En saluant Foccart, Sarkozy renoue avec la Françafrique

Publié le par Mahalia Nteby



Certains hommages passent inaperçus, d'autres pas. En épinglant la rosette de Chevalier de la Légion d'Honneur à l'avocat Robert Bourgi, Nicolas Sarkozy a salué les talents d'un mentor bien connu du village franco-africain. Un certain... Jacques Foccart. 

La scène s'est déroulée jeudi 27 septembre à l'Elysée, devant les représentants de quelques-unes des grandes démocraties du continent: Angola, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale... Dans le rôle du récipiendaire, le franco-libanais Robert Bourgi. Officiellement avocat, ce grand polyglotte est surtout, depuis des décennies, l'émissaire des petits et grands secrets du "village". En 1998, il avait constitué à la hâte l'Association internationale pour la démocratie, afin de recruter treize juristes chargés de valider la très régulière élection présidentielle gabonaise. Dans cette équipe, dont les frais étaient assumés par le régime de Libreville, on trouvait notamment les avocats Francis Szpiner et Gilles-William Goldnadel, sans oublier l'ancien magistrat reconverti en député UMP Georges Fenech. 

Bref, un homme très utile, surtout lorsqu'il endosse sa casquette de conseiller personnel du président Bongo. D'après Bakchich.info, Robert Bourgi serait devenu sarkozyste en décembre dernier, quittant avec pertes et fracas les rangs villepinistes. 

Quelques références obligées et une saillie 

Après quelques références obligées -De Gaulle, Houphouët-Boigny et le très coopérant Michel Aurillac-, le président de la République livre une première indication sur sa (nouvelle?) politique africaine: 

"Je veux le dire, cher Robert, car je sais combien la destinée du continent africain t'est chère: la France demeurera aux côtés de l'Afrique. C'est le sens très clair de la première grande visite internationale que j'ai effectuée, peu après mon élection, en Afrique. C'est également ce message que j'ai délivré au doyen des chefs d'Etat africains, le Président Omar Bongo, que je salue amicalement au travers de ses proches qui sont parmi nous.

Oublié le président sénégalais Abdoulaye Wade, hôte de la première étape du voyage. Enterrée l'Afrique anglophone, dont Sarkozy ne dit pas un mot. Mais le meilleur est pour la fin. N'y tenant plus, le Président trace en quatre phrases un merveilleux hommage que chacun a pu décrypter à son aise: 

"Je sais, cher Robert, pouvoir continuer à compter sur ta participation à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion. Je sais que, sur ce terrain de l'efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n'es pas homme à oublier les conseils de celui te conseillait jadis, de 'rester à l'ombre, pour ne pas attraper de coup de soleil'. Sous le chaud soleil africain, ce n'est pas une vaine précaution. Jacques Foccart avait bien raison.

Tous les observateurs ont compris le message. Fin de la partie de rigolade, revenons aux bonnes vieilles méthodes qui ont fait leur preuve. Pour les profanes (et les jeunes), Jacques Foccart fut "l'homme de l'ombre" du gaullisme en Afrique. Officiellement secrétaire général aux Affaires africaines et malgaches, "Binot", comme l'appelait les résistants de Mayenne, régna pendant des années sur le 11e Choc, service action du Sdece, les services secrets français. Tout en ayant une main sur le SAC (Service d'action civique). De 1958 à sa mort en 1997, pas un coup tordu ne lui aura échappé. En somme, la "rupture" africaine n'aura pas duré plus d'un été. 

David Servenay in Rue89, le 2 Octobre 2007

Publié dans Politique africaine

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