Les vertus du radicalisme

Publié le par Mahalia Nteby

« L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère... » (Thomas Sankara)

Monsieur Sassou Nguesso, en sa qualité de Président de l’Union Africaine, préconise donc comme solution de sortie de crise en Côte d’Ivoire de procéder simultanément à l’identification et au désarmement. Cela signifie qu’il veut rendre possible la modification de la démographie électorale en Côte d’Ivoire en permettant la naturalisation des bus entiers d’étrangers, armés ou non, venus du Burkina et du Mali, afin qu’ils puissent servir de vivier électoral au candidat soutenu par Paris. Il y a moins de dix jours, ce même Sassou Nguesso, cette fois vêtu des habits de Président de la République du Congo, a exclu la région du Pool des élections dans son pays, les rebelles qui y sont retranchés ayant refusé le désarmement avant l’échéance électorale. Si la situation n’était pas aussi grave, nous pourrions rire de voir cet individu vouloir faire avaler à son prochain un médicament qu’il refuse lui-même catégoriquement d’ingurgiter. Mais la dernière sortie du représentant de la Françafrique nous incite plutôt a redoublé d’attention et d’effort dans la lutte qui nous oppose à l’impérialisme français et à ses plénipotentiaires. En effet, il s’agit du énième stratagème que la France tente de développer pour orienter le dénouement d’une crise qu’elle a initié il y a quatre ans, afin de se débarrasser du Président Laurent Gbagbo, qui a osé remettre en cause le pacte colonial imposant la mainmise de la France sur la Côte d’Ivoire. Cette sortie est d’autant plus choquante qu’elle rend caducs tous les accords et résolutions précédemment signés ou adoptés pour résoudre la « crise ». Accra, Marcoussis, Tswane, la résolution 1633… On nous a tordu le bras pour nous les faire adopter, on nous a fait la guerre pour nous faire voter les lois en découlant, et maintenant que vient le tour des assaillants de s’y conformer, on nous dit de les ignorer !

La liberté ne nous sera jamais offerte. Nous devons la conquérir. Une liberté « octroyée », une liberté négociée est une liberté factice. La seule liberté qui tienne la route est celle qui est arrachée par la lutte des mains des tyrans et des colons. On ne fait pas de révolution en adoptant la politique du dos rond face à ses adversaires. On ne gagne pas son indépendance en faisant concession sur concession. La conquête de la liberté nécessite la reconnaissance de la beauté des angles. Il faut savoir dire non. Il faut savoir assumer son combat et le prix à payer pour parvenir à ses fins.

Ainsi que le disait Malcom X : "Il n’y a pas de révolution pacifique. Il n’y a pas de révolution non-violente. La révolution est sanglante. La révolution est hostile. La révolution ne connaît pas de compromis. La révolution retourne et détruit tout ce qui se met en travers de son chemin. Si vous n’êtes pas prêts à user de la violence, alors effacez le mot révolution de vos dictionnaires !"

Nous ne connaissons pas avec certitude la clé du succès. Mais la clé de l’échec est d’essayer de plaire à l’oppresseur. Nous ne détestons pas les français; nous détestons l’oppresseur. Et s’il arrive que l’oppresseur soit français, alors nous le détestons. Quand il arrêtera de nous opprimer, nous arrêterons de le haïr. En ce moment, en Côte d’Ivoire et en Afrique dite francophone, l’oppresseur, l’ennemi, c’est la France.

On ne peut pas plaire à tout le monde. Il faut cesser de vouloir séduire les autres. Il est important que nos leaders comprennent qu’ils doivent d’abord être aimés par leurs peuples, et non pas plaire à la France ou à la « communauté internationale ». Ils doivent s’atteler à ne pas perdre notre admiration. En 1946, nos parents et grands-parents admiraient Houphouët-Boigny. Mais dès lors qu’il a composé avec la France, le combattant Houphouët-Boigny est devenu un « collabo », dans le sens le plus négatif du terme. Il a lui-même contribué à enterrer un combat qui était le sien quelques années plus tôt. Aujourd’hui, la résistance est incarnée par Laurent Gbagbo. Qui ne devra jamais oublier qu’Houphouët-Boigny, en décidant de collaborer avec la France aux conditions des français, est devenu le fossoyeur de la Côte d’Ivoire.

Des milliers d’Ivoiriens ont perdu la vie dans la guerre que la France mène à l’Etat de Côte d’Ivoire depuis maintenant quatre ans. Il y a ceux qui sont tombés sous les tirs des français ou de leurs complices assaillants. Ceux qui ont été étouffés dans des sacs en plastique. Ceux qui ont été torturés, violés. Et ceux qui sont morts de maladie, de pauvreté, parce qu’ils ont eu la malchance de ne pas avoir pu fuir à temps les zones occupées par les protégés sanguinaires d’Alassane Ouattara et de ses donneurs d’ordre élyséens. Ceux qui sont tombés sont nos héros. Ils sont le tribut que nous avons payé pour la conquête de notre indépendance, de notre liberté. Et ils ne doivent pas être morts pour rien.

La masse populaire est souvent plus révolutionnaire que les élites. Les patriotes de tous âges et de tous horizons ont porté et continuent encore de porter les leaders actuels de la lutte de libération. Et ces derniers doivent veiller à ne pas se laisser distancer par leur base. Ainsi que l’exposait le président de l’Assemblée Nationale Mamadou Koulibaly : « La Côte d’Ivoire doit savoir que le combat qu’elle mène dépasse les limites de ses frontières et que les résultats, quels qu’ils soient, auront des répercussions sur la vie des autres pays francophones. En cela, elle a une responsabilité de leader. En cela, la Côte d’Ivoire a une obligation de résultat ».

Evidemment, nous voulons la paix. Si possible. Mais tout aussi naturellement, nous ferons la guerre. Si nécessaire. Nos ennemis sont tous ceux qui proposeront ou accepteront des compromis relevant du tabou inadmissible. Notre salut réside dans la clarté de nos exigences et de notre lutte. Comme l’a dit Kwame Ture (Stokely Carmichael) « Je suis pour l’Afrique. Quiconque cause du tort à l’Afrique, je lui marche dessus sans pitié et sans compassion. »

«Mieux vaut la mort que l’esclavage !» (Extrait de « Soundjata, Lion du Mandingue » par Laurent Gbagbo)

Nathalie Yamb in Le Courrier d'Abidjan, 10/04/2006

Publié dans Edito

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