Simone

Publié le par Mahalia Nteby


La journaliste Mahalia Nteby réagit à la campagne de dénigrement engagée par l’hebdomadaire Jeune Afrique contre la Première Dame de Côte d’Ivoire, Simone Ehivet Gbagbo.

21612 caractères, titre, espaces et nom de l’auteur inclus. 21612 caractères de trop. Affligeant Cheick Yérim Seck – comme d’habitude, pourrait-on ajouter. Peu avant le vote de la résolution 1721 par le conseil de sécurité de l’ONU, alors que je jouais tranquillement au Lido, le son de la télévision me parvenait depuis la pièce voisine. Une émission où des “journalistes experts du sujet” passaient en revue l’actualité africaine de la semaine. N’en pouvant plus d’ouïr les inepties débitées plus particulièrement par l’un des intervenants, je me suis levée pour aller voir qui était et à quoi ressemblait cette version africaine de l’oncle Tom. Cheick Yérim Seck. Il m’était enfin donné de mettre un visage et une voix sur des écrits. Moi qui avais toujours souhaité pouvoir personnaliser le concept de “l’Africain colonisé jusqu'à l’os et fier de l’être” (prière donc de se garder de toute compassion), on peut dire que j’ai été exaucée !

Quand la “vraie Simone Gbagbo” nous est contée par Cheick Yérim Seck, on sent tout de suite qu’il peine à trouver matière à remplir le contrat pour lequel il a été mandaté, et qui consiste à faire de la Première Dame ivoirienne une espèce de sosie d’Agathe Habyarimana, mastermind du génocide rwandais revenu sous les projecteurs de l’actualité au grand dam de l’Etat français, qui y a activement participé. Voyant son vaisseau prendre l’eau de toutes parts à cause de sa nuisible politique en Afrique, le capitaine du bateau France s’est dit que tant qu’à devoir être confronté simultanément aux actes de guerre commis au Rwanda et en Côte d’Ivoire, autant en tirer partie pour faire couler avec lui le maximum de personnes qui lui ont résisté. Sous la plume de Cheick Yérim Seck, “Simone” se transforme donc en une intégriste chrétienne despotique, autoritaire, cassante et rugueuse, au visage lourd, au caractère trempé, qui n’utilise généralement sa voix imposante que pour appeler à l’éradication des musulmans par diatribes interposées. Pour essayer de donner une touche crédible à toutes ses déblatérations, il distille des scènes de vie quotidienne de la présidente du groupe parlementaire du Front Populaire Ivoirien, histoire de bien montrer qu’il sait de quoi il parle. Encore heureux qu’il nous ait épargné la couleur des sous-vêtements de “Simone”. On se demande bien d’ailleurs ce qui l’en a empêché.

Mais quelles sont les références de Yérim Seck en matière de Premières Dames ? Avec qui a-t-il donc comparé “Simone” ?

Avec Zanele Mbeki, qui a mis sa vie au service de la lutte de l’African National Congress (ANC), parti qui a victorieusement – mais à quel prix – combattu le régime raciste de l’apartheid et qui est au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud ? De cette femme, qui a fondé la Women Development Bank, spécialisée dans l'émancipation économique des femmes au moyen de prêts et d'aides aux femmes créant des micro-entreprises ou des commerces en zones rurales, et qui siège aujourd’hui encore au sein de son conseil d’administration, son époux, Thabo Mbeki, actuel président sud africain, dit fièrement : “Je crois qu'elle est plus capable que moi en tout”, sans que pour autant il ne soit suspecté d’une quelconque atrophie de sa virilité.

Ou peut-être avec Hillary Rodham Clinton, épouse du 42ème chef de l’Etat américain, aujourd’hui sénatrice de l’Etat de New York et potentielle candidate à la Présidence des Etats-Unis en 2008 ? Avocate de renom n’ayant pas sa langue dans la poche, elle fut nommée conseillère du président américain en charge des questions de santé par son mari, après son accession à la magistrature suprême en 1992. Bill Clinton a été jusqu'à faire de l’implication politique de sa femme dans son équipe un des plus savoureux slogans de la victorieuse campagne pour sa réélection en 1996 : “Vous votez pour un, vous en gagnez deux”. Son autorité pour diriger le pays et sa capacité à gérer son foyer ont-elles pour autant été remises en question ? Que nenni !

Si les écrits de Cheick Yérim Seck reflètent bien le niveau et l’obédience du journal qui les publie, ils sont par contre loin de faire honneur au continent dont il est issu. Mais, comme chaque fois qu’il commet un article télécommandé contre Laurent Gbagbo ou un membre de son entourage (qui ne se souvient pas de l’édition avec la splendide photo de Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée Nationale Ivoirienne, “dangereux idéologue du régime”, en couverture ?), Yérim Seck obtient tout le contraire de l’effet escompté. Grâce à lui, l’épouse du président ivoirien, qui est en fait appelée “Tatie”, et non “Simone” comme il l’affirme, ne peut que plaire. Il dessine en filigrane le portait d’une dame courageuse et militante, qui a toujours refusé le rôle de femme-potiche et ne s’en laisse pas conter. Une personnalité politique forte, qui tire sa légitimité du suffrage universel auquel elle s’est soumise et qui lui a donné son statut d’élue du peuple. Une citoyenne ivoirienne fière de son pays, qui s’intéresse et participe activement à sa vie politique, sociale et intellectuelle. Une personne cultivée et érudite, sobre et sûre d’elle. Une mère et une épouse exemplaire, partenaire de qualité pour le président de la République ivoirienne. Une femme d’Etat, influente et décomplexée, qui n’a pas peur d’appeler un chat un chat et de risquer sa vie pour faire triompher son idéal de toujours : une Côte d’Ivoire libre et autodéterminée au sein d’une Afrique digne. Une femme inébranlable qui croit en ses propres aptitudes, en son mari, en Dieu, en son pays, au continent Noir. On est bien loin de la mission initiale de Yérim Seck. A tel point qu’il en arriverait presque à nous faire douter : le “bounty” scribouilleur à qui, souhaitons-le, un de ses amis offrira peut-être une édition de “Peau noire, masque blanc” de Franz Fanon pour Noël, émargerait-il finalement au Palais du Plateau à Abidjan ?

Un adage populaire dit que derrière tout grand homme, il y a une grande femme. “Simone” n’est pas derrière son homme, mais se tient fièrement et loyalement à ses cotés. Pour le salarié d’un journal qui n’est plus Intelligent, l’indépendance et l’égalité, sous toutes leurs formes, ne sont pas acceptables. Aliéné de l’esprit, il est nostalgique de l’époque où le Noir était jeté enchaîné dans les cales des négriers, fouetté aux sangs dans les plantations. Il voit avec appréhension les Africains se dresser contre un maître par lui adulé et laisse transparaître un profond regret de voir que la femme ait été autorisée à sortir de la cuisine ou de la buanderie dans laquelle elle aurait du demeurer confinée. Une Première Dame africaine, d’après lui, a tout juste le droit d’organiser des galas, de couper des rubans et de dépenser silencieusement, mais ostensiblement, l’argent du contribuable de son pays dans les boutiques et bijouteries chics de la Rue Cambon ou du Faubourg Saint Honoré à Paris. Il est donc évident que Cheick Yérim Seck ne peut pas s’accommoder de Simone Gbagbo. Qu’il soit sans crainte. Nous lui laissons très volontiers ses Viviane, Edith, Chantal et Antoinette. Il peut toutes les garder, cadeau. Tant que “Tatie”, c’est pour nous, tout va bien en Côte d’Ivoire !

Mes chaleureuses salutations à toutes les Simone, d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, 14 Décembre 2006

Publié dans Edito

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Tene Sop 14/12/2006 23:21

Je salue cette replique à ces balivernes de Check Yerim Seck, cet autre esclave qui mérite ses chaînes!
Simone c'est une autre Winnie Mandela, cad une femme de combats et de convictions qui déteste prendre Air France ou le Grumann présidentiel, pour aller acheter ses pâtes dentifrices à Paris  ou à New York! Et nous l'aimons pour ca! Ne parlons même pas de ses  tenues 100% ivoiriennes qui mettent en relief sa silhouette si gracieuse...
 
 

orossa 14/12/2006 18:44

MERCI MAHALIA,
J’apprécie votre travail qui est conscient, rigoureux, qui me permet et à tous les autres de construire un esprit critique et d'enrichir nos connaissances
Je suis vraiment impressionnée par la passion de la lutte qui vous anime et qui amplifie votre ardeur au travail de journaliste
Dans la rue où je travaille, depuis lundi, je vois cette pub de ce magazine   françafricain et après avoir lu le Matin d'Abidjan, j'ai compris le venin contenu dans ce torchon raciste et colonialiste  mal nommé jeune Afrique
MME Simone GBAGBO est une grande dame,
Merci de nous rappeler que Simone GBAGBO combat auprès de son mari et du peuple ivoirien une mafia françafrique raciste colonialiste, esclavagiste
LONGUE VIE  A SIMONE GBAGBO
LONGUE VIE A LAURENT GBAGBO
VIVE LE PEUPLE LIBRE  PATRIOTE DE COTE D IVOIRE
VIVE L AFRIQUE 

moya 14/12/2006 09:30

Pour pouvoir sortir un esclave de son état d'esclave il faut que ce dernier soit conscient de son état d''esclave !autrement on ne peut même pas l'aider à en sortir . C'est le cas de ce triste cheick yérim seck ! heureusement que la majorité des africains ont une autre opinion d'eux même . et alors, je plainds sa bonne femme ou devrais-je dire sa femme bonne .