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Bluff

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Lundi 3 septembre 2007

Depuis quelques semaines, faisant suite à la parution d’un texte dont il est l'auteur intitulé «Le blues de la République»* dans le journal gouvernemental Fraternité Matin, Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée Nationale, occupe les devants de la scène médiatique ivoirienne. Et son intervention au journal télévisé de 20 heures de la première chaine nationale RTI jeudi dernier n’a visiblement pas contribué à calmer le jeu. Nous avons demandé à l’analyste ivoirienne Mahalia Nteby, bonne connaisseuse de la géopolitique africaine, de nous donner son point de vue sur les raisons de tout le remue-ménage médiatique autour du numéro 2 ivoirien. Une interview de Sylvestre Konin.

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Que pensez-vous des rumeurs faisant cas du prochain départ de Mamadou Koulibaly du FPI ? 

M.N.: Je les trouve très intéressantes, pour plusieurs raisons. En effet, l’observation du contexte, du timing et des méthodes utilisées dans le cadre de ce qu’il convient à présent d’appeler «l’affaire Koulibaly» laisse entrevoir plusieurs pistes d’analyse possibles. 

Tout est parti du silence, certes assourdissant, dans lequel s’est muré le président de l’Assemblée Nationale depuis quelque temps et qui coïncide avec l’annonce triomphale de l’Accord de Ouagadougou par le chef de l’Etat ivoirien. Le professeur Koulibaly, qui avait auparavant fortement occupé les devants de la scène médiatique en sillonnant inlassablement tous les quartiers d’Abidjan avec une campagne de la Paix ayant laissé sur le carreau le parti d’Alassane Dramane Ouattara, en entraînant la migration massive de ses bases et même ses cadres vers le Front Populaire Ivoirien, s'est subitement fait discret dans le paysage politique éburnéen. D’aucuns ont dès lors vite fait de conclure au rejet par le chef du Parlement ivoirien de la solution de sortie de crise proposée et concoctée par Laurent Gbagbo. 

Et cela serait faux ? 

M.N.: Cette interprétation est à tout le moins sujette à caution. Même si l’on peut supposer que l’idée de serrer la main des rebelles ne déclenche pas un enthousiasme délirant chez lui et qu’il est incontestable qu’il privilégie d’éviter la démultiplication d’occasions d’accolades avec ceux qui ont amené la guerre et le chaos en Côte d’Ivoire, le professeur Koulibaly n’est, à mon avis, pas opposé au «processus de paix» version Ouaga. Je rappelle ici qu’il a reçu le porte-parole de la rébellion à son domicile et qu’il a accompagné ce dernier au meeting de la Paix organisé par Charles Blé Goudé à Yopougon en avril dernier. Au cours de ce meeting, auquel ont participé la première dame et des hauts responsables du clan présidentiel, Mamadou Koulibaly a pris la parole pour exprimer clairement son adhésion au principe de l’Accord de Ouagadougou, tout en émettant une réserve sur la chronologie. Selon lui, le désarmement doit avoir lieu avant les audiences foraines. Et même s’il n’a pas été, comme d’autres, jusqu’à danser sur l’estrade du lieu de la cérémonie avec les rebelles, il n’y a aucune place pour les supputations en ce qui concerne la position du président de l’Assemblée Nationale par rapport à l’Accord de Ouagadougou. 

Et son absence remarquée à la cérémonie de la «Flamme de la Paix» à Bouaké le 31 juillet dernier, événement qui a vu la présence de plusieurs chefs d’Etat africains et de quasiment tout le gotha diplomatique, institutionnel et politique ivoirien ? 

M.N.: (Rires) Quand tout le monde ne parle que de la grande fête qui se prépare dans le village voisin et clame son intention d’y participer, il faut bien que quelqu’un se dévoue pour garder la maison, afin que des voleurs ne succombent pas à la tentation de venir cambrioler le domicile qui, de notoriété publique, est inoccupé. En quoi est-il si difficile de comprendre que pour des raisons de sécurité évidentes, il était impossible que les numéros 1 et 2 ivoiriens se retrouvent en même temps à Bouaké ? On ne sait jamais… Avec Gbagbo, Koulibaly et 80% du microcosme politique dans le fief de la rébellion, certains auraient pu éprouver la saugrenue envie de saisir une occasion unique de parachever ce qui n’a pu l’être dans la nuit du 19 septembre 2002 ou en novembre 2004. 

Comment analysez-vous donc le mutisme de Mamadou Koulibaly depuis maintenant presque 9 mois ? 

M.N.: Tout d’abord, ainsi que je viens de vous le rappeler, il est faux d’affirmer qu’il y a eu mutisme. En effet, monsieur Koulibaly s’est bel et bien exprimé, et à plusieurs reprises. J’ai eu moi-même l’occasion de publier trois textes très denses de sa plume depuis le mois de juillet 2007 sur le site Saoti (http://saoti.over-blog.com). 

Ensuite, comme il l’a si bien dit lui-même jeudi dernier, il n’a pas vocation à parler pour parler. Mamadou Koulibaly, l’intellectuel et l’homme privé, est libre de choisir quand, où, sur quoi et comment il s’exprime. Mamadou Koulibaly, le président de l’Assemblée Nationale, agit de concert avec le Président de la République. Lorsque celui-ci lui confie des missions, il les effectue. Lorsque le chef de l’Etat ne le sollicite pas, il ne remplit pas l’espace médiatique. C’est plutôt normal. 

Enfin, l’organisation d’une tournée comme la campagne de la Paix qu’il a effectuée à Anyama, Adjame, Abobo, Port-Bouët, Marcory etc. nécessite forcément des moyens logistiques, matériels et financiers importants. Monsieur Koulibaly ne dispose apparemment pas, comme d’autres, de sources financières soudaines et intarissables. Il agit visiblement en fonction des moyens dont il dispose et cela, tout en étant rassurant sur le plan moral, conduit à une intermittence plus ou moins longue de sa présence en ligne de front. Après une pause régénératrice, il vient d’ailleurs d’annoncer une reprise prochaine de ses meetings, qui cibleront cette fois les militants du PDCI. Cela devrait donc mettre fin aux interprétations approximatives d’un état de chose somme toute naturel. 

Justement, revenons sur les dernières prises de parole du président de l’Assemblée Nationale. Dans un texte intitulé «Le blues de la République», il dénonce les dérives des refondateurs, ce que certains interprètent comme l’indication de son départ prochain du FPI. 

M.N.: Effectivement, Monsieur Koulibaly a reconnu les dérives de certains refondateurs. Il aurait été malhonnête de sa part de nier l’évidence. Comparé à ce qu’il nous est donné d’observer au quotidien, je pense d’ailleurs qu’il a été trop tendre dans ses critiques envers ses pairs et qu’il s’est plus attardé à expliquer, chiffres et faits à l’appui, l’hideuse transformation de la Refondation en Rebfondation au contact – imposé – des rebelles. Cependant, puisque même ses contradicteurs s’accordent à saluer le courage de son acte, ne polémiquons pas là-dessus.
 
Je vais peut-être vous étonner, mais je subodore que les rumeurs de son départ du FPI ont initialement été lancées par les refondateurs pointés du doigt eux-mêmes. Au lieu de se remettre en question, au lieu de se dire «Maintenant qu’on s’est fait prendre les dix doigts dans le pot de confiture et que l’on s’est fait tancer, arrêtons la gabegie», ceux-ci ont préféré dire et faire dire que si Koulibaly les dénonce, c’est parce qu’il a un agenda caché et s’apprête à quitter le FPI. Pour eux, que ce soit par mauvaise foi ou par atrophie intellectuelle, on n’a pas le droit de critiquer un système de l’intérieur. Il faut forcément être passé à l’ennemi pour dénoncer des comportements déviants. Comment, dès lors, s’étonner qu’avec de tels raisonnements, le développement de l’Afrique stagne ? Toujours est-il que, cette rumeur découlant initialement d’un refus de se remettre en cause par des prédateurs refondateurs, a été bien opportunément reprise et amplifiée par l’opposition, trop ravie de l’aubaine d’un éventuel schisme au sein du parti au pouvoir et par les réseaux françafricains, dont Mamadou Koulibaly est le pire cauchemar depuis qu’il a claqué la porte de Marcoussis en 2003 et qu’il a entrepris sa croisade dénonciatrice du Pacte colonial. 

Pensez-vous que le calendrier de cette cabale soit anodin ? 

M.N.: Ecoutez, cabale n’est pas exactement le mot que j’utiliserai. D’une part parce que je crois que nous sommes ici, primairement, dans une situation de «tel est pris qui croyait prendre». En croyant exposer Koulibaly qui a, selon eux, eu l’outrecuidance d’indexer, même superficiellement, leurs mauvaises pratiques, les rebfondateurs se sont eux-mêmes tirés une série de balles dans le pied. Non seulement Koulibaly est érigé en héros vertueux, même par les adversaires historiques du FPI, mais en plus, ils ont déstabilisé les militants frontistes et la galaxie patriotique, qui en sont arrivés à penser devoir choisir entre Gbagbo et Koulibaly, ce qui a entrainé de fortes turbulences au Front Populaire Ivoirien. 

Donc pour vous, une scission Gbagbo / Koulibaly est impensable ? 

M.N.: (Sourire) Monsieur Konin, rien n’est impensable. J’ai un ami dont le grand-père disait toujours : «Ce que tu n’as jamais vu, ne dis pas que c’est impossible. Dis seulement que tu n’as pas encore croisé celui qui le fait». Dans la vie, en politique, tout est possible. Seulement j’ai la conviction qu’une scission n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs monsieur Koulibaly l’a confirmé en live à la télévision. Le numéro 2 ivoirien a publiquement refusé de défendre l’indéfendable en écrivant «Le blues de la République» et en réitérant son propos à la RTI jeudi dernier. Tous ceux qui s’attendaient à ce qu’il fasse machine arrière en ont été pour leurs frais. Je crois que si les dérives FPIstes continuent sans que le chef de l’Etat ne trouve utile d’y mettre le holà, alors des divergences pourraient effectivement voir le jour entre les deux hommes. Mais on n’y est pas. 

Pour en revenir à votre question précédente, si je crois que la paternité de la rumeur d’une brouille entre Koulibaly et Gbabgo est à mettre au crédit d’une initiative malhonnête et mal pensée des rebfondateurs, je suis certaine que la capitalisation qui en est faite par les réseaux françafricains n’est en aucun cas anodine ou fortuite. 

Que sous-entendez-vous par là ? 

M.N.: Je ne sous-entends rien. Comme Koulibaly, je constate que le contrat de la SODECI, arrivé à expiration, doit être renégocié. Je constate que le code des télécommunications qui doit être prochainement voté à l’Assemblée Nationale a fait l’objet d’une étude préalable financée, pour le compte de l’Etat ivoirien, par l’un des opérateurs directement concerné. Je constate que les deux entreprises qui sont aujourd’hui bénéficiaires du contrat arrivé à expiration d’une part et qui ont financé l’étude sur laquelle est basée la réglementation à voter d’autre part sont des entreprises françaises, Bouygues et France Télécoms. Je constate qu’au moment où des négociations cruciales pour les intérêts de la nation ivoirienne arrivent à échéance, le gouvernement français ressort de ses cartons la tragi-comique affaire Kieffer, le «journaliste» franco-canadien disparu et oublié, dont la France se souvient sporadiquement, quand ça l’arrange – de préférence à la veille de renégociations d’envergure –, et le Canada pas du tout. 

Je constate que les mêmes mécanismes ont déjà été employés lors de la renégociation des contrats de la CIE et du terminal à conteneurs du Port d’Abidjan, dont les heureux bénéficiaires ont été, ô surprise, des entreprises françaises, alors qu’au niveau international, on mettait la pression sur le président ivoirien en exhibant des soi-disant dossiers contre lui et ses proches, relativement à l’opération Dignité ou toujours à la disparition finalement si opportune pour le gouvernement français de Guy-André Kieffer. 

J’affirme clairement que les mêmes réseaux sont à l’œuvre aujourd’hui, pour créer une pression (affaire Kieffer) et encourager une cacophonie (affaire Koulibaly quitte le FPI) qui ont pour but de servir à détourner l’attention des vrais enjeux : la perpétuation du pillage formalisé par le Pacte colonial. 

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, et les acteurs n’ayant quasiment pas changé, pensez-vous que la finalité sera différente cette fois ? 

M.N.: Si Laurent Gbagbo décide qu’il n’est pas convaincu de la capacité de nuisance de l’Etat français et qu’il souhaite faire confiance aux bonnes paroles nocturnes du nouveau président français, alors il n’y a aucune surprise à attendre et les sociétés françaises pourront tranquillement continuer à s’enrichir sur le dos des citoyens ivoiriens. 

Par contre, si le président Gbagbo, qui a, comme nous tous, je le présume, entendu le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar et lu dans la presse hexagonale la consternation des Français face à la collusion affichée par leur nouveau chef de l’Etat avec les patrons des multinationales en attente de renouvellement de leurs contrats d’exploitation ou de consolidation de leur position dominante sur le marché éburnéen, si Gbagbo donc comprend que le résultat de l’élection présidentielle n’a rien changé de fondamental dans les intentions spoliatrices de l’Etat français envers la Côte d’Ivoire, alors nous pourrions avoir d’heureuses surprises. 

Entendons nous bien. Sarkozy, c’est Chirac en pire. Ceci ne veut pas dire pour autant que les entreprises françaises doivent automatiquement être exclues du processus. Si Bouygues est le mieux disant et si sa proposition satisfait les désidératas de l’Etat ivoirien en termes de revenus, de couverture ou d’accessibilité pour les populations, alors, que Bouygues soit désigné adjudicataire ! Le même principe s’applique au Code des télécoms. Cela implique cependant de la part de l’Etat ivoirien que l’on en revienne aux mécanismes normaux de bonne gouvernance – les appels d’offres et consultations internationales –, en lieu et place de cessions de gré à gré négociées au milieu de la nuit avec les émissaires barbouzes de cercles jacobins. 

Mais, vu sous cet angle, était-ce donc judicieux de la part du Professeur Koulibaly de choisir de jeter un pavé dans la mare de son propre camp à cette période cruciale? 

M.N.: Je ne connais pas les raisons qui ont poussé monsieur Koulibaly à le faire. Il faudrait que vous le lui demandiez directement. Mais je peux vous dire qu’il n’y a pas de moment plus adéquat qu’un autre pour relever des déviances inacceptables. Le président de l’Assemblée Nationale a inlassablement désigné la France comme le premier ennemi de la Côte d’Ivoire et l’a combattu constamment depuis lors. Ce n’est pas parce qu’il est au front contre la France qu’il n’a plus le droit de critiquer des comportements contre-productifs de ses pairs qu’il observe lorsqu’il regarde par dessus son épaule ! Ce n’est pas l’opportunité de la sortie de Koulibaly qui doit être questionnée, mais plutôt la bienveillance dont bénéficient les rapaces qui se vautrent dans le pillage des biens, la corruption et le trafic d’influence comme si demain n’existait pas ! 

Que dites-vous à propos du virement au RDR de l’ex-conseiller de Mamadou Koulibaly, le Dr Antoine Ahua Jr ? 

M.N.: Pas grand-chose. Ce monsieur a été expulsé de Côte d’Ivoire pour des motifs pas encore éclaircis à ce jour. Qu’a-t-il donc fait de si terrible pour qu’il soit le seul à qui l’on refuse le droit à l’amnistie ? Il serait intéressant que le pouvoir en place explique pourquoi il bénit et encourage les populations à pardonner à des gens qui ont tangiblement assailli la Côte d’Ivoire, tué des milliers de personnes, violé des centaines d’autres, pillé nos ressources, braqué nos banques, écoles, foyers, semé désolation, peur et haine, fomenté des coups d’Etat et dénie la même grâce à quelqu’un, à priori un patriote, dont on ne sait pas ce qu’il a pu faire de pire pour qu’on lui refuse ce qu’on a, avec empressement et sans commune mesure, accordé à Soro, Wattao, Konaté ou Bictogo ? 

Qu’Ahua en conçoive de l’amertume est compréhensible, d’autant plus qu’ainsi qu’il le dit lui-même, son expulsion lui aurait causé un préjudice financier important. Vous savez, il n’est ni le premier, ni le dernier qui, pour des raisons alimentaires, est prêt à faire volte-face ou à vendre son indépendance d’esprit au mieux disant. Il lui faudra vivre avec ça intellectuellement. Ca ne va sûrement pas être aisé. 

Cette défection ne porte-t-elle pas néanmoins un coup dur au Président de l’Assemblée Nationale ? Il a tout de même co-signé un livre avec le Dr Ahua. 

M.N.: Mais justement. Les preuves du revirement à 360° d’Ahua sont là pour toujours, ineffaçables. Lorsque vous vous replongez dans la biographie et la bibliographie de Koulibaly, vous constaterez qu’il est d’une constance incroyable. Je ne vois pas en quoi le fait que le Dr Alassane Ouattara, qui retrouve un peu de couleurs après avoir encaissé près de 800 millions de FCFA de l’Etat pour le financement de son parti, puisse se «payer» le soutien très isolé du Dr Ahua aurait un quelconque impact déstabilisateur sur le professeur Koulibaly. 

J’ai d’ailleurs lu que le Dr Ahua, dans une interminable lettre ouverte aux Ivoiriens, déplore «la faiblesse politique» de Koulibaly, à qui il reproche «de ne pas avoir d’ambition politique. Il est avant tout un technocrate, arrivé en politique par sacerdoce». Vous ne trouvez pas qu’on fait beaucoup de bruit autour de quelqu’un qui n’a pas d’ambition politique ? Plaisanterie à part : Mamadou Koulibaly n’a peut-être pas d’ambition personnelle ; mais il a des ambitions énormes pour son pays et ses concitoyens. C’est pour cela qu’il est dangereux pour les adeptes de la (re)colonisation de la Côte d’Ivoire. C’est pour cela que Laurent Gbagbo lui fait confiance. C’est pour cela que nous devons le soutenir et que nous le soutenons. 

Interview réalisée par Sylvestre Konin in Le Courrier d'Abidjan, le 04 Septembre 2007

Lire "Le blues de la République" du Pr. Mamadou Koulibaly en cliquant http://saoti.over-blog.com/article-11646208.html

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Réalité

Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

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