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Bluff

Côte d'Ivoire: Une coopération sans contraintes, sans menaces, sans exigences ni humiliations

 

Le Président de la République trace les nouvelles lignes de l’ouverture de son pays au monde.

«Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. Nous coopérons avec la République populaire de Chine sans que nous ayons des exigences politiques». Et le Président Laurent Gbagbo de préciser : si l’Afrique va à l’assaut de la Chine, c’est parce que «les Africains ne se sentent pas humiliés quand ils coopèrent avec la Chine».

Comment coopérer avec l’autre dans une relation de respect mutuel? Comment aller vers l’autre sans que l’autre ne vous impose des exigences, des contraintes, des humiliations ?  La Côte d’Ivoire, dans sa nouvelle diplomatie, veut se positionner, dans son rapport avec l’autre, comme un pays à respecter, et non un pays à soumettre, non comme un Etat à humilier. La Côte d’Ivoire, dans sa diplomatie, exige respect et réclame un traitement de réciprocité.

Le Président de la République, profitant de la pose de la première pierre de l’hôpital général de Gagnoa (un projet financé par la Chine), samedi dernier, a tenu un discours qui trace, avec fermeté, les lignes de la diplomatie ivoirienne : «Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Si l’on nous humilie, nous irons vers ceux qui ne nous humilient pas». Une ligne claire, qui installe la Côte d’Ivoire dans une diplomatie ouverte sur un monde qui célèbre le respect et la considération de l’autre. Une vision qui s’inscrit dans le refus des contraintes et des exigences qui prennent souvent des allures de chantage : «les milliers de conditions imposées dans le cadre de la coopération avec les autres sont une humiliation» que la Côte d’Ivoire ne peut accepter. D’autant qu’il est clair pour le Président Gbagbo que «les relations internationales consistent à entretenir des relations gagnants-gagnants», et que le premier acte de victoire d’un pays, «c’est de ne pas se sentir humilié». Celui qui ne l’aura pas compris, dira le Chef de l’Etat ivoirien, «ne pourra pas entretenir de relations décontractées avec l’Afrique».

Si l’Afrique, selon lui, «
va en Chine, c’est parce qu’avec la Chine, elle ne se sent pas humiliée. C’est ce que je veux expliquer à l’humanité tout entière. J’en parle en tant que Chef d’Etat qui a entendu certains de ses pairs gémir d’avoir tant été humiliés. L’aspect psychologique des peuples des pays du Tiers monde n’a pas été compris. Or, quand un peuple vous dit qu’il n’a pas peur de la mort, il faut le regarder autrement et le traiter autrement».

Réaffirmant les bonnes relations de la Côte d’Ivoire avec la Chine (une seule Chine), il donnera, sans ambages, son point de vue sur le Tibet : «Le Tibet est à la Chine depuis toujours. Si le Tibet a tant intéressé le monde, c’était à cause des Jeux olympiques. Les Jeux finis, plus personne ne s’intéresse au Tibet». Sur ce point, il précisera : «la diplomatie de provocation et la diplomatie d’humiliation, ce n’est pas bon». Sur la même lancée, il ajoutera : «je me réjouis que les dirigeants de Taïwan soient prêts à négocier». Parlant des Etats-Unis, il dira : «je me réjouis aussi qu’aux USA, nous ayons un nouveau chef qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant lui. Il faut que les gens se parlent. Il faut que les gens négocient. J’ai bon espoir que nous entrons dans une période plus détendue. La nouvelle diplomatie américaine donne des signes rassurants. Parce que tous les problèmes ne se règlent pas par la force. Quand Obama dit qu’il tend la main à l’Iran, il tient un discours d’un homme responsable».

Et de revenir à la Chine, en s’adressant à SEM. Wei Wenhua, son Ambassadeur accrédité en Côte d’Ivoire : «Excellence, restez sur la ligne sur laquelle vous êtes : le respect des pays du Tiers monde, la non humiliation, la non menace».

Le monde change et exige une diplomatie de respect, de dialogue et de consensus. Le monde change et la crise financière internationale, qui a fait effondrer les assises de l’économie mondiale, nous rappelle qu’un monde nouveau doit se construire sur la solidarité et la prise en compte de toutes les nations. La dégradation climatique nous renvoie à cette exigence vitale.

L’appauvrissement mondial interpelle tous les pays, surtout les plus riches. Et la Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette diplomatie qui tourne le dos à l’arrogance, à la force, au mépris. Elle veut pouvoir avancer et se construire sur les chemins d’un monde plus juste, d’un monde qui instaure le respect comme sous-bassement de la diplomatie et des échanges entre les Etats. Cela, Laurent Gbagbo l’a redit à Gagnoa: la Côte d’Ivoire va coopérer avec ceux qui ne  l’humilient pas.


Agnès Kraidy
Fraternité Matin
06 Avril 2009
Jeudi 26 avril 2007



Ces temps-ci, nous avons assisté, médusés, à certains évènements médiatiquement qualifiés d’historiques. Dans une sorte de fracture intellectuelle sans précédent, les politiques et les médias (le «haut» de la société) ont exulté, quand le peuple, lui, est resté perplexe ! C’est que la petite chute de notre mur de Berlin à nous (le barrage de Djébonoua) n’a pas été suivi de ferveur populaire ! On est loin, très loin, du déferlement de joie et de coups de klaxons qui avait fait suite à l’annonce de la libération de Bouaké en 2003 ! Ou de l’hystérie collective qui s’était emparée de nous à l’annonce de la première qualification (indiscutablement historique) de la Côte d’Ivoire pour la coupe du monde de football ! C’est que le peuple sait faire la différence entre les joies qui lui viennent des tripes, et les incantations de leaders qui croient nous posséder au point d’être maîtres de nos émotions. Il sait faire la différence entre un bon kédjénou de poisson bien frais pêché dans nos eaux douces d’avant leur pollution aux déchets toxiques, et les couleuvres et autres anacondas qu’on lui demande d’avaler pour avoir la paix ! Nous aurions continué à nous taire si les partisans de l’illusionnisme et de la mystification n’avaient pas été trop zélés ces derniers jours, «obligeant» de vraies icônes de la Résistance ivoirienne à s’afficher en public avec des non-valeurs ! Au vu de ce spectacle surréaliste, nous ne pouvons nous empêcher de nous poser quelques questions. Pour quelles valeurs nous sommes-nous battus et qui ont justifié que certains d’entre nous laissent leurs vies dans ce combat ? Si ce n’est pas si grave qu’un Sidiki Konaté, qui a le sang de nos camarades sur les mains, devienne ministre, sans qualité (son dernier poste avant de s’enrôler dans la rébellion était «Pousseur de chariots à l’aéroport de Francfort») ; si ce n’est pas si grave que Soro Guillaume, l’ennemi d’hier, étudiant presque sans diplôme et sans expérience professionnelle, qui a revendiqué l’organisation de nos souffrances et les tueries de nos camarades vienne tranquillement souiller notre administration en en devenant le patron, pourquoi devrions-nous être offusqués qu’un Bédié revienne au pouvoir, avec l’aide (même sanglante) de la France ? Pourquoi devrions-nous être offusqués qu’un Ouattara vienne au pouvoir, avec l’aide (même sanglante) de la France ? Une fois qu’on aura fait tomber une à une les valeurs qui nous permettent de distinguer ce qui nous horrifie de ce qui nous fait exulter, où devrions-nous nous arrêter ? Si les morts nous regardent, que pensent nos camarades qui ont donné leurs vies (ce qu’ils avaient de plus cher) pour une certaine idée de la Côte d’Ivoire ? Sont-ils satisfaits de nos petits arrangements et autres danses indécentes avec leurs bourreaux d’hier ? Pourquoi sommes-nous si prompts à confondre réconciliation, récompense et réjouissance ? Nous sommes un certain nombre à penser que si nous étions morts pour ça, ça aurait été pour rien. Si ce n’est que pour ça, chacun d’entre nous a le devoir historique et moral de retenir ses enfants, ses parents et autres amis à la maison la prochaine fois que les amis d’aujourd’hui auront quelques ennuis entre eux, au risque de les voir mourir pour rien.

Au moment même où nous piétinons nos symboles et nos valeurs en rêvant d’une paix illusoire, une partie de notre destin se joue ailleurs. Le second tour de la présidentielle française opposera, dans un peu moins de deux semaines, Ségolène Royale à Nicolas Sarkozy, avec un avantage sérieux pour le second. Du coup, notre course contre la montre vers la paix, au cours de laquelle nous avons en autres accepté de tout payer sans broncher à notre principal agresseur (réhabilitation des écoles françaises, dédommagement des entreprises françaises et des citoyens français pour les pertes subies en novembre 2004), commence à nous apparaître dans toute sa laideur, encore une fois comme un sacrifice coûteux et inutile.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

En novembre dernier, après un peu plus de quatre années de résistance et de sacrifices, il nous semblait possible de porter le coup fatal à la France après son honteux et spectaculaire échec à l’ONU. Alors que notre ennemi historique traversait une période de doute sans précédent, et qu’il était malmené par ailleurs («smatché» par le Rwanda de Paul Kagame par une historique rupture de relations diplomatiques), nous avons choisi, contre toute attente et contre l’avis du peuple consulté, d’offrir une porte de sortie honorable à tous nos ennemis d’hier, pour ne pas avoir à mener la bataille de Kirina. A Blaise Compaoré, le rôle d’apôtre de la paix ; aux Soro et autres Sidiki Konaté, des rôles de Premier ministre et ministres ; à la France, dédommagement, silence, renouvellement de contrats. Au peuple, on a demandé de considérer cela comme le dernier sacrifice pour la paix. Est-ce vraiment le dernier ? Les derniers sacrifices, on en a vu beaucoup dans cette crise. Et malheureusement, il est possible que celui-ci, qui pue jusque dans nos cerveaux, ait de très fortes chances de connaître le même sort que les précédents. Pourquoi ? A cause de la nature du grand mensonge stratégique qui l’a entouré de part et d’autre. Côté rebelle, Chirac étant partant, il y avait un risque qu’arrive au pouvoir quelqu’un qui ne veuille plus continuer l’aventure de déstabilisation avec le même niveau d’engagement. Il fallait donc saisir la perche tendue par le «grand méchant diable» d’hier, et jouer la comédie à fond (avec zèle), pour pouvoir la transformer en réalité plus vraie que vraie si les évènements de Paris étaient défavorables. Bien entendu, au cas où ces évènements seraient favorables, il serait toujours possible de se réveiller comme un agent dormant (double) et de provoquer une rupture sur un quelconque sujet, qui deviendrait subitement sensible. Côté Résistance, les calculs sont moins précis : on fait toutes les concessions possibles pour faire avancer le «processus de paix», avant l’arrivée du successeur du grand organisateur du chaos ; celui qui arrive sera nécessairement moins belliqueux, et on pourra continuer la série des sacrifices pour consolider le «processus» et arriver définitivement à la «paix».

Sauf que voilà : après le premier tour des élections présidentielles, celui qui arrive en tête avec une avance confortable est un certain Sarkozy, qui est le témoin de mariage de notre Ouattara «national» et qui vient de déclarer, à propos du Président Gbagbo, qu’il ne parle qu’à des chefs d’Etat élus et non à des gens qui veulent se maintenir sans cesse au pouvoir sans élections. «On s’en fiche, on a vu pire que ça», me direz-vous ? Oui, sauf que si Sarkozy passe, c’est plus que certain qu’il réveillera l’agent double dormant qui nous sert en ce moment de Premier ministre, et que dès lors, nous devrons nous battre pour de bon, pour notre paix. Entre temps, nous aurons piétiné nos valeurs et nos symboles, dansé avec les assassins de nos camarades, bu et rigolé avec toute cette racaille pour rien ! Après cela, combien de patriotes résistants seront encore prêts à donner leurs vies pour ce combat ?

Malgré cela, et peut-être même pour cela, nous autres, disons : «Vive Sarko !». Comme ça, soit nous périssons tous pour rejoindre nos camarades et égaler leurs sacrifices, soit nous nous levons tous dans un dernier et improbable sursaut pour vaincre l’ennemi et rendre les sacrifices de nos camarades utiles. Finalement, ce Sarkozy, que d’aucuns présentent comme un individu dangereux pour nous si nous voulons briser le pacte colonial, est notre véritable allié. Son avènement nous sortira de la mauvaise comédie que nous nous jouons ici à nous-mêmes. Si les hypocrites de socialistes passent, jamais on n’aura l’opportunité de sortir de cette Françafrique. On continuera à nous bercer et à se bercer d’illusions, à nous endormir et à s’endormir. Avec Sarkozy, c’est le réveil assuré pour nous tous (de gré ou de force), pour affronter, une bonne fois pour toutes, notre contradiction principale (la France), pendant que celle-ci sera à coup sûr en train de s’étouffer dans ses propres contradictions internes, avec un fou à sa tête.

Finalement, vive Sarko, pour que renaisse la Résistance ivoirienne et africaine, la vraie !

Sylvestre Konin

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Côte d'Ivoire
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Lundi 23 avril 2007

«Dans un temps d'ignorance, on n'a aucun doute, même lorsqu'on fait les plus grands maux ; dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu'on fait les plus grands biens. On sent les abus anciens, on en voit la correction ; mais on voit encore les abus de la correction même.» (Montesquieu)

Samedi, j’ai serré la main de Sidiki Konaté. Ministre de l’artisanat et du tourisme du gouvernement Soro de son état. Ancien étudiant jamais diplômé et surtout, rebelle. Un homme qui, avec ses complices assaillants, a plongé la Côte d’Ivoire dans la désolation et le malheur. C’était à l’occasion du grand rassemblement organisé par Charles Blé Goudé pour clore la caravane de la paix qu’il a entamée à la suite des meetings pour la paix lancés par le président de l’Assemblée Nationale Mamadou Koulibaly. Point d’orgue d’une semaine aux scènes surréalistes qui vient de s’achever.

Une délégation du MEDEF (patronat français) a été reçue par le Chef de l’Etat ivoirien, qui a réitéré son engagement à faire reconstruire, aux frais du contribuable ivoirien, les écoles françaises saccagées consécutivement à l’assaut meurtrier lancé contre les populations abidjanaises par la junte militaire française en novembre 2004, qui coûta la vie à 64 citoyens ivoiriens aux mains nues, descendus dans la rue pour faire barrage aux chars français qui assiégeaient la résidence de Laurent Gbagbo. Air Ivoire, dont l’un des actionnaires est – évidemment – Air France, ouvre une desserte sur Bordeaux, alors qu’aucun vol direct n’assure la liaison entre Abidjan et Lagos, les deux principales métropoles de la zone ouest africaine. Laurent Gbagbo déclare ne pas souhaiter le départ des troupes françaises, celles-là mêmes qui ont détruit tout l’arsenal militaire aérien de l’armée ivoirienne en novembre 2004. Mamadou Koulibaly, unanimement décrit comme «l’idéologue du régime et véritable pourfendeur de la rébellion» par les médias occidentaux, s’offre un cadeau spécial pour ses cinquante ans en recevant chez lui le porte-parole des rebelles Sidiki Konaté. Dans le fief des patriotes à Yopougon, Simone Gbagbo danse avec le même Sidiki Konaté, sous l’œil rieur et bienveillant d’un Charles Blé Goudé toujours plus omnipotent.

Comment en est-on arrivé là ? Les dieux seraient-ils vraiment tombés sur la tête ? Tant de larmes, de sang, de sueur pour ça ? L’excuse du choix de la loyauté contre celui de la compétence, qui pouvait encore justifier des méthodes approximatives de gouvernance il y a cinq ans, au déclenchement de la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire, est à ce jour difficilement acceptable. L’exercice du pouvoir en Eburnie repose aujourd’hui entre les mains de jeunes gens comme Guillaume Soro, Charles Blé Goudé et Sidiki Konaté, qui ont pour dénominateur commun de n'avoir pas réussi leurs études mais d’être à la tête de groupuscules prêts à tout pour conserver ce pouvoir auquel ils n’auraient jamais rêvé accéder sans un très opportun accident de l’Histoire d’une part, et d’autre part, celles d’hommes politiques affairistes, qui bien que disposant souvent de curriculums académiques, impressionnent plus par leur capacité à s’enrichir personnellement malgré une crise politico militaire qui a plongé le peuple ivoirien dans un abîme de pauvreté inimaginable, que par leur capacité à déployer des schémas de développement et d’émancipation durables pour les populations qu’ils ont charge de diriger.

Peut-on, au nom de la paix, rationaliser l’injustifiable, après avoir institutionnaliser roublardise et opportunisme en mode de gestion ? Peut-on gouverner sans valeurs, sans projets ? Qu’est-il advenu du programme qui a porté le Front Populaire Ivoirien au pouvoir ? Il y a sept ans de cela, un homme admiré, porté par son peuple, prenait les rênes du pouvoir en Côte d’Ivoire, mettant en fuite un général putschiste. Laurent Gbagbo, qui a lui-même souffert moult privations et humiliations sous Houphouët-Boigny, avait alors des projets très précis : assurance maladie universelle, école gratuite, liberté de presse et d’expression, sortie du système françafricain, fin des chasses gardées avec l’ouverture du marché ivoirien au mieux disant.

En clamant à l’envi leur victoire et la fin de la guerre sans avoir réussi à extirper leur pays des griffes de l’oppresseur français, Laurent Gbagbo et ceux de ses proches qui se prêtent un peu trop volontiers à la comédie du «tout le monde est beau, tout le monde est gentil» se placent eux-mêmes dans une position inconfortable. Le polaroïd de la Côte d’Ivoire en 2007 est en effet aussi révélateur que peu flatteur: corruption à tous les niveaux de l’administration, militaires et policiers extorqueurs et braqueurs, délestages électriques, routes impraticables, système éducatif et de santé en déliquescence, grandes villes croulant sous les ordures, népotisme, déversement de déchets toxiques à Abidjan, grogne sociale grandissante, taux de mortalité en hausse, culte de la criminalité, fuite des capitaux.

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme le disait Candide. Retour à la case départ. Ci-gisent nos illusions, nos espoirs perdus, notre ingénuité et notre enthousiasme, sacrifiés sur l’autel d’une paix et d’une liberté de surface. Pas de place pour nos états d’âmes dans une arène politique d’où la rigueur et la rectitude morale sont aussi absentes que la noblesse des idéaux. Bien inspiré celui qui suit les conseils de Jean-Paul Sartre de «ne pas trop réfléchir sur la valeur de l’Histoire. On court le risque de s’en dégoûter».

Mahalia Nteby
(mahalia.nteby@yahoo.fr)

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Edito
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Jeudi 5 avril 2007


26 Mars 1984 – 26 Mars 2007 : 23 ans déjà que Ahmed Sékou Touré, le premier président de la République de Guinée mourait. En ce jour anniversaire de la disparition de ce grand leader africain, j’aimerais revenir sur ce que j’ai ressenti en le redécouvrant le jeudi 11 janvier 2007 au Ciné Club du Palais de la Culture à Treichville.


Un peuple qui ne connaît pas son histoire est condamné à se répéter. Les patriotes africains qui sont aujourd’hui encore confrontés à leur maîtres de toujours pour la récurrente problématique de leur autodétermination devraient connaître leur histoire. Ils devraient revisiter, avec leurs propres yeux et leurs propres consciences, les différents héros de la Résistance africaine, que les vainqueurs d’hier ont traîné dans la boue. Les patriotes africains d’aujourd’hui devraient s’atteler à construire un pont historique reliant les dignes fils d’Afrique d’hier à ceux d’aujourd’hui, pour donner un sens et un mouvement à leur lutte historique.

C’est pour cela que je salue du fond du cœur l’initiative du Palais de la Culture d’Abidjan, qui a décidé d’ouvrir sa saison culturelle 2007 en nous faisant redécouvrir un authentique fils de l’Afrique digne de tous les temps : Ahmed Sékou Touré, président de la République de Guinée de 1958 à 1984. Malgré tous les enseignements que j’ai personnellement tiré de la crise ivoirienne, malgré la méfiance logique et lucide que j’ai acquise vis-à-vis de l’histoire dite officielle, j’ai découvert à ma grande surprise qu’un peu de la boue dont l’Occident avec couvert Sékou Touré était resté dans un coin de ma tête. Je suis sorti du Palais de la culture transformé, ébloui par la lumière de la vérité sur un authentique héros de l’Afrique digne. Comme le disait Sékou Touré lui-même : «La Vérité n’est jamais isolée» (en réponse à un journaliste français – toujours les mêmes – qui évoquait son prétendu isolement international).

J’ajouterai que la Vérité est aussi intemporelle, car les propos que j’ai entendu le Président Sékou Touré tenir dans un documentaire datant de plusieurs dizaines d’années m’ont semblé d’une surprenante actualité. Et l’homme lui-même était si élégant, si éloquent et si pétri de culture qu’on en arrive même à se demander si le patriotisme africain n’a pas perdu en qualité en fil des années !

Fini l’extase, venons-en aux faits. Qu’ai-je découvert cet après du jeudi 11 janvier 2007 au Ciné club du Palais de la Culture et qui m’a tant émerveillé ?

1. La démythification du Général de Gaulle

Quand Sékou Touré reçoit le Général de Gaulle le 25 Août 1958, ce dernier est déjà une légende vivante aussi bien en France que dans tout l’espace francophone sous influence française. Vénéré par les chefs d’Etat et accueilli dans la ferveur populaire du Tchad à la Côte d’Ivoire en passant par Madagascar et le Congo Brazzaville, le général de Gaulle ne s’attend pas du tout à tomber sur un Sékou Touré absolument décomplexé, qui l’accueil en «collègue» comme il le dit lui-même. Mais l’accueil à Conakry recèle une autre particularité que nous révélera notre guide culturel du jour (Sidiki Bakaba) : tout au long du chemin qui mène de l’aéroport le Président Sékou Touré avait fait mettre en scène tous les crimes contre l’humanité dont la France s’était rendu coupable de l’esclavage à la colonisation (en lieu et place des danses et autres festivités folkloriques servies ailleurs). Sans oublier le discours qu’il lui tient, dans lequel il lui rappelle qu’en tant que héros d’un peuple qui a souffert d’une occupation (et qui a bénéficié de l’aide des africains pour se libérer), il était bien placé pour comprendre le désir de liberté des africains. S’en suivit donc le «NON», un «NON» d’autant plus retentissant et historique qu’il a été adresse à l’homme du «NON» en France ! Le petit fils de l’Almamy Samory Touré explique une vingtaine d’année plus tard dans le documentaire que son histoire et son éducation lui interdisait de se soumettre docilement à un autre homme, fut-il un colon et fut-il le général de Gaulle lui-même en personne. «Un homme qui a aimé la Vérité et l’a pratiquée ; un homme qui n’a eu peur que de Dieu et du peuple, mais pas des autres hommes !», voilà ce qu’a répondu Sékou Touré à la dernière question du journaliste à la fin du premier des trois documentaire que nous avons visionné ce jeudi.

2. Le combat pour la Vérité, la réciprocité, et l’universalité

Quand on s’interroge profondément sur le destin médiatique et occidento-historique de Sékou Touré (ce que je faisais dans cette salle du Palais de la Culture pendant que passaient les documentaires sur sa vie), on peut se poser une question : Pourquoi l’histoire occidental et les médias dominants voudraient-ils nous faire croire que, comme par hasard, celui des fils de l’Afrique qui s’est montré le plus digne lors de la campagne du général de Gaulle pour sa fameuse Communauté, s’est avéré être un sale dictateur sanguinaire et paranoïaque ?

La vérité, c’est que dès que Sékou Touré a dit son ô combien courageux «NON», la machine coloniale française s’est déchaîné contre lui pour prouver une chose : qu’il n’a aucun salut en dehors de la soumission et de la docilité pour les africains ! Les français ne partent donc pas gentiment comme l’avait promis le général de Gaulle lors de sa campagne ; ils partent en sabotant toutes les infrastructures et tout le matériel qui existaient en Guinée à l’époque. Mais ils ne se sont pas contentés que de ça. Ils ont aussi en permanence fomenté des coup d’Etat en finançant et en armant les esclaves mentaux et autres collabos de la Guinée ou de son voisinage. Ensuite, comme dans la crise ivoirienne aujourd’hui, ils ont utilisé leurs puissants médias pour faire passer les assassins et les criminelles pour des victimes angéliques, et le Président Sékou Touré pour le bourreau, le sanguinaire, le dictateur, le paranoïaque ! Toujours faire passer le vice pour la vertu et vice versa ! Sékou traité hier comme Mugabe, Kagame, Gbagbo sont traités aujourd’hui !!!

Mais ce que les documentaires montrent, c’est le combat héroïque de Sékou Touré pour la vérité, la réciprocité et l’universalité des jugements et des concepts. Extrait.

M. le président, on dit qu’il y a des prisonniers politiques en Guinée. Oui ou non y a-t-il des prisonniers politiques ?
Ce ne sont pas des prisonniers politiques, les mercenaires qui ont été arrêtés à la suite d’une agression dont nous avons été victimes. J’appelle prisonnier politique, un homme qui par écrit, par parole, pose, et de façon contradictoire avec le régime administrant le pays, les problèmes du pays. J’appelle cela délit d’opinion si cet homme était inquiété. Mais celui qui est allé à l’extérieur, se mettre au service de l’impérialisme, s’enrôler, subir des préparations militaires, emprunter des bateaux étrangers, venir dans son propre pays, avec les armes et les munitions pour assassiner les hommes de son pays, et nous avons eu 360 victimes, ces hommes-là ne sont pas des prisonniers politiques. Ils n’ont qu’à répéter demain leur forfaiture, le peuple de Guinée leur prouvera qu’il est un peuple conscient et résolu dans la défense de sa liberté et de sa souveraineté. Sur ce plan, je n’ai de compte à rendre à personne d'autre qu’à mon peuple. Et vous savez, le peuple sait quelle est sa position à l’égard de son régime.

M. le président, pour donner peut-être plus de poids à ce que vous venez de dire, permettrez-vous à une organisation internationale, comme la Croix rouge, de venir ici, chez vous, constater ?
La Croix rouge peut venir à tous moments. D’abord, nous ne sommes pas membres mais je l’accepte pour faire le démenti aux menteurs qui en France écrivent ou parlent. Pas seulement la Croix rouge, tous ceux qui n’aiment pas la Guinée, mais pourvu qu’ils puissent vous dire la vérité, sont autorisés à venir en Guinée, circuler dans tous le pays. S’ils veulent visiter les prisons, qu’ils les visitent.

La Croix rouge internationale?
Vous pouvez prendre n’importe quelle organisation, de votre préférence.

M. le président, autre problème épineux auquel vous vous attendez bien sûr, celui des Français qui ont disparu en Guinée. Comptez-vous, lors de ce voyage officiel, donner des assurances aux familles qui attendent en France, en tout cas c’est ce qu’elles disent, la vérité sur cette affaire ?
Je ne connais aucun Français qui ait perdu la vie en Guinée. Je connais des ministres, des ambassadeurs guinéens qui se sont vendus aux puissances étrangères…

Qui avaient la double nationalité
Mais s’ils ont la double nationalité, c’est leur affaire. Pour moi, ce ne sont pas des Français, ce sont des Guinéens. Ils ont épousé des citoyennes françaises ; ils ont eu ainsi la double nationalité par rapport à votre législation. Mais pour moi, ce sont des Guinéens. Ils ont été élus députés comme Guinéens. Ils sont membres du gouvernement en titre parce qu’ils sont Guinéens. Et les comptes à l’extérieur qu’on leur a ouverts, les dollars, les francs français, les deutschemark qui tombaient à leur compte sont de la trahison. C’est une forfaiture qu’ils ont commise, ceux-là. Et la France que je connais, le peuple français que je connais ne peut pas soutenir la forfaiture et les auteurs de crime à l’endroit du peuple qui les a engendrés.

M. le président, la France ne veut pas se mêler de politique. Elle demande tout simplement, ou plutôt les familles demandent qu’est-ce qui leur est arrivé ? Est-ce que vous pouvez répondre à cette question ?
Je pose une question. Je suppose que ma fille épouse un Français. Que ce Français soit ministre, ambassadeur, officier supérieur ou simple ouvrier et qu’il porte atteinte à la sécurité de la France, qu’il trahisse sa nation. Qu’il est finalement condamné par les juridictions françaises. Ai-je moi un compte à demander au gouvernement français s’agissant de ce Français? J’ai trop de respect pour le peuple français et le gouvernement français, et je ne m’amuserai jamais à poser une telle question au gouvernement français.

M. le président, si je vous comprends bien sur cette affaire, ces huit Français …
Huit Guinéens. Ils sont Français pour vous. Dites les huit Guinéens. Ils ont été condamnés par le peuple guinéen et exécutés. Et vous ? Voyez Historia n°36 intitulé : «Les Français contre les Français». L’auteur de l’article se félicitait que 17 communards aient été exécutés par le peuple parce que ceux-là incarnaient la trahison vis-à-vis de leur patrie, la France. Il se félicitait que le peuple français, patriote qu’il est, ait réglé le compte à la plupart des traîtres. 110 000 traîtres ont été directement jugés, exécutés par le peuple. Alors vous croyez que la logique c’est pour la France ? La logique n’existe pas pour l’Afrique, le sentiment patriotique n’existe pas pour la Guinée ? Je ne voudrais pas répondre à cette question. Nous voulons faire l’amitié. Tenons compte de l’identité et aussi de la différence. L’identité, notre commune volonté à coopérer sur la base de l’égalité dans l’intérêt de la France et de la Guinée. La différence, je suis Guinéen, vous êtes Français.

M. le président, on dit qu’une page est tournée entre la France et la Guinée. Est-ce que c’est vraiment votre sentiment ?
C’est ma volonté. C’est mon espoir. Chez nous, c’est tourné. Mais puisqu’on parle toujours de huit Français, des Guinéens traîtres, je me demande maintenant si la page est encore tournée en France ou si vous êtes toujours en train de relire les pages du passé, des erreurs du passé que vous avez commises en notre endroit. Ce n’est pas nous qui avons commis des erreurs à l’égard de la France. C’est la France qui a commis des erreurs en notre endroit. Et, je suis sûr que si le peuple français savait les dessous de cette affaire d’agression, eh bien, il donnerait nettement raison à la position guinéenne parce que je connais la logique qui sous-tend les activités du peuple français. Pas tous. Et j’estime qu’un parti socialiste doit se réclamer du peuple français, incarner les valeurs morales, idéologiques et historiques du peuple français, défendre la vérité historique et la vérité sociale de la France. C’est pourquoi je garde l’espoir, pour moi, que la page est tournée. Et qu’on ne me fasse pas revenir sur ce triste passé.

M. le président, quand les journaux, les livres d’histoire disent : Sékou Touré est l’un des grands leaders révolutionnaires. Est-ce que vous acceptez ce jugement historique sur vous ?
Je laisse à chacun le soin d’apprécier ce qu’il voit. Mais ma vocation est de faire la révolution avec mon peuple et pour mon peuple. Ma volonté est de demeurer serviteur de mon peuple. Entre l’être et l’avoir, j’ai choisi l’être. L’identité, la personnalité que je voudrais confondre avec la vérité et la justice dans toutes les attitudes.

Quelle image de vous aimeriez-vous que l’histoire colporte ?
C’est de dire que c’était un homme qui a été au service de son peuple. Un homme qui a aimé la vérité et l’a pratiquée. Un homme qui n’a eu peur que de Dieu et du peuple, mais pas des autres hommes.

Voici l’homme que j’ai découvert ce jeudi 11 janvier 2007 ! Et là, vous n’avez là qu’une toute petite partie de l’histoire ! Si notre Afrique n’était pas si remplie de complexés et d’esclaves mentaux, Sékou Touré serait aujourd’hui l’équivalent, dans notre mémoire et dans nos esprits, de ce que de Gaulle représente pour les français. Il est le premier des temps moderne à avoir dit «NON». Il a même dit «NON» à l’homme devenu célèbre pour avoir dit «Non». Il s’est voulu son égal. De mon point de vue, du point de vue africain, il est aujourd’hui son supérieur ! Cet homme-là mérite d’être connu et réhabilité.

(N.B: Heureusement, un site Internet existe aujourd’hui sur Sékou Touré :
www.sekoutoure.com).

Sylvestre Konin in Le Courrier d'Abidjan le 26 mars 2007

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Dimanche 1 avril 2007



«En politique, il faut moins résoudre les problèmes que faire taire ceux qui les posent.»
(Henri Queuille)

Ainsi donc, cela est vrai. Guillaume Soro est le nouveau Premier Ministre de Côte d’Ivoire. Déprimante pour les uns, risible pour les autres, la décision de Laurent Gbagbo de nommer le chef rebelle aux mains souillées de sang à la tête du gouvernement ivoirien suscite surtout une perplexité croissante quant aux véritables desseins du chef de l’Etat éburnéen. Est-il prêt à tout, juste pour conserver son fauteuil le plus longtemps possible, comme le laissent supposer ses récentes actions et prises de paroles, ou ces dernières s’inscrivent-elles dans le cadre d’un savant et sinueux plan d’émancipation et de développement de la Côte d’Ivoire ?

Le décret de nomination que Guillaume Soro est venu, tout sourire, chercher à la Présidence de la République la semaine passée met fin au pitoyable interlude Charles Konan Banny. Mais il n’est pas certain pour autant que les Ivoiriens y gagnent au change. Un bouffon contre un criminel. En effet, en dépit des intéressants exercices de style auxquels se livrent depuis quelques temps les médias proches du pouvoir, se pliant aux injonctions d’un Laurent Gbagbo qui a nouvellement endossé les atours bien peu seyants de censeur de presse, la réécriture de l’Histoire demeure une tâche ardue. Même si toute une armada de journalistes et conseillers en communication, autrefois symboles de patriotisme et d’intégrité intellectuelle, est mise à contribution, rien n’y fait : la pilule ne passe pas. Et tout le matraquage médiatique qui consiste à refaire un curriculum au nouveau Primus n’arrive pas à faire oublier les actes barbares et sanglants dont Guillaume Soro a été l’auteur et l’instigateur. N’est-il pas vaudevillesque de se remémorer l’unanime levée de boucliers de ces mêmes intervenants lorsqu’au sortir de Kleber en 2003, Soro exigeait les ministères de la Défense et de l’Intérieur ? Et pourtant, le voilà nommé à la tête de tout le gouvernement, seulement quatre ans plus tard. Qui eut cru que l’accord de Linas Marcoussis serait un jour amèrement regretté sur les berges de la lagune Ebrié ? Morale de l’histoire : Prends des armes, tue un grand nombre de tes prochains et Premier Ministre tu seras.

Alassane Dramane Ouattara, Henri Konan Bédié, Seydou Diarra, Charles Konan Banny… La liste des victimes politiques de la sale guerre de la France contre la Côte d’Ivoire ne fait que s’allonger. Difficile de s’en plaindre. Mais s’il ne fait aucun doute que Guillaume Soro sera lui aussi «cannibalisé» par Laurent Gbagbo, il n’en demeure pas moins qu’aucune avancée notable n’a été faite concernant une résolution pérenne de la crise. Banny, Ouattara, Soro et même Compaoré ne sont que des marionnettes. Le vrai adversaire des Ivoiriens, c’est la France. Et si l’aboutissement du processus de libération de la Côte d’Ivoire devait réellement passer par un dialogue direct, alors les signatures au bas de l’accord de Ouagadougou auraient dû être celles de Jacques Chirac et de Laurent Gbagbo.

Certes, il ne fait aucun doute que la France a été partie prenante de l’accord «historique» tant vanté et si peu critiquable ces dernières semaines. Le ballet des missi dominici qui se sont succédés à Abidjan, puis dans la capitale burkinabé depuis la fin du mois d’Octobre 2006 est on ne peut plus explicite. Mais comment se fait-il que personne ne se soit offusqué du rôle de médiateur attribué à Blaise Compaoré, alors qu’il est clairement établi que la France lui avait précédemment sous-traité tout le volet militaire de ses attaques contre l’Etat de Côte d’Ivoire ? Et quid des intérêts économiques qui ont motivé les diverses tentatives de renversement du régime Gbagbo par Jacques Chirac ? Quid des investissements effectués par la France au Burkina Faso pour la mise en place d’une sanglante filière détournée du cacao ? Quid de l’exploitation du pétrole, du gaz et de toutes les ressources naturelles qui a justifié l’envoi et le maintien onéreux de milliers de soldats français au sein de la force Licorne et l’extermination de citoyens ivoiriens par l’armée française en mondovision ? Pourquoi, en signant l’accord de Ouagadougou, Gbagbo a-t-il choisi de ne pas donner le coup de grâce au système françafricain pérennisé par une Chiraquie qui n’avait jamais été dans une telle position de faiblesse ? Pourquoi Laurent Gbagbo privilégie-t-il la cosmétique là où une intervention chirurgicale paraît de mise ?

A première vue, la stratégie de gestion de crise de Laurent Gbagbo semble se réduire à un enchainement d’actes inconséquents. Ceci est certainement trompeur, puisque l’homme vaut bien mieux que cela. Laurent Gbagbo a réussi à se hisser en première ligne des héros contemporains de l’indépendance africaine, comme Paul Kagame ou Thabo Mbeki. Mais la nomination de Guillaume Soro au poste de Premier Ministre est tout sauf anodine. L’engagement des populations ivoiriennes aux côtés de Laurent Gbagbo découle d’un choix de conscience. Leur imposer comme chef de gouvernement un individu qui, depuis cinq ans, est coresponsable de leurs souffrances, de leurs misères et de leurs malheurs, en assortissant cette décision d’une interdiction de penser, de critiquer ou de s’exprimer est irrecevable. Si ce décret fait effectivement partie d’un plan complexe ourdi par le président ivoirien pour extraire son pays de la mainmise française, il est évident que des explications – et non des oukases – sont attendues par ceux qui, depuis 2002, se sont engagés sans faillir dans une lutte contre des adversaires puissants, visibles et invisibles.

«A chaque fois que tu entends un homme dire qu’il veut la liberté, mais en même temps énoncer ce qu’il ne fera pas pour l’avoir, sache qu’il ne croit pas à la liberté. Un homme qui croit à la liberté fera n’importe quoi dans ce monde pour l’acquérir ou pour la préserver.» Paroles de Malcolm X à méditer.

Mahalia Nteby

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Côte d'Ivoire
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Réalité

Do not leave Africa in scramble



To many minds, Africa is a picture of hopeless misery: afflicted by poverty, scarred by corruption and ravaged by Aids and war. These facts are true, but they tell only half the story. In many sub-Saharan African countries output briskly outpaced population growth during the last decade, leading to sustained growth in income per capita and promising a lasting escape from poverty.

Behind the success lies many African leaders’ willingness to adopt solid macroeconomic policies and move towards more transparency and less red tape. Economic integration with the world deepened and trading relations diversified. Record-breaking prices boosted commodity exporters’ incomes. The private sector’s success, for example in telecommunications, showed that Africa does not lack good business opportunities. Before the crisis, countries such as Ghana were on course to escaping aid dependence by entering global capital markets.

But Africa is now slipping. Foreign direct investment has shrivelled. Capital markets have seized up as funds flee to the safety of rich-country sovereign bonds – with which the market is flooded. The price of trade credit has soared, sharply halting trade flows, with commodity exporters suffering additionally from the drop in prices.

As tax revenues fall and demands on public services rise, governments without large savings are in a squeeze. African leaders warn of a popular backlash: if the public suffers undeserved pain after governments followed what rich countries told them to do in the 1990s, economic growth and democratic stability are at risk. Already coups and riots are on the rise.

The world’s leading countries must act to end the global crisis as soon as possible. In the meantime, Africa should not be a casualty of other priorities. African governments that have shown a commitment to sound policies must be helped to fill temporary funding gaps. And rich countries should quickly prop up trade finance: it would do much good and cost little.

Development aid
can do ill as well as good; the long-term goal must be to get rid of it. But that is no argument against short-term crisis assistance, which has been provided – quickly – to small and relatively rich European countries; many African countries need the same. Moreover, rich countries made aid promises at the Gleneagles summit that they have yet to fulfil.

The potential cost of the crisis in Africa is not just unemployment; it is starvation, civil war and the closing of an escape route from poverty. That is a price the world cannot afford to pay.


Editorial
Financial Times
Le 16/03/2009

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