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Bluff

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Samedi 28 octobre 2006


Le Conseil de sécurité de l’Onu se penche à nouveau depuis mercredi sur le cas de la Côte d’Ivoire. Le texte de la résolution que les 15 membres du Conseil auront à examiner pour adoption, n’est pas du tout celui adopté il y a une semaine par le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine à Addis-Abeba. Les propositions de l’Afrique sont jugées insuffisantes par le président français Jacques Chirac qui s’est octroyé le droit de les corriger. Et, dans une logique onusienne néo-coloniale impensable en plein 21e siècle, c’est la France qui a rédigé la nouvelle résolution du Conseil de sécurité sur la sortie de crise en Côte d’Ivoire. Et le texte français qui circule déjà à New York, est un vrai coup d’Etat, qui suspend la constitution ivoirienne, transforme le président Gbagbo en Reine d’Angleterre, le dépouillant de ses pouvoirs, au profit d’un Premier ministre non élu, dont le seul mérite est d’avoir été choisi par Chirac.

Si finalement le régime Gbagbo ne devait pas bénéficier demain du soutien de ses alliés russes et chinois au Conseil de sécurité, Jacques Chirac pourra enfin avoir la peau de son ennemi africain intime et Rfi va se gargariser de cette ‘’grande victoire’’. La France aime ainsi se mirer dans le regard de l’Afrique, pour se renvoyer d’elle-même l’image d’une belle et grande puissance. Comme le disait Louis Guiringuaud, ministre des Affaires étrangères de Giscard dans les années 70, « l’Afrique est le seul continent qui soit encore à la mesure de la France , à la portée de ses moyens. Le seul où elle peut encore, avec 500 hommes, changer le cours de l’histoire ».

La Côte d’Ivoire est en enjeu majeur de la politique africaine de la France : influence, richesses et grandeur. En leur accordant l’indépendance, la France a signé le 24 avril 1961, des accords de défense avec le Dahomey (actuel Benin), le Niger et la Côte d’Ivoire. Accords à travers lesquels, elle se réserve les matières premières et les produits stratégiques de ces pays (hydrocarbures liquides et gazeux, uranium, thorium, lithium, beryllium, etc). L’article 4 des Accords de défense prévoit par exemple que ces trois pays « facilitent au profit des forces armées françaises, le stockage des matières premières et produits stratégiques. Lorsque les intérêts de la Défense l’exigent, ils limitent ou interdisent leur exportation à destination d’autres pays ». Mieux, l’article 5 dispose qu’en ce qui concerne les produits stratégiques, les trois pays « réservent par priorité leur vente à la République française (…) et s’approvisionnent par priorité auprès d’elle ».

55 ans après, ces fameux Accords de défense restent toujours en vigueur. Les régimes Houphouët, Bédié et Guéi ne les ont pas remis en cause. Laurent Gbagbo lui, a voulu mettre fin à cette situation de chasse gardée. Il a ouvert à la concurrence internationale, des pans entiers de l’économie ivoirienne dont les Français pensaient détenir le monopole. Or, la France ne peut tolérer l’existence dans cette zone d’influence, des dirigeants capables de mener une politique autonome. Il y va de sa grandeur, et même de sa survie. Tous les dirigeants de la Ve république française l’ont toujours affirmé : sans son Afrique, la France serait une vieille voiture sans carburant. Le général de Gaulle, le premier, déclarait en 1946 : « unie aux territoires d’outre-mer qu’elle a ouverts à la civilisation, la France est une grande puissance. Sans ces territoires, elle risquerait de ne l’être plus. » Plus tard, François Mitterrand reconnaissait que « sans l’Afrique, il n’y aura pas d’histoire de France au XXIe siècle ». Tandis que le RPR de Jacques Chirac proclamait lors des législatives de 1993 que « faire le deuil de ce continent équivaudrait, pour la France , à se condamner au cloaque des puissances moyennes ».

Jacques Chirac triomphera peut-être de Laurent Gbagbo, avec l’illusion que la France ne fera pas le deuil de son Afrique. Mais, rien ne sera plus comme avant. La Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo aura été une bonne nouvelle pour l’Afrique. Elle a annoncé la deuxième phase de décolonisation du continent. Dieu n’est plus français. Certes, et pendant longtemps encore, sans doute, les Africains continueront à regarder les matches de football sur Canal +, et à parier à Douala et Dakar, sur les courses de chevaux qui se courent à Vincennes. Mais, la France n’aura plus jamais la même influence. D’abord, l’irruption de la Banque mondiale et du Fmi a considérablement réduit son emprise sur le continent ; elle n’est plus l’interlocuteur privilégié des pays africains pour leurs difficultés économiques. Ensuite, la construction de l’Europe va de plus en plus diluer son action africaine au sein de l’Union. Et enfin, lorsque Chirac quittera l’Elysée en mai prochain, il emportera avec lui les derniers vestiges de la relation paternaliste françafricaine. Son successeur, de gauche ou de droite, sera élu parmi la nouvelle génération de dirigeants français sans grande expérience de l’Afrique et à laquelle les présidents africains ne doivent rien. Lesquels présidents africains seront de moins en moins de la culture et de la dévotion françaises des Bongo, Sassou et consorts.

Paris est donc plus que jamais condamnée à un aggiornamento de sa politique africaine. Si elle sait lire les signes des temps, elle comprendra qu’il est l’heure de passer de la relation maître – esclave, à la relation de partenariat et de respect mutuel avec l’Afrique. Du moins, si elle ne veut pas être boutée hors de ce continent qui lui donne tant, par les Chinois, les Américains et les puissances régionales émergentes comme l’Afrique du Sud. La France doit maintenant choisir, partir ou rester.

Melvin Akam in Libres Propos, 24/10/2006

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Vendredi 27 octobre 2006

Alors que les membres permanents et non permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU continuent de travailler sur un plan de sortie de crise en Côte d’Ivoire, le président Français Jacques Chirac, apparemment convaincu du rejet par le conseil de sécurité de la proposition préparée et soumise par la France - et qui prône un coup d'Etat constitutionnel - a choisi la solution militaire pour venir à bout du régime du Président Laurent Gbagbo.

De nombreux témoins ont ainsi pu observer des manœuvres aériennes effectuées ce vendredi 27 octobre 2006, à 10 heures 05 au-dessus de la résidence officielle du Chef de l’Etat à Cocody. Un hélicoptère de l’armée française a, pendant 20 minutes, stationné au-dessus de la résidence du président.

A la suite de ce survol, le président Gbagbo a convoqué l'ambassadeur de France André Janier et le général Antoine Lecerf, commandant de la force Licorne, qu'il a reçu en compagnie du Général Philippe Mangou, Chef d'Etat Major de l'Armée Ivoirienne.

En Novembre 2004, l'aviation française avait ouvert le feu sur le Palais présidentiel, pendant que ses chars encerclaient les résidences du Chef de l'Etat et du Président de l'Assemblée Nationale, Mamadou Koulibaly. Plusieurs centaines de citoyens Ivoiriens étaient alors descendus dans la rue pour faire barrage à l'armée française, qui n'avait pas hésité à sauvagement assassiner plus de soixantes civils devant l'hôtel Ivoire, situé à proximité des résidences visées.

Soledad Zingha

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Mercredi 18 octobre 2006

A la veille de son départ, les jugements portés par des diplomates africains sur les dix années passées par Kofi Annan à la tête de l’ONU sont pleins d’amertume.

Ban Ki-Moon a donc été, sans surprise, élu, par acclamations, au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies. Il sera le huitième patron de l’Organisation. "Humble", "modeste", "effacé", "sans charisme", sont les qualificatifs que collent au diplomate coréen de 62 ans les observateurs non avertis ou ceux qui, convaincus de connaître le monde, en voient les différentes composantes raciales et ethniques à travers de solides préjugés hérités des littératures coloniales qui ont dépeint tout ce qui n’était pas européen ou judéo-chrétien en termes péjoratifs et exotiques. On a ainsi entendu, vendredi le 12 octobre, des diplomates occidentaux se vanter d’"avoir une bonne connaissance de l’Asie et des Asiatiques", qui seraient de "bons exécutants" mais "pas des décideurs", et encore moins des leaders. Ban Ki Moon serait donc destiné à être un bon "Secrétaire", mais pas un "Général", ce qui comblerait d’aise les Européens et les Américains qui, ces cinq dernières années se sont irrités des "velléités d’indépendance" de Kofi Annan.

Ce qui a cependant le plus choqué les Africains prenant part à la cérémonie d’élection du nouveau Secrétaire général vendredi dernier, c’est d’entendre le représentant permanent d’un pays déclarer avec emphase au correspondant à l’ONU du journal "Le Monde": "Nous avons soutenu le candidat coréen, parce que parmi les sept candidats dont nous avons eu à examiner les dossiers, il connaît le mieux l’Afrique"… Si cette phrase était sortie de la bouche de l’un des représentants africains au Conseil de sécurité, comme elle aurait comblé de joie les Africains! Mais non ! C’était le cri de victoire – ou la tentative de manipulation, diront certains – du représentant d’un membre permanent du Conseil de sécurité, "grand ami de l’Afrique", qui, depuis l’indépendance de nos pays, s’est toujours arrogé le droit de parler au nom des gouvernements et des peuples de ses ex-colonies. Quoi de mieux que la France pour parler au "nom des francophones"? Bernard Kouchner, candidat au poste de Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé ne vient-il pas de déclarer qu’il est "le plus africain de tous les candidats, celui dont l’action répondrait le mieux aux besoins des Africains?". A l’ONU, l’Afrique est le strapontin dont se servent les autres, pour obtenir ce qu’ils veulent, au nom des Africains. De peur de se mouiller les pieds, le maître ne traverse-t-il le gué juché sur les épaules de son esclave?

Kofi Annan, qui le 31 décembre quitte la suite du 38ème étage du Palais de verre de Manhattan, aura été le premier Secrétaire général "Africain" des Nations Unies. Car selon les personnels en poste à New York ou à Genève, "Boutros Boutros-Ghali, est peut-être né sur le sol d’Afrique, mais c’était avant tout un haut fonctionnaire arabe". "Boutros", comme l’appellent encore ses anciens collaborateurs, aura toujours été perçu, au cours des cinq années de mandat qu’il reçut, avant de subir les foudres de Madeleine Albright et de l’administration Clinton, comme "le Secrétaire général arabe", c'est-à-dire du Moyen-Orient… Sa chute ne viendra d’ailleurs pas d’un problème lié à l’Afrique, mais de l’"affaire de Cana"… (…)

L’homme dont les Africains ont célébré pendant une décennie la présence au poste de Secrétaire général va cependant laisser, pour ceux qui le connaissent, un bilan en clair-obscur. Kofi Annan n’a pas en effet toujours été le héros et le chevalier sans peur qu’imaginent les masses populaires. "Kofi", comme aiment l’appeler ses détracteurs, aura mené le bateau ONU non pas à la boussole, mais au pif. Le respect des principes n’aura pas été le trait le plus marquant de sa gouvernance. Bien qu’elle ait eut ses grands moments sa gouvernance aura été floue, tatillonne, faite de reculs et d’esquives stratégiques qui n’ont pas été compensée par des avancées spectaculaires dans les domaines essentiels (…)

Kofi Annan et l’Afrique

Les rapports du Secrétaire général avec son continent d’origine ont été compliqués, freudiens, et méritent parfois des dissections qui tiennent de la psychanalyse. Concernant l’Afrique, ses actions et ses prises de décision se sont caractérisées par un certain idéalisme et une volonté d’appliquer aux pays africains des standards éthiques et légaux élevés certes, mais parfois irréalistes, vu le désastre généralisé imposé au continent par sa paupérisation et sa marginalisation. Mais, concernant les Africains, ceux qui ont côtoyé le Secrétaire général auront remarqué sa profonde méfiance envers leurs dirigeants et parfois, un mépris refoulé, l’homme étant, dans son for intérieur, trop policé pour montrer ses vrais sentiments.

Ainsi, quand il prend la parole à la tribune de l’Assemblée en septembre 1999 pour promouvoir "le droit d’ingérence humanitaire", il accable, à mots couverts, et par des allusions à la limite de la mise en accusation, les Chefs d’Etat des pays en développement, en mettant un accent particulier sur les dirigeants africains qui se "cachent derrière le principe de souveraineté pour abuser de leurs peuples". Critique acerbe de la gouvernance des leaders africains, Annan recevra de la part de certains d’entre eux, son lot d’injures. "Il se croit meilleur que tout autre Noir, mais les Oncle Tom et les nègres de salon, il y en a eu beaucoup avant lui", dira un jour un Chef d’Etat d’Afrique australe sortant, furieux, d’une rencontre avec le Secrétaire général.

Tout en accusant les Africains de mal gestion, Kofi Annan, sans doute tourmenté et culpabilisé par les démons du génocide rwandais, vanta en 1999 devant l’Assemblée générale l’ingérence "humanitaire" qui devait, aux yeux de ses conseillers, se faire même sans l’accord du pays concerné. Ceci explique peut-être aujourd’hui l’attitude du Soudan sur la question du Darfour. Ce fameux jour de septembre 1999, dans le grand hall de l’Assemblée générale, les vétérans du tiers-mondisme et des luttes de libération se demandèrent de quelle planète tombait cet Ashanti, pourtant fils du pays de Kwame N’Krumah. Etait-ce tout ce qu’il avait à offrir?

Abdelaziz Bouteflika, qui préside alors la défunte OUA, fit aussitôt modifier le contenu de l’allocution qu’il allait prononcer ce jour là, pour rappeler que les pays qui, souvent par la lutte armée, avaient durement gagné leurs indépendances, ne laisseraient certainement pas des troupes occidentales, même sous Casques bleus, venir dicter la résolution des luttes politiques internes nées de la démocratisation post-Union soviétique en imposant, sous couvert de l’ONU, des solutions et des dirigeants choisis par les anciens maîtres coloniaux. Ce fut le premier choc entre Kofi Annan et les siens. La suite de la durée de ses deux mandats a été parsemée d’incidents du même genre.

Je t’aime, moi non plus !

Si Kofi Atta Annan a accepté sans rechigner les tapes dans le dos paternalistes de Jacques Chirac (que beaucoup de Chefs d’Etat africains francophones ont aussi eu à souffrir en silence…), et le sobriquet de "Kofi" dont l’ont affublé George W. Bush et la classe politique US, il n’a jamais, par contre, permis que son prestige fut écornée par des Africains, fussent-ils Chefs d’Etat. Laurent Gbagbo, Robert Mugabe, Issayas Afewerki, et quelques autres, l’auront appris à leurs dépends. Susceptible, le Secrétaire général l’a été, face à la moindre critique et au moindre doute exprimés à son égard par un dirigeant du continent noir…

Pour les observateurs avertis, le traitement de la crise ivoirienne en a pâti. Obligé de Jacques Chirac, M. Annan a laissé faire l’inacceptable. Il a cautionné sans rechigner tous les faits accomplis, tirant par exemple une douloureuse épine du pied de l’Elysée quand il a manœuvré pour faire passer une opération française unilatérale, le déploiement de la Force Licorne, pour la faire couvrir par une opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci) sans pour autant touché à sa structure de commandement.

Les résolutions sur la Côte d’Ivoire ont, de A à Z, été rédigées par la cellule africaine de l’Elysée et la délégation française auprès de l’ONU, et l’Onuci a été placée sous les ordres de Pierre Schori, "le plus francophile des Suédois", comme l’appellent, pinces sans rires, les cadres du Département des opérations de maintien de la paix en charge du dossier. Ces derniers savent qu’ils n’ont pas besoin de prendre des gants quand ils préparent des lettres ou des déclarations dénonçant Laurent Gbagbo, son parti, ou les Jeunes Patriotes.

De même, le Secrétaire général s’est muré dans un silence embarrassé (complice selon certains…), pour ne jamais faire de déclaration ni sur les responsabilités françaises dans le génocide rwandais, ni sur celles de la Belgique, qui retira ses troupes à la veille des massacres, et encore sur celles des Etats-Unis, qui refusèrent tout emploi du mot "génocide" au Conseil de sécurité pour n’avoir pas à intervenir comme l’exige le droit international. L’allergie ou la peur de M. Annan envers les siens ont pour leur part été tellement fortes qu’il n’en a pas recruté dans son premier cercle d’intimes et de conseillers. Une blague des personnels africains dit que le lundi matin est un jour d’Apartheid au 38ème étage du Siège de l’ONU. Pourquoi? "Parce que le beau-frère des Suédois y tient sa grande réunion hebdomadaire, sans les Noirs!". Ceci pour relever qu’effectivement, tout observateur averti aura noté la rareté ou l’absence totale d’Africains dans ces réunions au sommet… (…)

C’est l’Afrique du Sud, en tant que chef du Groupe des 77 et de la Chine, qui a appelé à la révolte contre les propositions avancées par le Secrétaire général. Si elles avaient été adoptées, les mesures de réforme proposées par le Ghanéen auraient enlevé à l’Assemblée générale, donc aux pays du Sud, le seul pouvoir qu’ils ont encore dans le fonctionnement de l’Organisation. Ce pouvoir, c’est celui de contrôler l’agenda des différents comités, commissions, et agences. Ceci leur donne un droit de regard et de décision sur les budgets, leur estimation et leur répartition, qui eux-mêmes permettent d’orienter l’exécution des politiques et des programmes et par là, les recrutements de personnels.

En juin 2006, la "majorité automatique" qu’a le puissant Groupe des 77 et de la Chine a, par un vote négatif, renvoyé aux calendes grecques l’adoption de la réforme concoctée par les Etats-Unis, le Japon et les Européens, et présentée par le Secrétaire général. N’ayant reçu aucune compensation en cas de perte de leurs prérogatives au sein de l’Assemblée, du fait du blocage par les "grands pays" de la réforme du Conseil de sécurité, et aujourd’hui du Conseil économique et social, les groupes africains, latino américain et asiatique (sauf Japon), ont fait bloc pour rejeter les aspects de la réforme qui les auraient infantilisé.

L’ONU dont hérite Ban Ki Moon est donc un outil ankylosé, sclérosé, paralysé par "l’égoïsme des pays nantis" -dixit Ahmadou Ahidjo-. Malgré cela, elle reste une organisation indispensable. La seule qui offre à tout Etat, qu’il soit une superpuissance, un pays en développement ou un micro-Etat (Tuvalu, Kiribati, Nauru, Niue...savez-vous où les trouver sur une carte ?), une voix sur la scène internationale.

Après la crise iraquienne, l’ONU a plus que jamais besoin de démocratie, ce qui lui donnerait plus de légitimité, de transparence et d’équité. Face aux institutions de Bretton Woods, dont elle est pourtant censée être "la maison-mère", et à l’OMC, dont les règles, la fixation des mécanismes de fonctionnement, et la supervision des activités ont été placées loin de sa portée, elle a besoin que son rôle de leader et de seule organisation universelle soit réaffirmé. Et elle a besoin de capacités opérationnelles et de diversité. Car, malgré les présences de l’Africain qui vient de la diriger ces dix dernières années, et de l’Asiatique qui va en prendre la barre le 1er janvier prochain, l’ONU reste encore beaucoup trop un outil de contrôle occidental, un "machin". (…)

Et, comme si cela ne suffisait pas, on parle aujourd’hui de créer une "Coalition des démocraties", i.e. une espèce de G-8 dédié à la célébration de l’héritage gréco-judéo-chrétien dont la culture est le fondement de ce que nous appelons aujourd’hui "l’Occident", mais qui, selon les mots de Tan Sri Mahathir Mohammed, ancien Premier Ministre de Malaisie, ne serait que "la sphère d’expansion et de contrôle du monde créée par l’homme européen depuis qu’il découvrit la poudre à canon en Chine et la navigation de haute mer, préludes à la soumission des autres peuples".

N’est-ce pas une insulte que la proposition de réforme la plus prise au sérieux au sein de ce même Conseil ait été celle qui prétendait y inclure quatre nouveaux membres permanents, dont un nouvel européen ? (Allemagne). Et que les exigences africaines et latino-américaines y aient été traitées, en réalité, "comme ce folklore d’aéroport que déploient les Présidents africains pour accueillir leur ex-colonisateur", selon la boutade d’un ambassadeur d’Europe de l’Est?

Bakassi, le trophée du chef

Annan parti, les Africains auront sans doute les coudées plus franches et pourront mieux faire entendre leur voix. Car en réalité, la présence du Ghanéen aura en grande partie muselé les pays du continent qui, par solidarité avec "l’un des leurs", ont préféré au cours de la décennie écoulée souvent silencieusement endosser ses recommandations en espérant que le Secrétaire général pensait toujours à leurs intérêts. Annan aura été sincère avec les siens en ce qui concerne la nécessité de promouvoir la résolution des conflits.

Mais il l’aura beaucoup moins été quand il s’est agi, dans de nombreux cas, de peser sur les acteurs internationaux afin de résoudre ces conflits au profit des Africains. Quatre années d’immobilisme auront ainsi fait plus de trois millions de morts, le temps que ceux qui, hier, étaient les parrains de Mobutu ou ceux de Habiarymana, s’entendent sur la feuille de route à adopter, sur les prétendants "acceptables" au trône et sur la préservation de leurs intérêts, pour que le "SG" bouge.

 C’est au lendemain de la guerre contre l’Irak que, rejeté par l’administration républicaine et les néo-conservateurs de George Bush, Annan se découvre une âme de pèlerin de la paix sur son continent d’origine. Ceci nous donne Bakassi, dont le processus d’application de l’Arrêt de la Cour internationale de justice est devenu aujourd’hui le trophée de victoire du 7ème Secrétaire général des Nations Unies, son autre victoire, le Timor-Leste s’étant évanoui en fumée aux mois de mai et de juin 2006. Après dix années, le bilan est donc bien maigre, et à la veille du départ de M. Annan du Palais de verre de Manhattan, l’amour ne règne pas vraiment entre lui et ses "frères". Au lendemain de la désignation de Ban Ki Moon, certains disent, broyant leur humour noir: "Au revoir la Suède… Et bonjour l’Asie, en espérant que le tour de l’Afrique viendra un jour!"

Gidéon Ekilah in Mutations, le 18 Octobre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Lundi 16 octobre 2006

La froide logique est décidément le pire ennemi de la coalition qui, sous couvert de pacifisme pour les uns, de neutralité pour les autres, livre une guerre impitoyable à la Côte d’Ivoire républicaine depuis plus de quatre ans.

Qu’on considère donc sa posture d’hier à aujourd’hui ! Que disait-elle en septembre 2002 ? Que toute solution «unilatérale» devait être écartée, que tous les différends devaient être réglés par la «négociation», qu’il ne saurait y avoir de solution en dehors d’un «consensus» validé par «tous les Ivoiriens.»

C’est au nom de cette idéologie par ailleurs discutable – les pays riches n’ont jamais réglé leurs problèmes par le consensus mais par le suffrage universel, l’arbitrage démocratique sur des bases constitutionnelles – que les Ivoiriens sont allés de Lomé à Pretoria en passant par Linas-Marcoussis et les différentes réunions d’Accra. Parce que leurs termes étaient volontairement ambigus et que leurs initiateurs français eux-mêmes jouaient de leur interprétation pour faire pression sur les acteurs internes et aboutir à leurs objectifs propres, les accords de Linas-Marcoussis n’ont pas fonctionné. Parce qu’il n’était que la formalisation d’un «désaccord» et de calculs sournois, l’accord d’Accra III a accouché de la guerre.

Instruit des échecs précédents, le médiateur sud-africain Thabo Mbeki, choisi – faut-il le rappeler – par des baobabs de la CEDEAO, s’est évertué à aller le plus loin possible dans le détail, lors de la rédaction des accords additifs à ceux de Linas-Marcoussis. Afin qu’aucune interprétation tendancieuse n’occasionne des surenchères. La feuille de route issue des accords de Pretoria, ainsi que le PNDDR-RC, tranchent tous les aspects de la querelle ivoirienne. Dans le plus grand consensus.

Où est alors le problème ? Le problème, c’est le refus d’appliquer les accords les plus intégrateurs, correspondant aux équations majoritaires. Le problème, c’est la passion du passage en force. En dépit de la Constitution. En dépit des accords librement signés. Un homme symbolise ce refus, et cette féroce tendance dictatoriale : il s’appelle Charles Konan Banny. Une institution l’a accompagné pendant près d’un an dans cette dérive : il s’agit du GTI.

Dès qu’il est devenu Premier ministre, Banny s’est affranchi de la feuille de route de Pretoria, du PNDDR/RC et même de la feuille de route que le GTI a confectionnée pour lui, en catimini, et qui n’a jamais été rendue publique. Avec l’appui du GTI, protégé par l’armée française, il a préféré engager une lutte pour créer une gouvernance ad hoc.

Comment ne pas être par exemple frappé quand le GTI demande, pour la résolution qui devra remplacer la 1633, que le Premier ministre puisse nommer aux emplois civils et militaires… alors que le même GTI avait affirmé, dans un de ses communiqués, que la 1633 lui en donnait déjà le droit ? Tricherie, manip, passage en force, trahison vis-à-vis des mandants du Conseil de sécurité de l’ONU !

De quel consensus est issu «l’état-major intégré» autour duquel Banny et ses amis du RHDP ont ergoté pendant des mois, afin de bloquer le processus ? Dans quelle feuille de route les «audiences foraines» se trouvent ? Sur la base de quels textes, issus de lois ou d’accords, le ministre (rebelle) de la Justice, s’est-il fondé pour organiser son opération ?

En Côte d’Ivoire, le problème n’est pas l’absence de pouvoirs du Premier ministre, ministre de l’Economie et des Finances, ministre de la Communication, qui a placé deux proches à la Défense et à l’Intérieur. C’est l’improvisation de nouvelles règles de sortie de crise, souvent farfelues, toujours anticonstitutionnelles, jamais négociées. C’est l’attitude «asymétrique» qui consiste à demander que les revendications de la rébellion soient satisfaites au nom de la «confiance» et à refuser d’écouter les préoccupations les plus légitimes d’un camp présidentiel qui a délibérément accepté de donner à ses adversaires la quasi-totalité de la Commission électorale indépendante, la totalité des médias d’Etat, l’intégralité de la tutelle sur le monde judiciaire. Quel pouvoir africain en a fait de même, dans l’histoire du continent ?

Ceux qui militent, en Afrique et en France, pour l’humiliation perpétuelle d’un président élu au profit d’individus responsables de la guerre, donc de milliers de morts et de centaines de milliers de déplacés de guerre, ne recherchent pas la paix. L’attitude belliqueuse du RHDP – qui appelle ouvertement à un coup d’Etat sans subir la moindre mise en garde d’une communauté internationale hystérique au moindre propos malheureux d’une figure du parti présidentiel – est à cet égard très parlante. Ces gens ne désirent qu’une seule chose : débarquer le président élu par les Ivoiriens par l’usage du désordre, de l’arme diplomatique et de l’entrée en guerre d’une armée française juge et partie.

Théophile Kouamouo in Le Courrier d'Abidjan, 16 Octobre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Edito
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Mercredi 11 octobre 2006

Qu’est ce qui fait courir Mr Pascal Affi N’Guessan ? Depuis quelques semaines, le président du Front Populaire Ivoirien se distingue par des déclarations virulentes, des appels ouverts à la violence et des menaces à l’encontre des populations étrangères vivant en Côte d’Ivoire.

L’attitude belliqueuse de monsieur N’Guessan est autant surprenante qu’inquiétante. Affi N’Guessan a toujours représenté l’aile modérée du FPI. C’est lui qui a apposé sa signature au bas des accords de Marcoussis, alors que Mamadou Koulibaly avait claqué la porte de la réunion qui devait mettre l’Etat de Côte d’Ivoire à genoux. Il a docilement cédé sa place de Premier Ministre au sieur Seydou Diarra. Le retrouver sur une liste de potentiels sanctionnés pour entrave au processus de paix en Côte d’Ivoire est suffisamment ahurissant pour qu’on s’interroge sur les raisons profondes de ce soudain « extrémisme ».

Monsieur N’Guessan voudrait-il fournir le prétexte d’une attaque à l’armée française qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Beaucoup d’agitation, mais pourquoi, et surtout, pour qui ? Le comportement d’Affi N’Guessan n’est pas sans rappeler celui de Matthias Doué à la veille de l’opération Dignité. Des prises de paroles intempestives, des propos vindicatifs, des menaces ouvertes. Il est évident pour tout observateur averti de la crise ivoirienne que la France s’apprête à lancer une nouvelle attaque militaire contre l’homme fort de Côte d’Ivoire. Les récentes sorties des ministres français de la Défense et des Affaires Etrangères visent indubitablement à préparer l’opinion publique internationale à un remake de Novembre 2004, que les Chiraquiens espèrent cette fois couronné de succès. Mais pour à nouveau, au vu et au su de la « communauté internationale », faire rouler les chars de Licorne dans Cocody-Ambassades, où résident le Président de la République et le Président de l’Assemblée Nationale, les autorités françaises ont besoin d’un motif. Mamadou Koulibaly, « extrémiste » en chef et « idéologue » du régime Gbagbo selon Jacques Chirac et ses obligés, se distingue depuis plusieurs mois par des discours de paix. Certes, il continue de désigner l’Etat français comme responsable du chaos ivoirien et de dénoncer le Pacte colonial, mais ses missions de réconciliation avec les ressortissants du Nord sont tellement couronnées de succès que les bases du RDR s’effondrent comme un château de cartes. Charles Blé Goudé s’est fait remarquer en concluant la paix des braves avec les jeunes leaders de la mouvance rebelle. Les prises de positions de Simone Gbagbo sont quant à elles tellement ponctuées de la bonne parole évangéliste qu’il est difficile, voire impossible de continuer à la diaboliser.

Il faut donc créer un nouveau «radical », à défaut d’en trouver un tout prêt. Qui a donné à monsieur N’Guessan ses nouveaux atours « d’extrémiste » qui lui siéent si peu ? La France, en proposant son nom au comité des sanctions de l’ONU. Qui Affi N’Guessan aide-t-il en se conduisant comme un forcené ? La France.

Si Monsieur N’Guessan souhaite réellement une rapide sortie de crise, alors il serait sûrement judicieux qu’il se taise, a fortiori tant qu’il ne sera pas à même d’énoncer des choses sensées. Un sage proverbe bantou dit : « Celui qui tient un gros gourdin dans sa main n’a pas besoin de crier ». Le président Gbagbo s’appuie sur des références légales et constitutionnelles pour mener son combat pour la liberté de la Côte d’Ivoire. En sus de disposer d’arguments en béton, il bénéficie du soutien sans faille des patriotes et des Institutions. Il est également appuyé par de plus en plus de pays, agacés ou outrés par le racisme et les complots grossiers de Chirac et ses amis. La Loi, le droit et le soutien grandissant d’une opinion africaine et même plus globale lui sont acquis.

La seule chose dont il n’a pas besoin, c’est d’avoir des « proches » qui le mettent en porte à faux avec les idéaux et la méthode qu’il a toujours défendus et appliqués. La radicalisation de Monsieur N’Guessan est incongrue, inopportune et inacceptable. A moins que…

Elias Koré

par Mahalia Nteby publié dans : Edito
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Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

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