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Esclavage moderne

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Vendredi 24 août 2007

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S’il est incontestable que le «Dialogue direct» initié par le Président Laurent Gbagbo a surpris et dérouté une bonne partie de la nébuleuse qui nous fait la guerre depuis le 19 septembre 2002, il est malheureusement tout aussi indéniable qu’il a dérouté nombre de résistants tenus au silence sous peine d’être taxés d’anti-paix par leurs propres camarades. Grisé par les effets de sa potion «magique» sur l’opposition politique interne et sur la communauté internationale qui semblait perdre la main, le chef de l’Etat ivoirien en a multiplié les doses administrées au processus de paix, sans se soucier des effets indésirables. Jusqu’à ce que ces derniers temps, l’un des organes les plus vitaux de notre Nation, notre Armée, en soit malade et attire de façon brutale et «inattendue» l’attention sur elle. Nous savons le sujet sensible. Mais nous le savons tout aussi grave pour qu’aucune analyse sérieuse ne soit de trop pour aider nos décideurs à mieux cerner l’ampleur de la situation et prendre les bonnes décisions en connaissance de cause. 

C’est Théophile Kouamouo qui, dans son édito paru dans Le Courrier d’Abidjan du lundi dernier (20/08/2007), décrit le mieux le sentiment d’injustice qui habite nos soldats : «Les militaires qui ont maintenu intacte leur loyauté envers l’Etat s’étranglent de rage lorsqu’ils voient le luxe insolent dans lequel baignent leurs anciens camarades qui ont trahi, ont été absous et jouent les vedettes. Ils se voient comme les “dindons de la guerre”». Pour justifier cet état de fait, le chef de l’Etat ivoirien a reçu les militaires et leur a tenu un discours de vérité : «On n’a pas gagné la guerre !». 

C’est sur cette assertion, que bon nombre de nos concitoyens ressortent dans les discussions autour de la grogne de notre Armée, que j’aimerais m’arrêter un tout petit peu. Lancée au visage de notre Armée, cette évidence sonne comme un reproche fait à cette dernière de n’avoir pas pu mener à bien sa mission. Or cela n’est pas tout à fait vrai. Au contraire, on peut même se permettre d’affirmer que notre Armée a gagné la guerre ! Nos militaires ont gagné la seule guerre qu’ils avaient à faire, c’est-à-dire celle contre les rebelles. C’est parce qu’ils ont gagné la guerre malgré les moyens rudimentaires qu’ils avaient en leur possession le 19 septembre 2002, que nos institutions sont restées debout jusqu’à aujourd’hui. Il est juste et bon de rappeler que nos soldats ont vaincu les agresseurs qu’ils ont pourchassés jusqu’à Bouaké, avant que les forces françaises ne les arrêtent en prétextant l’évacuation de leurs ressortissants pour en réalité réarmer les assaillants et les installer en rébellion. Il est aussi juste et bon de rappeler que même après que la rébellion ait été solidement installée à Bouaké, nos militaires ont réussi à les y mettre en déroute plus d’une fois. Il est enfin juste et bon de rappeler que c’est parce que les rebelles avaient été battus par nos militaires loyalistes en novembre 2004 que la France s’est précipitée pour se substituer à eux. La seule guerre qu’«on» n’a pas gagné, c’est la guerre contre la France ! Mais cette guerre n’était pas celle de nos militaires. Quand en novembre 2004, l’Armée française s’est substituée aux rebelles pour tenter de finaliser son coup d’Etat, ce ne sont pas nos militaires qui lui ont fait échec, mais la révolution populaire ! La guerre contre la France est une guerre de révolution. C’est une révolution populaire qui aurait pu nous donner la victoire définitive sur la France. La résistance patriotique ivoirienne était prête pour cette révolution, mais aucun de ses leaders n’en a voulu. Il aurait simplement suffi, au moment où la France était au plus bas (octobre-novembre 2006), que le chef de l’Etat, chef suprême de la résistance, ordonne le départ des troupes françaises de notre territoire et/ou la rupture des relations diplomatiques avec Paris pour qu’un tsunami populaire les balaie. 

En lieu et place de cela, nous avons décidé de faire le dialogue direct, c’est-à-dire négocier, voire acheter la paix (exactement comme nos grands-parents il y a près d’un demi siècle avec l’indépendance). Le prix ? Konaté Sidiki ministre ; Soro Guillaume Premier ministre avec un budget de plus de 14 milliards ; Wattao et ses acolytes, les grades ; Compaoré, son blason redoré au point même que certaines de nos promotions de corps habillés portent son nom ; la France, 2 milliards pour la réhabilitation de ses écoles, et certainement plein d’autres choses encore qu’on continuera à découvrir… 

Le comble, c’est que maintenant, quand nous faisons des sacrifices, nous ne réclamons pas le désarmement (qui est quelque chose de concret, palpable et vérifiable), mais plutôt la «paix», une nouvelle trouvaille vague qui ne recouvre aucune réalité. Nous avons eu «La flamme de la paix» qui, c’est vrai, avait quelques aspects émouvants. Mais et après ? Le désarmement a-t-il eu lieu ? On nous a parlé de 2000 armes brûlées ; cela aurait été plus crédible si quelques jours ou quelques semaines avant, nous avions vu les Forces nouvelles arracher quelques armes à quelques uns de leurs soldats et que cela avait été médiatisé. Mais non ! Comme dans un tour de magie, du jour au lendemain, 2000 armes étaient collectées on ne sait trop comment pour le bûcher (la presse ayant même fait état d’armes appartenant aux FDS, c’est-à-dire payées avec nos impôts, également mises au bûcher, un vrai anti-symbole comme il y en a eu beaucoup à cette cérémonie). Et naturellement, on a informé les Ivoiriens qu’ils pouvaient maintenant circuler librement. Sauf que le mercredi 1er Août, le quotidien Notre Voie relatait les mésaventures de quelques infortunés qui avaient pris cela à la lettre et se sont vus refoulés aux «frontières» des zones rebelles parce que n’ayant pas de laissez-passer signé par un com’zone ! 

Nous faisons donc maintenant des sacrifices pour rien. Nous n’osons même plus demander en échange le désarmement. Quiconque évoque ce mot craint de se voir taxé d’ennemi de la «paix». Le chef de l’Etat avait annoncé il y a peu qu’il optait pour des élections en décembre de cette année. Si on compte à rebours, cela signifie désarmement immédiat, là et maintenant ! Sauf qu’il n’a pas voulu le présenter ainsi, «paix» oblige. 

C’est parce que le chef de l’Etat a montré une incroyable et inattendue disposition à céder à tous les caprices des rebelles au nom de cette paix virtuelle que nos militaires ont accordé du crédit aux ragots des oiseaux de mauvais augure à propos d’argent à verser aux rebelles. Cette foire aux récompenses posait manifestement un problème de justice et d’équité. Il y a quand même une différence entre pardon et récompense ! On peut nous demander de pardonner à ceux qui ont trahi, pillé et massacré. Mais on ne peut pas nous demander d’accepter qu’on les récompense ! En principe, ce sont nos militaires qui sont restés loyaux qu’on devrait tous récompenser et honorer, sans oublier les vaillants résistants qui ont fait échec de leurs corps aux assauts de nos agresseurs. On ne l’a pas fait, ou en tout cas pas assez (par exemple pour les gendarmes massacrés à Bouaké et les martyrs de novembre 2004). S’ils ne le sont pas faute de moyens ou autres raisons, il n’est pas normal que ceux qui ont moins (ou pas) de mérite le soient à leur place. On ne cultive pas la vertu en récompensant le vice ! Les gens vertueux sont ceux qui réussissent à dominer et à dompter leurs vices, et cela est beaucoup plus facile dans un environnement où on sait punir les vices et récompenser les vertus. Un environnement dans lequel on ne suppose pas fatalement que la vertu est une chose acquise pour de bon et à laquelle on ne doit aucune attention. Là est la responsabilité du leadership. Sans leadership, aucune chance d’avoir un bon «followership» ! 

Il est donc urgent de rectifier le tir si on ne veut pas voir notre société sombrer dans un désordre physique et moral sans précédent. Nous proposons pour cela deux solutions au sommet de la pyramide de notre Etat. 

Premièrement, nous conseillons au chef de l’Etat de mettre un terme sec, ferme et définitif aux six glorieuses (j’entends par là les 6 mois de tolérance, de gloire et d’encensement à l’excès) dont ont bénéficié les rebelles de mars à août 2007. Nous avons suffisamment donné pour être en droit, au jour d’aujourd’hui, d’exiger avec beaucoup plus de fermeté les contreparties qui vont avec. Il n’est pas bon de continuer à faire croire aux rebelles que tout ce qui leur a été jusqu’ici accordé est sans contrepartie. Et il ne faut pas non plus que nous croyons nous-mêmes que demander une contrepartie aux rebelles pourrait remettre en cause le processus de paix. Si tel était le cas, alors il faudra se rendre à l’évidence que cette paix n’en était pas une. Eux aussi ont quelque chose à perdre et il est temps de leur demander d’en payer le prix. Le Président Gbagbo doit d’abord commencer par son Premier ministre. S’ils sont en équipe, alors ce dernier n’a pas le droit de le regarder se démerder tout seul avec le problème des grades qui risque d’être la goutte d’eau qui fera déborder un vase déjà trop plein. Si Soro donne un sens à son poste de Premier ministre soumis au président de notre république, alors il peut et doit rappeler ses éléments et leur retirer leurs fameux grades. Il faut également que le Président obtienne de son Premier ministre un programme de désarmement clair, précis et daté (assorti d’un fétichisme des dates !). 

Mais si le Président estime ne pas pouvoir ou vouloir exiger des contreparties à la rébellion, et pense devoir continuer à choyer nos nouveaux “amis”, alors (c’est notre deuxième et dernier conseil) qu’il en fasse de même pour nos militaires loyalistes. Ils ne l’auront pas volé ; ils l’auront bien mérité. 

Sylvestre Konin in Le Courrier d'Abidjan, le 24 Août 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Lundi 13 août 2007

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Il se passe en Afrique comme qui dirait des choses étonnantes. Voilà un pays, le Niger qui expulse le directeur local de la firme française Areva, N°1 mondial du nucléaire civil, pour soutien à une rébellion armée touareg répondant au cigle de MNJ. Une expulsion qui suit celle d’un ancien colonel français, Gilles de Namur chargé de la sécurité d’Areva-Niger. Il faut dire que les dirigeants de cette ancienne colonie française sont particulièrement doucereux à l’endroit de sieur le Blanc, accusé de fomenter une révolte militaire, de déstabiliser les institutions, de menacer la vie des milliers d’Africains contre le risque d’une expulsion nourrie blanchie, de surcroît pendant les vacances en France de Dominique Pin le patron d’Areva-Niger, pas vraiment cher payé du coup d’Etat. 

Une affaire peu banale dont les dimensions néocoloniales, géopolitiques, géostratégiques, écologiques, sanitaires interpellent l’Afrique entière et ses jeunes mouvements en lutte pour inventer une Autre façon de s’inscrire dans l’économie mondiale. 

En fait la France dépend à 30% pour son électricité de l’Uranium du Niger et s’y fournit par le biais de deux sociétés contrôlées par Areva -la France-, la Somaïr et la Cominak. Depuis 2003, plusieurs facteurs concourent à la hausse des prix de l’uranium dont la valeur a été multipliée par dix en trois ans. Le pétrole onéreux et les anticipations sur l’après hydrocarbures poussent les puissances mondiales à chercher des énergies de substitution. L’uranium fait bien l’affaire mais l’exploitation doit être relancée car les stocks militaires anciens ont été recyclés -Russie- et les nouveaux gros joueurs comme la Chine ont autant besoin de carburant pour leur croissance loin d’être à son sommet, que les prédateurs occidentaux rêvent de lui priver l’accès aux ressources stratégiques. 

Conséquence, montée fulgurante de la demande et des prix de la matière première, et pression à l’ouverture du marché nigérien monopolisé depuis 40 ans par … la France bienveillante. Simplement l‘amère patrie manie le langage du libéralisme à géométrie variable et n’entend pas que pour les Africains un accroissement de la demande signifie le B A BA de l’économie scolaire, une augmentation des prix, après tant de discours sur la raison libérale. Au Niger on a pris les calculatrices, quand l’Etat reçoit 27 300 FCFA pour une livre d’uranium, elle coûte sur le marché mondial 122 000 FCFA encaissés par Areva. 

Le Niger doit donc se contenter de la fierté d’être un des cinq plus grands producteurs d’uranium au monde, tout en cumulant famine en 2005, éviscération des actifs nationaux par les politiques de casse sociales du FMI-Banque mondiale, pression fiscale sur les plus paupérisés conduisant à des manifestations de rues et mouvements de grèves inédits en 2005. Régulièrement classé dernier pays à l’Indice de développement humain, avec une population de 13 millions d’habitants de 16 ans d’âge moyen, le Niger "endetté" et spectateur de sa prédation néocoloniale devrait dire amen à la messe Areva. 

Vieille histoire qui démarre lors des pseudo indépendances africaines. Le Niger est du wagon et se trouve ligoté avec ce que les autorités françafricaines nomment un "accord de défense" signé le 24 avril 1961 entre le Niger, la Côte d’Ivoire, le Dahomey (actuel Benin) et la France. Ce document précise dans ses annexes que la France a "priorité" sur les matières premières stratégiques des signataires africains -l’uranium est classé en seconde catégorie de matière dite stratégique avec le lithium par exemple. Les Etats africains consultent la France pour leurs approvisionnements et exportations de ces matières qui souvent se trouvent dans les faits entre les mains des entreprises françaises. D’ailleurs au Niger, Areva détient les cartes géologiques du pays que la société ne veut pas communiquer à l’Etat, pour limiter les capacités d’exploitation par la concurrence, plus de 85 entreprises de Chine, d’Australie, d’Allemagne, du Japon, du Canada … 

A l’instar de l’exploitation de l’uranium par la française Cogema au Gabon entre 1960 et 1999, les conditions écologiques et sanitaires de ce pillage et de ces enlèvements sauvages font craindre le pire. Les ONGs françaises ont été empêchées en 2003 de réellement mesurer les taux de radioactivité contaminant l’environnement. Les hôpitaux locaux, sur les sites d’exploitation appartiennent à Areva et sont sous-équipés pour avoir la moindre efficacité. Mais des résidus et déchets radioactifs à ciel ouvert qui s’accumulent, livrés à l’érosion éolienne justifient les plaintes des ONGs locales qui constatent une augmentation des maladies inconnues dans les environs de sites miniers, cancers, hypertensions, grossesses avortées, troubles divers de la santé, sans compter la contamination de la nappe phréatique. Une addition sans financement ni expertise externe sérieuse sur la gestion des déchets que les Africains paieront très chers à terme. Des évolutions similaires sont à craindre en RDC, en Afrique du Sud, pays qui détiennent aussi de l’uranium. 

Le Niger tente donc de desserrer l’étau néocolonial français en faisant jouer la concurrence, en tentant de rompre le monopole français sur les nouveaux gisements. Ce à quoi le pays des droits de l’homme qui selon les hautes autorités hexagonales, n’a pas besoin économiquement de l’Afrique, répond par la seule réponse qui a jamais été la sienne en Côte d’Ivoire lorsque l’équipe Gbagbo a voulu multilatéraliser ses partenariats internationaux et mettre les rentiers coloniaux en compétition. Il a récolté une rébellion sous prétexte d’ivoirité. Peu ou proue c’est la même criminalisation économique qui permet de maintenir les rentes pétrolières en Afrique centrale, avec le rôle désormais emblématique de ELF dans la corruption internationale des régimes africains et français. 

Le premier président du Niger Hamani Diori s’était hasardé à demander une augmentation modeste de la part de son pays dans le gâteau de l’uranium, "yellow cake", c’est un coup d’état qui l’avait destitué en 1975. Le gouvernement suivant qui avait voulu poursuivre les négociations sur les bases de l’ancien président a été fortement dissuadé puisque celui qui menait les discussions, numéro deux du régime s’est trouvé accusé de tentative de coup d’état, terminant jugé puis exécuté ! En toute droit-de-l’hommitude. 

Areva est dans cette affaire nigérienne la caricature du néocolonialisme à la française, sa vison criminelle, archaïque et colonostalgique du monde conçoit un Niger possédant un sous-sol débordant de matières premières vendues exclusivement à la France, parallèlement à la paupérisation des Nigériens. Hors cette option trop équitable, les Françafricains n’éprouvent aucune gêne à déstabiliser un gouvernement qui défend un minimum ses intérêts collectifs, le statu quo des famines, de l’effondrement du pouvoir d’achat, leur conviendrait du moment que leur monopole est maintenu, au prix du sang africain si besoin était. C’est très exactement cette conception des rapports avec l’Afrique qui doit rapidement, impérativement disparaître. La dénonciation des "accord" de défense et toutes chaînes plus ou moins consenties par les Africains il y a des décennies devraient être un signal fort dans ce sens, et le soutien des populations à cette réappropriation et décolonisation des matières stratégiques africaines est un incontestable atout pour les classes dirigeantes du continent. 

Pierre Prêche in Afrikara, 11 août 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Vendredi 10 août 2007

Il y a quelques jours, et en réponse au discours controversé prononcé par Nicolas Sarkozy, chef d’Etat français à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), nous publiions un texte d’Achille Mbembe, “L’Afrique de Nicolas Sarkozy”. Ce texte a été très largement diffusé en Afrique francophone et en Europe. Repris par plusieurs organes de presse et dans les médias alternatifs, il a suscité de vigoureux débats sur plusieurs sites internet. Il a également donné lieu à de nombreuses réactions et nouvelles interrogations qui obligent son auteur à préciser sa pensée – ce qu’il a aimablement accepté de faire dans la note qui suit. 

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L’on veut savoir pourquoi, à mes yeux, le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar est odieux, indécent, et à la limite du vraisemblable. 

Il est répugnant pour quatre raisons. 

Il y a d’abord la volonté, plusieurs fois suggérée par Nicolas Sarkozy lors de la récente campagne électorale, d’instrumentaliser l’histoire de France ou en tout cas de rallier les Français à une vision factice et agressive du signifiant national. Pour le néo-conservatisme français, la manipulation de l’histoire nationale passe par trois voies : la récupération de certaines figures emblématiques de la gauche (Jaurès, Blum, Moquet), le procès intenté à la culture et à la pensée dite de “Mai 68”, et pour ce qui nous concerne directement, la réhabilitation du colonialisme (qui va de pair avec la persécution des étrangers dans l’Hexagone).

Indulgence pour les larrons 

Ce dernier est désormais présenté non comme le crime qu’il fut du début (guerres de conquête) jusqu’à la fin (les luttes pour l’indépendance et la décolonisation), mais comme une simple “faute” qu’il faudrait passer par pertes et profits. Pis, la nouvelle légende veut que la colonisation ait été une entreprise bénévole et humanitaire. Prostrés dans la haine de soi et de la France, voire dans l’ingratitude, les ex-colonisés, nous dit-on, seraient malheureusement incapables d’en apprécier en dernière instance les bienfaits puisque, abandonnés à eux-mêmes, ils n’auraient jamais trouvé la voie du progrès et de la liberté. 

À ce projet révisionniste s’ajoute, au nom du refus de la repentance, la disqualification de tout regard critique sur le système colonial et le déni de toute responsabilité quant aux horribles crimes et atrocités de l’époque. Je conviens que le contenu de l’histoire (y compris l’histoire de la colonisation) ne saurait se résumer aux massacres. Ceci dit, l’on ne peut pas faire comme si la conscience de soi était une chose, et la conscience de l’injustice ou du dommage causé à autrui une autre que l’on peut aisément séparer de notre conscience d’homme. 

On l’a vu lors de la campagne électorale en France et, plus récemment encore à Dakar. Chaque fois, le procédé est le même. On commence par dénoncer et par stigmatiser ceux et celles qui “rougissent de l’histoire de la France” ou la “noircissent” - les “adeptes de la repentance”. 

Puis, au nom de la fierté nationale, de l’amour pour la patrie, de la sincérité et de la bonne foi, on enchaîne par une exaltation en bonne et due forme des colons. On veut nous faire croire que d’aussi humbles serviteurs de la mission civilisatrice n’auraient gagné leur vie qu’en toute honnêteté. Colonisant en toute innocence, ils n’auraient jamais exploité personne. Au demeurant, ils n’avaient pour dessein que de “ donner l’amour ” à des peuplades asservies par des siècles d’obscurantisme et de superstitions. Injustice de l’histoire, ils n’ont, en fin de compte, récolté que la haine et le mépris de ceux au salut desquels ils sacrifièrent pourtant tout. 

Pour Nicolas Sarkozy et les siens, les pertes subies par les colons français pèsent plus lourds à la bourse de la mémoire que les ravages et les destructions subis par ceux qui, au prix de mille privations, d’incessantes humiliations et, parfois, de leurs vies, mirent un terme à cette nuit de la souffrance humaine que fut la colonisation. Car, dans la théologie politique des néo-conservateurs français, l’indulgence pour les larrons doit toujours l’emporter sur la pitié pour les crucifiés. 

Amitiés perfides 

La deuxième raison de ma stupéfaction est l’insolence, et surtout l’arrogance et la brutalité qu’autorise une telle volonté de méconnaissance. Pour noyer la vérité et jeter la poudre aux yeux de ceux qui sont distraits, l’on recourt au “raisonnement par les bons sentiments” dont Françoise Vergès (Abolir l’esclavage. Les ambiguités d’une politique humanitaire) a démontré, il n’y a pas longtemps, la perversité. 

En effet, ce discours incohérent (la faute oui, la repentance non) et vermoulu, mais à la nuque raide - telle est bien la marque déposée du nouveau conservatisme français. Il se trouve que chez Nicolas Sarkozy en particulier, ce conservatisme prend de plus en plus des allures truculentes, à la manière du trop bandant de nos satrapes tropicaux, comme en témoigne d’ailleurs son penchant pour le maniement de l’invective sous les oripeaux de l’exhortation, le tout assaisonné d’imprécations et de déclarations à l’emporte-pièce – le pur épuisement qui naît d’un vide fondamental. 

Car, ce que notre négrophile donneur de leçons cherche à camoufler derrière les formules convenues telles que la sincérité ou encore la vérité, c’est avant tout une insoutenable dose de mauvaise foi que l’on veut faire passer pour de la générosité et de la franchise. L’amitié dont il se réclame à tue-tête ne porte pas seulement au flanc la blessure d’une flèche perfide. Et le nouveau chef de l’État ne cherche pas seulement à manipuler l’histoire de France. Il veut aussi falsifier la nôtre et les significations humaines dont cette dernière est porteuse. Ce faisant, et par on ne sait quel pouvoir, il s’autorise de parler de l’Afrique et des Africains à la manière du maître qui a pris la mauvaise habitude de maltraiter son esclave et d’avilir sa chose, et qui ne parvient pas à se déprendre d’attitudes héritées d’un sinistre passé dont nous ne voulons plus. 

Colo-nostalgie 

Puis il y a la fourberie. L’on prétend s’adresser à l’élite africaine. En réalité, l’on ne cesse de faire des clins d’œil à la frange la plus obscurantiste de l’électorat français - l’extrême-droite, les colo-nostalgiques, tous ceux-là qui, rongés par la mélancolie postcoloniale, pensent que quatre ou cinq millions d’immigrés et de citoyens français d’origine noire et arabe dans un pays de plus de cinquante-cinq millions d’âmes menacent l’identité française. 

Plus grave encore, ce n’est pas comme si le président Sarkozy était dans l’attente d’une réponse de notre part. Car il y a plus de vingt ans déjà que Jean-Marc Éla (L’Afrique des villages) a écrit le plus beau livre sur l’inventivité des paysans africains. Auparavant, Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Joseph Ki-Zerbo, Abdoulaye Bathily, Bethuel Ogot, Ade Ajayi, Adu Boahen, Joseph Inikori, Toyin Falola, Kwame Arhin et des dizaines d’autres avaient mis en place les fondations d’une historiographie africaine solide et documentée. Celle-ci établit, entre autres comment, de tous temps, l’Afrique a fait partie du monde, y a joué activement son rôle et a contribué ce faisant au développement des techniques, du commerce et de la vie de l’esprit. 

Aux yeux de notre nouvel ami, tout cela ne compte guère. Et pour cause. Il ne s’adresse pas à nous comme dans un rapport de face-à-face où nous compterions comme interlocuteurs. En fait, il ne regarde ni ne voit notre visage. Chez lui, “l’homme noir” est un être abstrait, doté d’une “âme” certes, mais sans visage, puisque plongé dans les ténèbres de l’innommé. Quand il prétend dialoguer avec nous, ce n’est pas dans le cadre d’un rapport moral d’égalité et, par conséquent, de justice. C’est dans le registre de la volonté de puissance - un je-ne-sais-quoi de narcissique et d’autant plus triomphaliste qu’il est marqué du sceau de l’ignorance volontaire et assumée. 

L’insolence de l’ignorance 

La troisième raison de mon incrédulité est la vision éculée que le nouveau chef d’état français a choisie, désormais, de véhiculer de l’Afrique et des Africains. Comme je l’indiquais dans un texte précédent, cette vision se situe en droite ligne de la dogmatique raciste du XIXe siècle. 

Le président puise à pleines mains dans cette fange, sans la moindre distance ni ironie. Il répète des pages entières des élucubrations de Hegel, Lévy-Bruhl, Leo Frobenius, Placide Tempels et autres inventeurs de “ l’âme africaine ”, construisant au passage sa “vérité” avec les copeaux de l’ethnophilosophie d’hier, comme d’autres avant lui s’investissaient dans l’ethnozoologie, dans l’espoir de mettre à nu “ l’essence foncièrement animale du nègre ”. 

Mais sait-il seulement que l’étroitesse d’esprit caractéristique du racisme colonial – ce terrorisme avant la lettre – a fait l’objet d’une critique soutenue par les intellectuels africains eux-mêmes depuis la deuxième moitié du XIXe siècle ? Sait-il seulement que respecter l’ami, c’est aussi se référer honnêtement à ses opinions ? 

Or, il existe bien une longue tradition de critique interne des sociétés et des cultures africaines qui aurait pu aider notre théoricien à développer un argument un tant soit peu vraisemblable. Encore aurait-il fallu qu’il commence par enlever la poutre logée dans ses yeux avant de se préoccuper de celle qui encombre l’oeil du voisin. 

De ce point de vue, des roitelets nègres ont en effet pris part à la Traite des esclaves, comme aujourd’hui le cartel des satrapes – dont la plupart bénéficient du soutien actif de la France - qui participent à la destruction de leurs propres peuples. Mais que dire donc de la collaboration française sous l’occupation nazie ? Que dire du régime de Vichy dont la chute eût été impossible sans la contribution décisive des gens d’origine africaine (comme le montre l’historien Siba Grovogui, Beyond Eurocentrism and Anarchy. Memories of International Order and Institutions), mais dont on copie et reproduit aujourd’hui les méthodes de classification et de discrimination des personnes par le biais du ministère de l’identité et de l’immigration ? 

Comment se fait-il que celui qui, en France, promeut un type de relation entre l’identitaire et l’État si proche de l’idéologie de Vichy et qui ne résiste pas à la tentation de mobilisation de formes de xénophobie anti-arabe et africaine soit le même qui vienne nous administrer des leçons d’universalisme dans l’enceinte d’une université dédiée à un authentique patriote africain ? 

Pour être logique avec soi-même, pourquoi ne va-t-on pas dire aux Israéliens que, quant au fond, les soutiers du nazisme n’étaient, comme nos colons d’hier, que de pauvres innocents, des gens honnêtes qui ne voulaient que le bien des Juifs ? Pourquoi ne va-t-on pas dire à Nelson Mandela que, quant au fond, les tortionnaires et bénéficiaires du dernier État raciste au monde – l’État d’apartheid en Afrique du Sud – ne voulaient que son bien ? 

On le voit bien, ce petit jeu du révisionnisme est moralement répugnant. Et Césaire l’avait bien compris, qui dans son Discours sur le colonialisme, dénonçait déjà, en 1952, “les voluptés sadiques, les innommables jouissances qui vous friselisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites”. 

Une tradition critique 

Dans la pensée africaine de langue française, Frantz Fanon (Peau noire, masque blanc) est sans doute celui qui a fait la déconstruction la plus convaincante de la sottise raciste tout en proposant les linéaments d’une humanité fraternelle. 

De W.E.B. Dubois à C.L.R. James en passant par Martin Luther King et Nelson Mandela, de Stuart Hall à Paul Gilroy, Fabien Éboussi Boulaga et tous les autres, le meilleur de la pensée noire a toujours été rendu sous la forme du rêve d’un nouvel humanisme, d’une renaissance du monde par-delà la race, d’une polis universelle où est reconnu à tous le droit d’hériter du monde dans son ensemble. L’Afrique dont ils se réclament – ce mot et ce nom – est une multiplicité vivante qui, à l’instar du mot “Juif”, est lié, dès les origines, au futur de l’universel. 

Au cœur de cette pensée, les questions de mémoire sont d’abord des questions de responsabilité devant soi et devant un héritage. Dans cette pensée, on ne devient vraiment “ homme ” que dans la mesure où l’on est capable de répondre de ce dont on n’est pas l’auteur direct, de celui ou de celle avec qui on n’a, apparemment, rien en partage – l’assignation à la responsabilité. C’est à cause de cette assignation principielle à la responsabilité que notre tradition critique s’oppose fondamentalement à l’antihumanisme et la politique du nihilisme qui caractérise le néo-conservatisme à la française. 

Nicolas Sarkozy se prévaut de Senghor pour accréditer des thèses irrecevables parce qu’historiquement fausses et moralement corrompues, marquées comme elles le sont par le pesant d’antihumanisme qui, toujours, loge au fond de toute idéologie raciste. 

D’abord, il fait semblant d’oublier qu’au moment où Césaire, Senghor et les autres lancent le mouvement de la négritude, l’humanité des Noirs est contestée. Les Noirs, à l’époque, ne constituent pas seulement une race opprimée. Comme les Juifs, il n’y a, alors, pratiquement pas un seul endroit au monde où ils jouissent de paix, de repos et de dignité. La lutte, à l’époque, est littéralement une lutte pour l’affirmation du droit à l’existence. 

Cette dimension insurrectionnelle de la critique culturelle, on ne la retrouve pas seulement chez les penseurs africains. Elle est également présente chez les penseurs afro-américains et de la diaspora, descendants d’esclaves et survivants des temps de la captivité dans les plantations du Nouveau Monde. La gommer aujourd’hui pour ne retenir que la poétique du royaume de l’enfance, du merveilleux et des forêts qui chantent relève de la falsification. D’autre part, il est vrai que quand on se bat pour affirmer son droit d’exister, on a tendance à recourir à des figures de style fixes et binaires, à des raccourcis peut-être mobilisateurs, mais sans doute un peu courts sur la longue durée. Senghor en particulier ne s’en priva guère qui, s’inscrivant dans la continuité des vocabulaires les plus racistes de son époque, déclara que l’émotion est nègre comme la raison est hellène. Encore ouvre-t-il la voie à un dépassement de la race et à la possibilité d’une réconciliation des mondes, comme on peut le lire dans ses Chants d’ombre. 

Sarkozy oublie par ailleurs qu’aux yeux de nombreux intellectuels africains, le même Senghor est demeuré une figure polémique. Poète chanté et reconnu, l’essentiel de sa réflexion philosophique a été largement réfuté. Comme l’ont bien montré la génération de Marcien Towa (Léopold Sédar Senghor : négritude ou servitude ?) et de Stanislas Adotevi (Négritude et négrologues), ce dernier ne concevait pas seulement la culture comme quelque chose de biologique et d’inné. Pour bien des penseurs africains anglophones, Senghor se contenta, tout au long de sa carrière, de faire la politique de la France en Afrique. Ils estiment, à tort ou à raison, qu’au panthéon des héros africains, c’est ce qui le distingue de Kwame Nkrumah (Africa Must Unite), Amilcar Cabral (Unity and Struggle), Cheikh Anta Diop (Nations nègres et culture) ou encore Nelson Mandela (Long Walk to Freedom). 

Plus près de nous, la pensée contemporaine d’origine africaine n’a cessé de démontrer que s’il existe bel et bien une existence locale, des catégories vides de sens telles que “l’âme africaine” ne sauraient en rendre compte. 

Paul Gilroy (The Black Atlantic), Édouard Glissant (Poétique de la relation), Maryse Condé, Françoise Vergès, Raphael Confiant et bien d’autres ont largement fait valoir qu’il n’y a pas d’identité fixe. Pour l’ensemble du nouveau roman africain de langue française, d’Alain Mabanckou à Efoui Kossi en passant par Abdurahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Samy Tchak, Patrice Nganang et les autres, les identités ne peuvent être que des identités de relation et non de racines. Le cinéma africain, de Sembène Ousmane à Basseck ba Kobhio, tout comme la musique africaine n’ont cessé de montrer que l’identité fixe est source de mort culturelle ; ou encore que le présent et le futur seront nécessairement hybrides. Dans le domaine des arts et de l’esthétique, la problématique de la différence est battue en brèche, comme en témoigne la récente Exposition internationale “ Africa Remix ” de Simon Njami (voir Africa Remix. Contemporary Art of a Continent). 

D’autre part, l’ethnophilosophie, dans laquelle puise abondamment Nicolas Sarkozy, a fait l’objet d’une vigoureuse critique. Paulin Hountondji (Sur la philosophie africaine), Valentin Mudimbe (The Invention of Africa) et Fabien Éboussi Boulaga (La crise du Muntu) en particulier n’ont cessé de dénoncer la sorte d’identitarisme qui ne s’obtient qu’en érigeant en trait exclusif les multiples appartenances dont nous sommes les héritiers. 

A la suite du philosophe ghanéen Anthony Appiah (In My Father’s House), j’ai moi-même sévèrement critiqué l’idéologie victimaire (De la postcolonie) tout en proposant le concept d’“afropolitanisme” comme antidote à la négritude et au nativisme. Au demeurant, qui ignore encore aujourd’hui que le recours à des poncifs tels que “ l’âme noire ” ou l’“ authenticité africaine ” sont, avant tout, des manières pour les régimes corrompus et leurs élites politiques et intellectuelles de se prévaloir de la différence dans l’espoir de légitimer leur brutalité et leur vénalité ? N’est-il pas vrai, par ailleurs, qu’à cet esprit de la vénalité “ coopèrent ” sans vergogne et depuis la décolonisation bien des réseaux français qui, pour l’occasion, ne s’embarrassent guère de la couleur de la peau ? 

Par ailleurs, beaucoup d’entre nous, de Frantz Fanon à Françoise Vergès (La république coloniale), avons toujours dit que la repentance et la réparation produisent des victimes. La vulgate de la repentance perpétue l’image de l’autre comme corps non parlant, comme corps sans énergie ni vie. Et cela, ce n’est pas nous. Car nous ne sommes pas seulement des victimes de notre propre drame. Nous en sommes également des acteurs et des témoins. 

Pouvoir de nuisance 

Plus que jamais, les relations entre la France et l’Afrique seront des liens consciemment voulus et non plus imposés. À leur fondement se trouveront des valeurs morales et éthiques, ou alors ce ne seront pas des liens du tout – un simple pouvoir de nuisance. 

Si la France persiste dans son autisme, c’est-à-dire son refus de comprendre le monde et d’avoir du génie dans son rapport avec l’Afrique, alors nous ne l’écouterons point. Pour l’heure, le projet néo-conservateur français pour l’Afrique tel qu’énoncé par Nicolas Sarkozy à Dakar n’est pas une invitation à bâtir une société humaine, un langage commun, encore moins un monde commun. Parce qu’il se contente de reproduire les sottises qui divisent, ce projet n’est pas une invitation à faire ensemble l’expérience de la liberté. 

Voilà pourquoi il faut s’y opposer dès maintenant, sans crainte, mais avec courage, intelligence et fermeté. Parce que si on laisse faire, le prix à payer sera, mine de rien, très élevé pour les Africains. 

Achille Mbembe in Le Messager, le 10 août 2007 

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Mardi 7 août 2007

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Depuis quelques mois, le Niger, un des plus pauvres pays du monde - qui est pourtant le troisième producteur mondial d’uranium - est aux prises avec une rébellion régionaliste touarègue. Le gouvernement de Mamadou Tandja accuse Kadhafi et la firme française Areva d’instrumentaliser les insurgés. Plongée dans une crise bien plus stratégique qu’il n’y paraît à première vue. 

Quand on évoque le Niger, vaste pays désertique situé à la lisière entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord, quelques clichés s’entrechoquent dans les esprits étrangers. Selon l’endroit où l’on se trouve et nos centres d’intérêts, l’on pense instinctivement à certaines étapes du Paris-Dakar, au cheptel qui fournit lait et viande à de nombreux Ouest-Africains, aux images de gamins décharnés victimes de la famine certaines années, aux Touaregs, «hommes bleus» mystérieux vivant dans les sables, qui ont fasciné les explorateurs et inspirent aujourd’hui poètes et rédacteurs de guides touristiques. 

Ils sont peu nombreux, ceux qui évoquent d’emblée l’uranium, matière première incontournable de l’industrie nucléaire, dont le Niger est pourtant le troisième producteur au monde. Ils sont tout encore moins nombreux à penser «pétrole» quand ils pensent «Niger». Pourtant, selon des sources bien informées, des documents cartographiques de compagnies pétrolières occidentales mentionnent, depuis de nombreuses décennies, de très gros gisements de pétrole dans un Niger septentrional dont l’enclavement a sans doute constitué, par le passé, un handicap difficile à surmonter. C’est justement dans ce nord du Niger à la richesse minéralière indiscutable qu’une rébellion dénommée Mouvement des nigériens pour la justice (MNJ) s’est déclenchée en février 2007. Le MNJ, comme les autres mouvements rebelles qui se sont signalés au Niger depuis le début des années 1990, affirme défendre la cause des nomades touaregs, qui seraient persécutés par les gouvernements « sudistes » successifs. Il faut préciser que le Niger est généralement considéré en Afrique comme une démocratie en voie de consolidation, où les scrutins électoraux se déroulent relativement bien, et où la liberté de la presse est globalement respectée - même si, à juste titre, des voix au sein de la société civile et de l’opposition contestent des choix de gouvernance et la corruption des élites. 

Qui se cache derrière le MNJ ? En tout cas, depuis plusieurs mois, les relations diplomatiques, entre d’une part le Niger et d’autre part la France et la Libye, sont mises à mal. Niamey accuse, à mots plus ou moins voilés, la firme française de nucléaire Areva et le guide de la révolution libyenne, Muammar Kadhafi, d’appuyer le MNJ. 

Pourquoi Niamey accuse Areva et Kadhafi 

Le réquisitoire de Niamey se fonde sur un certain nombre de chefs d’accusation. Areva aurait financé le MNJ par un certain nombre de moyens. Ainsi, des documents bancaires, publiés par le journal La Hache nouvelle prouveraient que la multinationale française a viré sur le compte d’un commandant de peloton des forces nigériennes dans le Nord - qui allait rejoindre le MNJ quelques semaines plus tard - une somme de 57 330 702 FCFA (environ 80 000 euros). Par ailleurs, les autorités nigériennes accusent des agents d’Areva d’avoir fait preuve de complicité dans le «vol», par les rebelles, de véhicules tout-terrain et d’argent, lors d’une attaque sur le site minier d’Imouraren - toujours dans le nord du pays. De plus, le MNJ demande le départ de «sa» zone de toutes les compagnies d’exploration à l’exception... d’Areva. Le gouvernement nigérien a déjà expulsé deux responsables de la compagnie française. Gérard Denamur, responsable chargé de la sécurité à Imouraren, et Dominique Pin, directeur général d’Areva Niger. Pour la petite histoire, Dominique Pin, qui a quitté la diplomatie française début 2007, était le n° 2 de l’ambassade de France en Côte-d’Ivoire lors du déclenchement de la rébellion dans ce pays. C’est chez lui que résidait l’opposant Alassane Ouattara - accusé d’être l’inspirateur de cette rébellion par le camp présidentiel - durant les premières semaines de la crise... 

Au Niger comme en Côte-d’Ivoire, la couverture de la crise par Radio France internationale irrite les dirigeants, qui ont interrompu sa diffusion en FM dans le pays. 

La presse progouvernementale nigérienne ne porte pas de gants pour accuser Muammar Kadhafi. C’est que la Libye revendique depuis quelques mois 30 000 km2 de territoire nigérien (des km2 très riches en pétrole et en uranium). De plus, le leader libyen s’est fait proclamer en avril 2007 «leader des sultans touaregs». Le tambour du grand sultan, symbole de pouvoir absolu chez les touaregs, lui a été remis. Quand en plus Ibrahim Bahanga, un chef rebelle touareg du Mali un peu trop bavard, évoque des liens étroits entre les insurgés des deux pays, qui date d’entraînements militaires en Libye - vieux, il est vrai, de vingt ans -, la coupe semble pleine. 

Vue de Niamey, la nouvelle idylle entre Nicolas Sarkozy et Muammar Kadhafi apparaît forcément troublante. Ainsi du rapprochement stratégique entre Paris et Tripoli dans le domaine du nucléaire : la France va vendre à la Libye des technologies qui lui permettront d’acquérir un réacteur nucléaire à «usage civil». Nicolas Sarkozy a évoqué «la recherche avec les Libyens pour savoir s’il y a des ressources en uranium en Libye». «On en a trouvé au Niger. Le contexte géologique est le même. Areva a besoin d’uranium», a-t-il ajouté, estimant les stocks d’uranium libyens actuels à plus de 1 600 tonnes. S’il ne trouve pas assez d’uranium en Libye pour faire tourner les futures centrales de Kadhafi, le tandem franco-libyen ne serait-il pas tenté d’aller se servir dans un Niger plus ou moins annexé par son riche voisin ? 

C’est que la polémique entre Areva et le Niger n’est pas circonstanciée. Elle est aussi vieille que l’Etat nigérien lui-même. Elle est centrée autour d’une question : quel doit être le mode de partage des revenus tirés du yellowcake extrait de ce pays sahélien ? 

Le pacte colonial au cœur de la crise franco-nigérienne 

Nicolas Sarkozy avait affirmé au cours de sa campagne électorale que la France n’avait pas économiquement besoin de l’Afrique. La question nigérienne met pourtant en lumière les énormes intérêts stratégiques de Paris dans son pré carré. 

Tout remonte au 24 avril 1961, un an après les indépendances de nombreux pays francophones d’Afrique subsaharienne. A Paris, quatre hommes signent un accord de défense. Il s’agit de Michel Debré (qui représente la République française), de Félix Houphouët-Boigny (président de la Côte-d’Ivoire), de Hubert Maga (président du Bénin, alors appelé Dahomey) et de Hamani Diori (président de la République du Niger). En annexe de cet accord, quelques phrases d’une importance capitale. 

«Afin de garantir leurs intérêts mutuels en matière de Défense, les parties contractantes décident de coopérer dans le domaine des matériaux de Défense dans les conditions définies ci-après : 
Article 1 : Les matières premières et produits classés stratégiques comprennent : 
- Première catégorie : les hydrocarbures liquides ou gazeux ; 
- Deuxième catégorie : l’uranium, le thorium, le lithium, le béryllium, leurs minerais et composés. 
Cette liste pourra être modifiée d’un commun accord, compte tenu des circonstances. 
Article 2 : La République française informe régulièrement la République de Côte-d’Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger de la politique qu’elle est appelée à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques, compte tenu des besoins généraux de la Défense, de l’évolution des ressources et la situation du marché mondial. 
Article 3 : La République de Côte-d’Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger informent la République française de la politique qu’elles sont appelées à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques et des mesures qu’elles se proposent de prendre pour l’exécution de cette politique. 
Article 4 : La République française est tenue informée des programmes et projets concernant l’exportation hors du territoire de la République de Côte-d’Ivoire, de la République du Dahomey et de la République du Niger des matières premières et des produits stratégiques de deuxième catégorie énumérés à l’article premier. En ce qui concerne ces mêmes matières et produits, la République de Côte-d’Ivoire, la République du Dahomey et de la République du Niger, pour les besoins de la Défense, réservent par priorité leur vente à la République française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s’approvisionnent par priorité auprès d’elle.» 

Selon ce texte, avant de décider de quoi que ce soit dès qu’il s’agit d’exploitation du pétrole, du gaz, de l’uranium et d’autres matières premières stratégiques, ces trois pays africains doivent informer l’ancien colonisateur, à qui ils réservent par priorité les ressources de leur sous-sol. 

Ce contrat d’exclusivité relative a souvent été considéré comme la contrepartie du soutien militaire français aux régimes politiques installés après l’indépendance. Pourtant, l’accord de défense ne donne aucune obligation explicite à la France en cas d’agression intérieure ou extérieure des Etats africains co-contractants. Ainsi, l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny a bénéficié, durant son long règne, de la protection des troupes françaises tandis que le Nigérien Hamani Diori a été renversé par un putsch en 1974. A la base, une famine dans le pays qui attise les mécontentements, et une «crise de l’uranium». Face aux besoins de son pays, Hamani Diori demande une contrepartie plus élevée à la France... qui se braque. «En 1969, la France propose d’enlever l’uranium uniquement à prix fixe, au titre d’une aide au développement. Une compensation d’un milliard de F CFA (20 millions de FF) est attribuée au Niger. Le président Hamani Diori se rendant compte tardivement de la duperie, demande une association entre les deux (2) pays. Le CEA et la COGEMA sont en désaccord. La Société des mines de l’Aïr (SOMAIR) est constituée. Le CEA dit avoir sous-estimé les investissements et demande une participation de 5 000 actions au Niger qui refuse. Le Niger se rapproche de la France pour trouver un équivalent en pétrole pour fixer un prix plus juste : une (1) tonne d’uranium correspondrait à dix (10) mille tonnes de pétrole. Une demande de valorisation de l’indemnisation est refusée. La France fomente un coup d’Etat en 1974 qui renverse le président», raconte Serge Guero dans le Bulletin du réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (ROTAB) du Niger. Un récit qui rejoint celui fait par l’Américain Samuel Decalo dans un ouvrage de stratégie publié en mars 1978 et intitulé Coups and Army Rule in Africa : Studies in Military Style. 

Ce «péché originel» de la relation franco-nigérienne renforce forcément les suspicions. Quand la démocratisation arrive en 1990, le Niger, pays le plus pauvre de la planète, ne renégocie pas ses accords avec l’industrie nucléaire française. Mais la société civile est de plus en plus offensive. En 2001, elle accuse la Cogema de négliger les préoccupations écologiques et de nuire à la santé des mineurs et à l’environnement. Des accusations dont la pertinence a été confirmée par des enquêtes de la Commission française de recherche et d’information Iindépendantes sur la radioactivité et d’associations de la société civile en France. 

Mondialisation oblige, le Niger vient de libéraliser le marché de l’uranium. Le pays s’est ouvert à des firmes chinoises, au groupe australien Rio Tinto et à certains intérêts sud-africains. Le gouvernement nigérien s’est rapidement plaint de l’attitude peu coopérative d’Areva, qui refuserait de lui remettre la carte minière du pays. Areva, qui gère ses mines et ses usines sur place à travers deux filiales, la Somaïr - où le groupe français est majoritaire à plus de 63 % -, et la Cominak - où il détient 34 % du capital, et cohabite avec l’Etat nigérien et des intérêts japonais et espagnols - estime de son côté avoir montré son sérieux, en promettant des investissements de plus de 700 milliards de F CFA (plus d’un milliard d’euros). Les couteaux s’aiguisent, dans un contexte où les cours de l’uranium ont été multipliés par dix depuis 2003 et où le Niger fournit à Areva la moitié de sa production d’uranium. 

Vers un conflit ouvert « à l’ivoirienne » ? 

Comment Paris et Niamey vont-ils gérer ce conflit larvé ? Des manifestations patriotiques dénonçant à la fois « l’impérialisme français» et «l’impérialisme libyen» se sont déroulées dans plusieurs villes du pays. Le président français, que l’on a connu plus offensif - voire agressif - temporise. Ainsi, à l’annonce de l’expulsion de Dominique Pin, Nicolas Sarkozy, qui se trouvait à Libreville, au Gabon, a annoncé qu’il prendrait une "initiative" dans "les jours qui viennent" pour régler le contentieux entre l’Etat nigérien et Areva. 

«Nous essayons de démêler les fils, de voir ce qu’il s’est exactement passé (...) Ce n’est pas la première crise que connaît le Niger. Je fais toute confiance aux autorités démocratiques du Niger pour surmonter cette crise (...) Je ne voudrais rien dire qui complique une situation qui l’est déjà suffisamment, le Niger étant un pays important pour nous, puisque ce sont les principaux producteurs d’uranium militaire, d’où la présence d’Areva sur place», a dit Nicolas Sarkozy. 

La presse nigérienne fait état, ces derniers jours, de tractations au sommet. Il est question d’une rencontre ce lundi 6 août entre Aïchatou Mindanaou, chef de la diplomatie nigérienne, et Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères. Il est encore possible d’éviter le type de guerre de nerfs qui a opposé Paris et Abidjan durant l’ère Chirac. 

Des leçons pour l’Histoire 

Les événements de ces dernières semaines au Niger constituent en tout cas un bon matériau de réflexion à la fois pour les dirigeants français et pour le leadership africain. En France, la perception de l’Afrique est très négative. On la voit par le prisme migratoire ou à travers la lucarne humanitaire. Pourtant, l’Afrique est stratégique et elle a les moyens aujourd’hui de faire monter les enchères. Si le président nigérien décide de rompre avec la France, cela aura des conséquences énormes pour le nucléaire français. Pendant toute la période post-indépendances, l’Afrique (grâce à son uranium et à son pétrole) a permis à Paris de garantir son indépendance énergétique et de faire des très grosses marges qui lui ont permis de se remettre des brûlures de la Seconde Guerre mondiale. Elle estime aujourd’hui avoir peu reçu en retour. Au lieu de faire de l’ethnologie facile, comme Nicolas Sarkozy à Dakar, il faut donc remettre à plat les anciens schémas de la «Coopération» en se disant de toute façon que, dans un climat concurrentiel, les Africains échangeront de plus en plus leurs fabuleuses richesses naturelles contre des technologies à forte valeur ajoutée, et non contre un soutien bien relatif à des dirigeants souvent discrédités. L’Inde, par exemple, l’a bien compris et ne fait qu’avancer sur le continent. 

Par ailleurs, les dirigeants africains doivent bien se convaincre que les rébellions sont à décourager, tout simplement parce qu’elles sont une arme que les nations riches instrumentalisent pour mieux affaiblir les Etats pauvres, et diminuer leur marge de manœuvre dans les négociations économiques. L’on se souvient que la diplomatie nigérienne s’était montrée bien empressée à l’idée d’imposer au président ivoirien Laurent Gbagbo des négociations avec ses rebelles à lui. Y a-t-il des bonnes rébellions (chez les voisins) et de mauvaises rébellions (chez soi) ? 

Plus que jamais, les dirigeants africains doivent se persuader que la démocratie et la gestion constitutionnelle des différends est une protection morale (toute petite soit-elle) contre les intérêts puissants qui ont intérêt à exacerber les contradictions du continent noir. Le Niger apparaît ainsi bien mieux prémuni contre des aventures ambiguës que le Soudan d’Omar El Béchir - quand bien même il est vrai que les pays occidentaux soutiennent, contre le droit international, les rebelles du Darfour.

Théophile Kouamouo in AgoraVox, 06 août 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Lundi 6 août 2007

Retour sur le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar: Un intellectuel français s'insurge

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Ainsi donc, le déterminisme de la pédophilie était un signe avant-coureur, une mise en jambe de campagne avant les choses sérieuses. Dans une allocution sidérante prononcée à Dakar, Nicolas Sarkozy qui ose tout, et c’est à cela qu’on le reconnaît, a dévoilé le fond d’une pensée qui, si les mots ont un sens, est la parole officielle française la plus raciste depuis longtemps. Chimiquement pure. 

Ainsi donc, «le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain [.] dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, [ il ] reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.» Nous y voilà. La chaleur, le rythme des saisons. 

Nicolas Sarkozy a oublié de concéder que dans cet océan de médiocrité, l’Africain, au moins, avait le rythme dans la peau et courait vite. Le tableau aurait été parfait. Une typologie lamentable, qui n’est même pas du néocolonialisme mais du bon vieux colonialisme à l’ancienne, à la Jules Ferry. Car à quoi servent ces considérations d’arrière-zinc ? A parler de la colonisation bien évidemment. Oh, certes, cruelle ! Mais que l’on se rassure, si terrible qu’elle soit, la colonisation a «ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’Histoire». On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Ces mots ont été prononcés par notre plus haut représentant. En notre nom. Mais depuis combien de temps ne parle-t-on plus comme cela ? 

Doit-on rappeler au président de la République ces propres mots, prononcés quelques jours plus tôt au Mémorial de la Shoah, ces mots justes et pertinents, s’inscrivant dans la lignée de ceux de Jacques Chirac : ne jamais oublier, assumer sa part de responsabilité. Pourquoi à Paris ces mots forts qui insistent sur la permanence de la mémoire, et en Afrique ces mots veules qui font de la mémoire des crimes de la colonisation une réalité que l’on concède du bout des lèvres, pour aussitôt appeler à ne pas s’y complaire. Est-ce trop demander, au XXIe siècle, que d’attendre d’un président un minimum de cohérence ? 

Ces mots dessinent-ils le portrait d’un raciste fanatique ? Non bien sûr. Notre Président ne se lève pas le matin en maudissant les Africains. Mais cela ne suffit pas à l’absoudre, tout comme il ne suffit pas d’emmener Basile Boli pour faire passer la pilule. Et être capable de prononcer un discours sur l’homme Africain, et de toutes ses supposées tares de même que l’on incline à penser que l’on naît pédophile, c’est incontestablement s’inscrire dans une anthropologie raciste, une vision rancie et fermée du monde, où l’Europe civilisatrice et l’Afrique éternelle se regardent en chiens de faïence. Cruelle déception pour tous ceux qui, indépendamment du reste, pouvaient espérer de la France qu’elle passe un cap. Solidement ancrée sur sa vigilance face aux aventures impériales états-uniennes, elle avait en revanche donné trop souvent l’impression d’être frileuse sur les droits de l’homme, officiellement au nom du très chiraquien «respect de la différence» pour les régimes en place. 

Nicolas Sarkozy, dans son discours au soir de son élection, s’étant présenté comme le président des droits de l’homme (du moins à l’étranger) on pouvait espérer de sa part une audace, puisée aux sources du libéralisme politique, qui aurait permis de rompre avec le paternalisme gaulliste, sans renouer pour autant avec l’impérialisme. On assiste avec stupeur à une régression inattendue qui ne manquera pas de nous isoler encore plus aux yeux de nos partenaires africains. Cette parodie de discours prétendument direct, qui s’autorise toutes les outrances sur la base de sa sincérité autoproclamée, est une marque d’infamie. 

Reste une question. Dans un pays normal, ces propos devraient mettre le feu au débat. Mais en ces temps où il est de bon ton d’être décomplexé, tout devient possible, comme dirait l’autre. Mais, citoyens, commentateurs, représentants, qu’auriez-vous dit si ces mots, ces catégorisations pitoyables et scandaleuses, étaient sortis de la bouche d’un Le Pen ? A quels feux croisés aurions-nous assisté ! Mais non, l’indignation de la presse sénégalaise semble n’avoir eu d’égal que le silence incroyable de tout ce que nous pouvons compter d’intellectuels, de ligues de droits de l’homme. 

Thomas Heams (maître de conférences en génétique à Paris) in Libération, 02 août 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Edito
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Géostratégie

Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

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