Ils veulent la guerre!

Publié le par Mahalia Nteby

La froide logique est décidément le pire ennemi de la coalition qui, sous couvert de pacifisme pour les uns, de neutralité pour les autres, livre une guerre impitoyable à la Côte d’Ivoire républicaine depuis plus de quatre ans.

Qu’on considère donc sa posture d’hier à aujourd’hui ! Que disait-elle en septembre 2002 ? Que toute solution «unilatérale» devait être écartée, que tous les différends devaient être réglés par la «négociation», qu’il ne saurait y avoir de solution en dehors d’un «consensus» validé par «tous les Ivoiriens.»

C’est au nom de cette idéologie par ailleurs discutable – les pays riches n’ont jamais réglé leurs problèmes par le consensus mais par le suffrage universel, l’arbitrage démocratique sur des bases constitutionnelles – que les Ivoiriens sont allés de Lomé à Pretoria en passant par Linas-Marcoussis et les différentes réunions d’Accra. Parce que leurs termes étaient volontairement ambigus et que leurs initiateurs français eux-mêmes jouaient de leur interprétation pour faire pression sur les acteurs internes et aboutir à leurs objectifs propres, les accords de Linas-Marcoussis n’ont pas fonctionné. Parce qu’il n’était que la formalisation d’un «désaccord» et de calculs sournois, l’accord d’Accra III a accouché de la guerre.

Instruit des échecs précédents, le médiateur sud-africain Thabo Mbeki, choisi – faut-il le rappeler – par des baobabs de la CEDEAO, s’est évertué à aller le plus loin possible dans le détail, lors de la rédaction des accords additifs à ceux de Linas-Marcoussis. Afin qu’aucune interprétation tendancieuse n’occasionne des surenchères. La feuille de route issue des accords de Pretoria, ainsi que le PNDDR-RC, tranchent tous les aspects de la querelle ivoirienne. Dans le plus grand consensus.

Où est alors le problème ? Le problème, c’est le refus d’appliquer les accords les plus intégrateurs, correspondant aux équations majoritaires. Le problème, c’est la passion du passage en force. En dépit de la Constitution. En dépit des accords librement signés. Un homme symbolise ce refus, et cette féroce tendance dictatoriale : il s’appelle Charles Konan Banny. Une institution l’a accompagné pendant près d’un an dans cette dérive : il s’agit du GTI.

Dès qu’il est devenu Premier ministre, Banny s’est affranchi de la feuille de route de Pretoria, du PNDDR/RC et même de la feuille de route que le GTI a confectionnée pour lui, en catimini, et qui n’a jamais été rendue publique. Avec l’appui du GTI, protégé par l’armée française, il a préféré engager une lutte pour créer une gouvernance ad hoc.

Comment ne pas être par exemple frappé quand le GTI demande, pour la résolution qui devra remplacer la 1633, que le Premier ministre puisse nommer aux emplois civils et militaires… alors que le même GTI avait affirmé, dans un de ses communiqués, que la 1633 lui en donnait déjà le droit ? Tricherie, manip, passage en force, trahison vis-à-vis des mandants du Conseil de sécurité de l’ONU !

De quel consensus est issu «l’état-major intégré» autour duquel Banny et ses amis du RHDP ont ergoté pendant des mois, afin de bloquer le processus ? Dans quelle feuille de route les «audiences foraines» se trouvent ? Sur la base de quels textes, issus de lois ou d’accords, le ministre (rebelle) de la Justice, s’est-il fondé pour organiser son opération ?

En Côte d’Ivoire, le problème n’est pas l’absence de pouvoirs du Premier ministre, ministre de l’Economie et des Finances, ministre de la Communication, qui a placé deux proches à la Défense et à l’Intérieur. C’est l’improvisation de nouvelles règles de sortie de crise, souvent farfelues, toujours anticonstitutionnelles, jamais négociées. C’est l’attitude «asymétrique» qui consiste à demander que les revendications de la rébellion soient satisfaites au nom de la «confiance» et à refuser d’écouter les préoccupations les plus légitimes d’un camp présidentiel qui a délibérément accepté de donner à ses adversaires la quasi-totalité de la Commission électorale indépendante, la totalité des médias d’Etat, l’intégralité de la tutelle sur le monde judiciaire. Quel pouvoir africain en a fait de même, dans l’histoire du continent ?

Ceux qui militent, en Afrique et en France, pour l’humiliation perpétuelle d’un président élu au profit d’individus responsables de la guerre, donc de milliers de morts et de centaines de milliers de déplacés de guerre, ne recherchent pas la paix. L’attitude belliqueuse du RHDP – qui appelle ouvertement à un coup d’Etat sans subir la moindre mise en garde d’une communauté internationale hystérique au moindre propos malheureux d’une figure du parti présidentiel – est à cet égard très parlante. Ces gens ne désirent qu’une seule chose : débarquer le président élu par les Ivoiriens par l’usage du désordre, de l’arme diplomatique et de l’entrée en guerre d’une armée française juge et partie.

Théophile Kouamouo in Le Courrier d'Abidjan, 16 Octobre 2006

Publié dans Edito

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