Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Bluff

Lettre à Jean S.

 


Cher Jean S.

Je voudrais exprimer par la présente toute ma solidarité. Je vous ai observé, tel un bébé phoque échoué sur la banquise de la vie publique recevoir les coups de gourdins de la populace déchainée. Je vois encore vos yeux m’interpeller d’un « m... mais, pourquoi ? » innocent et déchirant. Alors me voici. Si la classe médiatico-politique a su se mobiliser pour défendre quelques pédophiles bien introduits dans le milieu, j’aimerais être celui qui - pour une fois - défendra l’enfant que vous êtes, virgule, demeuré.

Et quoi de plus tendre, de plus émouvant qu’un enfant sans Défense ?

Oui, je sais. On dit que vous êtes « bien né » et on vous reprocherait presque que le hasard de la vie vous ait donné comme père un homme qui a été élu P. de la Ré. Mais sachez-le, Jean S., moi je vous aime bien, tout fils de P. que vous êtes.

Et il faut être vraiment aveugle pour ne pas reconnaître les qualités qui font de vous un être d’une autre trempe. Une trempe que j’aurais été fier de vous filer moi-même, n’en déplaise aux envieux, car je sais combien vous la méritez, cette trempe.

23 ans… ah le bel âge. Et dire qu’il y a cinq ans à peine, vous n’aviez même pas le droit de voter. Mais que de choses apprises, en si peu de temps ! Qu’ils raillent ! Qu’ils gloussent : car que connaissent-ils, tous ces montreurs du doigt, des affres ressentis lorsqu’il faut passer pour la énième fois par la case départ d’une année d’études ? Eh oui, tellement de choses apprises aux côtés de son papa.

- Jean …
- Oui, p’pa ?
- je veux que tu prennes la direction de la Défense.
- Ok. Je tourne au feu et on y est dans 10 minutes.
- (Soupir... Eh ben c’est pas gagné... Sa mère avait raison au moins sur un point...)

Des causes perdues, Jean S., j’en ai connues. Mais vous êtes probablement une des plus grandes causes perdues que la France d’en haut ait jamais pondue dans ses poulaillers d’acajou. (et dire que je ne sais toujours pas s’il faut faire concorder "pondue" ou pas)

Cela dit, je regrette amèrement que vous ayez renoncé à briguer la tête du quartier d’affaires de la Défense. En effet, je ne vois pas au nom de quoi certains vous reprocheraient votre candidature. Dans notre belle et vivante démocratie, n’importe quel clampin de passage peut se « déclarer » candidat à quelque chose. Et alors ? OU est le problème ? Le problème n’est pas dans la candidature, Jean S. Le problème est dans le résultat de l’élection.

On a un peu trop facilement oublié que si vous (Jean S.) étiez candidat, c’est que ces messieurs (les membres du conseil d’administration de l’EPAD) allaient voter pour vous. Vous entendez ? Ils allaient le faire !

En retirant votre candidature, Jean S. vous avez privé la France du spectacle grandiose, grandiloquent, grotesque et Omar Bongoesque d’un conseil d’administration composé de « responsables » de haut niveau baisser leurs pantalons jusqu’aux chevilles, caleçons avec, pour élire le fils légèrement post-pubère du Boss à la tête d’un des plus gros centres d’affaires en Europe.

J’aurais aimé voir capter sur vidéo - et pour la postérité, avec la liste des noms et tout - cette tribu de singes en costumes trois pièces en train de vous élire avec moins d’états d’âme que de préliminaires en pleine saison de rut.

Car le scandale, le véritable scandale, n’est pas votre candidature, Jean S… Le véritable scandale, c’est que votre candidature n’a pas été accueillie au sein du C.A. par quelques sourires amusés - avant de passer à des choses plus sérieuses...

Le véritable scandale, donc, c’est que ces types aient pu prendre votre candidature au sérieux.

Le véritable scandale, c’est qu’ils allaient vous élire, ces cons.

Et l’autre véritable scandale, celui qui me donne le vertige, c’est qu’ils sont toujours en place.

Et vous me demandez encore, Jean S., d’où vient cet étrange sentiment que plus rien n’a de sens dans la France d’aujourd’hui ?


Viktor Dedaj
Marianne2.fr
23 Octobre 2009

Recommander

Samedi 25 avril 2009 6 25 04 2009 21:19



Au moment où le Cameroun s’empiffrait à prix d’or de l’opium Vatican dont le
lourd passif dans le tragique chapitre colonial de l’Afrique n’est plus à présenter, Madagascar vivait l’une de ces dramaturgies dont le dénouement se veut à la fois inédit et classique dans un continent rendu aux allures insidieusement apocalyptiques.

Les manifestations avaient débuté depuis trois semaines à Madagascar quand je décidai de m’intéresser résolument à l’évolution des événements. Et le déclic eut lieu par un après-midi, à la suite d’un échange avec un promotionnaire natif de la Grande île et résidant à Tananarive. D’un air sentencieux, Rabenarison m’avait alors livré une affirmation plutôt chargée d’insinuations. Ecoute Badiadji, confia-t-il, nous savons ce qui se passe ici à Tana. Je te confirme que quand RFI et France24 annoncent le chiffre de manifestants pro-Rajoelina, il faut diviser ce chiffre au moins par quatre pour espérer s’approcher de la réalité. Quand elles annoncent quarante mille, comme c’est si souvent le cas, c’est à peine s’il y en eut dix mille, conclut-il.

A quoi cela rime, bon sang ? Derrière les propos, la conviction d’un résident. A supposer que ce soit vrai ! A quoi joueraient donc ces organes audiovisuels des plus écoutés et regardés du beau monde dit francophone ? Que gagneraient-ils à surestimer le nombre de manifestants acquis à un agitateur visiblement sorti de nulle part, artificiel, tout frêle et hésitant, apparemment engagé dans un mouvement voué à faire long feu ? A priori, rien. Africa N°1 et BBC distillent pourtant des chiffres du même ordre ! Et qu’en est-il des médias nationaux ? RFI et France24 seraient-ils victimes d’une campagne de discrédit destinée à porter atteinte à une aura qui se veut affirmée sur le continent ?... Toujours est-il que si ces deux organes audiovisuels n’ont officiellement pas pour vocation de défendre les intérêts de la France, exceptée celle de promouvoir la langue française, ils n’ont pas non plus cette vocation d’indexer encore moins de décrier, les sinistres turpitudes et exactions d’un pays auquel ils appartiennent et dont dépendent surtout les moyens financiers nécessaires pour le moins à leurs fonctionnements. Ils sont pour ainsi dire des médias d’informations et de reportages aseptisés, des médias de divertissements voire de diversions, et que sais-je encore ? Sauf bien entendu des médias engagés ; enfin, à moins qu’il s’agisse de ces circonstances dites inacceptables, celles qui mettent notamment en péril les "intérêts supérieurs", à l’instar de la piraterie au large des côtes somaliennes… Quoi qu’il en soit dans le cas précis de Madagascar, je me devais avant tout de laisser libre cours à la stricte expression des données au fil d’un mouvement que je pensais alors sans portée déterminante, éphémère. C’était évidemment loin d’imaginer que l’armée avait résolument pris fait et cause en faveur de l’illégalité !

Chargé de mission, Norbert Ratsirahona, l’ancien Président de la Haute Cour constitutionnelle malgache, est à la manœuvre pour légaliser la nouvelle donne à Tananarive. Et il entend s’appuyer exclusivement sur son sens de professionnalisme ainsi reconnu, pour mener à bien la noble et exaltante responsabilité qui récompense logiquement une carrière bien étoffée : Il ne faut pas qu’on se voile la face, reconnaît-il volontiers. Aucun article de la Constitution ne prévoit ce genre de transfert du pouvoir. Mais, précise-t-il, je ne dirai pas que c’est anticonstitutionnel, je dirais que c’est extraconstitutionnel, car une délégation de pouvoir est toujours prévue quelque part. En outre, ajoute-t-il, ce n’est pas inédit, cela s’est déjà produit en 1972 et à l’époque, la Haute Cour constitutionnelle n’avait rien dit. L’important est de respecter l’esprit de la Constitution et de revenir à la stabilité et à un climat apaisé.

Du grand art !!! Assurément une prestation de haute voltige, digne des prouesses tropicales...

En ce moment d’épilogue de deux mois d’un feuilleton tragique au cours duquel l’apparente apathie de la communauté internationale en dit assez sur sa complicité active, il est ici d’un impératif affligeant qui s’impose à moi, mais je me dois de l’accepter et de l’assumer ; comme il en est le cas, à l’occurrence de ces événements dénués de tout sens, où les intérêts sordides des flibustiers sans foi ni loi priment sur les destins d’innocents, insidieusement sacrifiés par millions sur l’autel d’une funeste doctrine qui se veut toujours sans visage, anonyme.

Avant de se joindre aux timides réactions du concert international, et peut-être du fait d’un lapsus diplomatique qui en dirait un tant soit peu sur l’euphorie d’une victoire déjà acquise, la France dont Madagascar fut l’une des colonies, si ce n’est encore le cas, s’est empressée de trouver longue la période de deux années de transition fixée par le nouveau poulain des lieux. Entendez ici, le caractère irréversible d’un coup d’Etat bel et bien consommé !... Ping quant à lui, désormais en prise avec l’encombrante et caustique autorité du leader de la Jamahiria, fait profil bas et semble accorder toute la priorité au Soudan où, bec et ongles, il se démène tel le Sisyphe des temps modernes, à dépêtrer El-Béchir de l’épineux collier estampillé CPI, désormais bien loti autour du cou du potentat. Le mandat est une menace pour la paix, assure-t-on du côté de l’UA. Quid donc de l’activité de l’Union quand le dictateur-génocidaire et ses milices janjawids massacraient âmes par milliers, et faisaient millions de déplacés et réfugiés ?... S’il est une qualité constante de l’UA depuis sa création, c’est bien cette unité et cette solidarité affirmées quand il s’agit d’un de ses membres en difficulté !

A en juger par l’intensité des critiques, plus acerbes à l’encontre des juntes guinéennes et mauritaniennes, le moins que l’on puisse dire est que la communauté internationale a fait preuve de moins d’hypocrisie sur le cas malgache... Et si elle n’a pas daigné honorer de sa présence à la cérémonie de prestation de serment de l’illustre inconnu, l’ex-DJ alias TGV qu’elle vient pourtant en grande pompe de sacrer roi, sans doute savait-elle qu’une telle ultime provocation, aussi grotesque et surtout inutile, n’aurait pour effet que de dépouiller la conspiration diplomatique ourdie contre le peuple malgache, de cette relative subtilité qui la maintient encore à peine hors de portée des regards peu avisés… En guise de bonne foi ou non, et cela doit être en tout cas une avancée très positive à son actif, Ravalomanana a proposé un référendum pour le dénouement de la crise. Une offre si démocratique qui n’a pourtant nullement suscité l’intérêt des prétendus démocrates, ni à Madagascar dans les rangs de l’opposition, ni au-delà des frontières, auprès d’un concert international qui se veut toujours pacifique et ardent défenseur de l’ordre constitutionnel.

En réalité à part la formule, l’intensité de la violence et les pertes brutes enregistrées, le coup d’Etat de Rajoelina rappelle insidieusement celui du vieux briscard Sassou au Congo Brazzaville, dans un sinistre come-back on ne peut plus symbole des visés impérialistes de la France sur ses [ex]colonies. Et ce n’est sans doute pas le discours très feutré de Sarkozy à Brazzaville — une bénédiction à l’orée d’une farce électorale programmée — qui me démentirait. Et ce n’est pas non plus Bolloré, le nouveau porte-étendard de la Françafrique, qui objecterait sur une réalité des plus accablantes ! Sassou et Rajoelina ne figurent-ils pas à eux deux une nouvelle ère faite encore de tragédie sans borne, cette nouvelle ère qui voudrait qu’un Président démocratiquement élu sous le ciel des tropiques reste susceptible d’être piteusement débarqué par tous les instants, au mépris même des sacro-saints préceptes de la démocratie politique ? Finalement dans le coup d’Etat de Tananarive, la principale victime est sans aucun doute la démocratie, et pas seulement à Madagascar, mais bien au-delà, en Afrique continentale. J’ignore la portée dévastatrice de l’onde, l’avenir se chargera bien volontiers des éléments de réponse. Il est ici question de s’en tenir aux fondements et principes universels de la démocratie, à ses mécanismes unanimement admis. Et c’est surtout là que le bât blesse… Avec tout le déshonneur digne de celui que l’on réserve aux parias de tout premier ordre, Ravalomanana a été bouté loin du pouvoir, bien avant même le terme du second mandat que lui a confié le peuple malgache dit souverain… A croire que les dinosaures, eux, ne sont coupables de rien ; eux qui jouissent de cette odeur de sainteté jamais démentie auprès des parrains toujours bienveillants. Soit. Sans prétendre cerner tous les tenants d’une déchéance à la hussarde, je note simplement un certain nombre des faits qu’il serait pour le moins impossible d’ignorer quand il s’agira de mener une enquête indépendante sur la déferlante qui balaya piteusement le désormais ex-homme fort de Tananarive. Tenez-en : Ravalomanana est connu comme étant ce piètre francophone qui ne s’est pas par ailleurs révélé comme un fervent partisan de l’ancienne puissance coloniale.

La France, alors prise de court et n’ayant pu porter efficacement secours à son protégé Ratsiraka battu à plate couture en 2002, avait longuement tergiversé à reconnaître l’autorité de Ravalomanana. Les séquelles de cette tergiversation étaient d’ailleurs restées tenaces au point d’engendrer une relation cahoteuse qui avait déjà causé l’expulsion de deux journalistes métropolitains et d’un père jésuite.

Ravalomanana est celui qui en 2007, a introduit l’anglais comme langue officielle à Madagascar, et a réintroduit le malgache comme langue d’enseignement primaire. Autant dire qu’il est celui qui a pratiquement condamné le français à la peine capitale sur l’île aux lémuriens.

Ravalomanana est celui qui en 2008, a démis sans coup férir l’ambassadeur de France à Tananarive, Gildas Le Lidec. Une rupture plutôt historique quand l’on sait la pesanteur du complexe d’infériorité qui fait osmose avec la psychologie des pantins assermentés, ces purs-sangs dont la dynastie reste surtout perpétuée en Afrique dite francophone. Et dans ce registre des plus funestes, l’Afrique centrale, bastion de la Françafrique, fait assurément figure de proue.

Je veux bien comprendre que tous ces faits ne sont que péripéties sans aucun rapport avec l’éviction antidémocratique de Ravalomanana. Mais je note simplement que par le passé dans les [ex]colonies d’Afrique, tous ses devanciers qui avaient manifesté de comportements si "désinvoltes" à l’égard de leur [ex]puissance coloniale, ont été vilipendés et sèchement boutés hors du pouvoir. Et pour les moins chanceux, ce fut par l’entremise d’un cercueil. De là où il est, Sankara ne me démentirait sans doute pas ! Une exception qui confirme toutefois cette implacable loi des séries, c’est bien le cas Sekou de la Guinée Conakry. L’on sait cependant le prix fort payé par les Guinéens alors pris en étau, entre l’enclume et le marteau des belligérants engagés dans un antagonisme au relent de guerre froide larvée. Coincés qu’ils se sont retrouvés, entre les affres du dictateur, le boycott de la puissance coloniale, mais aussi l’isolement total d’un monde occidental solidaire de l’un des siens en prise avec un Chef d’Etat des tropiques qui a commis cette "faute inexpiable" d’affirmer la souveraineté de son pays.
Madagascar devait abriter le prochain sommet de la Francophonie en 2010. A présent que la Grande île est suspendue de l’OIF, assure-t-on, elle ne pourrait donc pas organiser le sommet. Espérons que ce ne soit un autre numéro de subterfuge, si prolifique dans l’immensité de l’horreur tropicale. Et de toute façon, une quelconque bananeraie ferait toujours office d’un excellent rempart si besoin est… Nombreux sont les observateurs de tous bords qui trouvaient paradoxale la préférence portée sur le piètre francophone Ravalomanana, plutôt que sur le challenger Kabila. Ils en ont certainement eu pour leur naïveté !

Par Badiadji Horretowdo in Le Messager, le 22 avril 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Catégories

Réalité

Sondage, héritage et outrage à l'intelligence

Stéphane Kipré

Depuis que l’hebdomadaire français Le Point a publié un sondage de TNS Sofres effectué pour le compte de Laurent Gbagbo, Président de la République de Cote d’Ivoire et candidat à sa propre succession, la presse abidjanaise est en ébullition. «Gbagbo loin devant», tel est le titre mis en avant par Le Point, dont les media locaux proches du pouvoir se font amplement l’écho. Mais ont-ils raison de se gargariser ainsi de «l’écrasante avance de Gbagbo» ?

Rappelons les chiffres : 42% des intentions de vote au 1er tour pour Laurent Gbagbo, 30% pour Henri Konan Bédié et 28% pour Alassane Dramane Ouattara. A première vue, tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les partisans du candidat Gbagbo. Et pourtant, on est bien loin du compte.

D’une part, le sondage occulte le fait qu’il y aura vingt candidats au premier tour de la présidentielle ivoirienne et non trois. Les scores mentionnés ne tiennent donc pas la route bien longtemps, tant ils seront dilués par la profusion des aspirants à la magistrature suprême; il suffit de regarder ce qui s’est passé au Gabon pour s’en convaincre.

Deuxièmement, si l’on compare les résultats de ce dernier sondage avec ceux de celui effectué en juillet 2009, également par TNS Sofres pour le compte de Laurent Gbagbo, l’on se rend compte que celui-ci a, au contraire, de sérieuses raisons de s’inquiéter. En effet, le sondage tant célébré montre un recul du candidat Gbagbo par rapport au trimestre précédent, où il rassemblait encore 43% des intentions de vote au premier tour, alors qu’Henri Konan Bédié progresse d’un point (il avait 29% en juillet), creusant ainsi l’écart avec un Ouattara stagnant à 28% depuis trois mois.

Enfin, et c’est la plus mauvaise nouvelle pour l’actuel occupant du Palais du Plateau, le sondage établit son incapacité à l’emporter dès le premier tour, même sous les auspices les plus cléments d’un cercle de candidats restreint à trois personnes. Hors, s’il est contraint d’aller à un deuxième tour, Laurent Gbagbo n’aura pas d’autre solution que de s’allier à l’un ou l’autre de ses adversaires, avec toutes les compromissions que cela implique et qui continueront de servir de prétexte pour ne pas donner aux Ivoiriens un gouvernement cohérent, compétent et responsable, capable de leur offrir le développement auquel ils aspirent légitimement.

Mais qu’est-ce qui explique ce trend négatif pour l’actuel président ?

L’embrouillamini qui caractérise son entourage n’y est certainement pas étranger. A force de vouloir ajouter une tonne d’ingrédients, dont certains fort avariés,  à la soupe, il a fini par rendre le breuvage quasiment indigeste, même pour ses partisans les plus historiques. En effet, est-il étonnant de voir de plus en plus de militants de base du Front Populaire Ivoirien se détourner de Laurent Gbagbo, alors que ce dernier semble prendre plus de plaisir à s’entourer de « pièces rapportées », plutôt qu’à la présence de ceux qui l’ont accompagné depuis les années de la clandestinité jusqu’à son accession au pouvoir ?

Les exemples foisonnent : Guillaume Soro, égorgeur de la liberté et de la prospérité des Ivoiriens, est érigé en Premier Ministre modèle ; Charles Blé Goudé, ancien Secrétaire Général de la FESCI, hâbleur et bonimenteur, dont certains passages des opuscules qu’il a commis sont apparus en délicatesse avec la vérité, est abreuvé de fonds incommensurables pour organiser de grandes tournées de harangue. Last but not least, Stéphane Kipré, sorti de nulle part et dont le seul fait de gloire est d’avoir épousé une des filles du couple présidentiel, se retrouve (miraculeusement ?), à la tête d’une telle fortune qu’il peut se permettre de fonder son propre parti, de créer son propre journal et d’y annoncer en avant-première le refus de son beau-père de laisser parrainer de sa candidature par le FPI au profit d’une nébuleuse Majorité Présidentielle (LMP). Plus ils sont hypocrites, arrivistes ou incapables, plus ils ont de chance de faire partie du «cercle restreint». Un véritable outrage à l’intelligence.

Imaginer que Gbagbo puisse véritablement envisager de positionner ces individus comme ses poulains fait frissonner et laisse présager que finalement, en matière de kidnapping du pouvoir et d’installation des «héritiers», la Côte d’Ivoire tend à se placer dans la droite ligne de pays comme le Gabon, le Togo, le Sénégal, la Libye, l’Egypte, la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale, et même la France des Sarkozy père et fils… et qu'elle est toute aussi mal servie, qualitativement parlant.

En conclusion, à part Stéphane Fouks, le communicant français (!) qui s’occupe du programme et de la stratégie de la campagne de Gbagbo, et ses intermédiaires dans l’entourage présidentiel ivoirien, dont les poches se remplissent fort peu pudiquement, on ne voit pas vraiment qui a une raison de se réjouir des résultats de ce sondage. Comme le disait Albert Camus : «Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde.»


E2
LePoint.fr
Le 22/10/2009

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés