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Bluff

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Lundi 30 juillet 2007



A l'automne 2006, peu après mon retour du Nigeria, je fus interpellé par une blonde et guillerette étudiante dont les yeux bleus paraissaient assortis aux perles du bracelet "africain" qu'elle portait au poignet. "Sauvez le Darfour !", criait-elle derrière une table couverte de brochures exhortant les étudiants à "agir tout de suite !", à "arrêter le génocide au Darfour !". Mon aversion à l'égard de ces étudiants qui s'impliquent à corps perdu dans des causes à la mode faillit me faire tourner les talons, mais le cri qu'elle jeta ensuite m'immobilisa.

"Vous ne voulez donc pas nous aider à sauver l'Afrique ?", hurla-t-elle. Il semblerait que depuis quelque temps, rongé de culpabilité par la crise humanitaire qu'il a provoquée au Moyen-Orient, l'Occident se tourne vers l'Afrique pour y chercher la rédemption. Des étudiants idéalistes, des célébrités comme Bob Geldof et des politiciens comme Tony Blair se sont fixé pour mission d'apporter la lumière au continent noir. Ils arrivent en avion pour effectuer un internat ou participer à une mission d'enquête, ou encore pour adopter un enfant, un peu comme mes amis et moi, à New York, prenons le métro pour aller adopter un chien abandonné à la fourrière.

C'est la nouvelle image que veut se donner l'Occident : une génération sexy et politiquement active dont la méthode préférée pour faire passer son message est de publier de pleines pages de magazines avec des célébrités au premier plan et de pauvres Africains déshérités derrière. Et tant pis si bien souvent les stars dépêchées pour secourir les indigènes ont un air délibérément aussi émacié que ceux qu'elles veulent aider.

Mais ce qui est peut-être plus intéressant encore, c'est le langage employé pour décrire l'Afrique que l'on entend sauver. Par exemple, la campagne lancée par l'association Save the Children, intitulée "I am African", présente des portraits de célébrités occidentales majoritairement blanches avec des "marques tribales" peintes sur le visage au-dessus du slogan I am African imprimé en grosses majuscules. Dessous, en lettres plus petites, apparaît la phrase : "Aidez-nous à arrêter l'hécatombe."

Même bien intentionnées, ces campagnes propagent le stéréotype d'une Afrique qui serait un trou noir de maladie et de mort. Articles et reportages ne cessent d'évoquer les dirigeants africains corrompus, les seigneurs de guerre, les conflits "tribaux", les enfants exploités, les femmes maltraitées et victimes de mutilation génitale. Ces descriptions apparaissent sous des titres tels que "Bono peut-il sauver l'Afrique ?" ou "Les Brangelina parviendront- ils à sauver l'Afrique ?" La relation entre l'Afrique et l'Occident n'est plus fondée sur des préjugés ouvertement racistes, mais de tels articles rappellent les beaux jours du colonialisme européen, quand on envoyait des missionnaires en Afrique pour nous apporter l'éducation, Jésus-Christ et la "civilisation" .

Tout Africain, moi compris, ne peut que se réjouir de l'aide que nous apporte le monde, mais cela ne nous empêche pas de nous demander si cette aide est vraiment sincère ou si elle est faite dans l'idée d'affirmer sa supériorité culturelle. Je ressens toujours un certain malaise lorsque, dans une soirée caritative, l'organisateur récite une litanie de désastres africains avant de faire monter sur scène une personne (généralement) riche et blanche qui s'empresse d'exposer ce qu'il ou elle a fait pour les pauvres Africains affamés.

Chaque fois qu'une étudiante pourtant sincère évoque les villageois qui ont dansé pour la remercier de son aide, je fais la grimace. Chaque fois qu'un réalisateur hollywoodien tourne un film sur l'Afrique dont le héros est occidental, je secoue la tête - parce que les Africains, alors que nous sommes des personnes bien réelles, ne font que servir de faire-valoir à l'image fantasmée qu'a l'Occident de lui-même. Et non seulement de telles descriptions ont tendance à ignorer le rôle parfois essentiel qu'a joué l'Occident dans la genèse de nombreuses situations déplorables dont souffre le continent, mais elles ignorent également le travail incroyable qu'ont accompli et que continuent à accomplir les Africains eux-mêmes pour résoudre ces problèmes.

Pourquoi les médias persistent-ils à dire que les pays africains se sont vu "accorder l'indépendance par leurs anciens maîtres coloniaux", et non qu'ils ont combattu et versé leur sang pour obtenir leur liberté ? Pourquoi Angelina Jolie et Bono bénéficient-ils de toute l'attention médiatique pour leur travail en Afrique alors que Nwankwo Kanu ou Dikembe Mutombo, tous deux africains, ne sont pratiquement jamais mentionnés ? Comment se fait-il que l'on s'intéresse plus aux bouffonneries de cow-boy auxquelles se livre un ancien diplomate américain de second rang au Soudan qu'aux nombreux pays africains qui y ont envoyé troupes et vivres et ont consacré d'interminables heures à négocier un règlement entre toutes les parties impliquées dans cette crise ?

Il y a deux ans, j'ai travaillé dans un camp de personnes déplacées au Nigeria, les survivants d'un soulèvement qui avait entraîné la mort de 1 000 personnes et le déplacement de 200 000 autres. Fidèles à leur habitude, les médias occidentaux parlèrent longuement des violences, mais pas du travail humanitaire que les autorités locales et nationales accomplirent - avec très peu d'aide internationale - en faveur des survivants. Des travailleurs sociaux ont consacré leur temps et, dans de nombreux cas, donné leur propre salaire afin de venir en aide à leurs compatriotes. Ce sont eux qui sauvent l'Afrique, et, de même que pour beaucoup d'autres à travers le continent, leur travail ne trouve aucun crédit à l'extérieur.

Le mois dernier, le groupe des huit pays les plus industrialisé s s'est réuni en Allemagne avec une brochette de célébrités afin de discuter, entre autres sujets, de la façon de sauver l'Afrique. J'espère qu'avant le prochain sommet du G8 le monde aura enfin compris que l'Afrique ne veut pas être sauvée. L'Afrique veut que le monde reconnaisse qu'au travers de partenariats équitables avec d'autres membres de la communauté internationale elle sera elle-même capable d'une croissance sans précédent.

Uzodinma Iweala in The Whashington Post, 15 juillet 2007, (traduction de Gilles Berton)

par Mahalia Nteby publié dans : Edito
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Lundi 23 juillet 2007

Les réserves du Professeur Mamadou Koulibaly sur l'aide de 193 milliards promise par la communauté internationale


«Au commencement, l’argent a permis d’acheter les armes et les armes par la suite ont volé l’argent, rendant tout le monde un peu plus pauvre qu’avant dans le pays.»
Anonyme


Le Cabinet du Premier Ministre vient par la presse nous faire savoir que le maître des lieux, Soro K. Guillaume était à la recherche de 198 milliards de francs Cfa pour notre programme de sortie de crise. Pour sonder les intentions des bailleurs de fond après celles exprimées par le budget de l’Etat, Soro a organisé, avec un mois de retard, une table ronde avec les éventuels donateurs. Ceux-ci lui auraient promis environ 194 milliards.

Entre le budget de l’Etat d’une part et les bailleurs de fonds de l’autre, notre sortie de crise semble fortement déterminée par un problème d’argent. Soro lui, travaille selon les termes d’un contrat négocié à Ouaga et qui s’est matérialisé par un décret pris par le Président de la République le 29 Mars 2007, pour faire de lui le Premier Ministre employé par l’Etat de Côte d’Ivoire, tel qu’il est défini par la Constitution de 2000.

Dans le budget 2007, l’Etat de Côte d’Ivoire met à la disposition du Premier Ministre et de tous les services qui lui sont rattachés, la coquette somme de quatorze milliards cinq cent soixante huit millions deux cent quarante quatre mille six cent quatre-vingt deux francs CFA (14.568.244.682 fcfa). Cette somme de crédits devrait couvrir les dépenses ordinaires du Premier Ministre à hauteur de 13 milliards et des dépenses d’investissement pour un montant de plus de 1,6 milliards. Cette somme (14 milliards et demi) est à payer à Soro pour son travail et celui de son personnel en vue de lui permettre de réaliser le programme pour lequel il a été nommé. Avec cette somme de 14 milliards, l’Etat de Côte d’Ivoire met à la disposition de Soro, au nom du peuple de Côte d’Ivoire, les gros moyens qui devraient lui permettre de s’offrir du personnel pour environ 1,100 milliards, et des abonnements pour environ 294 millions. Pour ses autres dépenses de fonctionnement c’est 11,5 milliards qui sont budgétisés pour Soro de façon souveraine. C’est à mettre au chapitre des prix à payer par les Ivoiriens pour sortir de la crise. Un effort supplémentaire. Mais tout est-il vraiment question d’argent ?

Dans le même document budgétaire qui définit les moyens mis à la disposition du Premier Ministre, il est inscrit quelques lignes plus loin que l’Etat de Côte d’Ivoire s’engageait aussi à rembourser sa dette pour un peu plus de 545 milliards sur des dépenses totales prévues 1961 milliards. A ses créanciers intérieurs, l’Etat promet de rembourser 155 milliards tandis que pour la dette extérieure, il est prévu de payer 391 milliards.

Le Premier Ministre sait-il que l’Etat de Côte d’Ivoire doit au titre de la dette intérieure un stock total de plus de 964 milliards de francs cfa et que nous accumulons plus de 364 milliards d’arriérés de paiement de cette somme?

Le Premier Ministre sait-il que pour ce qui concerne la dette extérieure, les projections du gouvernement qu’il dirige estiment le stock à plus de 6.293 milliards de francs cfa et que là aussi nous accumulons des arriérés d’échéances non honorés de près de 2.000 milliards, ce montant étant supérieur à notre budget? Entre 2004 et les projections pour 2007, la dette extérieure est en hausse d’environ 2,5%. La crise y est probablement pour quelque chose.

Pour soutenir et encourager la communauté internationale, l’Etat de Côte d’Ivoire s’est engagé à lui payer 391 milliards au titre de la dette due pour cette année 2007. À côté de cet engagement à payer notre dette il faut rappeler que le budget 2006 prévoyait mobiliser 112 milliards auprès des bailleurs de fond, mais seuls 13 milliards l’ont effectivement été. Pour 2007, les recettes extérieures souhaitées par le budget s’élèvent à 408 milliards conditionnés par le climat socio politique dont la gestion est laissée aux bons soins de Soro. Les bailleurs de fonds donnent à la Côte d’Ivoire mais la Côte d’Ivoire rembourse dans le même temps plus qu’elle n’est supposée recevoir. Curieux tout de même cette histoire de l’aide.

Faut-il expliquer que depuis 2002, la communauté internationale, qui accompagne la Côte d’Ivoire et la soutient, ne s’est financièrement engagée dans le processus de paix qu’à hauteur de 12,6 milliards ? C'est-à-dire qu’avec tout le bruit fait à Marcoussis, à Kléber, à New York et à Washington aux sièges de la Banque mondiale et du Fmi, les concours extérieurs n’ont pas dépassés les 13 milliards alors que l’Etat de Côte d’Ivoire y a mis plus de 54 milliards. Le Premier Ministre sait-il que l’Etat ivoirien, sur les 13 milliards de la communauté internationale, n’a pas eu à gérer un pikini ? Les concours extérieurs sont mis à la disposition d’agences de coopération (allemande avec la Gtz), française, européenne avec le Fed) ou d’agences de gestion fiduciaire. Le Pnud aussi a été mis à contribution pour gérer les fonds de la communauté internationale.

Nous devons donc retenir que les concours extérieurs ne transitent pas par le Trésor Public ivoirien. Et le Premier Ministre n’aura pas à gérer ces fonds. Le Premier Ministre doit savoir que les 12,6 milliards de concours extérieurs qui venaient en soutien au processus de sortie de crise depuis Marcoussis jusqu’à l’accord de Ouaga ont été repartis entre 9 donateurs dont le plus gros aura été l’Union Européenne pour 5 milliards et le Danemark pour 2,4 milliards. Les autres donateurs qui se sont exprimés l’ont fait dans les proportions suivantes (en francs Cfa):

- Le Japon                                    1,5 milliards
- La Coopération belge                   1,235 milliards
- La Coopération française              1,069 milliards
- La Banque mondiale                       750 millions
- Le Pnud                                        705 millions
- La Suède                                      702 millions
- Unicef                                            22 millions

Tous disent avoir injecté ces sommes dans le DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion), sauf l’Union Européenne qui a mis, en plus du DDR, près de 2 de ses 5 milliards dans les audiences foraines et 134 millions dans l’Oni (Office National d’Identification).

Le Premier Ministre devrait savoir que depuis la nuit du 18 au 19 septembre 2002, l’Etat de Côte d’Ivoire a décaissé pour la gestion directe de la crise plus de 364 milliards, dont 54 pour la sortie de crise ; 216 pour le soutien aux FANCI ; 91 pour les équipements militaires et 2 milliards environ pour la solidarité et l’action humanitaire. Tout cela parce qu’il y a eu une rébellion. Quel gâchis !

Première leçon à retenir : les engagements pris par les bailleurs de fonds lors des tables rondes ne sont que l’expression d’intentions à priori bienveillantes, comme à Kléber à l’époque. Mais ils ne peuvent signifier en aucun cas que c’est de l’argent acquis, ni d’ailleurs que c’est de l’argent qui passera par le Trésor Public ivoirien.

Deuxième leçon à retenir : Au moment où la communauté internationale se montre si généreuse avec des promesses de dons de 194 milliards, elle nous demande d’inscrire au budget 2007, pour le remboursement de ce que nous lui devons, 391 milliards (deux fois ce que nous devons lui payer). C’est à se poser la question de savoir qui soutient qui dans le deal des Tables rondes au Sofitel comme à Marcoussis ?

Pour 2007, avec l’Accord Politique de Ouaga, les choses vont probablement évoluer. L’Accord de Ouaga se chiffre globalement, selon le gouvernement, à environ 198 milliards de francs cfa. Or, l’Etat dans le budget n’a inscrit que 57,6 milliards là où les concours extérieurs disponibles par intention (concours notionnels) étaient de 43,3 milliards. La différence entre les prévisions et les capacités définit alors un écart de plus de 96 milliards que l’Etat recherchait dans cette Table ronde. La sortie de crise selon le dispositif de Ouaga contient (en francs CFA):

- Le DDR pour environ 45,8 milliards
- Le redéploiement de l’administration pour 23,6 milliards
- Les audiences foraines pour 25,1 milliards
- L’identification pour 44,9 milliards
- Les élections pour 35,4 milliards
- Le retour des déplacés pour 2,3 milliards
- Le Service civique et la réinsertion pour 20 milliards.

La communauté internationale ne veut financer ni l’identification, ni le service civique. Elle a choisi selon ses propres critères de ne soutenir que ce qu’elle veut. C’est un soutien à la carte comme au restaurant, selon son goût et …ses intérêts.

Troisième leçon à retenir : l’argent de la communauté internationale, quand il vient, va là où elle le veut, indépendamment des désirs de l’Etat de Côte d’Ivoire et de ses priorités. En définitive, ce qui est à la communauté est sous son contrôle et pour résoudre les problèmes qu’elle juge importants pour elle. Le document budgétaire qui fixe les conditions de travail de Soro précise aussi par ailleurs d’autres dépenses et ressources attendues par l’Etat ivoirien. Ces fonds, lorsqu’ils sont envisagés, ne sont pas de l’argent mis à la disposition de Soro pour travailler. Ce sont des intentions qui se réaliseront – si elles se réalisent –, dans un cadrage sur lequel ni Soro, ni l’Etat de Côte d’Ivoire n’auront la moindre emprise. Cet argent n’est pas à Soro. C’est de la dette pour l’Etat. Ce sont des dons reçus par l’Etat. Ce sont des appuis qui, dans le budget 2007, vont être nécessaires pour mettre l’Etat en mesure de payer la totalité des échéances de la dette extérieure due au Club de Paris (103 milliards), à la Banque Mondiale (55,9 milliards), à la BAD (43,9 milliards) et au FMI (31,4 milliards) ; soit un total de 234 milliards sur les 391 à payer, c'est-à-dire 60%.

Au total, nous devons trouver pour rembourser la dette extérieure 391 milliards au titre de nos engagements pour 2007. Alors attention au triomphalisme mal placé. L’altruisme et la générosité flamboyante de la communauté internationale ne sont ni gratuites, ni sous notre contrôle. Un mendiant heureux des promesses de ses bienfaiteurs n’est rien d’autre qu’un enfant gâté. Or l’enfant gâté est un prédateur même si tous les prédateurs ne sont pas des enfants gâtés.

Enfin, le Premier Ministre doit savoir que les concours extérieurs dont il a été question à la Table ronde du Sofitel sont conditionnés, comme l’exprime bien d’une part la lettre d’intention que l’Etat de Côte d’Ivoire a envoyée au Directeur Général du Fmi, et d’autre part le mémorandum de politiques économiques et financières adopté lors de la dernière mission du Fond. Devrions-nous rappeler au Premier Ministre quelques éléments de sa lettre d’intention du début du mois de juin 2007 et quelques termes du protocole d’accord technique signé avec nos créanciers extérieurs que nous appelons tendrement bailleurs de fonds ?

1- «Avant mi-juin nous espérons réaliser des progrès significatifs dans le regroupement et le désarmement des ex-combattants ainsi que dans le démantèlement des milices. Nous entendons également réinstaller l’administration préfectorale et rendre pleinement opérationnelles les collectivités décentralisées (Mairies et Conseils Généraux) dans l’ensemble des 22 départements du Centre-Nord de notre territoire et redémarrer le processus d’identification de la population, notamment des audiences foraines avant la mi-juin 2007».

2- «Nous avons adopté un schéma pour l’apurement progressif à partir de mi-juillet 2007, des arriérés vis-à-vis de la Banque Mondiale et de la BAD en accord avec les deux institutions».

3- «Le gouvernement reconnaît l’importance primordiale de l’amélioration progressive de la transparence dans la gestion des affaires publiques et de la lutte contre la fraude et la corruption».

4- «La politique budgétaire en 2007 est celle d’une année de transition et de réunification. A cette fin, nous allons dès maintenant étendre la mobilisation des recettes à l’ensemble du territoire réunifié. Nous allons également diminuer les dépenses non essentielles (y compris les primes de front) et celles sans impact économiques et social direct».

Ces engagements, entre autres, de l’Etat de Côte d’Ivoire ont démarré avec retard. Et il ne s’agit pas d’un problème d’argent. La conférence des bailleurs de fonds qui était prévue avant mi-juin, selon les termes de la lettre d’intention, vient juste de se dérouler alors que rien n’a encore été fait en matière de désarmement et que les armes dispersées entre les chefs de guerre dans les zones sous contrôle rebelles leur servent maintenant à ralentir le processus de Ouaga, puisqu’elle permettent aujourd’hui d’attenter à la vie du Premier Ministre comme hier elles ont permis d’agresser des gendarmes à Anyama, des policiers à Agboville et à Noé, des populations civiles à petit Duékué et à Guitrozon.

Pour que les bailleurs de fonds s’expriment concrètement et mettent le cash sur la table, il est attendu que Soro respecte ses engagements avec célérité. Sera-t-il capable de désarmer ses troupes rebelles alors qu’une partie de celles-ci cherchent à le tuer? Sera-t-il capable de permettre au Trésor Public, à la Douane et aux Impôts d’aller collecter les ressources fiscales et parafiscales dans la partie du territoire encore occupée et sous administration rebelle ou bien continuera-t-il à gérer deux budgets parallèles (celui officiel de la République pris par ordonnance par le Président Laurent Gbagbo et celui informel de la rébellion, frauduleux, injuste et anticonstitutionnel)? Soro peut-il garantir la gestion transparente des affaires publiques dans les zones encore occupées ? Peut-il lutter contre la fraude et la corruption dans lesdites zones ? Que de questions qui se bousculent dans notre esprit ! Et elles sont toutes à poser au Premier Ministre. Il n’aura les fonds de la communauté internationale que s’il fait ce sur quoi il s’est engagé devant la communauté internationale. Il y a du travail. Et Soro est bien payé pour le faire. Maintenant, arrêtons les hésitations et au boulot. La sortie de crise dans l’accord de Ouaga comme celles des accords précédents n’est pas une affaire d’argent et nous le savons tous. Ce sont les fonds qui manquent le moins à la paix.

Par le Professeur Mamadou Koulibaly in Fraternité Matin, 24 juillet 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Dimanche 22 juillet 2007



C’est un drame sans fin pour les victimes des déchets toxiques et du navire grec Probo Koala. Les manifestations publiques, auxquelles elles tentent de se livrer pour se faire entendre, se déroulent dans l’indifférence générale. Certaines d’entre elles - et elles sont nombreuses - ont été omises. Pour diverses raisons. Et, du coup, elles ne sont pas concernées par l’opération d’indemnisation qui est en cours. Elles se sont mobilisées pour crier leur colère et obtenir réparation. Aussi, font-elles le pied de grue devant les points focaux de réclamation, espérant gagner la bataille contre l’habituelle lourdeur administrative ivoirienne. Sans grand espoir. D’autres, et elles sont aussi en grand nombre, ont eu la chance d’avoir été identifiées. Mais la plupart subissent le supplice de Tantale. Pour elles, c’est, en effet, la croix et la bannière pour se faire payer. Des noms et/ou des prénoms de victimes sont mal orthographiés ou incomplets. Il leur faut alors affronter les lourdes procédures administratives et les réticences toujours déprimantes pour être rétablies dans leur droit. Aussi, se dressent-elles pour espérer venir à bout de la gangrène de la corruption qui continue de ronger notre administration. Sans grand espoir d’être entendues.

Dans ce pays, où la course au gain facile est le sport le plus pratiqué et où l’occasion fait toujours le larron, les vraies victimes et les fausses victimes s’évertuent chacune à tirer un meilleur profit de l’opération d’indemnisation en cours. Opération qui commence à prendre l’allure d’une traite. Avec des scènes honteuses qui décrédibilisent notre pays. Des agents du Trésor public sont accusés, menace de fourniture de preuves à l’appui, de procéder à des extorsions de fonds pour dédommager ceux dont les noms sont incomplets. Des truands, en relation avec des complicités plutôt bien placées, se démènent comme de beaux diables pour figurer sur les listes. Certaines vraies victimes, pressées de toucher leur dû, n’hésitent pas, du reste, à faire du faux et usage de faux. Cas de la Malienne Diallo Djéliba, victime ambulatoire, qui a été déférée ce mardi à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca). En lieu et place de sa carte consulaire périmée, elle a présenté une fausse pièce d’identité ivoirienne (Cf. Fraternité Matin n°12.808 du 18 juillet 2007).

Comme on peut le constater, la Côte d’Ivoire est restée égale à elle-même. Même dans cette douloureuse épreuve. Et continue d’apparaître dans toute sa nudité et sa laideur: un pays miné, jusqu’à la moelle, par le racket tous azimuts et la falsification sans retenue de documents administratifs et autres. Notre pays est descendu tellement bas dans l’échelle des valeurs morales et des vertus que nul, désormais, ne peut échapper à ces associations de malfaiteurs qui, par le chantage et l’intimidation, font la pluie et le beau temps. Où et quand ils le décident. Dépouiller les ayants droit à des prestations? C’est le cadet de leurs soucis!

Il n’existe plus aucun service dans notre pays où ne règne l’implacable loi des passe-droits. A la Justice, dans les centres de santé, dans les centres d’examen, à la Fonction publique – là, c’est le bouquet! -, à la… morgue, au commissariat de police… Partout, en somme. Parce que partout, le “fais-nous fais” a la peau dure. Dure. Dure. Dure. Partout, il faut mouiller la barbe. Partout, il faut graisser la patte. Partout, il faut soudoyer des gens. Partout, il faut des dessous de table. Pour être servi. Cette terrible réalité - qui doit être combattue avec la (vraie) dernière énergie - ne fait, hélas!, partie ni des priorités de l’Etat, démissionnaire, ni des préoccupations des citoyens, eux-mêmes qui se considèrent comme des “cabris morts”. Tout le monde, visiblement, a jeté l’éponge. Tout le monde s’est passé le mot pour observer la position du singe de la gravure: ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire. C’est l’eldorado pour tous les voyous, ripoux et autres agents véreux. Tels ces douaniers qui n’ont pas hésité à organiser, ce mardi, une sorte d’auto-braquage pour emporter 139 millions de nos francs destinés au paiement de primes dites TS. Des policiers et des gendarmes peuvent donc continuer, allègrement, au cours de leurs trop nombreux contrôles routiers, à soutirer des fonds aux chauffeurs de taxis communaux et de véhicules de transports en commun. N’est-ce pas… normal, après tout? Des magistrats et des juges peuvent, eux aussi, et allègrement, continuer de s’en mettre plein les poches en confortant des dénis de justice par des verdicts fantaisistes. N’est-ce pas… normal, après tout? Des médecins peuvent continuer, allègrement, de déserter les hôpitaux au profit des cliniques privées, etc. Au vu et au su de tout le monde. Sans crainte de sanctions. Parce qu’après tout, il n’y a là rien que de très… normal.

Car, toute décence bue, la Côte d’Ivoire semble avoir choisi de s’installer dans l’impunité. La crise socio-politique actuelle a le dos large. Tout le monde s’en prévaut pour masquer son impuissance et l’incurie de notre administration. Cependant, si les voyants sont aujourd’hui au rouge, ils n’étaient déjà pas au vert – et même pas à l’orange - sous les régimes précédents. Qui ont posé les jalons de la déchéance morale dans laquelle nous nous vautrons aujourd’hui. Depuis la belle époque du “miracle ivoirien”, nombre de membres des gouvernements successifs et de responsables d’administration, prenant à la lettre la métaphore arachidière du Président Félix Houphouet-Boigny (“On ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille les arachides”, disait-il), se sont mis à détourner des deniers publics, en se rendant coupables de prévarications. Jamais inquiétés, ils ont ouvert la boîte de Pandore de la course effrénée à l’enrichissement illicite qui fait rage aujourd’hui.

La dégradation avancée des mœurs recommande des mesures urgentes et draconiennes. Illico presto! Elle nécessite que les autorités prennent (enfin!) le taureau par les cornes. Hic et nunc! Pour la refondation morale de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, il est sans doute un peu tard. Mais, demain, il sera vraiment trop tard. Car, les Ivoiriens semblent avoir perdu tout repère. Sans boussole et sans référence, ils se laissent maintenant guider par leurs instincts bestiaux, rivalisant avec les animaux. Domestiques. Et même sauvages. C’est pourquoi ils font… pipi partout. Sans aucun complexe. C’est pourquoi, jetant leurs ordures ménagères partout, ils détériorent leur propre environnement. Sans aucun souci. “Ça ne tue pas Africain!”, se justifient-ils. Sans aucune honte. C’est pourquoi le sexe n’est plus du tout un tabou sous nos cieux. Et que des individus se permettent de… copuler maintenant dans des lieux publics. Et presque en public. Sans aucune gêne. Hier, Frantz Fanon fustigeait la colonisation française qui avait fait des Noirs des “peaux noires et (des) masques blancs”. A raison. Les Ivoiriens en sont la parfaite illustration. En plus d’avoir renié et leur culture et leur personnalité; en plus d’avoir lamentablement échoué à vouloir singer le Blanc, ne se retrouvent-ils pas aujourd’hui à un carrefour dangereux? Il leur appartient de bien négocier le virage. Parce qu’aucune sortie de route ne peut plus être admise. Mais encore faudrait-il que l’Etat sorte de sa torpeur et remette tout le monde au travail. Dans… l’ordre. Et dans la… discipline.

Ferro M. Bally, in Fraternité Matin, 20 juillet 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Mercredi 18 juillet 2007



Un illustre aîné qui nous fait l’amitié de partager ses réflexions sur la marche de l’Afrique nous revient de la lointaine Asie avec un anglicisme curieux aux lèvres : “followership”. Le mot qualifie la capacité d’un groupe à suivre efficacement ceux qui sont reconnus comme leaders, dès lors qu’ils indiquent une voie collective.Le “followership” apparaît donc comme l’indispensable complément du “leadership”. Que vaut un leader aux capacités éprouvées si sa base ne le comprend pas, le rejette, le conteste à tout propos et hors de propos ?

Les Chinois, nous explique l’illustre aîné, attribuent leur réussite de ces dernières années à la force de l’Etat (un bon leadership) mais surtout à ce qu’ils appellent un bon “followership”. En Chine, dès qu’une grande orientation stratégique est prise par les décideurs, toutes les énergies nationales convergent et rendent le challenge plus facile à réaliser, expliquent les citoyens de l’Empire du Milieu, fiers de leur “success story”. Bien entendu, les mauvaises langues ont bien le droit d’attribuer le bon “followership” chinois à la rude férule d’un Parti communiste qui se situe aux antipodes de la démocratie.

Ceci dit, un constat demeure : du parti unique et des régimes des “sauveurs de la Nation” à l’ère du pluralisme politique, la question du mauvais “followership” est une constante têtue. Sous la contrainte, nous faisons semblant de suivre, usant de maints subterfuges pour subvertir les décisions des “en haut de en haut”. Sous le régime libéral, nous faisons ce que nous voulons, et au sein de l’élite, ceux qui veulent être califes à la place du calife pullulent, souvent en dépit de leurs potentialités et du bon sens.

Pourquoi ? Nous devons nous interroger de toute urgence. Je suis persuadé que notre libération collective viendra, entre autres, de notre capacité à mener chacun notre psychanalyse personnelle et de notre aptitude à poser les diagnostics nous permettant de dépasser nos névroses collectives. Notre piètre “followership” réside peut-être tout simplement dans le faible “leadership” de nos… leaders.

Mais peut-on dire avec certitude que nous avons suivi nos dirigeants les plus éclairés ? Ruben Um Nyobé, Patrice Lumumba, Thomas Sankara et les autres icônes de notre Panthéon ont-ils été réhabilités aux yeux de tous après leur trépas ? Ont-ils été mieux traités par leurs contemporains que les vulgaires sergents de la Coloniale qui ont souvent dirigé nos pays par le glaive et la terreur ? Le charisme de nos grands hommes du passé a-t-il fait disparaître les tendances scissipares de nos sociétés ? On peut, bien entendu, arguer du fort soutien dont a bénéficié l’ANC de Nelson Mandela - malgré les salves tribales de l’Inkhata. On peut se souvenir que des milliers d’Ivoiriens ont risqué leur vie parce qu’ils refusaient que l’ancien colonisateur renverse le président qu’ils s’étaient librement donné. Mais les contre-exemples sont là, et nous interpellent.

Peut-être que nos foules ne savent pas faire foule précisément parce qu’elles ne sont pas “en réseau”, parce qu’elles sont incapables de se concevoir autrement que comme une poussière de petits groupes antagonistes, parce qu’on leur a savamment inculqué le virus de la division. “Les pouvoirs franco-africains organisent (…) le vide, le silence morose, le côtoiement des individus, des groupes, des catégories, des ethnies, jamais leur dialogue et leur interpénétration, en un mot l’obscurantisme...”, dénonçait Mongo Beti dans sa revue Peuples noirs, peuples africains.

Peut-être que nous nous refusons à adhérer au discours public et au projet collectif parce que nous sommes taraudés par un afro-pessimisme têtu, encore plus féroce que celui des Occidentaux. Si tel est le cas, qu’est-ce qui nous rend si incrédules face à l’éventualité de meilleurs lendemains pour nous en tant que groupe ? Interrogeons-nous pour nous libérer.

Théophile Kouamouo in Le Messager, 18 juillet 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Jeudi 12 juillet 2007

Contrairement au pitoyable épisode Wolfowitz, qui a traîné en longueur tant l’ancien numéro 2 du Pentagone, pris en flagrant délit de népotisme, s’accrochait à son poste de président de la Banque mondiale, la démission du directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Rodrigo Rato, deux ans avant la fin de son mandat, constitue une surprise. Il faut dire que sa nomination en 2004 avait aussi été une surprise, quelques jours seulement après la défaite électorale du gouvernement dirigé par José Maria Aznar auquel il appartenait. Comme si un rejet populaire au niveau national pouvait ouvrir les portes de la direction d’une des plus grandes institutions multilatérales…

Décidément, ce poste ressemble de plus en plus à un siège éjectable que le pilote lui-même n’hésite pas à actionner. Déjà en 2004, l’Allemand Horst Köhler avait pris de court le monde économique en démissionnant du FMI pour prendre la présidence de la république allemande. En 2000, le départ du Français Michel Camdessus était plutôt la conséquence de la grave crise en Asie du sud-est : il faut dire que l’action du FMI, qui était venu en aide aux créanciers ayant réalisé des investissements hasardeux et avait imposé des mesures économiques entraînant la mise au chômage de plus de 20 millions de personnes, était très fortement contestée. N’épiloguons pas sur les « raisons personnelles » avancées par Rato pour justifier son départ annoncé pour l’automne prochain (2007). Mais force est de constater que plusieurs dossiers sensibles pour le FMI posent actuellement de gros soucis à une institution qui traverse de surcroît une grave crise de légitimité. La réforme des quotes-parts s’enlise. Selon le projet préparé par Rato, quatre pays (Chine, Turquie, Mexique, Corée du Sud) doivent voir leur quote-part au sein du FMI augmenter de quelques dixièmes de points. Même s’il n’y a là rien pour modifier réellement le rapport de forces actuellement favorable aux grandes puissances, ce projet piétine.

La contestation envers le FMI s’accroît. Des mouvements altermondialistes comme le CADTM réclament depuis des années son abolition et son remplacement par une institution aux objectifs radicalement différents, axée sur la garantie des droits humains fondamentaux. Mais de plus en plus de gouvernements cherchent à se débarrasser de la tutelle très encombrante du FMI. Le Venezuela a annoncé en avril qu’il allait quitter le FMI. En décembre 2005, le Brésil et l’Argentine ont remboursé d’un coup la totalité de ce qu’ils lui devaient. D’autres, comme l’Indonésie, les Philippines ou l’Uruguay, les ont suivis dans cette voie, privant le FMI de ses principaux clients. Cela n’est pas sans conséquence sur le financement du FMI lui-même, car un remboursement anticipé implique un gros manque à gagner en terme d’intérêts. Voilà pourquoi en janvier 2007, un comité d’experts chargé de plancher sur la question a recommandé la vente de 400 tonnes d’or du FMI (sur un total supérieur à 3 200 tonnes). Mais les Etats-Unis ont toujours refusé de telles ventes. D’ailleurs, une réunion prévue à cet effet vient d’être repoussée d’un mois, preuve que tout ne va pas de soi dans ce domaine non plus.

A la demande des Etats-Unis, agacés par la sous-évaluation du yuan qui favorise les exportations chinoises et creuse le déficit commercial états-unien, le FMI vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc en piteux état : la surveillance des taux de change des monnaies. Mais les dirigeants chinois ne l’entendent pas de cette oreille et ils ne décolèrent pas contre le FMI à ce sujet, accusé d’être juste un outil aux mains du gouvernement Bush. Aujourd’hui, le risque est grand qu’une fois de plus, on nous rejoue le même refrain : les dirigeants européens ont accepté le remplacement de Paul Wolfowitz par Robert Zoellick à la tête de la Banque mondiale en échange de la certitude de pouvoir continuer à nommer le directeur du FMI. Comment ce système inadmissible de double cooptation euro-américaine peut-il encore continuer ?

Le hasard est parfois cruel en cette fin juin 2007 : le directeur général du FMI démissionne alors que le nouveau président de la Banque mondiale n’est toujours pas en place, révélant des institutions particulièrement déboussolées, davantage préoccupées par elles-mêmes que par les affaires du monde ; au même moment, six pays d’Amérique latine (Venezuela, Argentine, Bolivie, Equateur, Brésil, Paraguay) lancent la Banque du Sud, chargée de promouvoir à l’échelle régionale une logique radicalement différente de celle - particulièrement brutale et mortifère - imposée par le FMI et la Banque mondiale depuis des décennies.

Le même jour, le Rapport sur la richesse dans le monde, publié par les sociétés Merrill Lynch et Cap Gemini, montre que le nombre de millionnaires en dollars dans le monde s’élève à 9,5 millions de personnes, en hausse de 8,3% en un an. Le patrimoine cumulé de ces millionnaires dépasse 37 000 milliards de dollars, soit plus de 12 fois la dette extérieure de tous les pays en développement. Dans le même temps, les populations pauvres s’enfoncent dans la misère, notamment fragilisées par la très forte augmentation du prix des céréales sur les marchés mondiaux. La production céréalière – en particulier le maïs – se dirige de plus en plus vers la fabrication d’agrocombustibles pour les pays les plus industrialisés, ce qui risque d’entraîner des crises alimentaires graves dans les pays du Sud d’ici quelques mois.

Il faut en finir avec ce modèle économique qui n’a réussi qu’à rendre les riches plus riches et les puissants plus puissants. Il faut en finir avec ce modèle économique qui a échoué puisqu’il est le terreau sur lequel se développent la dette, la pauvreté et la corruption. Comme la Banque mondiale, le FMI en a été l’un des principaux promoteurs et porte donc une lourde part de responsabilité. Le bateau tangue dangereusement. L’année 2007 est d’ores et déjà une annus horribilis pour les tenants de la mondialisation néolibérale. Les mobilisations populaires de par le monde pourront rendre les années suivantes pires encore…

Damien Millet & Eric Toussaint, in Afrikara, 02 juillet 2007 

par Mahalia Nteby publié dans : Grands dossiers
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Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

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