Bilan 2006 - L'abécédaire de Mahalia

Publié le par Mahalia Nteby

Alors que l’année 2007 vient de débuter sur les chapeaux de roues (exécution de Saddam Hussein, visite de Brigitte Girardin à Laurent Gbagbo, prise de fonction du nouveau secrétaire général des Nations Unies…), Mahalia Nteby fait une rétrospective alphabétique de 2006.


«Au vu de ce que Jacques Chirac a fait subir en 2006 aux Africains en général et au peuple ivoirien en particulier, la présence de Laurent Gbagbo au sommet France-Afrique de Cannes en février 2007 serait une gifle assenée aux visages de tous ceux et celles qui luttent tous les jours pour la renaissance de la Côte d’Ivoire et une insulte suprême à tous ceux et celles qui sont morts en octobre 2000, en septembre 2002, en novembre 2004, pour que vive Laurent Gbagbo et que son fauteuil de président démocratiquement élu soit sauvé. S’il veut rester cohérent, s’il ne veut pas se voir coller l’étiquette de françafricain mal aimé, mais repenti et rentré au bercail après de timides velléités d’indépendance, alors Laurent Gbagbo n’ira pas à Cannes. Au contraire, il devrait plutôt en profiter pour inviter et recevoir son homologue rwandais Paul Kagame à Abidjan, pour une visite d’Etat les 15 et 16 février prochains. Un contre-sommet de l’Afrique nouvelle, de l’Afrique digne, de l’Afrique libre. Cela donnerait un signal fort à ses adversaires comme à ses partisans. Cela aurait du cachet, du panache. On n’en attend pas moins de lui.» (Mahalia Nteby)

ABOBO ET ANYAMA: Ces fiefs du RDR à Abidjan sont devenus des synonymes de la chute d’Alasssane Dramane Ouattara dans le paysage politique ivoirien. Le Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire et vice-président du Front Populaire Ivoirien au pouvoir, Mamadou Koulibaly, à travers des meetings et missions de paix à répétition, a réussi à saper durablement la mainmise du Rassemblement des Républicains sur les populations à majorité nordistes et musulmanes de ces communes d’Abidjan en leur démontrant de façon convaincante la culpabilité de la France et de ses hommes de mains (Ouattara, Bictogo, Compaoré) dans la crise que traverse la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002. Une vraie bérézina pour Ouattara, qui perd ainsi la «chair à canon» qu’il comptait lancer aussi bien à l’assaut des urnes que de la rue.

BUDGET: Mot apparemment inconnu des cercles du pouvoir en Côte d’Ivoire. Charles Konan Banny, l’improbable premier ministre désigné par «la communauté internationale», a gouverné en 2006 sans avoir fait voter son budget par les élus du peuple, devant lesquels il est pourtant redevable. Cette situation impensable ailleurs est toutefois tolérée par le président ivoirien et encouragée par ladite «communauté internationale». Parce que tout le monde, à part le peuple, y trouve son compte ?

CHIRAC: Ce qu’il y a de doux, dans la période préélectorale française, c’est qu’elle sonne l’heure du bilan. «Depuis quatre décennies, Jacques Chirac avance sous la bannière de la duplicité: il nous trompe sur lui-même et se trompe sur la France. Son œuvre porte un nom: le déclin français». (Denis Jeambar, directeur de ‘L’Express’). «L’exception chiraquienne est ailleurs: plus qu’aucun de ses devanciers, l’héritier autoproclamé du gaullisme a usé des moyens de la présidence pour préserver sa personne et son pouvoir, pour s’épargner le prix de ses fautes. Il a orchestré son irresponsabilité – pénale et politique – comme un débiteur sans scrupule organise son insolvabilité.» (Hervé Gattegno, journaliste de ‘Le Monde’). «Chirac […]. L’histoire d’une tragédie personnelle, devenue, sur la fin, une tragédie nationale.» (Franz-Olivier Giesbert, directeur de ‘Le Point’). Puisque les intellectuels français eux-mêmes ne retiennent des douze années de présidence de Jacques Chirac que deux ans d’échec avec Alain Juppé, cinq ans de cohabitation forcée avec les socialistes, trois ans d’échec avec Jean-Pierre Raffarin et deux ans à jouer au roi-fainéant observant les guerres de succession, comment diantre se fait-il que des chefs d’Etat africains tels Abdoulaye Wade, Omar Bongo ou Denis Sassou Nguesso aient encore aujourd’hui le petit doigt sur la couture du pantalon, toujours prompts à exécuter les ordres d’un individu qui n’est, d’après ses propres concitoyens, doté d’aucune colonne vertébrale intellectuelle ? Mystère et boule de gomme. Mieux vaut en rire.

DESARMEMENT: Mis au centre des résolutions 1528, 1633 et 1721 du conseil de sécurité de l’organisation des Nations Unies statuant sur la Côte d’Ivoire, le désarmement est demeuré un mythe. Un peu comme l’énigme du Triangle des Bermudes ou le monstre du Loch Ness. Tout le monde en parle, mais personne ne l’a jamais vu. «On fait la guerre quand on veut. On la termine quand on peut», disait Machiavel.

EUROPE: Alors que le vieux continent tout entier est confronté à la problématique des flux migratoires venus du Sud, causés par la pauvreté résultant du pillage éhonté des ressources et matières premières africaines par l’ancienne puissance coloniale hexagonale en Afrique noire dite francophone, l’Europe ne semble pas prête à se désolidariser de la France, qui bénéficie seule des avantages de la spoliation, alors qu’elle en partage allègrement les désagréments avec le reste des pays européens. Tant que l’Europe ne fera pas pression sur l’Etat français pour qu’il mette fin à sa politique néocoloniale en Afrique, Lampedusa, Ceuta, Melilla ou les îles Canaries continueront de battre les records d’affluence d’émigrés clandestins en provenance du continent noir. Et les chiffres de 2006 paraitront bientôt dérisoires par rapport à ceux de l’année qui vient de commencer. Il y a toujours un revers de la médaille.

FRANÇAFRIQUE: Mis en place par Jacques Foccart et Charles de Gaulle, le système d’exploitation de l’Afrique au seul profit de la France et des quelques individus qu’elle a imposés comme potentats locaux aux populations africaines, a encore de beaux jours devant lui. Ses plus virulents défenseurs que sont Abdoulaye Wade, Blaise Compaoré, Denis Sassou Nguesso, Omar Bongo, Alassane Dramane Ouattara, Charles Konan Banny, sont tous parties prenantes dans la crise éburnéenne. L’appel au dialogue direct avec la rébellion prononcé par le président ivoirien le 19 décembre 2006 semble avoir été identifié comme une opportunité unique à saisir par les réseaux francafricains, qui s’activent depuis à négocier un deal qui inclurait la présence de Laurent Gbagbo au sommet France – Afrique organisé à Cannes à la mi-février 2007, ainsi qu’une accolade avec un Jacques Chirac qu’il a humilié en résistant à tous ses coups et manipulations. La présence de Gbagbo à Cannes le 15 février serait incontestablement une défaite pour l’Afrique digne, puisqu’elle signifierait qu’une entente secrète garantissant la continuité du financement des caisses élyséennes par l’exploitation unilatérale des ressources africaines contre l’assurance de la stabilité du maintien au pouvoir du président ivoirien aura été trouvée. Qui vivra verra.

GBAGBO: Le président ivoirien, francophile, semble avoir fait siens ces mots de Charles de Gaulle: «L’homme d’action ne se conçoit guère sans une forte dose d’esquive, de dureté, de ruse.» Au grand dam de son homologue français Jacques Chirac, Laurent Gbagbo est incommensurablement doué pour la politique. Frustrant pour ses adversaires, il souffle le chaud et le froid avec habileté, déjouant les plans et complots fomentés par Chirac pour installer un laquais à sa solde à la tête de l’Etat ivoirien. Comme dans la pub Duracel, Gbagbo est un président qui dure, qui dure… Allant parfois jusqu'à désarçonner son propre camp, il applique ce précepte tiré de ‘l’Art de la Guerre’ de Sun Zi: «Rien n'est plus difficile que l'art de la manœuvre. La difficulté est de faire de la route la plus tortueuse le chemin le plus direct et tourner l'infortune en avantage.» Se pourrait-il qu’il se perde un jour dans les labyrinthes qu’il affectionne tant ?

HOMME D’ETAT: Concept trop souvent galvaudé. Il existe trois sortes d’acteurs dans le paysage politique. Les politiciens, les hommes politiques et les hommes d’Etat. Charles Konan Banny incarne à la perfection la première catégorie. Celui qui «voudrait bien mais ne pourra jamais» a réussi, en un an, à «chiraquiser» de façon pérenne l’honorable fonction premier ministérielle. Uniquement guidé par le souci de sa survie personnelle au préjudice de l’intérêt national, le grotesque Konan Banny a stylisé le favoritisme, la corruption et la connivence au rang de beaux-arts, marquant le naufrage de l’éthique politique. Il n’est malheureusement que le chef de file d’un bataillon innombrable, dont les têtes d’affiche sont entre autres Alphonse Djedje Mady, Mabri Toikeusse, Anaky Kobenan, Martine Coffi-Studer, Dramane Ouattara, Mamadou Kone… Ensuite, il y a les hommes politiques. Beaucoup moins nombreux que les précédents, il leur arrive de se souvenir qu’ils ont été élus pour servir le bien public, même si certains ne font pas totalement abstraction de l’utilisation du marchandage politique comme moyen de gouvernance. Versatiles, ils ne craignent pas d’affirmer tout et son contraire, mais ils ont quand même la volonté de faire fonctionner l’administration. Enfin, la caste la plus élitiste: les hommes d’Etat. Dotés d’une conscience afrocentriste, forgés de convictions inébranlables, ils font passer l’intérêt supérieur de la Nation avant leur destinée personnelle et savent que leur travail consiste à décider aujourd’hui de la meilleure gestion possible d’un patrimoine historique commun en posant les fondations d’un développement continu nécessaire au bien-être des générations à venir. Souvent adeptes du parler franc, ils se préoccupent aussi bien de la préservation des forêts que de la gestion des ressources minières et agricoles ou de l’éducation des esprits. Ils n’acceptent pas sans rechigner les dogmes occidentaux et se posent en garants du droit à l’autodétermination de leurs concitoyens. En Afrique, ils se comptent sur les doigts d’une main: Issayas Aferworki, Mouammar Kadhafi, Paul Kagame, Thabo Mbeki. Espérons que le cru de l’année en cours sera plus dense que celui de 2006.

INITIATIVE PPTE: Une dette est-elle soutenable lorsque son service prive les populations locales de santé et d'éducation ? Pour le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, la logique de l’initiative qui vise à rendre la dette des pays pauvres très endettés (PPTE) «soutenable» en ramenant la valeur de la dette à 150% des revenus d'exportation et qui aboutit inévitablement à une course à l'endettement – un pays réussissant à se désendetter est exclu de l'initiative alors qu'un pays laxiste s'endettant accroît ses chances d'accéder à un allégement – est imparable. Et plus les projections à moyen terme des experts du FMI sont totalement irréalistes, mieux ça vaut, surtout si elles sont couplées à des conditionnalités politiques et économiques contre-productives servant uniquement les intérêts géostratégiques des pays riches. En 2006, le Cameroun, le Malawi et la Mauritanie sont entrés dans le club des pays admissibles à un allégement d’une dette qu’ils auront pris soin auparavant de démultiplier. Félicitations ! Bon retour à l’esclavage ! Tant pis pour l’intelligence et pour l’avenir !

JEUNE AFRIQUE: Le média privilégié de la Françafrique. Jetant aux orties tout ce qui lui restait de déontologie professionnelle, l’hebdomadaire «panafricain» de la rue d’Auteuil à Paris, redevenu «inintelligent» en février, s’est résolument rangé aux cotés des pourfendeurs d’un continent libre et digne. En 2006, le journal de Béchir ben Yahmed s’est illustré par plusieurs articles grossièrement manipulés et tendancieux à l’encontre du chef de l’Etat ivoirien ou de ses proches, comme son épouse Simone ou le président de l’Assemblée Nationale, Mamadou Koulibaly. Sans réussir, comme d’habitude.

KAGAME: En rompant unilatéralement ses relations diplomatiques avec la France le 24 novembre 2006, le président rwandais Paul Kagame est devenu un héros pour tous les aficionados de l’Afrique libre. Mettant fin à l’arrogance de l’Etat français qui, non content d’avoir activement participé à l’ethnocide qui décima près d’un million de vies en moins de trois mois en 1994 au Rwanda, a également instrumentalisé un juge français pour tenter de contre-attaquer Kigali qui a lancé, au premier trimestre 2006, une commission d'enquête chargée de rassembler les preuves de l'implication de la France dans le génocide comme préalable à une procédure judiciaire devant la Cour internationale de justice (CIJ), Kagame a enfin établi qu’un «petit» Etat africain ne doit pas fatalement se soumettre à la domination française. Obligeant Chirac et Villepin à faire des contorsions ahurissantes pour tenter de renouer le dialogue avec lui. Sans succès, pour l’instant.

LIAISONS EMERGENTES: Le sommet sino-africain de Beijing, avec son taux d’affluence record de chefs d’Etat et de gouvernement, a non seulement flanqué un coup de vieux aux sommets France-Afrique, mais également rendu anodine la mascarade françafricaine pudiquement rebaptisée sommet ‘Afrique-France’ pour tenter d’éviter les amalgames immanents à ces petites rencontres entre un maitre (la France) et ses vassaux (les états africains). A Beijing, point de relations de domination ou d’ingérence dans la politique intérieure des Etats, mais plutôt la recherche d’une franche collaboration commerciale au bénéfice des deux parties. Triomphe garanti. Et puisque quelques chefs d’Etat du continent ont enfin compris que l’extraction des pays africains de la chape de plomb du sous-développement passe inéluctablement par le renforcement d’une coopération Sud-Sud, le premier sommet Afrique-Amérique du Sud a été organisé quelques semaines plus tard à Abuja, au Nigeria. Les nouveaux amis ont la côte !

MAHMOUD: Avec Hugo Chavez du Venezuela et Evo Morales de Bolivie, le président iranien a donne un sacré coup de jeune au mouvement des pays non alignés. Alors que les états occidentaux pensaient pouvoir comme d’habitude s’arroger le droit de décider que ce qui est bon pour eux ne l’est pas pour les autres, Mahmoud Ahmadinejad leur a fait savoir, tout en au long de l’année 2006, que cette époque était révolue. Il a continué à développer son programme de nucléaire civil, en dépit de toutes les menaces et sanctions agitées par un occident qui, lui, ne se gêne pas pour démultiplier la création d’usines de production d’énergie nucléaire et possède la bombe atomique. Pendant ce temps, après s’être gaussé du président des Etats-Unis George Bush à la tribune de l’assemblée générale des Nations Unies à New York, Chavez continuait la raillerie en faisant distribuer 35 millions de litres de fioul vénézuélien à prix cassé à 45.000 familles défavorisées des quartiers pauvres du Massachusetts. Evo Morales quant à lui renationalisait les sociétés gazières et pétrolières de Bolivie, au grand dam des multinationales occidentales du secteur qui, après moult jérémiades, n’ont pu que se plier à la décision. Exemples à suivre.

NECROLOGIE: Un grand homme s’est éteint le 13 août 2006. Combattant de la première heure de l’indépendance africaine, Carlos Belli-Bello a brillamment lutté pour libérer son pays, l’Angola, de l’occupation portugaise, avant de s’engager sans concession aux cotés des patriotes ivoiriens dans leur résistance à la guerre menée par la France contre la Côte d’Ivoire. Décédé subitement en Afrique du Sud, suite à des circonstances pas encore totalement élucidées, cette grande figure de l’Afrique digne, qui au moment de sa mort était l’ambassadeur d’Angola en Côte d’Ivoire, sera encore longtemps pleurée à travers le continent. Explosion de joie par contre lorsque la nouvelle de la mort de P. W. Botha a été annoncée le 31 octobre 2006. Personnage pervers et révulsant, chantre de l’apartheid, celui qui a présidé l’Afrique du Sud de 1984 à 1989 et en était ministre de la Défense lors des émeutes de Soweto en 1976 s’est tranquillement éteint dans son lit à l’âge de 90 ans. La vie et la mort auront décidément été trop clémentes pour ce tyran, qui alla jusqu'à préconiser l’utilisation d’armes chimiques pour réduire la croissance démographique de la population noire. Dans un autre registre, le «godfather of soul music», l’auteur de «Say it loud, I’m black and I’m proud», James Brown, a définitivement cessé de chanter le 25 décembre. Mais il continuera de nous enchanter grâce à l’impressionnante discographie qu’il laisse en héritage à tous les mélomanes du monde.

ONU: Pendant les dix ans de direction du secrétaire général Kofi Annan, l’Organisation des Nations Unies a perdu beaucoup de sa superbe, mais 2006 a définitivement scellé sa vacuité sur le plan mondial qui culmine en malfaisance notoire quand il s’agit de l’Afrique. Non contente d’avoir piteusement échoué à faire cesser la meurtrière et destructrice offensive israélienne au Liban, l’ONU s’est surtout distinguée en repoussant aux calendes grecques l’entrée d’un état africain comme membre permanent du conseil de sécurité. Autre fait marquant: parvenu en fin de règne, Kofi «Bounty» Annan, tombant le masque, a décidé d’avancer à visage découvert en se jetant corps et âme dans la bataille diplomatique engagée par Jacques Chirac pour justifier sa dernière expédition coloniale en Côte d’Ivoire. Mais en dépit de toutes les basses manœuvres qu’il a initiées ou tentées de légitimer, avec l’appui de personnages abjects comme le suédois Pierre Schori (représentant spécial d’Annan en Côte d’Ivoire) ou le français Jean-Marie Guéhenno (secrétaire général adjoint en charge des opérations de maintien de la paix), Annan, comme Chirac, a tout raté. L’arrivée du coréen Ki-moon Ban à la tête de l’organisation, dont l’un des premiers actes a été d’exiger la démission de Guéhenno et son remplacement par la ministre tanzanienne des affaires étrangères, qui fut l’une des artisanes du rejet du projet de résolution française visant à enterrer la constitution ivoirienne pour enfin dépouiller l’inamovible président Gbagbo de ses pouvoirs, permettra-t-elle de redorer le blason de l’institution, dont la réputation certes peu enviable mais ô combien méritée est que «là où l’ONU passe, la paix et le développement trépassent» ?

POLLUTIONS: Août 2006 fut marqué par la première guerre chimique faite à un état africain par la galaxie conspiratrice autour de Jacques Chirac. Un navire affrété par la société Trafigura, appartenant à un homme de main de Patrick Maugein (décédé d’un cancer le 5 décembre), proche d’entre les proches du président français qui avait auparavant été épinglé pour sa participation aux détournements orchestrés dans le cadre du programme ‘Pétrole contre nourriture’ en Irak – dont l’un des acteurs principaux fut Kojo Annan, ci-devant fils de l’ex secrétaire général de l’ONU – a, avec la complicité de certains membres du gouvernement Banny, tablant à juste titre sur l’avidité ou la légèreté de hauts responsables administratifs de la place, accosté au Port Autonome d’Abidjan avec à son bord plusieurs centaines de tonnes de déchets toxiques qui ont ensuite été nuitamment acheminés et déversés dans différentes communes du district d’Abidjan, causant la mort d’une quinzaine de personnes et l’intoxication grave de milliers d’autres. Suite au tollé international soulevé par cette attaque chimique d’un cynisme sans précédent sur des populations déjà éprouvées par quatre années de crise, une société française a procédé pendant de longues semaines à l’enlèvement des déchets toxiques, qui ont pris la route du Havre, en France. Retour à l’envoyeur ? Cela n’a pas pour autant allégé le calvaire des Abidjanais, qui continuent d’être confrontés à une situation d’insalubrité sans pareil, augurant d’une seconde crise sanitaire d’envergure, la capitale économique du pays croulant sous des tonnes de détritus et d’ordures ménagères. L’Afrique-poubelle dans toute sa splendeur.

QUERELLES: Le 19 décembre, dans une adresse à la Nation, le président Gbagbo préconisait «un dialogue direct» avec la rébellion comme une des cinq articulations de son plan de sortie de crise. Immédiatement, des querelles ont éclaté dans le camp de ceux qui ont amené la guerre et fait couler le sang en Côte d’Ivoire. Après avoir vivement nié pendant des années toute collusion avec les assaillants dont Guillaume Soro a toujours été le chef visible, Ouattara, Banny, Bédié et tant d’autres se disputent pour savoir qui est le plus rebelle d’entre tous, afin de se positionner en interlocuteur unique du chef de l’Etat ivoirien. Qui a le plus de massacres à son actif ? Qui a le plus financé les achats d’armes ? Qui a fait violer le plus de femmes et d’enfants ? Qui s’est le mieux prostitué avec Jacques Chirac ? C’en serait presque loufoque, si des milliers d’innocents n’avaient pas eu à payer de leurs vies le prix de cette cupidité, duplicité et hypocrisie !

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE: L’un des thèmes les plus discutés en 2006 aura été celui du réchauffement climatique de la planète. Le chamboulement des saisons, la recrudescence de sècheresses en Afrique, des températures caniculaires en hiver, des saisons des pluies de plus en plus courtes, la fonte des glaces entrainant le relèvement du niveau des mers, la disparition d’espèces végétales et animales, la multiplication des ouragans, tsunamis, tempêtes, pluies torrentielles, inondations et autres catastrophes naturelles… Les conséquences se font déjà ressentir. Que fait l’Afrique, pendant que les Occidentaux mettent tout en œuvre pour se protéger des effets néfastes de l’émission des gaz à effet de serre ? Rien. En attendant la mort.

SOCIETES SECRETES: Une des plaies indissociables du système françafricain est la franc-maçonnerie. 2006 aura vu la réalisation d’une des œuvres les plus honteuses de l’histoire contemporaine africaine. Erigé tapageusement à la gloire de la Françafrique, le mausolée de Savorgnan de Brazza, immigré d’origine italienne qui servit de façon sanglante la colonisation française en Afrique, a été financé (à hauteur de plusieurs milliards de francs CFA) et inauguré en fanfare par tout ce que l’Afrique compte d’hommes politiques d’obédiences maçonniques: Ont ainsi assisté ou été représentés les présidents Denis Sassou Nguesso, Omar Bongo Ondimba, Francois Bozize, Paul Biya…Des rumeurs persistantes font état de la présence de franc-maçons patentés parmi les proches conseillers du président ivoirien. Sachant que Jacques Chirac appartient lui aussi à cette ‘société secrète’, cela expliquerait-il en partie les innombrables revirements et inerties de Laurent Gbagbo dans la gestion de la crise qui secoue son pays depuis cinq ans? Dérangeant.

THABO MBEKI: Figure de proue de la Renaissance africaine, le président sud africain a encore une fois prouvé toute l’étendue de son savoir-faire politique. Suite à sa médiation, des élections ont enfin pu se tenir en République Démocratique du Congo, qui ont reconduit Joseph Kabila à la tête du pays. Après avoir opportunément clos sa médiation dans le dossier ivoirien juste avant que l’Afrique du Sud n’accède au conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre non permanent élu pour deux ans, Mbeki, de par sa connaissance approfondie et juste de la crise éburnéenne, s’est imposé à la communauté internationale comme référence incontournable à consulter dès qu’il s’agit de la Côte d’Ivoire. Un contrepoids de taille à la mainmise française sur l’Afrique noire dite francophone, à la grande irritation de Jacques Chirac, qui ne peut cependant plus se permettre d’attaquer frontalement le géant sud africain, comme il l’avait fait à Dakar en 2005. Nkosi Sikelel’iAfrica!

UNION AFRICAINE: Comme sa grande sœur onusienne, l’Union Africaine a quasiment failli sur toute la ligne en 2006. Sa médiation, dirigée par le président en exercice, le congolais Denis Sassou Nguesso – porté par défaut à la tête de l’organisation à la place du Soudanais El Bechir suite à des pressions internationales – a lamentablement échoué en Côte d’Ivoire, alors que la situation au Darfour échappait totalement au contrôle des soldats envoyés sur place par l’organisation. En 2006, force est de constater que l’Union Africaine n’est qu’un ramassis d’intérêts individuels qui se côtoient sans la moindre intention de jamais se rejoindre, qu’elle est donc totalement inutile et ne sert qu’à engloutir des fonds qui pourraient être utilisés à bien meilleur escient par les états membres.

VOCABULAIRE: En 2006, à la lueur de la crise ivoirienne, la locution «ex» a pris une nouvelle dimension. «Ex» sert désormais à désigner quelque chose ou quelqu’un qui a encore cours, qui relève de l’actuel. Ainsi, les média français et francafricains, a contrario de toute réalité, ont constamment qualifié les assaillants de la Côte d’Ivoire «d’ex-rébellion» et se sont acharnés à parler de «l’ex-Assemblée nationale», pourtant toujours en activité. Grâce à Konan Banny, qui a remis «le train» à l’ordre du jour comme moyen de locomotion infaillible pour arriver à la paix, «concomitamment» a été le mot le plus en vogue l’an passé, ce qui aura au moins permis aux écoliers et lycéens de savoir qu’il s’écrit avec trois «m» et un «t» au milieu. Enfin, l’année 2006 a vu l’arrivée d’une nouvelle expression: «kagamer quelqu’un», en africain moderne, signifie donner un coup de boule diplomatique à un individu ou un Etat a priori plus puissant que soi. Un peu comme Zinedine Zidane l’a fait avec Marco Materazzi pendant la finale de la Coupe du Monde 2006 sur un plan sportif. Ou Paul Kagame qui, en rompant unilatéralement les relations diplomatiques avec la France en novembre dernier et en laissant un maximum de 24 heures à l’ambassadeur français pour quitter le sol rwandais, a montré encore une fois toute la force d’une dignité africaine que l’on aurait pu croire perdue à jamais.

WASHINGTON: 2006 aura été une année meurtrière pour l’armée américaine en Irak. Plus de 3.000 soldats US ont perdu la vie entre Bagdad et Bassorah, venus participer à l’occupation d’un pays indépendant, conséquence d’une guerre visant à assurer aux Etats-Unis le contrôle des ressources pétrolières irakiennes. En parallèle, on décomptait environ 56.000 victimes civiles irakiennes. La sanction est venue de l’intérieur pour le républicain George Bush: il a été désavoué de façon cinglante par le peuple américain lors des élections de mi-mandat en novembre et son parti a perdu aussi bien le Sénat que le Congrès, tous deux passés sous contrôle démocrate.

XOF/XAF: La double dénomination internationale de la monnaie de la zone CFA a soulevé des questions pertinentes quant au bien-fondé de l’unicité de la dévaluation infligée à taux égal aussi bien à l’Afrique de l’Ouest qu’à l’Afrique Centrale par la France en 1994. Car à l’époque, la situation économique de la zone ouest africaine était bien plus florissante que celle de ses voisins d’Afrique centrale et elle n’aurait en aucun cas du subir une dévaluation de 100% de sa monnaie. Sauf si cela servait les intérêts de la France. Et s’il a fallu douze ans pour que des citoyens africains s’y intéressent, ce laps de temps leur aura tout au moins permis d’étudier la question sous tous ses angles, ce qui a résulté, en 2006, à un tir groupé d’interrogations et de remises en cause des instruments économiques d’asservissement de l’Afrique, de la monnaie en passant par le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale, l’Organisation Mondiale du Commerce jusqu’aux mécanismes de l’aide, de la dette et du compte d’opérations ouvert par les banques centrales des régions concernées auprès du Trésor français. Esprit, hâte-toi lentement, mais sûrement.

YAYA GNEGNERI TOURE: Comme son frère Kolo et ses coéquipiers de la sélection nationale réunie autour du capitaine Didier Drogba, l’international ivoirien de l’AS Monaco a disputé la finale de Coupe d’Afrique des Nations au Stade militaire du Caire le 10 février 2006. Même si les Eléphants ont perdu le match face à l’équipe nationale égyptienne portée par quatre vingt mille supporters fanatiques, ils n’ont pas démérité en ne s’inclinant qu’après une haletante séance de tirs au but (4-2), qui se terminera par un sacre des Pharaons. Forts de cette belle performance, les ivoiriens ont ensuite pris part, pour la première fois de l’histoire éburnéenne, à la Coupe du monde de football en Allemagne, compétition dont ils ont été éliminés au premier tour. Rendez-vous pris pour 2008, au Ghana (CAN) et en 2010, pour la coupe du monde qui se jouera pour la première fois sur le sol africain, en Afrique du Sud.

ZONE DE CONFIANCE: Occupée par l’armée française sous le fallacieux prétexte d’instaurer un espace-tampon empêchant les affrontements militaires entre les rebelles au Nord et l’armée républicaine au Sud, cette zone, consacrant la partition de la Côte d’Ivoire, est de facto devenu un lieu de non droit, où les soldats de la force française Licorne sèment l’insécurité en y régnant en despotes, livrant les villageois qui résistent aux assaillants à leurs bourreaux, quand ils ne commettent pas eux-mêmes les pires exactions imaginables. Laurent Gbagbo a proposé sa suppression comme élément de son plan de sortie de crise en décembre. On attend de voir s’il va effectivement passer à l’acte et procéder à l’effacement de cette balafre qui défigure le pays en 2007.

Bonne année 2007 !

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, le 23 janvier 2007 

 

Publié dans Grands dossiers

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orossa 26/01/2007 23:54

Je ne me laisserais pas décevoir par GBAGBO
S'il venait à aller à la réunion des corrompus sanguinaires en France
IL ya KAGAME, il ya MBEKI, il y aura d'autres
VIVE LA COTE D IVOIRE
VIVE LES IVOIRIENS
VIVE LES PATRIOTES
VIVE L AFRIQUE
Bravo à toi Mahalia  et Merci
 

DINDE Fernand 24/01/2007 12:56

L'abecedaire de Mahalia:La revue-analyse froide et brillante d'une professionnelle! Un regard critique et rigoureux sur l'actualité 2006,avec un style d'un charme et d'une esthétique toute féminine.

Entièrement d'accord avec vous,Chère Mahalia,que si le Président GBAGBO se rend,le 15 Février 2007,à Cannes, au prochain sommet malicieusement rebaptisé Afrique-France,il aura GRAVEMENT trahi notre combat.Le combat de l'Afrique digne.
Il ne doit pas s'y rendre,ne serait-ce que pour envoyer un signal clair à l'affreuse nébuleuse françafricaine et un message à tous les dignes fils de l'Afrique.Nous le regardons.Qu'il prouve qu'il est un grand homme.

Pour ce qui est du réchauffement climatique et du déchainement des forces de la nature en 2006,lisez les dossiers "HAARP" et "Projet HAARP" sur Google et vous serez édifiée sur la monstuosité de la conspiration scientifique et technologique qui a cours,en ce moment dans le monde,à ce sujet,et dont vous êtes à mille lieux de vous douter.

Que DIEU vous bénisse!

DINDE Fernand.
dindefernand@yahoo.fr