Discours de Sarkozy à Dakar: Odieux, indécent et à la limite du vraisemblable

Publié le par Mahalia Nteby

Il y a quelques jours, et en réponse au discours controversé prononcé par Nicolas Sarkozy, chef d’Etat français à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), nous publiions un texte d’Achille Mbembe, “L’Afrique de Nicolas Sarkozy”. Ce texte a été très largement diffusé en Afrique francophone et en Europe. Repris par plusieurs organes de presse et dans les médias alternatifs, il a suscité de vigoureux débats sur plusieurs sites internet. Il a également donné lieu à de nombreuses réactions et nouvelles interrogations qui obligent son auteur à préciser sa pensée – ce qu’il a aimablement accepté de faire dans la note qui suit. 

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L’on veut savoir pourquoi, à mes yeux, le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar est odieux, indécent, et à la limite du vraisemblable. 

Il est répugnant pour quatre raisons. 

Il y a d’abord la volonté, plusieurs fois suggérée par Nicolas Sarkozy lors de la récente campagne électorale, d’instrumentaliser l’histoire de France ou en tout cas de rallier les Français à une vision factice et agressive du signifiant national. Pour le néo-conservatisme français, la manipulation de l’histoire nationale passe par trois voies : la récupération de certaines figures emblématiques de la gauche (Jaurès, Blum, Moquet), le procès intenté à la culture et à la pensée dite de “Mai 68”, et pour ce qui nous concerne directement, la réhabilitation du colonialisme (qui va de pair avec la persécution des étrangers dans l’Hexagone).

Indulgence pour les larrons 

Ce dernier est désormais présenté non comme le crime qu’il fut du début (guerres de conquête) jusqu’à la fin (les luttes pour l’indépendance et la décolonisation), mais comme une simple “faute” qu’il faudrait passer par pertes et profits. Pis, la nouvelle légende veut que la colonisation ait été une entreprise bénévole et humanitaire. Prostrés dans la haine de soi et de la France, voire dans l’ingratitude, les ex-colonisés, nous dit-on, seraient malheureusement incapables d’en apprécier en dernière instance les bienfaits puisque, abandonnés à eux-mêmes, ils n’auraient jamais trouvé la voie du progrès et de la liberté. 

À ce projet révisionniste s’ajoute, au nom du refus de la repentance, la disqualification de tout regard critique sur le système colonial et le déni de toute responsabilité quant aux horribles crimes et atrocités de l’époque. Je conviens que le contenu de l’histoire (y compris l’histoire de la colonisation) ne saurait se résumer aux massacres. Ceci dit, l’on ne peut pas faire comme si la conscience de soi était une chose, et la conscience de l’injustice ou du dommage causé à autrui une autre que l’on peut aisément séparer de notre conscience d’homme. 

On l’a vu lors de la campagne électorale en France et, plus récemment encore à Dakar. Chaque fois, le procédé est le même. On commence par dénoncer et par stigmatiser ceux et celles qui “rougissent de l’histoire de la France” ou la “noircissent” - les “adeptes de la repentance”. 

Puis, au nom de la fierté nationale, de l’amour pour la patrie, de la sincérité et de la bonne foi, on enchaîne par une exaltation en bonne et due forme des colons. On veut nous faire croire que d’aussi humbles serviteurs de la mission civilisatrice n’auraient gagné leur vie qu’en toute honnêteté. Colonisant en toute innocence, ils n’auraient jamais exploité personne. Au demeurant, ils n’avaient pour dessein que de “ donner l’amour ” à des peuplades asservies par des siècles d’obscurantisme et de superstitions. Injustice de l’histoire, ils n’ont, en fin de compte, récolté que la haine et le mépris de ceux au salut desquels ils sacrifièrent pourtant tout. 

Pour Nicolas Sarkozy et les siens, les pertes subies par les colons français pèsent plus lourds à la bourse de la mémoire que les ravages et les destructions subis par ceux qui, au prix de mille privations, d’incessantes humiliations et, parfois, de leurs vies, mirent un terme à cette nuit de la souffrance humaine que fut la colonisation. Car, dans la théologie politique des néo-conservateurs français, l’indulgence pour les larrons doit toujours l’emporter sur la pitié pour les crucifiés. 

Amitiés perfides 

La deuxième raison de ma stupéfaction est l’insolence, et surtout l’arrogance et la brutalité qu’autorise une telle volonté de méconnaissance. Pour noyer la vérité et jeter la poudre aux yeux de ceux qui sont distraits, l’on recourt au “raisonnement par les bons sentiments” dont Françoise Vergès (Abolir l’esclavage. Les ambiguités d’une politique humanitaire) a démontré, il n’y a pas longtemps, la perversité. 

En effet, ce discours incohérent (la faute oui, la repentance non) et vermoulu, mais à la nuque raide - telle est bien la marque déposée du nouveau conservatisme français. Il se trouve que chez Nicolas Sarkozy en particulier, ce conservatisme prend de plus en plus des allures truculentes, à la manière du trop bandant de nos satrapes tropicaux, comme en témoigne d’ailleurs son penchant pour le maniement de l’invective sous les oripeaux de l’exhortation, le tout assaisonné d’imprécations et de déclarations à l’emporte-pièce – le pur épuisement qui naît d’un vide fondamental. 

Car, ce que notre négrophile donneur de leçons cherche à camoufler derrière les formules convenues telles que la sincérité ou encore la vérité, c’est avant tout une insoutenable dose de mauvaise foi que l’on veut faire passer pour de la générosité et de la franchise. L’amitié dont il se réclame à tue-tête ne porte pas seulement au flanc la blessure d’une flèche perfide. Et le nouveau chef de l’État ne cherche pas seulement à manipuler l’histoire de France. Il veut aussi falsifier la nôtre et les significations humaines dont cette dernière est porteuse. Ce faisant, et par on ne sait quel pouvoir, il s’autorise de parler de l’Afrique et des Africains à la manière du maître qui a pris la mauvaise habitude de maltraiter son esclave et d’avilir sa chose, et qui ne parvient pas à se déprendre d’attitudes héritées d’un sinistre passé dont nous ne voulons plus. 

Colo-nostalgie 

Puis il y a la fourberie. L’on prétend s’adresser à l’élite africaine. En réalité, l’on ne cesse de faire des clins d’œil à la frange la plus obscurantiste de l’électorat français - l’extrême-droite, les colo-nostalgiques, tous ceux-là qui, rongés par la mélancolie postcoloniale, pensent que quatre ou cinq millions d’immigrés et de citoyens français d’origine noire et arabe dans un pays de plus de cinquante-cinq millions d’âmes menacent l’identité française. 

Plus grave encore, ce n’est pas comme si le président Sarkozy était dans l’attente d’une réponse de notre part. Car il y a plus de vingt ans déjà que Jean-Marc Éla (L’Afrique des villages) a écrit le plus beau livre sur l’inventivité des paysans africains. Auparavant, Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Joseph Ki-Zerbo, Abdoulaye Bathily, Bethuel Ogot, Ade Ajayi, Adu Boahen, Joseph Inikori, Toyin Falola, Kwame Arhin et des dizaines d’autres avaient mis en place les fondations d’une historiographie africaine solide et documentée. Celle-ci établit, entre autres comment, de tous temps, l’Afrique a fait partie du monde, y a joué activement son rôle et a contribué ce faisant au développement des techniques, du commerce et de la vie de l’esprit. 

Aux yeux de notre nouvel ami, tout cela ne compte guère. Et pour cause. Il ne s’adresse pas à nous comme dans un rapport de face-à-face où nous compterions comme interlocuteurs. En fait, il ne regarde ni ne voit notre visage. Chez lui, “l’homme noir” est un être abstrait, doté d’une “âme” certes, mais sans visage, puisque plongé dans les ténèbres de l’innommé. Quand il prétend dialoguer avec nous, ce n’est pas dans le cadre d’un rapport moral d’égalité et, par conséquent, de justice. C’est dans le registre de la volonté de puissance - un je-ne-sais-quoi de narcissique et d’autant plus triomphaliste qu’il est marqué du sceau de l’ignorance volontaire et assumée. 

L’insolence de l’ignorance 

La troisième raison de mon incrédulité est la vision éculée que le nouveau chef d’état français a choisie, désormais, de véhiculer de l’Afrique et des Africains. Comme je l’indiquais dans un texte précédent, cette vision se situe en droite ligne de la dogmatique raciste du XIXe siècle. 

Le président puise à pleines mains dans cette fange, sans la moindre distance ni ironie. Il répète des pages entières des élucubrations de Hegel, Lévy-Bruhl, Leo Frobenius, Placide Tempels et autres inventeurs de “ l’âme africaine ”, construisant au passage sa “vérité” avec les copeaux de l’ethnophilosophie d’hier, comme d’autres avant lui s’investissaient dans l’ethnozoologie, dans l’espoir de mettre à nu “ l’essence foncièrement animale du nègre ”. 

Mais sait-il seulement que l’étroitesse d’esprit caractéristique du racisme colonial – ce terrorisme avant la lettre – a fait l’objet d’une critique soutenue par les intellectuels africains eux-mêmes depuis la deuxième moitié du XIXe siècle ? Sait-il seulement que respecter l’ami, c’est aussi se référer honnêtement à ses opinions ? 

Or, il existe bien une longue tradition de critique interne des sociétés et des cultures africaines qui aurait pu aider notre théoricien à développer un argument un tant soit peu vraisemblable. Encore aurait-il fallu qu’il commence par enlever la poutre logée dans ses yeux avant de se préoccuper de celle qui encombre l’oeil du voisin. 

De ce point de vue, des roitelets nègres ont en effet pris part à la Traite des esclaves, comme aujourd’hui le cartel des satrapes – dont la plupart bénéficient du soutien actif de la France - qui participent à la destruction de leurs propres peuples. Mais que dire donc de la collaboration française sous l’occupation nazie ? Que dire du régime de Vichy dont la chute eût été impossible sans la contribution décisive des gens d’origine africaine (comme le montre l’historien Siba Grovogui, Beyond Eurocentrism and Anarchy. Memories of International Order and Institutions), mais dont on copie et reproduit aujourd’hui les méthodes de classification et de discrimination des personnes par le biais du ministère de l’identité et de l’immigration ? 

Comment se fait-il que celui qui, en France, promeut un type de relation entre l’identitaire et l’État si proche de l’idéologie de Vichy et qui ne résiste pas à la tentation de mobilisation de formes de xénophobie anti-arabe et africaine soit le même qui vienne nous administrer des leçons d’universalisme dans l’enceinte d’une université dédiée à un authentique patriote africain ? 

Pour être logique avec soi-même, pourquoi ne va-t-on pas dire aux Israéliens que, quant au fond, les soutiers du nazisme n’étaient, comme nos colons d’hier, que de pauvres innocents, des gens honnêtes qui ne voulaient que le bien des Juifs ? Pourquoi ne va-t-on pas dire à Nelson Mandela que, quant au fond, les tortionnaires et bénéficiaires du dernier État raciste au monde – l’État d’apartheid en Afrique du Sud – ne voulaient que son bien ? 

On le voit bien, ce petit jeu du révisionnisme est moralement répugnant. Et Césaire l’avait bien compris, qui dans son Discours sur le colonialisme, dénonçait déjà, en 1952, “les voluptés sadiques, les innommables jouissances qui vous friselisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites”. 

Une tradition critique 

Dans la pensée africaine de langue française, Frantz Fanon (Peau noire, masque blanc) est sans doute celui qui a fait la déconstruction la plus convaincante de la sottise raciste tout en proposant les linéaments d’une humanité fraternelle. 

De W.E.B. Dubois à C.L.R. James en passant par Martin Luther King et Nelson Mandela, de Stuart Hall à Paul Gilroy, Fabien Éboussi Boulaga et tous les autres, le meilleur de la pensée noire a toujours été rendu sous la forme du rêve d’un nouvel humanisme, d’une renaissance du monde par-delà la race, d’une polis universelle où est reconnu à tous le droit d’hériter du monde dans son ensemble. L’Afrique dont ils se réclament – ce mot et ce nom – est une multiplicité vivante qui, à l’instar du mot “Juif”, est lié, dès les origines, au futur de l’universel. 

Au cœur de cette pensée, les questions de mémoire sont d’abord des questions de responsabilité devant soi et devant un héritage. Dans cette pensée, on ne devient vraiment “ homme ” que dans la mesure où l’on est capable de répondre de ce dont on n’est pas l’auteur direct, de celui ou de celle avec qui on n’a, apparemment, rien en partage – l’assignation à la responsabilité. C’est à cause de cette assignation principielle à la responsabilité que notre tradition critique s’oppose fondamentalement à l’antihumanisme et la politique du nihilisme qui caractérise le néo-conservatisme à la française. 

Nicolas Sarkozy se prévaut de Senghor pour accréditer des thèses irrecevables parce qu’historiquement fausses et moralement corrompues, marquées comme elles le sont par le pesant d’antihumanisme qui, toujours, loge au fond de toute idéologie raciste. 

D’abord, il fait semblant d’oublier qu’au moment où Césaire, Senghor et les autres lancent le mouvement de la négritude, l’humanité des Noirs est contestée. Les Noirs, à l’époque, ne constituent pas seulement une race opprimée. Comme les Juifs, il n’y a, alors, pratiquement pas un seul endroit au monde où ils jouissent de paix, de repos et de dignité. La lutte, à l’époque, est littéralement une lutte pour l’affirmation du droit à l’existence. 

Cette dimension insurrectionnelle de la critique culturelle, on ne la retrouve pas seulement chez les penseurs africains. Elle est également présente chez les penseurs afro-américains et de la diaspora, descendants d’esclaves et survivants des temps de la captivité dans les plantations du Nouveau Monde. La gommer aujourd’hui pour ne retenir que la poétique du royaume de l’enfance, du merveilleux et des forêts qui chantent relève de la falsification. D’autre part, il est vrai que quand on se bat pour affirmer son droit d’exister, on a tendance à recourir à des figures de style fixes et binaires, à des raccourcis peut-être mobilisateurs, mais sans doute un peu courts sur la longue durée. Senghor en particulier ne s’en priva guère qui, s’inscrivant dans la continuité des vocabulaires les plus racistes de son époque, déclara que l’émotion est nègre comme la raison est hellène. Encore ouvre-t-il la voie à un dépassement de la race et à la possibilité d’une réconciliation des mondes, comme on peut le lire dans ses Chants d’ombre. 

Sarkozy oublie par ailleurs qu’aux yeux de nombreux intellectuels africains, le même Senghor est demeuré une figure polémique. Poète chanté et reconnu, l’essentiel de sa réflexion philosophique a été largement réfuté. Comme l’ont bien montré la génération de Marcien Towa (Léopold Sédar Senghor : négritude ou servitude ?) et de Stanislas Adotevi (Négritude et négrologues), ce dernier ne concevait pas seulement la culture comme quelque chose de biologique et d’inné. Pour bien des penseurs africains anglophones, Senghor se contenta, tout au long de sa carrière, de faire la politique de la France en Afrique. Ils estiment, à tort ou à raison, qu’au panthéon des héros africains, c’est ce qui le distingue de Kwame Nkrumah (Africa Must Unite), Amilcar Cabral (Unity and Struggle), Cheikh Anta Diop (Nations nègres et culture) ou encore Nelson Mandela (Long Walk to Freedom). 

Plus près de nous, la pensée contemporaine d’origine africaine n’a cessé de démontrer que s’il existe bel et bien une existence locale, des catégories vides de sens telles que “l’âme africaine” ne sauraient en rendre compte. 

Paul Gilroy (The Black Atlantic), Édouard Glissant (Poétique de la relation), Maryse Condé, Françoise Vergès, Raphael Confiant et bien d’autres ont largement fait valoir qu’il n’y a pas d’identité fixe. Pour l’ensemble du nouveau roman africain de langue française, d’Alain Mabanckou à Efoui Kossi en passant par Abdurahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Samy Tchak, Patrice Nganang et les autres, les identités ne peuvent être que des identités de relation et non de racines. Le cinéma africain, de Sembène Ousmane à Basseck ba Kobhio, tout comme la musique africaine n’ont cessé de montrer que l’identité fixe est source de mort culturelle ; ou encore que le présent et le futur seront nécessairement hybrides. Dans le domaine des arts et de l’esthétique, la problématique de la différence est battue en brèche, comme en témoigne la récente Exposition internationale “ Africa Remix ” de Simon Njami (voir Africa Remix. Contemporary Art of a Continent). 

D’autre part, l’ethnophilosophie, dans laquelle puise abondamment Nicolas Sarkozy, a fait l’objet d’une vigoureuse critique. Paulin Hountondji (Sur la philosophie africaine), Valentin Mudimbe (The Invention of Africa) et Fabien Éboussi Boulaga (La crise du Muntu) en particulier n’ont cessé de dénoncer la sorte d’identitarisme qui ne s’obtient qu’en érigeant en trait exclusif les multiples appartenances dont nous sommes les héritiers. 

A la suite du philosophe ghanéen Anthony Appiah (In My Father’s House), j’ai moi-même sévèrement critiqué l’idéologie victimaire (De la postcolonie) tout en proposant le concept d’“afropolitanisme” comme antidote à la négritude et au nativisme. Au demeurant, qui ignore encore aujourd’hui que le recours à des poncifs tels que “ l’âme noire ” ou l’“ authenticité africaine ” sont, avant tout, des manières pour les régimes corrompus et leurs élites politiques et intellectuelles de se prévaloir de la différence dans l’espoir de légitimer leur brutalité et leur vénalité ? N’est-il pas vrai, par ailleurs, qu’à cet esprit de la vénalité “ coopèrent ” sans vergogne et depuis la décolonisation bien des réseaux français qui, pour l’occasion, ne s’embarrassent guère de la couleur de la peau ? 

Par ailleurs, beaucoup d’entre nous, de Frantz Fanon à Françoise Vergès (La république coloniale), avons toujours dit que la repentance et la réparation produisent des victimes. La vulgate de la repentance perpétue l’image de l’autre comme corps non parlant, comme corps sans énergie ni vie. Et cela, ce n’est pas nous. Car nous ne sommes pas seulement des victimes de notre propre drame. Nous en sommes également des acteurs et des témoins. 

Pouvoir de nuisance 

Plus que jamais, les relations entre la France et l’Afrique seront des liens consciemment voulus et non plus imposés. À leur fondement se trouveront des valeurs morales et éthiques, ou alors ce ne seront pas des liens du tout – un simple pouvoir de nuisance. 

Si la France persiste dans son autisme, c’est-à-dire son refus de comprendre le monde et d’avoir du génie dans son rapport avec l’Afrique, alors nous ne l’écouterons point. Pour l’heure, le projet néo-conservateur français pour l’Afrique tel qu’énoncé par Nicolas Sarkozy à Dakar n’est pas une invitation à bâtir une société humaine, un langage commun, encore moins un monde commun. Parce qu’il se contente de reproduire les sottises qui divisent, ce projet n’est pas une invitation à faire ensemble l’expérience de la liberté. 

Voilà pourquoi il faut s’y opposer dès maintenant, sans crainte, mais avec courage, intelligence et fermeté. Parce que si on laisse faire, le prix à payer sera, mine de rien, très élevé pour les Africains. 

Achille Mbembe in Le Messager, le 10 août 2007 

Publié dans Politique africaine

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jeff muro 14/05/2009 19:14

Une vidéo bien documentée concernant " l'autre " traite négrière: http://www.cite-u.info/mediacast?task=videodirectlink&id=480 

Jeff Muro 05/05/2009 11:10

Permettez-moi de poster ce message :
Concernant le Discours de Sarkozy à Dakar :
il a été écrit par Henri Guaino. La réponse de Mme Royal critiquant Sarkozy  n’a pas non plus été écrite par elle. Mme Royal est née au Sénégal qu’elle a quitté à l’âge de 18 mois je crois, elle pense sincèrement que cela fait d’elle une Africaine !
Concernant la Traite négrière, je suis d’accord pour dire que cela n’aurait jamais dû se produire et que oui comme je l’ai lu sur un autre post, c’est une infamie. Mais les guerres de religion, l’inquisition, les guerres très meurtrières et destructrices de 1914 et 1940 n’auraient pas dû avoir lieu non plus.
Il ne faut pas avoir peur de se regarder dans le miroir de l’histoire :
Concernant la Traite négrière :
Les livres de bord des navires qui transportaient ces hommes de l’autre côté de l’océan existent (tout comme le livre de bord de Christophe Colomb). Et ils mentionnent l’achat de ces hommes.
Les tribus qui peuplaient les côtes d’Afrique ont pratiqué des siècles durant le commerce de la vente de leurs frères, c’est indéniable  et donc on ne peut demander à la France de demander pardon aux Africains d’avoir participé (avec les Arabes, les Anglais, les Espagnols et les Portugais) à l’achat de 14 millions d’hommes (environ) que les tribus africaines ont elles-mêmes mis à la vente.
S’il fallait aujourd’hui demander pardon, ce serait uniquement aux noirs qui aujourd’hui peuplent les USA, le Brésil et toutes les iles bordant les côtes d’Amérique. Mais la France ne pourrait être seule à le faire, certains pays d’Afrique devraient se joindre à elle.
Concernant la colonisation :
Quand je lis – et ça m’intéresse – la plupart des blogs « Africains » on ressent que tous les maux de l’Afrique viennent de la colonisation. Vraiment, il n’y a rien de eu de positif dans la colonisation, rien de rien de rien du tout ?? En tout cas nous avons au moins le partage de la langue française. Peut-être auriez-vous préféré l’anglais ? Mais alors pourquoi les Iles Seychelles et Maurice dont la langue nationale est l’anglais et les pays du Maghreb dont la langue est l’arabe s’obstinent-ils à parler français ?
Je pense qu’à un moment donné il faut tirer un trait sur le passé et penser à l’avenir sinon nous ne pourrions nous français être partenaires de l’Allemagne. Concernant l’immigration , toute personne étrangère qui vient en France et crée son mode de subsistance – un commerce de détail par exemple – est la bienvenue. Ces personnes là contribuent à la richesse de notre pays.
J. Muro

Alenya 30/04/2009 09:34

J’ai lu avec intérêt les textes de Achille Mbembé et Fernand Dinde.Je veux juste faire quelques observations, étant Français et fier de l’être. J’ai vécu 21 ans en Afrique de ma naissance jusqu’à 1973 ( Tchad, Togo et Côte d’Ivoire) et aprés 4 ans en Guadeloupe.Je vais pas faire un long texte, je sens bien que vos paroles sont chargées de haine pour le méchant colonisateur.C’est chose aisée de tranférer à la France la source de tous vos problèmes.
Ainsi vous accusez la France de ne pas vouloir se repentir : « Je m’insurge contre son assertion selon laquelle « nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères », parlant des désastres de la Traite négrière et de la Colonisation. La repentance, loin d’être un archaïsme religieux, et loin de rabaisser un homme, un peuple ou une nation, l’élève plutôt. »  Fernand Dinde
Ne pensez-vous pas que vos ancètres ont commis une faute grave en vendant leurs propres ressortissants qui allaient devenir esclaves de l’autre côté de l’Atlantique ? Ne devriez-vous pas vous repentir vis-à-vis des populations noires qui aujourd’hui peuplent toutes les iles de la Floride au Vénézuela ?Eh bien je dis NON ! Vous n’êtes pas responsables des fautes commises par vos ancêtres pas plus que nous Français d'aujourd'hui sommes responsables de ce qui s’est passé entre 1510 et 1808.Sommes-nous aussi responsables de la mise en place de dictatures dans les pays Africains ? Ne préférerions-nous pas traiter avec des démocraties ? Je pose la question.Quand je lis sous la plume d’Agnés Kraidy (FratMat) « Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. » Quoi ? La Chine, qui ne respecte pas même les siens, qui n’est pas une démocratie au sens où nous l’entendons…. 
Je voudrais finir en faisant un parallèle avec Haïti ancienne colonie. Ils ont gagné leur indépendance en se battant (menés par Toussaint Louverture et Dessalines) contre l’armée de Napoléon qu’ils ont mise à mal. Mais qu’ont-ils fait de leur indépendance du 1er Janvier 1804 ? En Septembre 1804, Dessalines SE PROCLAMERA Empereur ! et ensuite les dictateurs se succéderont…Aujourd’hui Haïti est classé dans les cinq pays les plus pauvres de la Planète.
Amicalement.
 Alenya

Thomas NICOL 08/10/2008 00:39

Je ne connais presque aucun auteur que vous citez (il faut dire que la littérature et la philosophie africaines ne sont pas tellement mises en avant en France), il va falloir chercher un peu.Quand on lit le commentaire de MISE AU POINT on voit bien à qui Sarkozy s'adresse: au beauf français de base, qui ne s'est jamais renseigné avant de parler, qui fanfaronne sans la moindre culture, et qui se décomplexe à grand renfort de points d'interrogations qui appellent des réponses qui ne sont évidentes qu'au bon sens moyen, c'est à dire aux raisonnements faciles, aux idées faciles d'accès comme dirait l'autre, aux concepts réducteurs que pourrait circonscrire l'encéphale d'une poule. Honte à toi MISE AU POINT avec ton pseudo péremptoire et à ceux que tu soutiens. il suffit de lire l'article situé sur la même page à propos des palmeraies du Cameroun pour se rendre compte qu'il y a énormément d'africains qui souffrent encore de la mainmise de l'Europe, de ses états, de ses entreprises -et des relents de colonialisme de ses ressortissants- sur les richesses de leurs pays. Comment ne pas faire le  rapprochement entre "«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. " et "On pointe aussi du doigt les entreprises francaises comme contributives au maintien des dictatures africaines. Soit! Mais sont-elles les seules? Et que faut-il faire?" d'une part et "«Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.  " et "Qui en souffrirait le plus? Les etrangers ou les Africains?" d'autre part.Toujours ce refus de voir la souffrance là où elle contredit nos vieilles théories et pour finir, la menace de celui qui se sent en position de force.

Milia 28/11/2007 17:42

Quelle decouverte que ce blog ! Merci pour ces articles tellement puissants de verite. Merci "MISE AU POINT" pour votre visite sur ce site. La triste constatation: la qualite des textes n'aura pas dissipe le brouillard epais qui vous trouble la vue.