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Bluff

Côte d'Ivoire: Une coopération sans contraintes, sans menaces, sans exigences ni humiliations

 

Le Président de la République trace les nouvelles lignes de l’ouverture de son pays au monde.

«Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. Nous coopérons avec la République populaire de Chine sans que nous ayons des exigences politiques». Et le Président Laurent Gbagbo de préciser : si l’Afrique va à l’assaut de la Chine, c’est parce que «les Africains ne se sentent pas humiliés quand ils coopèrent avec la Chine».

Comment coopérer avec l’autre dans une relation de respect mutuel? Comment aller vers l’autre sans que l’autre ne vous impose des exigences, des contraintes, des humiliations ?  La Côte d’Ivoire, dans sa nouvelle diplomatie, veut se positionner, dans son rapport avec l’autre, comme un pays à respecter, et non un pays à soumettre, non comme un Etat à humilier. La Côte d’Ivoire, dans sa diplomatie, exige respect et réclame un traitement de réciprocité.

Le Président de la République, profitant de la pose de la première pierre de l’hôpital général de Gagnoa (un projet financé par la Chine), samedi dernier, a tenu un discours qui trace, avec fermeté, les lignes de la diplomatie ivoirienne : «Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Si l’on nous humilie, nous irons vers ceux qui ne nous humilient pas». Une ligne claire, qui installe la Côte d’Ivoire dans une diplomatie ouverte sur un monde qui célèbre le respect et la considération de l’autre. Une vision qui s’inscrit dans le refus des contraintes et des exigences qui prennent souvent des allures de chantage : «les milliers de conditions imposées dans le cadre de la coopération avec les autres sont une humiliation» que la Côte d’Ivoire ne peut accepter. D’autant qu’il est clair pour le Président Gbagbo que «les relations internationales consistent à entretenir des relations gagnants-gagnants», et que le premier acte de victoire d’un pays, «c’est de ne pas se sentir humilié». Celui qui ne l’aura pas compris, dira le Chef de l’Etat ivoirien, «ne pourra pas entretenir de relations décontractées avec l’Afrique».

Si l’Afrique, selon lui, «
va en Chine, c’est parce qu’avec la Chine, elle ne se sent pas humiliée. C’est ce que je veux expliquer à l’humanité tout entière. J’en parle en tant que Chef d’Etat qui a entendu certains de ses pairs gémir d’avoir tant été humiliés. L’aspect psychologique des peuples des pays du Tiers monde n’a pas été compris. Or, quand un peuple vous dit qu’il n’a pas peur de la mort, il faut le regarder autrement et le traiter autrement».

Réaffirmant les bonnes relations de la Côte d’Ivoire avec la Chine (une seule Chine), il donnera, sans ambages, son point de vue sur le Tibet : «Le Tibet est à la Chine depuis toujours. Si le Tibet a tant intéressé le monde, c’était à cause des Jeux olympiques. Les Jeux finis, plus personne ne s’intéresse au Tibet». Sur ce point, il précisera : «la diplomatie de provocation et la diplomatie d’humiliation, ce n’est pas bon». Sur la même lancée, il ajoutera : «je me réjouis que les dirigeants de Taïwan soient prêts à négocier». Parlant des Etats-Unis, il dira : «je me réjouis aussi qu’aux USA, nous ayons un nouveau chef qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant lui. Il faut que les gens se parlent. Il faut que les gens négocient. J’ai bon espoir que nous entrons dans une période plus détendue. La nouvelle diplomatie américaine donne des signes rassurants. Parce que tous les problèmes ne se règlent pas par la force. Quand Obama dit qu’il tend la main à l’Iran, il tient un discours d’un homme responsable».

Et de revenir à la Chine, en s’adressant à SEM. Wei Wenhua, son Ambassadeur accrédité en Côte d’Ivoire : «Excellence, restez sur la ligne sur laquelle vous êtes : le respect des pays du Tiers monde, la non humiliation, la non menace».

Le monde change et exige une diplomatie de respect, de dialogue et de consensus. Le monde change et la crise financière internationale, qui a fait effondrer les assises de l’économie mondiale, nous rappelle qu’un monde nouveau doit se construire sur la solidarité et la prise en compte de toutes les nations. La dégradation climatique nous renvoie à cette exigence vitale.

L’appauvrissement mondial interpelle tous les pays, surtout les plus riches. Et la Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette diplomatie qui tourne le dos à l’arrogance, à la force, au mépris. Elle veut pouvoir avancer et se construire sur les chemins d’un monde plus juste, d’un monde qui instaure le respect comme sous-bassement de la diplomatie et des échanges entre les Etats. Cela, Laurent Gbagbo l’a redit à Gagnoa: la Côte d’Ivoire va coopérer avec ceux qui ne  l’humilient pas.


Agnès Kraidy
Fraternité Matin
06 Avril 2009
Vendredi 28 décembre 2007

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L’ONG Transparency International vient de publier son classement 2007 au tableau de l’indice de perception de la corruption, classement dans lequel le Cameroun occupe la peu honorable 138 ème position parmi 180 pays classés. Cette publication est intervenue dans un contexte où diverses procédures judiciaires sont en cours dans le cadre de l’Opération Epervier réputée lutter contre les détournements de fonds publics, et au lendemain du réaménagement gouvernemental du 07 septembre 2007, lui-même à l’origine de moult remous dans le jeu de pronostics auquel se livrent les observateurs de l’accipitridé. Outre la concomitance de ces deux événements, les phénomènes de détournement de fonds publics et de corruption entretiennent un rapport d’une telle intimité qu’il est difficile d’envisager le premier sans se référer à la deuxième. Nombre de commentateurs parlent d’ailleurs indifféremment de l’un ou de l’autre pour désigner dans le fond le même principe d’accaparement. 

Des analystes parmi les plus sérieux engagés dans la réflexion sur les moyens de mettre un terme à ces fléaux ont vu dans les condamnations prononcées ou espérées le frein le plus efficace aux pulsions prédatrices de ceux de nos compatriotes qui font valoir, dans le cadre de l’action publique, la prééminence de leurs intérêts personnels sur ceux de l’ensemble. 

D’autres, non moins sérieux, substituent ou rajoutent à cette solution, l’impératif de mettre en jeu des moyens de contrôle lestés d’une efficacité plus grande que celle qui s’observe actuellement dans le fonctionnement de nos institutions. 

Chacune de ces options pourrait se révéler une rentabilité certaine si elle devait effectivement prendre sa part à l’effort à fournir dans la gestion des préoccupations dont il s’agit. 

Il reste toutefois que ces approches, prises cumulativement ou alternativement, présentent en commun la limite de s’attaquer à la corruption en sa partie avale, abandonnant l’amont aux serres de son facteur principal que constitue la place occupée par l’Etat dans la vie économique de notre pays. 

Ce n’est pas un hasard en effet si la corruption s’est diffusée de façon aussi importante dans les structures de l’Etat, dont les commis par ailleurs sont regardés comme les plus gros porteurs du germe de ce mal. 

L’analyse des détournements de fonds publics et de la corruption fait observer de prime abord que ces phénomènes prospèrent le mieux là où l’Etat s’est fait opérateur économique, ou là où il s’est fait censeur. 

Pour ce qui concerne le premier cas de figure, l’Etat au Cameroun, pour mener des opérations marchandes, a mis en place des structures dotées d’une autonomie de gestion, et au contrôle desquelles il s’est révélé rigoureusement inapte. Les procès en cours dans notre pays (Port Autonome, SIC, Crédit foncier), ceux déjà sanctionnés par des condamnations pénales ou civiles (FEICOM, CNPS), ou certains parmi ceux que la rumeur annonce, présentent tous la caractéristique de viser des malversations ayant eu lieu dans des contextes où l’Etat a brillé par son laxisme. Car si toutes ces affaires ont pu être possibles, c’est d’abord et surtout parce que l’Etat, actionnaire majoritaire et propriétaire, en s’abstenant de mettre en jeu son pouvoir de contrôle, n’a pas agi comme il convenait pour limiter les dégâts. Il a en somme failli là où les actionnaires d’institutions privées auraient certainement eu un souci beaucoup plus grand de sécuriser leur investissement, le plus embêtant (et certainement la vraie raison) étant qu’en fin de comptes la facture de cette défaillance sera réglée par le véritable propriétaire des entreprises pillées, à savoir le contribuable camerounais. 

Dans le deuxième cas de figure, l’Etat s’est posé comme censeur au cœur de la vie économique qu’il organise. Il règle à travers des mécanismes divers le champ des droits et libéralités qu’il octroie suivant des critères révisables à merci. Sous couvert de régulation, de réajustement ou de facilitation, il gère un arsenal de leviers qu’il actionne à sa seule discrétion. Or, les oripeaux étatiques couvrent une administration dont le personnel, trop souvent, voit dans les prérogatives de puissance publique que justifient ses tâches, l’instrument par lequel il s’invente une position centrale en se posant comme le passage obligé à l’intérieur de nombreux processus économiques. 

Et ce caractère central pose problème en ce qu’il permet, contre les intérêts de l’Etat et de l’ensemble du corps social, des transactions au cours desquelles la puissance publique fait office de sésame à ses dépositaires qui peuvent ainsi négocier des cadeaux sous formes diverses en échange d’avantages qu’ils accordent contre la règle. 

Ce positionnement tragique ne favorise pas seulement corruption et détournement de fonds publics, il est également la cause d’importants détournements de fonds privés. En effet, les usagers du service public sont quotidiennement victimes de l’extorsion de leurs fonds, commise en toute impunité par des agents publics, y compris dans des situations où leurs droits d’usagers leur confèrent pourtant des avantages naturels. Les moindres positions de pouvoir, érigées contre l’intérêt général en postes de péage, sont ainsi devenues un des moyens les plus efficaces, pour qui veut se prêter à ce jeu, de s’accaparer dans la facilité tout ou partie des biens que d’autres acquièrent par le mérite et l’effort. 

Ces détournements de fonds privés, par l’importance des montants concernés, constituent un des facteurs majeurs de perturbation de l’allocation des ressources dans le jeu économique. Notons seulement qu’il n’y a quasiment plus de plan d’exploitation sérieux et viable qui s’abstienne de réserver aux postes «dons et pourboires» ou «frais de dossiers» des montants substantiels, surtout lorsque l’activité à mener requiert une autorisation, une licence ou autres permis préalables, à obtenir des services de l’Etat ; et ce, quelle que soit la pertinence que recèle le dossier présenté. L’Etat dès lors, déjà gênant par la lourdeur de ses procédures, grippe définitivement le système par la cupidité d’une partie de son personnel. 

L’on pourrait en passant s’étonner de ce que des milliers de compatriotes continuent de postuler à des emplois publics alors même que les coupes commises dans le années 90 sur les traitements des fonctionnaires condamnent ces derniers à devoir se satisfaire de revenus considérablement malingres. Certes la rareté des emplois dans le secteur privé participe des justifications possibles à mettre au crédit de cette option. Mais il n’est pas contestable qu’entre également en ligne de compte l’attrait des prébendes, lesquelles promettent certains postulants à des vies princières, et valent à nos concours nationaux et autres modalités de recrutement de primer davantage le «piston» (marchandé ou gratuit) que la vocation ou le mérite, avec toutes les conséquences qui s’ensuivent. Ainsi l’importance en nombre des candidatures aux emplois publics appelle-t-elle une analyse profonde et minutieuse des objectifs réels qui les sous-tendent. 

Un constat général s’impose : Plus grand sera le rôle du secteur public dans l’activité d’un pays, plus celui-ci aura des chances de figurer en bonne place dans le classement des corrompus. En effet, c’est l’omniprésence de l’Etat qui multiplie les sources et les risques de corruption de sorte que le tout-Etat conduit inévitablement au tout-corruption. Travailler à réduire les scandales de détournement de fonds et de corruption commande donc que les pouvoirs publics commencent par agir moins en plus d’agir bien. 

Tout cela suppose en conséquence que la lutte contre la corruption, pour être efficace, ne pourra faire l’économie de réformes structurelles profondes qui viseraient principalement le recul de l’Etat sur la scène économique et son extrême discrétion dans le jeu marchand. Il s’agira de diminuer amplement l’importance des activités couvertes par la puissance publique puisqu’elles constituent autant de voies par lesquelles chemine la corruption d’agents occupant des positions sensibles. 

La lutte contre la corruption nécessite un travail sur les hommes certes, mais elle impose à titre principal un travail sur l’Etat. Et sous peine de voir ce phénomène prendre davantage d’ampleur avec l’avènement de la décentralisation, autre génératrice féconde de corruption, il serait fortement opportun que ces réformes soient engagées de suite. 

En s’attaquant à ce chantier, l’Etat ne permettra pas seulement l’amélioration de notre classement sur le tableau de Transparency International, mais il aidera en outre notre pays à quitter la triste 154 ème position qu’il occupe avec un soupçon d’acharnement dans le classement «Doing Business» de la Société Financière Internationale. 

Par Jean Rostand Mounlom

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Jeudi 27 décembre 2007

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Ecoutez le
podcast du Professeur Mamadou Koulibaly, Président de l'Assemblée Nationale ivoirienne. 

Quelles sont les causes du retard de l'Afrique francophone ? La France y est-elle "pour quelque chose" ? Les négociations du cycle de Doha pourront-elle changer l'avenir ?

Le Professeur Koulibaly a accordé une interview à unmondelibre.org pour répondre à ces questions.

http://www.unmondelibre.org/podcasts/Koulibaly_08_02_2007.mp3

Par unmondelibre.org, le projet francophone pour les droits individuels, la liberté économique et la paix

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Côte d'Ivoire
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Jeudi 20 décembre 2007

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Ten years ago this morning Nelson Mandela, the first black president of South Africa, handed over the leadership of the country’s ruling African National Congress to Thabo Mbeki, his dapper silver-haired deputy, with a trenchant warning. “One temptation of a leader elected unopposed is that he may use that powerful position to settle scores with his detractors, marginalise them and surround himself with yes-men and -women”, he told thousands of ANC delegates in the old Boer war town of Mafikeng. “A leader must keep the forces together but you cannot do that unless you allow dissent.” Mr Mbeki stared into the middle distance, clearly irritated by the advice. 

On Wednesday, however, those words came back to haunt him as South Africa awoke to the news that the party to which he had devoted his life had abruptly repudiated him and – especially, his opponents said – his domineering approach to governing. He cut a sad and lonely figure on Tuesday night as he walked off the stage in the sweaty marquee where this extraordinary revolution has climaxed. His defeat by Jacob Zuma, his populist former ally, in the election for the party’s presidency reflected a rebellion that has been simmering within the ANC for at least two years. It was fuelled by grievances over Mr Mbeki’s business-friendly economic policies and also his autocratic style of leadership. Given Mr Zuma’s embroilment in a corruption scandal and his colourful past, the outcome is also hugely controversial. After five years under Mr Mandela and then eight and a half years under Mr Mbeki, the second phase of the post-apartheid story has begun. 

Mr Zuma, who at 65 is the same age as Mr Mbeki, still has to survive an expected trial on corruption charges next year if he is to lead South Africa after the next general election in 2009 – which the party is on course to win easily. But his aides indicate that he expects to have a say in government decisions from here on in. He faces two pressing tasks: to unite the party and to disprove the sceptics about his abilities and intentions. In particular, business people are looking for a signal on how he intends to address the expectations of his core constituency, the poor, while not alarming foreign investors. 

Fund managers have been broadly reassured by his insistence that he will not push for a radical shift to the left. They also accept he is by tradition a centrist ANC thinker rather than a socialist. But they continue to fret that his debt to the trade unions and the South African Communist party, whose support has fuelled his comeback from political near-oblivion two years ago, may in the medium term lead the ANC to jettison Mr Mbeki’s free-market policies and commitment to fiscal discipline. A briefing note from the local offshoot of JPMorgan, the US investment bank, said on Wednesday: “Our economists remain concerned that a stagnation of reform or a change in the direction of policy could impair the inflow of direct investment and portfolio investment that is necessary for South Africa’s current account deficit to be financed in the short term.” There is particular interest in the future of Trevor Manuel, the finance minister, who has been acclaimed in the west for his handling of the nation’s finances but has become a lightning rod for criticism of South Africa’s economic record by Mr Zuma’s allies. Business people are watching to see if he will be re-elected to the national executive committee on Thursday. “I am getting a lot of questions about whether Trevor Manuel’s position on the NEC is safe. He is such a clear and obvious point person for the top-down macro-economic policies that have found favour with foreign investors over the last decade,” says Jeff Gable, head of research at Absa Capital. 

Mr Zuma’s supporters said on Wednesday the main change would be of emphasis rather than policy. “We are not naive,” says Che Matlhako, a senior official in the SACP. “We are not expecting socialism overnight.” As part of a concerted charm offensive, union and SACP leaders lined up to deny they would be seeking cabinet posts in a possible Zuma-led government in 2009. But his allies do also make clear they expect a new national debate over policy, in particular how the country’s economic boom of recent years could do more to improve the lives of the poor. “We think this [Mr Mbeki’s] flirtation with neo-liberal policies has been absolutely disastrous for our development,” Zwelinzima Vavi, the head of Cosatu, the largest union movement, told the Financial Times ahead of the ANC’s conference. 

Mr Manuel is the first to admit frustration with the performance of local government in disbursing the fruits of his economic management. Under his stewardship, South Africa’s economy has expanded by an annual average of 5.2 per cent in the last three years as it has recorded its longest period of uninterrupted growth since the second world war. Yet on the ground in recent months there have been protests in townships complaining about slow progress in the provision of basic services. In a further reminder of the scale of the task facing the government, official statistics last week showed that the rate of job creation slowed in the last quarter and is not enough to meet the government’s target of halving unemployment by 2014. But while willingly conceding that the ANC needs to find ways of overcoming bottlenecks, Treasury officials fear that having labelled Mr Mbeki’s policies as favouring only a business elite, Mr Zuma’s allies will turn back the clock and risk jeopardising the country’s steady economic record. 

As they partied into the early hours of Wednesday, singing and dancing, Mr Zuma’s supporters argued that the most important lesson to be drawn from the upheaval was not about policy but accountability. “We were saying we could not be Zimbabwe. No, no, not here – in South Africa, we are better than that,” says a senior party member who compares Mr Mbeki’s failed bid for a third term as ANC leader with President Robert Mugabe’s domination of Zimbabwe for the last 27 years. “Thabo should have listened to us. But he did not. He thought he knew best. Now the ANC has taken back control of the party.” With the ANC facing no significant threat at the polls from South Africa’s small opposition parties, the rebellion is indeed a sign of a healthy democratic pulse in the traditionally disciplined ruling party. It also bucks the trend among former African liberation movements, most of which have ossified once in power, and can be seen as a sign of the ANC’s evolution from liberation movement into political party. 

Mac Maharaj, one of Mr Mandela’s cabinet ministers who fell out with Mr Mbeki, says debate had begun to “close down” in the last few years. “Now there is a message coming from the grassroots that there has been a disconnection between the party branches and the party leadership,” he adds. “It is a very positive thing for democracy.” The expressionless faces of the Mbeki-ite cabinet ministers and aides told the other side of the story. In a sign of how out of touch his inner circle has become with the grassroots, one of the best-known ministers on the international stage commented just before the result that Mr Mbeki would “win by a few hundred votes”. As it was, Mr Zuma and five other officials were each swept in with about 60 per cent of the votes of the nearly 4,000 delegates. 

A first indication of how Mr Zuma intends to lead comes on Thursday, at his closing speech to delegates at the five-yearly leadership conference. His aides highlight his reputation as a reconciler. They point to his record in helping to cement peace in his region of KwaZulu-Natal, which was riven by a low-level civil war between the ANC and the traditionalist Inkatha Freedom party in the late 1980s and early 1990s. They also attest to his patient attempts to broker peace in Burundi. “He is not a man of revenge nor one who harbours grudges,” says Mo Shaik, an old friend. One of Mr Mbeki’s allies recalls that when Mr Zuma was deputy president between 1999 and 2005 he was always happy to find time to listen to unionists and leftwingers whom Mr Mbeki had spurned. But this reputation for reconciliation will be put to the test in the new party leader’s dealings with Mr Mbeki. 

Relations between them have been poisonous since before 2005, when Mr Zuma was fired as the country’s deputy president after his financial adviser, Schabir Shaik, a younger brother of Mo, was convicted of corruption over a multi-billion dollar arms deal. Mr Zuma’s allies have long claimed state resources were misused to pursue subsequent rape charges laid against him by the daughter of a family friend. He was acquitted of rape last year and a corruption trial relating to his adviser’s case collapsed on a technicality. But prosecutors have made clear they are close to charging him again. Most in the ANC expect this case – and probable tensions between the two camps – to overshadow politics next year. Mr Zuma’s allies have indicated that they would be willing to call a vote of no confidence in the president and end his term early if they think he and his allies are conspiring against them. 

Investors fear there could be paralysis as the national and party presidents vie for power. Many analysts suspect that, initially at least, Mr Zuma might surprise his critics, particularly those abroad whose only impression of him comes from his history of populist comments and his supporters’ penchant for singing the old anti-apartheid song, “Bring me my machine gun”. He can be expected to be much more outspoken than Mr Mbeki about South Africa’s high levels of violent crime and its HIV/Aids crisis. He has hinted that he will be more critical in public of Mr Mugabe. But even so, his messy recent past makes many elders in the ANC describe his election as nothing to celebrate and lament that his record hardly befits the successor of such legends as Mr Mandela, Oliver Tambo and Chief Albert Luthuli. In his rape trial he made a series of hugely ill-advised comments about the role of women and about HIV/Aids. Helen Zille, the spirited leader of the opposition Democratic Alliance, told state radio on Wednesday that his election had “brought disgrace to the nation of South Africa”. 

Privately, many ANC intellectuals hope the corruption trial will prevent Mr Zuma from assuming the nation’s presidency. Thus the country would have what many in business see as the best of both worlds: neither a third term for Mr Mbeki nor a first for Mr Zuma. Under those circumstances, Kgalema Motlanthe, the party’s avuncular new deputy, would be the favourite to become the presidential candidate. But it is not out of the question that with Mr Zuma out of the running, Cyril Ramaphosa, the politician turned businessman who was Mr Mandela’s first choice as deputy, would challenge him. He was one of the only members of the national executive looking at ease in recent days. By cannily opting to stay out of the race, he – almost alone in the upper echelons of the party – has emerged from this bruising struggle with his reputation unbesmirched. Or such was the speculation on Wednesday, as Mr Zuma’s supporters celebrated in the rain. 

But first Mr Zuma’s new team faces a more immediate task. One of his closest allies says it will be hard to keep his “coalition of the disaffected” together. Ten years after Mr Mandela’s unheeded warning, Mr Mbeki may not be tempted to give advice to his triumphant rival on Thursday, in his own “handing over the baton” speech. But if he does, Mr Zuma should listen. Only his diehard fans would disagree that there is a rocky road ahead.
 
‘He is ready to say what does not work’ 

Residents of Nkandla are convinced that Jacob Zuma, their district’s most famous son, understands the gritty realities of their lives. It is this perception, played out on a national scale, that has driven him to the top of the African National Congress and could make him South Africa’s leader, write William MacNamara and William Wallis. High in the remote and hilly grasslands of KwaZulu-Natal, Nkandla, where Mr Zuma was born to a subsistence farming family, has the second highest unemployment rate in South Africa. HIV infections afflict more than one-third of a community whose men are compelled to leave home in search of work in the cities, often bringing back a disease that debilitates them, their wives and unborn children. In the local market, the greatest activity is at the liquor store, where young men line up in search of distraction. 

It is a measure of how removed the district is from the gloss of an ongoing economic boom that Joseph Ntuli, a local rubbish collector, recalls the days of F.W. de Klerk, the apartheid era’s last president, as a rosier time. “I am feeding five members of my family on a pension of R800 ($116, £58, €80) per month,” says an elderly woman in the market, buying a bag of potato wedges for her grandson, who recently lost his job. “We’re always wet,” she says, pointing to a leaking market stall lashed by a rainstorm. “I would vote for the man who fixes this roof.” In the eyes of most Nkandla villagers, the fixer of roofs and other local problems will be Mr Zuma. “He is used to being around the stalls. He understands our problems,” says a woman selling sausages and potatoes, echoing a sentiment that spread through South Africa as the contest for the ANC leadership gathered pace. 

Yet in several months of campaigning, Mr Zuma did not elaborate on how he might tackle the country’s many social problems. Much of his support derives instead from his personal charisma: his son-of-the-soil humility is in contrast to President Thabo Mbeki’s reputation as a cerebral, out-of-touch politician. Across KwaZulu-Natal and other provinces, Mr Zuma’s ancestry is another source of support. His allies have played up his Zulu roots, horrifying many elders in the ANC, which prides itself on rising above tribal differences. An implicit message has been that it is time for a change from the ethnic Xhosas – including Oliver Tambo, Nelson Mandela and Mr Mbeki – who have dominated the party in recent decades. But Mr Zuma’s regular immersion in Zulu traditions has proved appealing for a less controversial reason. As a politician he appears comfortable in his own skin. “Behind the technocracy of the current dispensation, people want to see socio-cultural life acknowledged,” says Pearl Sithole, a researcher of rural issues at the Human Sciences Research Council in Durban. “To some people, Zuma offers an acknowledgment that there are social values on the ground that can be local and positive and that still empower the community.” Asked what they want from a Zuma presidency, several women in Nkandla express alarm at rising crime and say children need firmer discipline. Says one: “We don’t punish them, so they misbehave.” 

Yet a looming danger for Mr Zuma will be his limited ability to satisfy the many demands of the poor people singing his name. Zwelabo Zulu, Nkandla’s mayor, paints a bleak picture of his constituency. Amid rising food and transport costs, parents are struggling to fund an education for their children. Moreover, many children are orphaned by Aids and leave school to look after younger siblings before they have learnt to read. Mr Zulu says the government’s capacity to respond is hampered by a bureaucracy that is inefficient and often blind to the realities of the rural poor. Even if Mr Zuma focuses on these problems, his ability to put in place a stronger social agenda would be limited by the consensus-driven nature of the ANC, Mr Zulu says. “It would be unrealistic for people to expect radical and immediate change.” Yet despite being a member of the Inkatha Freedom party, the Zulu nationalist party that has a history of conflict with the ANC, the mayor throws his full support behind the ANC’s new leader. “He is humble, humble, humble,” says Mr Zulu. “His main strength is an ear ready to listen and to say to colleagues, ‘this does not work’.” Would Mr Zuma’s sense of place lead him to focus his powers on improving his hometown? “The statistics here speak for themselves and they should not be politicised,” Mr Zulu answers. “We have a long way to go before things change for the better.” 

Alec Russel in The Financial Times, 19 Décembre 2007

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Samedi 15 décembre 2007

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Aujourd'hui, tous les experts s'accordent pour reconnaître que l'endettement des pays africains constitue pour eux un goulot d'étranglement sur le chemin du développement. Les tentatives de juguler cette bulle de la dette n'ont pas fait défaut. Il y a eu en 1985, le plan Baker (du nom du secrétaire au Trésor américain), en 1989, le plan Brandy jusqu'à l'initiative PPTE. En effet, rien que dans les années 1990, le continent africain a transféré en moyenne entre 13 et 14 milliards de dollars annuellement à ses «créanciers» bilatéraux et multilatéraux. Entre 1980 et 2000, l'Afrique a remboursé plus de 240 milliards de dollars au titre du service de la dette. Malgré cela, sa dette a été multipliée par 3,5 passant de 61 à 216 milliards durant cette période. Et pourtant, depuis 1988, la part des arriérés de paiements dans le nouvel endettement du continent est estimée à plus des deux tiers, au point que ces arriérés constituent près de 30 % du montant de la dette africaine. L'Afrique continue de souffrir de la dette. Ainsi entre 1970 et 2002, l'Afrique a reçu 540 milliards de dollars en prêts et en a remboursé 550 milliards. Le poids de la dette pénalise surtout les pays d'Afrique subsaharienne. Dans les conditions actuelles, il est illusoire, relève la CNUCED, d'espérer que l'Afrique puisse réduire la pauvreté de moitié d'ici 2015, conformément aux objectifs du Millénaire fixés par l'ONU. La dette étrangle pratiquement tous les pays pauvres : par exemple, l'Equateur consacre 50 % de ses ressources à rembourser sa dette, l'Afrique 40%, soit autant que ce qu'elle affecte à l'éducation et la santé. En dépit de l'effort des pays africains pour sortir du sous-développement, le remboursement de la dette constitue indéniablement un obstacle. Une étude attentive et féconde de cette thématique permet de conclure à un complot contre les pays pauvres. La dette est sans aucun doute un instrument de domination des pays industrialisés. L'enjeu de cet article est de mettre en exergue la dimension impérialiste de la dette. 

Origine de la dette 

De façon synoptique, la dette extérieure regroupe l'ensemble des emprunts des agents économiques d'un pays (Etat, mais aussi les entreprises) vis-à-vis de prêteurs étrangers. Dans le passé, les pays qui ne parvenaient pas à générer une épargne intérieure suffisante pour financer leur essor économique ont recherché des fonds auprès d'autres pays. Les Etats-Unis ont fait appel à l'épargne étrangère, en particulier pendant la période antérieure à la guerre de sécession, de 1835 à 1860. De la même manière, la Russie a eu besoin de fonds extérieurs pour assurer son développement dans les trois décennies qui ont précédé la première guerre mondiale et la révolution communiste. L'aide étrangère, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, est l'émanation de la phase qui a suivi la seconde guerre mondiale. Son origine remonte au plan Marshall, dont l'application a amené les Etats-Unis à transférer 17 milliards de dollars en quatre ans à l'Europe, soit l'équivalent d'environ 1,5% du PNB américain, pour la reconstruction de l'Europe. La fin des années 60 a vu se développer une surabondance de dollars dans les circuits financiers occidentaux. 

La reconstruction d'après-guerre des économies européennes stimulé par le plan Marshall avait injecté des quantités massives de dollars qui se voyaient inutilisées puisque cette période de reconstruction était terminée. Dès lors, il se créait ainsi un marché des eurodollars, lequel marché s'est accru de l'arrivé des «pétrodollars» issus des chocs pétroliers de 1973 et de 1979. Par ailleurs, la concurrence inter-impérialiste acharnée, à la recherche de nouveaux marchés afin de débrider des économies menacées d'engorgement ne manque pas validité. La crise de la dette va surgir avec le développement de la dette. Ces prêts étaient facilement accessibles sans conditions rigides et allaient quasiment dans les poches des bourgeoisies locales. Il s'agissait pour les américains de «contenir le communisme» autour du périmètre du bloc soviétique, tout en essayant d'assurer l'accès des Etats-Unis aux matières premières dont leur industrie avait besoin. On estimait en outre que le développement favoriserait à la fois la sécurité et les intérêts économiques, en réduisant l'instabilité et en associant les nouvelles nations à l'ordre du monde capitaliste. C'est à la suite des américains que les pays européens et en particulier la France et le Royaume-Uni apportent leur appui à leurs anciennes colonies. 

Conséquences de l'endettement 

La rareté des revenus par la faute des remboursements de la dette, les programmes de développement et les services sociaux ont été sérieusement perturbés. Les classes les plus pauvres paient le lourd tribut des PAS. En trente ans, les pays africains ont vu 400 milliards de dollars quitter le continent, alors que la dette globale de l'Afrique est de 215 milliards de dollars. Plus de 13 milliards de dollars par an ont fui, soit "un pourcentage vertigineux" de 7,6 % du produit intérieur brut (PIB) annuel, entre 1991 et 2004, ce qui fait de l'Afrique «un créancier net vis-à-vis du reste du monde», précise Janvier Nkurunziza, économiste à la Cnuced. Depuis vingt-cinq ans, la dette et l'ajustement structurel fracassent l'Afrique et la vie de la plupart des quelque 850 millions d'Africains. Entre 1997 et 2002, les pays africains ont envoyé l'équivalent de 45,5 milliards de dollars à leurs riches créanciers, dont 34,8 pour la seule Afrique du Nord. La dette provoque donc une véritable hémorragie de capitaux pour les pays les plus pauvres, les privant de ressources nécessaires à la satisfaction des besoins humains fondamentaux. La dette opère donc une ponction insupportable sur les budgets des pays du Sud, les empêchant de garantir des conditions de vie décentes pour leurs citoyens. En moyenne, 38 % des budgets des pays d'Afrique subsaharienne vont au remboursement de la dette. Il est immoral de demander en priorité le remboursement de la dette pour des créanciers aisés ou des spéculateurs plutôt que la satisfaction des besoins fondamentaux. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette ou se maintenir au pouvoir, les gouvernements sont prêts à surexploiter et à brader les ressources naturelles, à mettre en péril la biodiversité, à favoriser la déforestation, l'érosion des sols, la désertification. En Afrique, 65 % des terres cultivables ont été dégradées au cours des cinquante dernières années. 

Dimension impérialiste de la dette 

Depuis les années soixante, la France confisque l'indépendance de ses anciennes colonies africaines en y maintenant un système d'exploitation clientéliste et néocolonial. Entre l'Angola soutenu par Cuba et le Congo-Brazzaville marxiste des années 70, le Congo de Mobutu représente pour eux un allié stratégique face au bloc soviétique. Afin de sauver les apparences, Mobutu adopte un discours nationaliste et donne à son pays le nom de Zaïre, mais il est absolument soumis aux exigences des Etats-Unis et de leurs alliés. Ces derniers ferment les yeux devant les pratiques despotiques de Mobutu et ne reculent devant aucun sacrifice pour maintenir le Zaïre sous influence. L'aide «au développement» et les prêts au tyran vont bon train, peu importe l'usage qui en est fait. La dette du Zaïre et la fortune de Mobutu explosent simultanément. Le stock de la dette passe de 32 à 300 millions de dollars entre 1965 et 1970, près de 5 milliards en 1980 et environ 13 milliards en 1998. Dans le cas du Zaïre, la dette de ce pays s'élevait en 1982 à 4,2 milliards de dollars, ce qui, selon les chiffres officiels, est inferieur à la fortune personnelle du dictateur Mobutu et de son clan, laquelle représentait «entre 4 et 6 milliards de dollars soigneusement investis dans des comptes suisses ou en biens immobiliers à l'étranger» (revue de l'OCDE). 

On profite ainsi de la dette pour recoloniser les secteurs clés, on privatise, on en fait profiter les mêmes entreprises (Bouygues, Bolloré et compagnie...). Et au passage, on efface des ardoises compromettantes, notamment, en Côte-d'Ivoire, le recyclage des fausses factures des HLM franciliennes vers les caisses du RPR. Des dictateurs ont été portés au pouvoir dans ces pays avec l'aide de la France, des USA et du Royaume-Uni. Pour les pays anglo-saxons, en ce qui concerne le continent africain, on peut citer les cas d'Abacha (Nigéria), de Mobutu (ex-RDC), d'Arap Moi (au Kenya) qui ont détenu pour certains le montant du PIB de leur pays dans des banques en Europe ou aux USA. Pour la France, les cas d'Houphouët Boigny mis en place par le système gaulliste (en Côte d'Ivoire), d'Omar Bongo (au Gabon), de Sassou Nguesso pour lequel la France et la compagnie Elf ont financé la reprise de pouvoir au Congo-Brazzaville en 1997 mais aussi de Mobutu soutenu par les réseaux françafricains dans les années 1990 alors que ce dictateur était lâché par les anglo-saxons. Les dictateurs françafricains pillent allègrement leur pays en investissant massivement cet argent détourné en Europe ou aux USA. Ils sont nombreux les «néogouverneurs françafricains» qui ont pu piller les richesses de leur pays avec les encouragements tacites de Paris : Bokassa, Patassé, Bozizé en Centrafrique, Bongo au Gabon, Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire, Mobutu en RDC, Ismaël Omar Guelleh à Djibouti, Habyarimana au Rwanda, Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, Idriss Déby au Tchad, Eyadéma père et fils au Togo.... Soucieux de leurs intérêts économiques et géopolitiques, la France, les USA et le Royaume-Uni ont soutenu l'arrivée de ces dictateurs ou/et leur maintien au pouvoir. 

Le rôle de la France dans les organisations internationales lui donne des responsabilités écrasantes, par exemple au FMI et à la Banque mondiale. Pendant quatorze ans le directeur du FMI, a été par deux fois, l'ancien directeur du Trésor en France. On ne peut pas dire qu'il était contraint d'appliquer ces cyniques politiques contre son gré, la France a donc défendu, soutenu, mis en place des politiques ultra-libérales. Elle continue de jouer un rôle qui va au-delà de son poids financier dans ces institutions, directement et à travers l'Europe qui est l'actionnaire principal du FMI. A travers ses conditionnalités, le FMI prend le contrôle des économies africaines au profit des pays industrialisés et leurs multinationales. Les conditionnalités ne sont ni plus ni moins la prise en main de la politique économique d'un pays par les pseudos experts du FMI, remettant ainsi en cause l'indépendance et la souveraineté de ce pays. Le phénomène de la dette a accompagné le mouvement des différents impérialismes vers les conquêtes de nouveaux marchés pour y écouler leurs produits et y piller les ressources en matières premières des pays emprunteurs. Le développement de la dette a trouvé essentiellement son origine dans la caractéristique principale de l'impérialisme, à savoir la domination du capital financier, la prépondérance de l'exportation des capitaux sur celle des produits et surtout le caractère autonome des circuits financiers par rapport aux circuits de la production des marchandises. 

Au nombre de ces conditions, se trouve la privatisation, qui a dévasté des économies nationales. «Des milliers de travailleurs ont été compressés et le redressement rentable et coûteux a conduit à l'exclusion de centaines de milliers de personnes des services. Par ailleurs, des flux d'investissements directs attendus et l'accès à la nouvelle technologie ne se sont pas concrétisées». De plus, cette APD ne se dirige pas en priorité vers les pays qui en auraient le plus besoin et sert avant tout les intérêts géopolitiques du pays donateur : le principal récipiendaire de l'aide délivrée par les Etats-Unis était pendant longtemps l'Egypte, et l'Inde pour celle du Royaume-Uni. La CNUCED parle de «l'impératif moral d'une responsabilité partagée, si l'on considère en particulier que les institutions de Bretton Woods ont exercé la plus grande influence sur les politiques de développement dans le continent par le biais des programmes d'ajustement structurel et des prêts correspondants, lesquels n'ont pas donné les résultats escomptés en matière de croissance et de développement.» En plus ces dettes destinées à des régimes corrompus sont considérées comme «odieuses». En définitive comme le rappelle la CNUCED, la responsabilité de dette est partagée : «l'idée couramment répandue que le surendettement de l'Afrique est tout simplement l'héritage de gouvernements africains irresponsables et corrompus. Si cette idée n'est pas entièrement dénuée de fondement, en particulier au regard de ce qu'a été la politique de la guerre froide, ce sont bien les chocs extérieurs, la dépendance à l'égard des produits de base, des programmes de réforme mal conçus et l'attitude des créanciers qui ont joué un rôle décisif dans la crise de la dette. Une analyse plus nuancée montre que le profil de la dette est passé de la "viabilité" dans les années 70 à la "crise" dans la première moitié des années 80, la majeure partie de la dette ayant été contractée entre 1985 et 1995 dans le cadre des programmes d'ajustement structurel et sous la surveillance étroite des institutions de Bretton Woods.» 

Une dette illégitime mérite une annulation pure et simple 

La génération actuelle ne peut accepter cette commémoration du passé. Tout d'abord, l'argument «quand on a des dettes, on les paie» ne tient plus dans le cas des pays africains, car la situation de crise a été déclenchée par des facteurs extérieurs indépendants de leur volonté (hausse des taux d'intérêt, chute des cours des matières premières). De surcroît, cette dette est largement immorale car elle fut souvent contractée par des régimes non démocratiques, voire dictatoriaux, qui n'ont pas utilisé les sommes reçues dans l'intérêt de leurs populations. Les créanciers ont prêté en connaissance de cause, pour leur plus grand profit, ils ne sont donc pas en droit d'exiger des peuples qu'ils remboursent. Le prix Nobel Wangari Maathai, , déclarait ceci «Ce n'est un secret pour personne qu'un grand nombre de prêts a été octroyé à plusieurs dirigeants dictateurs, irresponsables en Afrique et ailleurs, et que l'argent n'a jamais profité à ceux à qui c'était destiné. Comment pouvez-vous punir les pauvres citoyens, qui n'ont jamais été consultés au sujet des prêts, qui ont été utilisés pour les opprimer, pour renforcer les élites au pouvoir se montrant coopératives, et pour exploiter les ressources au détriment de la santé, de l'environnement et du bien-être des populations? Ces dettes ont été non seulement mal conclues, mais sont illégitimes». 

La gestion de la dette, estiment des experts, a réduit les budgets des pays en développement. Il n'y a pas assez d'argent pour permettre aux gouvernements de fournir correctement les services de base dont l'éducation et la santé. Si les dettes sont annulées, l'Afrique et d'autres nations pauvres auront plus de souveraineté pour décider de leurs propres mécanismes de développement, étant donné que les conditions qui ont précédemment été liées aux prêts ont maintenu les nations pauvres à la merci des nations riches. Depuis 1980, la dette extérieure publique (c'est-à-dire contractée par les pouvoirs publics ou garantie par eux) à long terme de l'Afrique a continué sa progression effrénée. Celle de l'Afrique subsaharienne a été multipliée par 4, passant de 45 milliards de dollars en 1980 à 175 milliards en 2003. La dette extérieure publique de l'ensemble de l'Afrique est donc passée de 89 milliards de dollars en 1980 à 250 milliards en 2003. Suite aux plans d'ajustement structurel imposés par le FMI, l'essentiel de la politique économique des pays du Sud est décidée à l'extérieur du pays concerné, notamment à Washington, à Londres, à Paris ou à Bruxelles . Déjà, la dette a été remboursée plusieurs fois : pour 1 $ dû en 1980, les Etats africains ont remboursé 4 $ mais en doivent encore 2,5 ! Elle a donc cessé de faire l'objet d'un remboursement équitable dans des conditions régulières, pour devenir un instrument de domination implacable, dissimulant racket et pillage. 

Tout compte fait, la dette organise un transfert de richesses des populations du Sud vers leurs riches créanciers. Le droit international reconnaît la nécessité de prendre en compte la nature du régime qui a contracté les dettes, et l'utilisation qui a été faite des fonds versés. Cela implique une responsabilité directe des créanciers. Ainsi, si un régime dictatorial est remplacé par un régime légitime, ce dernier peut prouver que les dettes n'ont pas été contractées dans l'intérêt de la nation ou l'ont été à des fins odieuses. Dans ce cas, elles peuvent être frappées de nullité et les créanciers n'ont qu'à se retourner vers les dirigeants de la dictature à titre personnel. Dans tous les cas, les pays africains devraient cesser de payer ces dettes fallacieuses et immorales. Thomas Sankara rappelait à propos à la tribune de L'OUA le 29 juillet 1987 : «Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n'avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu'au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c'est-à-dire la dette de sang. C'est notre sang qui a été versé. On parle du Plan Marshall qui a refait l'Europe économique. Mais l'on ne parle pas du Plan africain qui a permis à l'Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leurs économies étaient menacées, leurs stabilités étaient menacées. Qui a sauvé l'Europe ? C'est l'Afrique. On en parle très peu.» 

L'antidote de la dette 

Le service de cette dette extérieure publique est bien sûr très élevé au regard des capacités financières du continent : 20 milliards de dollars en 2003, dont 10,5 pour l'Afrique subsaharienne. Afin d'y faire face, les institutions internationales prônent sans relâche des réformes économiques pour attirer les investissements privés, provenant notamment des firmes multinationales, à travers des privatisations ou des prises de participation. Mais ces investissements conduisent souvent à une perte de souveraineté de l'Etat dans des domaines stratégiques (énergie, eau, télécoms, etc.) et génèrent des profits qui fuient très vite le pays pour gagner la maison-mère des grands groupes et leurs principaux actionnaires. Ces rapatriements de profits se sont élevés à environ 9 milliards de dollars en 2003 et sont encouragés par la libéralisation de l'économie imposée par les programmes d'ajustement structurel. Au même moment, les institutions internationales donnent des objectifs. Réduire des trois quarts, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité maternelle. Réduire de moitié, d'ici 2015, la proportion de la population dans les campagnes et dans les villes privée d'un accès régulier à l'eau potable. Parvenir, d'ici à 2020, à améliorer sensiblement la vie d'au moins 100 millions d'habitants de taudis. Enrayer, d'ici à 2015, la propagation de la malaria et d'autres grandes maladies, et commencer d'inverser la tendance actuelle. Il est vraisemblable qu'avec la ponction du service de la dette sur leurs revenus, les pays africains ne pourront pas atteindre ces objectifs .Le recours à la dette doit être une solution ultime et non la solution prêt-à-porter des dirigeants africains. 

L'initiative PPTE n'est pas non plus la panacée. Entre 1998 et fin 2004, 28 pays, dont 24 en Afrique, avaient bénéficié du programme PPTE, pour un montant total de 33 milliards de dollars, soit une réduction «de plus de moitié par rapport aux exportations et aux recettes publiques». Mais, explique la Banque mondiale, «même si la dette extérieure de ces pays était intégralement annulée, la plupart d'entre eux auraient encore besoin d'une aide extérieure importante, puisque, depuis de nombreuses années, l'aide qu'ils reçoivent dépasse de beaucoup les paiements effectués au titre du service». Le comble c'est que pour bénéficier de l'annulation de la dette dans le cadre de l'initiative PPTE, il faudra accepter le démantèlement de son économie par les apprentis sorciers du FMI. Cette fourberie de vouloir être condescendant avec leur initiative PPTE ne sied pas à l'Afrique. Emmurée dans sa grandeur sacrée, la thématique de la dette a pendant longtemps été manipulée par l'élite africaine sans résoudre le problème de l'endettement. Face à un problème aussi grave, il faut une réponse virile, peut-être celle adoptée ces dernières années par les pays d'Amérique Latine. Par exemple, le président de l'Equateur, Monsieur Correa a décrété le 4 octobre 2007, une reforme de loi sur les hydrocarbures. Le décret actuel de Correa vise à ce que la répartition se fasse sur la base de 99% pour l'Etat et de 1% pour les compagnies pétrolières, ce qui rapporterait à son pays 830 millions de dollars annuels. Il est donc temps que s'arrête les programmes de privatisation et même du paiement de la dette extérieure. N'est-il pas nécessaire de demander un moratoire sur le paiement de la dette des pays africains ? 

Dans le cas contraire, Il est temps de revoir de fond en comble les politiques d'emprunts extérieurs des pays africains et l'utilisation de ceux-ci. «Quand il s'agit d'y recourir, les institutions parlementaires doivent en être saisies et en délibérer». La nécessité de l'adoption d'un mode de développement endogène est opportune. Réduire au minimum le recours aux emprunts extérieurs en mobilisant l'épargne domestique. Cela passe sans doute par une souveraineté monétaire. Adopter une vision de développement inspirée par les valeurs de la Renaissance politique, sociale, culturelle, économique et scientifique africaines en développant un consensus des peuples d'Afrique. En accélérant l'intégration économique des grandes régions de l'Afrique, les pays africains pourront mettre en place des politiques de stabilisation des prix des matières premières par des cartels de producteurs comme l'OPEP. C'est in fine, une refondation des relations entre les pays du Nord et ceux du Sud qui est ainsi visée. Sans une réorganisation de nos économies et une vision endogène du développement, tout effort et gesticulation sur l'endettement des pays africains ne seront comme un simple cataplasme. Refusant le conformiste et l'immobilisme actuel, l'Afrique doit adopter une vision iconoclaste afin de montrer au monde qu'elle est capable de tracer les sillons de son destin. 

Une attitude courageuse des pays africains est attendue car il s'agit de la défense de toutes les conquêtes sociales et la défense même de l'existence de nos pays et de leur souveraineté. Il est temps que s'éveille en nous la fièvre révolutionnaire. Lénine disait un jour à propos du laxisme de sa base «que personne ne vous donnera jamais rien si vous ne sachiez pas prendre vous-mêmes». Ensemble, avec l'audace et la volonté, nous réussirons ! Vive l'Afrique libre et prospère ! 

Prao Yao Séraphin

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Grands dossiers
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Do not leave Africa in scramble



To many minds, Africa is a picture of hopeless misery: afflicted by poverty, scarred by corruption and ravaged by Aids and war. These facts are true, but they tell only half the story. In many sub-Saharan African countries output briskly outpaced population growth during the last decade, leading to sustained growth in income per capita and promising a lasting escape from poverty.

Behind the success lies many African leaders’ willingness to adopt solid macroeconomic policies and move towards more transparency and less red tape. Economic integration with the world deepened and trading relations diversified. Record-breaking prices boosted commodity exporters’ incomes. The private sector’s success, for example in telecommunications, showed that Africa does not lack good business opportunities. Before the crisis, countries such as Ghana were on course to escaping aid dependence by entering global capital markets.

But Africa is now slipping. Foreign direct investment has shrivelled. Capital markets have seized up as funds flee to the safety of rich-country sovereign bonds – with which the market is flooded. The price of trade credit has soared, sharply halting trade flows, with commodity exporters suffering additionally from the drop in prices.

As tax revenues fall and demands on public services rise, governments without large savings are in a squeeze. African leaders warn of a popular backlash: if the public suffers undeserved pain after governments followed what rich countries told them to do in the 1990s, economic growth and democratic stability are at risk. Already coups and riots are on the rise.

The world’s leading countries must act to end the global crisis as soon as possible. In the meantime, Africa should not be a casualty of other priorities. African governments that have shown a commitment to sound policies must be helped to fill temporary funding gaps. And rich countries should quickly prop up trade finance: it would do much good and cost little.

Development aid
can do ill as well as good; the long-term goal must be to get rid of it. But that is no argument against short-term crisis assistance, which has been provided – quickly – to small and relatively rich European countries; many African countries need the same. Moreover, rich countries made aid promises at the Gleneagles summit that they have yet to fulfil.

The potential cost of the crisis in Africa is not just unemployment; it is starvation, civil war and the closing of an escape route from poverty. That is a price the world cannot afford to pay.


Editorial
Financial Times
Le 16/03/2009

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