Laurent Gbagbo: "N'importe qui ne peut pas venir jouer dans notre maison."

Publié le par Mahalia Nteby

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A l’occasion de sa première conférence de presse depuis l'annonce des résultats du premier tour du scrutin, tenue le mardi 9 novembre à son quartier général de campagne, le candidat Laurent Gbagbo, également président en exercice de la République de Côte d'Ivoire, a expliqué pourquoi les électeurs d'Henri Konan Bédié doivent voter pour lui au second tour et comment Alassane Dramane Ouattara, par ses actes, se révèle être le «candidat de l’étranger».

RTI: Monsieur le Président, on vous voit ce soir confiant. Sur quoi repose cette confiance pour le 2ème tour de l’élection présidentielle ? Que ferez-vous pour prendre les bastions de vos adversaires ? Par ailleurs, vous avez observé une grosse colère, la semaine dernière contre le Président sénégalais Wade, quelles étaient ces motivations ?

Laurent Gbagbo: Je ne comprends pas bien le sens de vos questions. Vous me demandez à moi sur quoi je me fonde pour avoir confiance en moi. Mais, c’est moi Gbagbo Laurent, j’ai toujours eu confiance en moi, ce n’est pas nouveau. Ensuite vous me demandez comment je vais faire pour prendre les bastions de mon adversaire. Je n’ai pas de bastions à prendre. On va au 2ème tour. Même si j’ai deux voix de plus que lui, j’ai gagné. Pourquoi vais-je aller prendre un bastion ? C’est pourquoi je vous dis que je vais gagner. C’est lui qui a des voix à rattraper sur moi. Moi je suis devant. Vous voulez savoir le pourquoi de ma grosse colère contre Abdoulaye Wade ? Je n’ai pas de grande colère. J’ai voulu simplement dire que la Côte d’Ivoire est la Côte d’Ivoire, qu’il faut qu’on nous respecte et que n’importe qui ne peut pas venir jouer dans notre maison : ça suffit.

AFP: Certains électeurs auraient été empêchés de voter dans la zone Nord, ça pose le problème de la sécurité.

Laurent Gbagbo: Concernant la sécurité, nous avons fait le point avec les responsables de la sécurité, nous avons tiré des leçons. Des décisions ont été prises de sorte qu’au 2ème tour, le vote se passe dans les conditions de sécurité plus idoines que ce qui a été observé lors du vote du 1er tour.

Fraternité Matin: Quelle est votre lecture et votre attitude face au Rhdp qui a appelé à voter le candidat Alassane Ouattara au 2è tour ?

Laurent Gbagbo: Le Rhdp a été créé il y a au moins cinq ans. Depuis cinq ans, je dis que je vais gagner. Ayant signé un accord, c’est donc normal qu’il lance un appel. Ce n’est pas nouveau. Mais malgré cette alliance, je vous dis que je vais gagner.

Rfi : Quel message adresserez-vous aux 25% d’électeurs qui ont porté leur choix dimanche 31 octobre sur le candidat Bédié ?

Laurent Gbagbo: Ce que je vais leur dire est simple. Il y avait comme candidat, Gbagbo, Bédié et Ouattara. Le premier tour a donné Gbagbo, Ouattara et Bédié. Bédié vous appelle à voter Ouattara. Regardez bien, si vous êtes des électeurs de Bédié. Le coup d’Etat de 1999 qui a chassé Bédié du pouvoir, regardez qui est en dessous. Si vous aimez Bédié, vous devez voter pour celui qui l’a fait venir d’exil plutôt que pour celui qui l’a fait partir en exil…

Le Temps: On a senti au 1er tour, vos électeurs trop confiants…Ont-ils bien investi le terrain ?

Laurent Gbagbo: Nous sommes premiers et de cette position, on ne peut pas dire que nos partisans n’ont pas travaillé. On peut leur demander de faire plus. Mais on ne peut pas se comporter comme si on avait perdu. D’autres avec 32% sont contents, pourquoi pas nous (rires) ?
Cette élection fait entrer la Côte d’Ivoire dans une élection disputée, démocratique. Pour la première fois, on n’a pas des scores soviétiques. Nous allons gagner avec un score normal…

CNN: Quel défi de la consolidation de la paix, après l’élection au 2nd tour, vu les suffrages exprimés au Nord…

Laurent Gbagbo: Le Président de la République élu est élu pour tout le monde, pour toute la Côte d’Ivoire. Pour apporter l’instruction, la santé l’eau, l’électricité… Il y a beaucoup de sous-préfectures au Nord où j’ai gagné, chez Gnonzié, à Baya, à Niellé, à Sepiergo et ailleurs…Ce qui nous réjouit, c’est que nous sommes les seuls à avoir un électorat qui s’étend sur l’ensemble du territoire ivoirien. Ce vote est le début de la construction nationale. Beaucoup de ceux qui n’ont pas voté pour nous ne sont pas que du Nord. Nous devons à tous porter ce message : Gbagbo veut électrifier vos villages, Gbagbo vous tend les bras, Gbagbo veut construire pour vous des hôpitaux, Gbagbo veut faire pour vous l’école gratuite et obligatoire, voter la loi sur l’Assurance maladie uinverselle. Il faut dire à ceux qui n’ont pas voté pour nous que ces projets- là les concernent. Qu’ils soient du Nord, du Sud, de l’Ouest, de l’Est, du Centre… Ce n’est pas une question de Nord.

Reuters/BBC: Pendant votre campagne, vous et vos supporters utilisez contre Ouattara un langage un peu dangereux, un candidat étranger tandis que vous, vous représentez la Côte d’Ivoire… C’est comme si les autres ne sont pas de vrais ivoiriens…

Laurent Gbagbo: Non, c’est faux! J’ai dit que ce sont des candidats de l’étranger, je n’ai pas dit qu’ils ne sont pas de vrais Ivoiriens. Ce n’est pas la même chose. Peut-être parce que vous ne comprenez pas bien le français…

Reuters/BBC : Je ne vois pas la différence…

Laurent Gbagbo: Il y a une très grande différence, je vais vous l’expliquer tout à l’heure…

Reuters/BBC : Mais dans les têtes des gens au-dehors, ils pensent que…

Laurent Gbagbo: Vous n’êtes pas dans les têtes des gens. Laissez les têtes des gens tranquilles. Dites-moi ce que vous avez compris.

Reuters/BBC : Qu’est-ce qu’on doit comprendre alors ?

Laurent Gbagbo: A peine a-t-on proclamé les résultats du 1er tour que Ouattara, on lui envoie un avion et il va à Dakar. Ça, c’est un candidat de l’étranger. Et au moment où je vous parle, il est à Ouaga. C’est ça que j’appelle les candidats de l’étranger : des gens qui écoutent ce qu’on leur dit à l’étranger pour faire la politique en Côte d’Ivoire. Ce que vous vous dites là, et que je n’ai pas dit, a une histoire en Côte d’Ivoire. Et c’est Bédié qui l’a dit et je ne le dirai jamais. Puisque c’est moi qui ai signé les papiers pour que Ouattara soit candidat. Donc, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit…Mais le terme «candidat de l’étranger», je ne suis pas le premier en politique à l’utiliser. Jacques Chirac, dans son appel de Cochin, quand il était à l’hôpital de Cochin, avait dit en parlant de Giscard d’Estaing : «C’est un candidat de l’étranger». Pourtant, Giscard est un Français comme lui. Donc dire «candidat de l’étranger», ça veut dire celui qui travaille pour les intérêts de l’étranger. Je le maintiens et je le répète!

 

Laurent Gbagbo in www.gbagbo.ci, le 9 novembre 2010

Publié dans Côte d'Ivoire

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