Affi N'Guessan: Le syndrome Doué?

Publié le par Mahalia Nteby

Qu’est ce qui fait courir Mr Pascal Affi N’Guessan ? Depuis quelques semaines, le président du Front Populaire Ivoirien se distingue par des déclarations virulentes, des appels ouverts à la violence et des menaces à l’encontre des populations étrangères vivant en Côte d’Ivoire.

L’attitude belliqueuse de monsieur N’Guessan est autant surprenante qu’inquiétante. Affi N’Guessan a toujours représenté l’aile modérée du FPI. C’est lui qui a apposé sa signature au bas des accords de Marcoussis, alors que Mamadou Koulibaly avait claqué la porte de la réunion qui devait mettre l’Etat de Côte d’Ivoire à genoux. Il a docilement cédé sa place de Premier Ministre au sieur Seydou Diarra. Le retrouver sur une liste de potentiels sanctionnés pour entrave au processus de paix en Côte d’Ivoire est suffisamment ahurissant pour qu’on s’interroge sur les raisons profondes de ce soudain « extrémisme ».

Monsieur N’Guessan voudrait-il fournir le prétexte d’une attaque à l’armée française qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Beaucoup d’agitation, mais pourquoi, et surtout, pour qui ? Le comportement d’Affi N’Guessan n’est pas sans rappeler celui de Matthias Doué à la veille de l’opération Dignité. Des prises de paroles intempestives, des propos vindicatifs, des menaces ouvertes. Il est évident pour tout observateur averti de la crise ivoirienne que la France s’apprête à lancer une nouvelle attaque militaire contre l’homme fort de Côte d’Ivoire. Les récentes sorties des ministres français de la Défense et des Affaires Etrangères visent indubitablement à préparer l’opinion publique internationale à un remake de Novembre 2004, que les Chiraquiens espèrent cette fois couronné de succès. Mais pour à nouveau, au vu et au su de la « communauté internationale », faire rouler les chars de Licorne dans Cocody-Ambassades, où résident le Président de la République et le Président de l’Assemblée Nationale, les autorités françaises ont besoin d’un motif. Mamadou Koulibaly, « extrémiste » en chef et « idéologue » du régime Gbagbo selon Jacques Chirac et ses obligés, se distingue depuis plusieurs mois par des discours de paix. Certes, il continue de désigner l’Etat français comme responsable du chaos ivoirien et de dénoncer le Pacte colonial, mais ses missions de réconciliation avec les ressortissants du Nord sont tellement couronnées de succès que les bases du RDR s’effondrent comme un château de cartes. Charles Blé Goudé s’est fait remarquer en concluant la paix des braves avec les jeunes leaders de la mouvance rebelle. Les prises de positions de Simone Gbagbo sont quant à elles tellement ponctuées de la bonne parole évangéliste qu’il est difficile, voire impossible de continuer à la diaboliser.

Il faut donc créer un nouveau «radical », à défaut d’en trouver un tout prêt. Qui a donné à monsieur N’Guessan ses nouveaux atours « d’extrémiste » qui lui siéent si peu ? La France, en proposant son nom au comité des sanctions de l’ONU. Qui Affi N’Guessan aide-t-il en se conduisant comme un forcené ? La France.

Si Monsieur N’Guessan souhaite réellement une rapide sortie de crise, alors il serait sûrement judicieux qu’il se taise, a fortiori tant qu’il ne sera pas à même d’énoncer des choses sensées. Un sage proverbe bantou dit : « Celui qui tient un gros gourdin dans sa main n’a pas besoin de crier ». Le président Gbagbo s’appuie sur des références légales et constitutionnelles pour mener son combat pour la liberté de la Côte d’Ivoire. En sus de disposer d’arguments en béton, il bénéficie du soutien sans faille des patriotes et des Institutions. Il est également appuyé par de plus en plus de pays, agacés ou outrés par le racisme et les complots grossiers de Chirac et ses amis. La Loi, le droit et le soutien grandissant d’une opinion africaine et même plus globale lui sont acquis.

La seule chose dont il n’a pas besoin, c’est d’avoir des « proches » qui le mettent en porte à faux avec les idéaux et la méthode qu’il a toujours défendus et appliqués. La radicalisation de Monsieur N’Guessan est incongrue, inopportune et inacceptable. A moins que…

Elias Koré

Publié dans Edito

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