L'honneur perdu de Charles Konan Banny

Publié le par Mahalia Nteby

Atterrée ! J’ai longtemps cherché le mot qui convenait pour décrire l’émotion ressentie après l’allocution de Charles Konan Banny lundi soir. Un étrange sentiment chamarré, mélange de fascination et de répulsion.

Banny a voulu utiliser l’antenne de la RTI comme le charmeur de rats de Hammeln de la légende se servit de sa flûte pour envoûter les rats de la ville, qui le suivirent jusqu’à la rivière Weser où ils périrent. Seulement, le premier des ministres a occulté trois données essentielles : les Ivoiriens ne veulent pas mourir, ils ne sont pas des rats et les sons discordants de ses audiences foraines, loin de les enchanter, réussissent à faire fuir les moins mélomanes d’entre eux.

Croisement de Iznogoud (celui qui voulait devenir calife à la place du calife) et de Néron (qui mit le feu à sa propre cité de Rome), Charles Konan Banny est un être à la fois risible et dangereux. L’individu bafouillant, aux phrases inachevées, à la syntaxe tâtonnante et à l’élocution hachée qui s’est adressé à la nation ivoirienne lundi soir transpirait tellement l’incompétence qu’il serait aisé de se gausser de lui tant il était ridicule, n’eut été le fait que cette personne est celle que la France et ses affidés ont désigné pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise. Se réjouir du hara-kiri politique de Charles Konan Banny est un réflexe naturel pour tous les Africains avides de dignité, mais qui ne peut donc pas perdurer.

Car Konan Banny et ses « amis », auxquels il a si souvent fait référence dans son « discours », savent pertinemment qu’ils jouent là une de leurs dernières cartes. Si les audiences foraines version Banny ne passent pas en l’état, alors le plan ourdi par l’Elysée et mis en œuvre par Compaoré, Ouattara et leurs obligés aura définitivement avorté. La stratégie est simple : passer en force, malgré l’opposition de la majorité des Ivoiriens et du Président de la République, exacerber les tensions à fleur de peau au bout de quatre ans de guerre, de lutte, de privations et de résistance et mettre à nouveau le pays à feu et à sang, parce qu’en ce moment, on s’achemine trop sûrement vers une sortie de crise à l’avantage du peuple. Les défections massives des militants RDR et PDCI qui rejoignent en bloc le combat de Mamadou Koulibaly pour les institutions et la paix ont accru l’urgence de la démarche pyromane de Konan Banny. Mais si les autres scénaristes-interprètes de la crise ivoirienne peuvent tenter de justifier leur ignominie par leur volonté de préserver les intérêts de leurs pays, que dire de Banny ?

Lundi soir, Charles Konan Banny a perdu son honneur. Le bénéfice du doute s’est évaporé et preuve a été faite qu’il n’a pas en lui les gènes d’un grand homme d’Etat, ni même d’un grand homme tout court. Lundi soir, Charlot a pris la place de Charly. Malheureusement, c’est la Côte d’Ivoire qui trinque. Pauvre terre d’Eburnie !

Nathalie Yamb in Le Courrier d'Abidjan, 01/08/2006

Publié dans Edito

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