La fermeture de la BICICI et de Citigroup va-t-elle être suivie de celle d’autres banques et cela va-t-il porter le coup fatal à Gbagbo ?

Publié le par Mahalia Nteby

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La stratégie de l’asphyxie financière du régime Gbagbo était annoncée depuis belle lurette. Cela aurait pu être étouffé dans l’œuf si les conséquences qui s’imposaient avaient été tirées de la guerre des 6 jours de la France contre la Côte d’Ivoire en Novembre 2004. Malheureusement, la solution de facilité a été privilégiée et le pays est resté accroché au franc CFA, comme si tout avenir en dehors de cette monnaie esclavagiste était impensable.  Ceci est assez incompréhensible quand on sait que la voix la plus autorisée en la matière, celle du Professeur Mamadou Koulibaly, économiste le plus brillant de Côte d’Ivoire et actuel président de l’Assemblée  Nationale, s’est toujours élevée pour combattre le franc CFA. Il faut croire qu’il n’a pas été assez écouté dans son propre camp et que certains doivent aujourd’hui s’en mordre les doigts. Enfin, mieux vaut tard que jamais ! Même s’il eut été souhaitable que la sortie de la zone franc se fit selon un calendrier défini par les autorités ivoiriennes, qui aurait permis d’éviter ou de mieux gérer certains des violents soubresauts traversés ces jours-ci, elle est aujourd’hui inéluctable. Le bras de fer dans lequel la France s’est engagée aura au moins servi à cela : pousser Laurent Gbagbo à tourner le dos au franc CFA auquel il était jusqu’alors très attaché. De cela, les Ivoiriens peuvent se réjouir.

Maintenant, il est évident que les décisions de fermeture de la BICICI et de Citigroup affectent le fonctionnement économique du pays. Tous les individus et sociétés qui y ont des comptes sont de facto pris en otage par ces banques, qui bloquent de façon tout à fait illégale leurs avoirs. Ceci est le résultat de l’immixtion de la politique dans le monde des affaires. Tous ceux qui doutaient du rôle d’agents de la politique française joué par les entreprises hexagonales ne peuvent plus nier l’évidence. Il semble certain que le gouvernement ne peut se contenter de «poursuivre en justice» ces banques, comme cela a été annoncé. Elles doivent aussi être purement et simplement fermées et à jamais interdites d’exercer sur le territoire ivoirien. D’autre part, il est temps que les Ivoiriens agissent de façon cohérente face à la situation à laquelle ils sont confrontés depuis une dizaine d’années. Au niveau de l’Etat, il est accablant de constater qu’aucun agrément bancaire n’a été accordé aux banques chinoises, indiennes, sud-africaines ou brésiliennes qui souhaitent pourtant s’implanter en Afrique subsaharienne, sous le prétexte jamais avoué de protéger les intérêts des banques françaises et donc de la Françafrique. Cela doit et va changer, car il est évident que l’Etat ivoirien  et les autres gouvernements africains ont compris, à l’aune de la crise traversée par la Côte d’Ivoire, qu’ils doivent privilégier les relations commerciales avec des Etats qui prônent et appliquent la non-ingérence dans les affaires intérieures de leurs partenaires. J’ai aussi beaucoup de mal à comprendre qu’il y ait encore des Ivoiriens qui ont des comptes dans les banques occidentales. Au plus tard après l’alerte de décembre 2010, quand la SGBCI et la BICICI avaient déjà fermé leurs portes pendant une matinée pour empêcher les fonctionnaires de toucher leurs salaires, il y aurait du avoir un mouvement de foule pour procéder à la fermeture des comptes dans lesdites banques et la réouverture de ces derniers dans des établissements comme la SIB, Bridge Bank, la BNI… Dans le même ordre d’idées, Orange en Afrique n’hésite pas à écouter systématiquement les conversations téléphoniques de ses clients afin d’en faire profiter l’ambassade de France ainsi que les services de renseignement français et les collabos locaux à leur solde. En Côte d’Ivoire par exemple, le rebelle Hamed Bakayoko, lorsqu’il était ministre des NTIC dans le cauchemardesque gouvernement wouya wouya issu de l’accord politique de Ouagadougou, recevait fidèlement les écoutes des conversations de tous les acteurs du camp présidentiel. Aujourd’hui encore, Orange transmet les écoutes à Alassane Dramane Ouattara, qui est lui-même mis sur écoute afin que ses donneurs d’ordre puissent le contrôler. Dans ces conditions, il est difficile de comprendre qu’un citoyen qui se respecte puisse encore avoir un compte dans une banque non ivoirienne, téléphoner avec Orange, rouler en Peugeot ou faire le plein chez Total, d’autant plus qu’il existe une pléiade d’alternatives.

Quant à dire que ces mesures vont faire tomber le régime Gbagbo, je n’y crois pas. Ceux qui souffrent de ces mesures sont de tous les bords. Le dioula d’Abobo dont l’enfant malade va mourir parce que son père n’aura pu aller chercher 30.000 francs CFA au distributeur de la BICICI pour lui acheter les médicaments pour le sauver, comme le fonctionnaire lambda. Au contraire, je pense que bientôt, nous observerons un déferlement des populations vers l’hôtel du Golf et les ambassades des pays de l’Union européenne, pour chasser ceux que les Ivoiriens considèrent à raison comme responsables de leurs problèmes. Je pense également que le gouvernement ivoirien ne tardera pas à ordonner la fermeture immédiate des opérateurs économiques français en Côte d’Ivoire : d’ici peu, Bouygues, Orange, Total, CFAO, SGBCI et tous les autres seront contraints de mettre la clé sous la porte ou seront nationalisés et alors là, la partie deviendra vraiment intéressante…

 

Mahalia Nteby

Publié dans Côte d'Ivoire

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Berny 25/02/2011 23:24



Chère Mahalia,


Merci pour ce cri du coeur et pour bien d'autres textes que vous avez publiés sur ce blog (j'en suis une fidèle lectrice. Vous avez une plume remarquable). Votre article traduit exactement mon
indignation et mon ras-le-bol face à cet attentisme du gouvernement Gbagbo. Pourquoi toujours attendre afin de réagir, quand on sait que l'ennemi ne dort pas et annonce en plus à l'avance ses
actions néfastes? LG doit être proactif désormais. Cette crise donne l'occasion à la CI d'arracher sa vraie indépendance. J'espère que les preneurs de décision feront ce qu'il faut pour ne pas
que le pays bascule dans le chaos. Les citoyens de la Golfie - et leurs suiveurs et souteneurs - n'attendent que cela.


La lutte continue, et que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire!



Guy Mbarga 19/02/2011 19:19



Excellent artile et belle analyse. Rien à redire.


http://guyzoducamer.afrikblog.com/