Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Esclavage moderne

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

bollor--esclavagiste.jpg 

C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Mercredi 26 septembre 2007

Africa-must-unite.jpg

Professeur titulaire à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric), Jean Emmanuel Pondi fonde sa démarche et son parcours intellectuel sur l’Afrique d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Sa réflexion est également traversée par une recherche effrénée de la place de l’Afrique dans le monde d’aujourd’hui. Il parle de “Reine Afrique ou Racine de l’Union africaine”, et de l’avenir du continent dans une planète fortement mondialisée.
 

Comment apprécier une quarantaine d’années après, l’évolution de l’unité africaine et la distance parcourue ? 

Une des choses les plus paradoxales, quand on parcourt la pièce de façon systématique, c’est qu’on se rend compte que le débat de juillet 2007 est le même que celui de Mai 1963 à Addis-Abeba. Comment dès lors, l’Unité africaine va-t-elle se mettre en route de façon concrète ? Plus de quarante-quatre ans après le rendez-vous d’Addis-Abeba de 1963, si nous en sommes à nous poser la même question, cela veut dire qu’il y a un vrai problème quelque part ; que nous n’avons pas autant avancé que nous l’aurions souhaité. Cela veut dire qu’il faut chercher, les vraies causes des réticences des uns et des autres ; les deux groupes s’étant encore manifestés. Le groupe majoritaire de Monrovia en 1963, s’est une fois de plus manifesté à Accra en 2007. Les minimalistes, qui voulaient l’intégration africaine ici et maintenant, se sont encore retrouvés en position minoritaire. De tout cela, il ressort que, nous devons consulter à nouveau le passé, voir là où ça cloche. Il nous appartient de chercher là où se trouvent les goulots d’étranglements et les problèmes sérieux qui sont autant de freins à l’intégration africaine. Les analystes, les universitaires, doivent s’atteler à ce travail-là. Il ne s’agit plus de convoquer seulement, les hauts décideurs africains ou les seuls chefs d’Etat, mais la population africaine, pour expliquer les enjeux de l’intégration, les enjeux de l’unité. Il faut les convaincre de ce que dans le monde d’aujourd’hui, on ne peut pas s’en sortir, si on est divisé ; si nous avançons en rangs dispersés, comme des micros-Etats ; qui n’ont aucune influence sur la marche du monde de 2007. 

De nombreux lecteurs de “Reine Afrique” pensent que vous êtes du bloc de Casablanca. 

Je suis, j’ai toujours été pour l’intégration totale du continent. Cela est vrai. Nkwame Nkhrumah dans son livre “Africa must unite” a dit l’essentiel. Ce qu’il a dit en 1963, s’avère totalement vrai aujourd’hui. Plus de quarante ans après. Nous ne pouvons pas nous donner le luxe de penser que les Etats africains, individuellement pris, peuvent peser sur la marche du monde. Si d’autres pays, bien plus puissants que les pays africains ressentent le besoin de se mettre ensemble, cela veut dire que dans la dynamique intégrative, il y a plus à gagner qu’à perdre. Je ne vois pas pourquoi nous les Africains, déjà au départ relativement faibles, pouvons penser qu’on peut s’en sortir, en faisant l’économie d’une intégration continentale. Dans le même ordre d’idées, il est important pour nous, d’être réalistes, en prenant en compte les susceptibilités des uns et des autres. Ma conviction profonde est telle que, c’est la prochaine génération d’africains qui doit mener le train de l’intégration. Mais elle ne peut pas le faire, si elle n’a pas les fondamentaux que nous devons leurs inculquer. 

Quand vous parlez de la prochaine génération d’africains, cela suppose que vous ignorez ou ne faites plus confiance à celle qui est aux affaires. 

Il faut d’abord dire que la question de l’unité africaine s’aborde à plusieurs niveaux. Prenons le premier niveau, qui est celui, peut-être le plus important de la culture. L’unité africaine sur le plan culturel est une évidence. Il y a certes beaucoup de diversités, mais davantage d’homogénéité dans la culture africaine. Du Nord jusqu’au Sud de l’Afrique, on trouve beaucoup de points communs de même que de la diversité. Cela est vrai en Afrique, et vrai partout dans le monde. Ce qui nous uni culturellement, est plus important que ce qui nous différencie ou nous divise. Si on prend cela comme point de départ, la question de savoir, pourquoi l’unité politique fait problème pourrait se poser autrement. Au lieu d’apporter des réponses à cette question, on tombe dans les individualismes et les égocentrismes. Par conséquent, on s’enferme dans une lecture plus personnelle, que continentale des intérêts. Sans vouloir dédouaner les dirigeants africains actuels, on peut penser que cela est quelque part compréhensible. Beaucoup ont combattu pour être là où ils sont. Nombreux sont ceux qui ne se voient pas entrain de déléguer (parce que c’est en fait cela le nœud du problème), leurs pouvoirs pour une entité continentale dont ils ne voient pas très bien les contours. C’est cela le problème. Pour démonter ces tendances, il vaut mieux commencer à travailler sur la physionomie de ce que sera, l’Afrique intégrée. Une fois qu’on aura une vue plus claire de ses prérogatives, de sa structure, de la formation des hommes qui vont mener cette Afrique intégrée, alors, il sera plus facile de lâcher du lest. C’est un travail qui doit se faire sur la psychologie. Une fois qu’on arrive à démontrer que nous avons plus à gagner qu’à perdre dans l’intégration, la plupart des pays africains seront logiquement tentés, d’aller vers l’intégration. 

Cela ne relève-t-il pas d’un simple rêve d’intellectuel? 

Nous sommes 800 millions de consommateurs. C’est une donnée qu’il ne faut pas éluder. Dans vingt ans, nous serons un milliard de consommateur en Afrique. Il s’agit de transformer notre économie, pour qu’elle réponde aux besoins de cette importante masse de consommateurs. Ce n’est pas négligeable, quand on sait que l’Afrique dispose de toutes les matières dont elle a besoin pour se développer. C’est une révolution de l’esprit, de la pensée qui doit être envisagée. Cela ne peut pas se faire avec les seuls hauts décideurs. Tout cela n’est réalisable qu’avec les populations et les citoyens du continent. C’est à cette construction réellement continentale et citoyenne, que s’adresse cet ouvrage. Il n’est plus question de laisser le pouvoir de décision, aux seuls décideurs uniquement. Quand vous lisez l’acte constitutif de l’Union africaine par exemple, il concerne les peuples d’Afrique. Et pas seulement les chefs d’Etat, qui sont une émanation de ce peuple. Il faut que les populations soient concernées et impliquées au premier chef. On ne peut pas être l’avocat d’une cause dont on ne comprend rien. Il faut pour épouser une cause, la comprendre et l’intérioriser. C’est cette intériorisation que nous tentons de faire par des moyens divers. Comme celui-ci. L’Afrique peut-elle oui ou non, se développer, en tant qu’entité continentale ? La réponse est oui. Puisque ça s’est fait ailleurs, il n’y a aucune raison que cela ne se fasse en Afrique. 

Quelles sont les pistes de lecture de votre ouvrage, qu’on indique aux lecteurs, surtout les jeunes Africains en âge scolaire ? 

Je voudrais d’abord remercier le groupe Le Messager, pour l’initiative qui consiste à rencontrer l’auteur de l’ouvrage que je suis, pour expliquer la démarche. Mais il faut quand même dire que l’auteur ne peut pas se substituer à l’œuvre. Il s’agit d’un ouvrage pluriel par excellence. Tout est dit dans le livre. Les indications scéniques sont là. Comment faire, où placer qui et qu’est-ce qui doit être dit. Le décor est également planté. Nous invitons les troupes de théâtre (amateurs ou professionnelles) à prendre le relais ; à produire ces pièces dans le cadre des écoles, les lycées et collèges ; le cadre des universités et grandes écoles… Pourquoi pas dans le cadre des associations professionnelles et autres différents sites de travail. Nous croyons que c’est en multipliant cette connaissance de proximité, que l’on arrivera justement à implanter cette connaissance qui, est le préalable d’une action politique. Il faut disséminer cette connaissance pour que soit pris le relais, au niveau des différents groupes et auditoires. Après, on passera à une autre phase, qui est celle de la discussion. Une fois qu’on a planté le décor de ce qui s’est passé, le pourquoi ça s’est passé, devient la 2ème phase. Dans l’ouvrage, nous montrons comment ça s’est passé. Chacun peut engager la discussion sur le pourquoi ça s’est passé comme ça. Plus tard, on sera amené à s’interroger sur pourquoi, il y a eu une impasse bien souvent, dans la thématique de l’intégration africaine ? Pourquoi il y a tant de scepticisme ? Est-ce un scepticisme justifié ? Organisé ? 

Vous avez choisi de publier l’ouvrage en deux versions : le français et l’anglais 

Nous sommes enfermés aujourd’hui dans des combats linguistiques qui tentent à nous diviser, plutôt qu’à nous unir. Or, l’Africain est par nature, multilingue. Il peut aux langues qu’il connaît, en ajouter d’autres. Le débat sur la francophonie ou l’anglophonie, pour l’africain, ne devrait pas se poser, puisque nous sommes multilingues par nature. Quand une pareille œuvre est produite, il est important qu’elle soit lue au moins dans les principales langues des pays d’Afrique. Quand c’est en anglais et en français, plus de 60%, 80% des pays africains sont couverts. Nous invitons vivement les autres acteurs à prendre le relais et à produire cette pièce là où ils sont, avec les moyens de bord qui sont les leurs. L’ouvrage est publié, bien avant la tournée du président Nicolas Sarkozy en Afrique. Hors après le passage du président français, les Africains ressentent tout le besoin qui est à être solidaires. Il ne faudrait pas que les Africains considèrent que leurs vies et leurs destins se décident ailleurs qu’en Afrique. C’est une attitude dommageable à nos intérêts. Il me semble important que nous comprenions bien que, aucun président extra africain ne devrait donner le là, par rapport à nos problèmes. Ceci étant, c’est seulement dans notre capacité à nous africains, et à nos responsables de traiter et de trancher les problèmes africains que s’améliorera la condition de vie de l’africain moyen. Il faut bien recentrer le débat. Disions haut et fort que les problèmes de l’Afrique, auront une solution idoine, d’abord quand nos dirigeants s’y seront encore mieux penchés que par le passé. Pour le reste, nous vivons bien sûr dans une communauté internationale ; l’impacte des uns et des autres, ne peut avoir qu’un reflet sur la condition de l’Afrique. Mais le destin de l’Afrique doit de plus en plus se manifester et se gérer ici en Afrique. Mr Sarkozy est le président de la France. Son allégeance va d’abord au peuple français. Lorsqu’il a été élu, il est devenu responsable devant le peuple français. Il n’a nullement été question pendant sa prestation de serment, d’une quelconque allégeance par rapport aux peuples d’Afrique. Il faut une fois de plus que le débat soit recentré, que nous prenions ensemble, toutes nos responsabilités aujourd’hui par rapport au destin de l’Afrique. Le continent regarde les Africains avant tout, même s’il est vrai, qu’il est aussi tributaire du contexte international et des décisions du système international par rapport à l’Afrique. Devant l’histoire, nous avons le devoir de prendre nos responsabilités. 

Pensez-vous que l’unité du continent est ce qu’il y a de plus préoccupant pour les africains, dans un contexte fortement mondialisé ? 

Je voudrais peut-être recadrer historiquement cette œuvre. Elle a été d’abord écrite pour le sommet de l’Oua qui s’est tenu à Yaoundé en 1996. Elle a été jouée pour la 1ère fois, en ce moment là, mais n’a pas connu, un grand retentissement. Toutefois, il faut indiquer que la qualité technique des acteurs était excellente. Qu’on en parle plus aujourd’hui, montre que nous avons tous franchi un grand pas. L’unité du continent est la clef de la solution à la pauvreté de l’Afrique. Malheureusement, nous sommes les derniers en tant que citoyens d’Afrique à nous en apercevoir. Nous avons toujours les yeux rivés vers l’extérieur, pensant que les solutions à nos problèmes sont logées hors d’Afrique. D’où l’émigration qui est devenue une obsession pour beaucoup de nos populations. Je pense que la clef à nos problèmes réside en Afrique. Plus nous en sommes conscients, mieux nous allons œuvrer ensemble, en tant que peuple qui reconnaît ses diversités, qui reconnaît même ses divergences, mais qui les considère comme quelque chose de positif et de fort. Nous devons nous réjouir de nos différences et les positiver. Si nous abordons les choses de cette manière, aucun continent ne peut rivaliser avec l’Afrique. Parce que nous avons la jeunesse pour nous (plus de 50% des africains ont moins de 20 ans soit à peu près 500 millions). Cela veut dire que sur le plan des ressources humaines, nous sommes le continent du futur. Nous le sommes aussi parce que nous détenons toutes les richesses minières et matérielles qui font bouger le monde aujourd’hui. Nous sommes enfin le continent du futur parce que notre philosophie, notre approche de la vie est aujourd’hui, celle qui reste encore le plus près de ce qu’est l’homme dans son essence. Nous avons donc des atouts. Il ne nous manque plus qu’une chose : la confiance en nous-même, la croyance en l’Afrique. Tant que nous ne l’avons pas restituée, nous serons toujours l’objet des autres peuples du monde. Malheureusement. 

Interview réalisée par Souley Onohiolo in Le Messager, le 14 septembre 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 24 septembre 2007

Janier.jpg
«L'homme a une grande puissance de parole, en majeure partie vaine et fausse. Les animaux en ont peu, mais ce peu est utile et vrai, et mieux vaut une chose petite et certaine qu'un grand mensonge.» (Leonardo Da Vinci)

En parcourant les journaux la semaine dernière, je suis tombée sur un article relatant le lancement des activités d’une ONG nommée «Action pour la France», présidée, aussi incroyable que cela puisse paraître, par un élu du peuple ivoirien, le député Junior Gouali Dodo. Tout un programme ! 

Lors de cette joyeuse assemblée, un homme a pris la parole et fait des déclarations que nous ne pouvions pas décemment laisser passer inaperçues. André Janier, ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a donc saisi la tribune qui lui était offerte pour assener quelques «vérités» à ceux, «et non des moindres», qui critiquent la mainmise française en Côte d’Ivoire. Dénonçant certaines «contre-vérités qui ne correspondent pas à la réalité», (ne riez surtout pas du pléonasme, ne sommes-nous pas bien placés pour savoir que la France maîtrise presque parfaitement l’art d’énoncer des vérités qui ne correspondent pas souvent à la réalité ?), monsieur l’ambassadeur nous a donc donné une leçon chiffrée. 

«En 2006, la part de la Côte d’Ivoire a représenté 0,1% des échanges économiques et commerciaux de la France vers l’extérieur», a fièrement martelé André Janier, devant une assemblée acquise à sa cause, semblant ne pas se rendre compte lui-même de l’énormité de ce qu’il annonce. En effet, à l’écouter, le volume revendiqué par la France n’a pas évolué depuis près de cinquante ans. Surprenant ? Pas tant que cela. Cela ne peut en effet signifier qu’une chose : la France et la Côte d’Ivoire ont toutes les deux stagné pendant ce dernier demi-siècle. Toutefois, pour en arriver à ce résultat plus que pitoyable, la France a usé de mécanismes monétaires brutaux, en dévaluant deux fois de 100% la valeur monétaire du franc CFA durant cette période. Résultat : pour la même somme déboursée, la Côte d'Ivoire acquiert aujourd’hui quatre fois moins des mêmes biens et services qu'elle achetait avant 1960. Et parallèlement, pour la même somme acquittée, la France perçoit actuellement quatre fois plus de marchandises (essentiellement des matières premières ivoiriennes) qu’elle n’en recevait avant la signature du Pacte colonial venu dans l’escarcelle des «indépendances». Une fois n’est pas coutume; donnons raison à André : 0,1%, c’est vraiment trop petit, et la question se pose maintenant de savoir comment faire changer cet état de chose qui dure depuis 1960. L'ambassadeur a donc raison, mais il tire les mauvaises conclusions. La démonstration par les chiffres de Janier le prouve une fois de plus, s’il en était besoin : La France n’est pas le partenaire idéal pour le développement de la Côte d’Ivoire, comme elle ne l’a jamais été pour aucune de ses ex-colonies dans le monde. Au contraire, le mariage forcé avec le coq gaulois entrave dangereusement le futur du pays des Eléphants et par extension, l’amélioration du cadre de vie des citoyens ivoiriens et africains. 

«J'ai lu récemment que la société Bouygues, seconde entreprise de travaux publics au monde par le chiffre d'affaires qu'elle réalise, vit en grande partie des bénéfices qu'elle tire de ses activités en Côte d'Ivoire (…) Ce pays a représenté l'année dernière environ 1% de son bilan global. De là à dire que la survie de la société dépend des contrats qu'elle a passés avec la CIE et la SODECI, il y a un pas difficile à franchir», poursuit le diplomate français. Ce pas, André, nous le franchissons pourtant allègrement. Si le poids de la Côte d’Ivoire est réellement si microscopique, pouvez-vous nous expliquer pourquoi les plus hauts dirigeants mondiaux du groupe Bouygues se succèdent au Palais du Plateau à une cadence infernale ? Pourquoi tant d’activisme pour si peu ? Que l’Etat français convainc donc Bouygues de ne pas soumissionner pour le renouvellement de son contrat SODECI. Chiche ! Pas sûr cependant que l’ami Bouygues soit enthousiasmé par cette idée. Cela doit être sentimental alors : il a sûrement du mal à se séparer d’un cadeau qui lui a été si gracieusement offert sur un plateau d’argent et qui est ne représente, selon vos dires, aucun bénéfice sensible pour lui… D’autre part, puisque vous êtes si prolixe, nous vous saurions gré de bien vouloir dire à ceux qui vous ont invité quels investissements majeurs ont été effectués en Côte d’Ivoire par la «deuxième entreprise de travaux publics au monde», parce qu’à y regarder de près (et même de loin d’ailleurs), la couverture du territoire national n’est toujours pas entièrement assurée en matière d’approvisionnement en eau et en électricité de chaque citoyen ivoirien, qu’il réside entre Gbéléban, Maféré, Tabou, Tagadi, Tengrela ou Toulepleu, sans parler de l’accessibilité financière à ces denrées élémentaires. Bouygues n'a en aucun cas rempli sa part du cahier des charges sur lequel il s'est engagé lors des privatisations.

«Aucune entreprise française ne pille comme je l'ai lu, ou même n'exploite ces richesses [le cacao et le pétrole, ndlr] à grande échelle», poursuit l'excellent Janier. André, est-ce à dire que les entreprises françaises pillent plutôt à petite échelle dans certains secteurs et dans les grandes largeurs dans d’autres ? Et est-ce une note de regret qui transperce dans ce constat ? Est-ce justement pour pouvoir être plus présent et piller à plus grande échelle que la France a déclaré la guerre à la Côte d’Ivoire, directement et indirectement, depuis le 19 septembre 2002 ? 

«Les entreprises françaises ont contribué au PIB ivoirien à hauteur de 30% l'année dernière. Elles ont alimenté 50% des recettes fiscales de l'Etat.», d’après l’ambassadeur Janier. Soyons charitables et ne contestons pas ces chiffres. Mais André, quid des 70% restants dans le premier cas et des 50% dans l’autre ? Est-il juste et normal que pour défendre ses intérêts, la France kidnappe le marché ivoirien par tous les moyens qui lui semblent bons et nécessaires, empêchant ainsi un Etat «indépendant» de s’ouvrir à d’autres pays et investisseurs, à moins que cette ouverture ne se fasse aux conditions de Paris ? 

«Les [143 entreprises et 400 PME françaises présentes en Côte d’Ivoire] emploient environ 40.000 personnes dont 350 seulement sont expatriées.» Merci pour le renseignement, André. Mais partant de vos chiffres, une autre information, beaucoup plus cruciale, nous intéresse : Quelle est la masse salariale des 350 expatriés comparativement à celle des employés nationaux et donc à la masse salariale totale ? Et quel pourcentage de leur chiffre d’affaires ces sociétés bienfaitrices remontent-elles chaque année in petto vers l’Hexagone, à un taux de fiscalisation largement diminué et échappant ainsi au Trésor public ivoirien, à travers des frais d’assistance technique fantaisistes facturés par les maisons-mères aux filiales éburnéennes ? Combien de bénéfices sont-ils chaque année rapatriés de cette façon, biaisant ainsi la répartition des profits entre maisons-mères et filiales et les chiffres des bilans que vous exhibez comme des arguments-massues alors qu’ils sont aussi légers qu’une feuille de papyrus ? Vos entreprises, monsieur le représentant de l’Etat français, sont des îlots de prospérité (pour vous) dans un océan de misère (pour nous) et votre pays concentre tous ses efforts et son énergie à entretenir ce statu quo dans ses relations avec l'Afrique. 

En Europe, à données égales et malgré l’hyper agitation de votre président, votre pays a fortement régressé. Vous accusez l’euro «fort», donc peu compétitif par rapport au dollar, d’être à la source de votre déclin. Mais c’est avec cette même monnaie que «l’excédent commercial allemand a atteint en mai 17,5 milliards d’euros, et le déficit commercial de la France 5,7 milliards d’euros», ainsi que le souligne judicieusement le Canard enchainé dans son édition du 11 juillet 2007. 

En vérité, monsieur Janier, la France est terrorisée à l’idée d’affronter la mondialisation sans sa béquille africaine. Votre argumentaire nous le prouve. Permettez-moi de conclure mon éditorial en citant des extraits du rapport qu’Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères ayant se(r)vi aussi bien dans les gouvernements de droite que de gauche, a remis à sa demande à Nicolas Sarkozy le 4 septembre 2007 : «
De la même façon, [la France] s'illusionnerait et s'affaiblirait gravement en s'en remettant à la problématique politique étrangère de la virtuelle Europe (…), bien intentionnée et bien peu puissante. Elle rognerait tous les aspects saillants de sa propre politique étrangère pour se conformer à une ligne moyenne. Elle y perdrait beaucoup en influence et en sécurité. Et qu'est-ce que l'Europe y gagnerait ? On a vu par surcroît que le mouvement vers l'intégration politique est durablement stoppé, voire qu'il va atteindre son terme ultime à 27. Quels que soient les mérites du futur Haut Commissaire, il en résulte que la France va devoir continuer à mener sa propre politique étrangère comme elle l'a fait depuis le milieu des années soixante. (...) 

Naturellement, la France est un pays occidental, allié des États-Unis et elle partage avec les autres pays occidentaux le trésor de la démocratie et des droits de l’homme, ce qui ne signifie pas que ni elle, ni eux, ne détiennent la formule magique pour leur propagation dans le monde. Mais cela ne veut pas dire qu'elle ait exactement au même moment les mêmes intérêts que les autres démocraties, ni la même façon de les garantir. (…) Autant, pour retrouver confiance en elle dans la mondialisation, la France a besoin d'un sursaut psychologique, d'une révolution mentale et d'un rejet du défaitisme, appuyée sur des initiatives politiques fortes et des politiques innovantes, autant, en politique étrangère et en défense, la France ne doit surtout pas baisser les bras.
» 

Et Hubert Védrine, digne héritier de Jacques Foccart en matière d’idéologie des rapports françafricains, déplorant spécifiquement la difficulté croissante qu’auront les Français à «décider entre eux seuls de conserver une politique africaine (...) sans en parler avec les intéressés et sans les écouter longuement», de poursuivre : «La France a également intérêt à garder une politique africaine. Les tentations d'abandon se fondent sur de mauvais arguments ; il n'est besoin que de voir, a contrario, l'engagement croissant en Afrique de la Chine et des États-Unis. La solution dite ‘d'européanisation’ ne peut être que partielle, ou alors c'est un leurre et une démission : il n'y a pas de volonté à 27 pour mener une vraie politique africaine, tout juste une politique d'aide très conditionnée, ce qui ne répond plus au besoin à l'heure où l'Afrique, elle aussi, utilise les opportunités de la globalisation. (...) Des propositions nombreuses et précises ont été faites depuis dix ans pour réformer, renforcer, revigorer à tous les niveaux (Elysée, Matignon, Quai d'Orsay, Défense, Bercy) les structures et les méthodes de pilotage de notre politique étrangère.»

En langage non diplomatique, Hubert Védrine dit à Nicolas Sarkozy: La France ne peut pas compter sur les autres pays occidentaux pour sa croissance future, car ces pays la considère comme une concurrente. La France ne peut tenir son rang qu'en maintenant par tous les moyens les pays africains loin de la mondialisation, qui leur offre de nouvelles opportunités qu'ils exploitent, malheureusement pour elle, de plus en plus.

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, le 28 septembre 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Edito
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Dimanche 23 septembre 2007

Zuma-4.jpg

Citigroup is to host a dozen top international fund managers to a private lunch with Jacob Zuma, the deputy leader of South Africa’s ruling African National Congress, in a clear sign the markets are preparing for the possibility the controversial populist will be the country’s next president. 

Mr Zuma has made a remarkable political comeback from two scandals and is now, if not the frontrunner, one of the two clear favourites to be voted leader of the ANC at the party’s elections in December. If successful, given the party’s electoral dominance he would become the country’s president at the next national election, in 2009. 

This would be the most significant turning point in South Africa since the end of white rule in 1994. His alliance with the Communist party and the unions – last week the main union federation Cosatu endorsed his campaign – and his populist reputation have led business people to fret he would lead the country to the left and reverse President Thabo Mbeki’s market-friendly policies. 

His aides insist he would not oversee a U-turn, and as his campaign gains momentum they are making plans for a co-ordinated international marketing campaign. 

On Wednesday, the FT has learned, he faces potentially his most important audience yet when he talks about his economic policies at the Citigroup lunch. “It’s up to the Zuma camp to reach out to try to have people understand what a Zuma presidency would look like,” said Jeff Gable, head of research at Absa Capital. “Investors do not like uncertainty. They know little or nothing about what economic policy would look like under him. His job as the frontrunner now is to start speaking to the stakeholders of the economy and financial markets.” 

South Africa’s stability since the end of apartheid, its developed infrastructure and solid economic performance have attracted increasing interest from foreign investors. It is also seen as a hub for the region. Mr Zuma’s principal rival is old ally turned bitter enemy, Mr Mbeki. While he cannot run again as state president, he is pushing for a third term as party leader primarily, it is believed, to stop Mr Zuma. 

Gus Felix, the managing director of Citigroup in South Africa, said he approached Mr Zuma two months ago. “People are attending this lunch as part of many meetings in South Africa,” he said. “I know they are curious and will be taking notes.” 

Mr Zuma, 65, was Mr Mbeki’s deputy for six years but was fired after his embroilment in a corruption scandal. A graft case against him collapsed but he may face fresh charges. He was also acquitted on rape charges in a separate trial. “He is having ‘quiet’ lunches with business people so he doesn’t come across as a stranger to the world in December,” said one aide. “We are acutely aware there has been an attempt to present him as an ogre.” 

Alec Russell in Financial Times, le 23 septembre 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 22 septembre 2007

or.jpg

L’or au Mali n’est pas l’or du Mali, encore moins l’or des Maliens. Une douloureuse devenue banale constatation que la FIDH [Fédération internationale des Droits de l’Homme] vient de publier (septembre 2007) après enquête au Mali, cette "démocratie modèle" en Afrique pour les africainement corrects. Les associations semblent déchanter avec les populations locales qui s’échinent en vain en attente des fameuses retombées partout promises contre l’ouverture des économies en développement au capital étranger. Ouvertures tous azimuts dictées par Sa Science prédatrice la Banque mondiale … 

Le troisième producteur d’or africain, le Mali, dans une bonne conjecture du métal jaune n’en pointe pas moins aux dernières places du développement économique mesuré à l’aune de l’Indice de Développement Humain du Pnud. Le métal jaune y a pourtant supplanté le coton depuis quelques années comme principale source d’exportation du pays. Des exportations qui représentent de l’ordre de 90% de la production, soit un maigre reliquat pour les acteurs maliens. 

Le rapport de la FIDH met en exergue les conditions exagérément avantageuses faites aux multinationales de l’or, la difficulté à recouvrer l’impôt qui les frappe, et la faiblesse des Etats à contrôler la production, l’exportation et même les effets de pollution environnementale de cette industrie. Un aveu renseigné qui émane de la Direction nationale de la Géologie et des Mines. 

Ceci revient à dire, comme au Niger, grand producteur mondial d’uranium et parallèlement pays de grande misère matérielle, que l’exploitation des matières premières stratégiques peut se faire à des niveaux les plus élevés, sans aucun bénéfice pour les populations et pour le développement économique. 

Fraudes et évasions fiscales, corruptions des administrations, sous capacités des administrations en matière de contrôles, concourent à faire durer la tragédie géologique africaine. Tout se passe comme si une concurrence et un rush s’étaient engagés pour savoir qui braderaient le plus et le mieux les dotations naturelles africaines. Avec les institutions internationales de Bretton Woods qui veillent, à coups d’interventionnismes sur les programmes économiques et cadres juridiques biaisés au format des multinationales, cette équation de prédation n’a cessé de s’appliquer dans le monde, semant horreur et terreur économique. Même au pays de l’exemplaire général Amadou Toumani Touré, surnommé ATT, démocrate officiellement irréprochable, et qui lui incarne une nouvelle génération d’équation : élection "démocratique" écrasante, oppositions laminées et paupérisations accrue des peuples. 

Ce général salué par une certaine presse occidentale et continentale, n’a pas échappé aux critiques acerbes et impitoyables du débat électoral, sérieusement tancé dans un pamphlet dirigé contre sa personne, "ATTcratie : la promotion d’un homme et de son clan" [L’Harmattan, 2007]. Ecrit par un auteur anonyme signant "Sphinx", assez médiocre sur la forme et la qualité argumentative, ce livre s’attache à démontrer et les incompétences et les corruptions d’un pouvoir personnel et clanique au Mali. A l’arrivée, on a l’impression de se trouver … dans toutes les démocratures classiques d’Afrique, avec des élections qui se suivent et reproduisent au pouvoir les mêmes équipes dirigeantes poussives, et par ailleurs taillées en pièces dans toutes les discussions de bar… Dans ces démocratures et ATTcraties, la prédation règne en maîtresse des céans, peu importe le classement à l’indice des exportateurs mondiaux, invariablement le résultat profite essentiellement aux multinationales qui s’acquittent des droits de prédation auprès des élites politiques et administratives, et le manège recommence jusqu’à épuisement de la ressource. En période d’anticipation de la fin des rentes, comme au Gabon, au Cameroun ou Congo, les élites au pouvoir déploient des trésors d’imagination et d’indignité corruptive pour "manger" un maximum avant le début de la sécheresse. Une situation qui ne pourra pas s’éterniser. 

Agni Blé in Afrikara, le 23 septembre 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Samedi 15 septembre 2007

HB-2.jpg

«Lorsque nous parvenons à écrire de bonnes choses, c’est à notre parti que nous le devons»
André Stil (communiste français) in Bernard Legendre «le Stalinisme français» 

«Nous devons nous garder de penser que la pratique de la méthode scientifique accroît les pouvoirs de l’esprit humain. Rien n’est plus nettement contredit par l’expérience que la croyance selon laquelle un homme qui s’est illustré dans un ou plusieurs secteurs de la science est plus à même que quiconque de réfléchir de façon sensée sur les questions courantes.» Wilfried Trotter 

I – Houphouët-Boigny, notre héritage commun : Leur Houphouët et le Nôtre 

Contre les lectures conservatrices de Houphouët-Boigny, ce texte propose une critique des appropriations révisionnistes et du pillage idéologique du patrimoine ivoirien. Le père fondateur d’une nation est toujours un opérateur de cohésion pour tous, non la propriété exclusive d’un camp, d’une clique ou d’un lobby : Il faut libérer Houphouët-Boigny et sa mémoire des épigones en mal d’orientation. A l’inverse, les partis qui avaient combattu franchement Houphouët-Boigny de son vivant sont les mieux placés pour reconnaître et leurs dettes vis-à-vis de ce dernier, et les limites de celui-ci. C’est une façon de mettre en perspective la question du parti national que le FPI est appelé à devenir, non plus un parti d’opposition au pouvoir, mais un parti pour la réunification de la Nation ivoirienne ou d’une partie importante de celle-ci en son sein. 

Dans le processus de construction des nations, il y a des périodes charnières de caractère autocritique où chaque génération est tenue de faire l’inventaire du travail effectué par celles qui la précèdent, afin de déterminer ses missions spécifiques, singulièrement dans les périodes de crise comme celle que traverse la Côte d’Ivoire depuis en particulier 1993, crise qui a rebondi sous une forme inattendue et sauvage dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. 

N’en déplaise aux sectaires de tous bords du RHDP qui se servent du premier président de la Côte d’Ivoire comme d’un fonds de commerce exclusif, Houphouët-Boigny est un élément de la mémoire collective ivoirienne et Ouest-africaine, et à ce titre, il n’est pas un hochet entre les mains de ses partisans, mais une source d’inspiration pour tous. Nous ne parlons pas d’idolâtrie, mais de droit d’inventaire sur le parcours et l’histoire d’un homme que les refondateurs ont pris la responsabilité de défier sur le plan politique de son vivant, contrairement aux zélateurs de la vingt-cinquième heure. C’est sous ce rapport critique et dynamique devant l’Histoire que la Refondation est pleinement légitimée d’interroger la pratique et la pensée de Houphouët-Boigny pour frayer les chemins du futur immédiat vers une nation qui est en train de se réaliser autour de la République. 

Ayant été ses adversaires, il nous appartient autant qu’à ses partenaires d’antan. C’est ensemble que nous assumons les conséquences négatives comme celles qui sont positives des ses choix politiques et économiques d’hier. Ce qu’il a fondé n’est pas œuvre divine et peut être amélioré. Il a apporté aux Ivoiriens l’indépendance, les refondateurs leur apportent la Liberté. Houphouët-Boigny ne pouvait pas tout faire, il n’a pas tout fait. Les refondateurs ne peuvent pas tout faire, mais ils peuvent faire de leur mieux pour ajouter à l’indépendance obtenue par Houphouët-Boigny la liberté et la démocratie. 

Houphouët-Boigny n’a pas réussi à déjouer le piège du Pacte colonial, il est tombé là dedans. Mieux, il l’a géré, alors que la Refondation se propose de dénoncer et de rejeter ce pacte dans un élan de vraie rupture. Ce qu’il aurait dû faire et qu’il n’a pas fait devient un objectif pour nous, descendants des anciennes générations. Nous ne voulons pas faire la même chose que lui et comme lui. Il ne nous destinait pas à cela, lorsqu’il nous construisait des écoles et universités qu’il n’a jamais fréquentées. Il aurait bien honte de nous si nous n’étions pas capables d’aller au-delà de ce qu’il pouvait faire lui, à son époque, avec sa formation et ses contraintes. Nous contenter de ce qu’il a fait et chanter chaque jour ses louanges seraient une bien piètre performance qui l’aurait amené à avoir du dégoût pour nos générations actuelles et à venir. 

Les refondateurs comptent bien obtenir cette liberté à laquelle rêvaient ceux qui ont obtenu les indépendances. Les indépendances sont notre patrimoine commun. Houphouët-Boigny aussi. Les néo-houphouëtistes, au lieu de se contenter de proclamer leur filiation (au demeurant, quelle filiation ?) et de chanter à longueur de journée les louanges de notre premier président, devraient peut-être commencer par reconnaître à ce patrimoine commun qu’il n’est pas le fonds de commerce de partis en déroute qui ont renoncé à penser et qui se contentent de répéter des formules incantatoires et surannées pour éviter de répondre aux questions brûlantes du présent.

Obtenir la liberté c’est se convaincre soi-même que le Pacte colonial a fait son temps. La liberté signifie pour les refondateurs mettre fin aux relations anti économiques entre la France et nous, qui empêchent les autres nations et les autres investisseurs de venir chez nous en grand nombre, car ils se sentent en insécurité juridique dans les affaires, avec un environnement de droits acquis liés à notre histoire coloniale. 

Cela veut aussi dire la démocratie, le respect de l’état de droit ; au sens de statut ou situation dans laquelle le droit s’impose à tous les investisseurs effectifs et potentiels en Côte d’Ivoire. Il en est de même pour les acteurs de la démocratie politique : on ne peut admettre qu’un seul d’entre nous se mette au-dessus du droit. La liberté pour les refondateurs veut dire l’ouverture économique et politique, là où le Pacte propose le protectionnisme étatique et la démocratie circonscrite à l’intérieur du parti unique.

 II – Les épigones sectaires et sans originalité 

La prise de parole dans le débat politique ne doit pas se laisser submerger par des comportements issus de la Rebfondation, ce mauvais alliage biscornu entre la Refondation et la rébellion, qui s’est imposé à notre pays depuis les accords de Marcoussis. Ce n’est pas parce la Rebfondation rogne tout sur son chemin que nos intellects doivent se laisser aller à la divagation, aux coups bas et à la délation sur nos vies privées respectives. Un pays où l’élite intellectuelle sombre dans la confusion est un pays qui se perd. Un débat sérieux dans l’arène politique avec des gens non moins sérieux et qui savent de quoi ils parlent, tel est le début de la démocratie. On peut débattre démocratiquement avec passion certes, avec véhémence ; pourquoi pas ! Mais aussi avec une bonne connaissance des règles de la rhétorique et de la polémique. Un débat fructueux ne peut être une foire d’empoignes, où chacun de nous hurlerait de plus en plus fort afin de vendre sa marchandise confuse, malveillante, sans argumentaire, ni objectif, ni méthode. 

Lorsque Fraternité Matin a accepté de publier le blues de la République le 4 août 2007, les commentaires sont allés bon train. Et que n’avons-nous pas lu ? Parmi les quelques éléments intelligibles découverts dans les commentaires qui ont suivi, il y a le terme «néo-houphouëtiste». Qu’est-ce qu’un néo-houphouëtiste ? Qu’est-ce que l’houphouëtisme ? A ce jour, nous sommes toujours dans l’attente d’une réponse. Sans entrer dans les détails, on devine que l’on peut grossièrement définir le néo-houphouëtisme comme un mode de pensées et de pratiques qui se rattachent à Houphouët-Boigny. Le néo-houphouëtiste considère que Houphouët-Boigny est sa propriété à lui, de façon exclusive, et que se réclamer du premier Président de la République de Côte d’Ivoire est un devoir en soi pour lui. Pour ceux qui se réclament de ce courant, seuls eux ont le droit de parler de Houphouët-Boigny, de défendre Houphouët-Boigny devant l’histoire, de guerroyer en son nom devant l’Eternel, le temps et le monde. Quelle noble mission ! Mais de quel droit s’arrogent-ils ce privilège ? 

Pour ces commentateurs, l’adversaire à abattre est la Refondation alors même que le combat de la Refondation cadre bien avec le travail que Houphouët-Boigny a réalisé pendant ses mandats successifs à la tête de l’Etat de Côte d’Ivoire et qu’il n’a pas achevé. N’avons-nous pas tous chanté «Soyez béni grand nana Boigny les jeunes gens de Côte d’Ivoire vous remercient …Avec soumission, nous vous glorifions…Que le très haut rallonge votre vie…Le pari est gagné grand Houphouët-Boigny cela se confirme par des preuves convaincantes.» 

III – Le père fondateur de la Côte d’Ivoire entre deux eaux 

La Refondation n’est pas une répétition ni une caricature de l’houphouëtisme, mais un projet de dépassement de ses hésitations, contradictions et erreurs d’orientation et de méthode. Houphouët-Boigny nous aura apporté l’Indépendance, c’est un acquis fondateur de la Côte d’Ivoire moderne que nous revendiquons, mais, à l’analyse, celle-ci a été rendue virtuelle par son contraire qui n’est rien d’autre que le Pacte colonial et son corollaire la société fermée ; tandis que la Refondation milite en faveur d’une société ouverte. 

L’histoire a retenu que le premier Président de la Côte d’Ivoire a apporté l’indépendance à son pays. Cette indépendance, il l’a voulue politique et en partenariat avec la France, l’ancienne puissance coloniale dans laquelle il aura été lui-même législateur et ministre. Député communiste à l’Assemblée constituante du parlement français (1945-1946), il prononce un réquisitoire extrémiste contre le travail forcé dans les colonies françaises et parvient à faire voter la loi de suppression de cette forme d’esclavage. Puis, entre 1956 et 1961, Houphouët-Boigny sera quatre fois ministre d’Etat et trois fois ministre socialiste dans les différents gouvernements français de Guy Mollet, Maurice Bourgès-Maunoury, Félix Gaillard, Pierre Pflimlin, Charles de Gaulle et Michel Debré. Entre 1959 et 1961, il cumule pendant un moment la fonction de Premier ministre de la colonie française de Côte d’Ivoire et celle de ministre conseiller du gouvernement français pour les Affaires étrangères. Durant cette même période, il assurait également les fonctions de premier maire de la commune de plein exercice d’Abidjan (1956-1960). En d’autres temps et sous d’autres cieux, notamment en France pendant la deuxième guerre mondiale, ceux qui pactisèrent avec l’occupant nazi étaient qualifiés de «collabos» et l’histoire de France ne retiendra que cela d’eux. Mais comparaison n’est pas raison. 

L’indépendance obtenue par Houphouët-Boigny après une lutte avec la puissance coloniale était donc politique et admettait les contraintes consignées dans le Pacte colonial, qui représente l’ensemble des accords de coopération franco-ivoiriens, dans le cadre duquel Houphouët-Boigny avait accepté, à Abidjan, le 30 juin 1959, d’opérer ses choix politiques. Le Pacte colonial ne pardonne pas les erreurs. Il vous fait payer tout de suite et cash si ce sont les intérêts français qui sont menacés. Le Pacte vous permet de vivre au-dessus de vos moyens et reporte sur demain le coût de vos gaspillages d’aujourd’hui. Mort subite dans le premier cas, et mort à petit feu dans le second. Dans les deux cas, pour nous, le Pacte signifie quand même la mort. C’est du pareil au même. 

L’histoire retiendra aussi que Houphouët-Boigny aura renoncé à son idéologie initiale de communiste militant à Paris pour rejoindre les socialistes et puis après les gaullistes, à partir du moment où il lui a été garanti que le Pacte lui permettrait de mettre en pratique ses premiers amours idéologiques en Côte d’Ivoire sans en donner l’impression et tout en appartenant au groupe des pays non alignés, mais bien ancré dans le pré carré français. Du grand art dont nous payons aujourd’hui les conséquences, que l’on disait à l’époque de long terme. Elles sont pour nous la réalité quotidienne, cinquante ans plus tard. Houphouët-Boigny aura été un bon jacobin tropical. Avec la mondialisation nous découvrons comment il a été étatiste, centralisateur, interventionniste et dirigiste comme à l’époque l’on savait l’être à Moscou. 

En effet, communiste, Houphouët-Boigny l’aura été pendant tout son exercice du pouvoir. Grâce à sa méthode de dialogue politique et de «démocratie à l’ivoirienne», ses contemporains ne l’ont peut-être pas vu ainsi, et pourtant tous les ingrédients des régimes communistes à la Staline, Lénine ou Brejnev étaient réunis dans la politique d’Houphouët-Boigny. Jugez-en vous-même. Le PDCI était institué parti unique de fait en Côte d’Ivoire, comme le Parti Communiste qui en URSS l’était de jure. Les opposants étaient soit achetés après intimidation, soit envoyés en exil comme ceux des goulags de l’autre côté du mur de Berlin. L’économie, aux mains de l’Etat, était administrée de façon monopolistique, et donc aux antipodes d’une économie libérale comme certains observateurs de l’époque se plaisaient indûment à la présenter. La terre appartenait à l’Etat et la nomenklatura décida qu’elle reviendrait à ceux qui pourraient la mettre en valeur, sans à aucun moment préciser les droits de la propriété foncière pour les populations coutumièrement propriétaires, qui se voyaient ainsi spoliées de leurs patrimoines ancestraux, comme après la révolution d’octobre 1917 là-bas. Ici nous avions les plans quinquennaux, eux là bas, ils avaient le Gosplan. Le parti unique avait ses ramifications partout dans les entreprises privées. Les exportations et les importations étaient réparties, sous forme de quotas et de rentes de situation distribuées politiquement entre les barons du parti, leurs proches et leurs descendants, selon le principe de la nomenklatura soviétique. Le secteur public était vaste, avec une pléiade d’entreprises étatiques inutiles et inefficaces pour la plupart, mais qui avaient la liberté de s’endetter sur le marché international au nom du contribuable ivoirien et dont la gestion désastreuse a conduit au surendettement du pays. Comme là-bas à l’Est, le bureau politique était nommé par Houphouët-Boigny, qui désignait à son tour les membres du gouvernement et ceux du parlement avant des plébiscites au cours desquels la seule pièce d’identité ou de citoyenneté reconnue était la carte de membre du PDCI-RDA. Là-bas il y avait la Pravda, ici nous avions Fraternité Matin. 

Pendant les premières années de son indépendance, c’est un ancien gouverneur de la France d’Outre-mer, ancien parlementaire, ancien ministre français et ancien sénateur de Guinée qui a géré la Côte d’Ivoire directement en tant que Ministre du plan (1957) et Ministre des Affaires économiques et du plan de mai 1959 à août 1964. Son nom est Raphaël Saller et c’est lui qui organisa les relations entre le Trésor public ivoirien et le Trésor public français dans une convention qu’il signe avec Valéry Giscard d’Estaing, alors secrétaire d’Etat aux Finances de la métropole. A son départ de Côte d’Ivoire, Henry Konan Bédié et Mohamed Diawara se sont partagés le poste et ont conduit la Côte d’Ivoire, dix ans après, à la faillite que l’on a appelé la conjoncture (1976-1977). Nous avons tous été «conjoncturés» par l’homme qui était supposé remplacer Saller. Et après la conjoncture, il y a eu l’ajustement structurel, qui a vu le PDCI éclater lorsque, sous la pression des créanciers, l’Etat de Côte d’Ivoire s’est essayé à la libéralisation de l’économie. Le conflit entre les deux gros pontes du PDCI de l’époque, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara, commença d’ailleurs avec les privatisations des entreprises publiques (1990-1993). Dix ans plus tard cette crise portera le nom de rébellion et la victime sera la Refondation. 

Les jeunes générations auront certainement beaucoup de mal à comprendre ce type d’organisation, qui a prévalu de 1960 à 1990, année où Laurent Gbagbo a pu se présenter contre Houphouët-Boigny, non sans avoir essuyé des tracas de toutes sortes. Houphouët-Boigny a gagné, mais n’a changé en rien sa pratique et ses méthodes jusqu’à sa mort en 1993, malgré le discours de la Baule de son ancien collègue et camarade de l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance française, François Mitterrand, dont le nom sera d’ailleurs immortalisé en Côte d’Ivoire de son vivant par un grand boulevard de Cocody à Abidjan. 

IV – De la société fermée à la problématique de la rupture avancée par la Refondation 

La Refondation, au contraire, n’est pas communiste et n’aspire pas à l’être. La philosophie politique de la Refondation trouve son inspiration dans l’économie de marché avec ses valeurs sociales. Cette philosophie, adoptée par le Front Populaire Ivoirien au congrès de décembre 1994, propose aux Ivoiriens la liberté et tous les atouts de l’économie de marché. Si Houphouët-Boigny a obtenu l’indépendance politique pour la Côte d’Ivoire, la Refondation quant à elle réclame la Liberté. La reconquête de la souveraineté économique et de la liberté d’entreprendre des Ivoiriens et de tous leurs partenaires étrangers dans le cadre des lois égales de la République unitaire et indivisible de Côte d’Ivoire. Cette liberté ne peut se comprendre qu’en référence au Pacte colonial, lorsque la Refondation exige de l’ancienne puissance coloniale l’indépendance économique. 

Houphouët-Boigny lui-même était conscient qu’à un moment donné de notre histoire, nos populations auraient à exiger de l’empire français encore plus qu’une simple indépendance nominale. Il savait que l’indépendance réelle et effective restait à conquérir. Par ailleurs, l’hymne national de la Côte d’Ivoire proclame que les légions ivoiriennes remplies de vaillance doivent relever la dignité de leur pays. Ce chant national des Ivoiriens exhorte les fils et les filles de ce pays à se rassembler pour sa grandeur et sa gloire en vue d’y bâtir leur bonheur. Ce chant d’indépendance dit que le pays nous appelle pour y ramener la liberté dans la paix sans quoi nous ne pourrons y bâtir ni une patrie de la vraie fraternité, ni notre propre bonheur. Tel est le projet de la Refondation. Nul ne nous aura prévenu des dangers et pièges de cette voie. Nous le savions et comme hier Houphouët-Boigny, nous nous battons pour cet objectif. Nous ne pouvons nous contenter de faire comme Houphouët-Boigny. A nous, il a réservé de faire mieux que lui. Ceux sur lesquels il comptait pour améliorer son travail des années soixante sont les hommes et les femmes des générations actuelles. 

V – Houphouët et les rendez-vous ratés avec l’Histoire ? 

La chute du mur de Berlin a donné l’occasion à Houphouët-Boigny, comme à tous ses pairs africains, de faire ce que l’on a vu en Europe de l’Est lorsque les Allemands de l’Est et ceux de l’Ouest se sont réunifiés, abandonnant ainsi les frontières héritées des défaites militaires et tracées par l’occupant. Houphouët-Boigny, comme bien d’autres chefs d’Etat du continent, à l’instar de la plupart des régimes communistes d’Europe de l’Est, a refusé le développement politique que l’histoire lui proposait : la démocratie. Il l’a refusée de son vivant, mais elle s’est imposée après lui et malgré lui, alors qu’elle était déjà inscrite dans la première constitution de notre pays. 

Les régimes africains issus de cette période se sont installés dans des transitions démocratiques longues et chaotiques pour finir par faire de ces régimes de transitions des états permanents de gestion de pays africains. A contrario, la Refondation, au-delà de l’indépendance nominale, s’inscrit dans la logique de l’indépendance effective. Elle revendique à la fois la démocratie et la liberté. Elle continue la lutte émancipatrice de Houphouët–Boigny sans être communiste et en rompant avec le jacobinisme qu’il nous aura ramené de son expérience gouvernementale en France. 

VI – Le révisionnisme du crime colonial et le négationnisme néo-houphouëtiste 

La Refondation est une méthode et un corps de réponses aux questions léguées mais non résolues par Houphouët-Boigny et tous les acteurs de la période de la lutte pour l’émancipation de la Côte d’Ivoire entre la fin de la deuxième guerre et l’Indépendance. La Refondation est une attitude et un état d’esprit, non des discours, mais des mesures et non des injures et des ragots, mais des actes de gouvernance non haineux. Le refondateur est un patriote et un résistant au Pacte colonial. Que signifie être houphouëtiste aujourd’hui? Qu’est-ce qu’un néo-houphouëtiste? Comment ces deux catégories se définissent-elles par rapport à Houphouët-Boigny lui-même d’une part, et à la Refondation d’autre part ? 

Si certains pensent que la Côte d’Ivoire était la propriété de Houphouët-Boigny, qu’ils sont les vrais et uniques héritiers de ce dernier et qu’à ce titre, le pays devrait être mis à leur disposition par la France, ils se trompent. D’abord la Côte d’Ivoire n’a jamais été propriété de Houphouët-Boigny ; elle était la propriété volée à nos parents par la France coloniale. Elle reste d’ailleurs aujourd’hui encore, dans l’imaginaire de la classe politique française et selon les dispositions du Pacte colonial, propriété de la France. En outre, ce n’est pas à la France de donner le pouvoir à qui elle veut en Côte d’Ivoire. 

Pour les refondateurs c’est au peuple de ce pays de le faire, et selon les règles établies par sa Constitution. Aux néo-houphouëtistes, il plait de rappeler encore une fois une grande évidence, mise en vers lyriques à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar, par le président français Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007, parlant de ses ancêtres qui ont colonisé l’Afrique : «Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale. Ils ont eu tort. Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l’ouverture aux autres, l’échange, le partage parce que pour s’ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l’autre, par la crainte de l’avenir. Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.» 

C’est au peuple africain que l’on a volé et c’est lui le souverain propriétaire à qui l’on doit retourner et la liberté, et la terre, et le fruit de son travail, et sa personnalité, et son droit au libre échange, et la Société Ouverte. L’ambition de la Refondation est de nous émanciper de tous les ennemis de cette société ouverte. De quel côté se situent donc les houphouëtistes et les néo-houphouëtistes ? Sont-ils révisionnistes ou négationnistes ? Les réponses sont attendues. 

Par Pr. Mamadou Koulibaly in Fraternité Matin, le 15 Septembre 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Catégories

Géostratégie

Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus