La Cour Pénale Internationale et le Soudan: deux poids, deux mesures?

Publié le par Mahalia Nteby


De
ux poids deux mesures, dites-vous ? Mais, c’est tout comme ! Où étaient donc la Cour Pénale Internationale (CPI) et les zélateurs de la CPI au moment des événements de Gaza, en particulier durant la Blitzkrieg (guerre-éclair) de 3 semaines menée par les dirigeants israéliens contre les Palestiniens en janvier 2009 ?

A voir, la manière dont cet organisme et ses relais s’acharnent, de façon violente et irrévérencieuse, outrecuidante et haineuse, contre le Président soudanais, Mohammed El Béchir, et au-delà, contre ce qu’il représente aux yeux de ses contempteurs, en l’occurrence, un référentiel culturel et religieux autre que celui des lobbies judéo-chrétiens occidentaux, il  y a lieu de se poser la question : De quoi s’autorise cette manière de justice prétendument internationale ? En effet, les cas notoires d’Ariel Sharon pour Israël (Shabra et Shatila : 1982) et Georges W. Bush (Iraq : 2006), pour ne citer que les plus célèbres fauteurs de crimes contre l’Humanité jamais imaginés, courent toujours, à côté desquels M. Milosevic n’est que de la petite bière, et M. Taylor Charles un bouc émissaire destiné à tenir en respect et à faire chanter les dirigeants africains en place.


Il y a donc lieu de se demander si ce "deux poids, deux mesures" dans le processus de mise en place d’une justice internationale n’est pas une arme aux mains des puissances de la mondialisation, qui après le contrôle du marché, visent à discipliner à leurs objectifs et à leurs modes de vie, les cultures et les traditions qui échappent jusqu’ici au vieil impérialisme occidental confronté à une crise de vieillissement organique et qui voit se dresser en face de lui des revendications identitaires et des résistances morales, politiques et idéologiques pouvant revêtir, çà et là mais non exclusivement, le visage du Bolivarisme en Amérique latine (Venezuela, Bolivie, Salvador), de
la Renaissance de l’Empire du Milieu en Chine ou de l’Islamisme en Iran et dans les pays du Golfe persique, au Liban et en Palestine occupée (Cisjordanie et Gaza), dans les pays arabes (Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie), sans parler de la Corne de l’Afrique, singulièrement en Somalie et au Soudan, et d’ores et déjà (ou demain ?) l’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal, Mali, Nigeria, Côte d’Ivoire, etc.).

Du fait que sa démarche reste désespérément sélective et orientée pour ce qui concerne les pays africains en général et les pays musulmans en particulier (Sud Liban, Palestine, Jérusalem/Al Quds, Soudan),
la CPI n’entame pas seulement une crédibilité qu’elle a du mal à obtenir auprès de l’opinion, mais elle s’aliène du même coup les forces morales et politiques qui eussent dû soutenir son action et relayer ses messages, à commencer par l’Union Africaine, qui s’est légitimement émue et l’a fait savoir, de la manière cavalière et irrespectueuse de la souveraineté des Etats et des peuples, dont le premier fonctionnaire stipendié peut stigmatiser des chefs d’Etats élus en Afrique pour des faits qui restent encore à établir, alors que dans le même temps, les pratiques de type criminel et les tragédies militaro-colonialistes des puissances occidentales sont minimisées par cette même CPI. Qui plus est, singulièrement lorsqu’il s’agit des réparations occidentales relatives à la traite des Noirs et à l’esclavage  ou des crimes de guerre des colonialismes européens dans le monde ou du sionisme contemporain en Afrique (Octobre 73 : Israël franchit le canal de Suez et occupe le Sinaï). Pourquoi la CPI feint-elle d’ignorer les pratiques génocidaires de l’Etat sioniste  depuis au moins 1948, pratiques qui perdurent et se répètent à séquence régulière depuis 60 ans : Der Yassin à la fin des années 40 ; Guerre des Six jours en 1967 ; Guerre du Kippour en 1973, Invasion du Sud Liban en 82; Siège de Ramallah en 2002/2003 ; Guerre du Liban Sud en 2006 ; Massacres de Gaza en 2009). S’il y a une morale internationale qui tente de prendre la forme d’une justice internationale, pourquoi se montre-t-elle plus sensible et perméable aux actes présumés des nations les moins nanties, singulièrement africaines et/ou musulmanes, tout en demeurant réfractaire voire indifférente aux exactions commises à grande échelle par les puissances occidentales et leurs alliés ?

Partant, il y a lieu de se demander si cette CPI, qui se donne comme l’expression d’une nouvelle moralité internationale, n’est pas en train de prendre les allures d’une justice de classe des riches et puissants judéo-occidentaux et capitalistes et/ou alliés, pour autant qu’elle privilégie certaines cibles et certains pays dépendants ou fragilisés au détriment des groupes dominants de la mondialisation libérale qui se sont institués comme seuls parangons d’une justice internationale qui ne s’applique qu’aux faibles.

Aussi, serait-il indiqué - parce que conforme à l’idéal de Justice et de Liberté de tous les peuples et de toutes les nations - de la part de
la Cour Pénale Internationale d’instruire systématiquement tous les crimes recensés contre l’Humanité depuis au moins la traite des Noirs et le colonialisme jusqu’à l’holocauste de Gaza perpétré par l’Etat d’Israël en Janvier 2009, en passant par les crimes de Bush en Irak et de Sharon au Sud Liban.

Au total, si
la justice internationale a pour mission de rétablir l’équité dans les relations entre les nations et les peuples, de protéger les plus faibles contre les appétits des plus forts, il est de la plus haute instance que la CPI rompe avec ses ambiguïtés de Cour des  Riches et assume ses responsabilités vis-à-vis de tous les justiciables et de tous les assujettis.

En prenant le contre-pied de
la Nouvelle Morale Universelle en marche, au regard du soutien universel à la Résistance palestinienne de Gaza en Janvier 2009, face à l’agression sioniste, et ce, toutes tendances confondues, au-delà des confessions et des obédiences religieuses, ethniques et confessionnelles et raciales, la CPI a défié cette même opinion qui dès lors se trouve devant le choix de combattre ou de capituler face à ce "deux poids, deux mesures" manifeste.  Sous ce rapport, la défense du Soudan et du Président du Soudan agressés selon une logique sélective, discriminatoire et  punitive passée de mode, demeure le réflexe de tous les amis de la justice, de la vérité et de la liberté.  Sans préjuger aucunement - c’est évident -, d’une analyse impartiale et d’un examen circonstancié de la question du Darfour. En définitive, si une justice internationale  à deux vitesses est le tribut à payer par les pays les moins nantis aux puissances de la mondialisation, la citoyenneté universelle une et indivisible devrait passer logiquement et conceptuellement des mains des hypocrites de l’ancienne moralité internationale à celles de la convergence des citoyens et des Nations qui entend traduire M. Sharon et M. Bush, de même que les anciens colonialismes européens, devant les Tribunaux de Conscience des Peuples, et exiger réparation de tous les crimes contre l’Humanité commis au nom de la prétendue suprématie de l’Europe sur l’univers. Le Président en exercice de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) est donc interpellé au plus haut niveau, de même que les citoyens et tous les foyers religieux musulmans du Sénégal et sur la gravité de la situation en question et sur la conduite à tenir.

Pr. Malick Ndiaye
, Sociologue, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, le 17 mars 2009

Publié dans Politique africaine

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