Le réveil de Soundjata ?

Publié le par Mahalia Nteby


C’est ce qui s’appelle donner un vigoureux coup de pied dans la fourmilière. Depuis dimanche soir, le président de la République ivoirienne semble s’être décidé à agir comme l’exige sa fonction. Serait-ce le contagieux virus Kagame ? Quelques soient les raisons qui l’y ont poussé, les actes nécessaires posés par Laurent Gbagbo étaient attendus depuis longtemps, il convient donc de les saluer.

Après avoir envoyé valser dans les hortensias le conseil d’administration et le très éphémère Directeur Général de Fraternité Matin, Léon Francis Lebry - installé au forceps par la “bannysienne’’ ministre déléguée à la Communication – et dont le règne n’aura même pas duré un mois, Laurent Gbagbo persiste et signe en décapitant la direction rebelle de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI). Kébé Yacouba, dehors. Le conseil d’administration, dissout. La télévision d’Etat était devenue l’un des principaux outils de désinformation de la rébellion, censurant tout ce qui portait le label républicain ou patriotique. Le documentaire de Sidiki Bakaba, “La victoire aux mains nues’’, retraçant l’histoire de la Côte d’Ivoire de l’indépendance aux douloureux événements de novembre 2004, censuré. Les meetings de la paix du président de l’Assemblée Nationale dans les fiefs du RDR, censurés. Les commémorations en l’honneur des victimes tombées pour la liberté de la patrie, censurées. Les débats sur des livres révélant l’implication de la France dans le conflit ivoirien, censurés.

Fraternité Matin, avec son hallucinante formule “ni neutre, ni partisan’’, pour laquelle l’ancien directeur général Honorat de Yedagne méritait d’être éjecté depuis belle lurette, s’est mué en un insipide vecteur de vide abyssal qui ne vaut même plus le papier sur lequel il est imprimé.

Les mots sont importants. La France a mené une guerre médiatique impitoyable à l’Etat de Côte d’Ivoire depuis que la tentative de Jacques Chirac de renverser Laurent Gbagbo a échoué. A la faveur des compromis concédés ci et là par le président éburnéen, les principaux organes de presse de l’Etat ivoirien sont tombés dans l’escarcelle des assaillants.

Pour couronner la prise rebelle de la Bastille médiatique républicaine, Konan Banny a nommé une françafricaine pure souche comme ministre déléguée à la Communication. Martine Coffi-Studer n’a toujours existé que par et pour la Françafrique. En la nommant pour chapeauter les medias ivoiriens, Banny pensait pouvoir dormir sur ses deux oreilles. Mais Coffi-Studer, comme tout ce qui œuvre pour la néocolonie, n’est pas très talentueuse. Vacillant entre puérilités mensongères (peut-on oublier l’inénarrable minerve qu’elle exhiba après s’être faite soit disant gifler par un journaliste de la RTI qui refusait d’obéir à ses ordres douteux) et actes illicites comme le limogeage illégal – mais ô combien mérité de de Yedagne – elle a toujours tout faux. Aujourd’hui, sur ordre du président de la République, Coffi-Studer est sommée d’abjurer tous les actes qu’elle a posés en tant que bras armé de Banny. Dur doit être le chemin de Canossa.

Réjouissons-nous donc, citoyens ! Mais pas trop. Que Banny n’arrive pas à la cheville de Gbagbo n’est un scoop que pour celui qui a vécu sans interruption sur Mars ces dernières années. Le lilliputien politique venu de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) s’est une fois de plus couvert de ridicule – qui aurait cru qu’il pouvait encore surpasser ses dernières sorties burlesques ? Ce n’est pas tout de vouloir jouer les gros bras, encore faut-il disposer des muscles nécessaires pour impressionner l’adversaire. Chez Banny, c’est en vain que nous les cherchons. De biceps et triceps, point. Beaucoup de graisse, mais cela n’a jamais vraiment fait peur à personne. Banny est venu pour plaire. Mais il ne fait plus l’affaire. Bye bye, mein Herr !

Maintenant, il s’agit pour Laurent Gbagbo de montrer qu’il sait aussi affronter le vrai ennemi de la paix en Côte d’Ivoire. La France. Soundjata semble être sorti de sa torpeur. Des actions déterminées, déterminantes et irrévocables s’imposent. “Si les Ivoiriens ne veulent plus de Licorne, alors Licorne partira sans condition’’, a fanfaronné il y a quelques jours le nouveau Chef d’Etat Major de l’Armée française en visite en Côte d’Ivoire, certain que comme d’habitude, Gbagbo ne saisira pas la perche tendue. Le moment est donc venu de prouver à Chirac que toutes les bonnes choses ont une fin. L’homme à la barre en Côte d’Ivoire doit regarder Chirac les yeux dans les yeux et lui dire de partir. Lui dire que les temps ont changé et que rien ne sera plus comme avant. Qu’il a le choix entre partir maintenant pour que la France puisse revenir dans le cadre d’un partenariat redéfini au bénéfice des deux parties, ou vouloir rester à tout prix, en condamnant les relations entre les deux pays à se détériorer jusqu'à atteindre les proportions de celles franco-rwandaises actuelles. L’heure n’est plus aux décisions cyclothymiques que le président ivoirien a jusqu’ici privilégiées, déroutant tout autant ses adversaires que ses partisans. La France ne comprend qu’un langage clair, ferme et cohérent. A Laurent Gbagbo de prendre ses responsabilités et d’agir comme il se doit. Il vient de faire un pas dans la bonne direction. Espérons que le saut final ne tardera pas trop. Pour qu’enfin tous les Ivoiriens puissent se retrouver et reconstruire leurs vies, leurs villages et leur pays, afin de donner naissance à une nation forte, unie et indépendante. A jamais.

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, 29 Novembre 2006

Publié dans Edito

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

TILO 29/11/2006 18:28

J'étais désespérée,  croyant que le soutien apporté à Gbagbo était vain ! que nos frères tombés sous les balles des français en novembre pour la République et il va de soi ,pour Gbagbo était un sacrifice vain  ! J'avais cette bizarre impression  d'une foule qui suit un chef  sans savoir que leur chef  était  malheureusement tombé dans un précipice et était mort sans que ses partisans de derrière du fait de l'immensité de la foule s'en soient aperçu et qu'au final toute la foule allait inexorablement tomber dans le même précipice ! Mais  aujourd'hui j'ai  l'impression qu'e le chef ne s'était qu'évannouie  et qu'il se réveille tout doucement et que tout va changer J'espère seulement que ma 2ème impression sera une réalité seuls les prochains jours et prochaines semaines pourront m'éclairer.