Mort de Lansana Conté: Coup d'Etat à un cadavre en Guinée

Publié le par Mahalia Nteby


On ne sait pas vraiment s’il faut en rire ou en pleurer la mort de Lansana Conté venait d’être officiellement annoncée depuis seulement six petites heures, un deuil national de 40 jours venait d’être décrété et les drapeaux mis en berne quand, aux première lueurs du jour, un capitaine de l’armée guinéenne, du nom de Moussa Dadis Camara, annonça dans une déclaration télévisée la dissolution du gouvernement, de l’Assemblée nationale et des autres institutions républicaines, la suspension de la Constitution, etc.

Un Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) venait de voir le jour et un Conseil consultatif, qui regrouperait des militaires et des civils, devrait être formé dans les jours à venir.
Mais où est-ce qu’il était donc, ce "valeureux" officier subalterne, qui prétend sauver aujourd’hui la nation, en péril, alors que, depuis des années, la Guinée allait à vau-l’eau à mesure que son chef était perclus et reclus dans son patelin?

Une demi-surprise


A peu de choses près, c’est le même scénario qui avait, en 1984, mis l’alors colonel Conté au devant de la scène. Après la mort du héros devenu dictateur. Mais celui qui était à l’époque le chef d’état-major général des armées avait au moins eu la décence de patienter une bonne semaine, le temps qu’on enterre le despote, pour s’emparer au huitième jour d’un pouvoir détenu par le Premier ministre Louis Lansana Béavogui, qui assurait l’intérim.

Vingt quatre ans plus tard, les militaires qui viennent, pour ainsi dire, de faire un coup d’Etat à un cadavre n’ont même pas eu la délicatesse d’attendre. On en rirait presque si ce n’était pas aussi tragique. Tout le monde en était encore donc à conjecturer, sitôt la nouvelle connue, sur les lendemains à la fois lourds de dangers et d’espérances, sur comment la succession se passerait, les voilà fixés. En fait, excepté l’extrême rapidité de l’exécution, cette intrusion de la grande muette sur un échiquier politique qu’elle n’a jamais quitté depuis un quart de siècle est une demi-surprise.


Théoriquement, tout était, on le sait, réglé: en cas de vacance du pouvoir, le président de l’Assemblée nationale assurerait l’intérim et organiserait une présidentielle dans un délai n’excédant pas 60 jours. Ça, c’était sur le papier. Mais dans nos démocraties bananières, où les premiers magistrats sont souvent les premiers à violer la constitution, peut-on s’étonner de ce qu’elle ne soit pas sacrée et que les autres aussi puissent la fouler aux pieds impunément?


Il suffisait d’ailleurs de voir les trois personnalités principales de l’interrègne annoncer ensemble le décès, comme si elles se marquaient à la culotte, pour se rendre compte que la solution constitutionnelle, quoique la plus souhaitable, n’était pas la plus évidente. Côte à côte en effet, Aboubacar Somparé, président de l’Assemblée nationale, et, à ce titre, dauphin constitutionnel; Ahmed Tidiane Souaré, Premier ministre, qui tient l’Exécutif; et le troisième larron, le général Diarra Camara, chef d’état-major général des armées.
Chacun, croyant in petto son heure venue, tenait à marquer sa présence et son territoire, de sorte que c’était peut-être à qui ferait le premier le croche-pied aux autres.


Chef de la section carburant à l'intendance militaire


Autant dire que le jeune capitaine, qui était jusque-là le chef de la section carburant à l’Intendance militaire, vient de les mettre tous d’accord, à supposer qu’il ait agi de son propre chef, car il a tout aussi bien pu avoir été envoyé en éclaireur par les étoilés, qui ne devraient donc pas tarder, dans ce cas, à sortir du bois. En vérité, dans un climat d’incertitudes où, dans tous les cas, il aurait été impossible d’organiser un scrutin propre d’ici deux mois, sauf à proroger la transition par des mécanismes légaux, dont disposent généralement les lois fondamentales, la solution militaire n’aurait pas forcément été la plus mauvaise si on connaissait les véritables intentions de la soldatesque.

S’il s’agissait de refonder la démocratie dans une période maximum de neuf mois, par exemple en associant toutes les forces vives de la Nation et en ne se présentant pas aux élections, dont elle serait l’arbitre impartial, ce serait à la limite une action salutaire, une œuvre de salubrité publique, dans la mesure où elle aurait au moins l’avantage d’éviter le chaos.


Mais, sur un continent où il y a moins d’ATT et d’Ould Vall que de Guéi et de Bozizé, autrement dit de militaires qui légalisent par les urnes, quand ils le peuvent, ce qu’ils ont conquis par les armes, on peut raisonnablement douter de la culture démocratique des putschistes de Conakry. Après tout, le défunt lui-même, qui avait affiché une volonté d’ouverture après les années de braise de Sékou et de son camp Boiro, de sinistre mémoire, ne s’est-il pas, à son tour, muré peu à peu dans un autisme suicidaire au fur et à mesure que les mutineries se multipliaient et que son diabète aiguë et sa leucémie s’aggravaient? Résultat, celui a régné en vrai chef de village buté et en soldat obtus laisse un Etat délité, que se disputent donc les charognards politiques, un pays exsangue mais pourtant potentiellement riche, un champs de ruines, dont les matières sont, fort heureusement, encore intactes.


Des discussions entre loyalistes et putschistes


On savait que la succession de celui qui n’a jamais pu se convertir à la démocratie serait difficile, de ce point de vue on n’est pas déçu, car hier, c’est une véritable confusion où une vache ne saurait retrouver son veau qui régnait à Conakry. L’aile civile du régime tentait en effet de faire pièce au coup de force sans qu’on ne sache trop si elle y parviendrait. Le chef du gouvernement disait rester en place, que son équipe n’était pas dissoute et que la transition se poursuivrait selon les règles constitutionnelles tout en indiquant que des discussions étaient engagées entre loyalistes et putschistes.


Après s’être réveillée dans la stupeur, la Guinée s’est donc endormie hier avec une situation mouvante, susceptible d’évoluer à tout moment dans un sens ou dans un autre, de sorte que l’éditorial que vous parcourez peut se trouver décalé par endroits au regard de la situation en temps réel.

Pauvre Guinée! Vingt-six épouvantables ans de Sékou Touré, vingt-quatre autres éreintantes à se taper Lansana Conté. Et maintenant que le bouchon a sauté, aujourd’hui que l’horizon est dégagé, alors que la chape de plomb est enfin levée, et qu’on pensait que les Guinéens allaient un peu souffler et mettre leur patrie sur les rails de la démocratie et du développement, voilà que le ciel s’obscurcit de nouveau. Quand donc prendra fin le calvaire?

Mais si on en est arrivé là, c’est en grande partie du fait du défunt grabataire de Wawa, qui semblait vouloir que le pays sombre en même temps que lui. Et il y est parvenu, à force de le mener à la banqueroute; à force de martyriser une opposition obligée de s’asseoir à l’ombre des syndicats pour survivre; à force d’exacerber les querelles intestines de son propre camp, en jouant les uns contre les autres pour les neutraliser tous et demeurer seul maître du jeu. Jusqu’au dernier souffle.


La pudeur africaine commande certes de ne pas médire des morts et de ne pas tirer sur un corbillard, mais peut-on décemment verser une larme sur la tombe d’un dirigeant pareil, qui n’est, hélas, pas un cas isolé dans cette Afrique de malheur?

Par Ousséni Ilboudo in L'Observateur Paalga, 24 décembre 2008

 

Publié dans Politique africaine

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dissertation 04/08/2009 10:21

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heruka 15/02/2009 20:01

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Cela fait plaisir de vous lire à nouveau. Nous pensions que le site avait été abandonné ! Du courage et bonne suite.

amélie 06/02/2009 20:57

un prix pour toi chez moibisousbonne soirée

Kassé Cheikh 28/12/2008 19:38

Une défense honteuse de Robert Mugabe derrière une critique, pourtant, juste des régimes impérialistes européens
Du dégoût, de la consternation, tels sont les sentiments qu’on éprouve à la lecture du texte  d’Aminata Traoré daté du 10 décembre 2008 et intitulé «Robert MUGABE,  l'insoumis et le bouc émissaire», pour peu qu’on soit, un brin, sensible à la tragédie du peuple Zimbabwéen.
Tout au long de ce document, la démarche de l’auteure consiste à défendre Mugabe et son régime en tentant de disqualifier ses détracteurs occidentaux du moment (Bush, Gordon Brown, Sarkozy etc.) au motif qu’ils sont coupables de crimes monstrueux dont l’ampleur  dépasse de loin ce qu’ils reprochent, selon elle, au « pauvre » Mugabe.
Il est vrai que les régimes occidentaux ont une conception à géométrie variable des «Droits de l’homme». Il est vrai que ces régimes jugent la politique des autres États « non démocratiques » à l’aune de leurs intérêts. Il est que vrai que  les preuves ne manquent pas pour étayer cela. Ainsi :
-          Quand dans les années 1980, la  ZANU de Mugabe libéra par la guérilla contre le régime raciste de Rhodésie, un  tiers du territoire, l’Angleterre, la France (aussi avec le PS et le P«C»F au pouvoir), les USA etc. menèrent une politique de  «dialogue constructif, de détente » et entretinrent des relations économiques fructueuses avec les régimes d’apartheid d’Afrique du Sud et Rhodésie.
-          Comme elle l’a dit, en étant responsables d’au moins un millions de morts en Irak et en Afghanistan, Bush et l’Amérique ne sont nullement au ban de la dite communauté internationale. Le droit d’ingérence humanitaire brandi  au nom d’une lutte pour la défense de la « civilisation »  contre la barbarie est un moyen hypocrite de protection d’intérêts stratégiques et d’accaparement des gisements du pétrole.
-          De toutes les barbaries perpétrées par les pays « civilisés et libres » occidentaux et reconnus parfois par eux-mêmes comme «crimes contre l’humanité», il ne  s’en est suivi jusqu’à présent ni jugement, ni condamnation des coupables, ni indemnisations des victimes.
-          Henry Kissinger, secrétaire d’État américain,  fut le lauréat du prix Nobel de la Paix en 1973 au même moment où les USA continuèrent à bombarder le peuple vietnamien.  Un prix évidemment refusé par le co-lauréat le négociateur vietnamien Le Duc Tho.
-          Frederick de Klerk ancien dirigeant de l’apartheid fut le lauréat du prix Nobel de la paix au même titre que les oppresseurs israéliens du peuple palestinien Shimon Pérès et Rabin.  Tandis que de l’autre côté, les Saddam et Cauecescu  sont fusillés avec l’aval ou sans les protestations de l’Occident. Alors que Saddam, avant d’être plus vorace en voulant mettre la main sur les gisements pétroliers koweitiens, fut un fidèle allié de l’Occident qui lui fournit tout le matériel pour gazer les Kurdes Irakiens et pour contenir la «révolution iranienne». Alors que des autocraties corrompues plus ou moins tribales ou moyenâgeuses d’Afrique ou d’Arabie Saoudite peuvent rester tranquilles !
Toutes ces vérités, à savoir le fait que ces critiques occidentaux sont des  hypocrites ordures avec le sang dans les mains, ne peuvent nullement  servir de caution à une innocence ou une immunité pour Mugabe et son régime. La stratégie argumentative adoptée est la délégitimation des  régimes impérialistes  occidentaux, anciens  alliés,  aujourd’hui le lâchant  et sa légitimation au simple registre de son passé de combattant anticolonialiste et  de bouc émissaire  pour couvrir ainsi les crimes de son régime, la dégradation continuée du niveau de vie des masses populaires. Ainsi le gouffre économique et social, la politique de prébendes, de copinage, de castes d’anciens résistants sont  occultés.
Les relations actuelles envenimées entre Mugabe d’une part  et les Bush, Sarkozy, Merkel etc. d’autre part ne doivent faire illusion. Tout au contraire, ce fut presque une lune de miel entre eux durant longtemps dans le passé.
Dès sa prise du pouvoir, Mugabe prit toutes les mesures susceptibles de rassurer les pays occidentaux, la minorité blanche, les classes moyennes. Ainsi :
-          Mugabe maintint à son poste l’ancien chef d’état major de l’armée du régime raciste d’Ian Smith pourtant coupable de massacres de populations civiles durant la guerre de libération. Celui qui usa de la phraséologie marxiste dans le maquis va jeter progressivement ses masques !
-          Des représentants de l’aile gauche de son mouvement sont éliminés ou écartés. Tongogara, l’ancien chef militaire de la ZANU  meurt dans un accident de voiture jamais élucidé en rentrant dans la capitale à la prise du pouvoir par la ZANU EN VOITURE alors que tous les grands dirigeants rentrèrent par avion. Tékéré, un autre dirigeant de l’aile gauche du mouvement fut écarté.
A l’extérieur de la ZANU, il marginalisa toute opposition, en particulier celle de son grand rival durant la guerre de libération Joshua Nkomo persécuté et mort dans des conditions humiliantes. Tant que Mugabe fut garant d’une paix sociale pour la continuation des bonnes affaires de l’impérialisme, l’Occident lui accorda son soutien. Et Mugabe continua d’être réélu plus ou moins régulièrement.
Le ton changea dans les années 2000, dès qu’avec l’usure du pouvoir, il n’arrivait plus à se faire réélire avec des critères acceptables pour les Occidentaux. C’est seulement en ce moment qu’il se rappela l’engagement de l’Angleterre de financer l’indemnisation des fermiers Blancs dans la réforme agraire programmée. Cette clause financière incombant à l’ancienne puissance coloniale britannique des accords  de Lancaster House en 1979 pour l’indépendance du Zimbabwe ne fut jamais respectée par l’Angleterre.
En butte à une impopularité croissante, Mugabe s’empara d’une manière démagogique de la question de la terre pour jeter ses nervis contre les 4000 fermiers Blancs. Alors durant vingt années, il ne se préoccupa du sort désastreux  des paysans sans terres, des anciens guérilléros démobilisés. Le régime chassa les fermiers Blancs des terres qui furent livrées à sa CLIENTELE. Avec la désorganisation du secteur agricole consécutive au départ des fermiers Blancs qui en furent les piliers, le Zimbabwe ne fut plus le grenier de l’Afrique australe qu’il était. Conséquences : chute brutale de la production agricole, baisse vertigineuse des recettes d’exportation, famine, exode rural, exode massif de la population vers l’étranger proche ou lointain. La seule mesure tangible prise par le régime face à cette situation fut la création monétaire, la planche à billets. Il en résulta une hyperinflation record devant laquelle l’hyperinflation allemande de 1923 fait pâle figure.
La répression ne fait que s’accroître contre toute opposition politique ou syndicale. Des bidonvilles habités par des couches populaires et des paysans fuyant la misère des zones rurales furent brulés par la police et ses bandes armées auxiliaires. Le gouvernement Zimbabwe gravit chaque jour des sommets de despotisme.
Les élections présidentielles étriquées, (la pression de la rue, la violence pour l’endiguer, le recul par l’acceptation du partage du pouvoir, La perte des élections législatives) ne peuvent être, en aucun cas, uniquement imputables au blocus économique occidental. Le blocus a bon dos pour expliquer la faillite du régime de Mugabe car il est largement contourné avec la complicité des pays limitrophes sans compter les relations économiques du Zimbabwe avec d’autres pays comme la Chine ou la Russie etc.
C’est ce gouvernement que défend Aminata Traoré, qui plus est, avec une méthode inélégante et avec malhonnêteté ! La seule critique formulée à son encontre le fut contre son entourage proche c'est-à-dire l’épouse de Mugabe dont le gout immodéré pour le luxe, les richesses matérielles spoliées  est connu. Cette critique est de la même antienne que l’expression en langue Wolof : «Bour Ayoul, dakk ya ay ». Nous n’avons que faire de cette logique de servilité monarchique.  L’ Afrique n’a pas seulement  besoin d’un radicalisme  bâti en termes de diatribes sévères contre la politique impérialiste de L’Europe mais aussi d’une critique sans merci contre les régimes pourris , dictatoriaux, capitalistes ou libéraux de L’Afrique.. Les intellectuels, les partis pour une réelle alternative ne peuvent plus se suffire d’une vieille rhétorique consistant en une simple vision victimaire de l’Afrique par des ennemis extérieurs. Ils veulent se débarrasser d’une oppression, d’une exploitation d’où qu’elles viennent, d’ailleurs et de sa classe dirigeante
C’est pour toutes ces raisons que nous appelons à ne pas signer ce plaidoyer d’Aminata Traoré en faveur du régime autoritaire, corrompu, anti-ouvrier, antipopulaire de Robert Mugabe. Au contraire de toute illusion sur un providentiel sauveur que serait l’Occident ou un Mugabe requinqué ou ragaillardi, le salut du peuple zimbabwéen ne viendra que de lui-même. Il passe par son soulèvement révolutionnaire en écho à la solidarité des peuples d’Afrique australe et des forces progressistes et démocratiques dans le monde entier. Le vrai slogan différent de celui d’Aminata Traoré est le suivant :
 NOUS SOMMES TOUS DES ZIMBABWEENS. NOUS NE SOMMES PAS DES MUGABEISTES. NOUS SOMMES POUR DES POUVOIRS POPULAIRES AU SERVICES DES MASSES TRAVAILLEUSES.
Cheikh KASSÉ (seexkasse@yahoo.fr)  et Modou Matar DIA (matar@pt.lu)
*  En français, «Le Roi n’est pas mauvais, c’est son entourage qui est coupable» !  A supposer qu’on soit d’accord avec l’institution monarchique non symbolique, le monarque est responsable en dernier des actes de son entourage. De deux choses l’une, soit il les a choisis dans ce cas il est incapable de bien  choisir ses collaborateurs, soit ces derniers n’en font qu’à leur tête, dans ce cas, il n’est qu’un roi de pacotille qui sert uniquement d’alibi ou de décoration.