Côte d'Ivoire: la démocratie empoisonnée

Publié le par Mahalia Nteby

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Sur le trottoir de Bakchich, où nos journalistes fumeurs attrapent cancer et pneumonie, on ne rencontre personne souhaitant partir en vacances avec Laurent Gbagbo. Est-ce pour autant – «la communauté internationale» l’affirme – que ce tyran ordinaire a perdu les élections en Côte d’Ivoire ? Venues de Bouaké ou d’Abidjan, toutes les informations sont à mettre dans la poubelle de l’Histoire et celle des bulletins truqués. Il faut avoir l’acuité de monsieur Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, pour désigner sans se tromper le vainqueur de ce combat de tricheurs.

Adoubé par un président noir américain et par un chef onusien coréen, Alassane Ouattara peut affirmer qu’il n’est pas l’élu du pouvoir blanc. Pourtant, cent cinquante ans après la «conquête» des royaumes Baoulé, Warébo ou Faafoué par Treich-Laplène, la Côte d’Ivoire reste prisonnière d’un système où le néocolon ne règne plus sur les «indigènes», mais maîtrise leurs ressources. En élisant, non par la vérité des chiffres mais «à l’estime», le vainqueur d’une farce électorale, les maîtres du monde, ceux du Nord, viennent renforcer en Afrique l’inextinguible pouvoir du grand frère blanc.

Se souvient-on que, contre Al Gore, vainqueur du scrutin, la Cour suprême américaine a désigné Bush président ? Et l’ONU n’a pas protesté. Pas plus, à l’instant même de cette élection organisée en Côte d’Ivoire, contre le grotesque plébiscite qui, en Égypte, a fait d’un odieux raïs un roi. Mais Moubarak et son fils, désigné successeur, sont deux oeufs couvés par Israël et l’Amérique. A-t-on vu encore la communauté internationale valider le scrutin, pourtant honnête qui, en Palestine, a porté le Hamas au pouvoir ? Quand la démocratie n’est que le masque de l’arrangement, on l’empoisonne.

Par Jacques Marie Bourget in Bakchich (France) n°51 du 17 au 23 décembre 2010

 

Un dernier pour la route:

 

Interrogé par «Libération», le député socialiste des Landes Henri Emmanuelli persiste à dénoncer «une campagne de suspicion et de dénigrement à sens unique [contre Gbagbo, ndlr]» menée par «la majorité des médias français» en Côte-d’Ivoire. «Je me suis contenté de rappeler qu’il y avait asymétrie de l’information. On ne peut pas expliquer que le Conseil constitutionnel était composé des amis de Gbagbo, sans dire que la Commission électorale indépendante est composée de ceux de Ouattara !»

In Libération le 17 décembre 2010

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