L’intelligentsia française et la politique africaine de la France

Publié le par Mahalia Nteby


"Voltaire parle à un parti, Molière parle à la société, Shakespeare parle à l’homme."
(Victor Hugo In "Littérature et philosophie mêlées")

D’Abidjan à Bangui, en passant par N’Djaména, la politique de Chirac en Afrique est faite de contorsions et de grands écarts qui désarticulent la diplomatie française. L’actualité de ces trois capitales constitue le triptyque de ce que la France chiraquienne s’efforce de présenter comme une politique cohérente en Afrique. Quelle relation entre la France et l’Afrique Chirac laissera-t-il en héritage à son successeur ? Quel niveau d’enlisement connaîtra l’armée française en Afrique en mai 2007 lorsque le locataire de l’Elysée rendra les clés ? Et pour les africains qui s’interrogent sur le lourd silence de l’intelligentsia française, quel sera le bilan des douze ans du régime chiraquien, et quelle perspective pour l’avenir ?

Commençons par une mise en scène de Voltaire face au Code noir. Candide et Cacambo rencontrent un nègre au bord d'un chemin, il leur raconte sa misérable vie qui se résume à peu de choses. Ses malheurs sont dus à un Négrier blanc. Il s’agit d’un extrait de Candide de Voltaire présenté ainsi par Claude Lamirand sur son superbe site
www.action-libérale.org.

"En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. "Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ? -- J'attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. -- Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ? -- Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : "Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère." Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible."

I - La logique militaro affairiste des accords de coopération

Ca y est, nous y sommes hélas ! Les fronts brûlants s’ouvrent en Afrique les uns après les autres, aussi bien pour l’armée française, qui n’a pas su muer sa mentalité afin de s’affranchir des avatars de ses expéditions coloniales, que pour la diplomatie française qui a toujours été en Afrique au second plan derrière les militaires, depuis le temps où l’Afrique était l’affaire du ministère des colonies et de l’armée coloniale. La diplomatie française laisse souvent aux militaires et au ministère de la défense l’initiative d’impulser l’orientation dans les relations de la France avec ses anciennes colonies d’Afrique. C’est une vieille tradition qui remonte au général de Lattre de Tassigny qui, en 1951, alors qu’il était haut commissaire en Indochine organisait le Groupement des Commandos Aéroportés (GCMA) qui sera le bras action des services spéciaux français pour attiser les haines tribales auprès des différentes populations, d’organiser les milices tribales, et de soutenir les maquis tribaux et les guérillas ethniques dans les arrières du Vietminh.

La diplomatie française en Afrique est une diplomatie à coloration militaro affairiste. Elle est balisée par l’institution militaire et entretenue par les affairistes de tout poil, politiques et civils. Ceux des diplomates français en poste en Afrique, qui ont encore un sens de ce qu’est l’art de la diplomatie doivent bien se sentir à l’étroit dans la camisole de force, que leur impose la politique chiraquienne. Le crépuscule de la très vraisemblable prochaine fin du pouvoir élyséen de Chirac s’accompagne d’une cascade d’engagements directs de l’armée française sur les terres de ses ex-colonies. Que veut exactement Chirac en Afrique ? Un embrasement général de l’Afrique francophone avant son départ ? Battre le record rwandais de Mitterrand ? Comme beaucoup d’africains, des proches collaborateurs de Chirac, déboussolés par une politique aventureuse et incohérente, se posent également la question.

Depuis que l’armée française est entrée en conflit ouvert contre le peuple ivoirien, les africains ont senti venir le dérapage incontrôlé de la politique chiraquienne en Afrique. Ils se sont interrogés sur la volonté de la France de créer des foyers de tension sur le continent, et sur la capacité de la France à pouvoir maintenir simultanément plusieurs fronts militaires dans les pays de son ‘pré carré’ africain.

Aujourd’hui, les africains ont la réponse à ces interrogations qu’ils exprimaient, à la fois comme une mise en garde à la France chiraquienne et comme une exhortation à voir Chirac revenir à la raison pour un type de relation avec la France acceptée par les africains. La réponse de Chirac est claire et sans ambiguïté. Le type de relations que la France chiraquienne veut développer avec les pays africains est un rapport de force qui impose la soumission. Mais l’Afrique moderne a déjà tourné le dos à la soumission. Irrévocablement. Et qu’on se le tienne pour dit.

Lorsque Chirac déclare que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie, propos sur lesquels l’auteur n’est du moins jamais revenu pour en atténuer l’effet ou pour le reformuler de manière moins choquante, il est honnête avec lui-même et exprime le fond de sa pensée politique. Depuis qu’il est à l’Elysée, ses actes et sa politique à l’égard de l’Afrique sont en parfaite conformité avec cette déclaration. Aussi, s’engage-t-il brutalement contre tous ceux qui aspirent à plus de liberté, dans le silence complice de l’intelligentsia française.

II - Mais où sont donc passés les intellectuels français ?

En dehors des périodes électorales où le peuple sanctionne ses premiers responsables politiques par un renouvellement ou un retrait de confiance, la caractéristique distinctive des grandes démocraties se traduit également par la capacité des citoyens à s’opposer à leurs dirigeants à travers des publications, des conférences et des manifestations publiques, lorsque la politique menée en leur nom ne trouve pas un écho favorable dans leurs propres convictions. Ceci est vrai pour la politique intérieure et aussi pour celle qui est menée à l’extérieur du pays.

Les citoyens américains ont souvent montré, même en dehors de toute période électorale, qu’ils ont la capacité et la volonté de peser significativement sur la manière dont le pouvoir exécutif conduit la politique étrangère de leur pays. C’est ainsi qu’ils se sont fortement mobilisés contre la guerre au Vietnam et plus récemment contre la nature de l’évolution de la guerre en Irak. Cette implication directe des citoyens dans la politique ne manque pas de porter des fruits qui font infléchir les positions prises par l’exécutif. Et parfois, les thèmes de politique étrangère dominent largement les campagnes électorales aux USA. Les sujets de la Reine d’Angleterre ne sont pas en reste pour protester contre ce qu’ils considèrent parfois comme des écarts dans la politique étrangère de leur gouvernement. Pour ne citer que ces deux grandes Nations.

En revanche, en ce qui concerne la France, également une grande Nation, quand il est question de sujets relatifs à l’Afrique, il y a comme une espèce d’harmonie entre la classe politique française et les intellectuels français, pourtant connus pour être très portés sur la critique contre leurs dirigeants politiques. On connaît la capacité de mobilisation et la fronde des intellectuels français lorsqu’ils veulent défendre des positions sur des grands sujets. Ils savent s’opposer aux actions gouvernementales. De mai 68 à la dernière crise du Contrat Première Embauche de de Villepin, les exemples ne manquent pas. Avec l’Afrique noire ces intellectuels changent de prisme. Ils agissent comme s'ils ne voient rien. Et quand ils voient, parce qu'ils sont contraints de faire face à la sordide réalité qui est la nôtre à cause de leurs hommes politiques, ils s'arrangent toujours pour ne jamais remettre en cause le système de la très désastreuse politique africaine de la France. Ils préfèrent plutôt désigner un coupable individuel maladroit qui réussi mal à la tâche.

Ainsi, après la rejet du projet de résolution française, la presse hexagonale a été quasi unanime à dénoncer l'incompétence de Chirac, qui n'arrive même plus à faire passer une résolution concernant un ''micro Etat'' africain, mais aucun de ces mêmes organes et aucun intellectuel ne s'est offusqué, ne serait-ce qu'une seconde, du fait que ledit projet de résolution présenté par l'Etat français, en octobre et novembre 2006 devant les pays membres du conseil de sécurité, réclamait la suspension de la Constitution d'un Etat souverain reconnu par l’Etat français et la prévalence des résolutions d'une organisation internationale sur la Loi fondamentale de Côte d'Ivoire.

Même scénario aujourd'hui avec la rupture unilatérale des relations diplomatiques du Rwanda avec la France. Encore sous le choc de la rapidité d'action et de la fermeté dont Kagamé a fait preuve, les médias français ont commencé à sonner le hallali sur le juge Bruguière - qui le mérite bien -, en faisant mine de ne pas savoir que celui-ci a agi sur ordre et, plus grave, en ignorant totalement les accusations de participation au génocide portées à l'encontre de l'Etat français. Bien embarrassés par la remise sous les projecteurs de l'actualité de ce sinistre épisode de leur récente histoire, les medias français utilisent, avec un semblant de pudeur, le conditionnel quand il s'agit d'évoquer l'activisme de la cohabition miterrando-chiraquienne dans cet ethnocide ou même de s’étonner devant le nombre de victimes : plus d’un million de morts en moins de cent jours. Un record.

En dehors de quelques voix françaises, célèbres mais très isolées, qui s’élèvent pour dénoncer ce que fait Chirac en Afrique, généralement, à des exceptions près, la presse française maquille la vérité sur ce qui se passe en Afrique, même lorsque l’Etat français pose ouvertement des actes de guerre. Tout se passe comme si les intellectuels français buvaient comme du petit lait la propagande que les politiques français exhibent au sujet des africains, sur la base de caricatures et de clichés réducteurs. Les africains, dénoncent déjà depuis plusieurs années les graves conséquences que produit la politique menée en Afrique par la classe politique française. Mais, les intellectuels français sont silencieux et donnent l’impression de ne pas se sentir concernés par ce qui se déroule sous les tropiques. Point de publication critique de la politique gouvernementale en Afrique et point de manifestation dans les rues pour marquer une désapprobation, même lorsqu’il est clairement établi que des hélicoptères de l’armée française tirent à la mitrailleuse sur des civils sans arme en Côte d’Ivoire, ou que les responsables politiques français sont accusés de manière insistante de complicité dans un génocide au Rwanda. L’intelligentsia française se mure dans un silence qui hurle, à la Ponce Pilate ‘Tuez-les, mais que leur sang ne nous éclabousse pas !’ Mais cela les exempt-il pour autant de leur responsabilité ?

Les Africains se posent la question sur ce qu’est devenue la France de Montesquieu ou celle de Robespierre sous le régime de Chirac. Les universitaires et les hommes de culture français, ont-ils autant de mépris pour les africains au point d’entrer en conflit avec leur propre conscience, en se bouchant les oreilles, les yeux et la bouche ? La Méditerranée et le Sahara qui séparent la France de l’Afrique noire ne privent pas les intellectuels français des images et des informations qui proviennent des villes et des campagnes africaines. Quel est ce malaise qui ronge l’intelligentsia française au point de la rendre atone sur un sujet aussi important que les drames que produit la politique française en Afrique? Hier le Rwanda, aujourd’hui la Côte d’Ivoire, et dans une autre mesure, le Tchad et la Centrafrique. Malgré cela, les rues françaises sont silencieuses et calmes, les centres de conférence n’abritent pas des colloques sur le drame qui se déroule en Afrique. Seule la dimension humanitaire des choses semble susciter un intérêt dans la société civile. Parce que secteur porteur ? Personne ne s’exprime vigoureusement en France d’une voix audible pour interpeller les politiques français afin de les mettre face à leur responsabilité. Comment la France peut-elle espérer regagner le coeur des africains si les politiques français n’ont aucune sanction électorale en conséquence de la politique dévastatrice qu’ils mènent en Afrique ? En se taisant, l’intelligentsia française donne carte blanche à sa classe politique pour que les conditions se réunissent dans le but de concourir à l’exécution d’autres événements innommables, comme au Rwanda. Les campagnes électorales se suivent en France et personne ne soulève la question des rapports de la France à l’Afrique. Personne ne demande des comptes à l’Elysée. Comment les intellectuels français peuvent-t-ils autant décrier la politique intérieure de Chirac, à travers une panoplie de publications et occulter systématiquement les drames que Chirac provoque en Afrique ? Les rares fois que l’Afrique est évoquée, c’est pour effleurer la question des détournements des fonds publics au profit de la françafrique. Rien de fondamental sur la politique elle-même. Aucune action significative n’est initiée pour combattre une situation qui dure depuis les années 60, pour ne pas remonter plus loin dans l’histoire. Même mai 68, période de toutes les contestations, n’a pas ouvert la voie à une critique de la politique française en Afrique. En ne levant pas le petit doigt pour soutenir la lutte des africains qui réclament leur liberté, les intellectuels français sèment dans l’esprit des jeunes africains les graines de l’ivraie.

Et pourtant, ceux des africains qui sont passés dans les universités et les grandes écoles françaises ont été forgés aux vertus de la critique, ils ont admiré la pensée française qui a magnifié et universalisé les droits de l’Homme proclamés peu avant en Amérique. Ils savent que les intellectuels français sont humanistes et respectueux des lois universelles. Alors comment expliquer cet immobilisme des universitaires et des hommes de culture français, quand les africains crient leur colère contre Chirac et sa Françafrique ? Que les intellectuels français gardent à l’esprit que les livres d’histoire moderne ne sont plus écrits par des coopérants français pour l’enseignement des jeunes africains. L’histoire est désormais écrite par des africains, avec des images et des sons à l’appui, selon la réalité des faits. Quel rapport survivra entre les intellectuels français et leurs homologues africains, quand l’Afrique aura gagné sa liberté sans le concours des universitaires et des hommes de culture français ? L’intelligentsia française, n’est-elle pas en train de se laisser submerger lamentablement par son ignorance, son indifférence et le mensonge d’Etat sur un pan important de l’histoire politique contemporaine?

Sans négliger d’autres explications probables, et sans oser envisager la possibilité d’une explication encore plus cynique de type racisme intellectuel, on peut néanmoins penser que les intellectuels français ont honte de leur classe politique au point de se couvrir la tête pour ne pas voir et savoir l’ignominie des tragédies que Chirac provoque ou entretient dans les pays africains. Se déclarer frappé de cécité et de surdité, peut offrir aux universitaires et aux hommes de culture français, un confort psychologique et s’avérer un bon moyen pour ne pas se sentir comptable de ce qui se fait pourtant au nom de tous les français. Une telle attitude dans le pays de Malraux est incompréhensible pour les africains.

Hier, les africains ont donné leur vie pour sauver la France occupée, aujourd’hui, les français font comme si cela n’avait jamais existé. Ne parlons même pas des exécutions systématiques du style camp de Thiaroye au Sénégal. Même pour donner une pension décente aux rares anciens combattants encore vivants, il aura fallu attendre soixante ans ! Peut-on dans ces conditions être surpris qu’un président de Conseil Général, de surcroît socialiste français, traite publiquement les harkis de sous-hommes et déplore qu’il y ait neuf joueurs noirs sur onze dans l’équipe de France de football ? La question est lancinante, mais elle se pose d’elle-même.

Un jour viendra où les peuples africains poseront des questions aux universitaires et aux hommes de culture français, mais aussi au peuple, français. Où étiez-vous quand tout cela se passait ? Pourquoi n’avez-vous rien fait, rien dit pour aider les africains à retrouver leur dignité ? Qu’avez-vous fait du capital universel que Rousseau et Bastiat vous ont confié ? Il faudra alors trouver une explication convaincante pour que les ivoiriens comprennent pourquoi ils n’ont pas été assistés afin de pouvoir repousser les rebelles qui ont attaqué les institutions de la République, malgré les accords de défense qu’ils ont signés avec la France.

III - Les accords avec la France ? Un papier à valeur unidirectionnelle

Quand elle le veut, la France sait faire les choses selon les normes. C’est pourquoi, avec certains pays africains elle a signé des accords de coopération militaire, et avec d’autres elle a signé des accords de défense, compte tenu de l’intérêt économique que représente chaque pays aux yeux de la France. Avec les accords de défense que la Côte d’Ivoire a signés, l’Etat ivoirien était en droit de bénéficier de l’engagement au combat des militaires français afin de défendre son territoire. C’est à ce titre que Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d’Ivoire, a sollicité en septembre 2002 l’intervention de l’armée française en vue d’aider l’armée ivoirienne à repousser de rébellion (constituée par des d’ivoiriens et des étrangers) venue essentiellement du Burkina, du Mali, du Liberia et de la Sierra Leone. Ces rebelles faisaient peser une menace grave et imminente sur les institutions républicaines ivoiriennes. Cette requête était d’autant plus fondée, qu’en plus de l’accord la France dispose d’une base militaire à Abidjan avec en permanence 600 à 800 hommes, dont la présence se justifie par la volonté supposée d’une exécution rapide dudit accord en cas d’urgence. Bien sûr qu’on ne peut pas reprocher à Chirac de ne pas aimer Gbagbo. Il ne s’en cache d’ailleurs pas et le manifeste même ostensiblement à chaque fois qu’il en a l’occasion. En revanche, le peuple ivoirien en veut particulièrement à Chirac d’avoir refusé l’exécution d’un engagement contractuel qui aurait évité à la Côte d’Ivoire plusieurs années de douleurs et de pillages.

Pourtant, depuis que les accords de défense ont été signés en 1961, septembre 2002 était la première fois que la Côte d’Ivoire allait jouir des droits issus de ces accords, alors que la France de son côté a toujours tiré les bénéfices commerciaux produits par les effets de ces accords. Chirac a préféré faire de la France un Etat sans parole. Un Etat qui renie sa propre signature. C’est terriblement honteux pour la France et tragique pour les ivoiriens. La Côte d’Ivoire s’en souviendra ! Comme elle se souvient que dans les débuts des années 90, la France balladurienne avait sous le second septennat de Mitterrand, refusé d’appliquer les accords monétaires et financiers pour imposer une dévaluation du Franc Cfa.

Autre pays, autre théâtre d’opérations. Nous sommes au Tchad, où le pouvoir en place fait face à une rébellion armée, venue de l’extérieur, dit-on. L’Etat tchadien appelle la France à la rescousse. Demande légitime. Seulement voilà, la France n’a pas d’accord de défense avec le Tchad, les deux pays n’ont qu’un accord de coopération militaire. Donc la France n’est pas supposée s’engager dans un combat pour défendre le Tchad. Mais que fait Chirac ? Il met en action les avions de combat Mirage F1 contre les rebelles. Tant mieux pour l’Etat tchadien, mais cette intervention n’a aucune base légale, du moins au regard de l’accord de coopération militaire, moins engageant pour la France que ne l’est l’accord de défense.

En Côte d’Ivoire, Chirac renie la signature de la France et fait le minimum en matière d’assistance militaire, alors que l’accord de défense contraignait l’armée française à l’engagement au combat aux côtés des militaires ivoiriens. Au Tchad, il outrepasse les droits que lui confèrent les accords de coopération militaire que la France a signé. A la place d’un accord de défense, Chirac applique les engagements d’un accord de coopération militaire, et vice-versa. Quelle est la cohérence politique que l’on peut déduire de ces deux cas de figure ? Tout se résume pour Chirac à faire comme bon lui semble, avec la complicité de la classe politique française dont aucun de ses acteurs n’a élevé la voix pour demander à Chirac les fondements de cette politique de deux poids deux mesures. Le régime de Chirac continue de discréditer la France aux yeux de ses partenaires en Afrique. Même les dirigeants politiques africains qui semblent en accord avec la Chiraquie s’interrogent à voix basse sur l’attitude qu’aurait Chirac au cas où leur pouvoir venait à être menacé. Il semble même, selon des rumeurs très insistantes, que certains d’entre eux cherchent discrètement des appuis ailleurs, loin de la France, malgré leur lune de miel avec Chirac. Sait-on jamais ! Et ils ont raison ; paroles d’ivoiriens. Nous en savons quelque chose.

La diplomatie française n’a jamais été aussi malmenée que sous la présidence de Chirac. Entre les ambassadeurs français qui passent devant les tribunaux pour trafic de visas, à l’image des malversations qui ont entaché le système Chirac de l’Hôtel de ville à l’Elysée, et ceux qui se refusent d’être le porte-voix du président de la République française, on peut plaindre la posture inconfortable qu’inflige le régime Chirac à ce corps de prestige de l’administration française.

En tout état de cause, les expériences actuelles démontrent que les accords que signent les Etats africains avec la France semblent n’avoir aucune espèce de valeur, dès lors que Chirac en fait une application à géométrie variable. Il reste à chaque pays africain de s’exercer pour déterminer les variables qui orientent les modalités d’application des accords qu’il signe. Souhaitons à chacun d’entre eux beaucoup de courage et de plaisirs.

IV - Retour en arrière et risques d’enlisement

L’arrivée de Chirac au pouvoir a mis un coup de frein à l’effet produit en Afrique par la disparition du bloc soviétique et la chute du mur de Berlin. L’espoir suscité par la mondialisation et l’ouverture politique est mis à rude épreuve. La démocratie dans les Etats francophones d’Afrique connaît un recul. Les pouvoirs africains, tenus à bout de bras par Chirac, se replient sur eux-mêmes et renforcent leur emprise dictatoriale sur leurs populations. Le temps avance et les choses semblent s’empirer. Plus les années du régime chiraquien s’allongent, plus Chirac durcit sa politique à l’égard des africains. Là où les africains lui demandent du respect et de la considération, Chirac rétorque qu’il aime l’Afrique. Mais les africains ne veulent plus de relation basée sur les sentiments paternalistes et la passion aveugle. Ils ne veulent plus de Chirac l’Africain, ils auraient voulu que Chirac le français leur rende des comptes. Ils réclament une relation de raison. Ils ne veulent ni charité, ni solidarité avilissante. Ils exigent un partenariat. Ils ne quémandent plus de l’aide, ils veulent commercer de manière équitable. Est-ce vraiment trop demander à la France ?

Au lieu de tout cela, Chirac préfère l’usage de la force. Abidjan, N’Djaména, Bangui, les capitales africaines renouent les unes après les autres avec les actions militaires de la France sur le sol africain. Combien de fronts de belligérance Chirac compte-t-il laisser en activité avant de quitter l’Elysée par une poterne ? Au lieu de développer une relation saine avec l’Afrique, Chirac s’évertue à braquer les peuples africains contre l’Etat français. Pour ce qui concerne l'interventionnisme militaire français au Tchad et en Centrafrique, peut-on vraiment passer sous silence le fait que ces deux pays regorgent de ressources pétrolières? Les médias français sont très forts pour le faire, mettant plutôt en avant le coté humanitaire de la chose, et à longueur de journaux télévisés, ils nous parlent de la ''situation intolérable des ces pauvres déplacés de guerre''.

Jacques Chirac est dans l’erreur et il se méprend sur l’Afrique d’aujourd’hui. Sur tout le continent, il ne suscite que rejet de la part de la jeunesse. Sa politique est brutale et sans finesse diplomatique. Le régime de Mitterrand a accompagné "l’inavouable" au Rwanda, selon l’expression de Patrick de Saint-Exupéry, mais c’est le pouvoir chiraquien qui exaspère l’Etat rwandais, au point que les dirigeants de ce pays préfèrent rompre les relations diplomatiques qui lient le Rwanda à la France. Chirac fait plus de tort à la France et à l’Afrique, qu’un éléphant ne ferait de dégâts dans un magasin de porcelaines.

Une grande démocratie, c’est aussi celle qui sait trouver dans ses institutions, et au sein de son peuple, les ressorts nécessaires pour corriger des choix qui n’offrent pas, à la pratique, les perspectives espérées. En acceptant de faire une autocritique de leur politique en Irak, les institutions américaines donnent à la France de Chirac et au monde une grande leçon de démocratie et du sens de l’Etat. Les institutions françaises, la classe politique française et l’intelligentsia française n’ont pas encore montré cette dimension de leur démocratie. Que Chirac sorte de son enfermement et qu’il corrige le cap de ses erreurs en Côte d’Ivoire avant qu’une autre catastrophe ne vienne enliser davantage l’armée française. Ce serait un bel exemple pour les Etats africains qui s’inspirent si souvent des institutions françaises. Chirac impose à l’Etat de Côte d’Ivoire, le dialogue avec les rebelles, mais Chirac refuse de dialoguer avec son homologue Gbagbo. Il n’est pas trop tard pour que Chirac retrouve la raison d’une logique claire obscure.

La perspective de ce que l’histoire retiendra des douze ans de la présidence chiraquienne, se dessinera selon les derniers actes que Chirac compte poser en Côte d’Ivoire d’ici la fin de son mandat. Quant à l’avenir des relations de la France avec la Côte d’Ivoire, immanquablement, il sera durablement marqué par la manière dont la crise actuelle trouvera une fin. Peu importe le temps que cela prendra, la crise ivoirienne finira par connaître un dénouement. Il vaut mieux pour les intérêts de la France que l’Etat français accompagne cette fin plutôt qu’elle se présente sans lui. Le moment venu, le peuple ivoirien, davantage averti par cette crise, saura trier le bon grain de l’ivraie. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous en convaincre ici et ailleurs en Afrique.

Pr Mamadou Koulibaly in Le Courrier d'Abidjan, 16 Décembre 2006

Publié dans Politique africaine

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BOODDHA 09/04/2009 13:26

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REGARD CRETOIS 1990 1 2 N 1
1991 3 4 P 49
1992 5 6 P 62
1993 7 8 P 38 N 8
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SUIT4E TITLE COMPLICE KATE MOSS JUS JURIDTISCHE SCHULUING ZEITSCHRIFF FUR STUDIUM REFERENDARILA 521 624 6 2003 P 537 COMPUTER BETRUNG ET JURISSTEN ZEITNUG 2007 22 1061 1112 P 1062 CORPORATE GOVERNEMENT ET DIEM 1 1 52 2004 JOURNAL OF INTERNATOON ARBITRATION 22 3 2005 P 240 GIE EUROMISSILE
BETRIEBS BERATER 40 2008 P 2134 SQUEEZE OUT
4 2007 P 190
LATIN AM PERPESCT 2000 27 ISS 110 112 P 112 IMEDIATE CRISIS
REVUE SCIENYTIFIK FR GRETSI CNRS 2002 19 3 P 172
16 3 P 215
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AIR COSMOS 2140 P 18
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africavox.com 24/02/2007 18:12

L’Afrique s’exprime

 
 

Bonjour,
 

 
 

Vous avez beaucoup à faire partager sur l’Afrique d’aujourd’hui, sur les évolutions de nos sociétés et du Monde.
 

 
 

C’est à ce titre que nous invitons à témoigner de vous-même sur africavox.com, de vos interrogations et de vos analyses sur le devenir de nos sociétés, à exprimer vos aspirations sur votre communauté, votre pays, notre continent.
 

 
 

Africavox.com est un média participatif, que nous lançons en mars prochain.
 

 
 

Portail  éditorial multilingue (anglais, français, espagnol, portugais, arabe) dédié aux Afriques, africavox.com a trois objectifs fondamentaux :
 

 
 

-          Apporter une vision africaine de l’actualité du continent et de ses diasporas à l’international.
 

 
 

-          Fédérer les Afriques autour d’une approche nouvelle et citoyenne de l’interactivité avec les informations.
 

 
 

-          Accroître la production, la diffusion comme la réception des flux d’informations de qualité sur les Afriques.
 

 
 

Aujourd’hui, africavox.com invite l’Afrique à s’exprimer telle qu’elle le désire !
 

 
 

Média d’un genre nouveau, Africavox est d’abord l’Internet des gens. Généré par vous, africavox.com vous ouvre ses colonnes. Qu’importe qui vous êtes, seules comptent la qualité et la pertinence des informations que vous apportez.
 

 
 

L’information, c’est vous qui la détenez, à vous de faire l’actualité, à vous de la faire partager !
 

 
 

Si vous souhaitez vous investir dans le premier média citoyen des Afriques, rejoignez nous et faites nous parvenir vos productions. Plusieurs rubriques vous permettent de vous exprimer et les fils RSS apporteront plus de visibilité à votre blog. Nous attendons vos articles ! Une invitation vous sera bientôt  envoyée pour  découvrir la version bêta d’africavox.com.
 

 
 

Pour en savoir plus sur le contenu éditorial et obtenir plus d’informations,  n’hésitez pas à nous contacter.
 

 
 

Africavox.edition.france@gmail.com

Mahalia Nteby 01/04/2007 23:06

Bonne chance dans votre entreprise

AMADOU DIARRA 08/01/2007 22:57

Détrompons-nous, la politique africaine de la france est d\\\'un consensus total  de toute la classe politique, militaire et intellectuel de ce pays. politique qui consiste à piller les ressources de l\\\'Afrique pour la survie de la france qui n\\\'a ni ressources minières, ni pétrolières , ni  forestières. sans ce pillage , sans la franceAfrique,sans la francophonie ,sans la soumission de certains de nos chefs d\\\'etat ,et sans leur soutien aveugle ,la france n\\\'est qu\\\' une puissance moyenne, un pays raciste et xénophobe(élection de le pen au 2ètour),
Vive l\\\'Afrique libre

DINDE Fernand 29/12/2006 14:11

Sublime analyse du Pr Mamadou KOULIBALY! Il faut véritablement que prenne fin ce paternalisme morbide de la France pour les pays africains! Nous ne demandons que notre indépendance,après plus de 40 ans de tutorat avilissant.Comme tous les peuples dignes de la terre.Rien de plus!