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Bluff

Lettre à Jean S.

 


Cher Jean S.

Je voudrais exprimer par la présente toute ma solidarité. Je vous ai observé, tel un bébé phoque échoué sur la banquise de la vie publique recevoir les coups de gourdins de la populace déchainée. Je vois encore vos yeux m’interpeller d’un « m... mais, pourquoi ? » innocent et déchirant. Alors me voici. Si la classe médiatico-politique a su se mobiliser pour défendre quelques pédophiles bien introduits dans le milieu, j’aimerais être celui qui - pour une fois - défendra l’enfant que vous êtes, virgule, demeuré.

Et quoi de plus tendre, de plus émouvant qu’un enfant sans Défense ?

Oui, je sais. On dit que vous êtes « bien né » et on vous reprocherait presque que le hasard de la vie vous ait donné comme père un homme qui a été élu P. de la Ré. Mais sachez-le, Jean S., moi je vous aime bien, tout fils de P. que vous êtes.

Et il faut être vraiment aveugle pour ne pas reconnaître les qualités qui font de vous un être d’une autre trempe. Une trempe que j’aurais été fier de vous filer moi-même, n’en déplaise aux envieux, car je sais combien vous la méritez, cette trempe.

23 ans… ah le bel âge. Et dire qu’il y a cinq ans à peine, vous n’aviez même pas le droit de voter. Mais que de choses apprises, en si peu de temps ! Qu’ils raillent ! Qu’ils gloussent : car que connaissent-ils, tous ces montreurs du doigt, des affres ressentis lorsqu’il faut passer pour la énième fois par la case départ d’une année d’études ? Eh oui, tellement de choses apprises aux côtés de son papa.

- Jean …
- Oui, p’pa ?
- je veux que tu prennes la direction de la Défense.
- Ok. Je tourne au feu et on y est dans 10 minutes.
- (Soupir... Eh ben c’est pas gagné... Sa mère avait raison au moins sur un point...)

Des causes perdues, Jean S., j’en ai connues. Mais vous êtes probablement une des plus grandes causes perdues que la France d’en haut ait jamais pondue dans ses poulaillers d’acajou. (et dire que je ne sais toujours pas s’il faut faire concorder "pondue" ou pas)

Cela dit, je regrette amèrement que vous ayez renoncé à briguer la tête du quartier d’affaires de la Défense. En effet, je ne vois pas au nom de quoi certains vous reprocheraient votre candidature. Dans notre belle et vivante démocratie, n’importe quel clampin de passage peut se « déclarer » candidat à quelque chose. Et alors ? OU est le problème ? Le problème n’est pas dans la candidature, Jean S. Le problème est dans le résultat de l’élection.

On a un peu trop facilement oublié que si vous (Jean S.) étiez candidat, c’est que ces messieurs (les membres du conseil d’administration de l’EPAD) allaient voter pour vous. Vous entendez ? Ils allaient le faire !

En retirant votre candidature, Jean S. vous avez privé la France du spectacle grandiose, grandiloquent, grotesque et Omar Bongoesque d’un conseil d’administration composé de « responsables » de haut niveau baisser leurs pantalons jusqu’aux chevilles, caleçons avec, pour élire le fils légèrement post-pubère du Boss à la tête d’un des plus gros centres d’affaires en Europe.

J’aurais aimé voir capter sur vidéo - et pour la postérité, avec la liste des noms et tout - cette tribu de singes en costumes trois pièces en train de vous élire avec moins d’états d’âme que de préliminaires en pleine saison de rut.

Car le scandale, le véritable scandale, n’est pas votre candidature, Jean S… Le véritable scandale, c’est que votre candidature n’a pas été accueillie au sein du C.A. par quelques sourires amusés - avant de passer à des choses plus sérieuses...

Le véritable scandale, donc, c’est que ces types aient pu prendre votre candidature au sérieux.

Le véritable scandale, c’est qu’ils allaient vous élire, ces cons.

Et l’autre véritable scandale, celui qui me donne le vertige, c’est qu’ils sont toujours en place.

Et vous me demandez encore, Jean S., d’où vient cet étrange sentiment que plus rien n’a de sens dans la France d’aujourd’hui ?


Viktor Dedaj
Marianne2.fr
23 Octobre 2009

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Mardi 17 mars 2009


De
ux poids deux mesures, dites-vous ? Mais, c’est tout comme ! Où étaient donc la Cour Pénale Internationale (CPI) et les zélateurs de la CPI au moment des événements de Gaza, en particulier durant la Blitzkrieg (guerre-éclair) de 3 semaines menée par les dirigeants israéliens contre les Palestiniens en janvier 2009 ?

A voir, la manière dont cet organisme et ses relais s’acharnent, de façon violente et irrévérencieuse, outrecuidante et haineuse, contre le Président soudanais, Mohammed El Béchir, et au-delà, contre ce qu’il représente aux yeux de ses contempteurs, en l’occurrence, un référentiel culturel et religieux autre que celui des lobbies judéo-chrétiens occidentaux, il  y a lieu de se poser la question : De quoi s’autorise cette manière de justice prétendument internationale ? En effet, les cas notoires d’Ariel Sharon pour Israël (Shabra et Shatila : 1982) et Georges W. Bush (Iraq : 2006), pour ne citer que les plus célèbres fauteurs de crimes contre l’Humanité jamais imaginés, courent toujours, à côté desquels M. Milosevic n’est que de la petite bière, et M. Taylor Charles un bouc émissaire destiné à tenir en respect et à faire chanter les dirigeants africains en place.


Il y a donc lieu de se demander si ce "deux poids, deux mesures" dans le processus de mise en place d’une justice internationale n’est pas une arme aux mains des puissances de la mondialisation, qui après le contrôle du marché, visent à discipliner à leurs objectifs et à leurs modes de vie, les cultures et les traditions qui échappent jusqu’ici au vieil impérialisme occidental confronté à une crise de vieillissement organique et qui voit se dresser en face de lui des revendications identitaires et des résistances morales, politiques et idéologiques pouvant revêtir, çà et là mais non exclusivement, le visage du Bolivarisme en Amérique latine (Venezuela, Bolivie, Salvador), de
la Renaissance de l’Empire du Milieu en Chine ou de l’Islamisme en Iran et dans les pays du Golfe persique, au Liban et en Palestine occupée (Cisjordanie et Gaza), dans les pays arabes (Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie), sans parler de la Corne de l’Afrique, singulièrement en Somalie et au Soudan, et d’ores et déjà (ou demain ?) l’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal, Mali, Nigeria, Côte d’Ivoire, etc.).

Du fait que sa démarche reste désespérément sélective et orientée pour ce qui concerne les pays africains en général et les pays musulmans en particulier (Sud Liban, Palestine, Jérusalem/Al Quds, Soudan),
la CPI n’entame pas seulement une crédibilité qu’elle a du mal à obtenir auprès de l’opinion, mais elle s’aliène du même coup les forces morales et politiques qui eussent dû soutenir son action et relayer ses messages, à commencer par l’Union Africaine, qui s’est légitimement émue et l’a fait savoir, de la manière cavalière et irrespectueuse de la souveraineté des Etats et des peuples, dont le premier fonctionnaire stipendié peut stigmatiser des chefs d’Etats élus en Afrique pour des faits qui restent encore à établir, alors que dans le même temps, les pratiques de type criminel et les tragédies militaro-colonialistes des puissances occidentales sont minimisées par cette même CPI. Qui plus est, singulièrement lorsqu’il s’agit des réparations occidentales relatives à la traite des Noirs et à l’esclavage  ou des crimes de guerre des colonialismes européens dans le monde ou du sionisme contemporain en Afrique (Octobre 73 : Israël franchit le canal de Suez et occupe le Sinaï). Pourquoi la CPI feint-elle d’ignorer les pratiques génocidaires de l’Etat sioniste  depuis au moins 1948, pratiques qui perdurent et se répètent à séquence régulière depuis 60 ans : Der Yassin à la fin des années 40 ; Guerre des Six jours en 1967 ; Guerre du Kippour en 1973, Invasion du Sud Liban en 82; Siège de Ramallah en 2002/2003 ; Guerre du Liban Sud en 2006 ; Massacres de Gaza en 2009). S’il y a une morale internationale qui tente de prendre la forme d’une justice internationale, pourquoi se montre-t-elle plus sensible et perméable aux actes présumés des nations les moins nanties, singulièrement africaines et/ou musulmanes, tout en demeurant réfractaire voire indifférente aux exactions commises à grande échelle par les puissances occidentales et leurs alliés ?

Partant, il y a lieu de se demander si cette CPI, qui se donne comme l’expression d’une nouvelle moralité internationale, n’est pas en train de prendre les allures d’une justice de classe des riches et puissants judéo-occidentaux et capitalistes et/ou alliés, pour autant qu’elle privilégie certaines cibles et certains pays dépendants ou fragilisés au détriment des groupes dominants de la mondialisation libérale qui se sont institués comme seuls parangons d’une justice internationale qui ne s’applique qu’aux faibles.

Aussi, serait-il indiqué - parce que conforme à l’idéal de Justice et de Liberté de tous les peuples et de toutes les nations - de la part de
la Cour Pénale Internationale d’instruire systématiquement tous les crimes recensés contre l’Humanité depuis au moins la traite des Noirs et le colonialisme jusqu’à l’holocauste de Gaza perpétré par l’Etat d’Israël en Janvier 2009, en passant par les crimes de Bush en Irak et de Sharon au Sud Liban.

Au total, si
la justice internationale a pour mission de rétablir l’équité dans les relations entre les nations et les peuples, de protéger les plus faibles contre les appétits des plus forts, il est de la plus haute instance que la CPI rompe avec ses ambiguïtés de Cour des  Riches et assume ses responsabilités vis-à-vis de tous les justiciables et de tous les assujettis.

En prenant le contre-pied de
la Nouvelle Morale Universelle en marche, au regard du soutien universel à la Résistance palestinienne de Gaza en Janvier 2009, face à l’agression sioniste, et ce, toutes tendances confondues, au-delà des confessions et des obédiences religieuses, ethniques et confessionnelles et raciales, la CPI a défié cette même opinion qui dès lors se trouve devant le choix de combattre ou de capituler face à ce "deux poids, deux mesures" manifeste.  Sous ce rapport, la défense du Soudan et du Président du Soudan agressés selon une logique sélective, discriminatoire et  punitive passée de mode, demeure le réflexe de tous les amis de la justice, de la vérité et de la liberté.  Sans préjuger aucunement - c’est évident -, d’une analyse impartiale et d’un examen circonstancié de la question du Darfour. En définitive, si une justice internationale  à deux vitesses est le tribut à payer par les pays les moins nantis aux puissances de la mondialisation, la citoyenneté universelle une et indivisible devrait passer logiquement et conceptuellement des mains des hypocrites de l’ancienne moralité internationale à celles de la convergence des citoyens et des Nations qui entend traduire M. Sharon et M. Bush, de même que les anciens colonialismes européens, devant les Tribunaux de Conscience des Peuples, et exiger réparation de tous les crimes contre l’Humanité commis au nom de la prétendue suprématie de l’Europe sur l’univers. Le Président en exercice de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) est donc interpellé au plus haut niveau, de même que les citoyens et tous les foyers religieux musulmans du Sénégal et sur la gravité de la situation en question et sur la conduite à tenir.

Pr. Malick Ndiaye
, Sociologue, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, le 17 mars 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Sondage, héritage et outrage à l'intelligence

Stéphane Kipré

Depuis que l’hebdomadaire français Le Point a publié un sondage de TNS Sofres effectué pour le compte de Laurent Gbagbo, Président de la République de Cote d’Ivoire et candidat à sa propre succession, la presse abidjanaise est en ébullition. «Gbagbo loin devant», tel est le titre mis en avant par Le Point, dont les media locaux proches du pouvoir se font amplement l’écho. Mais ont-ils raison de se gargariser ainsi de «l’écrasante avance de Gbagbo» ?

Rappelons les chiffres : 42% des intentions de vote au 1er tour pour Laurent Gbagbo, 30% pour Henri Konan Bédié et 28% pour Alassane Dramane Ouattara. A première vue, tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les partisans du candidat Gbagbo. Et pourtant, on est bien loin du compte.

D’une part, le sondage occulte le fait qu’il y aura vingt candidats au premier tour de la présidentielle ivoirienne et non trois. Les scores mentionnés ne tiennent donc pas la route bien longtemps, tant ils seront dilués par la profusion des aspirants à la magistrature suprême; il suffit de regarder ce qui s’est passé au Gabon pour s’en convaincre.

Deuxièmement, si l’on compare les résultats de ce dernier sondage avec ceux de celui effectué en juillet 2009, également par TNS Sofres pour le compte de Laurent Gbagbo, l’on se rend compte que celui-ci a, au contraire, de sérieuses raisons de s’inquiéter. En effet, le sondage tant célébré montre un recul du candidat Gbagbo par rapport au trimestre précédent, où il rassemblait encore 43% des intentions de vote au premier tour, alors qu’Henri Konan Bédié progresse d’un point (il avait 29% en juillet), creusant ainsi l’écart avec un Ouattara stagnant à 28% depuis trois mois.

Enfin, et c’est la plus mauvaise nouvelle pour l’actuel occupant du Palais du Plateau, le sondage établit son incapacité à l’emporter dès le premier tour, même sous les auspices les plus cléments d’un cercle de candidats restreint à trois personnes. Hors, s’il est contraint d’aller à un deuxième tour, Laurent Gbagbo n’aura pas d’autre solution que de s’allier à l’un ou l’autre de ses adversaires, avec toutes les compromissions que cela implique et qui continueront de servir de prétexte pour ne pas donner aux Ivoiriens un gouvernement cohérent, compétent et responsable, capable de leur offrir le développement auquel ils aspirent légitimement.

Mais qu’est-ce qui explique ce trend négatif pour l’actuel président ?

L’embrouillamini qui caractérise son entourage n’y est certainement pas étranger. A force de vouloir ajouter une tonne d’ingrédients, dont certains fort avariés,  à la soupe, il a fini par rendre le breuvage quasiment indigeste, même pour ses partisans les plus historiques. En effet, est-il étonnant de voir de plus en plus de militants de base du Front Populaire Ivoirien se détourner de Laurent Gbagbo, alors que ce dernier semble prendre plus de plaisir à s’entourer de « pièces rapportées », plutôt qu’à la présence de ceux qui l’ont accompagné depuis les années de la clandestinité jusqu’à son accession au pouvoir ?

Les exemples foisonnent : Guillaume Soro, égorgeur de la liberté et de la prospérité des Ivoiriens, est érigé en Premier Ministre modèle ; Charles Blé Goudé, ancien Secrétaire Général de la FESCI, hâbleur et bonimenteur, dont certains passages des opuscules qu’il a commis sont apparus en délicatesse avec la vérité, est abreuvé de fonds incommensurables pour organiser de grandes tournées de harangue. Last but not least, Stéphane Kipré, sorti de nulle part et dont le seul fait de gloire est d’avoir épousé une des filles du couple présidentiel, se retrouve (miraculeusement ?), à la tête d’une telle fortune qu’il peut se permettre de fonder son propre parti, de créer son propre journal et d’y annoncer en avant-première le refus de son beau-père de laisser parrainer de sa candidature par le FPI au profit d’une nébuleuse Majorité Présidentielle (LMP). Plus ils sont hypocrites, arrivistes ou incapables, plus ils ont de chance de faire partie du «cercle restreint». Un véritable outrage à l’intelligence.

Imaginer que Gbagbo puisse véritablement envisager de positionner ces individus comme ses poulains fait frissonner et laisse présager que finalement, en matière de kidnapping du pouvoir et d’installation des «héritiers», la Côte d’Ivoire tend à se placer dans la droite ligne de pays comme le Gabon, le Togo, le Sénégal, la Libye, l’Egypte, la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale, et même la France des Sarkozy père et fils… et qu'elle est toute aussi mal servie, qualitativement parlant.

En conclusion, à part Stéphane Fouks, le communicant français (!) qui s’occupe du programme et de la stratégie de la campagne de Gbagbo, et ses intermédiaires dans l’entourage présidentiel ivoirien, dont les poches se remplissent fort peu pudiquement, on ne voit pas vraiment qui a une raison de se réjouir des résultats de ce sondage. Comme le disait Albert Camus : «Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde.»


E2
LePoint.fr
Le 22/10/2009

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