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Nouvelle ligne diplomatique

Côte d'Ivoire: Une coopération sans contraintes, sans menaces, sans exigences ni humiliations

 

Le Président de la République trace les nouvelles lignes de l’ouverture de son pays au monde.

«Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. Nous coopérons avec la République populaire de Chine sans que nous ayons des exigences politiques». Et le Président Laurent Gbagbo de préciser : si l’Afrique va à l’assaut de la Chine, c’est parce que «les Africains ne se sentent pas humiliés quand ils coopèrent avec la Chine».

Comment coopérer avec l’autre dans une relation de respect mutuel? Comment aller vers l’autre sans que l’autre ne vous impose des exigences, des contraintes, des humiliations ?  La Côte d’Ivoire, dans sa nouvelle diplomatie, veut se positionner, dans son rapport avec l’autre, comme un pays à respecter, et non un pays à soumettre, non comme un Etat à humilier. La Côte d’Ivoire, dans sa diplomatie, exige respect et réclame un traitement de réciprocité.

Le Président de la République, profitant de la pose de la première pierre de l’hôpital général de Gagnoa (un projet financé par la Chine), samedi dernier, a tenu un discours qui trace, avec fermeté, les lignes de la diplomatie ivoirienne : «Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Si l’on nous humilie, nous irons vers ceux qui ne nous humilient pas». Une ligne claire, qui installe la Côte d’Ivoire dans une diplomatie ouverte sur un monde qui célèbre le respect et la considération de l’autre. Une vision qui s’inscrit dans le refus des contraintes et des exigences qui prennent souvent des allures de chantage : «les milliers de conditions imposées dans le cadre de la coopération avec les autres sont une humiliation» que la Côte d’Ivoire ne peut accepter. D’autant qu’il est clair pour le Président Gbagbo que «les relations internationales consistent à entretenir des relations gagnants-gagnants», et que le premier acte de victoire d’un pays, «c’est de ne pas se sentir humilié». Celui qui ne l’aura pas compris, dira le Chef de l’Etat ivoirien, «ne pourra pas entretenir de relations décontractées avec l’Afrique».

Si l’Afrique, selon lui, «
va en Chine, c’est parce qu’avec la Chine, elle ne se sent pas humiliée. C’est ce que je veux expliquer à l’humanité tout entière. J’en parle en tant que Chef d’Etat qui a entendu certains de ses pairs gémir d’avoir tant été humiliés. L’aspect psychologique des peuples des pays du Tiers monde n’a pas été compris. Or, quand un peuple vous dit qu’il n’a pas peur de la mort, il faut le regarder autrement et le traiter autrement».

Réaffirmant les bonnes relations de la Côte d’Ivoire avec la Chine (une seule Chine), il donnera, sans ambages, son point de vue sur le Tibet : «Le Tibet est à la Chine depuis toujours. Si le Tibet a tant intéressé le monde, c’était à cause des Jeux olympiques. Les Jeux finis, plus personne ne s’intéresse au Tibet». Sur ce point, il précisera : «la diplomatie de provocation et la diplomatie d’humiliation, ce n’est pas bon». Sur la même lancée, il ajoutera : «je me réjouis que les dirigeants de Taïwan soient prêts à négocier». Parlant des Etats-Unis, il dira : «je me réjouis aussi qu’aux USA, nous ayons un nouveau chef qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant lui. Il faut que les gens se parlent. Il faut que les gens négocient. J’ai bon espoir que nous entrons dans une période plus détendue. La nouvelle diplomatie américaine donne des signes rassurants. Parce que tous les problèmes ne se règlent pas par la force. Quand Obama dit qu’il tend la main à l’Iran, il tient un discours d’un homme responsable».

Et de revenir à la Chine, en s’adressant à SEM. Wei Wenhua, son Ambassadeur accrédité en Côte d’Ivoire : «Excellence, restez sur la ligne sur laquelle vous êtes : le respect des pays du Tiers monde, la non humiliation, la non menace».

Le monde change et exige une diplomatie de respect, de dialogue et de consensus. Le monde change et la crise financière internationale, qui a fait effondrer les assises de l’économie mondiale, nous rappelle qu’un monde nouveau doit se construire sur la solidarité et la prise en compte de toutes les nations. La dégradation climatique nous renvoie à cette exigence vitale.

L’appauvrissement mondial interpelle tous les pays, surtout les plus riches. Et la Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette diplomatie qui tourne le dos à l’arrogance, à la force, au mépris. Elle veut pouvoir avancer et se construire sur les chemins d’un monde plus juste, d’un monde qui instaure le respect comme sous-bassement de la diplomatie et des échanges entre les Etats. Cela, Laurent Gbagbo l’a redit à Gagnoa: la Côte d’Ivoire va coopérer avec ceux qui ne  l’humilient pas.


Agnès Kraidy
Fraternité Matin
06 Avril 2009
Vendredi 27 octobre 2006

Alors que les membres permanents et non permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU continuent de travailler sur un plan de sortie de crise en Côte d’Ivoire, le président Français Jacques Chirac, apparemment convaincu du rejet par le conseil de sécurité de la proposition préparée et soumise par la France - et qui prône un coup d'Etat constitutionnel - a choisi la solution militaire pour venir à bout du régime du Président Laurent Gbagbo.

De nombreux témoins ont ainsi pu observer des manœuvres aériennes effectuées ce vendredi 27 octobre 2006, à 10 heures 05 au-dessus de la résidence officielle du Chef de l’Etat à Cocody. Un hélicoptère de l’armée française a, pendant 20 minutes, stationné au-dessus de la résidence du président.

A la suite de ce survol, le président Gbagbo a convoqué l'ambassadeur de France André Janier et le général Antoine Lecerf, commandant de la force Licorne, qu'il a reçu en compagnie du Général Philippe Mangou, Chef d'Etat Major de l'Armée Ivoirienne.

En Novembre 2004, l'aviation française avait ouvert le feu sur le Palais présidentiel, pendant que ses chars encerclaient les résidences du Chef de l'Etat et du Président de l'Assemblée Nationale, Mamadou Koulibaly. Plusieurs centaines de citoyens Ivoiriens étaient alors descendus dans la rue pour faire barrage à l'armée française, qui n'avait pas hésité à sauvagement assassiner plus de soixantes civils devant l'hôtel Ivoire, situé à proximité des résidences visées.

Soledad Zingha

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Côte d'Ivoire
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Mercredi 18 octobre 2006

A la veille de son départ, les jugements portés par des diplomates africains sur les dix années passées par Kofi Annan à la tête de l’ONU sont pleins d’amertume.

Ban Ki-Moon a donc été, sans surprise, élu, par acclamations, au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies. Il sera le huitième patron de l’Organisation. "Humble", "modeste", "effacé", "sans charisme", sont les qualificatifs que collent au diplomate coréen de 62 ans les observateurs non avertis ou ceux qui, convaincus de connaître le monde, en voient les différentes composantes raciales et ethniques à travers de solides préjugés hérités des littératures coloniales qui ont dépeint tout ce qui n’était pas européen ou judéo-chrétien en termes péjoratifs et exotiques. On a ainsi entendu, vendredi le 12 octobre, des diplomates occidentaux se vanter d’"avoir une bonne connaissance de l’Asie et des Asiatiques", qui seraient de "bons exécutants" mais "pas des décideurs", et encore moins des leaders. Ban Ki Moon serait donc destiné à être un bon "Secrétaire", mais pas un "Général", ce qui comblerait d’aise les Européens et les Américains qui, ces cinq dernières années se sont irrités des "velléités d’indépendance" de Kofi Annan.

Ce qui a cependant le plus choqué les Africains prenant part à la cérémonie d’élection du nouveau Secrétaire général vendredi dernier, c’est d’entendre le représentant permanent d’un pays déclarer avec emphase au correspondant à l’ONU du journal "Le Monde": "Nous avons soutenu le candidat coréen, parce que parmi les sept candidats dont nous avons eu à examiner les dossiers, il connaît le mieux l’Afrique"… Si cette phrase était sortie de la bouche de l’un des représentants africains au Conseil de sécurité, comme elle aurait comblé de joie les Africains! Mais non ! C’était le cri de victoire – ou la tentative de manipulation, diront certains – du représentant d’un membre permanent du Conseil de sécurité, "grand ami de l’Afrique", qui, depuis l’indépendance de nos pays, s’est toujours arrogé le droit de parler au nom des gouvernements et des peuples de ses ex-colonies. Quoi de mieux que la France pour parler au "nom des francophones"? Bernard Kouchner, candidat au poste de Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé ne vient-il pas de déclarer qu’il est "le plus africain de tous les candidats, celui dont l’action répondrait le mieux aux besoins des Africains?". A l’ONU, l’Afrique est le strapontin dont se servent les autres, pour obtenir ce qu’ils veulent, au nom des Africains. De peur de se mouiller les pieds, le maître ne traverse-t-il le gué juché sur les épaules de son esclave?

Kofi Annan, qui le 31 décembre quitte la suite du 38ème étage du Palais de verre de Manhattan, aura été le premier Secrétaire général "Africain" des Nations Unies. Car selon les personnels en poste à New York ou à Genève, "Boutros Boutros-Ghali, est peut-être né sur le sol d’Afrique, mais c’était avant tout un haut fonctionnaire arabe". "Boutros", comme l’appellent encore ses anciens collaborateurs, aura toujours été perçu, au cours des cinq années de mandat qu’il reçut, avant de subir les foudres de Madeleine Albright et de l’administration Clinton, comme "le Secrétaire général arabe", c'est-à-dire du Moyen-Orient… Sa chute ne viendra d’ailleurs pas d’un problème lié à l’Afrique, mais de l’"affaire de Cana"… (…)

L’homme dont les Africains ont célébré pendant une décennie la présence au poste de Secrétaire général va cependant laisser, pour ceux qui le connaissent, un bilan en clair-obscur. Kofi Annan n’a pas en effet toujours été le héros et le chevalier sans peur qu’imaginent les masses populaires. "Kofi", comme aiment l’appeler ses détracteurs, aura mené le bateau ONU non pas à la boussole, mais au pif. Le respect des principes n’aura pas été le trait le plus marquant de sa gouvernance. Bien qu’elle ait eut ses grands moments sa gouvernance aura été floue, tatillonne, faite de reculs et d’esquives stratégiques qui n’ont pas été compensée par des avancées spectaculaires dans les domaines essentiels (…)

Kofi Annan et l’Afrique

Les rapports du Secrétaire général avec son continent d’origine ont été compliqués, freudiens, et méritent parfois des dissections qui tiennent de la psychanalyse. Concernant l’Afrique, ses actions et ses prises de décision se sont caractérisées par un certain idéalisme et une volonté d’appliquer aux pays africains des standards éthiques et légaux élevés certes, mais parfois irréalistes, vu le désastre généralisé imposé au continent par sa paupérisation et sa marginalisation. Mais, concernant les Africains, ceux qui ont côtoyé le Secrétaire général auront remarqué sa profonde méfiance envers leurs dirigeants et parfois, un mépris refoulé, l’homme étant, dans son for intérieur, trop policé pour montrer ses vrais sentiments.

Ainsi, quand il prend la parole à la tribune de l’Assemblée en septembre 1999 pour promouvoir "le droit d’ingérence humanitaire", il accable, à mots couverts, et par des allusions à la limite de la mise en accusation, les Chefs d’Etat des pays en développement, en mettant un accent particulier sur les dirigeants africains qui se "cachent derrière le principe de souveraineté pour abuser de leurs peuples". Critique acerbe de la gouvernance des leaders africains, Annan recevra de la part de certains d’entre eux, son lot d’injures. "Il se croit meilleur que tout autre Noir, mais les Oncle Tom et les nègres de salon, il y en a eu beaucoup avant lui", dira un jour un Chef d’Etat d’Afrique australe sortant, furieux, d’une rencontre avec le Secrétaire général.

Tout en accusant les Africains de mal gestion, Kofi Annan, sans doute tourmenté et culpabilisé par les démons du génocide rwandais, vanta en 1999 devant l’Assemblée générale l’ingérence "humanitaire" qui devait, aux yeux de ses conseillers, se faire même sans l’accord du pays concerné. Ceci explique peut-être aujourd’hui l’attitude du Soudan sur la question du Darfour. Ce fameux jour de septembre 1999, dans le grand hall de l’Assemblée générale, les vétérans du tiers-mondisme et des luttes de libération se demandèrent de quelle planète tombait cet Ashanti, pourtant fils du pays de Kwame N’Krumah. Etait-ce tout ce qu’il avait à offrir?

Abdelaziz Bouteflika, qui préside alors la défunte OUA, fit aussitôt modifier le contenu de l’allocution qu’il allait prononcer ce jour là, pour rappeler que les pays qui, souvent par la lutte armée, avaient durement gagné leurs indépendances, ne laisseraient certainement pas des troupes occidentales, même sous Casques bleus, venir dicter la résolution des luttes politiques internes nées de la démocratisation post-Union soviétique en imposant, sous couvert de l’ONU, des solutions et des dirigeants choisis par les anciens maîtres coloniaux. Ce fut le premier choc entre Kofi Annan et les siens. La suite de la durée de ses deux mandats a été parsemée d’incidents du même genre.

Je t’aime, moi non plus !

Si Kofi Atta Annan a accepté sans rechigner les tapes dans le dos paternalistes de Jacques Chirac (que beaucoup de Chefs d’Etat africains francophones ont aussi eu à souffrir en silence…), et le sobriquet de "Kofi" dont l’ont affublé George W. Bush et la classe politique US, il n’a jamais, par contre, permis que son prestige fut écornée par des Africains, fussent-ils Chefs d’Etat. Laurent Gbagbo, Robert Mugabe, Issayas Afewerki, et quelques autres, l’auront appris à leurs dépends. Susceptible, le Secrétaire général l’a été, face à la moindre critique et au moindre doute exprimés à son égard par un dirigeant du continent noir…

Pour les observateurs avertis, le traitement de la crise ivoirienne en a pâti. Obligé de Jacques Chirac, M. Annan a laissé faire l’inacceptable. Il a cautionné sans rechigner tous les faits accomplis, tirant par exemple une douloureuse épine du pied de l’Elysée quand il a manœuvré pour faire passer une opération française unilatérale, le déploiement de la Force Licorne, pour la faire couvrir par une opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci) sans pour autant touché à sa structure de commandement.

Les résolutions sur la Côte d’Ivoire ont, de A à Z, été rédigées par la cellule africaine de l’Elysée et la délégation française auprès de l’ONU, et l’Onuci a été placée sous les ordres de Pierre Schori, "le plus francophile des Suédois", comme l’appellent, pinces sans rires, les cadres du Département des opérations de maintien de la paix en charge du dossier. Ces derniers savent qu’ils n’ont pas besoin de prendre des gants quand ils préparent des lettres ou des déclarations dénonçant Laurent Gbagbo, son parti, ou les Jeunes Patriotes.

De même, le Secrétaire général s’est muré dans un silence embarrassé (complice selon certains…), pour ne jamais faire de déclaration ni sur les responsabilités françaises dans le génocide rwandais, ni sur celles de la Belgique, qui retira ses troupes à la veille des massacres, et encore sur celles des Etats-Unis, qui refusèrent tout emploi du mot "génocide" au Conseil de sécurité pour n’avoir pas à intervenir comme l’exige le droit international. L’allergie ou la peur de M. Annan envers les siens ont pour leur part été tellement fortes qu’il n’en a pas recruté dans son premier cercle d’intimes et de conseillers. Une blague des personnels africains dit que le lundi matin est un jour d’Apartheid au 38ème étage du Siège de l’ONU. Pourquoi? "Parce que le beau-frère des Suédois y tient sa grande réunion hebdomadaire, sans les Noirs!". Ceci pour relever qu’effectivement, tout observateur averti aura noté la rareté ou l’absence totale d’Africains dans ces réunions au sommet… (…)

C’est l’Afrique du Sud, en tant que chef du Groupe des 77 et de la Chine, qui a appelé à la révolte contre les propositions avancées par le Secrétaire général. Si elles avaient été adoptées, les mesures de réforme proposées par le Ghanéen auraient enlevé à l’Assemblée générale, donc aux pays du Sud, le seul pouvoir qu’ils ont encore dans le fonctionnement de l’Organisation. Ce pouvoir, c’est celui de contrôler l’agenda des différents comités, commissions, et agences. Ceci leur donne un droit de regard et de décision sur les budgets, leur estimation et leur répartition, qui eux-mêmes permettent d’orienter l’exécution des politiques et des programmes et par là, les recrutements de personnels.

En juin 2006, la "majorité automatique" qu’a le puissant Groupe des 77 et de la Chine a, par un vote négatif, renvoyé aux calendes grecques l’adoption de la réforme concoctée par les Etats-Unis, le Japon et les Européens, et présentée par le Secrétaire général. N’ayant reçu aucune compensation en cas de perte de leurs prérogatives au sein de l’Assemblée, du fait du blocage par les "grands pays" de la réforme du Conseil de sécurité, et aujourd’hui du Conseil économique et social, les groupes africains, latino américain et asiatique (sauf Japon), ont fait bloc pour rejeter les aspects de la réforme qui les auraient infantilisé.

L’ONU dont hérite Ban Ki Moon est donc un outil ankylosé, sclérosé, paralysé par "l’égoïsme des pays nantis" -dixit Ahmadou Ahidjo-. Malgré cela, elle reste une organisation indispensable. La seule qui offre à tout Etat, qu’il soit une superpuissance, un pays en développement ou un micro-Etat (Tuvalu, Kiribati, Nauru, Niue...savez-vous où les trouver sur une carte ?), une voix sur la scène internationale.

Après la crise iraquienne, l’ONU a plus que jamais besoin de démocratie, ce qui lui donnerait plus de légitimité, de transparence et d’équité. Face aux institutions de Bretton Woods, dont elle est pourtant censée être "la maison-mère", et à l’OMC, dont les règles, la fixation des mécanismes de fonctionnement, et la supervision des activités ont été placées loin de sa portée, elle a besoin que son rôle de leader et de seule organisation universelle soit réaffirmé. Et elle a besoin de capacités opérationnelles et de diversité. Car, malgré les présences de l’Africain qui vient de la diriger ces dix dernières années, et de l’Asiatique qui va en prendre la barre le 1er janvier prochain, l’ONU reste encore beaucoup trop un outil de contrôle occidental, un "machin". (…)

Et, comme si cela ne suffisait pas, on parle aujourd’hui de créer une "Coalition des démocraties", i.e. une espèce de G-8 dédié à la célébration de l’héritage gréco-judéo-chrétien dont la culture est le fondement de ce que nous appelons aujourd’hui "l’Occident", mais qui, selon les mots de Tan Sri Mahathir Mohammed, ancien Premier Ministre de Malaisie, ne serait que "la sphère d’expansion et de contrôle du monde créée par l’homme européen depuis qu’il découvrit la poudre à canon en Chine et la navigation de haute mer, préludes à la soumission des autres peuples".

N’est-ce pas une insulte que la proposition de réforme la plus prise au sérieux au sein de ce même Conseil ait été celle qui prétendait y inclure quatre nouveaux membres permanents, dont un nouvel européen ? (Allemagne). Et que les exigences africaines et latino-américaines y aient été traitées, en réalité, "comme ce folklore d’aéroport que déploient les Présidents africains pour accueillir leur ex-colonisateur", selon la boutade d’un ambassadeur d’Europe de l’Est?

Bakassi, le trophée du chef

Annan parti, les Africains auront sans doute les coudées plus franches et pourront mieux faire entendre leur voix. Car en réalité, la présence du Ghanéen aura en grande partie muselé les pays du continent qui, par solidarité avec "l’un des leurs", ont préféré au cours de la décennie écoulée souvent silencieusement endosser ses recommandations en espérant que le Secrétaire général pensait toujours à leurs intérêts. Annan aura été sincère avec les siens en ce qui concerne la nécessité de promouvoir la résolution des conflits.

Mais il l’aura beaucoup moins été quand il s’est agi, dans de nombreux cas, de peser sur les acteurs internationaux afin de résoudre ces conflits au profit des Africains. Quatre années d’immobilisme auront ainsi fait plus de trois millions de morts, le temps que ceux qui, hier, étaient les parrains de Mobutu ou ceux de Habiarymana, s’entendent sur la feuille de route à adopter, sur les prétendants "acceptables" au trône et sur la préservation de leurs intérêts, pour que le "SG" bouge.

 C’est au lendemain de la guerre contre l’Irak que, rejeté par l’administration républicaine et les néo-conservateurs de George Bush, Annan se découvre une âme de pèlerin de la paix sur son continent d’origine. Ceci nous donne Bakassi, dont le processus d’application de l’Arrêt de la Cour internationale de justice est devenu aujourd’hui le trophée de victoire du 7ème Secrétaire général des Nations Unies, son autre victoire, le Timor-Leste s’étant évanoui en fumée aux mois de mai et de juin 2006. Après dix années, le bilan est donc bien maigre, et à la veille du départ de M. Annan du Palais de verre de Manhattan, l’amour ne règne pas vraiment entre lui et ses "frères". Au lendemain de la désignation de Ban Ki Moon, certains disent, broyant leur humour noir: "Au revoir la Suède… Et bonjour l’Asie, en espérant que le tour de l’Afrique viendra un jour!"

Gidéon Ekilah in Mutations, le 18 Octobre 2006

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Lundi 16 octobre 2006

La froide logique est décidément le pire ennemi de la coalition qui, sous couvert de pacifisme pour les uns, de neutralité pour les autres, livre une guerre impitoyable à la Côte d’Ivoire républicaine depuis plus de quatre ans.

Qu’on considère donc sa posture d’hier à aujourd’hui ! Que disait-elle en septembre 2002 ? Que toute solution «unilatérale» devait être écartée, que tous les différends devaient être réglés par la «négociation», qu’il ne saurait y avoir de solution en dehors d’un «consensus» validé par «tous les Ivoiriens.»

C’est au nom de cette idéologie par ailleurs discutable – les pays riches n’ont jamais réglé leurs problèmes par le consensus mais par le suffrage universel, l’arbitrage démocratique sur des bases constitutionnelles – que les Ivoiriens sont allés de Lomé à Pretoria en passant par Linas-Marcoussis et les différentes réunions d’Accra. Parce que leurs termes étaient volontairement ambigus et que leurs initiateurs français eux-mêmes jouaient de leur interprétation pour faire pression sur les acteurs internes et aboutir à leurs objectifs propres, les accords de Linas-Marcoussis n’ont pas fonctionné. Parce qu’il n’était que la formalisation d’un «désaccord» et de calculs sournois, l’accord d’Accra III a accouché de la guerre.

Instruit des échecs précédents, le médiateur sud-africain Thabo Mbeki, choisi – faut-il le rappeler – par des baobabs de la CEDEAO, s’est évertué à aller le plus loin possible dans le détail, lors de la rédaction des accords additifs à ceux de Linas-Marcoussis. Afin qu’aucune interprétation tendancieuse n’occasionne des surenchères. La feuille de route issue des accords de Pretoria, ainsi que le PNDDR-RC, tranchent tous les aspects de la querelle ivoirienne. Dans le plus grand consensus.

Où est alors le problème ? Le problème, c’est le refus d’appliquer les accords les plus intégrateurs, correspondant aux équations majoritaires. Le problème, c’est la passion du passage en force. En dépit de la Constitution. En dépit des accords librement signés. Un homme symbolise ce refus, et cette féroce tendance dictatoriale : il s’appelle Charles Konan Banny. Une institution l’a accompagné pendant près d’un an dans cette dérive : il s’agit du GTI.

Dès qu’il est devenu Premier ministre, Banny s’est affranchi de la feuille de route de Pretoria, du PNDDR/RC et même de la feuille de route que le GTI a confectionnée pour lui, en catimini, et qui n’a jamais été rendue publique. Avec l’appui du GTI, protégé par l’armée française, il a préféré engager une lutte pour créer une gouvernance ad hoc.

Comment ne pas être par exemple frappé quand le GTI demande, pour la résolution qui devra remplacer la 1633, que le Premier ministre puisse nommer aux emplois civils et militaires… alors que le même GTI avait affirmé, dans un de ses communiqués, que la 1633 lui en donnait déjà le droit ? Tricherie, manip, passage en force, trahison vis-à-vis des mandants du Conseil de sécurité de l’ONU !

De quel consensus est issu «l’état-major intégré» autour duquel Banny et ses amis du RHDP ont ergoté pendant des mois, afin de bloquer le processus ? Dans quelle feuille de route les «audiences foraines» se trouvent ? Sur la base de quels textes, issus de lois ou d’accords, le ministre (rebelle) de la Justice, s’est-il fondé pour organiser son opération ?

En Côte d’Ivoire, le problème n’est pas l’absence de pouvoirs du Premier ministre, ministre de l’Economie et des Finances, ministre de la Communication, qui a placé deux proches à la Défense et à l’Intérieur. C’est l’improvisation de nouvelles règles de sortie de crise, souvent farfelues, toujours anticonstitutionnelles, jamais négociées. C’est l’attitude «asymétrique» qui consiste à demander que les revendications de la rébellion soient satisfaites au nom de la «confiance» et à refuser d’écouter les préoccupations les plus légitimes d’un camp présidentiel qui a délibérément accepté de donner à ses adversaires la quasi-totalité de la Commission électorale indépendante, la totalité des médias d’Etat, l’intégralité de la tutelle sur le monde judiciaire. Quel pouvoir africain en a fait de même, dans l’histoire du continent ?

Ceux qui militent, en Afrique et en France, pour l’humiliation perpétuelle d’un président élu au profit d’individus responsables de la guerre, donc de milliers de morts et de centaines de milliers de déplacés de guerre, ne recherchent pas la paix. L’attitude belliqueuse du RHDP – qui appelle ouvertement à un coup d’Etat sans subir la moindre mise en garde d’une communauté internationale hystérique au moindre propos malheureux d’une figure du parti présidentiel – est à cet égard très parlante. Ces gens ne désirent qu’une seule chose : débarquer le président élu par les Ivoiriens par l’usage du désordre, de l’arme diplomatique et de l’entrée en guerre d’une armée française juge et partie.

Théophile Kouamouo in Le Courrier d'Abidjan, 16 Octobre 2006

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Edito
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Mercredi 11 octobre 2006

Qu’est ce qui fait courir Mr Pascal Affi N’Guessan ? Depuis quelques semaines, le président du Front Populaire Ivoirien se distingue par des déclarations virulentes, des appels ouverts à la violence et des menaces à l’encontre des populations étrangères vivant en Côte d’Ivoire.

L’attitude belliqueuse de monsieur N’Guessan est autant surprenante qu’inquiétante. Affi N’Guessan a toujours représenté l’aile modérée du FPI. C’est lui qui a apposé sa signature au bas des accords de Marcoussis, alors que Mamadou Koulibaly avait claqué la porte de la réunion qui devait mettre l’Etat de Côte d’Ivoire à genoux. Il a docilement cédé sa place de Premier Ministre au sieur Seydou Diarra. Le retrouver sur une liste de potentiels sanctionnés pour entrave au processus de paix en Côte d’Ivoire est suffisamment ahurissant pour qu’on s’interroge sur les raisons profondes de ce soudain « extrémisme ».

Monsieur N’Guessan voudrait-il fournir le prétexte d’une attaque à l’armée française qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Beaucoup d’agitation, mais pourquoi, et surtout, pour qui ? Le comportement d’Affi N’Guessan n’est pas sans rappeler celui de Matthias Doué à la veille de l’opération Dignité. Des prises de paroles intempestives, des propos vindicatifs, des menaces ouvertes. Il est évident pour tout observateur averti de la crise ivoirienne que la France s’apprête à lancer une nouvelle attaque militaire contre l’homme fort de Côte d’Ivoire. Les récentes sorties des ministres français de la Défense et des Affaires Etrangères visent indubitablement à préparer l’opinion publique internationale à un remake de Novembre 2004, que les Chiraquiens espèrent cette fois couronné de succès. Mais pour à nouveau, au vu et au su de la « communauté internationale », faire rouler les chars de Licorne dans Cocody-Ambassades, où résident le Président de la République et le Président de l’Assemblée Nationale, les autorités françaises ont besoin d’un motif. Mamadou Koulibaly, « extrémiste » en chef et « idéologue » du régime Gbagbo selon Jacques Chirac et ses obligés, se distingue depuis plusieurs mois par des discours de paix. Certes, il continue de désigner l’Etat français comme responsable du chaos ivoirien et de dénoncer le Pacte colonial, mais ses missions de réconciliation avec les ressortissants du Nord sont tellement couronnées de succès que les bases du RDR s’effondrent comme un château de cartes. Charles Blé Goudé s’est fait remarquer en concluant la paix des braves avec les jeunes leaders de la mouvance rebelle. Les prises de positions de Simone Gbagbo sont quant à elles tellement ponctuées de la bonne parole évangéliste qu’il est difficile, voire impossible de continuer à la diaboliser.

Il faut donc créer un nouveau «radical », à défaut d’en trouver un tout prêt. Qui a donné à monsieur N’Guessan ses nouveaux atours « d’extrémiste » qui lui siéent si peu ? La France, en proposant son nom au comité des sanctions de l’ONU. Qui Affi N’Guessan aide-t-il en se conduisant comme un forcené ? La France.

Si Monsieur N’Guessan souhaite réellement une rapide sortie de crise, alors il serait sûrement judicieux qu’il se taise, a fortiori tant qu’il ne sera pas à même d’énoncer des choses sensées. Un sage proverbe bantou dit : « Celui qui tient un gros gourdin dans sa main n’a pas besoin de crier ». Le président Gbagbo s’appuie sur des références légales et constitutionnelles pour mener son combat pour la liberté de la Côte d’Ivoire. En sus de disposer d’arguments en béton, il bénéficie du soutien sans faille des patriotes et des Institutions. Il est également appuyé par de plus en plus de pays, agacés ou outrés par le racisme et les complots grossiers de Chirac et ses amis. La Loi, le droit et le soutien grandissant d’une opinion africaine et même plus globale lui sont acquis.

La seule chose dont il n’a pas besoin, c’est d’avoir des « proches » qui le mettent en porte à faux avec les idéaux et la méthode qu’il a toujours défendus et appliqués. La radicalisation de Monsieur N’Guessan est incongrue, inopportune et inacceptable. A moins que…

Elias Koré

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Edito
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Dimanche 8 octobre 2006

“ J’aurais pu libérer un millier d’esclaves en plus si seulement j’avais pu les convaincre qu’ils étaient des esclaves. ” (Harriet Tubman)

Alors que la thématique de la recolonisation économique et politique du continent par les puissances occidentales est de plus en plus récurrente dans les médias africains, celle de la colonisation mentale demeure confidentielle. Il ne saurait cependant y avoir de refondation africaine pérenne sans une émancipation préalable de la pensée.

“ Pour perpétuer leur domination impériale sur les peuples d’Afrique, les colonisateurs ont cherché à réduire l’esprit africain en esclavage et à détruire l’âme africaine. Ils nous ont obligés à accepter le fait qu’en tant qu’Africains, nous n’avons rien apporté à la civilisation humaine ”, accusait l’actuel président de la République d’Afrique du Sud Thabo Mvuylewa Mbeki en août 1998. Un état des lieux en Afrique dite francophone permet d’établir que malgré cette prise de conscience, à ce jour, aucune mesure n’a été mise en oeuvre pour remédier à cet état de chose.

Parce qu’elle n’a pas encore été capable de développer des stratégies pour s’en extraire, l’Afrique est plongée dans une crise sans précédent. L’esclavage, puis la colonisation, ont engendré un profond mépris pour tout ce qui est originaire d’Afrique. Cette déconsidération est exprimée par les Occidentaux, mais également par les Africains eux-mêmes. Dès 1847, dans son ouvrage ‘Misère de la Philosophie’, en réponse au français Pierre-Joseph Proudhon, le philosophe et économiste allemand Karl Marx ancrait pourtant les Africains comme éléments fondateurs du capitalisme moderne, basé sur le principe du commerce international. “ L'esclavage direct est le pivot de l'industrie bourgeoise aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage, vous n'avez pas de coton; sans le coton, vous n'avez pas d'industrie moderne. C'est l'esclavage qui a donné leur valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce de l'univers, c'est le commerce de l'univers qui est la condition de la grande industrie. Ainsi l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance. ”

“ L’éducation est notre passeport pour le futur, parce que demain appartient au peuple qui s’y prépare aujourd’hui. ” (Malcolm X)

L’Occident a sous-développé l’Afrique. En ponctionnant ses jeunes populations à travers la traite transatlantique, il lui a fait perdre des opportunités de développement. Il a continué son entrave à l’évolution africaine pendant la période coloniale. En parallèle à l’exploitation des travailleurs locaux, l’administration coloniale s’est attelée à annihiler toute velléité d’innovation et d’amplification des ressources intellectuelles africaines par la mise en place d’un système éducatif limitant les occasions et les niveaux d’éducation. C’est ainsi que l’Europe a pu financer et poursuivre l’amélioration de ses politiques socio-économiques, technologiques et culturelles grâce aux revenus tirés de l’esclavage et de la colonisation, en étouffant toute volonté d’émancipation de la part de populations vassalisées.

Cette situation d’aliénation mentale perdure encore aujourd’hui. Les Africains grandissent en apprenant ce que “ leurs ancêtres les Gaulois ” veulent bien qu’ils sachent. Les méfaits coloniaux et post coloniaux sont édulcorés, quand ils ne sont pas purement et simplement passés sous silence. La mémoire à géométrie variable. Dans les écoles de Yaoundé, Abidjan, Lomé, Dakar ou Libreville, on étudie l’Histoire de France. Les étudiants africains, qui savent tout sur Louis IV, Napoléon Bonaparte ou la guerre de Cent Ans, ne peuvent, dans le meilleur des cas, que balbutier quand il s’agit d’évoquer le socialisme Ujamaa tanzanien, la révolution haïtienne, le génocide commis par les Français au Cameroun, Chaka Zulu, Samory Touré, Anna Zingha ou la politique de Refondation en Côte d’Ivoire.

Peut-on alors vraiment s’étonner que les attaques les plus virulentes contre les régimes qui encouragent le changement et la conscientisation africaine proviennent de pays encore fortement sous influence coloniale, à la tête desquels se trouvent des présidents qui, loin d’être des défenseurs acharnés de la démocratie et du partage équitable des richesses, se distinguent surtout par leur fidélité servile à l’endroit de la puissance impérialiste ?

La connaissance de l’histoire africaine est essentielle au rejet de l’autodénigrement provoqué et encouragé par le système colonial. Il est donc impératif de revoir les programmes scolaires en Afrique, particulièrement dans les pays subsahariens dits francophones. Il est difficilement compréhensible que des auteurs comme Walter Rodney, Chinua Achebe, Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop, Mongo Beti, François-Xavier Verschave ne soient pas inclus dans le cursus scolaire standard de l’écolier africain. Il est surprenant de voir tant de jeunes Togolais, Congolais, Maliens lire avidement des bandes dessinées comme Astérix ou Tintin au Congo, qui glorifient souvent de manière outrecuidante la suprématie des Occidentaux. Une explication peut être trouvée dans le manque d’alternatives. Où sont les super héros, les bandes dessinées, les jeux vidéo africains ? Pour permettre l’émergence d’une attitude nouvelle des Africains face à leur histoire et face à eux-mêmes, la rééducation doit débuter dès la maternelle et continuer dans les amphithéâtres universitaires. Il ne s’agit pas d’isoler l’Afrique, mais d’éradiquer les mentalités coloniales et néo coloniales inculquées aux jeunes Africains en remplaçant le curriculum hérité des Français, des Anglais et des Portugais par un autre privilégiant l’acquisition de la culture indigène : la place centrale serait occupée par la littérature africaine ; en deuxième ligne viendrait celle de la diaspora, suivie de celles de peuples ayant vécu des expériences similaires aux Africains (les Antillais, les Sud Américains), pour finir par l’étude périphérique de quelques auteurs occidentaux soigneusement sélectionnés.

Des concepts novateurs existent. Qu’ils s’appellent Renaissance en Afrique du Sud ou Refondation en Côte d’Ivoire, leur principe demeure le même. Mettre l’Afrique et l’Africain au centre des préoccupations du continent. Ces projets rencontrent naturellement l’opposition des anciennes forces coloniales. Mais les politiques d’immigration de plus en plus restrictives qu’elles mettent en place pour endiguer les flux humains venus du Sud, qui fuient justement la pauvreté provoquée par le pillage continu de leurs ressources naturelles, aideront à leur réalisation. En fermant ses portes à la grande majorité des ressortissants des pays subsahariens, l’Europe participe sans le vouloir à la réorganisation des repères fondamentaux des Africains. Un autre facteur indispensable à la réappropriation de son destin par l’Afrique est l’implication de son intelligentsia dans le processus de l’africanisation des esprits.

Cogito ergo sum

Le rôle historique des intellectuels consiste à être les porte-voix du développement et de la culture de leurs pays respectifs. La tragédie africaine résulte en grande partie du fait que ses intellectuels ont abdiqué devant cette responsabilité. Ils refusent leur africanité en émigrant, en s’exilant. Alors que les Européens qui viennent en Afrique restent des Européens, les Africains qui partent étudier, travailler ou vivre en Occident s’occidentalisent. “ Le thème du retour au pays natal a pratiquement disparu du paysage romanesque africain ” constate l’écrivain Djiboutien Abdourahman A. Waberi, auteur du renversant ‘Aux Etats-Unis d’Afrique’. Signe des temps : Les auteurs africains préfèrent se focaliser sur le thème de l’arrivée de l’Africain en Europe.

L’intelligentsia africaine est devenue étrangère à la civilisation qu’elle est chargée de développer. La libération et le développement de l’Afrique sont toutefois impossibles sans l’existence d’une intelligentsia afrocentriste. Il est donc crucial pour le continent que ses intellectuels mettent leurs compétences au service de la lutte, revêtent leurs habits d’anthropologues de terrain, développent une pensée et une méthode révolutionnaires et opèrent un salvateur retour aux sources, tel que souhaité par Thabo Mbeki : “Je rêve du jour où les mathématiciens et les informaticiens africains quitteront Washington et New York, où les physiciens, ingénieurs, docteurs, managers et économistes abandonneront Londres, Manchester, Paris et Bruxelles pour se joindre aux cerveaux du continent et entreprendre de trouver des solutions aux problèmes et aux défis de l’Afrique, d’ouvrir la porte de l’Afrique au monde du savoir, d’intégrer l’Afrique dans l’univers de la recherche sur les nouvelles technologies, l’éducation et l’information. ”

Ex Africa semper aliquid novi!

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, 04/10/2006

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Grands dossiers
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Opinion

Do not leave Africa in scramble



To many minds, Africa is a picture of hopeless misery: afflicted by poverty, scarred by corruption and ravaged by Aids and war. These facts are true, but they tell only half the story. In many sub-Saharan African countries output briskly outpaced population growth during the last decade, leading to sustained growth in income per capita and promising a lasting escape from poverty.

Behind the success lies many African leaders’ willingness to adopt solid macroeconomic policies and move towards more transparency and less red tape. Economic integration with the world deepened and trading relations diversified. Record-breaking prices boosted commodity exporters’ incomes. The private sector’s success, for example in telecommunications, showed that Africa does not lack good business opportunities. Before the crisis, countries such as Ghana were on course to escaping aid dependence by entering global capital markets.

But Africa is now slipping. Foreign direct investment has shrivelled. Capital markets have seized up as funds flee to the safety of rich-country sovereign bonds – with which the market is flooded. The price of trade credit has soared, sharply halting trade flows, with commodity exporters suffering additionally from the drop in prices.

As tax revenues fall and demands on public services rise, governments without large savings are in a squeeze. African leaders warn of a popular backlash: if the public suffers undeserved pain after governments followed what rich countries told them to do in the 1990s, economic growth and democratic stability are at risk. Already coups and riots are on the rise.

The world’s leading countries must act to end the global crisis as soon as possible. In the meantime, Africa should not be a casualty of other priorities. African governments that have shown a commitment to sound policies must be helped to fill temporary funding gaps. And rich countries should quickly prop up trade finance: it would do much good and cost little.

Development aid
can do ill as well as good; the long-term goal must be to get rid of it. But that is no argument against short-term crisis assistance, which has been provided – quickly – to small and relatively rich European countries; many African countries need the same. Moreover, rich countries made aid promises at the Gleneagles summit that they have yet to fulfil.

The potential cost of the crisis in Africa is not just unemployment; it is starvation, civil war and the closing of an escape route from poverty. That is a price the world cannot afford to pay.


Editorial
Financial Times
Le 16/03/2009

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