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Bluff

Côte d'Ivoire: Une coopération sans contraintes, sans menaces, sans exigences ni humiliations

 

Le Président de la République trace les nouvelles lignes de l’ouverture de son pays au monde.

«Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. Nous coopérons avec la République populaire de Chine sans que nous ayons des exigences politiques». Et le Président Laurent Gbagbo de préciser : si l’Afrique va à l’assaut de la Chine, c’est parce que «les Africains ne se sentent pas humiliés quand ils coopèrent avec la Chine».

Comment coopérer avec l’autre dans une relation de respect mutuel? Comment aller vers l’autre sans que l’autre ne vous impose des exigences, des contraintes, des humiliations ?  La Côte d’Ivoire, dans sa nouvelle diplomatie, veut se positionner, dans son rapport avec l’autre, comme un pays à respecter, et non un pays à soumettre, non comme un Etat à humilier. La Côte d’Ivoire, dans sa diplomatie, exige respect et réclame un traitement de réciprocité.

Le Président de la République, profitant de la pose de la première pierre de l’hôpital général de Gagnoa (un projet financé par la Chine), samedi dernier, a tenu un discours qui trace, avec fermeté, les lignes de la diplomatie ivoirienne : «Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Si l’on nous humilie, nous irons vers ceux qui ne nous humilient pas». Une ligne claire, qui installe la Côte d’Ivoire dans une diplomatie ouverte sur un monde qui célèbre le respect et la considération de l’autre. Une vision qui s’inscrit dans le refus des contraintes et des exigences qui prennent souvent des allures de chantage : «les milliers de conditions imposées dans le cadre de la coopération avec les autres sont une humiliation» que la Côte d’Ivoire ne peut accepter. D’autant qu’il est clair pour le Président Gbagbo que «les relations internationales consistent à entretenir des relations gagnants-gagnants», et que le premier acte de victoire d’un pays, «c’est de ne pas se sentir humilié». Celui qui ne l’aura pas compris, dira le Chef de l’Etat ivoirien, «ne pourra pas entretenir de relations décontractées avec l’Afrique».

Si l’Afrique, selon lui, «
va en Chine, c’est parce qu’avec la Chine, elle ne se sent pas humiliée. C’est ce que je veux expliquer à l’humanité tout entière. J’en parle en tant que Chef d’Etat qui a entendu certains de ses pairs gémir d’avoir tant été humiliés. L’aspect psychologique des peuples des pays du Tiers monde n’a pas été compris. Or, quand un peuple vous dit qu’il n’a pas peur de la mort, il faut le regarder autrement et le traiter autrement».

Réaffirmant les bonnes relations de la Côte d’Ivoire avec la Chine (une seule Chine), il donnera, sans ambages, son point de vue sur le Tibet : «Le Tibet est à la Chine depuis toujours. Si le Tibet a tant intéressé le monde, c’était à cause des Jeux olympiques. Les Jeux finis, plus personne ne s’intéresse au Tibet». Sur ce point, il précisera : «la diplomatie de provocation et la diplomatie d’humiliation, ce n’est pas bon». Sur la même lancée, il ajoutera : «je me réjouis que les dirigeants de Taïwan soient prêts à négocier». Parlant des Etats-Unis, il dira : «je me réjouis aussi qu’aux USA, nous ayons un nouveau chef qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant lui. Il faut que les gens se parlent. Il faut que les gens négocient. J’ai bon espoir que nous entrons dans une période plus détendue. La nouvelle diplomatie américaine donne des signes rassurants. Parce que tous les problèmes ne se règlent pas par la force. Quand Obama dit qu’il tend la main à l’Iran, il tient un discours d’un homme responsable».

Et de revenir à la Chine, en s’adressant à SEM. Wei Wenhua, son Ambassadeur accrédité en Côte d’Ivoire : «Excellence, restez sur la ligne sur laquelle vous êtes : le respect des pays du Tiers monde, la non humiliation, la non menace».

Le monde change et exige une diplomatie de respect, de dialogue et de consensus. Le monde change et la crise financière internationale, qui a fait effondrer les assises de l’économie mondiale, nous rappelle qu’un monde nouveau doit se construire sur la solidarité et la prise en compte de toutes les nations. La dégradation climatique nous renvoie à cette exigence vitale.

L’appauvrissement mondial interpelle tous les pays, surtout les plus riches. Et la Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette diplomatie qui tourne le dos à l’arrogance, à la force, au mépris. Elle veut pouvoir avancer et se construire sur les chemins d’un monde plus juste, d’un monde qui instaure le respect comme sous-bassement de la diplomatie et des échanges entre les Etats. Cela, Laurent Gbagbo l’a redit à Gagnoa: la Côte d’Ivoire va coopérer avec ceux qui ne  l’humilient pas.


Agnès Kraidy
Fraternité Matin
06 Avril 2009
Lundi 22 janvier 2007

Alors que l’année 2007 vient de débuter sur les chapeaux de roues (exécution de Saddam Hussein, visite de Brigitte Girardin à Laurent Gbagbo, prise de fonction du nouveau secrétaire général des Nations Unies…), Mahalia Nteby fait une rétrospective alphabétique de 2006.


«Au vu de ce que Jacques Chirac a fait subir en 2006 aux Africains en général et au peuple ivoirien en particulier, la présence de Laurent Gbagbo au sommet France-Afrique de Cannes en février 2007 serait une gifle assenée aux visages de tous ceux et celles qui luttent tous les jours pour la renaissance de la Côte d’Ivoire et une insulte suprême à tous ceux et celles qui sont morts en octobre 2000, en septembre 2002, en novembre 2004, pour que vive Laurent Gbagbo et que son fauteuil de président démocratiquement élu soit sauvé. S’il veut rester cohérent, s’il ne veut pas se voir coller l’étiquette de françafricain mal aimé, mais repenti et rentré au bercail après de timides velléités d’indépendance, alors Laurent Gbagbo n’ira pas à Cannes. Au contraire, il devrait plutôt en profiter pour inviter et recevoir son homologue rwandais Paul Kagame à Abidjan, pour une visite d’Etat les 15 et 16 février prochains. Un contre-sommet de l’Afrique nouvelle, de l’Afrique digne, de l’Afrique libre. Cela donnerait un signal fort à ses adversaires comme à ses partisans. Cela aurait du cachet, du panache. On n’en attend pas moins de lui.» (Mahalia Nteby)

ABOBO ET ANYAMA: Ces fiefs du RDR à Abidjan sont devenus des synonymes de la chute d’Alasssane Dramane Ouattara dans le paysage politique ivoirien. Le Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire et vice-président du Front Populaire Ivoirien au pouvoir, Mamadou Koulibaly, à travers des meetings et missions de paix à répétition, a réussi à saper durablement la mainmise du Rassemblement des Républicains sur les populations à majorité nordistes et musulmanes de ces communes d’Abidjan en leur démontrant de façon convaincante la culpabilité de la France et de ses hommes de mains (Ouattara, Bictogo, Compaoré) dans la crise que traverse la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002. Une vraie bérézina pour Ouattara, qui perd ainsi la «chair à canon» qu’il comptait lancer aussi bien à l’assaut des urnes que de la rue.

BUDGET: Mot apparemment inconnu des cercles du pouvoir en Côte d’Ivoire. Charles Konan Banny, l’improbable premier ministre désigné par «la communauté internationale», a gouverné en 2006 sans avoir fait voter son budget par les élus du peuple, devant lesquels il est pourtant redevable. Cette situation impensable ailleurs est toutefois tolérée par le président ivoirien et encouragée par ladite «communauté internationale». Parce que tout le monde, à part le peuple, y trouve son compte ?

CHIRAC: Ce qu’il y a de doux, dans la période préélectorale française, c’est qu’elle sonne l’heure du bilan. «Depuis quatre décennies, Jacques Chirac avance sous la bannière de la duplicité: il nous trompe sur lui-même et se trompe sur la France. Son œuvre porte un nom: le déclin français». (Denis Jeambar, directeur de ‘L’Express’). «L’exception chiraquienne est ailleurs: plus qu’aucun de ses devanciers, l’héritier autoproclamé du gaullisme a usé des moyens de la présidence pour préserver sa personne et son pouvoir, pour s’épargner le prix de ses fautes. Il a orchestré son irresponsabilité – pénale et politique – comme un débiteur sans scrupule organise son insolvabilité.» (Hervé Gattegno, journaliste de ‘Le Monde’). «Chirac […]. L’histoire d’une tragédie personnelle, devenue, sur la fin, une tragédie nationale.» (Franz-Olivier Giesbert, directeur de ‘Le Point’). Puisque les intellectuels français eux-mêmes ne retiennent des douze années de présidence de Jacques Chirac que deux ans d’échec avec Alain Juppé, cinq ans de cohabitation forcée avec les socialistes, trois ans d’échec avec Jean-Pierre Raffarin et deux ans à jouer au roi-fainéant observant les guerres de succession, comment diantre se fait-il que des chefs d’Etat africains tels Abdoulaye Wade, Omar Bongo ou Denis Sassou Nguesso aient encore aujourd’hui le petit doigt sur la couture du pantalon, toujours prompts à exécuter les ordres d’un individu qui n’est, d’après ses propres concitoyens, doté d’aucune colonne vertébrale intellectuelle ? Mystère et boule de gomme. Mieux vaut en rire.

DESARMEMENT: Mis au centre des résolutions 1528, 1633 et 1721 du conseil de sécurité de l’organisation des Nations Unies statuant sur la Côte d’Ivoire, le désarmement est demeuré un mythe. Un peu comme l’énigme du Triangle des Bermudes ou le monstre du Loch Ness. Tout le monde en parle, mais personne ne l’a jamais vu. «On fait la guerre quand on veut. On la termine quand on peut», disait Machiavel.

EUROPE: Alors que le vieux continent tout entier est confronté à la problématique des flux migratoires venus du Sud, causés par la pauvreté résultant du pillage éhonté des ressources et matières premières africaines par l’ancienne puissance coloniale hexagonale en Afrique noire dite francophone, l’Europe ne semble pas prête à se désolidariser de la France, qui bénéficie seule des avantages de la spoliation, alors qu’elle en partage allègrement les désagréments avec le reste des pays européens. Tant que l’Europe ne fera pas pression sur l’Etat français pour qu’il mette fin à sa politique néocoloniale en Afrique, Lampedusa, Ceuta, Melilla ou les îles Canaries continueront de battre les records d’affluence d’émigrés clandestins en provenance du continent noir. Et les chiffres de 2006 paraitront bientôt dérisoires par rapport à ceux de l’année qui vient de commencer. Il y a toujours un revers de la médaille.

FRANÇAFRIQUE: Mis en place par Jacques Foccart et Charles de Gaulle, le système d’exploitation de l’Afrique au seul profit de la France et des quelques individus qu’elle a imposés comme potentats locaux aux populations africaines, a encore de beaux jours devant lui. Ses plus virulents défenseurs que sont Abdoulaye Wade, Blaise Compaoré, Denis Sassou Nguesso, Omar Bongo, Alassane Dramane Ouattara, Charles Konan Banny, sont tous parties prenantes dans la crise éburnéenne. L’appel au dialogue direct avec la rébellion prononcé par le président ivoirien le 19 décembre 2006 semble avoir été identifié comme une opportunité unique à saisir par les réseaux francafricains, qui s’activent depuis à négocier un deal qui inclurait la présence de Laurent Gbagbo au sommet France – Afrique organisé à Cannes à la mi-février 2007, ainsi qu’une accolade avec un Jacques Chirac qu’il a humilié en résistant à tous ses coups et manipulations. La présence de Gbagbo à Cannes le 15 février serait incontestablement une défaite pour l’Afrique digne, puisqu’elle signifierait qu’une entente secrète garantissant la continuité du financement des caisses élyséennes par l’exploitation unilatérale des ressources africaines contre l’assurance de la stabilité du maintien au pouvoir du président ivoirien aura été trouvée. Qui vivra verra.

GBAGBO: Le président ivoirien, francophile, semble avoir fait siens ces mots de Charles de Gaulle: «L’homme d’action ne se conçoit guère sans une forte dose d’esquive, de dureté, de ruse.» Au grand dam de son homologue français Jacques Chirac, Laurent Gbagbo est incommensurablement doué pour la politique. Frustrant pour ses adversaires, il souffle le chaud et le froid avec habileté, déjouant les plans et complots fomentés par Chirac pour installer un laquais à sa solde à la tête de l’Etat ivoirien. Comme dans la pub Duracel, Gbagbo est un président qui dure, qui dure… Allant parfois jusqu'à désarçonner son propre camp, il applique ce précepte tiré de ‘l’Art de la Guerre’ de Sun Zi: «Rien n'est plus difficile que l'art de la manœuvre. La difficulté est de faire de la route la plus tortueuse le chemin le plus direct et tourner l'infortune en avantage.» Se pourrait-il qu’il se perde un jour dans les labyrinthes qu’il affectionne tant ?

HOMME D’ETAT: Concept trop souvent galvaudé. Il existe trois sortes d’acteurs dans le paysage politique. Les politiciens, les hommes politiques et les hommes d’Etat. Charles Konan Banny incarne à la perfection la première catégorie. Celui qui «voudrait bien mais ne pourra jamais» a réussi, en un an, à «chiraquiser» de façon pérenne l’honorable fonction premier ministérielle. Uniquement guidé par le souci de sa survie personnelle au préjudice de l’intérêt national, le grotesque Konan Banny a stylisé le favoritisme, la corruption et la connivence au rang de beaux-arts, marquant le naufrage de l’éthique politique. Il n’est malheureusement que le chef de file d’un bataillon innombrable, dont les têtes d’affiche sont entre autres Alphonse Djedje Mady, Mabri Toikeusse, Anaky Kobenan, Martine Coffi-Studer, Dramane Ouattara, Mamadou Kone… Ensuite, il y a les hommes politiques. Beaucoup moins nombreux que les précédents, il leur arrive de se souvenir qu’ils ont été élus pour servir le bien public, même si certains ne font pas totalement abstraction de l’utilisation du marchandage politique comme moyen de gouvernance. Versatiles, ils ne craignent pas d’affirmer tout et son contraire, mais ils ont quand même la volonté de faire fonctionner l’administration. Enfin, la caste la plus élitiste: les hommes d’Etat. Dotés d’une conscience afrocentriste, forgés de convictions inébranlables, ils font passer l’intérêt supérieur de la Nation avant leur destinée personnelle et savent que leur travail consiste à décider aujourd’hui de la meilleure gestion possible d’un patrimoine historique commun en posant les fondations d’un développement continu nécessaire au bien-être des générations à venir. Souvent adeptes du parler franc, ils se préoccupent aussi bien de la préservation des forêts que de la gestion des ressources minières et agricoles ou de l’éducation des esprits. Ils n’acceptent pas sans rechigner les dogmes occidentaux et se posent en garants du droit à l’autodétermination de leurs concitoyens. En Afrique, ils se comptent sur les doigts d’une main: Issayas Aferworki, Mouammar Kadhafi, Paul Kagame, Thabo Mbeki. Espérons que le cru de l’année en cours sera plus dense que celui de 2006.

INITIATIVE PPTE: Une dette est-elle soutenable lorsque son service prive les populations locales de santé et d'éducation ? Pour le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, la logique de l’initiative qui vise à rendre la dette des pays pauvres très endettés (PPTE) «soutenable» en ramenant la valeur de la dette à 150% des revenus d'exportation et qui aboutit inévitablement à une course à l'endettement – un pays réussissant à se désendetter est exclu de l'initiative alors qu'un pays laxiste s'endettant accroît ses chances d'accéder à un allégement – est imparable. Et plus les projections à moyen terme des experts du FMI sont totalement irréalistes, mieux ça vaut, surtout si elles sont couplées à des conditionnalités politiques et économiques contre-productives servant uniquement les intérêts géostratégiques des pays riches. En 2006, le Cameroun, le Malawi et la Mauritanie sont entrés dans le club des pays admissibles à un allégement d’une dette qu’ils auront pris soin auparavant de démultiplier. Félicitations ! Bon retour à l’esclavage ! Tant pis pour l’intelligence et pour l’avenir !

JEUNE AFRIQUE: Le média privilégié de la Françafrique. Jetant aux orties tout ce qui lui restait de déontologie professionnelle, l’hebdomadaire «panafricain» de la rue d’Auteuil à Paris, redevenu «inintelligent» en février, s’est résolument rangé aux cotés des pourfendeurs d’un continent libre et digne. En 2006, le journal de Béchir ben Yahmed s’est illustré par plusieurs articles grossièrement manipulés et tendancieux à l’encontre du chef de l’Etat ivoirien ou de ses proches, comme son épouse Simone ou le président de l’Assemblée Nationale, Mamadou Koulibaly. Sans réussir, comme d’habitude.

KAGAME: En rompant unilatéralement ses relations diplomatiques avec la France le 24 novembre 2006, le président rwandais Paul Kagame est devenu un héros pour tous les aficionados de l’Afrique libre. Mettant fin à l’arrogance de l’Etat français qui, non content d’avoir activement participé à l’ethnocide qui décima près d’un million de vies en moins de trois mois en 1994 au Rwanda, a également instrumentalisé un juge français pour tenter de contre-attaquer Kigali qui a lancé, au premier trimestre 2006, une commission d'enquête chargée de rassembler les preuves de l'implication de la France dans le génocide comme préalable à une procédure judiciaire devant la Cour internationale de justice (CIJ), Kagame a enfin établi qu’un «petit» Etat africain ne doit pas fatalement se soumettre à la domination française. Obligeant Chirac et Villepin à faire des contorsions ahurissantes pour tenter de renouer le dialogue avec lui. Sans succès, pour l’instant.

LIAISONS EMERGENTES: Le sommet sino-africain de Beijing, avec son taux d’affluence record de chefs d’Etat et de gouvernement, a non seulement flanqué un coup de vieux aux sommets France-Afrique, mais également rendu anodine la mascarade françafricaine pudiquement rebaptisée sommet ‘Afrique-France’ pour tenter d’éviter les amalgames immanents à ces petites rencontres entre un maitre (la France) et ses vassaux (les états africains). A Beijing, point de relations de domination ou d’ingérence dans la politique intérieure des Etats, mais plutôt la recherche d’une franche collaboration commerciale au bénéfice des deux parties. Triomphe garanti. Et puisque quelques chefs d’Etat du continent ont enfin compris que l’extraction des pays africains de la chape de plomb du sous-développement passe inéluctablement par le renforcement d’une coopération Sud-Sud, le premier sommet Afrique-Amérique du Sud a été organisé quelques semaines plus tard à Abuja, au Nigeria. Les nouveaux amis ont la côte !

MAHMOUD: Avec Hugo Chavez du Venezuela et Evo Morales de Bolivie, le président iranien a donne un sacré coup de jeune au mouvement des pays non alignés. Alors que les états occidentaux pensaient pouvoir comme d’habitude s’arroger le droit de décider que ce qui est bon pour eux ne l’est pas pour les autres, Mahmoud Ahmadinejad leur a fait savoir, tout en au long de l’année 2006, que cette époque était révolue. Il a continué à développer son programme de nucléaire civil, en dépit de toutes les menaces et sanctions agitées par un occident qui, lui, ne se gêne pas pour démultiplier la création d’usines de production d’énergie nucléaire et possède la bombe atomique. Pendant ce temps, après s’être gaussé du président des Etats-Unis George Bush à la tribune de l’assemblée générale des Nations Unies à New York, Chavez continuait la raillerie en faisant distribuer 35 millions de litres de fioul vénézuélien à prix cassé à 45.000 familles défavorisées des quartiers pauvres du Massachusetts. Evo Morales quant à lui renationalisait les sociétés gazières et pétrolières de Bolivie, au grand dam des multinationales occidentales du secteur qui, après moult jérémiades, n’ont pu que se plier à la décision. Exemples à suivre.

NECROLOGIE: Un grand homme s’est éteint le 13 août 2006. Combattant de la première heure de l’indépendance africaine, Carlos Belli-Bello a brillamment lutté pour libérer son pays, l’Angola, de l’occupation portugaise, avant de s’engager sans concession aux cotés des patriotes ivoiriens dans leur résistance à la guerre menée par la France contre la Côte d’Ivoire. Décédé subitement en Afrique du Sud, suite à des circonstances pas encore totalement élucidées, cette grande figure de l’Afrique digne, qui au moment de sa mort était l’ambassadeur d’Angola en Côte d’Ivoire, sera encore longtemps pleurée à travers le continent. Explosion de joie par contre lorsque la nouvelle de la mort de P. W. Botha a été annoncée le 31 octobre 2006. Personnage pervers et révulsant, chantre de l’apartheid, celui qui a présidé l’Afrique du Sud de 1984 à 1989 et en était ministre de la Défense lors des émeutes de Soweto en 1976 s’est tranquillement éteint dans son lit à l’âge de 90 ans. La vie et la mort auront décidément été trop clémentes pour ce tyran, qui alla jusqu'à préconiser l’utilisation d’armes chimiques pour réduire la croissance démographique de la population noire. Dans un autre registre, le «godfather of soul music», l’auteur de «Say it loud, I’m black and I’m proud», James Brown, a définitivement cessé de chanter le 25 décembre. Mais il continuera de nous enchanter grâce à l’impressionnante discographie qu’il laisse en héritage à tous les mélomanes du monde.

ONU: Pendant les dix ans de direction du secrétaire général Kofi Annan, l’Organisation des Nations Unies a perdu beaucoup de sa superbe, mais 2006 a définitivement scellé sa vacuité sur le plan mondial qui culmine en malfaisance notoire quand il s’agit de l’Afrique. Non contente d’avoir piteusement échoué à faire cesser la meurtrière et destructrice offensive israélienne au Liban, l’ONU s’est surtout distinguée en repoussant aux calendes grecques l’entrée d’un état africain comme membre permanent du conseil de sécurité. Autre fait marquant: parvenu en fin de règne, Kofi «Bounty» Annan, tombant le masque, a décidé d’avancer à visage découvert en se jetant corps et âme dans la bataille diplomatique engagée par Jacques Chirac pour justifier sa dernière expédition coloniale en Côte d’Ivoire. Mais en dépit de toutes les basses manœuvres qu’il a initiées ou tentées de légitimer, avec l’appui de personnages abjects comme le suédois Pierre Schori (représentant spécial d’Annan en Côte d’Ivoire) ou le français Jean-Marie Guéhenno (secrétaire général adjoint en charge des opérations de maintien de la paix), Annan, comme Chirac, a tout raté. L’arrivée du coréen Ki-moon Ban à la tête de l’organisation, dont l’un des premiers actes a été d’exiger la démission de Guéhenno et son remplacement par la ministre tanzanienne des affaires étrangères, qui fut l’une des artisanes du rejet du projet de résolution française visant à enterrer la constitution ivoirienne pour enfin dépouiller l’inamovible président Gbagbo de ses pouvoirs, permettra-t-elle de redorer le blason de l’institution, dont la réputation certes peu enviable mais ô combien méritée est que «là où l’ONU passe, la paix et le développement trépassent» ?

POLLUTIONS: Août 2006 fut marqué par la première guerre chimique faite à un état africain par la galaxie conspiratrice autour de Jacques Chirac. Un navire affrété par la société Trafigura, appartenant à un homme de main de Patrick Maugein (décédé d’un cancer le 5 décembre), proche d’entre les proches du président français qui avait auparavant été épinglé pour sa participation aux détournements orchestrés dans le cadre du programme ‘Pétrole contre nourriture’ en Irak – dont l’un des acteurs principaux fut Kojo Annan, ci-devant fils de l’ex secrétaire général de l’ONU – a, avec la complicité de certains membres du gouvernement Banny, tablant à juste titre sur l’avidité ou la légèreté de hauts responsables administratifs de la place, accosté au Port Autonome d’Abidjan avec à son bord plusieurs centaines de tonnes de déchets toxiques qui ont ensuite été nuitamment acheminés et déversés dans différentes communes du district d’Abidjan, causant la mort d’une quinzaine de personnes et l’intoxication grave de milliers d’autres. Suite au tollé international soulevé par cette attaque chimique d’un cynisme sans précédent sur des populations déjà éprouvées par quatre années de crise, une société française a procédé pendant de longues semaines à l’enlèvement des déchets toxiques, qui ont pris la route du Havre, en France. Retour à l’envoyeur ? Cela n’a pas pour autant allégé le calvaire des Abidjanais, qui continuent d’être confrontés à une situation d’insalubrité sans pareil, augurant d’une seconde crise sanitaire d’envergure, la capitale économique du pays croulant sous des tonnes de détritus et d’ordures ménagères. L’Afrique-poubelle dans toute sa splendeur.

QUERELLES: Le 19 décembre, dans une adresse à la Nation, le président Gbagbo préconisait «un dialogue direct» avec la rébellion comme une des cinq articulations de son plan de sortie de crise. Immédiatement, des querelles ont éclaté dans le camp de ceux qui ont amené la guerre et fait couler le sang en Côte d’Ivoire. Après avoir vivement nié pendant des années toute collusion avec les assaillants dont Guillaume Soro a toujours été le chef visible, Ouattara, Banny, Bédié et tant d’autres se disputent pour savoir qui est le plus rebelle d’entre tous, afin de se positionner en interlocuteur unique du chef de l’Etat ivoirien. Qui a le plus de massacres à son actif ? Qui a le plus financé les achats d’armes ? Qui a fait violer le plus de femmes et d’enfants ? Qui s’est le mieux prostitué avec Jacques Chirac ? C’en serait presque loufoque, si des milliers d’innocents n’avaient pas eu à payer de leurs vies le prix de cette cupidité, duplicité et hypocrisie !

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE: L’un des thèmes les plus discutés en 2006 aura été celui du réchauffement climatique de la planète. Le chamboulement des saisons, la recrudescence de sècheresses en Afrique, des températures caniculaires en hiver, des saisons des pluies de plus en plus courtes, la fonte des glaces entrainant le relèvement du niveau des mers, la disparition d’espèces végétales et animales, la multiplication des ouragans, tsunamis, tempêtes, pluies torrentielles, inondations et autres catastrophes naturelles… Les conséquences se font déjà ressentir. Que fait l’Afrique, pendant que les Occidentaux mettent tout en œuvre pour se protéger des effets néfastes de l’émission des gaz à effet de serre ? Rien. En attendant la mort.

SOCIETES SECRETES: Une des plaies indissociables du système françafricain est la franc-maçonnerie. 2006 aura vu la réalisation d’une des œuvres les plus honteuses de l’histoire contemporaine africaine. Erigé tapageusement à la gloire de la Françafrique, le mausolée de Savorgnan de Brazza, immigré d’origine italienne qui servit de façon sanglante la colonisation française en Afrique, a été financé (à hauteur de plusieurs milliards de francs CFA) et inauguré en fanfare par tout ce que l’Afrique compte d’hommes politiques d’obédiences maçonniques: Ont ainsi assisté ou été représentés les présidents Denis Sassou Nguesso, Omar Bongo Ondimba, Francois Bozize, Paul Biya…Des rumeurs persistantes font état de la présence de franc-maçons patentés parmi les proches conseillers du président ivoirien. Sachant que Jacques Chirac appartient lui aussi à cette ‘société secrète’, cela expliquerait-il en partie les innombrables revirements et inerties de Laurent Gbagbo dans la gestion de la crise qui secoue son pays depuis cinq ans? Dérangeant.

THABO MBEKI: Figure de proue de la Renaissance africaine, le président sud africain a encore une fois prouvé toute l’étendue de son savoir-faire politique. Suite à sa médiation, des élections ont enfin pu se tenir en République Démocratique du Congo, qui ont reconduit Joseph Kabila à la tête du pays. Après avoir opportunément clos sa médiation dans le dossier ivoirien juste avant que l’Afrique du Sud n’accède au conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre non permanent élu pour deux ans, Mbeki, de par sa connaissance approfondie et juste de la crise éburnéenne, s’est imposé à la communauté internationale comme référence incontournable à consulter dès qu’il s’agit de la Côte d’Ivoire. Un contrepoids de taille à la mainmise française sur l’Afrique noire dite francophone, à la grande irritation de Jacques Chirac, qui ne peut cependant plus se permettre d’attaquer frontalement le géant sud africain, comme il l’avait fait à Dakar en 2005. Nkosi Sikelel’iAfrica!

UNION AFRICAINE: Comme sa grande sœur onusienne, l’Union Africaine a quasiment failli sur toute la ligne en 2006. Sa médiation, dirigée par le président en exercice, le congolais Denis Sassou Nguesso – porté par défaut à la tête de l’organisation à la place du Soudanais El Bechir suite à des pressions internationales – a lamentablement échoué en Côte d’Ivoire, alors que la situation au Darfour échappait totalement au contrôle des soldats envoyés sur place par l’organisation. En 2006, force est de constater que l’Union Africaine n’est qu’un ramassis d’intérêts individuels qui se côtoient sans la moindre intention de jamais se rejoindre, qu’elle est donc totalement inutile et ne sert qu’à engloutir des fonds qui pourraient être utilisés à bien meilleur escient par les états membres.

VOCABULAIRE: En 2006, à la lueur de la crise ivoirienne, la locution «ex» a pris une nouvelle dimension. «Ex» sert désormais à désigner quelque chose ou quelqu’un qui a encore cours, qui relève de l’actuel. Ainsi, les média français et francafricains, a contrario de toute réalité, ont constamment qualifié les assaillants de la Côte d’Ivoire «d’ex-rébellion» et se sont acharnés à parler de «l’ex-Assemblée nationale», pourtant toujours en activité. Grâce à Konan Banny, qui a remis «le train» à l’ordre du jour comme moyen de locomotion infaillible pour arriver à la paix, «concomitamment» a été le mot le plus en vogue l’an passé, ce qui aura au moins permis aux écoliers et lycéens de savoir qu’il s’écrit avec trois «m» et un «t» au milieu. Enfin, l’année 2006 a vu l’arrivée d’une nouvelle expression: «kagamer quelqu’un», en africain moderne, signifie donner un coup de boule diplomatique à un individu ou un Etat a priori plus puissant que soi. Un peu comme Zinedine Zidane l’a fait avec Marco Materazzi pendant la finale de la Coupe du Monde 2006 sur un plan sportif. Ou Paul Kagame qui, en rompant unilatéralement les relations diplomatiques avec la France en novembre dernier et en laissant un maximum de 24 heures à l’ambassadeur français pour quitter le sol rwandais, a montré encore une fois toute la force d’une dignité africaine que l’on aurait pu croire perdue à jamais.

WASHINGTON: 2006 aura été une année meurtrière pour l’armée américaine en Irak. Plus de 3.000 soldats US ont perdu la vie entre Bagdad et Bassorah, venus participer à l’occupation d’un pays indépendant, conséquence d’une guerre visant à assurer aux Etats-Unis le contrôle des ressources pétrolières irakiennes. En parallèle, on décomptait environ 56.000 victimes civiles irakiennes. La sanction est venue de l’intérieur pour le républicain George Bush: il a été désavoué de façon cinglante par le peuple américain lors des élections de mi-mandat en novembre et son parti a perdu aussi bien le Sénat que le Congrès, tous deux passés sous contrôle démocrate.

XOF/XAF: La double dénomination internationale de la monnaie de la zone CFA a soulevé des questions pertinentes quant au bien-fondé de l’unicité de la dévaluation infligée à taux égal aussi bien à l’Afrique de l’Ouest qu’à l’Afrique Centrale par la France en 1994. Car à l’époque, la situation économique de la zone ouest africaine était bien plus florissante que celle de ses voisins d’Afrique centrale et elle n’aurait en aucun cas du subir une dévaluation de 100% de sa monnaie. Sauf si cela servait les intérêts de la France. Et s’il a fallu douze ans pour que des citoyens africains s’y intéressent, ce laps de temps leur aura tout au moins permis d’étudier la question sous tous ses angles, ce qui a résulté, en 2006, à un tir groupé d’interrogations et de remises en cause des instruments économiques d’asservissement de l’Afrique, de la monnaie en passant par le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale, l’Organisation Mondiale du Commerce jusqu’aux mécanismes de l’aide, de la dette et du compte d’opérations ouvert par les banques centrales des régions concernées auprès du Trésor français. Esprit, hâte-toi lentement, mais sûrement.

YAYA GNEGNERI TOURE: Comme son frère Kolo et ses coéquipiers de la sélection nationale réunie autour du capitaine Didier Drogba, l’international ivoirien de l’AS Monaco a disputé la finale de Coupe d’Afrique des Nations au Stade militaire du Caire le 10 février 2006. Même si les Eléphants ont perdu le match face à l’équipe nationale égyptienne portée par quatre vingt mille supporters fanatiques, ils n’ont pas démérité en ne s’inclinant qu’après une haletante séance de tirs au but (4-2), qui se terminera par un sacre des Pharaons. Forts de cette belle performance, les ivoiriens ont ensuite pris part, pour la première fois de l’histoire éburnéenne, à la Coupe du monde de football en Allemagne, compétition dont ils ont été éliminés au premier tour. Rendez-vous pris pour 2008, au Ghana (CAN) et en 2010, pour la coupe du monde qui se jouera pour la première fois sur le sol africain, en Afrique du Sud.

ZONE DE CONFIANCE: Occupée par l’armée française sous le fallacieux prétexte d’instaurer un espace-tampon empêchant les affrontements militaires entre les rebelles au Nord et l’armée républicaine au Sud, cette zone, consacrant la partition de la Côte d’Ivoire, est de facto devenu un lieu de non droit, où les soldats de la force française Licorne sèment l’insécurité en y régnant en despotes, livrant les villageois qui résistent aux assaillants à leurs bourreaux, quand ils ne commettent pas eux-mêmes les pires exactions imaginables. Laurent Gbagbo a proposé sa suppression comme élément de son plan de sortie de crise en décembre. On attend de voir s’il va effectivement passer à l’acte et procéder à l’effacement de cette balafre qui défigure le pays en 2007.

Bonne année 2007 !

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, le 23 janvier 2007 

 

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Grands dossiers
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Vendredi 12 janvier 2007


Cette année 2006 qui s’achève aura été marquée par une recrudescence de l’intervention importune des Français dans les affaires africaines, sous prétexte des accords de coopération. Voilà une “ ex-puissance ” tutrice, qui, 46 ans après les prétendues indépendances se trouve encore obligée de jouer les gendarmes en Afrique. Ceux qui veulent une preuve que la France est passée à côté de la plaque, s’agissant du rôle à elle assigné par les Nations Unies dans les accords de tutelle, après la deuxième guerre mondiale sont servis.

Lorsqu’on jette un coup d’œil rétrospectif dans l’histoire l’on constate d’ailleurs que de la Conférence de Brazzaville en 1944, où a germé l’idée de l’union française à la Communauté franco africaine rejetée par Sékou Touré en 1958, en passant par loi cadre en 1956, la France a multiplié les artifices pour maintenir son emprise sur ses territoires d’outre mer en général et ceux d’ Afrique en particulier, avant d’être obligée, de guerre lasse, d’accorder l’indépendance, une indépendance de façade sous la pression des Nations unies, les coups de boutoir des partis nationalistes tels que l’Upc au Cameroun, et les autres évènements tels que la défaite de Dien Bien Phu en Indochine, et le début de la guerre d’Algérie.

Ce rappel historique est important pour comprendre l’état d’esprit des Français, qui jusqu’aujourd’hui, n’arrivent pas à se départir de leurs élans colonialistes, malgré ce que peut en penser le plus français des Hongrois, et candidat à la succession de Jacques Chirac au poste de président de la République, Nicolas Sarkozy.

La France devait aider les territoires sous son contrôle à s’émanciper ; où en est-on aujourd’hui ? C’est comme ce père qui, ayant raté l’éducation de son enfant se trouve contraint d’intervenir tout le temps dans son foyer soi disant pour ramener la paix. Non Tout cela n’est pas sérieux.

La France est obligée d’intervenir pour soutenir les régimes autocratiques, incompétents et corrompus, des régimes arrogants qui, assurés du soutien de leur parrain gaulois narguent leurs oppositions et se livrent à toutes sortes d’exactions contre leurs populations ; ces interventions obéissent à une logique qui défie la logique cartésienne qu’ils étaient censés nous inculquer par leur prétendue mission civilisatrice. jugez – en vous-même : pour des raisons peu évidentes, qui restent à élucider, Ange-Félix Patassé, président élu de la République Centrafricaine n’a pas bénéficié des dispositions avantageuses des accords de coopération quand il faisait face à la rébellion de François Bozizé en octobre 2002 ; il a été finalement renversé par un coup d’état alors qu’il était en déplacement à l’étranger le 15 mars 2003 ; une fois au pouvoir, Bozizé a organisé des élections et s’est porté candidat, violant ainsi une promesse qu’il avait faite lorsqu’il était en brousse. La France s’est donc abstenue d’intervenir, et pour des raisons qui demeurent obscures.

Voilà que Bozizé au pouvoir, il doit aussi faire face à une rébellion en novembre – décembre 2006 ; que fait la France ? Elle intervient, et pourchasse les rebelles ; au nom de quoi ? Allez donc savoir. De la à penser que Bozizé a conclu des accords secrets de partage léonin des richesses centrafricaines avec la France (ce n’est l’ami Giscard qui mous démentira, lui qui a bénéficié des largesses diamantifères d’un certain Bokassa) il n’y a qu’un pas. Il est vrai que Patassé n’était pas un enfant de chœur, et qu’il ne mérite absolument pas que l’on s’apitoie sur son sort.

Rendons nous maintenant en Cote d’Ivoire. Voilà un pays naguère prospère, dont la France aurait pu être fière, qui depuis 2002, est divisée en deux à cause d’une rébellion que la France refuse de combattre comme elle le fait au Tchad et en Centrafrique. Qu’ont fait Ange Félix Patassé et Laurent Gbagbo pour ne pas bénéficier de l’appui de l’armée française ? Ce qui est curieux en Cote d’ivoire c’est qu’une rébellion armée soit traitée comme un parti d’opposition ordinaire ; les médias français s’obstinent à l’appeler l’“ ex-rébellion ”, alors que ses promoteurs refusent de déposer les armes, et ont mis en coupe réglée la presque moitié du territoire ivoirien. On découvrirait bien des surprises, si l’on voulait connaître les sources de financement des rebelles, qui au début de la rébellion en 2002, était mieux équipés que l’armée ivoirienne. Sans le soutien de l’Afrique du Sud et de l’Angola, il y a longtemps que le régime de Gbagbo aurait été renversé !

Que cherche la France en Afrique ? Ou mieux, que peut la France sans l’Afrique ? Telle est la véritable question qui se pose et à laquelle il faudra bien répondre tôt ou tard.

Jean-Claude Tchassé in Le Messager, 12 janvier 2007

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Mercredi 10 janvier 2007

Lettre à M. Rodrigo de Rato y Figaredo, Président, Directeur Général du Fonds Monétaire International.

Monsieur le Directeur Général,

A l’occasion de votre visite en Afrique Centrale (Gabon et Cameroun), vous avez signé une tribune sous le titre "le FMI et l’Afrique : un partenariat pour l’avenir" (Cameroon Tribune n° 8762/4961 et Le Messager n° 2284 du 08 janvier 2007). La revue de cette tribune indique qu’elle n’est qu’une action marketing visant à vendre aux africains votre troisième centre régional d’assistance technique pour l’Afrique (Afritac) qui constitue le réel motif de votre visite. Comme stratégie de croissance économique durable et de qualité visant l’atteinte des "objectifs du millénaire pour le développement", vous continuez comme par le passé à conseiller aux pays africains de se spécialiser dans l’exportation des produits de base et la quête du binôme infernal aide-crédit concessionnel, vos deux (2) principales sources du relèvement de la croissance économique de l’Afrique.

En fait, le titre de votre tribune devrait être: "le FMI et l’Afrique : un partenariat pour maintenir l’assistance et le sous-développement". Nous avons la conviction que les "objectifs du millénaire pour le développement" ne constituent qu’un gadget fabriqué comme à l’habitude par les bureaucrates rentiers du business de l’aide et dont la portée opérationnelle n’est qu’illusoire. Un pays doté d’un leadership adéquat ne peut se focaliser sur les gadgets et autres instruments d’apparat des institutions du business de l’aide. Le FMI que vous dirigez clame dans sa stratégie à moyen terme, de s’engager pour la création de valeur (progrès économique et social) en faveur de ses "membres à faibles revenus" comme la quasi-totalité des pays africains. Mais les faits ne cessent de vous trahir. Votre visite en Afrique Centrale nous donne l’opportunité de porter à votre attention : (i) la preuve de la toxicité et de la nocivité de vos conseils-instructions en Afrique en prenant le cas de la République du Cameroun ; et (ii) la portée stratégique limitée de votre assistance technique pour l’Afrique.

1 - Preuve de la toxicité et de la nocivité de vos conseils en Afrique

Depuis le 19 septembre 1988, date de la signature du 1er accord de crédit stand-by jusqu’à ce jour (18 ans), le gouvernement du Cameroun a conclu avec le FMI un total de sept (7) accords de crédit d’un montant global de 530,57 millions de DTS destinés à l’appui ou au financement des programmes économiques du pays. En exceptant le maigre accord de financement en cours (24 octobre 2005 – 23 octobre 2008), des six (6) accords de financement signés pendant la période, un (1) seul a été exécuté avec succès (20 août 1997 – 20 décembre 2000) avec un montant total effectivement débloqué de 343,745 millions de DTS, soit un taux d’échec de 83%. Comme vous devez le savoir, l’échec d’un programme n’a pas seulement pour origine les défaillances du pays emprunteur.

Le FMI a sa part de responsabilité dans ces échecs qui découlent de ses propres faiblesses notamment idéologiques, méthodologiques et procédurales se traduisant par le design inapproprié des programmes supports de vos prêts. Au regard de "l’intégrisme idéologique" dont fait souvent preuve votre institution, de son manque d’humilité technique et de la présomption de compétence élevée que vous attribuent nos dirigeants corrompus, vos demi-vérités temporaires pourraient justifier au moins la moitié de ce taux d’échec.

Les ruptures de crédit qui en ont découlé peuvent valablement être qualifiées d’abusives et susceptibles de faire l’objet d’actions judiciaires en réparation des dommages subis par le pays. Ces dommages sont nombreux : plusieurs camerounais sont morts du fait de vos conseil ; les salaires des fonctionnaires camerounais ont été réduits de 75% en 1992 et 1993 ; depuis lors, l’Etat du Cameroun a déjà recruté plus de 50 000 temporaires par crainte de représailles du FMI sur la politique de l’emploi public ; c’est une précarité sociale sans précédent entretenu par un Etat. Le moment du grand procès contre ces abus d’impérialisme économique du FMI n’est pas encore arrivé. Mais ce procès aura lieu avec les progrès des droits de l’homme et la renaissance africaine.

Au-delà de cet échec global, trois (3) cas pratiques peuvent illustrer le caractère toxique et nocif des conseils-instructions du FMI pour le Cameroun : (a) la réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques entrée en vigueur le 1er janvier 2004 ; (b) la stratégie d’endettement du pays après le traitement de sa dette extérieure ; et (c) l’abus de financement (accord de prêt du 24 octobre 2005).

a - Réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques au Cameroun.

La réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques au Cameroun qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2004, a été formulée sous le conseil-instruction ferme du FMI et implémentée par le gouvernement par l’article 7 de la loi n° 2002/014 du 30 décembre 2002 portant loi de finances de la république du Cameroun pour l’exercice 2003. Le conseil-instruction du FMI s’est traduit en particulier par la suppression du concept de foyer fiscal ou de ménage fiscal qui consacrait l’importance de la famille dans les choix sociétaux du Cameroun.

Concrètement, cette conception des experts du FMI qui est cohérente avec l’intégrisme fiscal est d’autant plus archaïque et rétrograde qu’elle détruit l’institution familiale, divise le ménage en deux (2) parties, ignore le mariage, réprime la natalité et méprise l’éducation des enfants. Or, la famille occupe une place centrale dans le processus de progrès économique, social et culturel au Cameroun comme dans la plupart des pays. Il y a eu, depuis janvier 2004 une ponction directe sur le pouvoir d’achat déjà assez maigre de chaque ménage camerounais où les deux époux ont chacun un emploi salarié. Cette réforme est un cas manifeste de conseil-instruction du FMI qui contribue à la régression économique et sociale des camerounais. La fiscalité doit être au service de l’économie et de la consolidation du rôle de la famille et des citoyens dans la société camerounaise. Le concept de ménage ou foyer fiscal doit être restauré.

b - Stratégie d’endettement du Cameroun après le traitement de sa dette extérieure.

Dans votre rapport du 15 septembre 2000 qualifiant le Cameroun à l’initiative PPTE (point de décision) vous avez défini la stratégie d’endettement de notre pays après le traitement de sa dette extérieure (point d’achèvement) en ces termes : "New financing would continue to be highly concessional. The share of debt contracted on IDA terms (40 years’ maturity, 10 years’ grace and 0.75 percent interest) is assumed to constitute 60 percent of new borrowing. It is assumed that the remaining 40% percent would be a mixture of IMF PRGF loans for the early years and bilateral loans contracted on rather less concessional terms (25 years’ maturity, 6 years’ grace, and 2 percent interest)”.

Voilà une stratégie d’endettement qui convient à un pays stationnaire, orienté vers le passé, spécialisé dans quelques produits de base dont les termes de l’échange sont tendanciellement en dégradation constante et concentré dans la quête effrénée de l’aide et des crédits hautement concessionnels. Par anticipation rationnelle, c’est pour nous la meilleure garantie que le Cameroun repartira à terme, quémander les retraitements de sa dette extérieure.

Or, le Cameroun, pour mettre le cap sur un progrès économique et social rapide, doit centrer sa stratégie économique sur l’industrie, la science et la technologie. Les investissements industriels de progrès économique et social ne se financent pas avec l’aide et les concessionnalités. Le problème de la maîtrise de l’endettement n’est pas déterminé par les niveaux des taux d’intérêts mais par la qualité de l’utilisation des capitaux empruntés. La norme est très simple, c’est qu’il ne faut emprunter que pour financer les investissements et non les dépenses courantes.

c - Financement abusif du FMI au Cameroun.

Après le traitement final de sa dette extérieure (avril – juin 2006), le prêt que vous avez accordé au Cameroun le 24 octobre 2005 n’est plus techniquement causé ou justifié. Nous savons qu’il est cohérent avec la stratégie d’endettement que vous avez arrêté pour le Cameroun, en s’octroyant d’office des parts de marché garanties et en privilégiant les financements liés dit aides-crédits concessionnels. Si le FMI était un conseiller créateur de valeur pour le Cameroun, il aurait déjà recommandé à nos dirigeants économiques de ne plus solliciter le déblocage des tranches restantes d’un crédit qui est le générateur des conditionnalités sans fondement réel. Nous reconnaissons que le déficit de leadership économique de l’exécutif camerounais à cet égard vous crée un contexte favorable.

Le caractère économiquement bénéfique a priori du crédit est souvent dévoyé par une consommation inopportune et nuisible comme c’est le cas actuellement pour le reliquat du crédit FMI. Une institution financière d’excellence et de professionnalisme est normalement mieux outillée pour s’abstenir d’accorder ou de maintenir des financements sans portée d’efficience financière vérifiable. Dans cette perspective, l’on devrait attendre du FMI qu’il accorde ses financements avec expertise et mesure. Mais le cas du Cameroun actuellement nous donne les indices d’un financement abusif dont le maintien par nos dirigeants est directement proportionnel à leurs craintes, pourtant non fondées, de représailles de l’impérialisme financier du FMI. Nous savons bien qu’en l’absence d’un crédit, le FMI n’a plus d’emprise sur un pays. Mais en réalité le Cameroun n’a plus besoin des financements du FMI. Vous ne pouvez pas prouver le contraire. C’est un abus de financement.

2 - Portée stratégique limitée de votre assistance technique pour l’Afrique

Voilà trois (3) cas pratiques de conseil et d’assistance technique nocifs et toxiques pour le Cameroun. C’est généralement le profil des conseils du FMI en Afrique. C’est en mai 2002, bien avant votre arrivée en 2004, que le FMI avait lancé une nouvelle stratégie marketing de conquête du marché de formation et d’assistance technique de nos pays en décidant de la mise en place de cinq (5) centres régionaux d’assistance technique (Afritacs) en Afrique subsaharienne. Après les centres de Bamako couvrant l’Afrique de l’ouest et de Dar es Salaam concernant l’Afrique de l’Est, aujourd’hui c’est le lancement du centre de Libreville couvrant l’Afrique Centrale qui est effectif. Il n’en reste que deux (2).

Il apparaît clairement que l’objectif du business plan du FMI est de délocaliser son département d’assistance technique en Afrique noire afin de mieux calibrer les profils cognitifs de nos dirigeants et hauts fonctionnaires de manière à ce qu’ils puissent accorder une prééminence et une supériorité durables aux modèles et pratiques du FMI en matière de politiques économiques et sociales. C’est déjà le cas dans votre coalition avec la Banque Mondiale dans le cadre du Partnership for Capacity Building in Africa qui a été créé en 1999 avec l’African Capacity Building Fondation (ACBF) qui en est l’agence d’exécution.

Mais vous devez savoir que l’Afrique noire n’a pas besoin prioritairement des politiques économiques orthodoxes et extrémistes du type FMI et Banque Mondiale. Vous les avez fait appliqué par des prêts et des conditionnalités depuis les années 80 jusqu’à ce jour sans succès, comme il fallait s’y attendre. Chacun des pays africains a besoin d’un couplage explicite et spécifique des politiques économiques orthodoxes (généralement admises) avec des politiques économiques hétérodoxes (innovantes et créatives).

Les concepts idéologiques, les modèles, les méthodes et procédures opératoires de conseil et d’assistance technique du FMI nous semblent sincèrement inaptes à satisfaire les besoins des pays africains. Vos centres régionaux d’assistance technique quelque soit le nombre, nous paraissent dénuer de toute portée prospective et stratégique pour les mutations conceptuelles, méthodologiques et procédurales qui sont indispensables pour le changement de la trajectoire du progrès économique et social en Afrique.

Veuillez croire, Monsieur le Président Directeur Général, à l’assurance de notre considération distinguée.

Par Babissakana, in Mutations, le 10 janvier 2007

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Do not leave Africa in scramble



To many minds, Africa is a picture of hopeless misery: afflicted by poverty, scarred by corruption and ravaged by Aids and war. These facts are true, but they tell only half the story. In many sub-Saharan African countries output briskly outpaced population growth during the last decade, leading to sustained growth in income per capita and promising a lasting escape from poverty.

Behind the success lies many African leaders’ willingness to adopt solid macroeconomic policies and move towards more transparency and less red tape. Economic integration with the world deepened and trading relations diversified. Record-breaking prices boosted commodity exporters’ incomes. The private sector’s success, for example in telecommunications, showed that Africa does not lack good business opportunities. Before the crisis, countries such as Ghana were on course to escaping aid dependence by entering global capital markets.

But Africa is now slipping. Foreign direct investment has shrivelled. Capital markets have seized up as funds flee to the safety of rich-country sovereign bonds – with which the market is flooded. The price of trade credit has soared, sharply halting trade flows, with commodity exporters suffering additionally from the drop in prices.

As tax revenues fall and demands on public services rise, governments without large savings are in a squeeze. African leaders warn of a popular backlash: if the public suffers undeserved pain after governments followed what rich countries told them to do in the 1990s, economic growth and democratic stability are at risk. Already coups and riots are on the rise.

The world’s leading countries must act to end the global crisis as soon as possible. In the meantime, Africa should not be a casualty of other priorities. African governments that have shown a commitment to sound policies must be helped to fill temporary funding gaps. And rich countries should quickly prop up trade finance: it would do much good and cost little.

Development aid
can do ill as well as good; the long-term goal must be to get rid of it. But that is no argument against short-term crisis assistance, which has been provided – quickly – to small and relatively rich European countries; many African countries need the same. Moreover, rich countries made aid promises at the Gleneagles summit that they have yet to fulfil.

The potential cost of the crisis in Africa is not just unemployment; it is starvation, civil war and the closing of an escape route from poverty. That is a price the world cannot afford to pay.


Editorial
Financial Times
Le 16/03/2009

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