésor français.

Il retrouve tout de même sa lucidité pour expliquer en français facile l'entourloupe qui a cours pour les pays de la zone Cfa depuis 1943. "C'est comme aller garder son épargne - réserves financières - chez son voisin. En d'autres termes, après avoir travaillé pendant une saison et consommé ce que tu peux, au lieu de garder ton excédent dans ton grenier pour y avoir accès et le contrôle lors des temps difficiles, tu préfères aller garder ton épargne dans le grenier du voisin. La saison d'après, le même processus se reproduit; ainsi de suite. Pendant que tu continues à travailler dur pour consommer, ton voisin utilise cette épargne pour investir, et mener une vie de pacha. Génération après génération, l'écart et le fossé d'enrichissement s'agrandissent. Tes enfants deviennent de plus en plus pauvres, pendant que les enfants de ton voisin s'enrichissent.

"
Résultat des courses, "tout l'argent, que ce soit en forme des revenus d'export, ou d'aide internationale, octroyée au nom du pays en question, tout est porté au sortir des pays utilisant le Cfa pour être gardé en France, au Trésor français." La conséquence de cette servitude entretenue depuis belle lurette est que la France est considérée comme une puissance avec le fruit du labeur des millions d'Africains qui croupissent dans la misère du fait de gouvernants, émanation de la France, et qui n'envisagent aucunement leur émancipation de ce tutorat dévastateur pour leurs compatriotes afin de prendre date avec l'histoire. Donc, comme l'indique Babissakana dans cette édition, "l'argent déposé par la Beac est un financement cadeau qui est toujours là pour permettre à la France de faire face à ses dépenses". Pendant ce temps, elle doit feindre de se montrer magnanime avec des pays qui lui tendent la sébile et se voit donc rétrocéder sous forme d'aide ou prêt un argent qui est le leur en réalité.

Sans abandonner la piste de la réparation du préjudice subi depuis des décennies par les Etats des zones Cemac et Uemoa que suggère Bediong a Nyokon, l'urgence pour les pays africains asservis par la France depuis l'époque coloniale est d’arrêter la saignée en dénonçant ces accords scélérats et en reprenant leur souveraineté monétaire. Avec des pratiques comme celle qui est décriée ici et qui ne trouve pas beaucoup d'experts pour en défendre son bien fondé pour le développement des Etats logés à l'enseigne pays pauvres très endettés, le préalable est de couper ce cordon ombilical qui rattache la zone Cfa à l'Euro. Un développement est-il possible pour tous ces pays sans une politique monétaire autonome ? Pas besoin d'être un disciple de Keynes ou tout autre maître de la pensée économique pour répondre par la négative.

Une observation simple permet de se rendre compte de ce que les pays comme ceux désignés par le générique "Dragons d'Asie", dont certains avaient le même niveau de développement que le Cameroun en 1960, sans justifier du même potentiel énergétique, présentent aujourd'hui une situation économique enviable, sont regardés comme modèles par leurs égaux d'hier qui leur quémandent désormais la fameuse aide publique au développement. Quel paradoxe ! Corée du Sud, Indonésie, Thaïlande… n'ont pas eu besoin d'un arrimage à une monnaie de référence pour être où ils sont aujourd'hui. Idem pour les puissances émergentes que sont la Chine, l'Inde ou le Brésil. La création d'une monnaie n'est pas une panacée et n'est pas le seul facteur qui retarde le décollage économique du Cameroun. On aura toujours beau jeu d'évoquer le Zaïre de Mobutu et ses poussées inflationnistes. Mais cette monnaie propre constitue un préalable auquel il faudra annexer une vision, des compétences, la transparence et le sens de l'intérêt général.

Par Junior Binyam in Mutations, le 20 février 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Vendredi 26 décembre 2008


On ne sait pas vraiment s’il faut en rire ou en pleurer la mort de Lansana Conté venait d’être officiellement annoncée depuis seulement six petites heures, un deuil national de 40 jours venait d’être décrété et les drapeaux mis en berne quand, aux première lueurs du jour, un capitaine de l’armée guinéenne, du nom de Moussa Dadis Camara, annonça dans une déclaration télévisée la dissolution du gouvernement, de l’Assemblée nationale et des autres institutions républicaines, la suspension de la Constitution, etc.

Un Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) venait de voir le jour et un Conseil consultatif, qui regrouperait des militaires et des civils, devrait être formé dans les jours à venir.
Mais où est-ce qu’il était donc, ce "valeureux" officier subalterne, qui prétend sauver aujourd’hui la nation, en péril, alors que, depuis des années, la Guinée allait à vau-l’eau à mesure que son chef était perclus et reclus dans son patelin?

Une demi-surprise


A peu de choses près, c’est le même scénario qui avait, en 1984, mis l’alors colonel Conté au devant de la scène. Après la mort du héros devenu dictateur. Mais celui qui était à l’époque le chef d’état-major général des armées avait au moins eu la décence de patienter une bonne semaine, le temps qu’on enterre le despote, pour s’emparer au huitième jour d’un pouvoir détenu par le Premier ministre Louis Lansana Béavogui, qui assurait l’intérim.

Vingt quatre ans plus tard, les militaires qui viennent, pour ainsi dire, de faire un coup d’Etat à un cadavre n’ont même pas eu la délicatesse d’attendre. On en rirait presque si ce n’était pas aussi tragique. Tout le monde en était encore donc à conjecturer, sitôt la nouvelle connue, sur les lendemains à la fois lourds de dangers et d’espérances, sur comment la succession se passerait, les voilà fixés. En fait, excepté l’extrême rapidité de l’exécution, cette intrusion de la grande muette sur un échiquier politique qu’elle n’a jamais quitté depuis un quart de siècle est une demi-surprise.


Théoriquement, tout était, on le sait, réglé: en cas de vacance du pouvoir, le président de l’Assemblée nationale assurerait l’intérim et organiserait une présidentielle dans un délai n’excédant pas 60 jours. Ça, c’était sur le papier. Mais dans nos démocraties bananières, où les premiers magistrats sont souvent les premiers à violer la constitution, peut-on s’étonner de ce qu’elle ne soit pas sacrée et que les autres aussi puissent la fouler aux pieds impunément?


Il suffisait d’ailleurs de voir les trois personnalités principales de l’interrègne annoncer ensemble le décès, comme si elles se marquaient à la culotte, pour se rendre compte que la solution constitutionnelle, quoique la plus souhaitable, n’était pas la plus évidente. Côte à côte en effet, Aboubacar Somparé, président de l’Assemblée nationale, et, à ce titre, dauphin constitutionnel; Ahmed Tidiane Souaré, Premier ministre, qui tient l’Exécutif; et le troisième larron, le général Diarra Camara, chef d’état-major général des armées.
Chacun, croyant in petto son heure venue, tenait à marquer sa présence et son territoire, de sorte que c’était peut-être à qui ferait le premier le croche-pied aux autres.


Chef de la section carburant à l'intendance militaire


Autant dire que le jeune capitaine, qui était jusque-là le chef de la section carburant à l’Intendance militaire, vient de les mettre tous d’accord, à supposer qu’il ait agi de son propre chef, car il a tout aussi bien pu avoir été envoyé en éclaireur par les étoilés, qui ne devraient donc pas tarder, dans ce cas, à sortir du bois. En vérité, dans un climat d’incertitudes où, dans tous les cas, il aurait été impossible d’organiser un scrutin propre d’ici deux mois, sauf à proroger la transition par des mécanismes légaux, dont disposent généralement les lois fondamentales, la solution militaire n’aurait pas forcément été la plus mauvaise si on connaissait les véritables intentions de la soldatesque.

S’il s’agissait de refonder la démocratie dans une période maximum de neuf mois, par exemple en associant toutes les forces vives de la Nation et en ne se présentant pas aux élections, dont elle serait l’arbitre impartial, ce serait à la limite une action salutaire, une œuvre de salubrité publique, dans la mesure où elle aurait au moins l’avantage d’éviter le chaos.


Mais, sur un continent où il y a moins d’ATT et d’Ould Vall que de Guéi et de Bozizé, autrement dit de militaires qui légalisent par les urnes, quand ils le peuvent, ce qu’ils ont conquis par les armes, on peut raisonnablement douter de la culture démocratique des putschistes de Conakry. Après tout, le défunt lui-même, qui avait affiché une volonté d’ouverture après les années de braise de Sékou et de son camp Boiro, de sinistre mémoire, ne s’est-il pas, à son tour, muré peu à peu dans un autisme suicidaire au fur et à mesure que les mutineries se multipliaient et que son diabète aiguë et sa leucémie s’aggravaient? Résultat, celui a régné en vrai chef de village buté et en soldat obtus laisse un Etat délité, que se disputent donc les charognards politiques, un pays exsangue mais pourtant potentiellement riche, un champs de ruines, dont les matières sont, fort heureusement, encore intactes.


Des discussions entre loyalistes et putschistes


On savait que la succession de celui qui n’a jamais pu se convertir à la démocratie serait difficile, de ce point de vue on n’est pas déçu, car hier, c’est une véritable confusion où une vache ne saurait retrouver son veau qui régnait à Conakry. L’aile civile du régime tentait en effet de faire pièce au coup de force sans qu’on ne sache trop si elle y parviendrait. Le chef du gouvernement disait rester en place, que son équipe n’était pas dissoute et que la transition se poursuivrait selon les règles constitutionnelles tout en indiquant que des discussions étaient engagées entre loyalistes et putschistes.


Après s’être réveillée dans la stupeur, la Guinée s’est donc endormie hier avec une situation mouvante, susceptible d’évoluer à tout moment dans un sens ou dans un autre, de sorte que l’éditorial que vous parcourez peut se trouver décalé par endroits au regard de la situation en temps réel.

Pauvre Guinée! Vingt-six épouvantables ans de Sékou Touré, vingt-quatre autres éreintantes à se taper Lansana Conté. Et maintenant que le bouchon a sauté, aujourd’hui que l’horizon est dégagé, alors que la chape de plomb est enfin levée, et qu’on pensait que les Guinéens allaient un peu souffler et mettre leur patrie sur les rails de la démocratie et du développement, voilà que le ciel s’obscurcit de nouveau. Quand donc prendra fin le calvaire?

Mais si on en est arrivé là, c’est en grande partie du fait du défunt grabataire de Wawa, qui semblait vouloir que le pays sombre en même temps que lui. Et il y est parvenu, à force de le mener à la banqueroute; à force de martyriser une opposition obligée de s’asseoir à l’ombre des syndicats pour survivre; à force d’exacerber les querelles intestines de son propre camp, en jouant les uns contre les autres pour les neutraliser tous et demeurer seul maître du jeu. Jusqu’au dernier souffle.


La pudeur africaine commande certes de ne pas médire des morts et de ne pas tirer sur un corbillard, mais peut-on décemment verser une larme sur la tombe d’un dirigeant pareil, qui n’est, hélas, pas un cas isolé dans cette Afrique de malheur?

Par Ousséni Ilboudo in L'Observateur Paalga, 24 décembre 2008

 

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Mercredi 17 décembre 2008


"Il n’est pas certain que l’extrême personnalisation du conflit et la diabolisation de l’un des principaux protagonistes - Robert Mugabe en l’occurrence - ait aidé en quoi que ce soit à clarifier les enjeux de la lutte sociale et politique en cours au Zimbabwe".

Achille Mbembe



Qui juge qui ? Pour quels crimes ?

Le torrent de boue dont on couvre Robert Mugabe depuis de longs mois a quelque chose de nauséabond et de suspect. J’en souffre.

"Qui le juge ? De quels crimes est-il coupable ?" sont parmi les questions que nous sommes nombreux à nous demander, ce 10 décembre 2008, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH).


"A 85 ans, pourquoi s’accroche-il tant au pouvoir ?" entendons nous dire. Est-ce une raison suffisante pour l’humilier ? Est-il le seul de cette génération, à occuper ce poste a un tel âge ?


"Il est au pouvoir depuis 28 ans." En termes de longévité au pouvoir est-il le doyen en Afrique ?

 
"La fraude électorale ?" A-t-on oublié les élections américaines de 2000 ?


Rares sont ceux qui, en dehors du continent, se doutent des enjeux véritables de cette campagne de dénigrement et de déstabilisation d’une rare violence contre cet homme tant le titre de dictateur sied aux dirigeants du Sud, plus particulièrement à ceux du Continent noir. Il suffit de regarder du côté de la Cour Pénale Internationale pour s’en convaincre. Pendant ce temps les fauteurs de guerre en Irak et en Afghanistan se posent en défenseurs des droits de l’homme au Zimbabwe et partout ailleurs.

Puisqu’ils ne sont pas à une contradiction près, les puissants de ce monde élèvent par ailleurs des murs devant ceux dont ils prétendent défendre les droits lorsque ceux-ci tentent d’échapper aux effets destructeurs du capitalisme mondialisé. Le pacte européen sur l’immigration et l’asile dont la France a fait de l’adoption une priorité dans le cadre de sa présidence de l’Union Européenne est l’une des traductions de ce cynisme.


L’indignation sélective


L’indignation et la justice à géométrie variable qui jettent le discrédit sur les droits de l’homme tournent au scandale lorsque George W. Bush se joint à Gordon Brown et Nicolas Sarkozy pour exiger la démission de Robert Mugabe, responsable selon eux des 600 personnes victimes du choléra. Toute perte de vie humaine est un drame. Mais alors, que dire des guerres en Irak et en Afghanistan qui ont fait près d’un million et demi de morts ?


Robert Mugabe aurait ruiné son pays dont l’économie était florissante et violé les droits des Zimbabwéens. En huit années d’une gestion calamiteuse George W. Bush, a fait pire en conduisant l’économie la plus puissante de la planète au bord du gouffre avec des conséquences dramatiques et pour son pays et pour le reste du monde : accroissement du chômage, pertes de revenus, tensions sociales et violences en tout genre.


Que fait et que compte faire la fameuse communauté internationale dont George W. Bush et ses alliés se réclament face au drame de l’Irak puisqu’il a enfin admis qu’il a commis une "erreur" tout en se défaussant sur des services de renseignements qui lui auraient présenté Saddam Hussein comme une menace pour les USA ? Ce mea-culpa tardif n’incite, visiblement, ni le Président américain, ni le Premier ministre britannique à changer de regard et de perspectives quant au Zimbabwe. Le départ de Robert Mugabe, le Saddam Hussein de Tony Blair, est une obsession. Et, tant mieux, si la faim, le chômage, la maladie et la fuite des Zimbabwéens, provoqués par des années d’isolement et de sanctions économiques, peuvent être instrumentalisés en vue d’atteindre cet objectif. Un tel acharnement participe, bel et bien, à la criminalisation, la traque et l’élimination de la "racaille" dans les banlieues du monde globalisé.


Ainsi va le monde, soixante ans après la déclaration universelle des Droits de l’Homme (DUDH). Le "plus jamais ça" est parfaitement valable pour les "civilisés" qui évitent la guerre chez eux et se serrent les coudes dans la mise au pas des "barbares". Pillée et humiliée, l’Afrique se doit de tirer le maximum d’enseignements de cette réalité en apprenant à distinguer les conséquences des actes de sabotage économique et de déstabilisation des dirigeants qui osent dire "non" de la mauvaise gestion que les démocraties occidentales savent, du reste, pardonner tant que leurs intérêts ne sont pas menaces


L’asphyxie économique

 
Pèle mêle, les ennemis Robert Mugabe retiennent, contre lui, en plus de l’expropriation des fermiers blancs des terres agricoles, l’hyperinflation qui chasse les élites (médecins, avocats, enseignants, journalistes...) du pays, l’opération de déguerpissement des mal logés en 2005, la fuite de plus de trois millions zimbabwéens vers l’Angleterre et l’Afrique du Sud, la répression des opposants, le pourcentage élevé de personnes atteintes du SIDA, la faim et, à présent, l’épidémie de choléra.


Mais, la quasi-totalité des situations imputées à l’incapacité du dirigeant zimbabwéen à gérer son pays résulte d’abord du non respect d’engagements pris, l’une des caractéristiques de nos rapports avec les pays riches comme l’atteste, plus récemment, les fausses promesses d’aide du Sommet de Gleneagles. L’argent qui coule à flot ces derniers temps dans le cadre du sauvetage des banques a toujours fait défaut quand il s’agit d’honorer les engagements pris envers les peuples dominés. Le facteur déclencheur de la crise zimbabwéenne est plus précisément le non respect par la Grande Bretagne de l’accord de Lancaster House (signé en 1979) selon lequel elle devait dédommager les fermiers blancs dans le cadre de la réforme agraire.


La terre, - un enjeu central dans toutes les sociétés dont l’économie repose sur l’agriculture - est donc au cœur de la rupture. C’est en cela que le bras de fer entre l’ex Rhodésie du Sud et l’ancienne puissance coloniale est emblématique des tensions en Afrique Australe et des conflits à venir à l’échelle du Continent puisque l’ouverture au marché rime de plus en plus avec l’octroi de centaines de milliers d’hectares aux investisseurs étrangers au détriment des petits producteurs.


L’économie zimbabwéenne était florissante et Robert Mugabe fréquentable tant que la minorité de fermiers blancs d’origine britannique pouvaient faire travailler des centaines de milliers d’ouvriers agricoles noirs sur les millions d’hectares de terres agricoles qui étaient en leur possession. Le héros de l’indépendance, est devenu l’homme à abattre à partir du moment où face au refus de Tony Blair de respecter les termes de l’accord de Lancaster House, il a dû récupérer les terres des fermiers blancs. Tout a depuis lors été dit à propos de la redistribution de ces terres qui n’aurait profité qu’aux proches de Robert Mugabe. La réalité est toute autre. Des milliers de familles sans terre jouissent aujourd’hui de leur droit à ce moyen de production. L’irrigation, les fertilisants, les prêts et la mécanisation sont autant d’efforts fournis dans le cadre de cette réforme agraire, avec les maigres moyens de l’Etat la priorité étant la couverture des besoins nationaux par l’agriculture nationale.


L’Europe, l’Amérique du Nord, l’Australie, la Nouvelle Zélande ont réagi dès la première procédure de retrait des terres, en 1997. Le dollar zimbabwéen a commencé à chuter et les sanctions économiques à pleuvoir : privation du pays de toute aide extérieure, de crédit, d’assistance de la part des institutions financières internationales et l’interdiction d’échanges commerciaux avec les entreprises américaines. Le pays de Robert Mugabe n’a bénéficié d’aucune aide en matière de balance des paiements depuis 1994 alors que jamais auparavant, il n’avait été privé d’apports extérieurs. Il a fallu, faute de prêts assortis de conditions favorables, procéder à des émissions monétaires.


L’ingérence et la subversion à la base consistent dans ces circonstances à créer la pénurie en privant l’Etat souverain de moyens et à soutenir des ONG et des opposants politiques qui s’attirent la sympathie des populations auprès desquelles ils interviennent.


Les conséquences de l’embargo et des sanctions économiques ont été aggravés par des sécheresses autrefois cycliques (à peu près tous les dix ans) mais désormais fréquentes du fait des perturbations climatiques.


L’alibi démocratique

 
La Grande Bretagne prendrait une sacrée revanche sur l’histoire et rendrait un immense service aux fermiers blancs qui attendent, si elle parvenait à porter au pouvoir dans son ancienne colonie, un dirigeant de son choix ou tout au mois acquis au libéralisme économique.


Au-delà de la Grande Bretagne, les puissances coloniales et leurs alliés n’ont jamais eu autant besoin de renforcer leur présence en Afrique, l’avancée de la Chine étant une véritable menace pour eux. Ils y arrivent au prix de l’ingérence, de la subversion et de la guerre. C’est dire jusqu’à quel point le fossé est abyssal entre la rhétorique sur la démocratie, les droits de l’homme et les desseins des Etats libéraux d’Europe et d’Amérique sur le Continent noir.

 
Le débat houleux qui pendant longtemps a opposé les Occidentaux aux dirigeants des pays d’Asie, dont la Chine, quant à la primauté des droits économiques et sociaux sur les droits politiques ressurgit ainsi à la faveur de la mondialisation néolibérale sans être pris en charge de manière conséquente par les formations politiques africaines, la société civile et les médias. Il en est ainsi parce que les dirigeants africains savent que leurs pays seraient dans le même piteux état que le Zimbabwe s’ils s’avisaient, à l’instar de Robert Mugabe, à aller à l’encontre des intérêts dominants. La politique de la terre brûlée est réservée, comme ce fut également le cas pour la Guinée de Sékou Touré, à tous ceux qui s’écartent du "droit chemin".


Pour l’heure, en dépit du satisfecit des Occidentaux pour certaines "transitions démocratiques", le vote ne sert qu’au renouvellement du personnel local du système-monde. Les électeurs locaux en deviennent, à leur propre insu des clients de la politique spectacle et les victimes des rapports marchands qui lui sont sous-jacents. Les sujets qui peuvent écorcher les oreilles du G8, de l’UE et les IFIS tel que le pillage des matières premières de l’Afrique, le diktat des grandes puissances, la dette extérieure, les réformes néolibérales sont soigneusement écartés du débat électoral quand débat il y a. Et gare aux esprits critiques (opposants, médias, citoyens avisés...) qui osent défier les dirigeants dirigés dans leurs comportements mimétiques et complaisants. Ils sont combattus, de manière sournoise ou ouverte. Par contre, les faux opposants, les médias aux ordres, les associations et ONG qui savent manier la langue de bois seront épargnés, récompensés et utilisés pour soigner l’image du pays.


Nous sommes tous Zimbabwéens

 
Rien ne justifie l’humiliation de Robert Mugabe et les privations imposées à son peuple afin qu’il se soulève et le renverse. Il n’est pas paranoïaque puisque Gordon Brown et ses alliés, après avoir poussé Morgan Tsvangiraï, marchent à présent à visage découvert et sans complexe, lui demandant de démissionner. Nommer et défier ses agresseurs n’a rien à voir avec la haine des Occidentaux véhiculée par certains médias qui excellent dans le lavage des cerveaux quant à Robert Mugabe. Précisément parce qu’il se savait le dirigeant d’un pays composé de Blancs et de Noirs, il a tenté de les fédérer en nommant des ministres zimbabwéens d’origine britannique dans gouvernement.

 
Robert Mugabe n’est en aucun cas ce bourreau qui affame son peuple et le condamne à mourir du choléra et de je ne sais pas quelle autre maladie. Les quinze années durant lesquelles il avait les mains libres, il a réussi à réaliser le taux d’éducation le plus élevé du continent en plus des performances économiques enregistrées. On ne peut lui reprocher non plus de s’être enrichi personnellement, à l’instar de la plupart de ses homologues, même si certains excès son reprochés à son épouse.

 
La persécution dont il est l’objet augure en réalité des difficultés à venir chaque fois qu’un dirigeant africain voudra se démarquer de la pensée unique en revendiquant la souveraineté économique, politique et alimentaire. Nous serons faibles et vulnérables tant que, face a une telle situation, les peuples conscients des enjeux et des dangereux rouages du monde actuel ne prendront pas leurs destins en mains et ne défieront pas eux-mêmes leurs dirigeants mais aussi l’Union Européenne, les institutions financières internationales, les anciennes puissances coloniales en quête de lieux d’ancrage, de matières premières et de parts de marchés.


Nous sommes tous des Zimbabwéens face au défi de la nouvelle citoyenneté, qui fera de nous les seuls et véritables responsables de l’alternance politique dans nos pays et de la défense de tous nos droits.

Aminata D. Traoré, le 10 décembre 2008

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Do not leave Africa in scramble



To many minds, Africa is a picture of hopeless misery: afflicted by poverty, scarred by corruption and ravaged by Aids and war. These facts are true, but they tell only half the story. In many sub-Saharan African countries output briskly outpaced population growth during the last decade, leading to sustained growth in income per capita and promising a lasting escape from poverty.

Behind the success lies many African leaders’ willingness to adopt solid macroeconomic policies and move towards more transparency and less red tape. Economic integration with the world deepened and trading relations diversified. Record-breaking prices boosted commodity exporters’ incomes. The private sector’s success, for example in telecommunications, showed that Africa does not lack good business opportunities. Before the crisis, countries such as Ghana were on course to escaping aid dependence by entering global capital markets.

But Africa is now slipping. Foreign direct investment has shrivelled. Capital markets have seized up as funds flee to the safety of rich-country sovereign bonds – with which the market is flooded. The price of trade credit has soared, sharply halting trade flows, with commodity exporters suffering additionally from the drop in prices.

As tax revenues fall and demands on public services rise, governments without large savings are in a squeeze. African leaders warn of a popular backlash: if the public suffers undeserved pain after governments followed what rich countries told them to do in the 1990s, economic growth and democratic stability are at risk. Already coups and riots are on the rise.

The world’s leading countries must act to end the global crisis as soon as possible. In the meantime, Africa should not be a casualty of other priorities. African governments that have shown a commitment to sound policies must be helped to fill temporary funding gaps. And rich countries should quickly prop up trade finance: it would do much good and cost little.

Development aid
can do ill as well as good; the long-term goal must be to get rid of it. But that is no argument against short-term crisis assistance, which has been provided – quickly – to small and relatively rich European countries; many African countries need the same. Moreover, rich countries made aid promises at the Gleneagles summit that they have yet to fulfil.

The potential cost of the crisis in Africa is not just unemployment; it is starvation, civil war and the closing of an escape route from poverty. That is a price the world cannot afford to pay.


Editorial
Financial Times
Le 16/03/2009

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