Je vous souhaite la bienvenue sur SAOTI, le site de l'Afrique digne et libre. Dans cet espace, je publie des articles relatifs à l'indépendance et à la Renaissance africaine, écrits par des journalistes talentueux, que j'ai la chance de compter parmi mes amis. Vous pourrez apprécier les plumes de Melvin Akam, Nathalie Yamb, Ambroise Ebonda, Sylvestre Konin... et aussi quelques uns de mes papiers. Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser vos commentaires! Mahalia Nteby
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Lettre à Jean S.
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Un ami expert financier qui vit aux Etats-Unis, Camerounais de souche, George Bediong a Nyokon, n'a pu se retenir après la révélation faite par Mutations dans son édition du mercredi 18 février
dernier et dans laquelle, sur la base d'un rapport de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (Beac), il est indiqué que : "au 31 Décembre 2008, les six Etats de la Communauté économique et
monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) disposaient d'une somme totale de 7482 milliards de Fcfa au sein de la Banque des Etats d'Afrique centrale (Beac)." Son irritation se décuple quand il
est fait mention de ce que 55% de ce pactole est à la disposition du Trésor français.
Il retrouve tout de même sa lucidité pour expliquer en français facile l'entourloupe qui a cours pour les pays de la zone Cfa depuis 1943. "C'est comme
aller garder son épargne - réserves financières - chez son voisin. En d'autres termes, après avoir travaillé pendant une saison et consommé ce que tu peux, au lieu de garder ton excédent dans ton
grenier pour y avoir accès et le contrôle lors des temps difficiles, tu préfères aller garder ton épargne dans le grenier du voisin. La saison d'après, le même processus se reproduit; ainsi de
suite. Pendant que tu continues à travailler dur pour consommer, ton voisin utilise cette épargne pour investir, et mener une vie de pacha. Génération après génération, l'écart et le fossé
d'enrichissement s'agrandissent. Tes enfants deviennent de plus en plus pauvres, pendant que les enfants de ton voisin s'enrichissent.
"Résultat des courses, "tout l'argent, que ce soit en forme des revenus d'export, ou d'aide internationale, octroyée au nom du pays en question, tout est porté au sortir des pays utilisant
le Cfa pour être gardé en France, au Trésor français." La conséquence de cette servitude entretenue depuis belle lurette est que la France est considérée comme une puissance avec le fruit du
labeur des millions d'Africains qui croupissent dans la misère du fait de gouvernants, émanation de la France, et qui n'envisagent aucunement leur émancipation de ce tutorat dévastateur pour
leurs compatriotes afin de prendre date avec l'histoire. Donc, comme l'indique Babissakana dans cette édition, "l'argent déposé par la Beac est un
financement cadeau qui est toujours là pour permettre à la France de faire face à ses dépenses". Pendant ce temps, elle doit feindre de se montrer magnanime avec des pays qui lui tendent la
sébile et se voit donc rétrocéder sous forme d'aide ou prêt un argent qui est le leur en réalité.
Sans abandonner la piste de la réparation du préjudice subi depuis des décennies par les Etats des zones Cemac et Uemoa que suggère Bediong a Nyokon, l'urgence pour les pays africains asservis
par la France depuis l'époque coloniale est d’arrêter la saignée en dénonçant ces accords scélérats et en reprenant leur souveraineté monétaire. Avec des pratiques comme celle qui est décriée ici
et qui ne trouve pas beaucoup d'experts pour en défendre son bien fondé pour le développement des Etats logés à l'enseigne pays pauvres très endettés, le préalable est de couper ce cordon
ombilical qui rattache la zone Cfa à l'Euro. Un développement est-il possible pour tous ces pays sans une politique monétaire autonome ? Pas besoin d'être un disciple de Keynes ou tout autre
maître de la pensée économique pour répondre par la négative.
Une observation simple permet de se rendre compte de ce que les pays comme ceux désignés par le générique "Dragons d'Asie", dont certains avaient le même niveau de développement que le
Cameroun en 1960, sans justifier du même potentiel énergétique, présentent aujourd'hui une situation économique enviable, sont regardés comme modèles par leurs égaux d'hier qui leur quémandent
désormais la fameuse aide publique au développement. Quel paradoxe ! Corée du Sud, Indonésie, Thaïlande… n'ont pas eu besoin d'un arrimage à une monnaie de référence pour être où ils sont
aujourd'hui. Idem pour les puissances émergentes que sont la Chine, l'Inde ou le Brésil. La création d'une monnaie n'est pas une panacée et n'est pas le seul facteur qui retarde le décollage
économique du Cameroun. On aura toujours beau jeu d'évoquer le Zaïre de Mobutu et ses poussées inflationnistes. Mais cette monnaie propre constitue un préalable auquel il faudra annexer une
vision, des compétences, la transparence et le sens de l'intérêt général.
Par Junior Binyam in Mutations, le 20 février 2009
Sondage, héritage et outrage à l'intelligence
Stéphane Kipré
Depuis que l’hebdomadaire français Le Point a publié un
sondage de TNS Sofres effectué pour le compte de Laurent Gbagbo, Président de la République de Cote d’Ivoire et candidat à sa propre succession, la presse abidjanaise est en ébullition.
«Gbagbo loin devant», tel est le titre mis en avant par Le Point, dont les media locaux proches du pouvoir se font amplement l’écho. Mais ont-ils
raison de se gargariser ainsi de «l’écrasante avance de Gbagbo» ?
Rappelons les chiffres : 42% des intentions de vote au 1er tour pour Laurent Gbagbo, 30% pour Henri Konan Bédié et 28% pour Alassane Dramane Ouattara. A première vue, tout semble donc aller pour le mieux dans
le meilleur des mondes pour les partisans du candidat Gbagbo. Et pourtant, on est bien loin du compte.
D’une part, le sondage occulte le fait qu’il y aura vingt candidats au premier tour de la présidentielle ivoirienne et non trois. Les scores mentionnés ne tiennent
donc pas la route bien longtemps, tant ils seront dilués par la profusion des aspirants à la magistrature suprême; il suffit de regarder ce qui s’est passé au Gabon pour s’en convaincre.
Deuxièmement, si l’on compare les résultats de ce dernier sondage avec ceux de celui effectué en juillet 2009, également par TNS Sofres pour le compte de Laurent Gbagbo, l’on se rend compte que
celui-ci a, au contraire, de sérieuses raisons de s’inquiéter. En effet, le sondage tant célébré montre un recul du candidat Gbagbo par rapport au trimestre précédent, où il rassemblait encore
43% des intentions de vote au premier tour, alors qu’Henri Konan Bédié progresse d’un point (il avait 29% en juillet), creusant ainsi l’écart avec un Ouattara stagnant à 28% depuis trois
mois.
Enfin, et c’est la plus mauvaise nouvelle pour l’actuel occupant du Palais du Plateau, le sondage établit son incapacité à l’emporter dès le premier tour, même sous les auspices les plus cléments
d’un cercle de candidats restreint à trois personnes. Hors, s’il est contraint d’aller à un deuxième tour, Laurent Gbagbo n’aura pas d’autre solution que de s’allier à l’un ou l’autre de ses
adversaires, avec toutes les compromissions que cela implique et qui continueront de servir de prétexte pour ne pas donner aux Ivoiriens un gouvernement cohérent, compétent et responsable,
capable de leur offrir le développement auquel ils aspirent légitimement.
Mais qu’est-ce qui explique ce trend négatif pour l’actuel président ?
L’embrouillamini qui caractérise son entourage n’y est certainement pas étranger. A force de vouloir ajouter une tonne d’ingrédients, dont certains fort avariés,
à la soupe, il a fini par rendre le breuvage quasiment indigeste, même pour ses partisans les plus historiques. En effet, est-il étonnant de voir de
plus en plus de militants de base du Front Populaire Ivoirien se détourner de Laurent Gbagbo, alors que ce dernier semble prendre plus de plaisir à s’entourer de « pièces rapportées »,
plutôt qu’à la présence de ceux qui l’ont accompagné depuis les années de la clandestinité jusqu’à son accession au pouvoir ?
Les exemples foisonnent : Guillaume Soro, égorgeur de la liberté et de la prospérité des Ivoiriens, est érigé en Premier Ministre modèle ;
Charles Blé Goudé, ancien Secrétaire Général de la FESCI, hâbleur et bonimenteur, dont certains passages des opuscules qu’il a commis sont apparus en
délicatesse avec la vérité, est abreuvé de fonds incommensurables pour organiser de grandes tournées de harangue. Last but not least,
Stéphane Kipré, sorti de nulle part et dont le seul fait de gloire est d’avoir épousé une des filles du couple présidentiel, se retrouve (miraculeusement ?), à la tête d’une
telle fortune qu’il peut se permettre de fonder son propre parti, de créer son propre journal et d’y annoncer en avant-première le refus de son beau-père de laisser parrainer de sa candidature
par le FPI au profit d’une nébuleuse Majorité Présidentielle (LMP). Plus ils sont hypocrites, arrivistes ou incapables, plus ils ont de chance de faire partie du «cercle restreint». Un véritable outrage à l’intelligence.
Imaginer que Gbagbo puisse véritablement envisager de positionner ces individus comme ses poulains fait frissonner et laisse présager que finalement, en matière de kidnapping du pouvoir et
d’installation des «héritiers», la Côte d’Ivoire tend à se placer dans la droite ligne de pays comme le Gabon, le Togo, le Sénégal, la Libye, l’Egypte, la République Démocratique du Congo, la
Guinée Equatoriale, et même la France des Sarkozy père et fils… et qu'elle est toute aussi mal servie, qualitativement
parlant.
En conclusion, à part Stéphane Fouks, le communicant français (!) qui s’occupe du programme et de la stratégie de
la campagne de Gbagbo, et ses intermédiaires dans l’entourage présidentiel ivoirien, dont les poches se remplissent fort peu pudiquement, on ne voit pas vraiment qui a une raison de se réjouir
des résultats de ce sondage. Comme le disait Albert Camus : «Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du
monde.»
E2
LePoint.fr
Le 22/10/2009