Calendrier

Octobre 2008
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Esclavage moderne

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

bollor--esclavagiste.jpg 

C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Lundi 16 octobre 2006

La froide logique est décidément le pire ennemi de la coalition qui, sous couvert de pacifisme pour les uns, de neutralité pour les autres, livre une guerre impitoyable à la Côte d’Ivoire républicaine depuis plus de quatre ans.

Qu’on considère donc sa posture d’hier à aujourd’hui ! Que disait-elle en septembre 2002 ? Que toute solution «unilatérale» devait être écartée, que tous les différends devaient être réglés par la «négociation», qu’il ne saurait y avoir de solution en dehors d’un «consensus» validé par «tous les Ivoiriens.»

C’est au nom de cette idéologie par ailleurs discutable – les pays riches n’ont jamais réglé leurs problèmes par le consensus mais par le suffrage universel, l’arbitrage démocratique sur des bases constitutionnelles – que les Ivoiriens sont allés de Lomé à Pretoria en passant par Linas-Marcoussis et les différentes réunions d’Accra. Parce que leurs termes étaient volontairement ambigus et que leurs initiateurs français eux-mêmes jouaient de leur interprétation pour faire pression sur les acteurs internes et aboutir à leurs objectifs propres, les accords de Linas-Marcoussis n’ont pas fonctionné. Parce qu’il n’était que la formalisation d’un «désaccord» et de calculs sournois, l’accord d’Accra III a accouché de la guerre.

Instruit des échecs précédents, le médiateur sud-africain Thabo Mbeki, choisi – faut-il le rappeler – par des baobabs de la CEDEAO, s’est évertué à aller le plus loin possible dans le détail, lors de la rédaction des accords additifs à ceux de Linas-Marcoussis. Afin qu’aucune interprétation tendancieuse n’occasionne des surenchères. La feuille de route issue des accords de Pretoria, ainsi que le PNDDR-RC, tranchent tous les aspects de la querelle ivoirienne. Dans le plus grand consensus.

Où est alors le problème ? Le problème, c’est le refus d’appliquer les accords les plus intégrateurs, correspondant aux équations majoritaires. Le problème, c’est la passion du passage en force. En dépit de la Constitution. En dépit des accords librement signés. Un homme symbolise ce refus, et cette féroce tendance dictatoriale : il s’appelle Charles Konan Banny. Une institution l’a accompagné pendant près d’un an dans cette dérive : il s’agit du GTI.

Dès qu’il est devenu Premier ministre, Banny s’est affranchi de la feuille de route de Pretoria, du PNDDR/RC et même de la feuille de route que le GTI a confectionnée pour lui, en catimini, et qui n’a jamais été rendue publique. Avec l’appui du GTI, protégé par l’armée française, il a préféré engager une lutte pour créer une gouvernance ad hoc.

Comment ne pas être par exemple frappé quand le GTI demande, pour la résolution qui devra remplacer la 1633, que le Premier ministre puisse nommer aux emplois civils et militaires… alors que le même GTI avait affirmé, dans un de ses communiqués, que la 1633 lui en donnait déjà le droit ? Tricherie, manip, passage en force, trahison vis-à-vis des mandants du Conseil de sécurité de l’ONU !

De quel consensus est issu «l’état-major intégré» autour duquel Banny et ses amis du RHDP ont ergoté pendant des mois, afin de bloquer le processus ? Dans quelle feuille de route les «audiences foraines» se trouvent ? Sur la base de quels textes, issus de lois ou d’accords, le ministre (rebelle) de la Justice, s’est-il fondé pour organiser son opération ?

En Côte d’Ivoire, le problème n’est pas l’absence de pouvoirs du Premier ministre, ministre de l’Economie et des Finances, ministre de la Communication, qui a placé deux proches à la Défense et à l’Intérieur. C’est l’improvisation de nouvelles règles de sortie de crise, souvent farfelues, toujours anticonstitutionnelles, jamais négociées. C’est l’attitude «asymétrique» qui consiste à demander que les revendications de la rébellion soient satisfaites au nom de la «confiance» et à refuser d’écouter les préoccupations les plus légitimes d’un camp présidentiel qui a délibérément accepté de donner à ses adversaires la quasi-totalité de la Commission électorale indépendante, la totalité des médias d’Etat, l’intégralité de la tutelle sur le monde judiciaire. Quel pouvoir africain en a fait de même, dans l’histoire du continent ?

Ceux qui militent, en Afrique et en France, pour l’humiliation perpétuelle d’un président élu au profit d’individus responsables de la guerre, donc de milliers de morts et de centaines de milliers de déplacés de guerre, ne recherchent pas la paix. L’attitude belliqueuse du RHDP – qui appelle ouvertement à un coup d’Etat sans subir la moindre mise en garde d’une communauté internationale hystérique au moindre propos malheureux d’une figure du parti présidentiel – est à cet égard très parlante. Ces gens ne désirent qu’une seule chose : débarquer le président élu par les Ivoiriens par l’usage du désordre, de l’arme diplomatique et de l’entrée en guerre d’une armée française juge et partie.

Théophile Kouamouo in Le Courrier d'Abidjan, 16 Octobre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Edito
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 11 octobre 2006

Qu’est ce qui fait courir Mr Pascal Affi N’Guessan ? Depuis quelques semaines, le président du Front Populaire Ivoirien se distingue par des déclarations virulentes, des appels ouverts à la violence et des menaces à l’encontre des populations étrangères vivant en Côte d’Ivoire.

L’attitude belliqueuse de monsieur N’Guessan est autant surprenante qu’inquiétante. Affi N’Guessan a toujours représenté l’aile modérée du FPI. C’est lui qui a apposé sa signature au bas des accords de Marcoussis, alors que Mamadou Koulibaly avait claqué la porte de la réunion qui devait mettre l’Etat de Côte d’Ivoire à genoux. Il a docilement cédé sa place de Premier Ministre au sieur Seydou Diarra. Le retrouver sur une liste de potentiels sanctionnés pour entrave au processus de paix en Côte d’Ivoire est suffisamment ahurissant pour qu’on s’interroge sur les raisons profondes de ce soudain « extrémisme ».

Monsieur N’Guessan voudrait-il fournir le prétexte d’une attaque à l’armée française qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Beaucoup d’agitation, mais pourquoi, et surtout, pour qui ? Le comportement d’Affi N’Guessan n’est pas sans rappeler celui de Matthias Doué à la veille de l’opération Dignité. Des prises de paroles intempestives, des propos vindicatifs, des menaces ouvertes. Il est évident pour tout observateur averti de la crise ivoirienne que la France s’apprête à lancer une nouvelle attaque militaire contre l’homme fort de Côte d’Ivoire. Les récentes sorties des ministres français de la Défense et des Affaires Etrangères visent indubitablement à préparer l’opinion publique internationale à un remake de Novembre 2004, que les Chiraquiens espèrent cette fois couronné de succès. Mais pour à nouveau, au vu et au su de la « communauté internationale », faire rouler les chars de Licorne dans Cocody-Ambassades, où résident le Président de la République et le Président de l’Assemblée Nationale, les autorités françaises ont besoin d’un motif. Mamadou Koulibaly, « extrémiste » en chef et « idéologue » du régime Gbagbo selon Jacques Chirac et ses obligés, se distingue depuis plusieurs mois par des discours de paix. Certes, il continue de désigner l’Etat français comme responsable du chaos ivoirien et de dénoncer le Pacte colonial, mais ses missions de réconciliation avec les ressortissants du Nord sont tellement couronnées de succès que les bases du RDR s’effondrent comme un château de cartes. Charles Blé Goudé s’est fait remarquer en concluant la paix des braves avec les jeunes leaders de la mouvance rebelle. Les prises de positions de Simone Gbagbo sont quant à elles tellement ponctuées de la bonne parole évangéliste qu’il est difficile, voire impossible de continuer à la diaboliser.

Il faut donc créer un nouveau «radical », à défaut d’en trouver un tout prêt. Qui a donné à monsieur N’Guessan ses nouveaux atours « d’extrémiste » qui lui siéent si peu ? La France, en proposant son nom au comité des sanctions de l’ONU. Qui Affi N’Guessan aide-t-il en se conduisant comme un forcené ? La France.

Si Monsieur N’Guessan souhaite réellement une rapide sortie de crise, alors il serait sûrement judicieux qu’il se taise, a fortiori tant qu’il ne sera pas à même d’énoncer des choses sensées. Un sage proverbe bantou dit : « Celui qui tient un gros gourdin dans sa main n’a pas besoin de crier ». Le président Gbagbo s’appuie sur des références légales et constitutionnelles pour mener son combat pour la liberté de la Côte d’Ivoire. En sus de disposer d’arguments en béton, il bénéficie du soutien sans faille des patriotes et des Institutions. Il est également appuyé par de plus en plus de pays, agacés ou outrés par le racisme et les complots grossiers de Chirac et ses amis. La Loi, le droit et le soutien grandissant d’une opinion africaine et même plus globale lui sont acquis.

La seule chose dont il n’a pas besoin, c’est d’avoir des « proches » qui le mettent en porte à faux avec les idéaux et la méthode qu’il a toujours défendus et appliqués. La radicalisation de Monsieur N’Guessan est incongrue, inopportune et inacceptable. A moins que…

Elias Koré

par Mahalia Nteby publié dans : Edito
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 8 octobre 2006

“ J’aurais pu libérer un millier d’esclaves en plus si seulement j’avais pu les convaincre qu’ils étaient des esclaves. ” (Harriet Tubman)

Alors que la thématique de la recolonisation économique et politique du continent par les puissances occidentales est de plus en plus récurrente dans les médias africains, celle de la colonisation mentale demeure confidentielle. Il ne saurait cependant y avoir de refondation africaine pérenne sans une émancipation préalable de la pensée.

“ Pour perpétuer leur domination impériale sur les peuples d’Afrique, les colonisateurs ont cherché à réduire l’esprit africain en esclavage et à détruire l’âme africaine. Ils nous ont obligés à accepter le fait qu’en tant qu’Africains, nous n’avons rien apporté à la civilisation humaine ”, accusait l’actuel président de la République d’Afrique du Sud Thabo Mvuylewa Mbeki en août 1998. Un état des lieux en Afrique dite francophone permet d’établir que malgré cette prise de conscience, à ce jour, aucune mesure n’a été mise en oeuvre pour remédier à cet état de chose.

Parce qu’elle n’a pas encore été capable de développer des stratégies pour s’en extraire, l’Afrique est plongée dans une crise sans précédent. L’esclavage, puis la colonisation, ont engendré un profond mépris pour tout ce qui est originaire d’Afrique. Cette déconsidération est exprimée par les Occidentaux, mais également par les Africains eux-mêmes. Dès 1847, dans son ouvrage ‘Misère de la Philosophie’, en réponse au français Pierre-Joseph Proudhon, le philosophe et économiste allemand Karl Marx ancrait pourtant les Africains comme éléments fondateurs du capitalisme moderne, basé sur le principe du commerce international. “ L'esclavage direct est le pivot de l'industrie bourgeoise aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage, vous n'avez pas de coton; sans le coton, vous n'avez pas d'industrie moderne. C'est l'esclavage qui a donné leur valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce de l'univers, c'est le commerce de l'univers qui est la condition de la grande industrie. Ainsi l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance. ”

“ L’éducation est notre passeport pour le futur, parce que demain appartient au peuple qui s’y prépare aujourd’hui. ” (Malcolm X)

L’Occident a sous-développé l’Afrique. En ponctionnant ses jeunes populations à travers la traite transatlantique, il lui a fait perdre des opportunités de développement. Il a continué son entrave à l’évolution africaine pendant la période coloniale. En parallèle à l’exploitation des travailleurs locaux, l’administration coloniale s’est attelée à annihiler toute velléité d’innovation et d’amplification des ressources intellectuelles africaines par la mise en place d’un système éducatif limitant les occasions et les niveaux d’éducation. C’est ainsi que l’Europe a pu financer et poursuivre l’amélioration de ses politiques socio-économiques, technologiques et culturelles grâce aux revenus tirés de l’esclavage et de la colonisation, en étouffant toute volonté d’émancipation de la part de populations vassalisées.

Cette situation d’aliénation mentale perdure encore aujourd’hui. Les Africains grandissent en apprenant ce que “ leurs ancêtres les Gaulois ” veulent bien qu’ils sachent. Les méfaits coloniaux et post coloniaux sont édulcorés, quand ils ne sont pas purement et simplement passés sous silence. La mémoire à géométrie variable. Dans les écoles de Yaoundé, Abidjan, Lomé, Dakar ou Libreville, on étudie l’Histoire de France. Les étudiants africains, qui savent tout sur Louis IV, Napoléon Bonaparte ou la guerre de Cent Ans, ne peuvent, dans le meilleur des cas, que balbutier quand il s’agit d’évoquer le socialisme Ujamaa tanzanien, la révolution haïtienne, le génocide commis par les Français au Cameroun, Chaka Zulu, Samory Touré, Anna Zingha ou la politique de Refondation en Côte d’Ivoire.

Peut-on alors vraiment s’étonner que les attaques les plus virulentes contre les régimes qui encouragent le changement et la conscientisation africaine proviennent de pays encore fortement sous influence coloniale, à la tête desquels se trouvent des présidents qui, loin d’être des défenseurs acharnés de la démocratie et du partage équitable des richesses, se distinguent surtout par leur fidélité servile à l’endroit de la puissance impérialiste ?

La connaissance de l’histoire africaine est essentielle au rejet de l’autodénigrement provoqué et encouragé par le système colonial. Il est donc impératif de revoir les programmes scolaires en Afrique, particulièrement dans les pays subsahariens dits francophones. Il est difficilement compréhensible que des auteurs comme Walter Rodney, Chinua Achebe, Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop, Mongo Beti, François-Xavier Verschave ne soient pas inclus dans le cursus scolaire standard de l’écolier africain. Il est surprenant de voir tant de jeunes Togolais, Congolais, Maliens lire avidement des bandes dessinées comme Astérix ou Tintin au Congo, qui glorifient souvent de manière outrecuidante la suprématie des Occidentaux. Une explication peut être trouvée dans le manque d’alternatives. Où sont les super héros, les bandes dessinées, les jeux vidéo africains ? Pour permettre l’émergence d’une attitude nouvelle des Africains face à leur histoire et face à eux-mêmes, la rééducation doit débuter dès la maternelle et continuer dans les amphithéâtres universitaires. Il ne s’agit pas d’isoler l’Afrique, mais d’éradiquer les mentalités coloniales et néo coloniales inculquées aux jeunes Africains en remplaçant le curriculum hérité des Français, des Anglais et des Portugais par un autre privilégiant l’acquisition de la culture indigène : la place centrale serait occupée par la littérature africaine ; en deuxième ligne viendrait celle de la diaspora, suivie de celles de peuples ayant vécu des expériences similaires aux Africains (les Antillais, les Sud Américains), pour finir par l’étude périphérique de quelques auteurs occidentaux soigneusement sélectionnés.

Des concepts novateurs existent. Qu’ils s’appellent Renaissance en Afrique du Sud ou Refondation en Côte d’Ivoire, leur principe demeure le même. Mettre l’Afrique et l’Africain au centre des préoccupations du continent. Ces projets rencontrent naturellement l’opposition des anciennes forces coloniales. Mais les politiques d’immigration de plus en plus restrictives qu’elles mettent en place pour endiguer les flux humains venus du Sud, qui fuient justement la pauvreté provoquée par le pillage continu de leurs ressources naturelles, aideront à leur réalisation. En fermant ses portes à la grande majorité des ressortissants des pays subsahariens, l’Europe participe sans le vouloir à la réorganisation des repères fondamentaux des Africains. Un autre facteur indispensable à la réappropriation de son destin par l’Afrique est l’implication de son intelligentsia dans le processus de l’africanisation des esprits.

Cogito ergo sum

Le rôle historique des intellectuels consiste à être les porte-voix du développement et de la culture de leurs pays respectifs. La tragédie africaine résulte en grande partie du fait que ses intellectuels ont abdiqué devant cette responsabilité. Ils refusent leur africanité en émigrant, en s’exilant. Alors que les Européens qui viennent en Afrique restent des Européens, les Africains qui partent étudier, travailler ou vivre en Occident s’occidentalisent. “ Le thème du retour au pays natal a pratiquement disparu du paysage romanesque africain ” constate l’écrivain Djiboutien Abdourahman A. Waberi, auteur du renversant ‘Aux Etats-Unis d’Afrique’. Signe des temps : Les auteurs africains préfèrent se focaliser sur le thème de l’arrivée de l’Africain en Europe.

L’intelligentsia africaine est devenue étrangère à la civilisation qu’elle est chargée de développer. La libération et le développement de l’Afrique sont toutefois impossibles sans l’existence d’une intelligentsia afrocentriste. Il est donc crucial pour le continent que ses intellectuels mettent leurs compétences au service de la lutte, revêtent leurs habits d’anthropologues de terrain, développent une pensée et une méthode révolutionnaires et opèrent un salvateur retour aux sources, tel que souhaité par Thabo Mbeki : “Je rêve du jour où les mathématiciens et les informaticiens africains quitteront Washington et New York, où les physiciens, ingénieurs, docteurs, managers et économistes abandonneront Londres, Manchester, Paris et Bruxelles pour se joindre aux cerveaux du continent et entreprendre de trouver des solutions aux problèmes et aux défis de l’Afrique, d’ouvrir la porte de l’Afrique au monde du savoir, d’intégrer l’Afrique dans l’univers de la recherche sur les nouvelles technologies, l’éducation et l’information. ”

Ex Africa semper aliquid novi!

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, 04/10/2006

par Mahalia Nteby publié dans : Grands dossiers
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 8 octobre 2006

L’analyste camerounaise Nathalie Yamb fournit un éclairage sur les mécanismes utilisés par les entreprises françaises pour annihiler le développement et le savoir-faire du salarié africain.

« Je suis aveugle, mais on trouve toujours plus malheureux que soi... J'aurais pu être noir. » (Ray Charles)

La France aime se plaindre de l’Afrique « boulet », mais elle n’hésite pas à réprimer l’émergence de nouvelles classes politiques et de générations voulant extirper le continent de la médiocrité dans laquelle il a volontairement été maintenu par les anciennes puissances coloniales.

Ceci s’applique aussi bien au secteur public que privé. Alors que les entreprises françaises implantées en Afrique se plaignent constamment du mauvais niveau de leurs employés locaux, ce sont les mêmes qui répugnent à embaucher des nationaux remarquables, compétents et bardés de diplômes des meilleures universités occidentales et africaines. Et quand bien même elles les recrutent, elles leur offrent des rémunérations ridicules, leur imposant en sus des supérieurs hiérarchiques expatriés aux qualifications et aux états de service bien souvent douteux ou laissant à désirer.

Les multinationales françaises aiment les cadres locaux médiocres, de la même façon que l’Elysée chérit les pantins installés par ses soins à la tête des Etats dits francophones d’Afrique sub-saharienne. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont eux qui les aident à entretenir leur faux discours sur les limites des Africains. Autre avantage : le cadre médiocre ne conteste ni les idées, ni les méthodes de son employeur. Ce qui permet aux expatriés, borgnes au pays des aveugles, de donner l’impression qu’ils sont encore indispensables en Afrique et que leurs traitements disproportionnés sont mérités.

Bras cassés et barbouzes à col blanc

Les sociétés gauloises utilisent volontiers l’Afrique comme dépotoir pour des employés dont elles n’ont que faire en France. Le gros du staff tricolore est constitué de bras cassés ou de barbouzes à col blanc. La probabilité qu’un cadre français expatrié en Afrique fasse un retour triomphal à un poste de responsabilité au siège de son groupe est infinitésimale. Le retour en France est souvent synonyme de punition. Ces patrons d’entreprises venus d’ailleurs, qui, sous les tropiques, usent fréquemment de méthodes de gestion féodales tout en jouissant d’avantages salariaux indécents, se retrouvent généralement dans le tiers inférieur de l’échelle hiérarchique dans leur pays d’origine. Un directeur financier Afrique de l’Ouest basé à Abidjan se mue en comptable de la filiale de Lons-le-Saunier ; un directeur marketing et commercial au Cameroun (re)devient chargé de clientèle à Evreux. Passer de la villa de 6 chambres avec piscine dans les quartiers chics à un 50 m² perché au 6ème étage d’un immeuble sans ascenseur en banlieue ou du 4x4 climatisé avec chauffeur au métro ou à la Renault Clio est une perspective tellement traumatisante que beaucoup préfèrent démissionner plutôt que rentrer chez eux.

Et c’est ainsi que s’enclenche le processus de recyclage d’un bataillon peu performant, mais assuré de pérennité tant qu’il adhère aux objectifs et participe au fonctionnement du système françafricain. L’observation attentive de la carrière des expatriés français en Afrique fait ressortir un itinéraire standard. Dans l’ordre alphabétique : Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Tchad. Il est piquant de constater qu’en Afrique australe et même dans les pays anglophones d’Afrique centrale ou de l’ouest, où la gestion des expatriés est soumise à de très stricts contrôles et régulations, le nombre de cadres français est anecdotique cependant que le niveau « qualitatif » de ces derniers dépasse notablement celui de leurs congénères évoluant en Afrique dite francophone.

Pendant ce temps, le cadre africain ayant débuté sa carrière dans l’Hexagone à la suite de brillantes études, est assez rapidement astreint à un état de stagnation durable, incapable de franchir le « plafond de verre ». Cette frontière invisible est issue d’une règle non écrite mais systématiquement mise en œuvre qui dispose qu’à partir d’un certain niveau, les postes soient réservés aux Français – et dans une moindre mesure, aux étrangers de type caucasien – mais ne soient en aucun cas accessibles à un Noir, surtout lorsqu’il est d’origine africaine. Comment dès lors, ne pas comprendre sa frustration quand, après son retour au pays natal, le même Noir voit là aussi son ascension socioprofessionnelle entravée par des ressortissants français aux curriculum vitæ peu impressionnants, qui vampirisent indéfiniment les positions clé et les étages supérieurs uniquement du fait de leur appartenance à la « bonne » race ou au bon réseau mafieux? Il est à noter que lorsque par extraordinaire un cadre africain est envoyé en France en expatriation, il ne bénéficie d’aucun des avantages accordés au français qui vient travailler en Afrique : pas d’appartement de 350 m² avec employés de maison, téléphone, internet, eau et électricité payés, pas de véhicule avec chauffeur et surtout pas de rémunération dix fois supérieure à celle du salarié français.

« L’Afrique a plus besoin d’hommes de conviction que d’hommes d’ambition » (Mamadou Koulibaly)

Les firmes françaises, habituées à surfer sur l’inaptitude des gouvernants africains, qui se montrent incapables de faire cesser les discriminations que subissent les nationaux relativement aux traitements salariaux, à la formation et au transfert de compétences, ont du mal à faire face à l’arrivée sur le marché d’entreprises africaines ou anglo-saxonnes dont les objectifs de rentabilité vont de pair avec la recherche et le développement constant de la compétence et de la performance du salarié africain et/ou qui réinvestissent l’essentiel de leurs profits sur le continent. Ainsi, une grande société de téléphonie française implantée depuis quelque temps en Afrique a-t-elle été contrainte, pour enrayer la désertion de ses meilleures ressources humaines locales attirées par un concurrent sud-africain nouvellement installé et plus citoyen dans la rétribution de ses collaborateurs nationaux, de revoir les salaires de ses employés à la hausse, après avoir vainement tenter de les bloquer à des niveaux inférieurs tout en incitant les organisations patronales à exercer des pressions sur l’empêcheur de tourner en rond.

Bien qu’un bon nombre de pays africains dits francophones disposent du cadre légal nécessaire pour réprimer et éradiquer l’apartheid salarial pratiqué par les multinationales hexagonales, peu veillent à la stricte application des textes existants, qui aurait pourtant pour finalité une plus grande équité, une prompte nationalisation des emplois et du savoir-faire, et une limitation de la fuite des capitaux, favorisée par la prolifération sans fondement des cadres expatriés. Outre le fait que le travailleur expatrié bénéficie d’une rémunération indue qui n’est que très rarement justifiée et encore moins souvent déclarée dans sa globalité aux institutions fiscales du pays d’accueil, sa mise à disposition est en effet refacturée par la maison mère dans le cadre d’une assistance technique fictive, permettant une remontée additionnelle de fonds vers la France.

La pusillanimité des dirigeants africains d’expression française s’explique par le fait que la plupart d’entre eux ont été imposés à leurs peuples par l’ancienne puissance coloniale. En contrepartie, ils se sont engagés à sécuriser les intérêts et investissements français, quitte à sacrifier au passage le bien-être et l’avenir de leurs concitoyens. C’est parce qu’elle est incapable de rompre avec sa tradition de « faiseuse de rois » orientant ouvertement tant la politique intérieure qu’extérieure de ce qu’elle considère comme son pré carré en Afrique dite francophone, que la France s’est retrouvée piégée en Côte d’Ivoire. L’apparition d’hommes politiques pour qui l’intérêt du peuple qui les a portés au pouvoir – une fois n’est pas coutume – prévaut et qui sont autant déterminés à dénoncer les accords indignes aliénant le développement de leur pays qu’à procéder à toutes les réformes économiques et sociales qui s’imposent, est perçue – à juste titre – comme un facteur déstabilisateur du système bien rôdé de spoliation que personne n’avait jusque là osé remettre en cause. Ce sont ces hommes de conviction, qui s’appuient dorénavant sur des populations de plus en plus éduquées et clairvoyantes, qui sonneront bientôt le glas du Pacte colonial.

Que la France et les nègres abdiquent et laissent les Africains travailler pour l’Afrique !

Nathalie Yamb in Mutations & Le Courrier d'Abidjan, Août 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Grands dossiers
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 8 octobre 2006

L’Histoire est une éternelle répétition et chaque révolution a ses acteurs qui réapparaissent de façon cyclique. L’accession d’Haïti à l’indépendance est riche d’enseignements et mérite d’être plus amplement étudiée en Afrique, afin de permettre une meilleure analyse des crises qui secouent le continent, en Côte d’Ivoire notamment.

« Je vous envoie, mon cher commandant, un détachement de cent cinquante hommes de la garde nationale du Cap, commandés par M. Bari, il est suivi par vingt huit chiens bouledogues. Ces renforts vous mettront à même de terminer entièrement vos opérations. Je ne dois pas vous laisser ignorer qu’il ne vous sera passé en compte aucune ration, ni dépense pour la nourriture de ces chiens. Vous devez leur donner des nègres à manger. Je vous salue affectueusement. » Lettre du général Rochambeau, successeur de Leclerc à la tête des troupes françaises chargées par Napoléon Ier de reconquérir Haïti, au général Ramel le 05 avril 1803.

1791. La révolution des esclaves qui bat son plein à Saint-Domingue est rejointe par Toussaint Louverture, qui en devient rapidement l’un des leaders charismatiques. Afin de mater le soulèvement, le gouvernement français y dépêche des troupes. Cependant, avant que l’expédition militaire ne débarque sur l’île, une insurrection éclate à Paris, la monarchie est renversée et la bourgeoisie esclavagiste chassée.

Face à l’évolution de la situation, Toussaint Louverture, au gré d’alliances versatiles, assoit son autorité sur Saint-Domingue et étend sa base populaire en fédérant de plus en plus d’opprimés, quasiment tous originaires d’Afrique, autour de son combat pour l’émancipation des Noir(e)s. Toussaint s’appuie notamment sur Jean-Jacques Dessalines, qui mène des attaques fulminantes contre leurs adversaires. Dans le camp adverse, les défections se comptent par milliers, les pions locaux de l’oppresseur sont démasqués et jetés en prison par leur propre soldatesque.

Entre temps, cependant, la révolution française s’est essoufflée, et la classe politique métropolitaine, nostalgique de l’opulence procurée par l’exploitation sans retenue des colonies, est de nouveau au pouvoir à Paris. Pour retrouver les mirifiques profits d’antan et satisfaire l’appétit vorace de la bourgeoisie, faisant fi de la mise en garde de Toussaint Louverture (« Nous avons su affronter des dangers pour obtenir notre liberté, et nous saurons affronter la mort pour la maintenir »), Napoléon décide le rétablissement de l’esclavage.

Traquenards et trahisons entre « amis »

S’ensuit une période trouble, conséquence de l’attitude ambiguë de Toussaint, qui, tout au long de son combat pour la liberté, n’a jamais envisagé l’indépendance totale de son île. Il doit faire face à l’exaspération d’une nouvelle génération d’hommes, anciennement esclaves, qui s’est débarrassée du postulat de son infériorité à l’homme blanc.

En répugnant à réprimer sévèrement ceux qui prônent le retour à l’ordre ancien, en rechignant à expurger les éléments douteux de son camp, et en refusant d’exposer et de clarifier les objectifs de la mission qu’il s’est assigné, Toussaint sème la confusion et la frustration parmi ses supporters et provoque la désagrégation du front anti-esclavagiste. Confronté à l’insurrection de ses propres forces, Toussaint se ressaisit et organise la résistance, qui va de succès en succès.

Nonobstant les victoires des résistants et la précarité des troupes françaises, Toussaint, adepte du compromis et de la négociation, demeure persuadé que le conflit avec Paris est une erreur catastrophique. Affaibli par cette conviction, il engage des tractations souterraines avec l’ennemi qui aboutissent à la conclusion d’un accord portant sur la réintégration de l’armée de Toussaint dans l’armée française et le maintien de ses gradés et généraux contre la garantie du non rétablissement de l’esclavage.

Toussaint vient de tomber tête baissée dans le piège tendu par Leclerc, qui, pour gagner du temps en attendant des renforts de la métropole, lui a dissimulé que le rétablissement de l’esclavage est non négociable et déjà effectif en Guadeloupe voisine. Peu après la signature de l’accord, Toussaint Louverture, qui se rend à une invitation-piège du général Brunet, est arrêté et déporté vers la métropole, où il décède en détention en avril 1803.

La mort plutôt que l’esclavage

Lorsque la nouvelle du rétablissement de l’esclavage est enfin confirmée, le feu de la révolte embrase l’île. Dessalines prend la tête de la rébellion et affronte le général Donatien Marie Joseph de Vimeur, vicomte Rochambeau, successeur de Leclerc, dont la seule mission et le plus grand plaisir sont l’extermination de la « racaille » Noire.

Jean-Jacques Dessalines ne souffre pas du même complexe que Toussaint Louverture envers la France. Son objectif est clair et unique : l’indépendance. Loin d’être effrayés par la cruauté et la brutalité des méthodes employées par Rochambeau, Dessalines et ses troupes s’en inspirent et appliquent la loi du Talion. La violence magistrale de la riposte dessalienne, soutenue par une population noire prête à mourir plutôt que de retourner à la condition d’esclave, est telle que le 29 novembre 1803, après plus d’un an d’atroces combats, Rochambeau et les troupes françaises vaincues quittent la partie Ouest de l’île de Saint-Domingue, qui est proclamée république indépendante d’Haïti le 1er janvier 1804.

Mais la France, qui n’arrive pas à digérer la défaite des troupes de Leclerc et le massacre des colons blancs, n’accepte pas l’indépendance d’Haïti. De connivence avec la communauté internationale, composée d’autres Etats colonisateurs qui ne souhaitent pas voir l’exemple d’Haïti contaminer leurs territoires, elle s’emploie à l’isoler, aussi bien économiquement que politiquement. Elle réclame le versement d’une indemnité pour prix de reconnaissance de l’indépendance de l’île. En 1825, soit plus de 20 ans après la victoire de Dessalines, Charles X signe un décret « concédant » l’indépendance en contrepartie du paiement de 150 millions de francs-or (plus tard réduit à 90 millions), somme payable sur 3 ans et qui correspond au budget annuel de la France. Jean-Pierre Boyer, gouverneur d’Haïti, accepte le marché, détruisant ainsi de façon pérenne l’économie du pays. Ironie suprême, Haïti sera obligée de contracter des emprunts notamment auprès de Paris, pour s’acquitter de cette dette odieuse, qu’elle achèvera de rembourser plus d’un siècle plus tard !

Les négriers contemporains préfèrent voir leurs victimes embarquer dans des trains, modernité oblige !

A la grande époque de l’esclavage, des Noirs prenaient une part active à la Traite en vendant leurs frères aux blancs. Ils étaient qualifiés de négriers, nom qui désignait également les navires qui emportaient les victimes de ce commerce inhumain. Ayant sacrifié la liberté de leurs concitoyens sur l’autel de leur enrichissement personnel, ces traîtres regardaient alors leurs frères, enchaînés et entassés dans des cales suffocantes, ramer vers leurs destins tragiques. Aujourd’hui comme jadis, la France s’appuie sur des hommes de main, des marionnettes locales, pour mener à bien son entreprise impérialiste. Les négriers contemporains en Côte d'Ivoire perpétuent cette triste tradition, même s’ils préfèrent voir leurs victimes embarquer dans des trains, modernité oblige, sans doute ! Comme Toussaint Louverture, Félix Houphouët-Boigny s’est battu pour sa patrie, la Côte d’Ivoire. L’abolition des travaux forcés dans les colonies est à mettre à son crédit. Mais Houphouët-Boigny n’ira jamais jusqu’au bout de son combat.

Comme Toussaint, il lui est impossible d’imaginer une indépendance totale, en dehors du cadre institutionnel de l’Etat français. Et c’est ainsi qu’il signe lui aussi un accord avec l’oppresseur. C’était le 24 avril 1961 et jusqu’à ce jour, cet accord « de coopération et de défense », le Pacte colonial, entrave la liberté du peuple ivoirien aussi sûrement que les chaînes qui liaient les pieds et les poignets des esclaves de Saint-Domingue. Comme le père de l’indépendance haïtienne, celui de la Côte d’Ivoire est tombé dans le grossier traquenard de la France, qui fit semblant de concéder l’indépendance à son pays, pour mieux continuer d'exploiter ses richesses et aliéner son peuple en le maintenant dans la pauvreté, le sous-développement et l’ignorance.

Comme Napoléon autrefois en Haïti, Jacques Chirac se trouve aujourd’hui confronté à un peuple décidé à conquérir son droit à l’autodétermination. Il a beau avoir donné au général Poncet et à ses complices chefs d’Etat des pays frontaliers, trop heureux de s’exécuter, l’ordre de massacrer des hommes, des femmes et des enfants africains en Eburnie, rien n’y fait : le combat pour la liberté s’intensifie au contraire. Mais alors que la France du 21ème siècle continue d’appliquer les méthodes haineuses et sauvages de Rochambeau, les Ivoiriens, conduits par Laurent Gbagbo et Mamadou Koulibaly, sans jamais céder au découragement, privilégient l’arme du Droit et de la Légalité.

A Haïti, il a fallu douze ans de guerre, de trahisons, de carnages et de soulèvements pour aboutir à l’indépendance. Combien de temps faudra-t-il encore à la Côte d’Ivoire pour s’émanciper du Pacte colonial ? Peu importe, en fait. Les sanctions, perfidies et autres campagnes coloniales, si elles en repoussent l'échéance, ne peuvent modifier ni l’essence, ni la finalité de la lutte en cours. L’Etat français, qui en d'autres occasions l’a pourtant déjà appris à ses dépends, se refuse encore à capituler devant l’absurdité de sa démarche, mais l’évidence de l’inutilité de la guerre faite à une nation aussi déterminée que le peuple ivoirien finira par s’imposer d’elle-même à l’opinion publique et aux dirigeants français.

« Il existe des hommes malheureusement trop puissants […], qui ne veulent voir d’hommes noirs, ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l’Esclavage » (Louis Delgrès)

Inspiré par le frère de Louis XVIII, Jacques Chirac n’accepte pas les velléités d’affranchissement de Laurent Gbagbo et appelle lui aussi au versement d’une rançon pour accepter l’émancipation ivoirienne. Mais au lieu de le faire ostensiblement, il préfère œuvrer par des voies souterraines, tout en s’appuyant sur la bienveillante complicité de la communauté internationale.

Les mécanismes que l’on retrouve aujourd’hui dans la dette des pays du Tiers Monde sont réunis à Haïti dès le dix-neuvième siècle. A travers le Pacte colonial, la dette est également établit comme élément fondateur de l’Etat ivoirien et de la plupart des pays d’Afrique dits francophones. Les ressources naturelles doivent impérativement être proposées en priorité à la France, qui les achète de moins en moins cher, puisque les cours des matières premières sont aujourd’hui encore fixés par les états néo colonisateurs. L’essentiel des revenus résultant de ce commerce biaisé sert en grande partie à rembourser une dette qui l’est déjà depuis longtemps, pendant que, placé dans un compte d’opérations auprès du Trésor français, le reliquat est de facto géré par l’Elysée.

Les Africains n’ont-ils pas le droit de demander pourquoi leurs énormes richesses sont pillées, malgré le fait qu’ils en ont davantage besoin que d'autres ? (Mahmoud Ahmadinejad, Président de la République islamique d’Iran, à G. W. Bush)

En exerçant à la fois un chantage politique et économique, cette dette sert à préserver les intérêts des gouvernements du Nord et de leurs entreprises en rendant utopique tout développement au Sud. Depuis plus de quatre décennies, à cause de l’étau de la « dette », savamment entretenu à coup « d’aide au développement », aucun aménagement majeur de l’espace de vie des Africains ne peut être effectué, aucun investissement important n’est fait pour le développement des infrastructures routières, portuaires, sanitaires, industrielles ou énergétiques. Depuis plus de quarante ans, l’exploitation des richesses de ses « anciennes » colonies profite exclusivement à la France et aux dictateurs qu’elle a mis en place pour défendre ses intérêts. En Afrique aujourd’hui comme en Haïti autrefois, la France s’arroge le droit de s’approprier des ressources qui ne lui appartiennent pas et de décider ce qui est bon ou non pour les sous-hommes à la peau noire.

La France ne peut pas tolérer la dénonciation par les dirigeants ivoiriens de ces « accords » qui fondent le non droit en droit. Elle se fixe donc des objectifs clairs : frapper du sceau de l’infamie ceux qui ont osé goûter aux effluves de la liberté. Ecraser toute tentative d’émancipation remettant en cause le spoliateur cercle vicieux qu’elle a mis en place et qui est le socle de son économie. Maintenir les Africains dans l’asservissement, quoiqu’il en coûte.

La résistance à l’oppression est un droit naturel. N’en déplaise à Chirac, à Schori, à l’ONU et aux français aux nez épatés et aux lèvres pâteuses qui dirigent encore ci et là les derniers bastions de la France à fric. Depuis l’élection présidentielle de 2000, les Ivoiriens ont fait leurs ces paroles de Malcolm X : « Nous déclarons notre droit sur cette terre, à être des êtres humains, à être respectés en tant qu’êtres humains, à accéder aux droits des êtres humains dans cette société, sur cette terre, en ce jour, et nous comptons le mettre en oeuvre par tous les moyens nécessaires. » La France, qui défend bec et ongles l’application du texte juridique le plus épouvantable que l’Afrique dite francophone aie connue depuis l’abolition de l’esclavage, est reconnue comme ennemi commun par un nombre sans cesse croissant d’Africains. Au fur et à mesure qu’elle se prolonge dans le temps, la lutte des Ivoiriens pour la conquête de leurs droits fondamentaux à la liberté et à l’autodétermination prend de l’ampleur, s’internationalise. Jusqu’au jour, quel qu’il soit, où ils seront libres, totalement et définitivement. Et avec eux, le reste de l’ancien empire colonial d’un pays qui, par son histoire et son inaptitude à en tirer les leçons, confirme qu’il n’a pas sa place parmi les grandes nations de ce monde.

Nathalie Yamb in Le Courrier d'Abidjan, 29/06/2006 

par Mahalia Nteby publié dans : Grands dossiers
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Catégories

Géostratégie

Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus