Je vous souhaite la bienvenue sur SAOTI, le site de l'Afrique digne et libre. Dans cet espace, je publie des articles relatifs à l'indépendance et à la Renaissance africaine, écrits par des journalistes talentueux, que j'ai la chance de compter parmi mes amis. Vous pourrez apprécier les plumes de Melvin Akam, Nathalie Yamb, Ambroise Ebonda, Sylvestre Konin... et aussi quelques uns de mes papiers. Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser vos commentaires! Mahalia Nteby
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Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré
C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette
plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré
aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail.
En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.
«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de
lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec
ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres,
pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.
«Esclaves»
Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il
a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout»,
précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et
parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de
l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec
une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.
«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres
plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle
d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité
par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes
aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations
depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.
«Notre messie»
Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face
aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km,
jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment
l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.
«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart
des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu
continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la
plantation.
Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008
Aujourd'hui, tous les experts s'accordent pour reconnaître que l'endettement des pays africains constitue pour eux un goulot d'étranglement sur le chemin du développement. Les
tentatives de juguler cette bulle de la dette n'ont pas fait défaut. Il y a eu en 1985, le plan Baker (du nom du secrétaire au Trésor américain), en 1989, le plan Brandy jusqu'à l'initiative
PPTE. En effet, rien que dans les années 1990, le continent africain a transféré en moyenne entre 13 et 14 milliards de dollars annuellement à ses «créanciers» bilatéraux et
multilatéraux. Entre 1980 et 2000, l'Afrique a remboursé plus de 240 milliards de dollars au titre du service de la dette. Malgré cela, sa dette a été multipliée par 3,5 passant de 61 à 216
milliards durant cette période. Et pourtant, depuis 1988, la part des arriérés de paiements dans le nouvel endettement du continent est estimée à plus des deux tiers, au point que ces arriérés
constituent près de 30 % du montant de la dette africaine. L'Afrique continue de souffrir de la dette. Ainsi entre 1970 et 2002, l'Afrique a reçu 540 milliards de dollars en prêts et en a
remboursé 550 milliards. Le poids de la dette pénalise surtout les pays d'Afrique subsaharienne. Dans les conditions actuelles, il est illusoire, relève la CNUCED, d'espérer que l'Afrique puisse
réduire la pauvreté de moitié d'ici 2015, conformément aux objectifs du Millénaire fixés par l'ONU. La dette étrangle pratiquement tous les pays pauvres : par exemple, l'Equateur consacre 50 % de
ses ressources à rembourser sa dette, l'Afrique 40%, soit autant que ce qu'elle affecte à l'éducation et la santé. En dépit de l'effort des pays africains pour sortir du sous-développement, le
remboursement de la dette constitue indéniablement un obstacle. Une étude attentive et féconde de cette thématique permet de conclure à un complot contre les pays pauvres. La dette est sans aucun
doute un instrument de domination des pays industrialisés. L'enjeu de cet article est de mettre en exergue la dimension impérialiste de la dette.
Origine de la dette
De façon synoptique, la dette extérieure regroupe l'ensemble des emprunts des agents économiques d'un pays (Etat, mais aussi les entreprises) vis-à-vis de prêteurs étrangers. Dans le passé, les
pays qui ne parvenaient pas à générer une épargne intérieure suffisante pour financer leur essor économique ont recherché des fonds auprès d'autres pays. Les Etats-Unis ont fait appel à l'épargne
étrangère, en particulier pendant la période antérieure à la guerre de sécession, de 1835 à 1860. De la même manière, la Russie a eu besoin de fonds extérieurs pour assurer son développement dans
les trois décennies qui ont précédé la première guerre mondiale et la révolution communiste. L'aide étrangère, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, est l'émanation de la phase qui a suivi la
seconde guerre mondiale. Son origine remonte au plan Marshall, dont l'application a amené les Etats-Unis à transférer 17 milliards de dollars en quatre ans à l'Europe, soit l'équivalent d'environ
1,5% du PNB américain, pour la reconstruction de l'Europe. La fin des années 60 a vu se développer une surabondance de dollars dans les circuits financiers occidentaux.
La reconstruction d'après-guerre des économies européennes stimulé par le plan Marshall avait injecté des quantités massives de dollars qui se voyaient inutilisées puisque cette période de
reconstruction était terminée. Dès lors, il se créait ainsi un marché des eurodollars, lequel marché s'est accru de l'arrivé des «pétrodollars» issus des chocs pétroliers de 1973 et de
1979. Par ailleurs, la concurrence inter-impérialiste acharnée, à la recherche de nouveaux marchés afin de débrider des économies menacées d'engorgement ne manque pas validité. La crise de la
dette va surgir avec le développement de la dette. Ces prêts étaient facilement accessibles sans conditions rigides et allaient quasiment dans les poches des bourgeoisies locales. Il s'agissait
pour les américains de «contenir le communisme» autour du périmètre du bloc soviétique, tout en essayant d'assurer l'accès des Etats-Unis aux matières premières dont leur industrie avait
besoin. On estimait en outre que le développement favoriserait à la fois la sécurité et les intérêts économiques, en réduisant l'instabilité et en associant les nouvelles nations à l'ordre du
monde capitaliste. C'est à la suite des américains que les pays européens et en particulier la France et le Royaume-Uni apportent leur appui à leurs anciennes colonies.
Conséquences de l'endettement
La rareté des revenus par la faute des remboursements de la dette, les programmes de développement et les services sociaux ont été sérieusement perturbés. Les classes les plus pauvres paient le
lourd tribut des PAS. En trente ans, les pays africains ont vu 400 milliards de dollars quitter le continent, alors que la dette globale de l'Afrique est de 215 milliards de dollars. Plus de 13
milliards de dollars par an ont fui, soit "un pourcentage vertigineux" de 7,6 % du produit intérieur brut (PIB) annuel, entre 1991 et 2004, ce qui fait de l'Afrique «un créancier net
vis-à-vis du reste du monde», précise Janvier Nkurunziza, économiste à la Cnuced. Depuis vingt-cinq ans, la dette et l'ajustement structurel fracassent l'Afrique et la vie de la plupart des
quelque 850 millions d'Africains. Entre 1997 et 2002, les pays africains ont envoyé l'équivalent de 45,5 milliards de dollars à leurs riches créanciers, dont 34,8 pour la seule Afrique du Nord.
La dette provoque donc une véritable hémorragie de capitaux pour les pays les plus pauvres, les privant de ressources nécessaires à la satisfaction des besoins humains fondamentaux. La dette
opère donc une ponction insupportable sur les budgets des pays du Sud, les empêchant de garantir des conditions de vie décentes pour leurs citoyens. En moyenne, 38 % des budgets des pays
d'Afrique subsaharienne vont au remboursement de la dette. Il est immoral de demander en priorité le remboursement de la dette pour des créanciers aisés ou des spéculateurs plutôt que la
satisfaction des besoins fondamentaux. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette ou se maintenir au pouvoir, les gouvernements sont prêts à surexploiter et à brader
les ressources naturelles, à mettre en péril la biodiversité, à favoriser la déforestation, l'érosion des sols, la désertification. En Afrique, 65 % des terres cultivables ont été dégradées au
cours des cinquante dernières années.
Dimension impérialiste de la dette
Depuis les années soixante, la France confisque l'indépendance de ses anciennes colonies africaines en y maintenant un système d'exploitation clientéliste et néocolonial. Entre l'Angola soutenu
par Cuba et le Congo-Brazzaville marxiste des années 70, le Congo de Mobutu représente pour eux un allié stratégique face au bloc soviétique. Afin de sauver les apparences, Mobutu adopte un
discours nationaliste et donne à son pays le nom de Zaïre, mais il est absolument soumis aux exigences des Etats-Unis et de leurs alliés. Ces derniers ferment les yeux devant les pratiques
despotiques de Mobutu et ne reculent devant aucun sacrifice pour maintenir le Zaïre sous influence. L'aide «au développement» et les prêts au tyran vont bon train, peu importe l'usage qui en est
fait. La dette du Zaïre et la fortune de Mobutu explosent simultanément. Le stock de la dette passe de 32 à 300 millions de dollars entre 1965 et 1970, près de 5 milliards en 1980 et environ 13
milliards en 1998. Dans le cas du Zaïre, la dette de ce pays s'élevait en 1982 à 4,2 milliards de dollars, ce qui, selon les chiffres officiels, est inferieur à la fortune personnelle du
dictateur Mobutu et de son clan, laquelle représentait «entre 4 et 6 milliards de dollars soigneusement investis dans des comptes suisses ou en biens immobiliers à l'étranger» (revue de
l'OCDE).
On profite ainsi de la dette pour recoloniser les secteurs clés, on privatise, on en fait profiter les mêmes entreprises (Bouygues, Bolloré et compagnie...). Et au passage, on efface des ardoises
compromettantes, notamment, en Côte-d'Ivoire, le recyclage des fausses factures des HLM franciliennes vers les caisses du RPR. Des dictateurs ont été portés au pouvoir dans ces pays avec l'aide
de la France, des USA et du Royaume-Uni. Pour les pays anglo-saxons, en ce qui concerne le continent africain, on peut citer les cas d'Abacha (Nigéria), de Mobutu (ex-RDC), d'Arap Moi (au Kenya)
qui ont détenu pour certains le montant du PIB de leur pays dans des banques en Europe ou aux USA. Pour la France, les cas d'Houphouët Boigny mis en place par le système gaulliste (en Côte
d'Ivoire), d'Omar Bongo (au Gabon), de Sassou Nguesso pour lequel la France et la compagnie Elf ont financé la reprise de pouvoir au Congo-Brazzaville en 1997 mais aussi de Mobutu soutenu par les
réseaux françafricains dans les années 1990 alors que ce dictateur était lâché par les anglo-saxons. Les dictateurs françafricains pillent allègrement leur pays en investissant massivement cet
argent détourné en Europe ou aux USA. Ils sont nombreux les «néogouverneurs françafricains» qui ont pu piller les richesses de leur pays avec les encouragements tacites de Paris :
Bokassa, Patassé, Bozizé en Centrafrique, Bongo au Gabon, Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire, Mobutu en RDC, Ismaël Omar Guelleh à Djibouti, Habyarimana au Rwanda, Sassou Nguesso au
Congo-Brazzaville, Idriss Déby au Tchad, Eyadéma père et fils au Togo.... Soucieux de leurs intérêts économiques et géopolitiques, la France, les USA et le Royaume-Uni ont soutenu l'arrivée de
ces dictateurs ou/et leur maintien au pouvoir.
Le rôle de la France dans les organisations internationales lui donne des responsabilités écrasantes, par exemple au FMI et à la Banque mondiale. Pendant quatorze ans le directeur du FMI, a été
par deux fois, l'ancien directeur du Trésor en France. On ne peut pas dire qu'il était contraint d'appliquer ces cyniques politiques contre son gré, la France a donc défendu, soutenu, mis en
place des politiques ultra-libérales. Elle continue de jouer un rôle qui va au-delà de son poids financier dans ces institutions, directement et à travers l'Europe qui est l'actionnaire principal
du FMI. A travers ses conditionnalités, le FMI prend le contrôle des économies africaines au profit des pays industrialisés et leurs multinationales. Les conditionnalités ne sont ni plus ni moins
la prise en main de la politique économique d'un pays par les pseudos experts du FMI, remettant ainsi en cause l'indépendance et la souveraineté de ce pays. Le phénomène de la dette a accompagné
le mouvement des différents impérialismes vers les conquêtes de nouveaux marchés pour y écouler leurs produits et y piller les ressources en matières premières des pays emprunteurs. Le
développement de la dette a trouvé essentiellement son origine dans la caractéristique principale de l'impérialisme, à savoir la domination du capital financier, la prépondérance de l'exportation
des capitaux sur celle des produits et surtout le caractère autonome des circuits financiers par rapport aux circuits de la production des marchandises.
Au nombre de ces conditions, se trouve la privatisation, qui a dévasté des économies nationales. «Des milliers de travailleurs ont été compressés et le redressement rentable et coûteux a
conduit à l'exclusion de centaines de milliers de personnes des services. Par ailleurs, des flux d'investissements directs attendus et l'accès à la nouvelle technologie ne se sont pas
concrétisées». De plus, cette APD ne se dirige pas en priorité vers les pays qui en auraient le plus besoin et sert avant tout les intérêts géopolitiques du pays donateur : le principal
récipiendaire de l'aide délivrée par les Etats-Unis était pendant longtemps l'Egypte, et l'Inde pour celle du Royaume-Uni. La CNUCED parle de «l'impératif moral d'une responsabilité partagée,
si l'on considère en particulier que les institutions de Bretton Woods ont exercé la plus grande influence sur les politiques de développement dans le continent par le biais des programmes
d'ajustement structurel et des prêts correspondants, lesquels n'ont pas donné les résultats escomptés en matière de croissance et de développement.» En plus ces dettes destinées à des
régimes corrompus sont considérées comme «odieuses». En définitive comme le rappelle la CNUCED, la responsabilité de dette est partagée : «l'idée couramment répandue que le
surendettement de l'Afrique est tout simplement l'héritage de gouvernements africains irresponsables et corrompus. Si cette idée n'est pas entièrement dénuée de fondement, en particulier au
regard de ce qu'a été la politique de la guerre froide, ce sont bien les chocs extérieurs, la dépendance à l'égard des produits de base, des programmes de réforme mal conçus et l'attitude des
créanciers qui ont joué un rôle décisif dans la crise de la dette. Une analyse plus nuancée montre que le profil de la dette est passé de la "viabilité" dans les années 70 à la "crise" dans la
première moitié des années 80, la majeure partie de la dette ayant été contractée entre 1985 et 1995 dans le cadre des programmes d'ajustement structurel et sous la surveillance étroite des
institutions de Bretton Woods.»
Une dette illégitime mérite une annulation pure et simple
La génération actuelle ne peut accepter cette commémoration du passé. Tout d'abord, l'argument «quand on a des dettes, on les paie» ne tient plus dans le cas des pays africains, car la
situation de crise a été déclenchée par des facteurs extérieurs indépendants de leur volonté (hausse des taux d'intérêt, chute des cours des matières premières). De surcroît, cette dette est
largement immorale car elle fut souvent contractée par des régimes non démocratiques, voire dictatoriaux, qui n'ont pas utilisé les sommes reçues dans l'intérêt de leurs populations. Les
créanciers ont prêté en connaissance de cause, pour leur plus grand profit, ils ne sont donc pas en droit d'exiger des peuples qu'ils remboursent. Le prix Nobel Wangari Maathai, , déclarait ceci
«Ce n'est un secret pour personne qu'un grand nombre de prêts a été octroyé à plusieurs dirigeants dictateurs, irresponsables en Afrique et ailleurs, et que l'argent n'a jamais profité à ceux
à qui c'était destiné. Comment pouvez-vous punir les pauvres citoyens, qui n'ont jamais été consultés au sujet des prêts, qui ont été utilisés pour les opprimer, pour renforcer les élites au
pouvoir se montrant coopératives, et pour exploiter les ressources au détriment de la santé, de l'environnement et du bien-être des populations? Ces dettes ont été non seulement mal conclues,
mais sont illégitimes».
La gestion de la dette, estiment des experts, a réduit les budgets des pays en développement. Il n'y a pas assez d'argent pour permettre aux gouvernements de fournir correctement les services de
base dont l'éducation et la santé. Si les dettes sont annulées, l'Afrique et d'autres nations pauvres auront plus de souveraineté pour décider de leurs propres mécanismes de développement, étant
donné que les conditions qui ont précédemment été liées aux prêts ont maintenu les nations pauvres à la merci des nations riches. Depuis 1980, la dette extérieure publique (c'est-à-dire
contractée par les pouvoirs publics ou garantie par eux) à long terme de l'Afrique a continué sa progression effrénée. Celle de l'Afrique subsaharienne a été multipliée par 4, passant de 45
milliards de dollars en 1980 à 175 milliards en 2003. La dette extérieure publique de l'ensemble de l'Afrique est donc passée de 89 milliards de dollars en 1980 à 250 milliards en 2003. Suite aux
plans d'ajustement structurel imposés par le FMI, l'essentiel de la politique économique des pays du Sud est décidée à l'extérieur du pays concerné, notamment à Washington, à Londres, à Paris ou
à Bruxelles . Déjà, la dette a été remboursée plusieurs fois : pour 1 $ dû en 1980, les Etats africains ont remboursé 4 $ mais en doivent encore 2,5 ! Elle a donc cessé de faire l'objet d'un
remboursement équitable dans des conditions régulières, pour devenir un instrument de domination implacable, dissimulant racket et pillage.
Tout compte fait, la dette organise un transfert de richesses des populations du Sud vers leurs riches créanciers. Le droit international reconnaît la nécessité de prendre en compte la nature du
régime qui a contracté les dettes, et l'utilisation qui a été faite des fonds versés. Cela implique une responsabilité directe des créanciers. Ainsi, si un régime dictatorial est remplacé par un
régime légitime, ce dernier peut prouver que les dettes n'ont pas été contractées dans l'intérêt de la nation ou l'ont été à des fins odieuses. Dans ce cas, elles peuvent être frappées de nullité
et les créanciers n'ont qu'à se retourner vers les dirigeants de la dictature à titre personnel. Dans tous les cas, les pays africains devraient cesser de payer ces dettes fallacieuses et
immorales. Thomas Sankara rappelait à propos à la tribune de L'OUA le 29 juillet 1987 : «Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n'avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas
rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu'au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne
pourront jamais payer, c'est-à-dire la dette de sang. C'est notre sang qui a été versé. On parle du Plan Marshall qui a refait l'Europe économique. Mais l'on ne parle pas du Plan africain qui a
permis à l'Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leurs économies étaient menacées, leurs stabilités étaient menacées. Qui a sauvé l'Europe ? C'est l'Afrique. On en parle très
peu.»
L'antidote de la dette
Le service de cette dette extérieure publique est bien sûr très élevé au regard des capacités financières du continent : 20 milliards de dollars en 2003, dont 10,5 pour l'Afrique subsaharienne.
Afin d'y faire face, les institutions internationales prônent sans relâche des réformes économiques pour attirer les investissements privés, provenant notamment des firmes multinationales, à
travers des privatisations ou des prises de participation. Mais ces investissements conduisent souvent à une perte de souveraineté de l'Etat dans des domaines stratégiques (énergie, eau,
télécoms, etc.) et génèrent des profits qui fuient très vite le pays pour gagner la maison-mère des grands groupes et leurs principaux actionnaires. Ces rapatriements de profits se sont élevés à
environ 9 milliards de dollars en 2003 et sont encouragés par la libéralisation de l'économie imposée par les programmes d'ajustement structurel. Au même moment, les institutions internationales
donnent des objectifs. Réduire des trois quarts, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité maternelle. Réduire de moitié, d'ici 2015, la proportion de la population dans les campagnes et dans les
villes privée d'un accès régulier à l'eau potable. Parvenir, d'ici à 2020, à améliorer sensiblement la vie d'au moins 100 millions d'habitants de taudis. Enrayer, d'ici à 2015, la propagation de
la malaria et d'autres grandes maladies, et commencer d'inverser la tendance actuelle. Il est vraisemblable qu'avec la ponction du service de la dette sur leurs revenus, les pays africains ne
pourront pas atteindre ces objectifs .Le recours à la dette doit être une solution ultime et non la solution prêt-à-porter des dirigeants africains.
L'initiative PPTE n'est pas non plus la panacée. Entre 1998 et fin 2004, 28 pays, dont 24 en Afrique, avaient bénéficié du programme PPTE, pour un montant total de 33 milliards de dollars, soit
une réduction «de plus de moitié par rapport aux exportations et aux recettes publiques». Mais, explique la Banque mondiale, «même si la dette extérieure de ces pays était
intégralement annulée, la plupart d'entre eux auraient encore besoin d'une aide extérieure importante, puisque, depuis de nombreuses années, l'aide qu'ils reçoivent dépasse de beaucoup les
paiements effectués au titre du service». Le comble c'est que pour bénéficier de l'annulation de la dette dans le cadre de l'initiative PPTE, il faudra accepter le démantèlement de son
économie par les apprentis sorciers du FMI. Cette fourberie de vouloir être condescendant avec leur initiative PPTE ne sied pas à l'Afrique. Emmurée dans sa grandeur sacrée, la thématique de la
dette a pendant longtemps été manipulée par l'élite africaine sans résoudre le problème de l'endettement. Face à un problème aussi grave, il faut une réponse virile, peut-être celle adoptée ces
dernières années par les pays d'Amérique Latine. Par exemple, le président de l'Equateur, Monsieur Correa a décrété le 4 octobre 2007, une reforme de loi sur les hydrocarbures. Le décret actuel
de Correa vise à ce que la répartition se fasse sur la base de 99% pour l'Etat et de 1% pour les compagnies pétrolières, ce qui rapporterait à son pays 830 millions de dollars annuels. Il est
donc temps que s'arrête les programmes de privatisation et même du paiement de la dette extérieure. N'est-il pas nécessaire de demander un moratoire sur le paiement de la dette des pays africains
?
Dans le cas contraire, Il est temps de revoir de fond en comble les politiques d'emprunts extérieurs des pays africains et l'utilisation de ceux-ci. «Quand il s'agit d'y recourir, les
institutions parlementaires doivent en être saisies et en délibérer». La nécessité de l'adoption d'un mode de développement endogène est opportune. Réduire au minimum le recours aux emprunts
extérieurs en mobilisant l'épargne domestique. Cela passe sans doute par une souveraineté monétaire. Adopter une vision de développement inspirée par les valeurs de la Renaissance politique,
sociale, culturelle, économique et scientifique africaines en développant un consensus des peuples d'Afrique. En accélérant l'intégration économique des grandes régions de l'Afrique, les pays
africains pourront mettre en place des politiques de stabilisation des prix des matières premières par des cartels de producteurs comme l'OPEP. C'est in fine, une refondation des relations entre
les pays du Nord et ceux du Sud qui est ainsi visée. Sans une réorganisation de nos économies et une vision endogène du développement, tout effort et gesticulation sur l'endettement des pays
africains ne seront comme un simple cataplasme. Refusant le conformiste et l'immobilisme actuel, l'Afrique doit adopter une vision iconoclaste afin de montrer au monde qu'elle est capable de
tracer les sillons de son destin.
Une attitude courageuse des pays africains est attendue car il s'agit de la défense de toutes les conquêtes sociales et la défense même de l'existence de nos pays et de leur souveraineté. Il est
temps que s'éveille en nous la fièvre révolutionnaire. Lénine disait un jour à propos du laxisme de sa base «que personne ne vous donnera jamais rien si vous ne sachiez pas prendre
vous-mêmes». Ensemble, avec l'audace et la volonté, nous réussirons ! Vive l'Afrique libre et prospère !
Prao Yao Séraphin
Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine

Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux
Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de
géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de
savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.
Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que
l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du
"Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.
La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire
face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources
d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique
d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.
Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen
lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste
des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?
Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central
allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?
Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant
ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.
Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008