Je vois l'Afrique se lever

Publié le par Mahalia Nteby

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Assis à la table des conférenciers, je regardais les différents visages autour de moi, et chacun semblait raconter une histoire, une histoire africaine, une histoire de pouvoir, de créativité, de courage et de résistance. Et dans les visages des non africains, je lisais de grandes attentes, comme s'ils disaient : «Afrique lève-toi, lève-toi» ! Comme si chaque visage chantait «c'est le moment» encore et encore.

ll est temps pour l'Afrique de faire le point sur ce qu'elle est et a été, et de se positionner pour un enjeu plus grand sur la plateforme mondiale. Autour du thème de la conférence «positionner l'Afrique pour le 21 ème siècle», beaucoup d'idées ont été partagées, et beaucoup de voies explorées. La conférence de deux jours a commencé le 12 novembre 2007 et a réuni 104 leaders politiques, acteurs de la société civile non marchande et hommes d'affaires venant de plus de 13 Etats africains, des Etats-Unis, d'Europe et du Moyen Orient. 

Je crois que l'Afrique reste pour la planète entière un grand partenaire commercial, sans lequel le monde ne serait pas où il est aujourd'hui ; et ce qu'il reste à faire au continent, c'est de posséder le pouvoir de l'unité et de rapatrier les bénéfices de ce commerce. Mon continent a largement contribué à la civilisation du monde par ce qu'il a donné en termes de travail, de gouvernance, de défense et de sécurité, d'éducation, mais aussi de médecine, de musique et de danse, de technologie, d'agriculture, de commerce, ou encore de religion, de tourisme, d'ingénierie, de possibilités en affaires et bien d'autres domaines de l'activité humaine. 

Il ne reste aux peuples, aux gouvernements et aux sociétés qu'à commencer à envisager un cadre plus large ; ils doivent voir au-delà des limites politiques, religieuses, ethniques et nationalistes afin d'embrasser la perspective d'une Afrique plus grande dans tous les sens du terme. Ma vision est celle d'une Afrique qui dépend d'une nouvelle génération de leaders ouverts à l'idée de partage du pouvoir, contrairement aux groupes actuels qui sont prêts à sacrifier tout le continent pour des intérêts égoïstes. 

Ma vision de l'Afrique est celle d'un continent où le système éducatif donne aux futurs leaders une énergie qui amène l'Afrique vers le monde. Je vois beaucoup de pays africains se rallier à l'Union Africaine. Je vois une nouvelle génération de leaders décidés à arrêter les guerres sur le continent. Je vois l'Union Africaine guider l'Afrique vers le nouvel ordre mondial du 21 ème siècle. 

Je vois des médias africains émergeants célébrant la renaissance du continent. Je vois des médias qui vont influencer le continent pour construire des démocraties plus fortes, de meilleures infrastructures, une meilleure sécurité et une meilleure défense, une bonne gouvernance, plus de sécurité alimentaire pour enfin résoudre peu à peu d'autres problèmes liés au sous-développement; afin de réduire considérablement les conflits politiques, la corruption, le paludisme, le Sida et d'autres maladies, la violence et la criminalité ; les violations des droits des hommes, des femmes et des enfants, et les autres maux du sous-développement. 

Je vois un système africain de gouvernance qui transcende les barrières coloniales, reconnaissant ainsi la vraie nature et la complexité de l'esprit de l'Afrique. Je vois un système de gouvernance mené par le peuple et dont la quête serait de reconstruire l'Afrique, réécrire son histoire et déterminer son avenir. Ce dont l'Afrique a besoin, c'est d'utiliser tous les outils disponibles dans cette campagne ayant pour but de passer de la perception d'une Afrique sévèrement pauvre, dépendante de l'aide, déchirée par la guerre et où l'injustice règne, vers celle d'un continent réellement indépendant qui offre à ses peuples les libertés fondamentales : d'expression, d'association, de religion, de l'éducation etc., un continent qui assure un environnement favorable pour les affaires, le commerce et les investissements. 

Je vois une Afrique qui ne dépend pas d'une vieille génération de leaders inamovibles, mais qui cède la place à une jeune génération de leaders dynamiques pour propulser le continent vers la gloire tant espérée ; une jeunesse qui ne sera pas vaniteuse et qui ne se permettra pas d'être manipulée par une minorité égoïste ; une jeunesse qui va imiter les patriarches d'une Afrique libérée, comme Nelson Mandela, Samora Machel, Kwame Nkrumah et d'autres, sans tomber dans le piège de vouloir garder le pouvoir à vie. 

Je vois une Afrique qui embrasse tous ses citoyens quels que soient leur credo, leur couleur, leur ethnie et toute autre forme de discrimination qui gêne évidemment le développement. Je vois une génération d'Africains qui s'étaient installés loin de leur patrie, revenir avec de l'argent, des compétences et des expertises pour investir dans leur terre mère. 

Je vois l'émergence d'une classe moyenne influente qui va soutenir et contrôler ses gouvernants dans l'administration et les finances. Je vois un peuple qui se déplace et commerce librement en Afrique. Je vois également en place une société civile informée, évoluée et éduquée. Je vois un partenariat entre l'Etat et le secteur privé et le développement de politiques économiques communes et intégrées partout en Afrique. 

Oh quelle belle Afrique je vois, libre et puissante ! 

Samuel Svikeyo, in unmondelibre.org, le 1er décembre 2007

Publié dans Edito

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