Pour une économie des PME et PMI

Publié le par Mahalia Nteby



“C’est dans un environnement où la place de l’Etat est réduite à l’essentiel, c’est-à-dire la construction d’un édifice institutionnel et légal solide, prévisible et absolument impartial, que l’individu et l’entreprise peuvent réaliser le maximum de leur potentiel.”

Charles De Smet (Institut Hayek)

 

La pré-campagne présidentielle a commencé. Il faut espérer qu’elle ne se limitera pas à «pour ou contre Gbagbo» et qu’elle donnera l’opportunité aux Ivoiriens d’assister à des débats d’idées et à une confrontation de projets. Tout le monde a le droit d’être candidat, les chercheurs de pouvoir ne manquent pas, le peuple votera au suffrage universel et c’est sa volonté qui s’exprimera. Un gouvernement met exactement en œuvre ce que veut le peuple dans tous les domaines: armée, énergie, impôts, inflation, chômage, urbanisme, éducation, politique étrangère. Donc, si ce qui existe est le reflet de ce que désire le peuple, alors celui-ci maintiendra le statu quo. Mais si le peuple veut autre chose que ce qui existe actuellement, alors un candidat qui le proposerait aura plus de chance d’être élu. Il est donc important que la volonté du peuple soit éclairée pour que son choix soit motivé et non pas seulement émotionnel.

En dehors de demander aux Ivoiriens de voter pour le Président Laurent Gbagbo, le Front Populaire Ivoirien (FPI) a une ligne de discours politique et économique qu’il souhaite proposer aux électeurs lors de meetings et autres rencontres. Il est incontestable que le prochain Président de la République sera confronté à la nécessité de relancer l’économie. Or que constatons-nous?

En Côte d’Ivoire, des milliers d’entreprises de type PME (petite et moyenne entreprise) et dans une moindre mesure PMI (petite et moyenne industrie) se créent chaque année. Et c’est grâce à elles que l’économie, pendant la période de crise, ne s’est pas effondrée. Or, globalement parlant, 80 à 85% de ces entreprises disparaissent purement et simplement dans les cinq années qui suivent leur création, alors qu’une autre partie glisse progressivement vers l’informel en fuyant les services du fisc et des organismes de cotisation. Cette situation est fort déplorable, car les initiatives ne manquent pas, et la volonté d’entreprendre est de plus en plus forte en Côte d’Ivoire. Mais la réalité prouve que seule une infime portion de ces entreprises devient pérenne. Les conséquences sont multiples. La richesse qu’auraient produite ces entreprises est perdue pour la Côte d’Ivoire. Les employés de ces entreprises sont souvent laissés à un triste sort et bien entendu, le manque à gagner pour les caisses de l’État devient très vite colossal. Tout le monde y perd.

Les causes de cette situation sont variées. Le point commun à toutes ces entreprises est la faiblesse de leur capitalisation et leur incapacité à engranger des ressources nécessaires auprès des banques et des établissements de crédit, afin de faire face à un besoin de financement ou à une tension temporaire de trésorerie. S’ajoutent à cela le manque de volonté des banques à sortir de leurs secteurs traditionnels de financement et à adapter leurs ressources aux besoins d’un marché en pleine mutation, le refus de certaines d’entre elles de soutenir des PME locales, ainsi que le manque de savoir-faire des entrepreneurs dans le montage de dossiers à valeur sûre intéressants pour les institutions financières.


A ces aspects se greffent des considérations plus techniques. Bien souvent, les entrepreneurs ne disposent
pas de compétences suffisantes en matière de gestion. Ne comptant que sur leur expérience du métier qu’ils veulent promouvoir, ils négligent toute la partie concernant la gestion comptable et administrative. Cette ignorance éloigne petit à petit leurs entreprises de l’administration fiscale et des organismes de cotisation. Elles deviennent alors un nouveau genre de sociétés, régulièrement enregistrées mais informelles au regard de l’acquittement des taxes fiscales et des charges sociales. Certains de ces entrepreneurs, misant uniquement sur la qualité de leurs produits et services pour gagner des parts de marché, font abstraction de toute autre  démarche commerciale et perdent par conséquent la possibilité de générer du chiffre d’affaire additionnel, renforçant par là-même la situation de marginalisation vers laquelle ils glissent.

Il est navrant de constater que, sous nos cieux, les grandes entreprises ainsi que les grandes administrations de l’Etat nourrissent souvent une certaine méfiance à l’endroit des PME locales, leur préférant généralement des entreprises françaises ou tenues par des Occidentaux, alors que dans tous les pays qui se développent, l’État est le premier levier de lancement et de développement des entreprises locales. Et même s’il faut reconnaître que certaines PME autochtones ont pu laisser des souvenirs périssables, l’on ne coupe pas un arbre fruitier parce que l’on y a découvert un insecte.


A l’issue de ce constat, deux solutions peuvent être proposées.

Tout d’abord, la création d’une structure d’appui aux PME et PMI par l’Etat n’est pas seulement utile, elle est nécessaire. L’attribution principale de cette entité devrait être d’accompagner l’établissement des entreprises concernées en leur offrant des conseils et des prestations en gestion
et en finance. Un jeune entrepreneur qui s’installe pourrait ainsi bénéficier des services de cette structure en matière de comptabilité, de relations avec les organismes de cotisation et du fisc, et même de démarche commerciale. La prestation pourrait être constituée par des formations ou même par un suivi direct de l’entreprise par un agent de la structure d’appui. L’entrepreneur serait ainsi provisoirement déchargé des préoccupations de gestion et de comptabilité. Dans un premier temps ces prestations pourraient être gratuites sur une période de deux à trois ans, puis payantes sur les trois années suivantes.

Cette option pouvant être jugée déresponsabilisante, une alternative serait de faire prendre en charge par la structure d’appui une partie du salaire de certains collaborateurs clé de la PME (comptables, commerciaux) pendant les trois premières années et de leur offrir l’accès à des formations (fiscales, comptables, commerciales ou managériales) gratuites sur une période de six ans, si le dirigeant de la PME a recruté lesdits employés au sein d’un pool de chercheurs d’emploi recensés par la structure ou les agences étatiques existantes. La structure offrirait également un soutien dans le montage des dossiers financiers à soumettre aux banques.

Après six années d’exploitation en mode coaching, l’on peut estimer que les PME sont sorties de la période de risque élevé de disparition. L’entrepreneur formé, son entreprise est opérationnelle et peut donc évoluer normalement, comme toute autre société. Dans certains pays, comme la France, l’État met des locaux à disposition des jeunes entreprises pour une durée limitée. On a également déjà vu par le passé des financements octroyés par la Banque Africaine de Développement servir de fonds de garantie à des PME. Dans le cas posé ici, un tel fonds pourrait à la fois servir à la mise en place et à l’exploitation de la structure de soutien en question, en même temps qu’il procurerait une garantie aux proje
ts de valeur sûre dont le dossier aurait été monté par la structure. A travers cette dernière, on peut également envisager une plate-forme de bourse d’entreprises, où des PME et PMI pourraient mutualiser leurs ressources ou être encouragées à procéder à des fusions.

L’autre volet de cette proposition est d’aider à la professionnalisation des petites et moyennes entreprises. Il est bien connu que les PME n’ont pas le profil exigé, ni en terme de capacité financière, ni en terme de compétences, pour accéder aux grands marchés publics. Seules les grandes entreprises et les multinationales sont concernées par ces marchés à hauts profits, réduisant les PME à la portion congrue du secteur privé, où elles ne sont d’ailleurs souvent pas mieux loties.

L’idée serait donc d’adopter une législation qui obligerait toutes les grandes entreprises gagnant un marché public de l’État ou d’une collectivité locale à sous-traiter un pourcentage (20% par exemple) de la valeur totale du marché à une PME locale, comme cela se fait aux Etats-Unis. L’intérêt est double : d’abord, ce dispositif permettrait à ces PME d’avoir accès aux marchés publics, et donc de faire du chiffre ; ensuite il leur offrirait l’opportunité d’acquérir de l’expérience en se frottant aux exigences et au savoir-faire des grandes entreprises. Bien entendu, la grande entreprise ou la multinationale demeurerait seule responsable de la bonne exécution du projet, ce qui l’obligerait à suivre de près les travaux de la PME et à l’encadrer. Ce partenariat s’accompagnerait donc d’un transfert de compétences.

En tout état de cause, il ne s’agit pas pour l’État d’entraver ou de s’immiscer dans la liberté de commercer, mais plutôt d’inciter à la création et à la pérennisation d’entreprises privées. Certains pays européens ne se sont développés qu’avec le concours des PME et PMI, comme la Belgique qui est souvent citée en exemple, ou la Suisse qui, ne vivant que de services, dispose dans son réseau de banques, d’établissements financiers et de sociétés qui sont pour la plupart des PME. En Côte d’Ivoire, il est vrai que le CEPICI (Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire) existe et est chargé de la promotion des entreprises. Mais il semble bien plus porté vers les entreprises étrangères et les grands groupes et, dans tous les cas, ses attributions ne sont pas celles développées ici.

La mise en place de ce type de démarche contribuerait à asseoir durablement l’implantation et le développement de PME, dont la réussite serait un modèle pour d’autres jeunes entrepreneurs. L’État aurait ainsi lancé de nouvelles valeurs de réussite sociale, différentes du traditionnel cheminement qui passe par l’entrée à la fonction publique, la nomination à la tête d’une société d’Etat, puis la participation à un gouvernement. Ce modèle de réussite sociale par la politique doit être cassé au bénéfice de l’action privée que l’État se doit de promouvoir et d’accompagner par des mesures incitatives. La liberté et l’économie sociale de marché s’en trouveraient renforcées, pour le bien de tous.


Par Pr. Mamadou Koulibaly*, in Fraternité Matin, le 13 décembre 2008 

(*) Député, Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et Professeur en Economie

Publié dans Côte d'Ivoire

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