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Esclavage moderne

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Lundi 3 septembre 2007

Depuis quelques semaines, faisant suite à la parution d’un texte dont il est l'auteur intitulé «Le blues de la République»* dans le journal gouvernemental Fraternité Matin, Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée Nationale, occupe les devants de la scène médiatique ivoirienne. Et son intervention au journal télévisé de 20 heures de la première chaine nationale RTI jeudi dernier n’a visiblement pas contribué à calmer le jeu. Nous avons demandé à l’analyste ivoirienne Mahalia Nteby, bonne connaisseuse de la géopolitique africaine, de nous donner son point de vue sur les raisons de tout le remue-ménage médiatique autour du numéro 2 ivoirien. Une interview de Sylvestre Konin.

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Que pensez-vous des rumeurs faisant cas du prochain départ de Mamadou Koulibaly du FPI ? 

M.N.: Je les trouve très intéressantes, pour plusieurs raisons. En effet, l’observation du contexte, du timing et des méthodes utilisées dans le cadre de ce qu’il convient à présent d’appeler «l’affaire Koulibaly» laisse entrevoir plusieurs pistes d’analyse possibles. 

Tout est parti du silence, certes assourdissant, dans lequel s’est muré le président de l’Assemblée Nationale depuis quelque temps et qui coïncide avec l’annonce triomphale de l’Accord de Ouagadougou par le chef de l’Etat ivoirien. Le professeur Koulibaly, qui avait auparavant fortement occupé les devants de la scène médiatique en sillonnant inlassablement tous les quartiers d’Abidjan avec une campagne de la Paix ayant laissé sur le carreau le parti d’Alassane Dramane Ouattara, en entraînant la migration massive de ses bases et même ses cadres vers le Front Populaire Ivoirien, s'est subitement fait discret dans le paysage politique éburnéen. D’aucuns ont dès lors vite fait de conclure au rejet par le chef du Parlement ivoirien de la solution de sortie de crise proposée et concoctée par Laurent Gbagbo. 

Et cela serait faux ? 

M.N.: Cette interprétation est à tout le moins sujette à caution. Même si l’on peut supposer que l’idée de serrer la main des rebelles ne déclenche pas un enthousiasme délirant chez lui et qu’il est incontestable qu’il privilégie d’éviter la démultiplication d’occasions d’accolades avec ceux qui ont amené la guerre et le chaos en Côte d’Ivoire, le professeur Koulibaly n’est, à mon avis, pas opposé au «processus de paix» version Ouaga. Je rappelle ici qu’il a reçu le porte-parole de la rébellion à son domicile et qu’il a accompagné ce dernier au meeting de la Paix organisé par Charles Blé Goudé à Yopougon en avril dernier. Au cours de ce meeting, auquel ont participé la première dame et des hauts responsables du clan présidentiel, Mamadou Koulibaly a pris la parole pour exprimer clairement son adhésion au principe de l’Accord de Ouagadougou, tout en émettant une réserve sur la chronologie. Selon lui, le désarmement doit avoir lieu avant les audiences foraines. Et même s’il n’a pas été, comme d’autres, jusqu’à danser sur l’estrade du lieu de la cérémonie avec les rebelles, il n’y a aucune place pour les supputations en ce qui concerne la position du président de l’Assemblée Nationale par rapport à l’Accord de Ouagadougou. 

Et son absence remarquée à la cérémonie de la «Flamme de la Paix» à Bouaké le 31 juillet dernier, événement qui a vu la présence de plusieurs chefs d’Etat africains et de quasiment tout le gotha diplomatique, institutionnel et politique ivoirien ? 

M.N.: (Rires) Quand tout le monde ne parle que de la grande fête qui se prépare dans le village voisin et clame son intention d’y participer, il faut bien que quelqu’un se dévoue pour garder la maison, afin que des voleurs ne succombent pas à la tentation de venir cambrioler le domicile qui, de notoriété publique, est inoccupé. En quoi est-il si difficile de comprendre que pour des raisons de sécurité évidentes, il était impossible que les numéros 1 et 2 ivoiriens se retrouvent en même temps à Bouaké ? On ne sait jamais… Avec Gbagbo, Koulibaly et 80% du microcosme politique dans le fief de la rébellion, certains auraient pu éprouver la saugrenue envie de saisir une occasion unique de parachever ce qui n’a pu l’être dans la nuit du 19 septembre 2002 ou en novembre 2004. 

Comment analysez-vous donc le mutisme de Mamadou Koulibaly depuis maintenant presque 9 mois ? 

M.N.: Tout d’abord, ainsi que je viens de vous le rappeler, il est faux d’affirmer qu’il y a eu mutisme. En effet, monsieur Koulibaly s’est bel et bien exprimé, et à plusieurs reprises. J’ai eu moi-même l’occasion de publier trois textes très denses de sa plume depuis le mois de juillet 2007 sur le site Saoti (http://saoti.over-blog.com). 

Ensuite, comme il l’a si bien dit lui-même jeudi dernier, il n’a pas vocation à parler pour parler. Mamadou Koulibaly, l’intellectuel et l’homme privé, est libre de choisir quand, où, sur quoi et comment il s’exprime. Mamadou Koulibaly, le président de l’Assemblée Nationale, agit de concert avec le Président de la République. Lorsque celui-ci lui confie des missions, il les effectue. Lorsque le chef de l’Etat ne le sollicite pas, il ne remplit pas l’espace médiatique. C’est plutôt normal. 

Enfin, l’organisation d’une tournée comme la campagne de la Paix qu’il a effectuée à Anyama, Adjame, Abobo, Port-Bouët, Marcory etc. nécessite forcément des moyens logistiques, matériels et financiers importants. Monsieur Koulibaly ne dispose apparemment pas, comme d’autres, de sources financières soudaines et intarissables. Il agit visiblement en fonction des moyens dont il dispose et cela, tout en étant rassurant sur le plan moral, conduit à une intermittence plus ou moins longue de sa présence en ligne de front. Après une pause régénératrice, il vient d’ailleurs d’annoncer une reprise prochaine de ses meetings, qui cibleront cette fois les militants du PDCI. Cela devrait donc mettre fin aux interprétations approximatives d’un état de chose somme toute naturel. 

Justement, revenons sur les dernières prises de parole du président de l’Assemblée Nationale. Dans un texte intitulé «Le blues de la République», il dénonce les dérives des refondateurs, ce que certains interprètent comme l’indication de son départ prochain du FPI. 

M.N.: Effectivement, Monsieur Koulibaly a reconnu les dérives de certains refondateurs. Il aurait été malhonnête de sa part de nier l’évidence. Comparé à ce qu’il nous est donné d’observer au quotidien, je pense d’ailleurs qu’il a été trop tendre dans ses critiques envers ses pairs et qu’il s’est plus attardé à expliquer, chiffres et faits à l’appui, l’hideuse transformation de la Refondation en Rebfondation au contact – imposé – des rebelles. Cependant, puisque même ses contradicteurs s’accordent à saluer le courage de son acte, ne polémiquons pas là-dessus.
 
Je vais peut-être vous étonner, mais je subodore que les rumeurs de son départ du FPI ont initialement été lancées par les refondateurs pointés du doigt eux-mêmes. Au lieu de se remettre en question, au lieu de se dire «Maintenant qu’on s’est fait prendre les dix doigts dans le pot de confiture et que l’on s’est fait tancer, arrêtons la gabegie», ceux-ci ont préféré dire et faire dire que si Koulibaly les dénonce, c’est parce qu’il a un agenda caché et s’apprête à quitter le FPI. Pour eux, que ce soit par mauvaise foi ou par atrophie intellectuelle, on n’a pas le droit de critiquer un système de l’intérieur. Il faut forcément être passé à l’ennemi pour dénoncer des comportements déviants. Comment, dès lors, s’étonner qu’avec de tels raisonnements, le développement de l’Afrique stagne ? Toujours est-il que, cette rumeur découlant initialement d’un refus de se remettre en cause par des prédateurs refondateurs, a été bien opportunément reprise et amplifiée par l’opposition, trop ravie de l’aubaine d’un éventuel schisme au sein du parti au pouvoir et par les réseaux françafricains, dont Mamadou Koulibaly est le pire cauchemar depuis qu’il a claqué la porte de Marcoussis en 2003 et qu’il a entrepris sa croisade dénonciatrice du Pacte colonial. 

Pensez-vous que le calendrier de cette cabale soit anodin ? 

M.N.: Ecoutez, cabale n’est pas exactement le mot que j’utiliserai. D’une part parce que je crois que nous sommes ici, primairement, dans une situation de «tel est pris qui croyait prendre». En croyant exposer Koulibaly qui a, selon eux, eu l’outrecuidance d’indexer, même superficiellement, leurs mauvaises pratiques, les rebfondateurs se sont eux-mêmes tirés une série de balles dans le pied. Non seulement Koulibaly est érigé en héros vertueux, même par les adversaires historiques du FPI, mais en plus, ils ont déstabilisé les militants frontistes et la galaxie patriotique, qui en sont arrivés à penser devoir choisir entre Gbagbo et Koulibaly, ce qui a entrainé de fortes turbulences au Front Populaire Ivoirien. 

Donc pour vous, une scission Gbagbo / Koulibaly est impensable ? 

M.N.: (Sourire) Monsieur Konin, rien n’est impensable. J’ai un ami dont le grand-père disait toujours : «Ce que tu n’as jamais vu, ne dis pas que c’est impossible. Dis seulement que tu n’as pas encore croisé celui qui le fait». Dans la vie, en politique, tout est possible. Seulement j’ai la conviction qu’une scission n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs monsieur Koulibaly l’a confirmé en live à la télévision. Le numéro 2 ivoirien a publiquement refusé de défendre l’indéfendable en écrivant «Le blues de la République» et en réitérant son propos à la RTI jeudi dernier. Tous ceux qui s’attendaient à ce qu’il fasse machine arrière en ont été pour leurs frais. Je crois que si les dérives FPIstes continuent sans que le chef de l’Etat ne trouve utile d’y mettre le holà, alors des divergences pourraient effectivement voir le jour entre les deux hommes. Mais on n’y est pas. 

Pour en revenir à votre question précédente, si je crois que la paternité de la rumeur d’une brouille entre Koulibaly et Gbabgo est à mettre au crédit d’une initiative malhonnête et mal pensée des rebfondateurs, je suis certaine que la capitalisation qui en est faite par les réseaux françafricains n’est en aucun cas anodine ou fortuite. 

Que sous-entendez-vous par là ? 

M.N.: Je ne sous-entends rien. Comme Koulibaly, je constate que le contrat de la SODECI, arrivé à expiration, doit être renégocié. Je constate que le code des télécommunications qui doit être prochainement voté à l’Assemblée Nationale a fait l’objet d’une étude préalable financée, pour le compte de l’Etat ivoirien, par l’un des opérateurs directement concerné. Je constate que les deux entreprises qui sont aujourd’hui bénéficiaires du contrat arrivé à expiration d’une part et qui ont financé l’étude sur laquelle est basée la réglementation à voter d’autre part sont des entreprises françaises, Bouygues et France Télécoms. Je constate qu’au moment où des négociations cruciales pour les intérêts de la nation ivoirienne arrivent à échéance, le gouvernement français ressort de ses cartons la tragi-comique affaire Kieffer, le «journaliste» franco-canadien disparu et oublié, dont la France se souvient sporadiquement, quand ça l’arrange – de préférence à la veille de renégociations d’envergure –, et le Canada pas du tout. 

Je constate que les mêmes mécanismes ont déjà été employés lors de la renégociation des contrats de la CIE et du terminal à conteneurs du Port d’Abidjan, dont les heureux bénéficiaires ont été, ô surprise, des entreprises françaises, alors qu’au niveau international, on mettait la pression sur le président ivoirien en exhibant des soi-disant dossiers contre lui et ses proches, relativement à l’opération Dignité ou toujours à la disparition finalement si opportune pour le gouvernement français de Guy-André Kieffer. 

J’affirme clairement que les mêmes réseaux sont à l’œuvre aujourd’hui, pour créer une pression (affaire Kieffer) et encourager une cacophonie (affaire Koulibaly quitte le FPI) qui ont pour but de servir à détourner l’attention des vrais enjeux : la perpétuation du pillage formalisé par le Pacte colonial. 

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, et les acteurs n’ayant quasiment pas changé, pensez-vous que la finalité sera différente cette fois ? 

M.N.: Si Laurent Gbagbo décide qu’il n’est pas convaincu de la capacité de nuisance de l’Etat français et qu’il souhaite faire confiance aux bonnes paroles nocturnes du nouveau président français, alors il n’y a aucune surprise à attendre et les sociétés françaises pourront tranquillement continuer à s’enrichir sur le dos des citoyens ivoiriens. 

Par contre, si le président Gbagbo, qui a, comme nous tous, je le présume, entendu le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar et lu dans la presse hexagonale la consternation des Français face à la collusion affichée par leur nouveau chef de l’Etat avec les patrons des multinationales en attente de renouvellement de leurs contrats d’exploitation ou de consolidation de leur position dominante sur le marché éburnéen, si Gbagbo donc comprend que le résultat de l’élection présidentielle n’a rien changé de fondamental dans les intentions spoliatrices de l’Etat français envers la Côte d’Ivoire, alors nous pourrions avoir d’heureuses surprises. 

Entendons nous bien. Sarkozy, c’est Chirac en pire. Ceci ne veut pas dire pour autant que les entreprises françaises doivent automatiquement être exclues du processus. Si Bouygues est le mieux disant et si sa proposition satisfait les désidératas de l’Etat ivoirien en termes de revenus, de couverture ou d’accessibilité pour les populations, alors, que Bouygues soit désigné adjudicataire ! Le même principe s’applique au Code des télécoms. Cela implique cependant de la part de l’Etat ivoirien que l’on en revienne aux mécanismes normaux de bonne gouvernance – les appels d’offres et consultations internationales –, en lieu et place de cessions de gré à gré négociées au milieu de la nuit avec les émissaires barbouzes de cercles jacobins. 

Mais, vu sous cet angle, était-ce donc judicieux de la part du Professeur Koulibaly de choisir de jeter un pavé dans la mare de son propre camp à cette période cruciale? 

M.N.: Je ne connais pas les raisons qui ont poussé monsieur Koulibaly à le faire. Il faudrait que vous le lui demandiez directement. Mais je peux vous dire qu’il n’y a pas de moment plus adéquat qu’un autre pour relever des déviances inacceptables. Le président de l’Assemblée Nationale a inlassablement désigné la France comme le premier ennemi de la Côte d’Ivoire et l’a combattu constamment depuis lors. Ce n’est pas parce qu’il est au front contre la France qu’il n’a plus le droit de critiquer des comportements contre-productifs de ses pairs qu’il observe lorsqu’il regarde par dessus son épaule ! Ce n’est pas l’opportunité de la sortie de Koulibaly qui doit être questionnée, mais plutôt la bienveillance dont bénéficient les rapaces qui se vautrent dans le pillage des biens, la corruption et le trafic d’influence comme si demain n’existait pas ! 

Que dites-vous à propos du virement au RDR de l’ex-conseiller de Mamadou Koulibaly, le Dr Antoine Ahua Jr ? 

M.N.: Pas grand-chose. Ce monsieur a été expulsé de Côte d’Ivoire pour des motifs pas encore éclaircis à ce jour. Qu’a-t-il donc fait de si terrible pour qu’il soit le seul à qui l’on refuse le droit à l’amnistie ? Il serait intéressant que le pouvoir en place explique pourquoi il bénit et encourage les populations à pardonner à des gens qui ont tangiblement assailli la Côte d’Ivoire, tué des milliers de personnes, violé des centaines d’autres, pillé nos ressources, braqué nos banques, écoles, foyers, semé désolation, peur et haine, fomenté des coups d’Etat et dénie la même grâce à quelqu’un, à priori un patriote, dont on ne sait pas ce qu’il a pu faire de pire pour qu’on lui refuse ce qu’on a, avec empressement et sans commune mesure, accordé à Soro, Wattao, Konaté ou Bictogo ? 

Qu’Ahua en conçoive de l’amertume est compréhensible, d’autant plus qu’ainsi qu’il le dit lui-même, son expulsion lui aurait causé un préjudice financier important. Vous savez, il n’est ni le premier, ni le dernier qui, pour des raisons alimentaires, est prêt à faire volte-face ou à vendre son indépendance d’esprit au mieux disant. Il lui faudra vivre avec ça intellectuellement. Ca ne va sûrement pas être aisé. 

Cette défection ne porte-t-elle pas néanmoins un coup dur au Président de l’Assemblée Nationale ? Il a tout de même co-signé un livre avec le Dr Ahua. 

M.N.: Mais justement. Les preuves du revirement à 360° d’Ahua sont là pour toujours, ineffaçables. Lorsque vous vous replongez dans la biographie et la bibliographie de Koulibaly, vous constaterez qu’il est d’une constance incroyable. Je ne vois pas en quoi le fait que le Dr Alassane Ouattara, qui retrouve un peu de couleurs après avoir encaissé près de 800 millions de FCFA de l’Etat pour le financement de son parti, puisse se «payer» le soutien très isolé du Dr Ahua aurait un quelconque impact déstabilisateur sur le professeur Koulibaly. 

J’ai d’ailleurs lu que le Dr Ahua, dans une interminable lettre ouverte aux Ivoiriens, déplore «la faiblesse politique» de Koulibaly, à qui il reproche «de ne pas avoir d’ambition politique. Il est avant tout un technocrate, arrivé en politique par sacerdoce». Vous ne trouvez pas qu’on fait beaucoup de bruit autour de quelqu’un qui n’a pas d’ambition politique ? Plaisanterie à part : Mamadou Koulibaly n’a peut-être pas d’ambition personnelle ; mais il a des ambitions énormes pour son pays et ses concitoyens. C’est pour cela qu’il est dangereux pour les adeptes de la (re)colonisation de la Côte d’Ivoire. C’est pour cela que Laurent Gbagbo lui fait confiance. C’est pour cela que nous devons le soutenir et que nous le soutenons. 

Interview réalisée par Sylvestre Konin in Le Courrier d'Abidjan, le 04 Septembre 2007

Lire "Le blues de la République" du Pr. Mamadou Koulibaly en cliquant http://saoti.over-blog.com/article-11646208.html

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Dimanche 2 septembre 2007

Les incompréhensions concernant l’Afrique sont multiples, le dernier discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en apporte une preuve éclatantE. Dans les pays riches, ces malentendus sont souvent véhiculés par des médias officiels qui devraient avoir pour but d’ouvrir les yeux des citoyens sur des différences à propos desquelles il y a tant à apprendre, notamment sur une autre façon de concevoir le monde et la relation à autrui. Mais l’existence de cette autre vision du monde est dérangeante quand on veut accréditer l’idée qu’il n’y a pas d’alternative à la logique actuelle. Il est fondamental d’ouvrir les yeux sur l’Afrique, sans l’idéaliser, sans la mépriser, sans la dénaturer, mais en la respectant.

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Smithologie ? 

Stephen Smith, pour ceux qui l’ignorent, a été responsable Afrique du journal français Le Monde, journal de référence s’il en est. Il est donc un responsable éminent de l’information sur l’Afrique en France. Il a publié un livre intitulé Négrologie qui a eu l’insigne honneur de recevoir le Prix du livre d’essai France Télévisions 2004. On se dit alors qu’il ne peut être fondamentalement mauvais. Pourtant il l’est. 

L’idée-force de cet ouvrage est exprimée dès l’introduction : «Pourquoi l’Afrique meurt-elle ? En grande partie, parce qu’elle se suicide.» Selon lui, tous ceux qui défendent une quelconque authenticité africaine sont complices. Ce sont eux qu’il appelle négrologues. 

Très tôt dans son livre, Smith pourfend tous ceux qui pensent que l’Afrique a une place particulière dans le monde et est porteuse de valeurs qu’elle doit s’efforcer de préserver : «En dépit des circonstances atténuantes que l’on peut lui reconnaître, l’afro-optimisme est un crime contre l’information. On n’a ni le choix ni le droit. [...] L’Afrique au singulier existerait seulement en tant qu’abstraction, à l’instar de l’Europe, si le continent au sud du Sahara ne s’était pas abîmé dans de multiples catastrophes, affligé de nombreux fléaux, victime de lui-même. [...] Depuis l’indépendance, l’Afrique travaille à sa recolonisation. Du moins, si c’était le but, elle ne s’y prendrait pas autrement. Seulement, même en cela, le continent échoue. Plus personne n’est preneur.» 

Au fil des pages, en s’appuyant sur un pseudo-raisonnement à l’emporte-pièce, perce une haine rampante qui se pare de condescendance. Selon Smith, le monde occidental est la référence absolue et tout se mesure à l’aide de cette jauge. Il ne peut envisager que l’on refuse l’ordre établi par les pays riches : «A-t-on le droit de s’interroger sur "les capacités institutionnelles de l’État postcolonial", alors qu’il n’y a guère un aéroport en Afrique qui soit convenablement administré, plus de services postaux qui fonctionnent, que la distribution d’eau et d’électricité a dû être confiée, presque partout, à des groupes étrangers, toujours les mêmes, ces nouvelles "compagnies concessionnaires" ? Enfin, sur un continent qui n’a inventé ni la roue ni la charrue, qui ignorait la traction animale et tarde toujours à pratiquer la culture irriguée, même dans les bassins fluviaux, les coopérants doivent-ils se mordre les lèvres quand, en discutant avec leurs homologues africains, ils ont eu le malheur d’évoquer le "retard" de l’Afrique ?» L’Afrique n’est pas en retard, monsieur Smith, elle est dominée. Et les enfants d’Afrique ne se complaisent pas dans ce rôle de dominés, ils se débattent, souvent brillamment, ils imaginent, ils inventent, ils subissent, ils « débrouillent »… Mais le propos de Smith est-il vraiment surprenant quand on sait qu’il a commis en 1994 un autre livre au titre évocateur et insupportable : L’Afrique sans Africains ? 

Inégalité et différence 

Pour ne pas être accusé de prôner l’inégalité des races, Smith prend les devants… sans oublier d’ajouter quelques commentaires sympathiques comme des lames de couteaux : «Qu’est-ce à dire ? Que "les" Africains sont des incapables pauvres d’esprit, des êtres inférieurs ? Sûrement pas. Seulement, leur civilisation matérielle, leur organisation sociale et leur culture politique constituent des freins au développement, au sens littéral de ce terme dérivé du verbe latin volvere pour désigner des pays qui "tournent". L’Afrique ne tourne pas parce qu’elle reste "bloquée" par des obstacles socioculturels qu’elle sacralise comme ses gris-gris identitaires. Le succès de ses émigrés en est la meilleure preuve a contrario : ceux qui parviennent à s’échapper de l’Afrique réussissent en règle générale fort bien, et d’autant mieux qu’ils s’arrachent à la sociabilité africaine.» La civilisation matérielle est le summum des critères pour Smith, et en cela, la façon d’être de nombre d’Africains est un obstacle. Une seule issue donc pour l’Afrique de Smith : s’intégrer à la mondialisation néolibérale et consumériste, accepter les volontés de ses oppresseurs, se perdre pour leur ressembler, même si la planète ne pourrait supporter bien longtemps un mode de vie universel calqué sur celui des pays riches d’aujourd’hui. 

La solidarité objective entre les riches des pays les plus industrialisés et ceux d’Afrique est bien visible pour qui analyse le système actuel et cette colonisation subtile via la dette, mais pour Smith, rien ne différencie un Africain d’un autre Africain. Il n’ausculte pas, il ne parle qu’en terme simpliste d’opposition Nord/Sud, il frappe à l’aveugle : «D’où un sentiment d’impuissance toujours renouvelé chez nombre d’Africains, qui ne demandent qu’à croire à la conspiration permanente d’un Occident bien connu pour sa "duplicité", son "cynisme", ses "coups fourrés". C’est là le vocabulaire, passablement paranoïaque, de toute une série noire d’ouvrages sur l’Afrique qui, avec au moins une décennie de retard, font leur fiel des "scandales" imputés à l’Occident, alors que celui-ci s’est retiré du continent sur la pointe des pieds, sans même payer son ticket de sortie pour les abus réellement commis, du temps de son hégémonie incontestée. Mais comme il s’agit seulement d’ "accrocher" les pouvoirs occidentaux, le feu sacré de l’indignation ne brûle pas au sujet de la criminalisation de beaucoup d’États du continent, des trafics d’armes, de drogues ou d’êtres humains sans connexion blanche, de l’interventionnisme militaire des nouvelles puissances régionales telles que le Rwanda, l’Angola, le Nigeria, des guerres hors conventions, des exactions commises à l’égard d’opposants, des massacres d’Africains par d’autres Africains.» Et c’est tout pour Smith, pas de militaires français pour former les génocidaires rwandais, pas de Total pour faire perdurer la guerre en Angola, pas de pétrole ou de diamants achetés par des puissants au Nord qui permettent aux exactions de se poursuivre… Pourtant, les pays africains n’ont pas le monopole des exactions contre des opposants, toute l’actualité le démontre. Il n’y a donc là aucun rapport avec une certaine identité africaine. Quand on en est réduit à parler de «massacres d’Africains par d’autres Africains», c’est qu’à coup sûr, la grille de lecture n’est pas la bonne. Il se trouve que certains d’entre eux sont armés par des grandes puissances qui y ont intérêt, et que les autres subissent aussi bien les exactions que l’ajustement structurel et la pauvreté. 

La décolonisation seulement apparente, les manœuvres des anciennes métropoles pour rester aux commandes sans en avoir l’air, les compromissions des dirigeants servant ce but, furent des bombes à retardement. Le chaos a ses causes précises. Les anciens tuteurs au Nord ont une part importante de responsabilités. Il ne faut surtout pas croire que le jour où le dernier gouverneur français est parti d’Afrique, tout est redevenu comme si la France n’avait jamais pris le contrôle de pans entiers du continent. Les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Mais Smith accuse l’Afrique de tous les maux : «Privée de sa "rente" géopolitique, incitée à se hisser au niveau du reste du monde en matière de libertés publiques et de gestion d’État, l’Afrique s’est livrée à des violences inouïes, moins à l’encontre de ses anciens "tuteurs", souvent hors de portée, que contre elle-même. En vingt ans, un continent "bon enfant" que des hippies attardés traversaient en auto-stop sans la moindre crainte s’est transformé en une zone largement interdite, une jungle sans foi ni loi avec des clairières surprotégées, réservées aux expatriés. Crime inconnu dans le temps, nombre de "Blanches" y ont été violées, un geste vengeur que les ambassades occidentales tentent d’isoler comme un mauvais germe en étouffant le "scandale". Mais, surtout, l’Afrique s’est automutilée, s’est abandonnée à l’ultime chantage du faible : le suicide. À quel point faut-il être hors de soi, aliéné à ne plus se reconnaître, pour se grimer et s’affubler de perruques, pour abattre, brûler vifs ou écharper à coups de machette des hommes, femmes et enfants ?» Ainsi décrit, le viol semble s’être progressivement inscrit dans la culture africaine… Monsieur Smith, l’Afrique est un des territoires du système capitaliste et les peuples africains y sont mutilés et opprimés avec la complicité des dirigeants du Sud. Il ne s’agit pas d’une automutilation. Les coups portés le sont par des puissants, au Nord et au Sud, que vous servez ou que vous couvrez. 

Génocide de la pensée 

Après le viol, le génocide est une seconde nature pour l’Afrique que croit connaître Smith, l’Afrique de son invention pour alimenter ses cauchemars : «[Patrice Nganang] fait cette remarque dans un court texte, titré "La dernière station de l’imagination africaine", où le Rwanda est présenté comme le terminus d’une pensée qui se résume dans des concepts tels que "essentialisme", "négritude", "africanisé"... La prolifération de la thématique "génocidaire" partout au sud du Sahara donne, hélas, raison à Patrice Nganang : la pensée identitaire, la plupart du temps "tribale" en Afrique, cherche son ultime preuve d’existence dans la négation absolue de l’Autre qu’est le meurtre de masse.» Il ne lui traverse pas l’idée dans ce livre que la manipulation du clivage Hutu/Tutsi au Rwanda par le colonisateur belge puisse être pour quelque chose dans le génocide de 1994… Et il oublie d’écrire clairement que le génocide n’est absolument pas une spécificité africaine, il ne rappelle pas le lourd passé de certains Européens dans ce domaine, de l’Inquisition à la Shoah, des «Indiens» d’Amérique à la Bosnie, pour n’en citer que quelques-uns. Il est des non-dits coupables dans des sujets aussi sensibles que celui-là… 

Jusque là latent, le racisme anti-africain de Smith s’affirme alors, odieusement : «Comme le dit, avec son inimitable acidité, Yambo Ouologuem : "Quant au Noir, lorsqu’il devient un individu, c’est un type brillant." Mais en tant que membre d’une collectivité, que sait-il faire d’utile ? [...] La "fuite des cerveaux" prive l’Afrique de sa sève, seul reste le bois mort. Car il n’y a pas que les diplômés qui partent. Les habitants les plus dynamiques - les plus entreprenants au sens large usent de tous les moyens, légaux ou illégaux, pour émigrer dans un pays occidental. Là encore, c’est un choix rationnel, les chances de mieux gagner sa vie y étant infiniment plus grandes. Toutefois, on aurait tort de penser que le pays d’origine en profite, par exemple à travers les mandats envoyés aux parents : dans bien des cas, ces fonds rapatriés - "gratuits" comme l’aide étrangère - subventionnent, et perpétuent, des pratiques économiques condamnées, sans avenir (comme l’agriculture traditionnelle dans la vallée du fleuve Sénégal ou des investissements improductifs à Kayes, au Mali).» Selon Smith, l’Africain moyen est donc du bois mort : le lecteur sera juge. 

L’Afrique est un continent à qui on dicte depuis longtemps les règles du jeu sinistre qu’on lui fait jouer. Nombreux sont les Africains qui refusent ces règles-là. Et ils ont raison. Mais la domination est trop forte. Quand on vous fait jouer avec des règles qui vous sont absolument étrangères, le jeu tourne vite à l’anarchie. Smith n’envisage pas d’autres règles que celles du modèle dominant. Il n’envisage de système de pensée que le sien. Il n’envisage de démocratie qu’à l’occidentale, où 50,1 % des individus qui se sont déplacés aux urnes, convoqués trop rarement après des campagnes électorales coûteuses et très contrôlées sur le plan médiatique, donnent à quelques notables la possibilité de décider pour tous, sans aucune possibilité de les révoquer et de les contraindre à rendre des comptes aux électeurs… Il n’envisage de richesse que financière. Il n’envisage de réussite que sociale et matérielle. Alors forcément, nombreux sont ceux en Afrique qui ne se reconnaissent pas dans cette façon de voir, et qui refusent ce modèle. Ce refus, qui est donc profondément une affirmation, est considéré par Smith comme un recul : «Les explorateurs, et tous les étrangers qui les ont suivis depuis, ont basculé les Africains dans un monde que ceux-ci ne reconnaissent pas comme le leur. N’est-ce pas la raison profonde pour laquelle l’Afrique, au lieu d’avancer, recule ? Ou, plus précisément, n’avance que sous la contrainte extérieure, hier coloniale, aujourd’hui tutélaire (FMI, Banque mondiale, États donateurs, etc.) ? Le développement, l’État, le rang du continent dans le monde, même la santé publique ou l’éducation nationale ne sont pas, en Afrique, le souci du plus grand nombre. C’est "une affaire de Blancs", comme on dit couramment en Afrique francophone. En somme, ce serait seulement la suite logique d’une erreur historique d’aiguillage ayant mis le continent sur une voie de garage. Au lieu de s’épuiser à vouloir rattraper les "maîtres de la terre", hier les colons, aujourd’hui les "mondialisateurs", les Africains se sont enfermés dans un passé réinventé et idéalisé, une "conscience noire" hermétiquement scellée. [...] tant que les Africains ne comprendront pas qu’ils ne peuvent pas baigner dans le liquide amniotique de leur « authenticité » tout en se lamentant de l’absence d’eau chaude et d’électricité, ils seront obligés de "détourner" leur destin : en volant des deniers publics, en tuant le "temps des Blancs" et ceux de leurs "frères" qui s’y inscrivent pour bâtir une existence, laborieuse mais honnête. Les "négrologues" sont pires que la "négrologie" : l’Afrique se meurt d’un suicide assisté.» Il semblerait donc qu’un Africain authentique ne puisse pas avoir l’eau chaude, et que la meilleure issue pour l’Afrique selon Smith serait de s’épuiser à rattraper ses oppresseurs… Quel programme séduisant ! 

Degré zéro 

Le suicide assisté dont parle Smith est le degré zéro du raisonnement. Cette affirmation sous-entend que l’Afrique, par ce qu’elle est, veut sa propre perte. Or l’Afrique n’est pas homogène. Il n’y a pas en Afrique une entité pensante unique. Les enfants d’Afrique sont tous différents. Dans l’histoire de la pensée, l’attitude qui consiste à parler d’un continent de façon monolithique s’est toujours révélée être une faute intellectuelle majeure. Smith n’y échappe pas. Avec le même manque affligeant de rigueur que lui, on pourrait faire un livre intitulé Francologie pointant les différentes dérives de responsables français et leurs implications dans tant d’affaires peu glorieuses comme les détournements d’Elf… Quiconque examine les dictatures violentes en Amérique du Sud pendant les années 1970 et 1980 pourrait facilement faire un livre intitulé Latinologie et se tromper tout aussi lourdement… 

La logique défendue par Smith est exactement celle des grandes puissances et de la dette. En s’attaquant aux Africains et à l’Afrique, il exonère les puissants de leurs responsabilités. Il était au Rwanda en 1994, il a vu la France soutenir le pouvoir génocidaire puis favoriser l’évacuation des assassins par l’opération Turquoise. Cela ne l’empêche pas de défendre avec acharnement la position française. Les propos d’un journaliste du Nouvel Observateur, Laurent Bijard, en mai 2004, dix ans plus tard, sont troublants : «J’ai honte que la France n’admette toujours pas sa responsabilité, alors que tous les autres l’ont fait, y compris les États-Unis et la Belgique. Et je n’ai plus trop d’espoir... surtout quand je vois que des confrères, comme Stephen Smith, continuent à soutenir la France. J’étais avec Smith au Rwanda, nous avions les mêmes opinions, et il ne se gênait pas pour les exprimer. Aujourd’hui il a complètement changé de discours, je ne me l’explique toujours pas... » Smith est un serviteur de l’ordre établi, celui des puissants d’aujourd’hui. 

Il méconnaît lourdement le passé du continent, pourtant révélateur d’un continent qui avait atteint un haut niveau de développement politique, social et culturel avant que la traite des esclaves et la colonisation par les puissances européennes n’amorcent le déclin du continent. Par exemple, «aux 13e et 14e siècles, la ville de Tombouctou était plus scolarisée que la plupart des villes analogues en Europe». La plus ancienne université au monde, dont la création remonte au 9e siècle, avant celle de Bologne ou de la Sorbonne à Paris, est l’université Quaraouiyyîn, à Fès au Maroc. Dans la prestigieuse cité yorouba d’Ifé, au Nigeria, qui a dominé la région entre le 12e et le 15e siècle, les recherches archéologiques ont permis de découvrir des sculptures en terre cuite puis en bronze d’un style inconnu, dont la perfection et le réalisme idéalisé était largement comparable à l’art classique de la Grèce antique. 

Smith fait semblant de croire que l’Afrique est déconnectée de son passé, notamment d’opprimée, et des forces économiques mondiales, qu’elle décide de tout ce qui lui arrive. Qu’elle se pilote elle-même. Et qu’elle choisit librement le suicide. L’Afrique des peuples n’est pas libre mais ce n’est pas parce qu’elle refuse de l’être et qu’elle préfère ses chaînes. Elle subit le rapport de forces mondial. Elle subit la volonté du FMI, de la Banque mondiale, des multinationales, des dirigeants africains. Elle est mise en coupe réglée. Elle ne se suicide pas, on tente de l’exécuter. Et il ne manque pas d’Africains, hommes et femmes, jeunes et vieux, pour agir au quotidien afin que les peuples d’Afrique choisissent leur propre voie vers la réalisation des droits humains. C’est à leur côté que nous nous battons. 

Pour comprendre l’Afrique, quel meilleur conseil que de lire ses écrivains et ses intellectuels ? De Franz Fanon à Wolé Soyinka, de Cheikh Anta Diop à Aminata Traoré, de Mongo Beti à Ngugi Wa Thiong’o, de Ken Saro-Wiwa à Joseph Ki-Zerbo, de Dennis Brutus à tant d’autres, la littérature africaine est une mine d’or pour l’esprit, loin du déluge erroné et malodorant de Smith. 

Laissons la conclusion à l’écrivain André Gide, qui ne fut pas un hippie attardé traversant l’Afrique en auto-stop : «Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête.» 

Par Damien Millet in CADTM, le 19 Août 2007

Nous recommandons la lecture de Négrophobie, le livre-réponse de Boubacar Boris Diop, Odile Tobner et François-Xavier Verschave aux insanités distillées par Stephen Smith.

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par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Samedi 1 septembre 2007

Je vous propose un exposé qui relate une série d’expériences montrant à quel point il y a refus de la concurrence du droit dans cette partie du monde que l’on appelle l’Afrique. Cette moindre concurrence contribue indéniablement à laisser ce continent à l’écart de l’évolution globale du monde. Lorsque tous les indicateurs de bonne santé s’améliorent un peu partout, ce sont les indicateurs de mauvaise santé qui progressent en Afrique. Ce triste constat n’est pas un hasard. Il n’est fonction ni de la couleur de la peau, ni des conditions climatiques mais des choix institutionnels, juridiques que l’on fait sur ce continent. C’est la thèse que j’aimerais défendre ici. 

La naissance des «jeunes nations africaines» 

Après la seconde guerre mondiale, tous les Etats européens qui avaient des colonies en Afrique ont fait en sorte d’étatiser le monde des pays occupés. Auparavant, la grande Afrique occidentale française, la grande Afrique équatoriale française ainsi que la partie britannique de l’Afrique étaient principalement régies par le droit privé ; on y trouvait beaucoup de commerce privé. Sans chercher à discuter de la nature de la colonisation, après la deuxième guerre mondiale la France a précipitamment divisé ses empires en petits territoires pour caser un certain nombre d’hommes politiques. A l’époque, ces ministres députés (des africains) exerçaient au Palais Bourbon ou ailleurs. Pour leur trouver un point de chute après l’indépendance, il fallait découper les territoires. Chaque ministre, chaque député est devenu presque automatiquement président d’un territoire taillé à sa dimension. C’est ainsi que l’Afrique occidentale française fut divisée en petits pays. Ce découpage connut à l’époque un très grand succès. On dit aujourd’hui qu’il ne pouvait pas être viable. La comparaison avec l’expérience britannique montre que les résultats sont aujourd’hui identiques avec le Nigeria qui n’a pas été découpé en Etats indépendants mais conservé comme un bloc. 

De cette époque on retient la fameuse loi cadre élaborée en 56 par Gaston Defferre et Houphouët-Boigny, loi qui introduit la notion d’autonomie interne dans chaque territoire. Elle rappelle d’ailleurs les découpages qui ont suivi lorsque la France a réalisé la décentralisation. On pouvait penser qu’à partir de ce moment, ces Etats dotés de législations particulières allaient se faire concurrence et que la population africaine allait choisir le territoire sur lequel elle voulait vivre. Hélas non. 

Le «bon samaritain» 

L’Afrique a fait l’objet des soins du «bon samaritain», le gentil père qui met de l’ordre dans la famille, et qui est craint par tous (selon le concept de Gary Becker). Dans le cas présent, Paris est le «bon samaritain» et les «petits pays d’Afrique» francophone ou anglophone sont ses enfants. Paris a appliqué le même type de législation à tous ces nouveaux Etats : même constitution, même droits. Il leur a même été conseillé de ne pas se lancer dans des dépenses inutiles d’organisation de l’armée, de la justice. La coopération, c’est à dire l’Etat français, se chargeait de leur apporter l’appui nécessaire en matière militaire, policière et juridique. Le système a fonctionné jusqu’au moment où les dépenses publiques destinées au maintien de cette coopération sont arrivées à un niveau tel que la France a dû se désengager et rappeler tous ses fonctionnaires en poste en Afrique. Mais l’habitude étant donnée, les Etats ont conservé les mêmes types de droit. Nous étions alors dans la période de la guerre froide et le «bon samaritain» n’a pu empêcher ses enfants de faire ce qu’ils voulaient entre eux. 

En 1963, les Etats africains prennent l’initiative de se réunir à Addis Abeba, à l’Est du continent africain. Ils considèrent à cette époque qu’il leur faut prendre une indépendance réelle vis-à-vis des anciennes puissances coloniales. Ils souhaitent s’organiser et se doter de règles de droit qui favorisent leur développement et puissent entrer en concurrence avec le droit des pays européens. Ils ne souhaitent pas remettre en question les frontières héritées de la période coloniale. Mais lorsqu’ils reviennent d’Addis Abeba c’est le statu quo. Rien ne change et dans chaque territoire un potentat local est installé. A partir de là, tous ces Etats se lancent dans un processus prométhéen de construction d’une Union africaine, chère à Kadhafi. Alors qu’ils avaient la possibilité, comme les Allemands en 1989, de réunifier des territoires précipitamment découpés avant les indépendances, ils créent l’organisation de l’unité africaine, dans laquelle il est impossible de s’entendre. Chaque pays est un territoire et chacun revendique sa souveraineté. Non pas la souveraineté d’un peuple, mais la souveraineté des Etats. Dès lors, l’intégration signifie qu’il y a refus de concurrence entre Etats et refus de la liberté de choix pour les citoyens de s’installer là où ils le souhaitent. Parce que si l’on acceptait la concurrence, on créerait du droit et la population, les hommes d’affaires, ceux qui travaillent avec l’Afrique, apprendraient à exploiter ce droit. 

Le syndicat des chefs d’Etat 

Bien que les expériences d’intégration restent inachevées, on construit toujours de nouvelles expériences. On lance par exemple l’Union africaine. Et cela juste pour permettre à un ancien chef d’Etat malien de devenir Président de la Commission de l’Union africaine : Alpha Oumar Konaré du Mali. Léopold Sédar Senghor a pu entrer à l’Académie française, Abdou Diouf est à la Francophonie. Lorsque les chefs d’Etat africains sortent du système (ce qui était impossible avant 1990 ; on restait en place jusqu’à sa mort), il faut pouvoir les recaser. Ce n’est pas simple, mais d’autres arrivent. Certains se sont constitués en syndicat de chefs d’Etat. Ils verrouillent le marché et tant qu’ils n’ont pas de point de chute, ils n’abandonnent pas le pouvoir. La tendance à la démocratie fait donc une bifurcation vers le totalitarisme lorsque la France ne trouve pas de solutions pour « caser » tout le monde. Les Britanniques ont trouvé la formule d’une Université américaine ou les anciens chefs d’Etat peuvent aller en stage et se «recycler» au principe de la diplomatie, apprendre le respect des droits de l’homme avant d’être «rejetés» dans la vie normale.

Un nouveau droit? Pas question, la France n'en veut pas

A partir des années 1970, certaines personnes en Afrique ont eu la volonté de produire du droit nouveau, qui sorte de la tradition des partis uniques ; de ne pas parachuter par hélicoptère des constitutions, mais de demander aux populations dans quelles conditions elles aimeraient vivre. Cette expérience a eu lieu en Côte d’Ivoire. Mais alors qu’une constitution est rédigée, le quai d’Orsay se demande pourquoi une nouvelle constitution a pu voir le jour sans l’autorisation du ministre des affaires étrangères français. La tradition veut en effet que ce qui est bon pour le «petit pays d’Afrique» soit d’abord accepté par le ministre des Affaires étrangères Français. Quid pour le choix de la population ? Malheureusement, ce système n’a pas pour ambition de défendre les intérêts de la France mais simplement de recycler les fonds de l’aide publique au développement, dans le but de financer des partis politiques et un certain nombre de réseaux gravitant autour du pouvoir en France. Nous avons vécu cette expérience douloureuse à l’occasion des dernières élections françaises. Information prise, tous les chefs d’Etat Africains paient pour financer la campagne. 

La privatisation à la française 

La constitution, les règles de droit, les lois ne sont plus au service des populations, des affaires privées, mais au service des Etats, des hommes politiques dans l’ignorance de ce que font ces hommes privés et ces opérateurs. Un exemple simple : dans la dynamique de privatisation, conseillée par les institutions de Bretton Woods, la Côte d’Ivoire a souhaité céder des pans entiers de son économie au privé. Mais privatiser à Abidjan, cela peut signifier céder au secteur public français. Prenons le cas des Télécommunications. Il y a eu une compétition rude entre Américains, Asiatiques et Français. La veille du dépouillement des offres, le processus du marché fût stoppé. C’est finalement un contrat de gré à gré qui fût passé avec France Télécom. Voilà donc comment nous avons privatisé Côte d’Ivoire Télécom ! Lorsque l’on sait que France Télécom n’est pas une entreprise privée et qu’elle refuse de le devenir, on a du mal à interpréter le droit, à comprendre son fonctionnement dans ce contexte. Mais il y a de gros opérateurs qui connaissent la chanson, qui savent comment utiliser le droit et la législation à leur profit dans de «petits pays pauvres». Il leur suffit de partager la rente obtenue avec la classe politique du «petit pays pauvre» et du «bon samaritain». Le résultat c’est que le jour où un groupe ayant des idées libérales décide de rompre avec la tradition de la captation de la rente, et de surcoût dans les rapports économiques et financiers, il y a un choc des deux côtés. C’est ce qui explique la situation de guerre vécue par la Côte d’Ivoire. 

La drôle de guerre 

Au début septembre 2002, le marché international du cacao avait anticipé une production en Côte d’Ivoire qui dépassait le million et demi de tonnes, tandis que les acheteurs à Londres avaient tablé sur 700 à 800 mille tonnes. La production doublant, le prix à terme avait commencé à baisser (moins de 600 £ la tonne). Curieusement, il s’est trouvé quelques clients sur le marché pour acheter alors que tout le monde savait que le cours était à la baisse et que les pertes seraient extraordinaires. Parmi ces clients, il y avait de gros assureurs ayant perdu beaucoup d’argent dans les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis ; de gros acheteurs qui avaient fait de mauvaises opérations sur le Pétrole au Venezuela. Une fois qu’ils ont eu fait le plein, une rébellion s’est déclarée. Cible : la zone de production du cacao. En une semaine, le cours du Cacao est passé de 600 £ la tonne à plus de 1 500 £ la tonne. Ces gens ont liquidé rapidement tout leur stock et ont disparu du marché avec plusieurs milliards de Livres en poche. Enquête menée, il leur a suffi d’acheter quelques armes pour les rebelles et de les piloter sur la zone de production du cacao. Les rebelles sont venus jusque dans le sud, ont été repoussés dans le centre. Mais au moment de lancer l’assaut, de Villepin a demandé une trêve de 48 heures afin d’évacuer les ressortissants français installés dans le Nord ainsi que de jeunes Américains. En réalité, ce délai de 48 heures aura servi aux autorités du quai d’Orsay à affréter des avions en République centre africaine, à trouver des armes à Durban, des rebelles, des mercenaires au Libéria et en Sierra Léone et à les déverser dans le Nord de la Côte d’Ivoire avec de l’argent pour recruter. C’est ainsi que les rebelles sont passés de 350 à près de 3500 ! De Villepin, depuis Paris, a alors recommandé de négocier plutôt que de se battre contre les rebelles, trop puissants, trop armés. La situation était fort étrange. C’est un peu comme si G.W. Bush avait été forcé de négocier avec Ben Ladden ou Saddam Hussein pour finalement les accepter au ministère de la défense. Sous la pression française, c’est ce qui nous est arrivé. 

Malheureusement, à force de jouer avec le droit, la constitution, les intérêts que l’on présente comme les intérêts de la France, mais qui ne sont en fait que les intérêts de lobbies autour des hommes de pouvoir ici et là-bas, le pays se retrouve paralysé, même si l’ensemble des pays de la sous-région sont dépendant de la Côte d’Ivoire. Mais pourtant, De Villepin n’a pas hésité à s’appuyer non sur des gens qui respectent le droit mais sur des gens tels Charles Taylor, aujourd’hui Président démissionnaire du Libéria et dictateur sanguinaire, Blaise Compaoré Président du Burkina Faso et trafiquant d’armes et de diamants avec Al Kaida. Ces hommes ont été utilisés pour étouffer le seul pays qui dans la sous-région fait travailler la main d’oeuvre de tous les autres. En conséquence, la zone est aujourd’hui complètement bloquée. 

La corruption généralisée 

Finalement, lorsque dans de «petits états pauvres», la législation n’est pas respectée, les lois ne sont pas établies pour l’intérêt général mais juste pour des intérêts particuliers, le conflit naît automatiquement. Il est en effet facile d’utiliser des processus marchands dans un pays où il n’y a pas de droit de propriété sur la terre. Pour reprendre le cas du cacao, les paysans qui le cultivent n’ont aucun droit sur cette terre. Ils se chargent de cultiver et de liquider le produit le plus rapidement possible. Sachant cela, il est facile à n’importe qui de détourner et de prendre à contre-pied les règles du marché. Et ce qui est faisable par des groupes privés l’est aussi par de grands groupes qui, autour des privatisations en Côte d’Ivoire, ont signé des contrats avec l’Etat Ivoirien. Car ces contrats sont loin de défendre les intérêts des co-contractants. Il faudrait impérativement, une fois ces contrats arrivés à leur terme, qu’ils soient rééquilibrés et redéfinis de façon à défendre les intérêts du consommateur. Malheureusement, tant que le système de financement des partis politiques ne sera pas clarifié, coordonné, harmonisé en Europe et en Afrique, et que la population ne saura pas exactement qui finance quoi et dans quel but, la corruption d’Etat continuera. Cette corruption d’Etat ne concerne que ceux qui fabriquent les lois, le droit, les constitutions. Aussi longtemps que tout cela durera, les contribuables européens paieront pour le bonheur du «pauvre Africain» qui continue à s’appauvrir sans jamais voir ce qui lui est versé. En Europe les gens sont plumés et de l’autre côté, ils vivent dans l’illusion d’une certaine coopération qui n’a pas beaucoup de sens. 

Je voudrais terminer sur une note optimiste. Les choses avancent en Afrique, comparaison faite avec les années 60. Beaucoup de gens comprennent l’importance des droits de propriété. Les populations revendiquent elles-mêmes ces droits de propriété. Des codes fonciers voient d’ailleurs le jour. Mais ce sont des codes qui sont ouverts et qui font appel à tous les citoyens du monde qui souhaiteraient faire affaire en Afrique, s’installer, acheter des terres, faire de l’agriculture. Seule cette ouverture permet de bonnes perspectives pour l’avenir. 

Pr. Mamadou Koulibaly in Exposé sur les Perspectives institutionnelles de la concurrence, 2003

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Lundi 27 août 2007

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«La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le politicien pense à la prochaine élection ; l’homme d’Etat, à la prochaine génération.»
(James Freeman Clarke) 

Rien ne changera en Afrique et dans les relations que le continent entretient avec ses bourreaux d’hier et d’aujourd’hui tant que les hommes politiques, une fois arrivés à la tête des Etats africains, continueront de privilégier la conservation du pouvoir au détriment de la mise en application de l’idéologie qui les a poussés à la conquête de celui-ci. 

Ballon d’essai 

Quelques semaines avant l’adresse dakaroise musclée du président de la République française à l’endroit de la jeunesse africaine s’est tenu à Abidjan, sous l’égide d’une certaine Fondation nationale des Sciences Politiques de Côte d’Ivoire, un colloque ayant pour thème «Après les élections présidentielles : quelle politique africaine pour la France ?». 

Au-delà de l’aliénation des organisateurs reflétée à travers l’intitulé même de cet événement, c’est surtout le profil des participants qui a suscité, plus que des interrogations, une gêne certaine parmi tous ceux qui ont fait leur le combat pour l’émancipation de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique des chaînes coloniales françaises. Pourquoi un Voho Sahi, un Affi Nguessan ou un Alain Toussaint, réputés proches du président Gbagbo, sont-ils allés se compromettre dans ce raout, lors duquel ils ont, en toute passivité, accepté de se laisser insulter et ridiculiser par l’ambassadeur de France André Janier ? 

A posteriori, le colloque de l’autoproclamé think tank «indépendant» apparaît comme l’avant-première du discours de Nicolas Sarkozy à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar. Mais comment cela a-t-il pu se produire ? Les dieux seraient-ils tombés sur la tête en Eburnie ? Comment ne pas éprouver un profond désenchantement en observant l’inexorable naufrage de la Côte d’Ivoire qui, alors qu’elle vient de fêter le 47ème anniversaire de son «indépendance», est en passe de devenir un des exemples les plus frustrants de l’échec d’un magnifique mouvement de libération qui avait pris corps avec l’accession de Laurent Gbagbo à la magistrature suprême en 2000 ? Explications. 

La guerre a bon dos, finalement 

Il y a en l'être humain une part d'horreur qui se libère lorsque l'impunité s'empare d’un pays. Dès lors que, comme cela est aujourd’hui le cas en Côte d’Ivoire, n’importe qui peut faire n’importe quoi sans être sanctionné, toutes les espérances d’émancipation deviennent caduques. 

Il est impossible que le président de la République ne perçoive pas ce que tout le monde voit, à moins qu’il ne soit totalement déconnecté de la réalité, ce qui serait loin d’être rassurant pour ses concitoyens. Son entourage le plus proche s’adonne au trafic d’influence, à la corruption généralisée, aux détournements de fonds sans qu’il ne se sente interpellé à réagir. Empêtré dans des manœuvres politiciennes, le chef de l’Etat ne peut apparemment se résoudre à trancher dans le vif. Alors que les militaires loyalistes laissent de plus en plus ouvertement éclater leur insatisfaction, les grèves et revendications succèdent les unes aux autres dans les services publics (médecins, enseignants, commerçants etc.) tandis que la déliquescence des mœurs et du système éducatif s’accroît. Les rues et trottoirs d’Abidjan croulent sous des tonnes d’ordures ménagères, intoxiquant les populations de la capitale aussi sûrement que les déchets toxiques déversés au bord de la lagune Ebrié il y a très exactement un an, avec la complicité ou grâce à l’incompétence de hauts responsables de la place, qui ont presque tous été maintenus à leurs postes après des suspensions homéopathiques. 

La glorification inconditionnelle des rebelles a envoyé des signaux sans équivoque aux jeunes générations. «Tue, et tu seras récompensé». «Prends les armes contre tes concitoyens, et tu deviendras premier ministre». «Viole, pille et n’apprends rien à l’école, et les représentants des plus hautes institutions te recevront chez eux et te feront de grands sourires lors de manifestations officielles». Cette situation est d’autant plus cauchemardesque que l’apologie de la médiocrité et de la barbarie observée actuellement en Côte d’Ivoire est prônée par des individus qui se sont eux-mêmes toujours battus sans faire usage de violence. 

L’«arrosage financier» d’opposants sans envergure et qui ne représentent absolument aucun danger pour le président est une pratique que les Ivoiriens n’ont pas souhaité voir perdurer lorsqu’ils ont porté Gbagbo à la tête de l’Etat. Le voir s’y adonner à cœur joie est une désillusion immense. L’érection de Guillaume Soro en partenaire privilégié du «dialogue direct» alors que ce dernier ne représentait plus rien et était en train de prendre la poudre d’escampette en est un exemple patent. Ceci expliquant par ailleurs les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de l’Accord de Ouagadougou, notamment en ce qui concerne le désarmement, l’actuel premier ministre se révélant être une coquille vide au poids quasi négligeable au sein de la rébellion. Que dire des centaines de millions de francs CFA généreusement octroyés par le président de la République aux déserteurs du RDR (Zémogo Fofana) ou de l’UDPCI (Noutoua Youdé), alors que ces formations politiques avaient déjà auparavant été laminées par les campagnes de la Paix menées par certains leaders patriotes ? Pendant ce temps, les populations ordinaires continuent de tirer le diable par la queue, au nom d’une guerre qui a finalement bon dos et qui ne cause pas le malheur de tout le monde. 

Les mains sales 

A force d’avoir voulu personnaliser la crise, Laurent Gbagbo se retrouve aujourd’hui seul en première ligne. Son refus de sanctionner les prédateurs qui lui sont proches décrédibilise totalement le parti qu’il présidait lors de son élection et entame sérieusement l’aura dont il a bénéficié quand son ardeur à lutter contre le néocolonialisme français ne s’était pas encore volatilisée. Aujourd’hui, même le président camerounais Paul Biya, au curriculum pourtant peu reluisant et dont le pays est synonyme de corruption et de systèmes mafieux, a meilleure image que Laurent Gbagbo. Paul Biya a fait arrêter des ministres, directeurs généraux de sociétés d’Etat et autres hauts fonctionnaires pour corruption. Un des amis les plus proches de la première Dame, l’ancien directeur général du Fonds spécial d'équipement et d'intervention intercommunale (FEICOM), vient d’être condamné à cinquante (50) ans de prison pour des détournements se chiffrant à plusieurs milliards de francs CFA. Le ministre des mines et de l’énergie, cacique du régime, a été arrêté alors qu’il était en fonction et croupit depuis maintenant plus d’un an et demi derrière les verrous. 

Ce genre d’opération «mains propres» est indispensable pour rétablir la confiance entre le peuple et le chef de l’Etat d’une part, et les investisseurs et l’Etat de Côte d’Ivoire d’autre part. En fermant les yeux sur la réalité certes peu affriolante qui l’entoure, Laurent Gbagbo ne se donne pas un beau rôle. Il est des moments où il devient essentiel de réduire les choses à leur plus simple expression. Johnnie Cochran, l’avocat qui a défendu avec succès O.J. Simpson, l’ex star du football américain accusé de double meurtre, a donné un exemple frappant des raccourcis qui sont parfois nécessaires pour illustrer des situations pouvant de prime abord paraître très complexes. «If the glove doesn’t fit, then you must acquit», avait-il exigé lors du procès en 1995, devant les difficultés flagrantes qu’éprouvait l’accusé à revêtir les gants dont s’était servi l’assassin. Transposé à la situation ivoirienne, cela signifie simplement que si Gbagbo ne sanctionne pas, c’est donc qu’il cautionne. 

La révolte, à terme, a revêtu les habits des satrapes contre lesquels elle s’est érigée 

Il serait inopportun d’affirmer que la situation actuelle de la nation éburnéenne a été de tout temps souhaitée par le président de la République. En effet, nul ne peut nier que, juste après son accession au pouvoir, il a tenté de casser le joug colonial français en ouvrant le marché ivoirien, jusque là exclusivement réservé aux entreprises gauloises, aux investisseurs locaux et étrangers les mieux-disants. Il a également fait preuve de détermination lorsqu’au début du conflit, en 2002, il a entrepris les démarches nécessaires pour mettre en échec les assaillants. Mais beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis lors. Le président Gbagbo, autrefois icône de la lutte contre l’impérialisme français, est aujourd’hui en passe de devenir le co-auteur du naufrage de la nation ivoirienne. Question de caractère ? Toujours est-il que Laurent Gbagbo a renoncé. Il a renoncé à aller au bout de sa logique de libération d’antan. Il a renoncé à affronter l’oppresseur. Il a renoncé à extraire le pays du nauséabond système françafricain. Il a renoncé à mettre en place les mécanismes nécessaires à une bonne gestion de l’Etat ivoirien. Il a renoncé à s’entourer d’hommes compétents et loyaux, comme si ces deux qualificatifs s’excluaient de facto et qu’un choix s’imposait entre savoir faire et fidélité. 

Mais quelle malédiction amène donc les dirigeants africains, aussi bien les marionnettes décérébrées à la solde de Paris que ceux qui, pour des raisons difficiles à appréhender, ont fait le choix d’abandonner leur originel combat anti-impérialiste, à assurer une bonne et heureuse retraite à tous les anciens colons à la reconversion réussie, embusqués ici et là dans des multinationales comme Bolloré, Total, Areva, Orange et dont l’existence est connue et démultipliée à l’infini grâce à leur tacite et sournoise collaboration ? 

C’est ainsi que l’on observe que des idéalistes, confrontés à des circonstances «favorables», se transforment en tyrans et perpétuent les us de ceux qu’ils ont combattus. Avant de mettre de côté les ambitions de développement qu’il nourrissait pour son pays, Gbagbo avait eu le courage de vouloir abolir le statut de chasse gardée hexagonale dont était estampillée la Côte d’Ivoire. Mais cela est bien loin. Le contrat d’exploitation de la SODECI (Société de Distribution d’Eau de la Côte d’Ivoire) propriété du groupe Bouygues, arrive sous peu à expiration et doit être renégocié. Les observateurs avertis prévoient déjà, comme lors de la rocambolesque attribution du terminal à conteneurs du Port d’Abidjan à Bolloré, le renouvellement de gré à gré du contrat au profit de l’entreprise française, dont les moindres représentants de passage à Abidjan sont toujours reçus avec moult égards par le président de la République de Côte d’Ivoire. 

Changer les idées d’une époque est plus aisé que de faire évoluer ses propres idées

Le statut de révolutionnaire ne se décrète pas, il se conquiert par la force des actes posés. Recevoir Muammar Kadhafi, s’entretenir avec Mahmoud Ahmadinejad ou poser sur une photo à côté de Paul Kagame ne fait pas de Laurent Gbagbo un révolutionnaire. Il acquerra cette étiquette le jour où il aura le courage d’entreprendre des actions en adéquation avec les discours hâbleurs auxquels il s’adonne avec une efficacité déclinante. La crédibilité de Laurent Gbagbo a souffert des compromissions inexpliquées auxquelles il continue de se livrer, en dépit du bon sens. Ne pas réclamer le départ de la force d’occupation française Licorne et du 43ème BIMA s’assimile, même pour les plus ardents partisans de Gbagbo, à une veulerie. Faire annoncer par ses services un coup de fil nocturne du très agité président français comme une victoire politique est à tout le moins risible. La tolérance, voire la bienveillance à l’égard des rapaces corrupteurs et spoliateurs, qu’ils soient refondateurs, ivoiriens ou français, est blasphématoire. 

Le président de la République ivoirienne, Laurent Gbagbo, apparaît de plus en plus coupé de sa base. Le temps où il arrivait à faire croire à ses partisans que toutes les reculades, génuflexions et transactions douteuses faisaient partie de sa grande et nébuleuse stratégie pour la libération de la Côte d’Ivoire est révolu. A force d’avoir clamé partout et sur les tons les plus dictatoriaux que la guerre est finie, il se retrouve aujourd’hui au pied du mur. Le temps des beaux discours et des cérémonies symboliques à coup de 800 millions de francs CFA est terminé. Bien sûr, Gbagbo dispose encore de soutiens qui croient en sa bonne foi. Mais leur nombre rétrécit comme peau de chagrin jour après jour. L’unique solution consiste à réagir et à sanctionner ceux qui le méritent. Le chef de l’Etat doit prendre les décisions politiques et économiques qui s’imposent pour libérer le pays de l’étau françafricain qui le strangule. La France a tenté de le renverser et a fort heureusement échoué. Par contre, Gbagbo, en laissant faire et en encourageant la gabegie ambiante, s’expose au courroux du peuple ivoirien. Celui-là même qui le châtiera aux prochaines élections, qu’il a à présent toutes les raisons de craindre, ce qui n’était pas le cas ces dernières années. 

Alors, un peu comme George Bush qui agite la rumeur d’une prochaine attaque terroriste d’Al-Qaida sur les Etats-Unis chaque fois qu’il est en difficulté sur le plan intérieur, le pouvoir FPI ressort aujourd’hui de ses tiroirs le spectre d’un imminent coup d’Etat fomenté par la France et ses vassaux du RHDP, pour essayer de remobiliser sa base durement éprouvée et ayant perdu confiance quant aux capacités et à la volonté du président de la République de sortir de la crise et d’appliquer les principes d’une bonne gouvernance. Difficile cependant de convaincre l’opinion du bien-fondé de ces accusations lorsque l’on s’entête à nager à contre-courant de la volonté populaire qui exige depuis belle lurette le départ des troupes françaises de Côte d’Ivoire, et que l’on déplore à mots couverts n’avoir «pas encore reçu d’invitation» pour une visite officielle en France qui n’est pas exclue de l’ordre du jour, comme l’a confirmé Laurent Gbagbo dans une interview accordée à la télévision sud africaine SABC la semaine dernière. 

Fin d’une love story 

La Côte d’Ivoire a aujourd’hui besoin d’être dirigée par des hommes intègres et courageux. Des hommes qui ne se compromettent pas par des manœuvres politiciennes visant la préservation de leur pouvoir à n’importe quel prix. Parce que finalement, ce n’est pas Laurent Gbagbo et la clique de prédateurs qui l’entoure qui ont payé et continuent de payer le prix fort de cette crise qui s’éternise déraisonnablement. Les plus grandes victimes, – au-delà de ceux et celles qui ont perdu leurs vies et que le chef de l’Etat n’a d’ailleurs jusqu’ici pas trouvé bon d’honorer, alors qu’il n’a éprouvé aucune difficulté à décorer des rebelles (morts ou vivants) –, sont les populations ivoiriennes. 

La loyauté à la République n’implique en aucune façon le devoir de faire inconditionnellement allégeance à Laurent Gbagbo, n’en déplaise à l’occupant du Palais du Plateau. Les tendances monarchiques du président sont dangereuses. Aujourd’hui, quiconque s’autorise à critiquer le chef de l’Etat ou même à s’interroger sur les tenants et aboutissants de ses décisions est soupçonné voire accusé de tentative de déstabilisation. Du pur bushisme, maccarthysme exponentiel. Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. En lieu et place de la conviction et de la persuasion, le régime actuellement au pouvoir en Côte d’Ivoire a dorénavant recours à la coercition et aux diktats. Triste bilan, pour des gens qui ont toujours clamé placer la liberté d’expression et la liberté intellectuelle au-dessus de tout. 

Laurent Gbagbo, qui avait pourtant réussi à fédérer massivement autour de lui tous les adeptes de la Renaissance du continent noir, semble bel et bien être définitivement sorti du schéma de construction d’une Afrique nouvelle, digne et libre. Côte d’Ivoire, yako ! 

Mahalia Nteby in AgoraVox, le 30 Août 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
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Dimanche 26 août 2007

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Il est peut-être écrit quelque part qu´entre Paris et ses anciennes colonies d´Afrique noire rien ne doit se passer selon les normes admises par le reste du monde. La brève visite de Nicolas Sarkozy au Sénégal aurait pu passer inaperçue: elle lui a au contraire servi de prétexte à un discours inacceptable, que jamais il n´aurait osé tenir hors du pré-carré, devant le plus insignifiant de ses pairs. En Tunisie et en Algérie, il a bien compris qu´il ne lui serait pas permis de se comporter comme en pays conquis. Il n´a d´ailleurs pas eu droit au Maghreb à l´accueil populaire, folklorique à souhait et dégradant, qui lui a été réservé à Dakar. Dans cette atmosphère rappelant le temps des commandants de cercle, il a prononcé une sorte de discours sur l´état de l´Union… française, sans même qu´on puisse lui reprocher de s´être trompé d´époque. Car il ne faut pas s´y laisser prendre: bien qu’il ait prétendu s´adresser à l´Afrique entière, Sarkozy n´est pas naïf au point de s´imaginer que la voix de son pays porte aussi loin que Johannesburg, Mombasa ou Maputo. Si les intellectuels de cette partie du continent ont, pour une fois, prêté attention aux propos d´un président français, c´est parce qu´on leur en avait préalablement résumé le contenu. Depuis quelques jours, ils le découvrent par eux-mêmes avec stupéfaction en même temps que les réalités de la Françafrique. 

On comprend leur colère : même dans les pays francophones où on croyait avoir touché le fond depuis longtemps, tout le monde est d´avis que cette fois-ci la mesure est comble. 

Etre un chef d´Etat relativement jeune et inexpérimenté ne donne à personne le droit d´être aussi puéril. Lorsqu´on dirige un pays important, on ne peut pousser trop loin le jeu du “moi-je-ne-suis-pas-comme-les-autres”. Ce manque d´humilité d´un homme que l´on dirait encore choqué d´avoir si aisément atteint son but l´a amené à aligner, devant un auditoire particulièrement averti, les plus désolants clichés de l´ethnologie coloniale du dix-neuvième siècle. La science politique s´intéressera peut-être un jour à ce cas de figure unique : un président étranger faisant, du haut de son mètre soixante quatre, le procès de tous les habitants d´un continent, sommés d´oser enfin s´éloigner de la nature, pour entrer dans l´histoire humaine et s´inventer un destin. Remises au goût du jour par des auteurs français surtout soucieux de flatter la négrophobie ambiante, ces thèses servent à conforter une lecture révisionniste de la colonisation, du génocide des Tutsi du Rwanda et de la Traite négrière. La phrase “Ce sont des Africains qui ont vendu aux négriers d´autres Africains” est d´une colossale ineptie, elle est tout simplement indigne d´un président de la République. C´est une insulte à la mémoire des victimes et une infâme relativisation de la violence fondamentale du commerce triangulaire. Jamais, dans toute l´histoire de l´humanité, une nation n´en a opprimé une autre sans avoir bénéficié de la complicité, voire du zèle des élites du pays conquis. Aux dires de Robert Paxton – dont le travail sur Vichy est une référence absolue – Adolf Hitler n´était pas spécialement intéressé par l´occupation totale de la France: il lui suffisait de la neutraliser et d´en faire une simple base arrière. Ce sont les autorités étatiques françaises de l´époque qui l´auraient vivement pressé de se montrer un peu plus ambitieux, que diable. Et qui donc, sinon l´écrivain Charles Maurras, a salué comme une “divine surprise” l´entrée des chars allemands dans Paris le 14 juin 1940? Le constat vaut pour d´autres parties du globe. Sans les coupables hésitations de Moctezuma – un homme de faible caractère à la tête du puissant empire aztèque – et le concours des caciques de nombreuses tribus indiennes, Hernàn Cortès et sa poignée de conquistadors n´auraient pas réussi à soumettre à leur loi la quasi-totalité de l´actuelle Amérique latine. 

Le président francais a dépassé les limites du tolérable et – bien au-delà des fameux “pays du champ“ – beaucoup de descendants d´esclaves vont se demander comment on en est arrivé à une situation oú un responsable européen peut se permettre de tenir publiquement, sur le lieu même du crime, de tels propos sur la Traite négrière. La référence à Césaire n´y changera rien. Comparaison n´est certes pas raison mais Sarkozy n´a pas de chance : au moment même où il évoquait avec une émotion feinte “le bruit d´un corps qu´on jette à la mer”, un Nègre – ou un Arabe - était enchaîné et roué de coups à l´aéroport de Roissy. 

A Dakar, le président de la République française a refusé d´appeler l´université par son nom, parce qu´il lui en coûtait sans doute de prononcer celui de Cheikh Anta Diop. Cette attitude ne le grandit pas, pour dire le moins. Elle met à nu les limites d´un homme pourtant visiblement décidé à montrer ce jour-là qu´il était capable de parler d´autre chose – et sur un autre ton – que de “racaille” et de “karcher”. Son désir de proximité avec un public qu´il devait savoir hostile l´a peut-être un peu perdu. Le rôle de composition qu´il s´est inventé (“Je suis jeune et je te parle à toi, jeune d´Afrique“) témoignait de toute façon – soit dit au passage – d´un réel manque de délicatesse à l´égard de son vénérable hôte. 

On n´aura pas la cruauté de faire remarquer à Sarkozy que le tutoiement nous rappelle, à nous autres, de bien mauvais souvenirs. Cela importe en définitive moins que son recours répété à un “je” plein de présomption. Il en faut pour s´imaginer que ni la vie, ni leurs parents ou leurs professeurs n´ont jamais rien appris aux jeunes Africains, qu´il y a toujours eu un abîme entre la Vérité et eux et que, lui Nicolas Sarkozy, allait une fois pour toutes le combler ce 26 juillet 2007. Mais l´étudiant le moins averti de l´assistance avait déjà maintes fois décortiqué Discours sur le colonialisme et entendu Césaire y réfuter l´un après l´autre, avec clarté et précision, les arguments servis par Sarkozy. Ce dernier ne le sait peut-être pas mais son discours de Dakar est bien plus vieux que lui-même. On peut se croire résolument tourné vers l´avenir alors qu´on a seulement les yeux rivés sur le rétroviseur de sa propre histoire. 

Nicolas Sarkozy a en outre cru devoir inviter son auditoire à distinguer entre les “bons” et les “mauvais” colonisateurs. Admettrait-il qu´un Allemand applique la même grille de lecture à l´histoire de son pays ? La France n´a été occupée par l´Allemagne que pendant cinq ans – et dans des conditions infiniment moins cruelles que la colonisation – mais on attend le jour où, au lieu de réfléchir sur un système de domination étrangère, violent et illégitime par sa nature même, quelqu´un aura l´audace de faire le tri entre les nazis de bonne volonté et les autres. 

Dressant la liste des fléaux du continent, Sarkozy fait une discrète mention, “des génocides” dont la colonisation n´aurait en rien été “responsable”. Il faut s´y arrêter, comme chaque fois que l´on voit le mot “génocide” utilisé au pluriel par un représentant de l´Etat français. Le nouveau président est arrivé au pouvoir dans un contexte de très forte tension entre Paris et Kigali. L´implication de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda est si avérée que l´on sent parfois chez certaines autorités de l´Hexagone comme une tentation de passer aux aveux. C´est en réalité la seule option rationnelle dans ce difficile dossier. Malheureusement Paris court le risque, en créant un tel précédent, de voir s´ouvrir la boîte de Pandorre des sanglantes dérives de la Francafrique. Pour se tirer d´affaire, on essaie d´accréditer l´idée que le Rwanda n´était, tout bien considéré, qu´un génocide africain de plus et qu´on aurait tort d´en faire une grosse histoire. Avant Sarkozy, François Mitterrand et Dominique de Villepin – pour ne citer que ces deux-là – avaient essayé de se débarrasser, d´un haussement d´épaules désabusé, du million de morts rwandais. Or, cette étrange théorie des solutions finales quasi routinières en Afrique ne résiste pas à l´examen. Il se trouve en effet que le génocide, perçu comme le crime absolu par la communauté des nations, a été défini de manière particulièrement stricte par la Convention de Genève de 1948. Et au sens où l´entend celle-ci, le seul génocide sur le continent, au vingtième siècle, est celui des Tutsi du Rwanda en 1994. Les deux autres – la Shoah et le génocide arménien – ont eu lieu en Europe et le quatrième au Cambodge. Sarkozy ne pouvait ignorer cela. C´est donc à dessein qu´il a tenté de semer la confusion sur ce sujet douloureux, qui mérite mieux qu´un dérisoire traitement politicien. 

Plus soucieux, curieusement, d´évoquer notre passé le plus lointain que le présent, l´orateur s´est gardé de la moindre allusion à la Françafrique, “le plus long scandale de la République”, selon le mot du regretté Francois-Xavier Verschave. Sarkozy était pourtant très attendu sur le sujet, car il aurait eu bien des choses à dire sur la politique africaine de la France depuis le début des années soixante. Il sait bien qu´après des independances de façade Paris a continué, entre coups d’Etat, soutien à des régimes dictatoriaux et contrôle total des leviers économiques et du personnel dirigeant, à faire la loi dans ses anciennes colonies. Il en est ainsi depuis le temps du général de Gaulle et ses successeurs, de gauche ou de droite, s’en sont toujours tenus à une ligne de conduite en fin de compte si profitable : langue de bois lénifiante sous les ors des palais et, dans l’ombre, le langage de la force avec son lot de coups tordus de divers réseaux et services, d’interventions militaires et d’assassinats ciblés de personnalités politiques. 

On n’attendait certes pas de Nicolas Sarkozy qu’il regrette publiquement l´implication de son pays – qui ne fait plus l’ombre d’un doute – dans le génocide des Tutsi du Rwanda ; il n’allait pas non plus, dans un brusque accès de sincérité, se laisser aller à des états d’âme sur le rôle d’Elf et de certains grands groupes financiers – auxquels on le dit très lié – dans le pillage des ressources du continent. Personne, même dans ses rêves les plus fous, n’a jamais espéré le moindre aveu de cette nature : dans le monde tel qu’il va, les choses ne se passent pas ainsi. Qui ne s´est malgré tout surpris à guetter, ces dernières semaines, l´indice d´un début de changement ? La relation françafricaine a atteint, au sommet, un tel degré de putréfaction qu´elle se sait condamnée à terme. Du Rwanda à la Côte d´Ivoire – en passant par les péripéties de la succession d´Eyadéma – les avertissements n´ont pas manqué depuis bientôt quinze ans. Il eût été habile pour Sarkozy de se donner une aura de réformateur hardi en faisant de nécessité vertu. Mais même ce petit pas en avant, dicté par une prise en compte lucide des réalités du monde et des mutations de l´Afrique dite francophone, a paru d´une audace inouïe aux parrains de la Françafrique. Le candidat Sarkozy avait cru pouvoir déclarer que “la France n’a pas besoin de l’Afrique” mais il n´a pas dû être difficile de démontrer au président l´imprudence de tels propos. Son mutisme remarqué sur la Francafrique montre clairement qu´il n´a pas l´intention d´opérer une rupture qui mettrait dans l´embarras Idriss Deby, Sassou Nguesso et surtout son vieux complice Omar Bongo. Sans parler des amis qu´il ne va pas tarder à se faire : présidents en poste et jeunes dauphins encore imberbes se bousculent, paraît-il, au portillon… 

Ceux-là l´ont entendu écarter toute idée de repentance le soir même de son élection et ils n´oseront jamais le fâcher par l´évocation de ce sujet, délicat entre tous. De toutes les anciennes puissances européennes, la France est la seule à avoir ce rapport quasi obsessionnel à son passé colonial. Le parlement y vote, avec une incroyable candeur, des lois négationnistes et sa classe politique semble faire de la question de la repentance une affaire d´Etat d´une importance exceptionnelle. On a envie d´inviter toutes ces personnes à plus de sérénité. Regretter les crimes de ses ancêtres est un acte que seule sa conscience peut dicter à un être humain. C´est, par ce fait même, un acte qui perd toute valeur s´il résulte d´une injonction extérieure. Il ne pourra certes jamais ressusciter les morts ou même guérir complètement les blessures de jadis mais il peut grandir celui qui est capable de s´élever à une telle hauteur et aider, parmi les nouvelles générations, à la réconciliation des coeurs et des esprits. Mais si on n´a pas la force de se repentir, on doit au moins avoir la décence de se taire. Lorsque Nicolas Sarkozy lance : “Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance”, il commet une grave inversion des rôles. C´est le privilège de la victime et non du bourreau de décider s´il faut évoquer ou non des crimes si abominables. La réaffirmation constante par le second de son refus du repentir est une véritable maladie de l´âme. Une société dont les dirigeants et tant de citoyens n´ont avec leur passé que ce rapport de dénégation, compulsif et grimaçant, révèle à son insu le malaise qui le tenaille et mérite, en vérité, plus de compassion que de haine. 

A entendre Nicolas Sarkozy en prendre ainsi à son aise avec la Traite négrière, on peut perdre de vue qu´elle a fait, sur plusieurs siècles, au moins deux cents millions de victimes. Ce dernier chiffre est donné par Senghor - dans l´important ouvrage qui lui est consacré par l´universitaire américaine Janet G.Vaillant. Peu porté à l´exagération en la matière, l´ancien président sénégalais explique très sobrement dans une lettre à sa biographe en quoi le “trafic de bois d´ébène” continue à peser à la fois sur le présent et sur le destin de l´Afrique. 

Le poète de Joal a été cité à plusieurs reprises par Nicolas Sarkozy en des termes élogieux. Le plus ironique c´est que, quoi que l´on puisse penser de Senghor, il n´est pas certain qu´il aurait laissé un invité du Sénégal dire de telles énormités ce 26 juillet sans lui porter la réplique d´une façon ou d´une autre. Etre un habile politicien ne l´empêchait pas d´avoir, lui, de la fierté et le sens de l´Histoire. 

Au-delà des rapports de suzerain à vassal que Sarkozy peut entretenir avec ses obligés de la Françafrique, ce qui est arrivé à Dakar interpelle aussi une certaine intelligentsia africaine francophone. Les désillusions nées des Indépendances – partis uniques, Guides-Infaillibles-de-la-nation. épidémie de coups d´Etat militaires et corruption – ont amené certains auteurs à soumettre l´Afrique à une critique sans complaisance. A partir de la fin des années 80 de nombreux textes ont été publiés par nos sociologues, historiens ou philosophes, avec l´intention louable de diagnostiquer le mal africain et de susciter les conditions psychologiques d´un sursaut. De façon moins élaborée mais souvent mus par la même volonté de favoriser un électrochoc, les romanciers faisaient de leur côté, avec la démesure et les effets de dilatation que seule autorise la fiction, le procès des systèmes politiques post-coloniaux. Les uns et les autres avaient malheureusement tendance à confondre Etat africain et société africaine. Celle-ci était soupconnée de couver, par le simple fait qu´elle restait elle-même, les germes de sa propre destruction, plusieurs fois annoncée à l´époque – puis aussitôt reportée sine die. C´était là l´exemple achevé d´une vision purement essentialiste de la réalité africaine, tournant autour d´elle-même, comme le serpent qui se mord la queue, avec une lassante monotonie. Négligeant les rapports de force politiques réels et l´impact décisif de l´Etat francais sur les luttes de pouvoir dans chaque pays de son ex-Empire d´Afrique subsaharienne, la réflexion se polarisait, avec une singulière obstination, sur les effets visibles du désastre au détriment de ses causes profondes, moins spectaculaires il est vrai. Cette littérature, en principe destinée aux Africains, a été en fait beaucoup plus lue par les Occidentaux. Ceux-ci en ont fait leurs délices et elle leur a procuré un exquis sentiment d´innocence. Ces auteurs balisaient à leur insu la voie à une négrophobie que l´on voit chaque jour un peu plus paisible et décomplexée mais qui sait être vulgaire et injurieuse à l´occasion. En quelques années, l´afro-pessimisme a été pour ainsi dire racialisé et vidé de l´énergie libératrice dont elle était potentiellement porteuse. En France et dans le reste de l´Occident, des essayistes africanisants s´en sont largement servis pour donner une seconde vie aux préjugés les plus incongrus sur le continent. Et très souvent ils se sont abrités derrière ces ouvrages pour convaincre de la pureté de leurs intentions un public assez peu averti. Il était en effet difficile de les accuser de racisme puisqu´ils ne faisaient que reprendre les analyses de leurs homologues de Dakar, Yaoundé ou Abidjan.
 
Les propos de Nicolas Sarkozy viennent en droite ligne de cet univers vaguement africanisant, si prompt à fustiger la concurrence mémorielle et une soi-disant tendance des Nègres à se présenter comme d´éternelles victimes des autres. Son meeting d´Agen le 25 juin 2006 est particulièrement révélateur de cette intime filiation. Sarkozy y avait été très dur contre : «ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu’eux-mêmes doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans rien faire, ceux qui, au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie, préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires, pour exiger une compensation que personne ne leur doit, plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et par le travail, ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu’ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national.» Quatre jours plus tôt, il était l´invité de Franz-Olivier Giesbert à l´émission “Culture et dépendances”. Il y disait textuellement ceci : «J’ai reçu le père malien et le frère [d’un des deux jeunes électrocutés dans un transformateur EDF, origine des émeutes de novembre 2005]. Le père, qui est depuis trente ans en France, ne parlait pas français. Le fils, qui est né en France et va au Mali seulement pour les vacances, était en boubou.» 

Que ce leader politique ait pu en vouloir à des émigrés maliens en train de faire le deuil de leur enfant d´être “en boubou” ou de ne pas parler français, donne la mesure de son mépris pour les Africains et pour leur culture. On aurait cependant tort d´oublier que cette façon de penser est aujourd´hui assez répandue en France. La sortie dakaroise de Sarkozy a retenu l´attention parce qu´il est un chef d´Etat mais il n´a rien dit que l´on n´ait lu ou entendu, au cours de la décennie écoulée, de la part de nombre d´intellectuels européens mais aussi, il faut bien le dire, de la part des penseurs africains eux-mêmes. Pour l´afro-pessimisme, qui a d´ailleurs toujours été un courant philosophique diffus et quasi insaisissable, l´heure devrait être à une révision déchirante. D´une partie de l´Afrique à une autre, voire d´un pays à un autre, des processus historiques singuliers et complexes sont à l´oeuvre. Il n´est pas raisonnable de s´en interdire l´examen minutieux, loin des a priori réducteurs. Autrement dit, le choix n´est pas seulement entre une glorification béate du continent africain et sa diabolisation à outrance. Ce sont là deux façons identiques de s´enfermer dans un tête-à-tête pernicieux avec un monde occidental trop souvent pris à témoin – au nom de quoi ? – de nos “temps glorieux” ou de notre “malédiction”. Instruire le procès des sociétés africaines est légitime mais il est essentiel de savoir très précisément à qui l´on parle. Et si l´on ne trouve pas un moyen sûr de s´adresser en priorité aux Africains, les choses resteront encore longtemps en l´état, au grand dam de nos populations. 

On aimerait bien connaître le bilan que le président francais lui-même a fait, en son âme et conscience, de sa visite à Dakar. Se peut-il qu´il n´ait pas compris à quel point nous nous sommes sentis insultés ? D´un point de vue rigoureusement politique, son discours est une faute. Il ne tardera pas à s´en rendre compte : les Africains et les Nègres de la diaspora ne le lui pardonneront jamais. La bonne vieille langue de bois aurait mieux servi les intérêts de son pays. Elle lui aurait en outre évité ces effets oratoires si empruntés qu´ils en étaient parfois un peu pathétiques. A l´arrivée on a presque envie de remercier Nicolas Sarkozy d´être venu nous apporter, bien malgré lui, la bonne nouvelle : en Françafrique, depuis le 16 mai 2007, le Roi est nul. 

Boubacar Boris Diop in Afrikara, le 25 Août 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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