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Bluff

Côte d'Ivoire: Une coopération sans contraintes, sans menaces, sans exigences ni humiliations

 

Le Président de la République trace les nouvelles lignes de l’ouverture de son pays au monde.

«Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. Nous coopérons avec la République populaire de Chine sans que nous ayons des exigences politiques». Et le Président Laurent Gbagbo de préciser : si l’Afrique va à l’assaut de la Chine, c’est parce que «les Africains ne se sentent pas humiliés quand ils coopèrent avec la Chine».

Comment coopérer avec l’autre dans une relation de respect mutuel? Comment aller vers l’autre sans que l’autre ne vous impose des exigences, des contraintes, des humiliations ?  La Côte d’Ivoire, dans sa nouvelle diplomatie, veut se positionner, dans son rapport avec l’autre, comme un pays à respecter, et non un pays à soumettre, non comme un Etat à humilier. La Côte d’Ivoire, dans sa diplomatie, exige respect et réclame un traitement de réciprocité.

Le Président de la République, profitant de la pose de la première pierre de l’hôpital général de Gagnoa (un projet financé par la Chine), samedi dernier, a tenu un discours qui trace, avec fermeté, les lignes de la diplomatie ivoirienne : «Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Si l’on nous humilie, nous irons vers ceux qui ne nous humilient pas». Une ligne claire, qui installe la Côte d’Ivoire dans une diplomatie ouverte sur un monde qui célèbre le respect et la considération de l’autre. Une vision qui s’inscrit dans le refus des contraintes et des exigences qui prennent souvent des allures de chantage : «les milliers de conditions imposées dans le cadre de la coopération avec les autres sont une humiliation» que la Côte d’Ivoire ne peut accepter. D’autant qu’il est clair pour le Président Gbagbo que «les relations internationales consistent à entretenir des relations gagnants-gagnants», et que le premier acte de victoire d’un pays, «c’est de ne pas se sentir humilié». Celui qui ne l’aura pas compris, dira le Chef de l’Etat ivoirien, «ne pourra pas entretenir de relations décontractées avec l’Afrique».

Si l’Afrique, selon lui, «
va en Chine, c’est parce qu’avec la Chine, elle ne se sent pas humiliée. C’est ce que je veux expliquer à l’humanité tout entière. J’en parle en tant que Chef d’Etat qui a entendu certains de ses pairs gémir d’avoir tant été humiliés. L’aspect psychologique des peuples des pays du Tiers monde n’a pas été compris. Or, quand un peuple vous dit qu’il n’a pas peur de la mort, il faut le regarder autrement et le traiter autrement».

Réaffirmant les bonnes relations de la Côte d’Ivoire avec la Chine (une seule Chine), il donnera, sans ambages, son point de vue sur le Tibet : «Le Tibet est à la Chine depuis toujours. Si le Tibet a tant intéressé le monde, c’était à cause des Jeux olympiques. Les Jeux finis, plus personne ne s’intéresse au Tibet». Sur ce point, il précisera : «la diplomatie de provocation et la diplomatie d’humiliation, ce n’est pas bon». Sur la même lancée, il ajoutera : «je me réjouis que les dirigeants de Taïwan soient prêts à négocier». Parlant des Etats-Unis, il dira : «je me réjouis aussi qu’aux USA, nous ayons un nouveau chef qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant lui. Il faut que les gens se parlent. Il faut que les gens négocient. J’ai bon espoir que nous entrons dans une période plus détendue. La nouvelle diplomatie américaine donne des signes rassurants. Parce que tous les problèmes ne se règlent pas par la force. Quand Obama dit qu’il tend la main à l’Iran, il tient un discours d’un homme responsable».

Et de revenir à la Chine, en s’adressant à SEM. Wei Wenhua, son Ambassadeur accrédité en Côte d’Ivoire : «Excellence, restez sur la ligne sur laquelle vous êtes : le respect des pays du Tiers monde, la non humiliation, la non menace».

Le monde change et exige une diplomatie de respect, de dialogue et de consensus. Le monde change et la crise financière internationale, qui a fait effondrer les assises de l’économie mondiale, nous rappelle qu’un monde nouveau doit se construire sur la solidarité et la prise en compte de toutes les nations. La dégradation climatique nous renvoie à cette exigence vitale.

L’appauvrissement mondial interpelle tous les pays, surtout les plus riches. Et la Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette diplomatie qui tourne le dos à l’arrogance, à la force, au mépris. Elle veut pouvoir avancer et se construire sur les chemins d’un monde plus juste, d’un monde qui instaure le respect comme sous-bassement de la diplomatie et des échanges entre les Etats. Cela, Laurent Gbagbo l’a redit à Gagnoa: la Côte d’Ivoire va coopérer avec ceux qui ne  l’humilient pas.


Agnès Kraidy
Fraternité Matin
06 Avril 2009
Vendredi 14 mars 2008

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L'auteur de l'article, William Easterly, est professeur d'économie à l'Université de New York et auteur, entre autres, du livre "The White's Man Burden: Why the West's efforts to aid the rest have done so much ill and so little good", paru en français aux Editions l'Organisation sous le titre: "Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ?". Il s'interroge ici sur la réelle efficacité de la philantrophie de M. Gates, fondateur de Microsoft et l'un des hommes les plus riches du monde, dans la lutte contre la pauvreté. 

Ce journal [Le Wall Street Journal, ndlr] a récemment rapporté que Bill Gates déteste mes idées. M. Gates s’est allié avec la bureaucratie de l’aide au développement. Or, cette bureaucratie est notoirement sensible aux critiques de gens comme moi, qui ne trouvent aucune preuve confirmant que les grands projets de «l’industrie» de l’aide au développement aient sorti un quelconque pays de la pauvreté. 

M. Gates semble croire que la solution au problème du développement est de persuader les entrepreneurs de répondre aux besoins des pauvres en promouvant la philanthropie d’entreprise. Cette dernière est fondée sur une motivation liée à la reconnaissance. Historiquement, on remarque malheureusement que cet argument n’est pas valable. D’abord, la motivation fondée sur la reconnaissance a démontré qu’elle pesait très peu en comparaison avec la motivation du profit. Sinon, il y aurait beaucoup plus que les 5,1 milliards de dollars donnés chaque année par la philanthropie d’entreprise américaine au Tiers Monde (chiffres de 2005). Ce chiffre représente en effet seulement 0.0004 % des 12400 milliards de dollars de la production américaine sur le marché. Le fait que l’entreprise GAP donne quelques centimes par T-shirt vendu à la lutte contre le Sida en Afrique est-il vraiment le seul espoir des pauvres ? 

Par contraste, la recherche du profit dans le système de libre entreprise a considérablement amélioré le sort des travailleurs pauvres. En effet, les entrepreneurs investissent, ce qui permet d’accroître la production et donc les profits. Ils cherchent les progrès technologiques qui permettent de produire plus. Grâce à l’aide de machines plus performantes, les travailleurs génèrent plus de richesses. Avec un marché du travail concurrentiel, la demande des entreprises en travailleurs plus productifs s’accroît, élevant ainsi leurs salaires. La croissance régulière des salaires tire ainsi de la pauvreté les travailleurs non qualifiés. 

Le nombre de gens incapables d’acheter de la nourriture pour leurs enfants est bien plus faible que ce qu’il a été par le passé – grâce au système de libre entreprise. Ce dernier n’a pas créé la malnutrition, il l’a réduite. La mondialisation depuis les années 1950 jusqu’à aujourd’hui a accru le revenu annuel moyen mondial de 2000 dollars à l’époque à 7000 dollars aujourd’hui. Contrairement à une légende populaire, les pays plus pauvres ayant choisi au départ la libre entreprise, ont alors connu des taux de croissance similaires à ceux des riches. Cette croissance a donné la plus impressionnante sortie de la pauvreté de l’histoire de l’humanité. 

Les régions du monde qui sont toujours pauvres souffrent d’un manque de liberté d’entreprise. L’investissement direct étranger en Afrique, bien qu’en hausse, ne représente que 1% des flux mondiaux aujourd’hui. La raison en est que l’environnement de l’investissement privé en Afrique est toujours hostile. Même s’il existe en Afrique des success stories de pays et d’entreprises, cela est loin d’être suffisant. 

M. Gates a aussi annoncé que sa fondation a entamé un «partenariat qui donne aux paysans africains un accès au marché du café de première qualité, avec l’objectif de doubler leurs revenus grâce à leurs cultures». Cela suffit sans doute pour aider quelques paysans producteurs de café rwandais et kenyans, mais cela ne permettra pas d’initier la dynamique de développement, fondée sur la libre entreprise. Les obstacles majeurs aux exportations dans les pays pauvres sont intérieurs : corruption ou conflits politiques. Ce n’est pas parce que les pays riches n’achètent pas assez de café de première qualité. 

En outre, comment les philanthropes choisissent-ils le produit qui va devenir le moteur de croissance d’un pays ? Les recherches concluent pour la plupart que la stratégie de «sélection de projets gagnants» à travers la politique industrielle de l’Etat s’est avérée être un échec. Les projets «gagnants» sont trop imprévisibles pour être découverts par des bureaucrates, et encore moins par des philanthropes extérieurs. Pourquoi l’Egypte s’est-t-elle accaparé 94% des importations italiennes en céramiques de salle de bain ? Pourquoi l’Inde, une économie avec très peu de travail qualifié, est-elle devenue un géant en technologies de l’information et en délocalisations de services qui requièrent du travail qualifié ? Pourquoi le Kenya a-t-il gagné 39% des parts du marché européen de la fleur coupée ? Pourquoi le petit Lesotho est-il devenu un exportateur majeur de textiles vers les Etats-Unis ? Pourquoi les Philippines se sont emparées de 72% du marché mondial des circuits intégrés ? Parce que des entrepreneurs motivés par le profit ont cherché le succès, et ce, sans planification publique. 

Bien sûr, il faut laisser ceux que la libre entreprise a enrichi essayer de faire le bien pour ceux qui sont encore pauvres, comme a admirablement choisi de le faire M. Gates. Mais ce mélange «New-Age» d’entreprise, de philanthropie et de besoin de reconnaissance ne mettra certainement pas fin à la pauvreté. L’histoire a montré que le système de libre entreprise motivé par le profit est le meilleur espoir pour les pauvres. 

Par William Easterly in The Wall Street Journal, le 07 mars 2008 (traduction in unmondelibre.org)

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Grands dossiers
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Do not leave Africa in scramble



To many minds, Africa is a picture of hopeless misery: afflicted by poverty, scarred by corruption and ravaged by Aids and war. These facts are true, but they tell only half the story. In many sub-Saharan African countries output briskly outpaced population growth during the last decade, leading to sustained growth in income per capita and promising a lasting escape from poverty.

Behind the success lies many African leaders’ willingness to adopt solid macroeconomic policies and move towards more transparency and less red tape. Economic integration with the world deepened and trading relations diversified. Record-breaking prices boosted commodity exporters’ incomes. The private sector’s success, for example in telecommunications, showed that Africa does not lack good business opportunities. Before the crisis, countries such as Ghana were on course to escaping aid dependence by entering global capital markets.

But Africa is now slipping. Foreign direct investment has shrivelled. Capital markets have seized up as funds flee to the safety of rich-country sovereign bonds – with which the market is flooded. The price of trade credit has soared, sharply halting trade flows, with commodity exporters suffering additionally from the drop in prices.

As tax revenues fall and demands on public services rise, governments without large savings are in a squeeze. African leaders warn of a popular backlash: if the public suffers undeserved pain after governments followed what rich countries told them to do in the 1990s, economic growth and democratic stability are at risk. Already coups and riots are on the rise.

The world’s leading countries must act to end the global crisis as soon as possible. In the meantime, Africa should not be a casualty of other priorities. African governments that have shown a commitment to sound policies must be helped to fill temporary funding gaps. And rich countries should quickly prop up trade finance: it would do much good and cost little.

Development aid
can do ill as well as good; the long-term goal must be to get rid of it. But that is no argument against short-term crisis assistance, which has been provided – quickly – to small and relatively rich European countries; many African countries need the same. Moreover, rich countries made aid promises at the Gleneagles summit that they have yet to fulfil.

The potential cost of the crisis in Africa is not just unemployment; it is starvation, civil war and the closing of an escape route from poverty. That is a price the world cannot afford to pay.


Editorial
Financial Times
Le 16/03/2009

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