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Bluff

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Lundi 18 décembre 2006

Certaines images parlent plus que des milliers de mots...

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Samedi 16 décembre 2006


"Voltaire parle à un parti, Molière parle à la société, Shakespeare parle à l’homme."
(Victor Hugo In "Littérature et philosophie mêlées")

D’Abidjan à Bangui, en passant par N’Djaména, la politique de Chirac en Afrique est faite de contorsions et de grands écarts qui désarticulent la diplomatie française. L’actualité de ces trois capitales constitue le triptyque de ce que la France chiraquienne s’efforce de présenter comme une politique cohérente en Afrique. Quelle relation entre la France et l’Afrique Chirac laissera-t-il en héritage à son successeur ? Quel niveau d’enlisement connaîtra l’armée française en Afrique en mai 2007 lorsque le locataire de l’Elysée rendra les clés ? Et pour les africains qui s’interrogent sur le lourd silence de l’intelligentsia française, quel sera le bilan des douze ans du régime chiraquien, et quelle perspective pour l’avenir ?

Commençons par une mise en scène de Voltaire face au Code noir. Candide et Cacambo rencontrent un nègre au bord d'un chemin, il leur raconte sa misérable vie qui se résume à peu de choses. Ses malheurs sont dus à un Négrier blanc. Il s’agit d’un extrait de Candide de Voltaire présenté ainsi par Claude Lamirand sur son superbe site
www.action-libérale.org.

"En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. "Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ? -- J'attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. -- Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ? -- Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : "Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère." Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible."

I - La logique militaro affairiste des accords de coopération

Ca y est, nous y sommes hélas ! Les fronts brûlants s’ouvrent en Afrique les uns après les autres, aussi bien pour l’armée française, qui n’a pas su muer sa mentalité afin de s’affranchir des avatars de ses expéditions coloniales, que pour la diplomatie française qui a toujours été en Afrique au second plan derrière les militaires, depuis le temps où l’Afrique était l’affaire du ministère des colonies et de l’armée coloniale. La diplomatie française laisse souvent aux militaires et au ministère de la défense l’initiative d’impulser l’orientation dans les relations de la France avec ses anciennes colonies d’Afrique. C’est une vieille tradition qui remonte au général de Lattre de Tassigny qui, en 1951, alors qu’il était haut commissaire en Indochine organisait le Groupement des Commandos Aéroportés (GCMA) qui sera le bras action des services spéciaux français pour attiser les haines tribales auprès des différentes populations, d’organiser les milices tribales, et de soutenir les maquis tribaux et les guérillas ethniques dans les arrières du Vietminh.

La diplomatie française en Afrique est une diplomatie à coloration militaro affairiste. Elle est balisée par l’institution militaire et entretenue par les affairistes de tout poil, politiques et civils. Ceux des diplomates français en poste en Afrique, qui ont encore un sens de ce qu’est l’art de la diplomatie doivent bien se sentir à l’étroit dans la camisole de force, que leur impose la politique chiraquienne. Le crépuscule de la très vraisemblable prochaine fin du pouvoir élyséen de Chirac s’accompagne d’une cascade d’engagements directs de l’armée française sur les terres de ses ex-colonies. Que veut exactement Chirac en Afrique ? Un embrasement général de l’Afrique francophone avant son départ ? Battre le record rwandais de Mitterrand ? Comme beaucoup d’africains, des proches collaborateurs de Chirac, déboussolés par une politique aventureuse et incohérente, se posent également la question.

Depuis que l’armée française est entrée en conflit ouvert contre le peuple ivoirien, les africains ont senti venir le dérapage incontrôlé de la politique chiraquienne en Afrique. Ils se sont interrogés sur la volonté de la France de créer des foyers de tension sur le continent, et sur la capacité de la France à pouvoir maintenir simultanément plusieurs fronts militaires dans les pays de son ‘pré carré’ africain.

Aujourd’hui, les africains ont la réponse à ces interrogations qu’ils exprimaient, à la fois comme une mise en garde à la France chiraquienne et comme une exhortation à voir Chirac revenir à la raison pour un type de relation avec la France acceptée par les africains. La réponse de Chirac est claire et sans ambiguïté. Le type de relations que la France chiraquienne veut développer avec les pays africains est un rapport de force qui impose la soumission. Mais l’Afrique moderne a déjà tourné le dos à la soumission. Irrévocablement. Et qu’on se le tienne pour dit.

Lorsque Chirac déclare que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie, propos sur lesquels l’auteur n’est du moins jamais revenu pour en atténuer l’effet ou pour le reformuler de manière moins choquante, il est honnête avec lui-même et exprime le fond de sa pensée politique. Depuis qu’il est à l’Elysée, ses actes et sa politique à l’égard de l’Afrique sont en parfaite conformité avec cette déclaration. Aussi, s’engage-t-il brutalement contre tous ceux qui aspirent à plus de liberté, dans le silence complice de l’intelligentsia française.

II - Mais où sont donc passés les intellectuels français ?

En dehors des périodes électorales où le peuple sanctionne ses premiers responsables politiques par un renouvellement ou un retrait de confiance, la caractéristique distinctive des grandes démocraties se traduit également par la capacité des citoyens à s’opposer à leurs dirigeants à travers des publications, des conférences et des manifestations publiques, lorsque la politique menée en leur nom ne trouve pas un écho favorable dans leurs propres convictions. Ceci est vrai pour la politique intérieure et aussi pour celle qui est menée à l’extérieur du pays.

Les citoyens américains ont souvent montré, même en dehors de toute période électorale, qu’ils ont la capacité et la volonté de peser significativement sur la manière dont le pouvoir exécutif conduit la politique étrangère de leur pays. C’est ainsi qu’ils se sont fortement mobilisés contre la guerre au Vietnam et plus récemment contre la nature de l’évolution de la guerre en Irak. Cette implication directe des citoyens dans la politique ne manque pas de porter des fruits qui font infléchir les positions prises par l’exécutif. Et parfois, les thèmes de politique étrangère dominent largement les campagnes électorales aux USA. Les sujets de la Reine d’Angleterre ne sont pas en reste pour protester contre ce qu’ils considèrent parfois comme des écarts dans la politique étrangère de leur gouvernement. Pour ne citer que ces deux grandes Nations.

En revanche, en ce qui concerne la France, également une grande Nation, quand il est question de sujets relatifs à l’Afrique, il y a comme une espèce d’harmonie entre la classe politique française et les intellectuels français, pourtant connus pour être très portés sur la critique contre leurs dirigeants politiques. On connaît la capacité de mobilisation et la fronde des intellectuels français lorsqu’ils veulent défendre des positions sur des grands sujets. Ils savent s’opposer aux actions gouvernementales. De mai 68 à la dernière crise du Contrat Première Embauche de de Villepin, les exemples ne manquent pas. Avec l’Afrique noire ces intellectuels changent de prisme. Ils agissent comme s'ils ne voient rien. Et quand ils voient, parce qu'ils sont contraints de faire face à la sordide réalité qui est la nôtre à cause de leurs hommes politiques, ils s'arrangent toujours pour ne jamais remettre en cause le système de la très désastreuse politique africaine de la France. Ils préfèrent plutôt désigner un coupable individuel maladroit qui réussi mal à la tâche.

Ainsi, après la rejet du projet de résolution française, la presse hexagonale a été quasi unanime à dénoncer l'incompétence de Chirac, qui n'arrive même plus à faire passer une résolution concernant un ''micro Etat'' africain, mais aucun de ces mêmes organes et aucun intellectuel ne s'est offusqué, ne serait-ce qu'une seconde, du fait que ledit projet de résolution présenté par l'Etat français, en octobre et novembre 2006 devant les pays membres du conseil de sécurité, réclamait la suspension de la Constitution d'un Etat souverain reconnu par l’Etat français et la prévalence des résolutions d'une organisation internationale sur la Loi fondamentale de Côte d'Ivoire.

Même scénario aujourd'hui avec la rupture unilatérale des relations diplomatiques du Rwanda avec la France. Encore sous le choc de la rapidité d'action et de la fermeté dont Kagamé a fait preuve, les médias français ont commencé à sonner le hallali sur le juge Bruguière - qui le mérite bien -, en faisant mine de ne pas savoir que celui-ci a agi sur ordre et, plus grave, en ignorant totalement les accusations de participation au génocide portées à l'encontre de l'Etat français. Bien embarrassés par la remise sous les projecteurs de l'actualité de ce sinistre épisode de leur récente histoire, les medias français utilisent, avec un semblant de pudeur, le conditionnel quand il s'agit d'évoquer l'activisme de la cohabition miterrando-chiraquienne dans cet ethnocide ou même de s’étonner devant le nombre de victimes : plus d’un million de morts en moins de cent jours. Un record.

En dehors de quelques voix françaises, célèbres mais très isolées, qui s’élèvent pour dénoncer ce que fait Chirac en Afrique, généralement, à des exceptions près, la presse française maquille la vérité sur ce qui se passe en Afrique, même lorsque l’Etat français pose ouvertement des actes de guerre. Tout se passe comme si les intellectuels français buvaient comme du petit lait la propagande que les politiques français exhibent au sujet des africains, sur la base de caricatures et de clichés réducteurs. Les africains, dénoncent déjà depuis plusieurs années les graves conséquences que produit la politique menée en Afrique par la classe politique française. Mais, les intellectuels français sont silencieux et donnent l’impression de ne pas se sentir concernés par ce qui se déroule sous les tropiques. Point de publication critique de la politique gouvernementale en Afrique et point de manifestation dans les rues pour marquer une désapprobation, même lorsqu’il est clairement établi que des hélicoptères de l’armée française tirent à la mitrailleuse sur des civils sans arme en Côte d’Ivoire, ou que les responsables politiques français sont accusés de manière insistante de complicité dans un génocide au Rwanda. L’intelligentsia française se mure dans un silence qui hurle, à la Ponce Pilate ‘Tuez-les, mais que leur sang ne nous éclabousse pas !’ Mais cela les exempt-il pour autant de leur responsabilité ?

Les Africains se posent la question sur ce qu’est devenue la France de Montesquieu ou celle de Robespierre sous le régime de Chirac. Les universitaires et les hommes de culture français, ont-ils autant de mépris pour les africains au point d’entrer en conflit avec leur propre conscience, en se bouchant les oreilles, les yeux et la bouche ? La Méditerranée et le Sahara qui séparent la France de l’Afrique noire ne privent pas les intellectuels français des images et des informations qui proviennent des villes et des campagnes africaines. Quel est ce malaise qui ronge l’intelligentsia française au point de la rendre atone sur un sujet aussi important que les drames que produit la politique française en Afrique? Hier le Rwanda, aujourd’hui la Côte d’Ivoire, et dans une autre mesure, le Tchad et la Centrafrique. Malgré cela, les rues françaises sont silencieuses et calmes, les centres de conférence n’abritent pas des colloques sur le drame qui se déroule en Afrique. Seule la dimension humanitaire des choses semble susciter un intérêt dans la société civile. Parce que secteur porteur ? Personne ne s’exprime vigoureusement en France d’une voix audible pour interpeller les politiques français afin de les mettre face à leur responsabilité. Comment la France peut-elle espérer regagner le coeur des africains si les politiques français n’ont aucune sanction électorale en conséquence de la politique dévastatrice qu’ils mènent en Afrique ? En se taisant, l’intelligentsia française donne carte blanche à sa classe politique pour que les conditions se réunissent dans le but de concourir à l’exécution d’autres événements innommables, comme au Rwanda. Les campagnes électorales se suivent en France et personne ne soulève la question des rapports de la France à l’Afrique. Personne ne demande des comptes à l’Elysée. Comment les intellectuels français peuvent-t-ils autant décrier la politique intérieure de Chirac, à travers une panoplie de publications et occulter systématiquement les drames que Chirac provoque en Afrique ? Les rares fois que l’Afrique est évoquée, c’est pour effleurer la question des détournements des fonds publics au profit de la françafrique. Rien de fondamental sur la politique elle-même. Aucune action significative n’est initiée pour combattre une situation qui dure depuis les années 60, pour ne pas remonter plus loin dans l’histoire. Même mai 68, période de toutes les contestations, n’a pas ouvert la voie à une critique de la politique française en Afrique. En ne levant pas le petit doigt pour soutenir la lutte des africains qui réclament leur liberté, les intellectuels français sèment dans l’esprit des jeunes africains les graines de l’ivraie.

Et pourtant, ceux des africains qui sont passés dans les universités et les grandes écoles françaises ont été forgés aux vertus de la critique, ils ont admiré la pensée française qui a magnifié et universalisé les droits de l’Homme proclamés peu avant en Amérique. Ils savent que les intellectuels français sont humanistes et respectueux des lois universelles. Alors comment expliquer cet immobilisme des universitaires et des hommes de culture français, quand les africains crient leur colère contre Chirac et sa Françafrique ? Que les intellectuels français gardent à l’esprit que les livres d’histoire moderne ne sont plus écrits par des coopérants français pour l’enseignement des jeunes africains. L’histoire est désormais écrite par des africains, avec des images et des sons à l’appui, selon la réalité des faits. Quel rapport survivra entre les intellectuels français et leurs homologues africains, quand l’Afrique aura gagné sa liberté sans le concours des universitaires et des hommes de culture français ? L’intelligentsia française, n’est-elle pas en train de se laisser submerger lamentablement par son ignorance, son indifférence et le mensonge d’Etat sur un pan important de l’histoire politique contemporaine?

Sans négliger d’autres explications probables, et sans oser envisager la possibilité d’une explication encore plus cynique de type racisme intellectuel, on peut néanmoins penser que les intellectuels français ont honte de leur classe politique au point de se couvrir la tête pour ne pas voir et savoir l’ignominie des tragédies que Chirac provoque ou entretient dans les pays africains. Se déclarer frappé de cécité et de surdité, peut offrir aux universitaires et aux hommes de culture français, un confort psychologique et s’avérer un bon moyen pour ne pas se sentir comptable de ce qui se fait pourtant au nom de tous les français. Une telle attitude dans le pays de Malraux est incompréhensible pour les africains.

Hier, les africains ont donné leur vie pour sauver la France occupée, aujourd’hui, les français font comme si cela n’avait jamais existé. Ne parlons même pas des exécutions systématiques du style camp de Thiaroye au Sénégal. Même pour donner une pension décente aux rares anciens combattants encore vivants, il aura fallu attendre soixante ans ! Peut-on dans ces conditions être surpris qu’un président de Conseil Général, de surcroît socialiste français, traite publiquement les harkis de sous-hommes et déplore qu’il y ait neuf joueurs noirs sur onze dans l’équipe de France de football ? La question est lancinante, mais elle se pose d’elle-même.

Un jour viendra où les peuples africains poseront des questions aux universitaires et aux hommes de culture français, mais aussi au peuple, français. Où étiez-vous quand tout cela se passait ? Pourquoi n’avez-vous rien fait, rien dit pour aider les africains à retrouver leur dignité ? Qu’avez-vous fait du capital universel que Rousseau et Bastiat vous ont confié ? Il faudra alors trouver une explication convaincante pour que les ivoiriens comprennent pourquoi ils n’ont pas été assistés afin de pouvoir repousser les rebelles qui ont attaqué les institutions de la République, malgré les accords de défense qu’ils ont signés avec la France.

III - Les accords avec la France ? Un papier à valeur unidirectionnelle

Quand elle le veut, la France sait faire les choses selon les normes. C’est pourquoi, avec certains pays africains elle a signé des accords de coopération militaire, et avec d’autres elle a signé des accords de défense, compte tenu de l’intérêt économique que représente chaque pays aux yeux de la France. Avec les accords de défense que la Côte d’Ivoire a signés, l’Etat ivoirien était en droit de bénéficier de l’engagement au combat des militaires français afin de défendre son territoire. C’est à ce titre que Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d’Ivoire, a sollicité en septembre 2002 l’intervention de l’armée française en vue d’aider l’armée ivoirienne à repousser de rébellion (constituée par des d’ivoiriens et des étrangers) venue essentiellement du Burkina, du Mali, du Liberia et de la Sierra Leone. Ces rebelles faisaient peser une menace grave et imminente sur les institutions républicaines ivoiriennes. Cette requête était d’autant plus fondée, qu’en plus de l’accord la France dispose d’une base militaire à Abidjan avec en permanence 600 à 800 hommes, dont la présence se justifie par la volonté supposée d’une exécution rapide dudit accord en cas d’urgence. Bien sûr qu’on ne peut pas reprocher à Chirac de ne pas aimer Gbagbo. Il ne s’en cache d’ailleurs pas et le manifeste même ostensiblement à chaque fois qu’il en a l’occasion. En revanche, le peuple ivoirien en veut particulièrement à Chirac d’avoir refusé l’exécution d’un engagement contractuel qui aurait évité à la Côte d’Ivoire plusieurs années de douleurs et de pillages.

Pourtant, depuis que les accords de défense ont été signés en 1961, septembre 2002 était la première fois que la Côte d’Ivoire allait jouir des droits issus de ces accords, alors que la France de son côté a toujours tiré les bénéfices commerciaux produits par les effets de ces accords. Chirac a préféré faire de la France un Etat sans parole. Un Etat qui renie sa propre signature. C’est terriblement honteux pour la France et tragique pour les ivoiriens. La Côte d’Ivoire s’en souviendra ! Comme elle se souvient que dans les débuts des années 90, la France balladurienne avait sous le second septennat de Mitterrand, refusé d’appliquer les accords monétaires et financiers pour imposer une dévaluation du Franc Cfa.

Autre pays, autre théâtre d’opérations. Nous sommes au Tchad, où le pouvoir en place fait face à une rébellion armée, venue de l’extérieur, dit-on. L’Etat tchadien appelle la France à la rescousse. Demande légitime. Seulement voilà, la France n’a pas d’accord de défense avec le Tchad, les deux pays n’ont qu’un accord de coopération militaire. Donc la France n’est pas supposée s’engager dans un combat pour défendre le Tchad. Mais que fait Chirac ? Il met en action les avions de combat Mirage F1 contre les rebelles. Tant mieux pour l’Etat tchadien, mais cette intervention n’a aucune base légale, du moins au regard de l’accord de coopération militaire, moins engageant pour la France que ne l’est l’accord de défense.

En Côte d’Ivoire, Chirac renie la signature de la France et fait le minimum en matière d’assistance militaire, alors que l’accord de défense contraignait l’armée française à l’engagement au combat aux côtés des militaires ivoiriens. Au Tchad, il outrepasse les droits que lui confèrent les accords de coopération militaire que la France a signé. A la place d’un accord de défense, Chirac applique les engagements d’un accord de coopération militaire, et vice-versa. Quelle est la cohérence politique que l’on peut déduire de ces deux cas de figure ? Tout se résume pour Chirac à faire comme bon lui semble, avec la complicité de la classe politique française dont aucun de ses acteurs n’a élevé la voix pour demander à Chirac les fondements de cette politique de deux poids deux mesures. Le régime de Chirac continue de discréditer la France aux yeux de ses partenaires en Afrique. Même les dirigeants politiques africains qui semblent en accord avec la Chiraquie s’interrogent à voix basse sur l’attitude qu’aurait Chirac au cas où leur pouvoir venait à être menacé. Il semble même, selon des rumeurs très insistantes, que certains d’entre eux cherchent discrètement des appuis ailleurs, loin de la France, malgré leur lune de miel avec Chirac. Sait-on jamais ! Et ils ont raison ; paroles d’ivoiriens. Nous en savons quelque chose.

La diplomatie française n’a jamais été aussi malmenée que sous la présidence de Chirac. Entre les ambassadeurs français qui passent devant les tribunaux pour trafic de visas, à l’image des malversations qui ont entaché le système Chirac de l’Hôtel de ville à l’Elysée, et ceux qui se refusent d’être le porte-voix du président de la République française, on peut plaindre la posture inconfortable qu’inflige le régime Chirac à ce corps de prestige de l’administration française.

En tout état de cause, les expériences actuelles démontrent que les accords que signent les Etats africains avec la France semblent n’avoir aucune espèce de valeur, dès lors que Chirac en fait une application à géométrie variable. Il reste à chaque pays africain de s’exercer pour déterminer les variables qui orientent les modalités d’application des accords qu’il signe. Souhaitons à chacun d’entre eux beaucoup de courage et de plaisirs.

IV - Retour en arrière et risques d’enlisement

L’arrivée de Chirac au pouvoir a mis un coup de frein à l’effet produit en Afrique par la disparition du bloc soviétique et la chute du mur de Berlin. L’espoir suscité par la mondialisation et l’ouverture politique est mis à rude épreuve. La démocratie dans les Etats francophones d’Afrique connaît un recul. Les pouvoirs africains, tenus à bout de bras par Chirac, se replient sur eux-mêmes et renforcent leur emprise dictatoriale sur leurs populations. Le temps avance et les choses semblent s’empirer. Plus les années du régime chiraquien s’allongent, plus Chirac durcit sa politique à l’égard des africains. Là où les africains lui demandent du respect et de la considération, Chirac rétorque qu’il aime l’Afrique. Mais les africains ne veulent plus de relation basée sur les sentiments paternalistes et la passion aveugle. Ils ne veulent plus de Chirac l’Africain, ils auraient voulu que Chirac le français leur rende des comptes. Ils réclament une relation de raison. Ils ne veulent ni charité, ni solidarité avilissante. Ils exigent un partenariat. Ils ne quémandent plus de l’aide, ils veulent commercer de manière équitable. Est-ce vraiment trop demander à la France ?

Au lieu de tout cela, Chirac préfère l’usage de la force. Abidjan, N’Djaména, Bangui, les capitales africaines renouent les unes après les autres avec les actions militaires de la France sur le sol africain. Combien de fronts de belligérance Chirac compte-t-il laisser en activité avant de quitter l’Elysée par une poterne ? Au lieu de développer une relation saine avec l’Afrique, Chirac s’évertue à braquer les peuples africains contre l’Etat français. Pour ce qui concerne l'interventionnisme militaire français au Tchad et en Centrafrique, peut-on vraiment passer sous silence le fait que ces deux pays regorgent de ressources pétrolières? Les médias français sont très forts pour le faire, mettant plutôt en avant le coté humanitaire de la chose, et à longueur de journaux télévisés, ils nous parlent de la ''situation intolérable des ces pauvres déplacés de guerre''.

Jacques Chirac est dans l’erreur et il se méprend sur l’Afrique d’aujourd’hui. Sur tout le continent, il ne suscite que rejet de la part de la jeunesse. Sa politique est brutale et sans finesse diplomatique. Le régime de Mitterrand a accompagné "l’inavouable" au Rwanda, selon l’expression de Patrick de Saint-Exupéry, mais c’est le pouvoir chiraquien qui exaspère l’Etat rwandais, au point que les dirigeants de ce pays préfèrent rompre les relations diplomatiques qui lient le Rwanda à la France. Chirac fait plus de tort à la France et à l’Afrique, qu’un éléphant ne ferait de dégâts dans un magasin de porcelaines.

Une grande démocratie, c’est aussi celle qui sait trouver dans ses institutions, et au sein de son peuple, les ressorts nécessaires pour corriger des choix qui n’offrent pas, à la pratique, les perspectives espérées. En acceptant de faire une autocritique de leur politique en Irak, les institutions américaines donnent à la France de Chirac et au monde une grande leçon de démocratie et du sens de l’Etat. Les institutions françaises, la classe politique française et l’intelligentsia française n’ont pas encore montré cette dimension de leur démocratie. Que Chirac sorte de son enfermement et qu’il corrige le cap de ses erreurs en Côte d’Ivoire avant qu’une autre catastrophe ne vienne enliser davantage l’armée française. Ce serait un bel exemple pour les Etats africains qui s’inspirent si souvent des institutions françaises. Chirac impose à l’Etat de Côte d’Ivoire, le dialogue avec les rebelles, mais Chirac refuse de dialoguer avec son homologue Gbagbo. Il n’est pas trop tard pour que Chirac retrouve la raison d’une logique claire obscure.

La perspective de ce que l’histoire retiendra des douze ans de la présidence chiraquienne, se dessinera selon les derniers actes que Chirac compte poser en Côte d’Ivoire d’ici la fin de son mandat. Quant à l’avenir des relations de la France avec la Côte d’Ivoire, immanquablement, il sera durablement marqué par la manière dont la crise actuelle trouvera une fin. Peu importe le temps que cela prendra, la crise ivoirienne finira par connaître un dénouement. Il vaut mieux pour les intérêts de la France que l’Etat français accompagne cette fin plutôt qu’elle se présente sans lui. Le moment venu, le peuple ivoirien, davantage averti par cette crise, saura trier le bon grain de l’ivraie. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous en convaincre ici et ailleurs en Afrique.

Pr Mamadou Koulibaly in Le Courrier d'Abidjan, 16 Décembre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Jeudi 14 décembre 2006


La journaliste Mahalia Nteby réagit à la campagne de dénigrement engagée par l’hebdomadaire Jeune Afrique contre la Première Dame de Côte d’Ivoire, Simone Ehivet Gbagbo.

21612 caractères, titre, espaces et nom de l’auteur inclus. 21612 caractères de trop. Affligeant Cheick Yérim Seck – comme d’habitude, pourrait-on ajouter. Peu avant le vote de la résolution 1721 par le conseil de sécurité de l’ONU, alors que je jouais tranquillement au Lido, le son de la télévision me parvenait depuis la pièce voisine. Une émission où des “journalistes experts du sujet” passaient en revue l’actualité africaine de la semaine. N’en pouvant plus d’ouïr les inepties débitées plus particulièrement par l’un des intervenants, je me suis levée pour aller voir qui était et à quoi ressemblait cette version africaine de l’oncle Tom. Cheick Yérim Seck. Il m’était enfin donné de mettre un visage et une voix sur des écrits. Moi qui avais toujours souhaité pouvoir personnaliser le concept de “l’Africain colonisé jusqu'à l’os et fier de l’être” (prière donc de se garder de toute compassion), on peut dire que j’ai été exaucée !

Quand la “vraie Simone Gbagbo” nous est contée par Cheick Yérim Seck, on sent tout de suite qu’il peine à trouver matière à remplir le contrat pour lequel il a été mandaté, et qui consiste à faire de la Première Dame ivoirienne une espèce de sosie d’Agathe Habyarimana, mastermind du génocide rwandais revenu sous les projecteurs de l’actualité au grand dam de l’Etat français, qui y a activement participé. Voyant son vaisseau prendre l’eau de toutes parts à cause de sa nuisible politique en Afrique, le capitaine du bateau France s’est dit que tant qu’à devoir être confronté simultanément aux actes de guerre commis au Rwanda et en Côte d’Ivoire, autant en tirer partie pour faire couler avec lui le maximum de personnes qui lui ont résisté. Sous la plume de Cheick Yérim Seck, “Simone” se transforme donc en une intégriste chrétienne despotique, autoritaire, cassante et rugueuse, au visage lourd, au caractère trempé, qui n’utilise généralement sa voix imposante que pour appeler à l’éradication des musulmans par diatribes interposées. Pour essayer de donner une touche crédible à toutes ses déblatérations, il distille des scènes de vie quotidienne de la présidente du groupe parlementaire du Front Populaire Ivoirien, histoire de bien montrer qu’il sait de quoi il parle. Encore heureux qu’il nous ait épargné la couleur des sous-vêtements de “Simone”. On se demande bien d’ailleurs ce qui l’en a empêché.

Mais quelles sont les références de Yérim Seck en matière de Premières Dames ? Avec qui a-t-il donc comparé “Simone” ?

Avec Zanele Mbeki, qui a mis sa vie au service de la lutte de l’African National Congress (ANC), parti qui a victorieusement – mais à quel prix – combattu le régime raciste de l’apartheid et qui est au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud ? De cette femme, qui a fondé la Women Development Bank, spécialisée dans l'émancipation économique des femmes au moyen de prêts et d'aides aux femmes créant des micro-entreprises ou des commerces en zones rurales, et qui siège aujourd’hui encore au sein de son conseil d’administration, son époux, Thabo Mbeki, actuel président sud africain, dit fièrement : “Je crois qu'elle est plus capable que moi en tout”, sans que pour autant il ne soit suspecté d’une quelconque atrophie de sa virilité.

Ou peut-être avec Hillary Rodham Clinton, épouse du 42ème chef de l’Etat américain, aujourd’hui sénatrice de l’Etat de New York et potentielle candidate à la Présidence des Etats-Unis en 2008 ? Avocate de renom n’ayant pas sa langue dans la poche, elle fut nommée conseillère du président américain en charge des questions de santé par son mari, après son accession à la magistrature suprême en 1992. Bill Clinton a été jusqu'à faire de l’implication politique de sa femme dans son équipe un des plus savoureux slogans de la victorieuse campagne pour sa réélection en 1996 : “Vous votez pour un, vous en gagnez deux”. Son autorité pour diriger le pays et sa capacité à gérer son foyer ont-elles pour autant été remises en question ? Que nenni !

Si les écrits de Cheick Yérim Seck reflètent bien le niveau et l’obédience du journal qui les publie, ils sont par contre loin de faire honneur au continent dont il est issu. Mais, comme chaque fois qu’il commet un article télécommandé contre Laurent Gbagbo ou un membre de son entourage (qui ne se souvient pas de l’édition avec la splendide photo de Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée Nationale Ivoirienne, “dangereux idéologue du régime”, en couverture ?), Yérim Seck obtient tout le contraire de l’effet escompté. Grâce à lui, l’épouse du président ivoirien, qui est en fait appelée “Tatie”, et non “Simone” comme il l’affirme, ne peut que plaire. Il dessine en filigrane le portait d’une dame courageuse et militante, qui a toujours refusé le rôle de femme-potiche et ne s’en laisse pas conter. Une personnalité politique forte, qui tire sa légitimité du suffrage universel auquel elle s’est soumise et qui lui a donné son statut d’élue du peuple. Une citoyenne ivoirienne fière de son pays, qui s’intéresse et participe activement à sa vie politique, sociale et intellectuelle. Une personne cultivée et érudite, sobre et sûre d’elle. Une mère et une épouse exemplaire, partenaire de qualité pour le président de la République ivoirienne. Une femme d’Etat, influente et décomplexée, qui n’a pas peur d’appeler un chat un chat et de risquer sa vie pour faire triompher son idéal de toujours : une Côte d’Ivoire libre et autodéterminée au sein d’une Afrique digne. Une femme inébranlable qui croit en ses propres aptitudes, en son mari, en Dieu, en son pays, au continent Noir. On est bien loin de la mission initiale de Yérim Seck. A tel point qu’il en arriverait presque à nous faire douter : le “bounty” scribouilleur à qui, souhaitons-le, un de ses amis offrira peut-être une édition de “Peau noire, masque blanc” de Franz Fanon pour Noël, émargerait-il finalement au Palais du Plateau à Abidjan ?

Un adage populaire dit que derrière tout grand homme, il y a une grande femme. “Simone” n’est pas derrière son homme, mais se tient fièrement et loyalement à ses cotés. Pour le salarié d’un journal qui n’est plus Intelligent, l’indépendance et l’égalité, sous toutes leurs formes, ne sont pas acceptables. Aliéné de l’esprit, il est nostalgique de l’époque où le Noir était jeté enchaîné dans les cales des négriers, fouetté aux sangs dans les plantations. Il voit avec appréhension les Africains se dresser contre un maître par lui adulé et laisse transparaître un profond regret de voir que la femme ait été autorisée à sortir de la cuisine ou de la buanderie dans laquelle elle aurait du demeurer confinée. Une Première Dame africaine, d’après lui, a tout juste le droit d’organiser des galas, de couper des rubans et de dépenser silencieusement, mais ostensiblement, l’argent du contribuable de son pays dans les boutiques et bijouteries chics de la Rue Cambon ou du Faubourg Saint Honoré à Paris. Il est donc évident que Cheick Yérim Seck ne peut pas s’accommoder de Simone Gbagbo. Qu’il soit sans crainte. Nous lui laissons très volontiers ses Viviane, Edith, Chantal et Antoinette. Il peut toutes les garder, cadeau. Tant que “Tatie”, c’est pour nous, tout va bien en Côte d’Ivoire !

Mes chaleureuses salutations à toutes les Simone, d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, 14 Décembre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Edito
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Mardi 12 décembre 2006


L’angle politique, militaire ou intellectuel de la recolonisation des pays africains est de plus en plus souvent abordé dans les médias du continent. Par contre, on observe une certaine réticence à exposer les rouages économiques employés pour maintenir l’Afrique sous tutelle, qui sont, il est vrai, beaucoup plus subtils, autant dans leur principe que dans leur application. Mahalia Nteby en décrit ici quelques uns.

“L'Afrique n'a certainement pas toujours eu droit aux dirigeants qu'elle méritait, mais elle n'a pas non plus connu que des dirigeants malhonnêtes, incompétents et corrompus. Le fait que l'ensemble des états africains soient aujourd'hui confrontés à des difficultés semblables et que celles-ci persistent même en cas de changement d'équipe en dit long sur l'importance des facteurs externes dans le sabotage des économies et des démocraties africaines.” (Aminata Traoré)

Au commencement, il y avait la monnaie

Au moment d’octroyer l’indépendance aux pays africains, les anciennes puissances coloniales ont pris soin d’installer à la tête des états concernés des hommes méticuleusement choisis pour servir leurs intérêts et de leur faire signer des “accords’’ aliénant durablement le développement de leurs contrées sur le plan économique. Lesdits dirigeants d’Afrique noire dite francophone ont accepté de loger les comptes d’opérations de leurs pays respectifs, à travers leurs Banques Centrales, auprès du Trésor français. Les Banques Centrales évoquées sont la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), pour le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad ; la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo ; et la Banque Centrale des Comores (BCC). Ceci signifie en clair que, jusqu'à nos jours, tous les avoirs extérieurs des pays membres de chacune des zones, résultant des opérations d'importation et d'exportation publiques ou privées réalisées, ainsi que des transferts financiers des opérateurs, sont centralisés, au moins à hauteur de 65%, dans un compte ouvert auprès du Trésor français et rémunéré à un taux dérisoire, aujourd’hui contesté par le seul pays non francophone de la BEAC, la Guinée Equatoriale. Aucun des pays précédemment cités ne peut donc disposer de ses propres avoirs sans l’accord préalable de l’Etat français, solidement représenté au sein des conseils d’administration régissant les organes susmentionnés.

La France peut également imposer unilatéralement une dévaluation du franc CFA – unité monétaire des pays liés par les accords – comme elle l’a fait en janvier 1994, doublant d’un même coup la valeur des avoirs extérieurs versés par la zone CFA sur les comptes d’opération du Trésor français et celle de l’aide publique au développement, sans avoir à débourser un seul franc supplémentaire. A court terme, les pays africains exportateurs de matières premières cotées en dollars US vont bénéficier d’une hausse de leurs revenus, pendant que les pays acheteurs de ces matières premières pourront jouir du double de la quantité pour le même prix. Malheureusement pour les pays africains, le prix des importations sera parallèlement multiplié par deux, ce qui créera inévitablement un déficit de la balance commerciale, ce d’autant plus que la plupart des pays d’Afrique noire dite francophone, disposant d’un secteur productif inexistant, importent quasiment tous types de produits, alimentaires et autres, ainsi que du carburant. A titre d’exemple, en 2004, la Côte d’Ivoire est le premier pays de la zone à consommer français avec 560 millions d’euros d’importation, devant le Cameroun, 514 millions, le Sénégal 505 millions, le Gabon, 346 millions, le Congo, 220 millions, le Bénin 209 millions. De quoi contredire tous l
es hommes politiques français qui s’acharnent à minimiser l’importance de l’Afrique, et plus spécifiquement de la Côte d’Ivoire, pour la stabilité économique hexagonale.

“L’aide’’, mécanisme de sous-développement

Non contents de s’approprier la gestion des fonds des Etats relevant de ce qu’ils considèrent comme leur “pré carré”, l’Occident en général et la France en particulier ont, d’autre part, décidé de faire – même à leur encontre – le bonheur des économies africaines en ayant recours à un outil très efficace : l’aide publique au développement. Au premier abord, il est difficile de voir en quoi cette “aide’’ constitue un handicap pour le développement des nations africaines. Au contraire. L’Afrique devrait faire montre d’une reconnaissance éternelle à l’égard des pays et des institutions financières internationales (IFI) comme la Banque Africaine de Développement (BAD), la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI) – contrôlées par les anciens colonisateurs –, qui ont la gentillesse de bien vouloir libérer des ressources financières à un taux d’intérêt relativement bas pour aider les pays pauvres, alors que rien ne les y contraint. Mais à y regarder de plus près, l’on découvre un système d’une perversité raffinée.

Judicieusement conseillés par leurs donneurs d’ordres, les dictateurs imposés par les puissances impérialistes ont contracté, au nom de leurs peuples, des emprunts auprès des bailleurs de fonds internationaux. Cet argent, au lieu de servir à améliorer le niveau et les conditions de vie des Africains, a plutôt été utilisé à des fins d’enrichissement personnel par les potentats locaux, eux-mêmes chargés de faire remonter l’essentiel des montants accordés vers leurs “généreux donateurs’’, à travers la concession des grands marchés et contrats d’exploitation à des entreprises occidentales désignées par les prêteurs, hors toute possibilité pour l’emprunteur de choisir l’offre la mieux-disante. De surcroît, tout Etat africain qui “bénéficie’’ de cette “aide’’ n’a aucune marge de manœuvre relativement à l’utilisation qu’il projette d’en faire. L’accès aux capitaux passe obligatoirement par une adhésion totale aux desideratas de l’Occident. Un pays africain qui souhaite investir les fonds obtenus dans la construction d’écoles ou d’hôpitaux se verra, par exemple, opposer une fin de non recevoir. “Les crédits sont utilisés pour acheter des biens et des services proposés par les pays prêteurs. Et ils visent l’exécution de projets qui répondent davantage aux impératifs d’exportation de ces Etats qu’aux besoins des pays emprunteurs. Ces projets, loin de promouvoir le développement, servent au contraire à remplir les carnets de commandes des firmes occidentales et à enrichir les élites des pays bénéficiaires” confirme l’économiste sénégalais Sanou Mbaye.

La dénomination inappropriée de ce système participe également au leurre généralisé : s’il y a bien une partie qui est aidée, c’est uniquement l’Occident. L’autre contractant, à savoir l’Afrique, n’y gagne absolument rien, si ce n’est une dette colossale. On ne peut donc pas désigner ce principe comme une aide, encore moins au développement : il s’agit purement et simplement de prêts publics au sous-développement.

Même lorsque les résultats macro-économiques des pays émergents sont bons (pas d’inflation, baisse des prix, hausse de la production, croissance remarquable), les organisations financières internationales peinent à prouver que leur préoccupation principale est l’éradication de la pauvreté dans les pays qui “bénéficient’’ de leur “assistance’’. Au contraire, elles mettent alors toute leur énergie dans la prise de mesures qui contribuent à inverser la tendance et à ne pas perturber l’ordre mondial établi, qui veut que le Sud demeure pauvre pour que le Nord puisse rester riche. Il suffit de peu de choses pour les irriter. Qu’un pays majoritairement agricole décide d’investir les fonds obtenus dans la création de structures de microcrédit pour soutenir son secteur primaire plutôt que dans l’achat d’armes, ou qu’il ait la mauvaise idée de vouloir rembourser sa dette plus vite que prévu, et le voilà qui s’expose à des mesures de rétorsion. Le FMI se distingue particulièrement. Généralement, il suspend ses prêts, sachant pertinemment que cette décision sera plus que certainement suivie sur le plan bilatéral par les pays occidentaux les plus riches.

Une autre méthode consiste à définir ce à quoi même les revenus qui ne résultent pas de “l’aide’’ étrangère doivent être affectés. C’est ainsi que la Banque Mondiale a convenu avec le Tchad qu’un certain pourcentage des revenus pétroliers de l’Etat tchadien devrait être positionné sur des comptes bloqués “pour les générations futures’’, la raison officielle invoquée étant que sans cela, les irresponsables qui dirigent le pays utiliseront cet argent à mauvaise escient, pour acheter des armes, par exemple. Cela en omettant de préciser que les plus grands vendeurs d’armes de la planète sont les Etats-Unis, la France, l’Angleterre et la Russie, qui sont, comme par hasard, également membres permanents du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le but poursuivi est en réalité beaucoup moins social. En exigeant la garantie que des revenus qui devraient normalement échapper à leur contrôle soient immobilisés pour une durée indéterminée ou suffisamment longue, l’Occident s’assure que les Africains n’investiront pas dans les secteurs vitaux que sont l’éducation, la santé, l’alimentaire, les nouvelles technologies et la lutte contre la pauvreté et ne travailleront pas à atteindre une balance de paiement excédentaire en développant la production, donc la consommation et le pouvoir d’achat des populations locales. On est bien loin de la sauvegarde des intérêts des générations futures du continent Noir, puisque par ce procédé, l’on étouffe dans l’œuf la naissance ou la survie desdites générations.

Dette odieuse

Le budget d’un Etat est équilibré lorsque ses revenus couvrent ses dépenses. La plupart des pays en voie de développement ont deux sources de revenus : les recettes fiscales et “l’aide’’ étrangère. Parallèlement à l’amoindrissement des rentrées fiscales, du fait de la fuite des capitaux occasionnée par les pratiques d’évasion fiscale – facilitée par l'accord de coopération monétaire entre le franc français (maintenant l’Euro) et le franc CFA, qui implique une liberté totale des transferts de capitaux entre les deux zones et par extension le rapatriement massif des fonds vers les maisons-mères des sociétés transnationales – ; de non déclaration et non paiement des impôts par les multinationales occidentales, ainsi que du à l’absence d’investissement étrangers majeurs (hors ceux qui financent l’exploitation de ressources naturelles devenues rares et chères, comme le pétrole, le gaz et les minerais), la dépendance des nations africaines à “l’aide’’ étrangère est allée en augmentant, résultant en une dette qui leur est maintenant fatale.

Aujourd’hui, 80% de la dette des pays très pauvres d’Afrique sont détenus par les IFI, a contrario de la situation des pays du Tiers Monde qui ont atteint un certain stade d’industrialisation et qui ont plutôt contracté une dette extérieure en grande partie auprès d’acteurs privés ou de pays riches. Les anciennes colonies françaises comme le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire ou le Gabon sont quant à elles dans un schéma hybride, fait d’une dette bilatérale importante, très souvent contractée auprès de l’ancienne métropole, ainsi que d’engagements croissants auprès des IFI depuis les années 80. L’on est aujourd’hui fondé de se poser la question de savoir pourquoi l’Afrique est encore en train de payer pour une dette dont le principal a déjà été remboursé depuis belle lurette. En 2004, les sommes acquittées pour le service de la dette ont dépassé US$ 450 milliards, soit 5,5 fois le montant de l’aide publique au développement (US$ 79 milliards). Malgré ces chiffres sans appel, la dette est aujourd’hui utilisée comme moyen de domination et de chantage par les bailleurs de fonds. Le système est d’une beauté admirable. Prenons le cas de l’Hexagone. Lorsque la France prête de l’argent au Cameroun ou à la Côte d’Ivoire, elle utilise des fonds émanant des comptes d’opération maintenus auprès du Trésor français par les banques centrales de ces mêmes pays. Ces comptes, nous l’avons signalé plus haut, sont constitués des avoirs extérieurs des Etats africains. Ainsi, quand la Côte d’Ivoire, strangulée économiquement, demande “l’aide’’ de la France, ce sont ses propres fonds qui lui sont resservis, assortis d’un taux d’intérêt en dessous de celui pratiqué sur le marché, mais toujours trop élevé si l’on considère que l’argent prêté lui appartient de droit et de fait.

En sus, les fonds prêtés contractuellement à l’Afrique par les IFI ou les Etats créditeurs n’ont quasiment jamais été utilisés aux fins prétextées, à savoir le développement des pays et du bien-être des populations locales. Bien au contraire, les ressources financières mises à disposition sont utilisées comme outils de dépouillement des peuples concernés. A coup de privatisations téléguidées, de rapatriement effréné des profits, d’ouvertures de marchés contraintes, de plans d’ajustement structurel rigides, de gel des salaires des fonctionnaires africains, les détenteurs de la dette ont la main haute sur le fonctionnement économique, social et politique des Etats débiteurs. Et ils ne se privent pas d’en faire usage, portant ainsi des atteintes graves à la souveraineté de décision et de participation des peuples africains à l’action démocratique dans leurs pays respectifs. Le contrat n’a donc pas été honoré. Les individus qui auraient du en principe jouir du système sont maintenus par tous les moyens dans une vie faite d’austérité et de précarité. Ce phénomène est qualifié de “doctrine de la dette odieuse’’ par Eric Toussaint, historien et politologue de formation et président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM). La dette est devenue un “instrument de recolonisation’’.

Occidentalisation des échanges commerciaux

Parachevant ce plan d’exploitation débridée d’un continent hautement stratégique par l’abondance de ses matières premières, le volume de ses populations et la disponibilité de ses espaces, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), crée en 1995, est chargée d’assister le FMI dans l’application du libre-échange et de la mondialisation prônés et imposés par l’Occident pour permettre l’exportation de ses produits industriels et agricoles subventionnés.

A travers l’OMC, l’Occident édicte des règles dictatoriales ordonnant le libre-échange, mais est le premier à y circonvenir, en toute impunité. L’Afrique baisse ses tarifs douaniers, pour faciliter l’importation des produits cultivés et manufacturés à l’étranger. Mais la réciprocité a beaucoup de mal à s’appliquer. L’Europe et les Etats-Unis, eux, subventionnent leurs producteurs de cultures directement concurrentielles à celles de l’Afrique, notamment le riz et le coton, ce qui, au-delà d’être prohibé par l’OMC, entrave l’exportation des produits africains vers l’Europe, mais favorise l’écoulement du riz et du coton américains et européens sur les marchés du continent noir. Les produits occidentaux jouissent donc dans les faits d’une double subvention (financière au départ et douanière à l’arrivée). Les puissances occidentales ne sont néanmoins pas sanctionnées. Pour couronner le tout, les pays de la zone CFA ne peuvent même pas se tourner vers les pays du Sud comme marchés alternatifs. A cause de la parité imposée par les accords monétaires en cours et de la politique de l’euro fort pratiquée par l’Union Européenne, le franc CFA est souvent surévalué par rapport aux autres monnaies du Sud. Les produits émanant de la zone CFA ne sont donc pas compétitifs pour des échanges Sud/Sud ou intra-africains et sont ainsi condamnés à prendre la route bien désavantageuse du Nord. Comme une réminiscence de l’esclavage, la traite commerciale transatlantique actuelle, mieux connue sous le nom plus politiquement correct de mondialisation, appauvrit l’Afrique et annihile toute perspective de développement.

Le cas du Zimbabwe est édifiant. A l’époque du régime raciste d’Ian Smith, la Rhodésie, appuyée par l’Occident, a commencé à développer une politique d’industrialisation. Par rapport au reste du continent, sur le plan économique, la Rhodésie se situait dans le tiers supérieur du marché. Suite à l’indépendance “accordée’’ par la Grande Bretagne en 1980, le pays, qui a pris le nom de Zimbabwe, est confronté à une guerre civile qui va durer huit ans. Ce n’est que vers la fin des années 80 que le pays trouve enfin un mode de fonctionnement à peu près normal. A peine le temps de reprendre son souffle, voilà que débarque en fanfare la mondialisation. Les Occidentaux ont tôt fait de montrer du doigt ce qu’ils qualifient “de parfait exemple de l’échec d’un pays florissant quand il est géré par des Noirs’’. Pour pouvoir juger de cela en toute honnêteté, encore eut-il fallu que l’on évoque également la façon dont les acquis économiques du pays, sa base industrielle encore rudimentaire, ont été écrasés par la vague d’importations à bas prix qui a inondé le Zimbabwe suite à l’ouverture forcée de son marché pendant les années 90.

L’Afrique condamnée à la pauvreté perpétuelle?

La mentalité qui prédomine chez les anciennes puissances colonialistes occidentales est qu’elles savent mieux que les Africains eux-mêmes ce qui est bon pour eux. Les intérêts des deux parties sont totalement antithétiques. Il pourrait donc facilement être conclu que la raison du plus fort étant toujours la meilleure, l’Afrique n’a aucune chance de sortir du gouffre de pauvreté dans laquelle elle a sciemment été plongée et maintenue depuis des siècles. Mais cela serait un peu hâtif. Des solutions existent, mais il serait utile qu’il soit bien compris qu’elles doivent avant tout être endogènes. Toute ébauche de sortie de crise qui émanerait ou induirait le bon vouloir de l’Occident sera immanquablement vouée à l’échec.

Il est impératif pour les pays concernés qui souhaitent s’extraire aussi rapidement que possible du carcan du franc des Colonies Françaises d’Afrique (CFA), plus tard doucereusement rebaptisé franc de la Communauté Financière Africaine (en Afrique de l’Ouest) ou Coopération Financière Africaine (en Afrique Centrale) et de tous ses effets, de procéder à la création de leur propre monnaie. Il est aisé de constater que les pays qui ont parié sur leur autonomie monétaire, comme l’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Nigeria ou la Tanzanie, sont économiquement mieux lotis que ceux de la zone franc.

Concernant l’aide publique au développement, la seule issue pour l’Afrique consiste en l’émergence d’une classe de dirigeants africains pour qui les ressources de leurs pays sont un patrimoine historique hérité qu’ils ont la charge de faire croître pour les générations à venir. En ce sens, le discours de Paul Kagame, président rwandais, devant un parterre de donateurs le 22 novembre dernier à Kigali, fait scintiller une lueur d’espoir. “Nous ne faisons pas simplement les choses pour vous plaire afin d’obtenir votre argent. Non. Si vous voulez nous donner votre argent, vous êtes les bienvenus. Mais si cela est assorti de conditions, alors, nous n’en voulons pas.’’ Malgré (ou peut-être grâce à) ce genre de déclarations, le Rwanda a reçu cinq cents millions de US dollars ($500.000.000) des pays donateurs en 2005. Cette nouvelle élite devra faire preuve d’inventivité et ne pas craindre d’opérer un bouleversement économique pour sortir les pays africains de la pauvreté et du sous-développement. Elle devra autodéterminer ses besoins et utiliser les prêts extérieurs pour les combler, en affrontant pour cela l’idéologie spoliatrice de ses prêteurs habituels, ou en se tournant vers d’autres, plus sensibles à la notion d’équité morale, commerciale et politique. Il va sans dire qu’un développement rapide du secteur secondaire est indispensable pour sortir de l’abîme.

Une autre voie passe par la dénonciation de la dette contractée illégalement au nom des peuples africains par des dictateurs à eux imposés par l’ancienne puissance coloniale, qui continue de tirer les ficelles en coulisses et qui réprime brutalement toute tentative de changement du système. Les Etats africains doivent rapidement exiger un audit des institutions financières internationales et un arbitrage quant au bien-fondé ou non d’un remboursement de cette dette illicite. Pour gagner en légitimité, la question de la dette doit relever de la compétence parlementaire. Il est impérieux que seuls les députés, représentants du peuple, soient habilités à débattre de l’opportunité des emprunts à venir, ainsi qu’à en fixer les montants. Le contrôle de l’utilisation qui en est faite doit également échoir aux élus du peuple, en toute transparence.

L’Afrique ne peut cependant pas se développer en autarcie totale à l’ère de la globalisation. Elle peut par contre se protéger des comportements abusifs de l’Occident en utilisant les mêmes armes. Les pays africains, à l’instar du Nigeria, doivent faire plus souvent usage de mesures sélectives de protection pour éviter l’envahissement de leurs marchés par des produits étrangers au détriment de la production locale. Ils peuvent en parallèle baisser les taxes douanières pour les produits qui favoriseraient le développement des secteurs primaire et secondaire, ou offrir des avantages fiscaux aux intervenants capables de contribuer à la diminution des coûts d’assurance, de transport et de communication, qui constituent les principaux obstacles à la compétitivité.

Enfin, pourquoi ne pas envisager la création d’un Fonds Monétaire Alternatif, composé des pays de l’Afrique digne et des nations du Tiers Monde qui ont connu des expériences similaires et ont réussi à s’établir en partenaires incontournables de l’Occident, comme l’Inde, le Brésil, le Venezuela ou la Corée?

Une chose est certaine : tant qu’une pauvreté de l’ampleur de celle dans laquelle l’Afrique est confinée existera, aucune stabilité n’est envisageable, ni sur le continent, ni dans le monde.

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, 12 Decembre 2006 

par Mahalia Nteby publié dans : Grands dossiers
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Lundi 4 décembre 2006


Semaine bien instructive que celle qui vient de se dérouler ! Elle a permis à tous les analystes vigilants de comprendre la stratégie de fond du bloc franco-rebelle après le vote de la résolution 1721. Et quelques semaines avant le début de la «trilogie de la fissuration du front anti-Gbagbo», selon l’expression utilisée par le Pr Mamadou Koulibaly qui évoquait dans son article publié par Le Courrier d’Abidjan, les départs programmés de Jacques Chirac et de Kofi Annan ainsi que les prochaines difficultés électorales d’Abdoulaye Wade ! La tentative d’insurrection cordonnée par le Premier ministre Charles Konan Banny et ses amis du RHDP, mais aussi les dernières éructations du GTI et les agitations de Guillaume Soro à Bouaké font partie, à l’évidence, d’un plan d’ensemble visant à produire des résultats rapides. Décryptons-le.

Alors que la plupart des journaux traitaient sous tous les angles la pseudo «révolution blanche» co-organisée par Banny, le RHDP et la Licorne , le quotidien Nord-Sud choisissait – ce qui est un signe des temps à ne pas négliger – d’évoquer toute l’agitation orchestrée par Guillaume Soro autour des «réformes» qu’il compte mettre en place dans ses zones. En gros, le chef visible de la rébellion veut arracher l’argent des mains des chefs de guerre et «comzones» pour créer des régies financières. Il a, dans cet objectif, recruté un expert togolais qui est par ailleurs, consultant à la Banque mondiale. Parallèlement, il a proclamé sa volonté de transformer sa horde de porteurs de kalachs hirsutes et dépenaillés en «armée de métier». Il a, pour cela, recruté le ministre de la Défense du Togo de Gnassingbé Eyadéma – en service lors des négociations de Lomé au début de la guerre, ce qui nous montre une fois de plus la profondeur de cette crise. Bien entendu, les deux démarches sont liées. Puisqu’un petit «Etat» dans le nord de la Côte d’Ivoire permettrait de détourner durablement une partie du cacao, du café, du coton et de l’anacarde de Côte d’Ivoire vers le port de Lomé. Bien entendu, le caractère intrinsèquement françafricain du régime togolais – et surtout des vieux barons de l’éyadémisme canal historique – indique que Paris soutient la nouvelle trouvaille des rebelles. Une sécession sans les mots. La consolidation de «l’Etat du nord» est de toute façon une nécessité vitale pour le bloc franco-rebelle. Comment aller à la réunification alors que Soro n’a que quelques dizaines de militaires issus des FDS à mettre dans «le panier commun» ? Par ailleurs, laisser l’entropie gagner les zones occupées est la meilleure manière de rendre service, politiquement et électoralement, au président Gbagbo. La France et son satellite togolais aideront donc Soro à établir une administration et une armée. Ils aideront Soro à améliorer sa télévision, à mettre en place sa chaîne par satellite, à bâtir une agence de presse. A créer un répondant étatique au pouvoir d’Abidjan. Plus que jamais, Bouaké doit être un roc.

Bouaké doit être un roc, et Abidjan une passoire. Bouaké doit incarner l’ordre, et Abidjan le chaos. Le principe de l’ordre de Bouaké doit, au final, prévaloir sur le chaos d’Abidjan et ainsi se légitimer. Un peu comme le Front patriotique rwandais (FPR) administrait bien les zones qu’il avait conquises et est entré dans l’Histoire comme l’entité politique qui a arrêté le génocide.

Il faut absolument du désordre à Abidjan. Les messages insurrectionnels et sécessionnistes subliminaux du Premier ministre, l’agitation d’une opposition politico-armée qui s’est rangée sans fausse pudeur derrière lui et les provocations du GTI sont les trois armes de choix au service de cette stratégie. Sera-t-il possible de résister à cette lame de fond «par petites touches» ?

Non. Pour cette raison, la reprise en main des médias d’Etat, mis au service d’une idéologie perverse jouant la plupart du temps sur l’inconscient des populations est une bonne chose. Mais c’est insuffisant. Le défaut des animateurs du bloc rebelle, c’est qu’ils confondent toujours ce qui leur a été donné et ce qu’ils ont conquis. Ainsi pensent-ils que la source principale du financement de leur guérilla politique – les fonds publics glanés grâce à la Primature et à leurs ministères – sera toujours à leur disposition. Pour la stabilité de la zone gouvernementale, il est plus qu’urgent que le président de la République ferme les robinets. Cela obligera Banny et le RHDP à mener leur combat d’opposants… dans l’opposition !

Une fois la zone gouvernementale récupérée et administrée de manière conséquente, la stabilité sera à portée de main. Ne restera plus qu’une sécession assumée, comme celle qui a coupé l’Allemagne en deux pendant la guerre froide. Deux Etats tentant de faire leur chemin dans l’univers coriace de la mondialisation, responsables de leurs citoyens, des soldes de leurs fonctionnaires, de l’approvisionnement en eau, en électricité et en téléphone, des politiques publiques de santé et d’aménagement se faisant face, et choisissant de se réunifier parce qu’au fond ils ne forment qu’une Nation.

Poussée à son extrême, la logique rebelle se révélerait très contrariante pour le «grand parrain» basé à Paris, qui serait obligé de maintenir ses troupes sur la longue durée sans espoir d’utiliser la sécession du Nord pour semer le chaos dans le Sud et l’administrer à travers des résolutions internationales se justifiant par la rente de situation de la partition.

Franchement, pourquoi ne pas envisager des élections générales dans la partie de la Côte d’Ivoire que la France veut bien laisser à la République ?

Théophile Kouamouo in Le Courrier d'Abidjan, 04 Decembre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

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