Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Nouvelle ligne diplomatique

Côte d'Ivoire: Une coopération sans contraintes, sans menaces, sans exigences ni humiliations

 

Le Président de la République trace les nouvelles lignes de l’ouverture de son pays au monde.

«Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. Nous coopérons avec la République populaire de Chine sans que nous ayons des exigences politiques». Et le Président Laurent Gbagbo de préciser : si l’Afrique va à l’assaut de la Chine, c’est parce que «les Africains ne se sentent pas humiliés quand ils coopèrent avec la Chine».

Comment coopérer avec l’autre dans une relation de respect mutuel? Comment aller vers l’autre sans que l’autre ne vous impose des exigences, des contraintes, des humiliations ?  La Côte d’Ivoire, dans sa nouvelle diplomatie, veut se positionner, dans son rapport avec l’autre, comme un pays à respecter, et non un pays à soumettre, non comme un Etat à humilier. La Côte d’Ivoire, dans sa diplomatie, exige respect et réclame un traitement de réciprocité.

Le Président de la République, profitant de la pose de la première pierre de l’hôpital général de Gagnoa (un projet financé par la Chine), samedi dernier, a tenu un discours qui trace, avec fermeté, les lignes de la diplomatie ivoirienne : «Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Si l’on nous humilie, nous irons vers ceux qui ne nous humilient pas». Une ligne claire, qui installe la Côte d’Ivoire dans une diplomatie ouverte sur un monde qui célèbre le respect et la considération de l’autre. Une vision qui s’inscrit dans le refus des contraintes et des exigences qui prennent souvent des allures de chantage : «les milliers de conditions imposées dans le cadre de la coopération avec les autres sont une humiliation» que la Côte d’Ivoire ne peut accepter. D’autant qu’il est clair pour le Président Gbagbo que «les relations internationales consistent à entretenir des relations gagnants-gagnants», et que le premier acte de victoire d’un pays, «c’est de ne pas se sentir humilié». Celui qui ne l’aura pas compris, dira le Chef de l’Etat ivoirien, «ne pourra pas entretenir de relations décontractées avec l’Afrique».

Si l’Afrique, selon lui, «
va en Chine, c’est parce qu’avec la Chine, elle ne se sent pas humiliée. C’est ce que je veux expliquer à l’humanité tout entière. J’en parle en tant que Chef d’Etat qui a entendu certains de ses pairs gémir d’avoir tant été humiliés. L’aspect psychologique des peuples des pays du Tiers monde n’a pas été compris. Or, quand un peuple vous dit qu’il n’a pas peur de la mort, il faut le regarder autrement et le traiter autrement».

Réaffirmant les bonnes relations de la Côte d’Ivoire avec la Chine (une seule Chine), il donnera, sans ambages, son point de vue sur le Tibet : «Le Tibet est à la Chine depuis toujours. Si le Tibet a tant intéressé le monde, c’était à cause des Jeux olympiques. Les Jeux finis, plus personne ne s’intéresse au Tibet». Sur ce point, il précisera : «la diplomatie de provocation et la diplomatie d’humiliation, ce n’est pas bon». Sur la même lancée, il ajoutera : «je me réjouis que les dirigeants de Taïwan soient prêts à négocier». Parlant des Etats-Unis, il dira : «je me réjouis aussi qu’aux USA, nous ayons un nouveau chef qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant lui. Il faut que les gens se parlent. Il faut que les gens négocient. J’ai bon espoir que nous entrons dans une période plus détendue. La nouvelle diplomatie américaine donne des signes rassurants. Parce que tous les problèmes ne se règlent pas par la force. Quand Obama dit qu’il tend la main à l’Iran, il tient un discours d’un homme responsable».

Et de revenir à la Chine, en s’adressant à SEM. Wei Wenhua, son Ambassadeur accrédité en Côte d’Ivoire : «Excellence, restez sur la ligne sur laquelle vous êtes : le respect des pays du Tiers monde, la non humiliation, la non menace».

Le monde change et exige une diplomatie de respect, de dialogue et de consensus. Le monde change et la crise financière internationale, qui a fait effondrer les assises de l’économie mondiale, nous rappelle qu’un monde nouveau doit se construire sur la solidarité et la prise en compte de toutes les nations. La dégradation climatique nous renvoie à cette exigence vitale.

L’appauvrissement mondial interpelle tous les pays, surtout les plus riches. Et la Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette diplomatie qui tourne le dos à l’arrogance, à la force, au mépris. Elle veut pouvoir avancer et se construire sur les chemins d’un monde plus juste, d’un monde qui instaure le respect comme sous-bassement de la diplomatie et des échanges entre les Etats. Cela, Laurent Gbagbo l’a redit à Gagnoa: la Côte d’Ivoire va coopérer avec ceux qui ne  l’humilient pas.


Agnès Kraidy
Fraternité Matin
06 Avril 2009
Lundi 11 février 2008

MK-8.jpg

Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire et professeur d’économie, fait la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc en raison de l’indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd’hui sur l’euro. Dans cet entretien réalisé par Ruth Tete et Soh Tadhieu de New African, Mamadou Koulibaly ne mâche pas ses mots et appelle à la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.
 

Pourriez-vous expliquez à nos lecteurs quels sont les principaux mécanismes de la zone Franc ? 

MK: La zone du franc CFA est une union de coopération monétaire dont les leviers de contrôle se situent à Paris où priment les intérêts de la France. Les Etats satellites, membres de cette zone, sont des pays d’Afrique occidentale et centrale. La logique qui sous-tend le fonctionnement de cette zone rappelle la manière dont les Etats de l’Europe de l’Est étaient liés à l’ex-Union soviétique par le biais du Pacte de Varsovie à l’époque de la Guerre froide. 

Les principes de la coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la zone franc ont été énoncés dès les années 1960 dans le cadre d’un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les Etats membres de la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC) et la France d’une part, et par l'accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l'Union Monétaire Ouest-africaine (UMOA) et la République française d’autre part. 

Juste avant que la France n’accède aux demandes d’indépendance des pays africains dans les années 1960, elle a obligé ces Etats à placer 65% leurs réserves de change sur un compte du Trésor français, après avoir défini un taux de change fixe du franc CFA. 

Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes [BEAC et BCEAO, ndlr], ces banques n’ont d’africain que le nom. En réalité, elles n’ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays deb la zone franc qu’ils sont maîtres de leur destinée. 

Les pays de la zone franc continuent de perpétuer un système mis en place par l’ancien bourreau colonial. 

Comment décririez-vous la situation financière des pays de la zone franc depuis qu’ils font partie de cette union monétaire ? 

MK: La zone franc a engendré un long débat. D’une manière générale, il ne faut pas oublier que cette union a apporté à la France d’immenses avantages en termes de marchés pour ses biens et services. La situation monétaire des pays de la zone franc est une longue histoire de secrets jalousement gardés par la France, dont la seule préoccupation est de préserver ses intérêts. 

Par exemple, les réserves de change des Etats de la zone franc sont placées sur un compte commun du Trésor français, mais aucun pays africain n’est capable de dire quelle partie de cet argent durement gagné lui appartient. Seule la France a le privilège d’accéder à ces informations. 

Et pourtant ces fonds, placés sur des «comptes d’opérations», génèrent des intérêts à chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins d’importation des pays africains concernés. 

Ces comptes d’opérations, en vertu des accords de coopération monétaires signés par la France et les pays de la zone franc, sont en théorie assortis du principe de découvert illimité. Cependant, les autorités françaises ont inclus, dans les statuts des banques centrales africaines, des mesures, parfois préventives, destinées à éviter que les comptes d'opérations deviennent constamment débiteurs. 

Les opérations liées au franc CFA sont secrètes et seul le Trésor français connaît montant des fonds appartenant aux pays de la zone franc placés sur les comptes d’opérations. Seul le Trésor français peut indiquer le niveau de rémunération ainsi que les frais de gestion de compte. Le système est donc opaque et autoritaire. 

Les économies de la zone Franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la zone franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. De fait, l’unité monétaire profite aux pays les plus riches et encourage l’exploitation des pays les plus pauvres. L'existence d'un système monétaire stable et unifié n'a pas conduit à l'émergence d'un système bancaire et financier efficace dans les pays africains de la zone franc. Sur les 107 banques que comptent ces pays, 42 avaient fait faillite en 1990. Les réseaux bancaires, qui se sont constitués par la suite, dépendent fortement des banques françaises. 

La France encourage les pays de la zone franc à vivre largement au-dessus de leurs moyens. Quelle différence y a-t-il entre le Gabon dont les réserves de change sont placées en France et le Ghana, qui possède sa propre monnaie? Ou entre le Cameroun et le Kenya ? Le Bénin et la Tunisie ? Ces questions suscitent des questions légitimes sur le bien-fondé de la zone franc. 

La zone franc existe depuis plus de soixante ans. Comment expliquez-vous qu’elle perdure malgré les effets négatifs qu'elle continue de produire dans pays africains ? 

MK: A mon avis, cela est dû à l’influence que la France exerce sur les pays d’Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire, qui génère un afflux de capitaux, mesures d’austérité limitant le risque d'inflation et permettant de maintenir l'équilibre de la balance extérieure, et crédibilité de la monnaie. 

Les partisans du franc CFA font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu’ont exercée les présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc. Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d’émancipation du système: la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l’uranium au Niger, de l’or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d’entreprises du service public en Côte d’Ivoire, auxquelles sont à ajouter d’autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal. 

Quand le Sénégal a annoncé récemment qu’il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Vénézuela de l’aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources. 

Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n’ont fait qu’empirer la situation en prétendant qu’elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l’inverse des pays occidentaux ou asiatiques. 

Elles se satisfont de voir Etats africains être réduits l’état de contribuables au profit de la France, avec les 65% de réserves de change qu’ils déposent chaque année auprès du Trésor français ! Et pourtant, nos citoyens n’ont pas la nationalité française, et non pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français. Cela conduit à une situation qu’on ne peut que qualifier d’asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu’ils ne pouvaient se passer de la France. 

C’est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s’y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l’aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants. Chaque jour, la mondialisation crée des milliers d’opportunités dont nous ne tirons pas profit, parce que nous sommes piégés dans un système inefficace. 

Une réunion des ministres des Finances des pays de la zone franc s’est tenue à Paris le 14 octobre 2007. Cette précède traditionnellement la conférence d'automne de la Banque Mondiale et du FMI. Vous avez été ministre des Finances de Côte d'Ivoire, et peut-être avez-vous eu l’occasion de participer à ces réunions. Beaucoup d’Africains que rien de positif pour le peuple africain ne ressort de ces réunions. Est-ce vrai ? 

MK: Je n’ai jamais participé à ce type de réunion quand j’étais Ministre des Finances. Mais la plupart des pays de la zone franc sont faible. Avec des économies sous perfusion, ils n’ont aucun poids dans les décisions prises dans le cadre de ces réunions. On peut donc se demander pourquoi ils continuent de se rendre à ces réunions dans lesquelles ils n’ont aucune voix. En agissant ainsi, ces pays montrent qu’ils sont convaincus que la France peut tout faire pour eux. Nos pays préfèrent choisir la solution de la facilité même si elle met en danger l’emploi, les revenus, l’épargne et les investissements privés. Nous nous rendons complices du piège de la pauvreté dans lequel nous avons été poussés. 

Pourriez-vous citer au moins trois raisons pour lesquelles les Etats africains devraient se libérer du franc CFA? 

MK: En premier lieu, le franc CFA est coercitif, injuste et moralement indéfendable. Il a favorisé la corruption de l’Etat. Au moment des élections françaises, les pays de la zone franc sont sans cesse sollicités pour donner des dons aux hommes politiques français, une obligation qui ne peut se justifier. Ces «cadeaux» ont été à l’origine de nombreux conflits et ouvrent la voie à de nombreuses autres formes de corruption. 

Ce sont ces relations qui perpétuent le monopole français dans les pays de la zone franc, malgré la mondialisation. Sous prétexte d’aider les pays pauvres avec l’argent du contribuable français, c’est la classe politique française et africaine qui s’enrichit de manière illicite. Cette réalité justifie à elle seule l’abandon de la zone franc. 

La libéralisation économique et financière ne peut se produire avec un taux de change fixe et une zone d’influence économique créée artificiellement. 

En fait, l’émergence de tensions apparues au sein du système monétaire international et les crises financières de ces dernières années portent à croire que le choix du régime de taux de change dépend du système d’engagements pris auprès des autorités monétaires. Et pourtant, la restriction de la liberté des pays de la zone franc dans le domaine de la politique monétaire ne protège pas du risque de dévaluation du franc CFA. Ainsi, dans les années 90, faisant fi de la clause de découvert illimité, la France a ordonné la dévaluation du franc CFA. Avant la dévaluation, 1 franc français s’échangeait contre 50 francs CFA. En 1994, après la dévaluation, 1 FF s’échangera contre 100 FCFA. Les autorités françaises sont pourtant arrivées à faire croire que le taux de dévaluation était de 50%, alors que nous venions de subir une dévaluation de 100% ! 

Après l’abandon du système, quel avenir monétaire proposez-vous aux pays africains du point de vue monétaire ? 

MK: Etant donné les enjeux, il est nécessaire d’entreprendre des réformes financières et monétaires. La monnaie doit être au service de l’économie. Elle doit s’adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d’améliorer la convergence et l’ajustement macroéconomiques et de financer le développement. 

Il est vital aujourd’hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu’il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d’une politique macroéconomique librement choisie. Il n’y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d’en assumer la responsabilité. La liberté n’a de sens que si elle est assortie de responsabilité. 

Une fois la rupture accomplie, les pays de l’ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c'est-à-dire la France, mise en place d’un système fiscal simple sans règles d’imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies. Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités. La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l’Union Européenne avant l’introduction de l’euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles. 

La deuxième option, c’est que les pays africains s’unissent et créer une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlée par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu’une politique économique monétaire et budgétaire uniques. 

Quelle que soit la solution adoptée, les Etats doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s’ils veulent hypothéquer ces droits. Tout commence avec l’attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre échange fera le reste. 

En 2005, vous avez publié un livre intitulé «Les servitudes du pacte colonial». Pourriez-vous expliquer brièvement le sujet de cet ouvrage et le message qu’il transmet ? 

MK: L’objectif de ce livre était de faire connaître au public le «pacte colonial», fondement des accords de coopération franco-africains. Il s’agit d’un modèle institué par la France sous De Gaulle à la veille de l’indépendance des Etats d’Afrique francophones, destiné à contrôler indirectement les affaires de ces pays de manière subtile, sans apparaître en première ligne comme pendant la longue période coloniale. Le livre publie les textes utilisés pour organiser les interventions de l’Etat français, malgré la fin de l’époque coloniale dans les années 1960. Selon ce pacte colonial, les présidents des Etats d’Afrique francophone doivent diriger leurs pays en fonction des intérêts de Paris. 

L’indépendance s’est donc résumée au transfert de compétences de l’Elysée aux chefs d’Etat africains, qui doivent faire acte d’allégeance à la France, et non aux peuples qu’ils gouvernent. 

Paris se charge de leur dicter les politiques à adopter. Ce livre révèle comment les accords de Défense sont en réalité que des accords commerciaux obligeant les Etats d’Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à intervenir pour chasser les dirigeants récalcitrants afin de les remplacer par des individus plus dociles. 

Dans ce livre, on découvre que la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l’Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s’assurer qu’elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé «l’indépendance» aux pays africains. 

Par le biais de ce pacte colonial, la France est demeurée omniprésente en Afrique francophone et a conservé les avantages d’hier. Paris a confisqué la véritable indépendance des pays d’Afrique francophone. 

Nous nous devons de dénoncer collectivement ce pacte colonial. Lors de sa visite au Sénégal en juillet 2007, le fraîchement élu président français Nicolas Sarkozy a reconnu que la colonisation était un crime contre l’humanité, mais a refusé de se repentir. Les Africains doivent dénoncer tous les accords et systèmes qui éloignent l’Afrique des marchés. Le pacte colonial constitue une violation du droit de propriété africain. 

Etes-vous parvenu à transmettre ce message à travers ce livre ? 

MK: Je pense que oui. Je voulais partager mes convictions avec un grand nombre d’Africains. Et d’amis de l’Afrique, afin qu’ils soient dans une meilleure position pour mesurer les dangers du pacte colonial, du contrôle de l’Etat, et surtout de prendre conscience que la gestion de l’économie sous l’emprise du pacte colonial est une source de pauvreté dans nos pays. Nous ne voulons pas l’aumône ; notre problème n’est pas le manque d’argent. Je suis convaincu que nous devons avant tout revendiquer clairement nos droits de propriété sur nos terres et nos ressources, qui ont été aliénées par les colons, et dont le pacte colonial nous dépossède aujourd’hui. Enfin, je voulais dire que l’Afrique a un besoin urgent de libertés individuelles, d’un contrôle de l’Etat limité, de marchés libres, d’une société ouverte et de la paix, qui ne peuvent exister que si la liberté économique et politique est respectée. 

In New African, Janvier 2008

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Grands dossiers
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires - Recommander
Lundi 7 janvier 2008

Le texte ci-dessous du Professeur Mamadou Koulibaly a été publié en 1989, dans un journal aujourd'hui disparu. Cependant, il nous le repropose aujourd'hui, afin de répondre à certaines interrogations et de participer au débat qui a fait suite à son podcast "Le défi de l'Afrique" (http://saoti.over-blog.com/article-15014445.html).

agriculture-copie-1.jpg

Voilà que des universitaires encore une fois ouvrent le débat sur un thème paradoxal dans le contexte ivoirien en particulier, mais généralisable à l’Afrique : la propriété foncière rurale. 

Le paradoxe est d’autant plus éclatant que notre pays a la prétention de faire prévaloir la thèse selon laquelle le développement économique procède inéluctablement du développement agricole. Mais en même temps que nous faisons l’apologie de cette vérité maintenant connue de tous, nous nous apercevons que la terre sur laquelle elle se fonde chez nous, n’a pas respecté le fil d’Ariane que les économistes ont très souvent affiché pour étayer cette apologie. 

En effet, conformément aux prescriptions des économistes du développement et des experts spécialistes d’une certaine philosophie agricole, la Côte d’Ivoire aujourd’hui aurait due être un pays développé et intégré au sens de François Perroux. 

Or, il n’en est rien. Le voile se lève et la dure réalité est là. Un univers s’écroule. Le rêve s’estompe et l’on se demande alors comment faire pour repartir. Cette préoccupation métaphysique imbibe la plupart des propositions de relance de l’activité économique depuis les années 1980 et offertes à l’Afrique. Mais est-ce la bonne façon de procéder ? Posons-nous les questions les plus pertinentes ? Ma réflexion porte sur un axe représentant le canal principal selon lequel ces questions sont fondées et sont préalables à toute démarche politique, au sens de la politique économique. 

En réalité deux choses ont été mal comprises ; la prééminence du développement agricole sur le développement industriel d’une part et les fondements du développement agricole lui-même d’autre part. Ce sont ces deux points qui expliquent mon intervention et rien d’autre. 

Le développement de l’industrie, donc l’accumulation du capital et la croissance économique, ne peut survenir qu’après un développement de l’agriculture dans une économie quelconque. 

Cette révélation de l’empirisme lié à l’histoire des faits économiques de l’humanité n’a pas manqué d’explications théoriques. 

Lorsqu’on veut industrialiser une économie artisanale et archaïque ayant une pression démographique faible, très peu dotée en capital et dont la population est essentiellement agricole, il faut au préalable développer son agriculture. Une fois celle-ci mise en marche, des effets d’entraînement s’en dégagent pour créer un cercle vertueux entre les agriculteurs et les industriels. Le schéma est bien huilé. Les investissements dans l’agriculture améliorent la productivité et la production de ce secteur. Les gains de productivité se traduisent d’une part par la hausse du niveau de vie en milieu agricole, et d’autre part la migration du facteur dont le secteur agricole est le plus doté : les hommes. 

Ceci explique le maintien de salaires compétitifs dans l’industrie et donc une profitabilité plus forte pour l’investissement industriel. C’est cet investissement qui stimule l’accumulation du capital, la croissance économique et donc le développement économique qui signifie alors fourniture à l’agriculture à la fois des facteurs de production et des marchés. 

Les économistes ont eu tort de ne pas avoir suffisamment insisté sur le fait suivant. Ce n’est pas parce que l’agriculture a été mécanisée qu’elle a dégagé un surplus de main d’œuvre pour l’industrie. Le mouvement des hommes migrants du secteur rural vers le secteur moderne précède la mécanisation de l’agriculture. C’est parce que le travail se déplace de l’agriculture vers d’autres activités que la nécessité s’est imposée de lui substituer du capital, de mécaniser, de moderniser, de faire la révolution agricole. 

Cette révolution se fera grâce à une hausse du capital par tête, de la productivité globale et de la production dans l’agriculture. C’est parce que des hommes sont partis que l’on a préféré utiliser plus de machines pour les remplacer ; mais ils ne sont pas partis parce que la machine est arrivée. C’est parce que la part de la population occupée à l’agriculture a baissé dans la population active que l’on a mécanisé l’agriculture. 

Pourquoi à un moment donné la population agricole se met elle à baisser en même temps que sa productivité et sa production augmentent ? De quoi procède alors l’existence de ce surplus de main d’œuvre qui déborde à un moment donné le secteur agricole et coule dans le secteur industriel moderne ? Quelles réponses nous apporte l’analyse économique moderne ? 

Le développement de l’agriculture entendu au sens de l’amélioration de la qualité et de la quantité des productions aptes à satisfaire non seulement les besoins alimentaires des populations concernées mais aussi à leur fournir des hausses de revenu pouvant induire des améliorations de niveau de vie, ne peut s’obtenir que grâce à une chose : la structure des droits de propriété sur la terre. Les économistes ont pris maintenant l’habitude de définir les droits de propriété non pas comme des relations entre les hommes et les choses mais plutôt comme des relations codifiées entre les hommes ayant trait à l’usage des choses. Dans ce contexte des droits de propriété, la propriété foncière n’échappe pas à l’analyse de cette approche. Toutes les révolutions agricoles ont d’abord procédé de révolution dans les institutions juridiques. En Angleterre, c’est la «loi sur les clôtures», au Japon, c’est la transformation des droits féodaux sur les terres en capital de fonds d’Etat, qui ont induit la révolution agricole. 

Partout l’histoire résulte du même scénario. L’on prend conscience que l’agriculture a une production et une productivité faible. L’on se met à chercher des solutions. L’économie enseigne que l’agriculture est plus apte au progrès si les champs sont moins disséminés, moins enchevêtrés et moins morcelés. C’est-à-dire si la propriété foncière dans le domaine agricole était plus précise, moins floue, moins diluée. Or, en Afrique Noire, la propriété privée du sol reste encore un idéal inaccessible. Elle avait déjà une faible importance dans la société tribale et n’en a guère plus aujourd’hui. Dans la société africaine actuelle, les principes qui guident l’appropriation du sol pour l’agriculture sont vicieux et ne peuvent de ce fait induire un développement de l’agriculture. Retenons-en trois des plus significatifs: 

- La propriété privée du sol pour l’Africain semble être prohibée (coût d’information sur la disponibilité, le prix, la qualité, les propriétaires des terres, les droits coutumiers et autres autorisations administratives. 

- Ceux qui ont les droits d’usage garantis sur ces terres n’en font pas le meilleur usage possible compte tenu de la technologie actuelle (système de jachère, propriété collective, coutumes). 

- La productivité agricole ne s’améliore pas et les termes de l’échange largement en sa défaveur accroissent les stagnations relatives de ce secteur par rapport aux secteurs secondaire et tertiaire. 

Les droits de propriété en général déterminent dans quelle mesure les gens ayant le plus d’initiatives sont à l’origine d’un surplus de richesse nationale et précisent en même temps si ces gens peuvent s’approprier de manière plus ou moins exclusive le fruit de leurs efforts ou bien s’ils sont contraints de les partager avec des tiers. Autrement dit, la protection des fruits de l’initiative des individus contre les déprédations d’autrui demeure la raison d’être de la propriété privée. 

Dans le domaine foncier, l’importance d’une telle notion est inestimable. La protection et la précision des droits de la propriété réduisent le degré d’incertitude et de risque qu’engendrerait toute innovation en agriculture. Ces gains personnels stimulent des motivations à entreprendre qui contredisent l’apathie traditionnelle de ce milieu en Afrique. Ces motivations à la production agricole expliquent alors des investissements plus innovateurs. 

La chose procède d’une autre logique tout aussi complexe mais dont l’agencement est le suivant. Les motivations ne peuvent se réaliser que si les droits de propriété du foncier précisent de quelle façon s’effectuera au sein du corps social le partage des gains de productivité qui se dégageraient de l’initiative personnelle de ceux qui y entreprendraient. Ces gains de productivité ne s’obtiennent que si l’on est capable de bénéficier d’économie d’échelle, donc d’exploiter de façon intensive le sol. Le rapport entre les travailleurs agricoles et la terre baisse en défaveur des hommes. Ces gens trouvent refuge dans les autres secteurs, si bien sûr ces derniers ont au préalable opéré la précision et la définition de leurs droits sur la propriété. C’est cela le nœud de notre problème en Afrique. On peut vouloir brûler ce nœud plutôt que de le défaire, dans ce cas ce sont les embranchements qui se séparent. C’est la désarticulation. On peut penser déchirer ou couper ce nœud, mais c’est alors créer une dysharmonie indésirable entre secteurs dans le système économique. La seule solution, c’est de le dénouer. C’est ici que nous en appelons à nos historiens. 

Existe-t-il dans l’expérience vécue par l’humanité, une technique d’appropriation privée des sols applicable en Afrique et tolérable par les lois tribales et les coutumes en la matière ? J’espère avoir suscité en vous des interrogations, alors pourquoi ne pas en discuter ?* Certes, il est vrai que les coutumes et traditions en Afrique encouragent les palabres et la rhétorique, mais ce dont il s’agit ici se situe au-delà de la culture de la tradition orale. 

*Discuter, ici, est employé au sens d'analyser, argumenter, conférer, colloquer, examiner.

Par Mamadou Koulibaly (première édition en 1989)

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 5 janvier 2008

kenyainside-copie-1.jpg

C'est une grossière fraude électorale qui a provoqué les violences entre les partisans du président Kibaki et ceux d'Odinga.


"Guerre inter-ethnique", "massacres à la machette"... Les poncifs habituels sur l'Afrique ont ressurgi très rapidement, alors que le bilan des émeutes au Kenya enflait. Pourtant, à l'origine de la colère de la rue, il y a d'abord et avant tout une fraude électorale massive, dans un pays révolté par ces pratiques. A tel point que le président de la commission électorale en arrive ce mercredi à déclarer dans le Standard: "Je ne sais pas si Kibaki a gagné l'élection.

Au départ, un scrutin classique entre deux poids lourds politiques 

La semaine dernière, l'élection présidentielle kenyane n'intéressait personne. Coincée entre Noël et le jour de l'an, nul n'y décèle le moindre risque démocratique. Pourtant, jamais depuis l'indépendance du pays en 1963 la consultation n'a été aussi ouverte. 

Face à face: le challenger Raila Amolo Odinga, 62 ans, fils de Jaramogi Odinga, ancien vice-président de Jomo Kenyatta, le père de l'indépendance. Ancien ministre de l'Energie, puis ministre des Routes, des Travaux publics et du Logement, il s'est forgé un profil d'opposant tenace. 

Emprisonné sans jugement durant six ans (1982-88) dans les geôles de Daniel Arap Moï, il a fondé le Mouvement démocratique orange (ODM), machine de guerre pour battre le sortant. Avec son arsenal de communication moderne: site internet, groupes sur Facebook, Myspace... 

Le sortant, Mwai Kibaki, 76 ans, qui brigue un second mandat de cinq ans, est un fils de paysans kikuyu, diplômé d'économie de l'université de Kampala (Ouganda). Il entre dans la vie politique en 1963, en étant élu au Parlement. A partir de 1978, il accompagne le règne de Daniel Arap Moï, comme vice-président, puis comme ministre de l'Intérieur et ministre de la Santé. 

Il fait une cure d'opposition dans les années 90, avant de revenir en 2002, comme chef de la National Rainbow Coalition, et de s'imposer à la présidentielle avec 62% des voix. Père de quatre enfants, il a la réputation de ne pas être un gros travailleur. 

Une forte participation, sous l'oeil de 30 000 observateurs 

Jeudi 27 décembre, les Kenyans se rendent aux urnes pour un triple scrutin. Ils doivent désigner leur nouveau président de la République, mais aussi les 210 membres élus du Parlement et 2 484 élus locaux. Tout se déroule dans le calme ou presque: on relève deux morts et un agent électoral blessé. Les 14 millions d'électeurs appelés à voter se rendent massivement aux urnes, comme en témoignent les longues files d'attente devant les bureaux de vote. Le tout sous l'oeil de 30 000 observateurs. 

La Constitution prévoit que le candidat ayant obtenu 25% des suffrages exprimés dans au moins cinq des huit provinces du pays est déclaré vainqueur, à condition d'être aussi élu député. Si l'une de ces conditions n'est pas remplie, un second tour sera organisé entre les deux candidats arrivés en tête du premier tour, vingt-et-un jours plus tard. Les résultats sont attendus pour le lendemain, vendredi. 

Une vaste manipulation des résultats du scrutin 

Commence alors le dépouillement et ce qui apparaît aujourd'hui comme une vaste manipulation des résultats du scrutin. Au début, la Commission électorale du Kenya (ECK) ne relève pas d'irrégularités. Attendue dès vendredi, l'annonce des résultats prend du retard. 

Samedi, les premiers heurts violents éclatent dans l'Ouest du pays, à Kisumu (province de Nyanza), un bastion de l'opposition. Manifestations, blocage des routes, incendies de quelques magasins: les partisans d'Odinga s'en prennent aux Kikuyus, soupçonnés de vouloir confisquer le pouvoir. Scénario identique dans le bidonville de Kibera. Cette fois-ci, la police ouvre le feu en s'interposant entre des groupes opposés de Luos et de Kikuyus. 

Une prestation de serment une heure après l'annonce des résutalts 

Dimanche, tout s'accélère. Le président de la Commission électorale, Samuel Kivuitu, annonce en direct à la télévision le résultat définitif: Kibaki s'impose avec 4 584 721 voix, contre 4 352 993 voix à son rival. Moins d'une heure après cette annonce, Mwaï Kibaki prête serment, toujours en direct à la télévision. Au même moment, les émeutes éclatent un peu partout dans le pays, surtout dans l'Ouest, où se trouvent les bastions de Raila Odinga, et dans les bidonvilles des grandes villes. Le premier bilan est de 12 morts. 

La réaction de l'opposition est immédiate: l'ODM annonce son intention de tenir une contre-cérémonie de serment dans un parc de Nairobi, dès le lendemain, lundi 31 décembre. Les Etats-Unis, par la voix de Robert McInturff, porte-parole du département d'Etat, saluent la réelection de Kibaki: "Les Etats-Unis félicitent les vainqueurs et appellent au calme. Ils exhortent les Kenyans à se conformer aux résultats annoncés par la commission électorale. Nous soutenons la décision de la commission." Le lendemain, Washington revient en arrière dans une nouvelle déclaration du Département d'Etat, mais il est trop tard... 

A Londres, le secrétaire au Foreign Office, David Miliband, a tout de suite compris le piège: "Nous sommes vraiment préoccupés par les irrégularités signalées par les observateurs de l'Union européenne et par d'autres. Nous invitons tous les dirigeants politiques du Kenya et les institutions démocratiques à coopérer pour répondre à ces préoccupations." Même tonalité du côté des observateurs de l'Union européenne. Alexander Graf Lambsdorff précise: "L'ECK, malgré des efforts de son président, n'a pas réussi à établir la crédibilité du processus du dépouillement de façon à satisfaire tous les partis et les candidats.

Une partie de la Commission électorale dévoile le pot aux roses 

Grâce à un document confidentiel, révélé mardi 1er janvier par Le Monde, le tour de passe-passe s'éclaire sous un nouveau jour. Tout s'est joué dans la nuit de samedi à dimanche, au cours d'une discrète réunion des représentants des partis en lice. Une à une, toutes les irrégularités sont méthodiquement relevées par un participant. 

Premier enseignement: Raila Odinga possédait jusqu'à un million de voix d'avance au cours du dépouillement, sur un total de huit millions de votants. Apparemment, le décompte s'est déroulé normalement sur les trois-quarts des bulletins. Puis, dans le dernier quart du dépouillement, la situation a pris une étrange tournure. Sur les 210 circonscriptions, 88 ont fait l'objet d'un cas litigieux, avec une anomalie dans le formulaire officiel de décompte des bulletins: "Soit ce document a disparu, soit il n'est pas signé, soit un exemplaire postérieur, non signé par les autorités compétentes, a été introduit à la dernière heure sous forme de photocopie ou de faux grossier.

Dans la province centrale, fief de Kibaki, un bureau de vote où 1200 électeurs sont enregistrés a subitement vu ses bulletins gagner un zéro. Sur les 12000 votants, une majorité a choisi le président sortant. Dans d'autres bureaux, il n'est pas rare de trouver des pourcentages de votants supérieurs à 100%! 

Autre cas de figure: les agents chargés d'acheminer les résultats d'une dizaine de circonscriptions ont tout simplement disparu. D'après certains observateurs, ils ont préféré s'éclipser plutôt que de cautionner des résultats qu'ils savaient complètement truqués. 

Fait unique dans les annales des scrutins électoraux en Afrique: les résultats annoncés sont jugés tellement faux que quatre membres kenyans de l'ECK ont convoqué une conférence de presse pour dénoncer une manipulation. Depuis, les médias audiovisuels sont interdits, un couvre-feu a été décrété et la police a pour ordre de tirer à vue sur les manifestants. 

David Servenay in Rue89, le 02 janvier 2008

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 28 décembre 2007

Corruption-1.jpg

L’ONG Transparency International vient de publier son classement 2007 au tableau de l’indice de perception de la corruption, classement dans lequel le Cameroun occupe la peu honorable 138 ème position parmi 180 pays classés. Cette publication est intervenue dans un contexte où diverses procédures judiciaires sont en cours dans le cadre de l’Opération Epervier réputée lutter contre les détournements de fonds publics, et au lendemain du réaménagement gouvernemental du 07 septembre 2007, lui-même à l’origine de moult remous dans le jeu de pronostics auquel se livrent les observateurs de l’accipitridé. Outre la concomitance de ces deux événements, les phénomènes de détournement de fonds publics et de corruption entretiennent un rapport d’une telle intimité qu’il est difficile d’envisager le premier sans se référer à la deuxième. Nombre de commentateurs parlent d’ailleurs indifféremment de l’un ou de l’autre pour désigner dans le fond le même principe d’accaparement. 

Des analystes parmi les plus sérieux engagés dans la réflexion sur les moyens de mettre un terme à ces fléaux ont vu dans les condamnations prononcées ou espérées le frein le plus efficace aux pulsions prédatrices de ceux de nos compatriotes qui font valoir, dans le cadre de l’action publique, la prééminence de leurs intérêts personnels sur ceux de l’ensemble. 

D’autres, non moins sérieux, substituent ou rajoutent à cette solution, l’impératif de mettre en jeu des moyens de contrôle lestés d’une efficacité plus grande que celle qui s’observe actuellement dans le fonctionnement de nos institutions. 

Chacune de ces options pourrait se révéler une rentabilité certaine si elle devait effectivement prendre sa part à l’effort à fournir dans la gestion des préoccupations dont il s’agit. 

Il reste toutefois que ces approches, prises cumulativement ou alternativement, présentent en commun la limite de s’attaquer à la corruption en sa partie avale, abandonnant l’amont aux serres de son facteur principal que constitue la place occupée par l’Etat dans la vie économique de notre pays. 

Ce n’est pas un hasard en effet si la corruption s’est diffusée de façon aussi importante dans les structures de l’Etat, dont les commis par ailleurs sont regardés comme les plus gros porteurs du germe de ce mal. 

L’analyse des détournements de fonds publics et de la corruption fait observer de prime abord que ces phénomènes prospèrent le mieux là où l’Etat s’est fait opérateur économique, ou là où il s’est fait censeur. 

Pour ce qui concerne le premier cas de figure, l’Etat au Cameroun, pour mener des opérations marchandes, a mis en place des structures dotées d’une autonomie de gestion, et au contrôle desquelles il s’est révélé rigoureusement inapte. Les procès en cours dans notre pays (Port Autonome, SIC, Crédit foncier), ceux déjà sanctionnés par des condamnations pénales ou civiles (FEICOM, CNPS), ou certains parmi ceux que la rumeur annonce, présentent tous la caractéristique de viser des malversations ayant eu lieu dans des contextes où l’Etat a brillé par son laxisme. Car si toutes ces affaires ont pu être possibles, c’est d’abord et surtout parce que l’Etat, actionnaire majoritaire et propriétaire, en s’abstenant de mettre en jeu son pouvoir de contrôle, n’a pas agi comme il convenait pour limiter les dégâts. Il a en somme failli là où les actionnaires d’institutions privées auraient certainement eu un souci beaucoup plus grand de sécuriser leur investissement, le plus embêtant (et certainement la vraie raison) étant qu’en fin de comptes la facture de cette défaillance sera réglée par le véritable propriétaire des entreprises pillées, à savoir le contribuable camerounais. 

Dans le deuxième cas de figure, l’Etat s’est posé comme censeur au cœur de la vie économique qu’il organise. Il règle à travers des mécanismes divers le champ des droits et libéralités qu’il octroie suivant des critères révisables à merci. Sous couvert de régulation, de réajustement ou de facilitation, il gère un arsenal de leviers qu’il actionne à sa seule discrétion. Or, les oripeaux étatiques couvrent une administration dont le personnel, trop souvent, voit dans les prérogatives de puissance publique que justifient ses tâches, l’instrument par lequel il s’invente une position centrale en se posant comme le passage obligé à l’intérieur de nombreux processus économiques. 

Et ce caractère central pose problème en ce qu’il permet, contre les intérêts de l’Etat et de l’ensemble du corps social, des transactions au cours desquelles la puissance publique fait office de sésame à ses dépositaires qui peuvent ainsi négocier des cadeaux sous formes diverses en échange d’avantages qu’ils accordent contre la règle. 

Ce positionnement tragique ne favorise pas seulement corruption et détournement de fonds publics, il est également la cause d’importants détournements de fonds privés. En effet, les usagers du service public sont quotidiennement victimes de l’extorsion de leurs fonds, commise en toute impunité par des agents publics, y compris dans des situations où leurs droits d’usagers leur confèrent pourtant des avantages naturels. Les moindres positions de pouvoir, érigées contre l’intérêt général en postes de péage, sont ainsi devenues un des moyens les plus efficaces, pour qui veut se prêter à ce jeu, de s’accaparer dans la facilité tout ou partie des biens que d’autres acquièrent par le mérite et l’effort. 

Ces détournements de fonds privés, par l’importance des montants concernés, constituent un des facteurs majeurs de perturbation de l’allocation des ressources dans le jeu économique. Notons seulement qu’il n’y a quasiment plus de plan d’exploitation sérieux et viable qui s’abstienne de réserver aux postes «dons et pourboires» ou «frais de dossiers» des montants substantiels, surtout lorsque l’activité à mener requiert une autorisation, une licence ou autres permis préalables, à obtenir des services de l’Etat ; et ce, quelle que soit la pertinence que recèle le dossier présenté. L’Etat dès lors, déjà gênant par la lourdeur de ses procédures, grippe définitivement le système par la cupidité d’une partie de son personnel. 

L’on pourrait en passant s’étonner de ce que des milliers de compatriotes continuent de postuler à des emplois publics alors même que les coupes commises dans le années 90 sur les traitements des fonctionnaires condamnent ces derniers à devoir se satisfaire de revenus considérablement malingres. Certes la rareté des emplois dans le secteur privé participe des justifications possibles à mettre au crédit de cette option. Mais il n’est pas contestable qu’entre également en ligne de compte l’attrait des prébendes, lesquelles promettent certains postulants à des vies princières, et valent à nos concours nationaux et autres modalités de recrutement de primer davantage le «piston» (marchandé ou gratuit) que la vocation ou le mérite, avec toutes les conséquences qui s’ensuivent. Ainsi l’importance en nombre des candidatures aux emplois publics appelle-t-elle une analyse profonde et minutieuse des objectifs réels qui les sous-tendent. 

Un constat général s’impose : Plus grand sera le rôle du secteur public dans l’activité d’un pays, plus celui-ci aura des chances de figurer en bonne place dans le classement des corrompus. En effet, c’est l’omniprésence de l’Etat qui multiplie les sources et les risques de corruption de sorte que le tout-Etat conduit inévitablement au tout-corruption. Travailler à réduire les scandales de détournement de fonds et de corruption commande donc que les pouvoirs publics commencent par agir moins en plus d’agir bien. 

Tout cela suppose en conséquence que la lutte contre la corruption, pour être efficace, ne pourra faire l’économie de réformes structurelles profondes qui viseraient principalement le recul de l’Etat sur la scène économique et son extrême discrétion dans le jeu marchand. Il s’agira de diminuer amplement l’importance des activités couvertes par la puissance publique puisqu’elles constituent autant de voies par lesquelles chemine la corruption d’agents occupant des positions sensibles. 

La lutte contre la corruption nécessite un travail sur les hommes certes, mais elle impose à titre principal un travail sur l’Etat. Et sous peine de voir ce phénomène prendre davantage d’ampleur avec l’avènement de la décentralisation, autre génératrice féconde de corruption, il serait fortement opportun que ces réformes soient engagées de suite. 

En s’attaquant à ce chantier, l’Etat ne permettra pas seulement l’amélioration de notre classement sur le tableau de Transparency International, mais il aidera en outre notre pays à quitter la triste 154 ème position qu’il occupe avec un soupçon d’acharnement dans le classement «Doing Business» de la Société Financière Internationale. 

Par Jean Rostand Mounlom

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 27 décembre 2007

undefined

Ecoutez le
podcast du Professeur Mamadou Koulibaly, Président de l'Assemblée Nationale ivoirienne. 

Quelles sont les causes du retard de l'Afrique francophone ? La France y est-elle "pour quelque chose" ? Les négociations du cycle de Doha pourront-elle changer l'avenir ?

Le Professeur Koulibaly a accordé une interview à unmondelibre.org pour répondre à ces questions.

http://www.unmondelibre.org/podcasts/Koulibaly_08_02_2007.mp3

Par unmondelibre.org, le projet francophone pour les droits individuels, la liberté économique et la paix

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Côte d'Ivoire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Catégories

Opinion

Do not leave Africa in scramble



To many minds, Africa is a picture of hopeless misery: afflicted by poverty, scarred by corruption and ravaged by Aids and war. These facts are true, but they tell only half the story. In many sub-Saharan African countries output briskly outpaced population growth during the last decade, leading to sustained growth in income per capita and promising a lasting escape from poverty.

Behind the success lies many African leaders’ willingness to adopt solid macroeconomic policies and move towards more transparency and less red tape. Economic integration with the world deepened and trading relations diversified. Record-breaking prices boosted commodity exporters’ incomes. The private sector’s success, for example in telecommunications, showed that Africa does not lack good business opportunities. Before the crisis, countries such as Ghana were on course to escaping aid dependence by entering global capital markets.

But Africa is now slipping. Foreign direct investment has shrivelled. Capital markets have seized up as funds flee to the safety of rich-country sovereign bonds – with which the market is flooded. The price of trade credit has soared, sharply halting trade flows, with commodity exporters suffering additionally from the drop in prices.

As tax revenues fall and demands on public services rise, governments without large savings are in a squeeze. African leaders warn of a popular backlash: if the public suffers undeserved pain after governments followed what rich countries told them to do in the 1990s, economic growth and democratic stability are at risk. Already coups and riots are on the rise.

The world’s leading countries must act to end the global crisis as soon as possible. In the meantime, Africa should not be a casualty of other priorities. African governments that have shown a commitment to sound policies must be helped to fill temporary funding gaps. And rich countries should quickly prop up trade finance: it would do much good and cost little.

Development aid
can do ill as well as good; the long-term goal must be to get rid of it. But that is no argument against short-term crisis assistance, which has been provided – quickly – to small and relatively rich European countries; many African countries need the same. Moreover, rich countries made aid promises at the Gleneagles summit that they have yet to fulfil.

The potential cost of the crisis in Africa is not just unemployment; it is starvation, civil war and the closing of an escape route from poverty. That is a price the world cannot afford to pay.


Editorial
Financial Times
Le 16/03/2009

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus