Bédié dans le texte

Publié le par Mahalia Nteby

bedie

 

Ci-après, un extrait édifiant de l'autobiographie de l'ancien président de Côte d'Ivoire, qui vient d'appeler ses militants à voter Alassane Dramane Ouattara au 2ème tour de l'élection présidentielle. Le même Ouattara dont il est question dans le passage suivant. A savourer sans modération.

Vous intervenez à la télévision le 7 décembre, et pourtant le Premier ministre ne présente sa démission que deux jours plus tard. Que s’est-il passé ?

Des intrigues. Il s’agitait et moi je l’attendais pour qu’il me présente sa démission. J’avais l’intention de lui confier l’expédition des affaires courantes jusqu’à la fin des obsèques du président Félix Houphouët-Boigny. Je le lui avais fait savoir dans la nuit du 7 décembre par des amis communs. Il n’a pas accepté mon offre de demeurer à son poste.

Quand l’avez-vous rencontré ?

Il est venu me voir le surlendemain, le 9 décembre au soir, vêtu d’une tenue à manches courtes qui a choqué les personnalités présentes. Au cours de cette entrevue, il m’a déclaré qu’il avait été trompé par les juristes du gouvernement qui estimaient qu’il devait attendre que le décès du président soit constaté par la Cour Suprême, et même la fin des obsèques, pour présenter sa démission. Son explication me paraissait difficile à admettre, mais comme j’avais toujours eu pour lui de l’amitié et manifesté de la protection, il a pu repartir libre. Je lui ai quand même fait savoir que j’aurais pu ordonner son arrestation pour avoir eu un tel comportement. Il m’a répondu : ‘’je ne savais pas que c’était aussi grave que cela.’’ J’ai préféré garder mon calme en pensant au pays meurtri par ce grand deuil. De toute façon, il était burkinabè par son père et il possédait toujours la nationalité du Burkina Faso, il n’avait donc pas à se mêler de nos affaires de succession.

Mais il avait pris la nationalité ivoirienne ?

Je ne saurais le dire, jusqu’à ce que la preuve en soit faite. Le président Houphouët lui avait accordé un passeport diplomatique quand il avait des difficultés avec les autorités du Burkina Faso. Il servait alors à la Banque centrale, commune aux sept Etats d’Afrique de l’Ouest. Un passeport diplomatique, vous savez, n’est pas une pièce d’état civil.

Il avait tout de même été Premier ministre et à ce titre le chef du gouvernement.

Certes, mais sa mission était terminée. La charge de ministre, fut-ce celle de Premier ministre, n’a pas comme un mandat électif une durée d’avance. A tout moment il peut être mis fin à cette fonction par le président de la République. Ce n’était pas la première fois dans son histoire que le président Houphouët-Boigny faisait appel à des compétences techniques extérieures. Encore une fois, il n’existait pas la moindre ambigüité là-dessus. Au demeurant, Alassane Ouattara était allé un jour voir le président Houphouët-Boigny, en présence d’un témoin, pour lui demander de le prévenir quelques jours à l’avance, au cas où il souhaiterait mettre fin à ses fonctions, de façon à avoir le temps de faire ses valises. Il ne semblait pas vouloir servir en Côte d’Ivoire après sa mission à la tête du gouvernement. Aussi, lorsque M. Camdessus, directeur général du FMI, m’a informé de son intention de l’appeler auprès de lui, je n’y ai vu aucun inconvénient. J’ai répondu : à condition qu’il ne s’occupe pas des dossiers de la Côte d’Ivoire, pour des raisons élémentaires de déontologie en vigueur dans cette institution. Après le départ d’Alassane Ouattara, nous avons renoué les négociations avec le FMI et la Banque mondiale et mis au point un nouveau programme. Entre-temps j’ai pris la décision de rallier ceux, peu nombreux, qui étaient favorables à la dévaluation du franc CFA. La Côte d’Ivoire a été la locomotive africaine de la dévaluation de 1994.

Selon certains observateurs et experts, la candidature à la présidence d’Alassane Ouattara, en 1995, aurait menacé l’unité du pays, en raison d’un risque de fracture entre le Nord et le Sud, entre chrétiens et musulmans ?

Alassane Ouattara savait très bien que la mission qui lui avait été confiée exigeait qu’il ne se mêle pas des problèmes politiques, d’autant qu’il n’était pas un citoyen ivoirien. Le président le lui avait dit et me l’avait confié,  ainsi qu’à de nombreuses personnalités ivoiriennes et étrangères.

En quels termes ?

En termes très clairs et aussi par des faits précis. Peu après sa nomination, le président a demandé à Alassane Ouattara de se rendre dans les capitales voisines pour insister sur l’objectif purement économique de sa mission. La preuve que son action était temporaire, c’est que le président demandait de conserver son poste vacant à la tête de la Banque centrale. Pendant deux ans, le poste fut maintenu ouvert et son occupant, Charles Banny, n’agissait que comme intérimaire.

Henri Konan Bédié in Les chemins de ma vie, Autobiographie, Entretiens avec Eric Laurent, Plon, 1999, pages 146-149

Publié dans Côte d'Ivoire

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adeline 15/12/2010 13:05



Bédié, tu es le responsable de ce qui ns arrive en ce moment, tte ta vie tu l'auras ds ta conscience, tu es non seulement très rancunier mais très idiot.