Côte d'Ivoire: Ban Ki Moon, un bon y-voit-rien

Publié le par Mahalia Nteby

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Dès que vous parlez d’élections en Afrique, les esprits les plus clairvoyants des civilisations occidentales échappent difficilement à l’idéologie et aux préjugés sectaires. Mais le plus grave, c’est que les journalistes ou politiques européens véhiculent une certaine idée de la pratique du droit, qui, ma foi, est toute contraire à l’idéologie de progrès chez les Africains. Un cas d’école vient de surgir : La Côte-d’Ivoire.

L’illusoire démocratie

Si les uns et les autres veulent galvauder l’histoire du peuple africain en matière d’organisation de la cité, de sa structuration, de son fonctionnement, alors il convient pour comprendre l’histoire de chaque peuple, de faire un bond dans sa société antique, celle qui est à l’ originede la pensée cognitive structurée. Ceux qui tendent à donner des leçons au peuple ivoirien se sont-ils plongés, un tant soit peu, dans l’histoire et l’historicité du problème politico-ethnique ? Aujourd’hui, les voix s’élèvent pour fustiger une certaine manière de se conduire dans la démocratie en Afrique. Pourquoi le cas de la Côte-d’Ivoire suscite tant de convoitises et de hantises ?

Les puissances occidentales, à travers leurs lobbies, tendent à propager une absence de codification du Droit dans l’Afrique néocoloniale. Et pourtant, nul n’ignore que l’organisation des élections ivoiriennes est le résultat d’un large consensus et repose sur un code propre à tous les peuples : la Constitution ! C’est à dessein, parce que c’est un vieux combat historique qui s’agite depuis l’aube des temps, que l'on s'acharne à ne pas reconnaître aux Africains un droit à leur histoire, un droit à leur civilisation, un droit à leur culture, un droit à leurs libres élections, sans être sujets aux jugements et aux procès.

Pourquoi toutes ces voix qui s’élèvent aujourd’hui contre Gbagbo ne se sont-elles pas faites entendre sous d’autres cieux, en mal avec la démocratie ? Pourquoi les médias français ne se sont-ils pas faits l’écho de toutes les exactions dont sont victimes les Africains au quotidien ? Pourquoi ce secrétaire de l’Onu n’a –t-il pas condamné des victoires réellement truquées en Afrique ? Pourquoi lui est-il difficile d’admettre que dans toute démocratie, seul un organe de droit, à savoir le Conseil constitutionnel, peut valider ou invalider les résultats d’élections ? Pourrait-il admettre qu’il y a eu un délai de forclusion, et que selon la Constitution ivoirienne, passé le délai, seul cet organe institutionnel était habilité à publier les résultats ? Durant deux jours, où était passé le président de la CEI -commission électorale indépendante- avec les procès verbaux ? Tout cet angélisme de la communauté internationale qui se réveille sur le tard, fait simplement honte et nous réduit, peuples africains, en simple mendiants du droit d’exister.

Laurent Gbagbo n’est-il pas à l’image d’un certain Willem Amo, philosophe de la Gold Coast (actuel Ghana) qui fut banni par ses pairs européens pour avoir dit être le précurseur de la pensée historique africaine ? Oui, Alassane Ouattara a une épouse blanche, de surcroît une française. Cette simple contingence l’amnistie-t-il de tout précédent en Côte-d’Ivoire ? Ce qu’elle tend à oublier, cette communauté internationale, c’est que, sous d’autres cieux, Alassane Ouattara ferait l’objet d’un mandat d’arrêt, pour incitation à la haine raciale et tribale. Ces pacifistes de la nouvelle aube n’ont pas condamné, à une certaine période, ce qui s’est passé en Côte-d’Ivoire : un pouvoir légitime et légal qui s’est fait attaquer par les armes. Certains auteurs de ces forfaits jouissent d'ailleurs bonnement de l’asile politique dans certaines capitales occidentales.

Le combat du peuple ivoirien est celui de tout un continent, d’une civilisation jetée aux orties. Tout comme les Noirs portent tous les maux de la terre, il en a été de même en ce qui a concerné l’émergence de la pensée africaine ; on n’a pas reconnu aux philosophes et penseurs noirs la paternité d’être les précurseurs de la modernité et de la société évolutionniste. Hegel en son temps écrivait : «l’esprit égyptien s’est révélé comme enclos dans les caractères particuliers, comme amené en ceux-ci bestialement, mais aussi s’y mouvant dans une agitation sans fin».

Quand bien même, on ne serait pas passionné d’histoire, il nous revient, par rapport à la marginalisation tous azimuts de l’Afrique dans la civilité moderne, que si elle l’est aujourd’hui, ce n’est pas faute d’avoir pensé autrefois. C’est simplement parce qu’on veut confiner les Africains dans la pensée unique. Cette pensée unique s’établit dans une forme d’establishment normatif : médias, armes, argent…

Nul ne saurait être aveugle devant les Institutions qui régissent la Côte-d’Ivoire: Code électoral, Constitution etc. Si l’Onu décide aujourd’hui de faire preuve de bon sens, qu’elle déloge donc tous les dictateurs qui se sont emparés du pouvoir en Afrique! Que l’Onu aille dans tous les paradis fiscaux dénicher les biens mal acquis! Alors, nous croirons que ce «machin», comme l’appelait De Gaulle, sert bien à quelque chose.

Laissez les africains écrire leur histoire

Dans le domaine des droits humains, des libertés, dont le monde entier célèbrera la déclaration universelle ces jours, l’imposture et l’hibernation ne sont pas moins dévastatrices. Parce que pour la plupart des intellectuels, critiques et politiques occidentaux, être africain est synonyme de "primitif", vu que l’expression des libertés fondamentales, chez les Noirs d’Afrique, se manifeste par la violence et la brutalité. Si la violence semble traduire l’expression d’une accession à l’indépendance, toutes les parties belligérantes sont alors au même niveau. Puisque face à la violence des peuples insurgés, la réponse s’est faite par la violence.

Vivre, prouver qu’on a des droits suppose, dans cet unilatéralisme mondial, s’affirmer derrière un masque occidental. Que veut dire aujourd’hui pour un Occidental démocratie ou droits humains ? C’est l’affirmation aux peuples primitifs d’Afrique, la marque à suivre, le modèle unique, vers la norme suprême du beau, le modèle européen : l’illusion démocratique !

Une attention jetée sur la manière dont sont traités les problèmes des droits tant civiques que politiques en Afrique démontre, à n’en plus douter, que le modèle importé de liberté est celui que l’Afrique doit impérativement chanter, y compris avec ses intellectuels.

Ce qui, fort malheureusement, était la chasse gardée de l’intelligentsia dans notre société , à savoir les libertés, est aujourd’hui un champ de ruines ; parce que les détenteurs des savoirs, qui croyaient être les héritiers naturels du monde politique, sont passés à côtés de leur mission : celle de donner une orientation concertée. Il ne s’agit pas dans le cas espèce, de faire de Gbagbo un saint ou de penser que seule la dimension morale suffit à faire d’un homme politique,un véritable gardien des droits humains. Il s’agit plutôt, à mon avis, de redonner à la pensée politique, une physionomie humaine.

La classe politique africaine moderne dénonce, et cela est d’actualité, cette manière de vouloir penser le monde et de penser à la place du monde. Il faut qu’un droit, s’il est valable, soit le même pour tous: le respect des Institutions par la communauté internationale. Il n’appartient plus aux Africains, après tant d’années d’impostures et de falsification de l’histoire des libertés, de rester sous le joug de l’exploitation mercantiliste et dévotionnelle.

Aimé Mathurin Moussy in Agoravox le 4 décembre 2010

Publié dans Côte d'Ivoire

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Nianvom Amon 13/12/2010 12:20



J'apprécie cette analyse objective et vrai . Puisse plusieurs voir la réalité en face et ne pas faire l'autruche au nom d'intérêts qui sont autres que ceux des peuples qui'ils disent vouloir
défendre.