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Bluff

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Jeudi 5 avril 2007


26 Mars 1984 – 26 Mars 2007 : 23 ans déjà que Ahmed Sékou Touré, le premier président de la République de Guinée mourait. En ce jour anniversaire de la disparition de ce grand leader africain, j’aimerais revenir sur ce que j’ai ressenti en le redécouvrant le jeudi 11 janvier 2007 au Ciné Club du Palais de la Culture à Treichville.


Un peuple qui ne connaît pas son histoire est condamné à se répéter. Les patriotes africains qui sont aujourd’hui encore confrontés à leur maîtres de toujours pour la récurrente problématique de leur autodétermination devraient connaître leur histoire. Ils devraient revisiter, avec leurs propres yeux et leurs propres consciences, les différents héros de la Résistance africaine, que les vainqueurs d’hier ont traîné dans la boue. Les patriotes africains d’aujourd’hui devraient s’atteler à construire un pont historique reliant les dignes fils d’Afrique d’hier à ceux d’aujourd’hui, pour donner un sens et un mouvement à leur lutte historique.

C’est pour cela que je salue du fond du cœur l’initiative du Palais de la Culture d’Abidjan, qui a décidé d’ouvrir sa saison culturelle 2007 en nous faisant redécouvrir un authentique fils de l’Afrique digne de tous les temps : Ahmed Sékou Touré, président de la République de Guinée de 1958 à 1984. Malgré tous les enseignements que j’ai personnellement tiré de la crise ivoirienne, malgré la méfiance logique et lucide que j’ai acquise vis-à-vis de l’histoire dite officielle, j’ai découvert à ma grande surprise qu’un peu de la boue dont l’Occident avec couvert Sékou Touré était resté dans un coin de ma tête. Je suis sorti du Palais de la culture transformé, ébloui par la lumière de la vérité sur un authentique héros de l’Afrique digne. Comme le disait Sékou Touré lui-même : «La Vérité n’est jamais isolée» (en réponse à un journaliste français – toujours les mêmes – qui évoquait son prétendu isolement international).

J’ajouterai que la Vérité est aussi intemporelle, car les propos que j’ai entendu le Président Sékou Touré tenir dans un documentaire datant de plusieurs dizaines d’années m’ont semblé d’une surprenante actualité. Et l’homme lui-même était si élégant, si éloquent et si pétri de culture qu’on en arrive même à se demander si le patriotisme africain n’a pas perdu en qualité en fil des années !

Fini l’extase, venons-en aux faits. Qu’ai-je découvert cet après du jeudi 11 janvier 2007 au Ciné club du Palais de la Culture et qui m’a tant émerveillé ?

1. La démythification du Général de Gaulle

Quand Sékou Touré reçoit le Général de Gaulle le 25 Août 1958, ce dernier est déjà une légende vivante aussi bien en France que dans tout l’espace francophone sous influence française. Vénéré par les chefs d’Etat et accueilli dans la ferveur populaire du Tchad à la Côte d’Ivoire en passant par Madagascar et le Congo Brazzaville, le général de Gaulle ne s’attend pas du tout à tomber sur un Sékou Touré absolument décomplexé, qui l’accueil en «collègue» comme il le dit lui-même. Mais l’accueil à Conakry recèle une autre particularité que nous révélera notre guide culturel du jour (Sidiki Bakaba) : tout au long du chemin qui mène de l’aéroport le Président Sékou Touré avait fait mettre en scène tous les crimes contre l’humanité dont la France s’était rendu coupable de l’esclavage à la colonisation (en lieu et place des danses et autres festivités folkloriques servies ailleurs). Sans oublier le discours qu’il lui tient, dans lequel il lui rappelle qu’en tant que héros d’un peuple qui a souffert d’une occupation (et qui a bénéficié de l’aide des africains pour se libérer), il était bien placé pour comprendre le désir de liberté des africains. S’en suivit donc le «NON», un «NON» d’autant plus retentissant et historique qu’il a été adresse à l’homme du «NON» en France ! Le petit fils de l’Almamy Samory Touré explique une vingtaine d’année plus tard dans le documentaire que son histoire et son éducation lui interdisait de se soumettre docilement à un autre homme, fut-il un colon et fut-il le général de Gaulle lui-même en personne. «Un homme qui a aimé la Vérité et l’a pratiquée ; un homme qui n’a eu peur que de Dieu et du peuple, mais pas des autres hommes !», voilà ce qu’a répondu Sékou Touré à la dernière question du journaliste à la fin du premier des trois documentaire que nous avons visionné ce jeudi.

2. Le combat pour la Vérité, la réciprocité, et l’universalité

Quand on s’interroge profondément sur le destin médiatique et occidento-historique de Sékou Touré (ce que je faisais dans cette salle du Palais de la Culture pendant que passaient les documentaires sur sa vie), on peut se poser une question : Pourquoi l’histoire occidental et les médias dominants voudraient-ils nous faire croire que, comme par hasard, celui des fils de l’Afrique qui s’est montré le plus digne lors de la campagne du général de Gaulle pour sa fameuse Communauté, s’est avéré être un sale dictateur sanguinaire et paranoïaque ?

La vérité, c’est que dès que Sékou Touré a dit son ô combien courageux «NON», la machine coloniale française s’est déchaîné contre lui pour prouver une chose : qu’il n’a aucun salut en dehors de la soumission et de la docilité pour les africains ! Les français ne partent donc pas gentiment comme l’avait promis le général de Gaulle lors de sa campagne ; ils partent en sabotant toutes les infrastructures et tout le matériel qui existaient en Guinée à l’époque. Mais ils ne se sont pas contentés que de ça. Ils ont aussi en permanence fomenté des coup d’Etat en finançant et en armant les esclaves mentaux et autres collabos de la Guinée ou de son voisinage. Ensuite, comme dans la crise ivoirienne aujourd’hui, ils ont utilisé leurs puissants médias pour faire passer les assassins et les criminelles pour des victimes angéliques, et le Président Sékou Touré pour le bourreau, le sanguinaire, le dictateur, le paranoïaque ! Toujours faire passer le vice pour la vertu et vice versa ! Sékou traité hier comme Mugabe, Kagame, Gbagbo sont traités aujourd’hui !!!

Mais ce que les documentaires montrent, c’est le combat héroïque de Sékou Touré pour la vérité, la réciprocité et l’universalité des jugements et des concepts. Extrait.

M. le président, on dit qu’il y a des prisonniers politiques en Guinée. Oui ou non y a-t-il des prisonniers politiques ?
Ce ne sont pas des prisonniers politiques, les mercenaires qui ont été arrêtés à la suite d’une agression dont nous avons été victimes. J’appelle prisonnier politique, un homme qui par écrit, par parole, pose, et de façon contradictoire avec le régime administrant le pays, les problèmes du pays. J’appelle cela délit d’opinion si cet homme était inquiété. Mais celui qui est allé à l’extérieur, se mettre au service de l’impérialisme, s’enrôler, subir des préparations militaires, emprunter des bateaux étrangers, venir dans son propre pays, avec les armes et les munitions pour assassiner les hommes de son pays, et nous avons eu 360 victimes, ces hommes-là ne sont pas des prisonniers politiques. Ils n’ont qu’à répéter demain leur forfaiture, le peuple de Guinée leur prouvera qu’il est un peuple conscient et résolu dans la défense de sa liberté et de sa souveraineté. Sur ce plan, je n’ai de compte à rendre à personne d'autre qu’à mon peuple. Et vous savez, le peuple sait quelle est sa position à l’égard de son régime.

M. le président, pour donner peut-être plus de poids à ce que vous venez de dire, permettrez-vous à une organisation internationale, comme la Croix rouge, de venir ici, chez vous, constater ?
La Croix rouge peut venir à tous moments. D’abord, nous ne sommes pas membres mais je l’accepte pour faire le démenti aux menteurs qui en France écrivent ou parlent. Pas seulement la Croix rouge, tous ceux qui n’aiment pas la Guinée, mais pourvu qu’ils puissent vous dire la vérité, sont autorisés à venir en Guinée, circuler dans tous le pays. S’ils veulent visiter les prisons, qu’ils les visitent.

La Croix rouge internationale?
Vous pouvez prendre n’importe quelle organisation, de votre préférence.

M. le président, autre problème épineux auquel vous vous attendez bien sûr, celui des Français qui ont disparu en Guinée. Comptez-vous, lors de ce voyage officiel, donner des assurances aux familles qui attendent en France, en tout cas c’est ce qu’elles disent, la vérité sur cette affaire ?
Je ne connais aucun Français qui ait perdu la vie en Guinée. Je connais des ministres, des ambassadeurs guinéens qui se sont vendus aux puissances étrangères…

Qui avaient la double nationalité
Mais s’ils ont la double nationalité, c’est leur affaire. Pour moi, ce ne sont pas des Français, ce sont des Guinéens. Ils ont épousé des citoyennes françaises ; ils ont eu ainsi la double nationalité par rapport à votre législation. Mais pour moi, ce sont des Guinéens. Ils ont été élus députés comme Guinéens. Ils sont membres du gouvernement en titre parce qu’ils sont Guinéens. Et les comptes à l’extérieur qu’on leur a ouverts, les dollars, les francs français, les deutschemark qui tombaient à leur compte sont de la trahison. C’est une forfaiture qu’ils ont commise, ceux-là. Et la France que je connais, le peuple français que je connais ne peut pas soutenir la forfaiture et les auteurs de crime à l’endroit du peuple qui les a engendrés.

M. le président, la France ne veut pas se mêler de politique. Elle demande tout simplement, ou plutôt les familles demandent qu’est-ce qui leur est arrivé ? Est-ce que vous pouvez répondre à cette question ?
Je pose une question. Je suppose que ma fille épouse un Français. Que ce Français soit ministre, ambassadeur, officier supérieur ou simple ouvrier et qu’il porte atteinte à la sécurité de la France, qu’il trahisse sa nation. Qu’il est finalement condamné par les juridictions françaises. Ai-je moi un compte à demander au gouvernement français s’agissant de ce Français? J’ai trop de respect pour le peuple français et le gouvernement français, et je ne m’amuserai jamais à poser une telle question au gouvernement français.

M. le président, si je vous comprends bien sur cette affaire, ces huit Français …
Huit Guinéens. Ils sont Français pour vous. Dites les huit Guinéens. Ils ont été condamnés par le peuple guinéen et exécutés. Et vous ? Voyez Historia n°36 intitulé : «Les Français contre les Français». L’auteur de l’article se félicitait que 17 communards aient été exécutés par le peuple parce que ceux-là incarnaient la trahison vis-à-vis de leur patrie, la France. Il se félicitait que le peuple français, patriote qu’il est, ait réglé le compte à la plupart des traîtres. 110 000 traîtres ont été directement jugés, exécutés par le peuple. Alors vous croyez que la logique c’est pour la France ? La logique n’existe pas pour l’Afrique, le sentiment patriotique n’existe pas pour la Guinée ? Je ne voudrais pas répondre à cette question. Nous voulons faire l’amitié. Tenons compte de l’identité et aussi de la différence. L’identité, notre commune volonté à coopérer sur la base de l’égalité dans l’intérêt de la France et de la Guinée. La différence, je suis Guinéen, vous êtes Français.

M. le président, on dit qu’une page est tournée entre la France et la Guinée. Est-ce que c’est vraiment votre sentiment ?
C’est ma volonté. C’est mon espoir. Chez nous, c’est tourné. Mais puisqu’on parle toujours de huit Français, des Guinéens traîtres, je me demande maintenant si la page est encore tournée en France ou si vous êtes toujours en train de relire les pages du passé, des erreurs du passé que vous avez commises en notre endroit. Ce n’est pas nous qui avons commis des erreurs à l’égard de la France. C’est la France qui a commis des erreurs en notre endroit. Et, je suis sûr que si le peuple français savait les dessous de cette affaire d’agression, eh bien, il donnerait nettement raison à la position guinéenne parce que je connais la logique qui sous-tend les activités du peuple français. Pas tous. Et j’estime qu’un parti socialiste doit se réclamer du peuple français, incarner les valeurs morales, idéologiques et historiques du peuple français, défendre la vérité historique et la vérité sociale de la France. C’est pourquoi je garde l’espoir, pour moi, que la page est tournée. Et qu’on ne me fasse pas revenir sur ce triste passé.

M. le président, quand les journaux, les livres d’histoire disent : Sékou Touré est l’un des grands leaders révolutionnaires. Est-ce que vous acceptez ce jugement historique sur vous ?
Je laisse à chacun le soin d’apprécier ce qu’il voit. Mais ma vocation est de faire la révolution avec mon peuple et pour mon peuple. Ma volonté est de demeurer serviteur de mon peuple. Entre l’être et l’avoir, j’ai choisi l’être. L’identité, la personnalité que je voudrais confondre avec la vérité et la justice dans toutes les attitudes.

Quelle image de vous aimeriez-vous que l’histoire colporte ?
C’est de dire que c’était un homme qui a été au service de son peuple. Un homme qui a aimé la vérité et l’a pratiquée. Un homme qui n’a eu peur que de Dieu et du peuple, mais pas des autres hommes.

Voici l’homme que j’ai découvert ce jeudi 11 janvier 2007 ! Et là, vous n’avez là qu’une toute petite partie de l’histoire ! Si notre Afrique n’était pas si remplie de complexés et d’esclaves mentaux, Sékou Touré serait aujourd’hui l’équivalent, dans notre mémoire et dans nos esprits, de ce que de Gaulle représente pour les français. Il est le premier des temps moderne à avoir dit «NON». Il a même dit «NON» à l’homme devenu célèbre pour avoir dit «Non». Il s’est voulu son égal. De mon point de vue, du point de vue africain, il est aujourd’hui son supérieur ! Cet homme-là mérite d’être connu et réhabilité.

(N.B: Heureusement, un site Internet existe aujourd’hui sur Sékou Touré :
www.sekoutoure.com).

Sylvestre Konin in Le Courrier d'Abidjan le 26 mars 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Vendredi 12 janvier 2007


Cette année 2006 qui s’achève aura été marquée par une recrudescence de l’intervention importune des Français dans les affaires africaines, sous prétexte des accords de coopération. Voilà une “ ex-puissance ” tutrice, qui, 46 ans après les prétendues indépendances se trouve encore obligée de jouer les gendarmes en Afrique. Ceux qui veulent une preuve que la France est passée à côté de la plaque, s’agissant du rôle à elle assigné par les Nations Unies dans les accords de tutelle, après la deuxième guerre mondiale sont servis.

Lorsqu’on jette un coup d’œil rétrospectif dans l’histoire l’on constate d’ailleurs que de la Conférence de Brazzaville en 1944, où a germé l’idée de l’union française à la Communauté franco africaine rejetée par Sékou Touré en 1958, en passant par loi cadre en 1956, la France a multiplié les artifices pour maintenir son emprise sur ses territoires d’outre mer en général et ceux d’ Afrique en particulier, avant d’être obligée, de guerre lasse, d’accorder l’indépendance, une indépendance de façade sous la pression des Nations unies, les coups de boutoir des partis nationalistes tels que l’Upc au Cameroun, et les autres évènements tels que la défaite de Dien Bien Phu en Indochine, et le début de la guerre d’Algérie.

Ce rappel historique est important pour comprendre l’état d’esprit des Français, qui jusqu’aujourd’hui, n’arrivent pas à se départir de leurs élans colonialistes, malgré ce que peut en penser le plus français des Hongrois, et candidat à la succession de Jacques Chirac au poste de président de la République, Nicolas Sarkozy.

La France devait aider les territoires sous son contrôle à s’émanciper ; où en est-on aujourd’hui ? C’est comme ce père qui, ayant raté l’éducation de son enfant se trouve contraint d’intervenir tout le temps dans son foyer soi disant pour ramener la paix. Non Tout cela n’est pas sérieux.

La France est obligée d’intervenir pour soutenir les régimes autocratiques, incompétents et corrompus, des régimes arrogants qui, assurés du soutien de leur parrain gaulois narguent leurs oppositions et se livrent à toutes sortes d’exactions contre leurs populations ; ces interventions obéissent à une logique qui défie la logique cartésienne qu’ils étaient censés nous inculquer par leur prétendue mission civilisatrice. jugez – en vous-même : pour des raisons peu évidentes, qui restent à élucider, Ange-Félix Patassé, président élu de la République Centrafricaine n’a pas bénéficié des dispositions avantageuses des accords de coopération quand il faisait face à la rébellion de François Bozizé en octobre 2002 ; il a été finalement renversé par un coup d’état alors qu’il était en déplacement à l’étranger le 15 mars 2003 ; une fois au pouvoir, Bozizé a organisé des élections et s’est porté candidat, violant ainsi une promesse qu’il avait faite lorsqu’il était en brousse. La France s’est donc abstenue d’intervenir, et pour des raisons qui demeurent obscures.

Voilà que Bozizé au pouvoir, il doit aussi faire face à une rébellion en novembre – décembre 2006 ; que fait la France ? Elle intervient, et pourchasse les rebelles ; au nom de quoi ? Allez donc savoir. De la à penser que Bozizé a conclu des accords secrets de partage léonin des richesses centrafricaines avec la France (ce n’est l’ami Giscard qui mous démentira, lui qui a bénéficié des largesses diamantifères d’un certain Bokassa) il n’y a qu’un pas. Il est vrai que Patassé n’était pas un enfant de chœur, et qu’il ne mérite absolument pas que l’on s’apitoie sur son sort.

Rendons nous maintenant en Cote d’Ivoire. Voilà un pays naguère prospère, dont la France aurait pu être fière, qui depuis 2002, est divisée en deux à cause d’une rébellion que la France refuse de combattre comme elle le fait au Tchad et en Centrafrique. Qu’ont fait Ange Félix Patassé et Laurent Gbagbo pour ne pas bénéficier de l’appui de l’armée française ? Ce qui est curieux en Cote d’ivoire c’est qu’une rébellion armée soit traitée comme un parti d’opposition ordinaire ; les médias français s’obstinent à l’appeler l’“ ex-rébellion ”, alors que ses promoteurs refusent de déposer les armes, et ont mis en coupe réglée la presque moitié du territoire ivoirien. On découvrirait bien des surprises, si l’on voulait connaître les sources de financement des rebelles, qui au début de la rébellion en 2002, était mieux équipés que l’armée ivoirienne. Sans le soutien de l’Afrique du Sud et de l’Angola, il y a longtemps que le régime de Gbagbo aurait été renversé !

Que cherche la France en Afrique ? Ou mieux, que peut la France sans l’Afrique ? Telle est la véritable question qui se pose et à laquelle il faudra bien répondre tôt ou tard.

Jean-Claude Tchassé in Le Messager, 12 janvier 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Mercredi 10 janvier 2007

Lettre à M. Rodrigo de Rato y Figaredo, Président, Directeur Général du Fonds Monétaire International.

Monsieur le Directeur Général,

A l’occasion de votre visite en Afrique Centrale (Gabon et Cameroun), vous avez signé une tribune sous le titre "le FMI et l’Afrique : un partenariat pour l’avenir" (Cameroon Tribune n° 8762/4961 et Le Messager n° 2284 du 08 janvier 2007). La revue de cette tribune indique qu’elle n’est qu’une action marketing visant à vendre aux africains votre troisième centre régional d’assistance technique pour l’Afrique (Afritac) qui constitue le réel motif de votre visite. Comme stratégie de croissance économique durable et de qualité visant l’atteinte des "objectifs du millénaire pour le développement", vous continuez comme par le passé à conseiller aux pays africains de se spécialiser dans l’exportation des produits de base et la quête du binôme infernal aide-crédit concessionnel, vos deux (2) principales sources du relèvement de la croissance économique de l’Afrique.

En fait, le titre de votre tribune devrait être: "le FMI et l’Afrique : un partenariat pour maintenir l’assistance et le sous-développement". Nous avons la conviction que les "objectifs du millénaire pour le développement" ne constituent qu’un gadget fabriqué comme à l’habitude par les bureaucrates rentiers du business de l’aide et dont la portée opérationnelle n’est qu’illusoire. Un pays doté d’un leadership adéquat ne peut se focaliser sur les gadgets et autres instruments d’apparat des institutions du business de l’aide. Le FMI que vous dirigez clame dans sa stratégie à moyen terme, de s’engager pour la création de valeur (progrès économique et social) en faveur de ses "membres à faibles revenus" comme la quasi-totalité des pays africains. Mais les faits ne cessent de vous trahir. Votre visite en Afrique Centrale nous donne l’opportunité de porter à votre attention : (i) la preuve de la toxicité et de la nocivité de vos conseils-instructions en Afrique en prenant le cas de la République du Cameroun ; et (ii) la portée stratégique limitée de votre assistance technique pour l’Afrique.

1 - Preuve de la toxicité et de la nocivité de vos conseils en Afrique

Depuis le 19 septembre 1988, date de la signature du 1er accord de crédit stand-by jusqu’à ce jour (18 ans), le gouvernement du Cameroun a conclu avec le FMI un total de sept (7) accords de crédit d’un montant global de 530,57 millions de DTS destinés à l’appui ou au financement des programmes économiques du pays. En exceptant le maigre accord de financement en cours (24 octobre 2005 – 23 octobre 2008), des six (6) accords de financement signés pendant la période, un (1) seul a été exécuté avec succès (20 août 1997 – 20 décembre 2000) avec un montant total effectivement débloqué de 343,745 millions de DTS, soit un taux d’échec de 83%. Comme vous devez le savoir, l’échec d’un programme n’a pas seulement pour origine les défaillances du pays emprunteur.

Le FMI a sa part de responsabilité dans ces échecs qui découlent de ses propres faiblesses notamment idéologiques, méthodologiques et procédurales se traduisant par le design inapproprié des programmes supports de vos prêts. Au regard de "l’intégrisme idéologique" dont fait souvent preuve votre institution, de son manque d’humilité technique et de la présomption de compétence élevée que vous attribuent nos dirigeants corrompus, vos demi-vérités temporaires pourraient justifier au moins la moitié de ce taux d’échec.

Les ruptures de crédit qui en ont découlé peuvent valablement être qualifiées d’abusives et susceptibles de faire l’objet d’actions judiciaires en réparation des dommages subis par le pays. Ces dommages sont nombreux : plusieurs camerounais sont morts du fait de vos conseil ; les salaires des fonctionnaires camerounais ont été réduits de 75% en 1992 et 1993 ; depuis lors, l’Etat du Cameroun a déjà recruté plus de 50 000 temporaires par crainte de représailles du FMI sur la politique de l’emploi public ; c’est une précarité sociale sans précédent entretenu par un Etat. Le moment du grand procès contre ces abus d’impérialisme économique du FMI n’est pas encore arrivé. Mais ce procès aura lieu avec les progrès des droits de l’homme et la renaissance africaine.

Au-delà de cet échec global, trois (3) cas pratiques peuvent illustrer le caractère toxique et nocif des conseils-instructions du FMI pour le Cameroun : (a) la réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques entrée en vigueur le 1er janvier 2004 ; (b) la stratégie d’endettement du pays après le traitement de sa dette extérieure ; et (c) l’abus de financement (accord de prêt du 24 octobre 2005).

a - Réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques au Cameroun.

La réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques au Cameroun qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2004, a été formulée sous le conseil-instruction ferme du FMI et implémentée par le gouvernement par l’article 7 de la loi n° 2002/014 du 30 décembre 2002 portant loi de finances de la république du Cameroun pour l’exercice 2003. Le conseil-instruction du FMI s’est traduit en particulier par la suppression du concept de foyer fiscal ou de ménage fiscal qui consacrait l’importance de la famille dans les choix sociétaux du Cameroun.

Concrètement, cette conception des experts du FMI qui est cohérente avec l’intégrisme fiscal est d’autant plus archaïque et rétrograde qu’elle détruit l’institution familiale, divise le ménage en deux (2) parties, ignore le mariage, réprime la natalité et méprise l’éducation des enfants. Or, la famille occupe une place centrale dans le processus de progrès économique, social et culturel au Cameroun comme dans la plupart des pays. Il y a eu, depuis janvier 2004 une ponction directe sur le pouvoir d’achat déjà assez maigre de chaque ménage camerounais où les deux époux ont chacun un emploi salarié. Cette réforme est un cas manifeste de conseil-instruction du FMI qui contribue à la régression économique et sociale des camerounais. La fiscalité doit être au service de l’économie et de la consolidation du rôle de la famille et des citoyens dans la société camerounaise. Le concept de ménage ou foyer fiscal doit être restauré.

b - Stratégie d’endettement du Cameroun après le traitement de sa dette extérieure.

Dans votre rapport du 15 septembre 2000 qualifiant le Cameroun à l’initiative PPTE (point de décision) vous avez défini la stratégie d’endettement de notre pays après le traitement de sa dette extérieure (point d’achèvement) en ces termes : "New financing would continue to be highly concessional. The share of debt contracted on IDA terms (40 years’ maturity, 10 years’ grace and 0.75 percent interest) is assumed to constitute 60 percent of new borrowing. It is assumed that the remaining 40% percent would be a mixture of IMF PRGF loans for the early years and bilateral loans contracted on rather less concessional terms (25 years’ maturity, 6 years’ grace, and 2 percent interest)”.

Voilà une stratégie d’endettement qui convient à un pays stationnaire, orienté vers le passé, spécialisé dans quelques produits de base dont les termes de l’échange sont tendanciellement en dégradation constante et concentré dans la quête effrénée de l’aide et des crédits hautement concessionnels. Par anticipation rationnelle, c’est pour nous la meilleure garantie que le Cameroun repartira à terme, quémander les retraitements de sa dette extérieure.

Or, le Cameroun, pour mettre le cap sur un progrès économique et social rapide, doit centrer sa stratégie économique sur l’industrie, la science et la technologie. Les investissements industriels de progrès économique et social ne se financent pas avec l’aide et les concessionnalités. Le problème de la maîtrise de l’endettement n’est pas déterminé par les niveaux des taux d’intérêts mais par la qualité de l’utilisation des capitaux empruntés. La norme est très simple, c’est qu’il ne faut emprunter que pour financer les investissements et non les dépenses courantes.

c - Financement abusif du FMI au Cameroun.

Après le traitement final de sa dette extérieure (avril – juin 2006), le prêt que vous avez accordé au Cameroun le 24 octobre 2005 n’est plus techniquement causé ou justifié. Nous savons qu’il est cohérent avec la stratégie d’endettement que vous avez arrêté pour le Cameroun, en s’octroyant d’office des parts de marché garanties et en privilégiant les financements liés dit aides-crédits concessionnels. Si le FMI était un conseiller créateur de valeur pour le Cameroun, il aurait déjà recommandé à nos dirigeants économiques de ne plus solliciter le déblocage des tranches restantes d’un crédit qui est le générateur des conditionnalités sans fondement réel. Nous reconnaissons que le déficit de leadership économique de l’exécutif camerounais à cet égard vous crée un contexte favorable.

Le caractère économiquement bénéfique a priori du crédit est souvent dévoyé par une consommation inopportune et nuisible comme c’est le cas actuellement pour le reliquat du crédit FMI. Une institution financière d’excellence et de professionnalisme est normalement mieux outillée pour s’abstenir d’accorder ou de maintenir des financements sans portée d’efficience financière vérifiable. Dans cette perspective, l’on devrait attendre du FMI qu’il accorde ses financements avec expertise et mesure. Mais le cas du Cameroun actuellement nous donne les indices d’un financement abusif dont le maintien par nos dirigeants est directement proportionnel à leurs craintes, pourtant non fondées, de représailles de l’impérialisme financier du FMI. Nous savons bien qu’en l’absence d’un crédit, le FMI n’a plus d’emprise sur un pays. Mais en réalité le Cameroun n’a plus besoin des financements du FMI. Vous ne pouvez pas prouver le contraire. C’est un abus de financement.

2 - Portée stratégique limitée de votre assistance technique pour l’Afrique

Voilà trois (3) cas pratiques de conseil et d’assistance technique nocifs et toxiques pour le Cameroun. C’est généralement le profil des conseils du FMI en Afrique. C’est en mai 2002, bien avant votre arrivée en 2004, que le FMI avait lancé une nouvelle stratégie marketing de conquête du marché de formation et d’assistance technique de nos pays en décidant de la mise en place de cinq (5) centres régionaux d’assistance technique (Afritacs) en Afrique subsaharienne. Après les centres de Bamako couvrant l’Afrique de l’ouest et de Dar es Salaam concernant l’Afrique de l’Est, aujourd’hui c’est le lancement du centre de Libreville couvrant l’Afrique Centrale qui est effectif. Il n’en reste que deux (2).

Il apparaît clairement que l’objectif du business plan du FMI est de délocaliser son département d’assistance technique en Afrique noire afin de mieux calibrer les profils cognitifs de nos dirigeants et hauts fonctionnaires de manière à ce qu’ils puissent accorder une prééminence et une supériorité durables aux modèles et pratiques du FMI en matière de politiques économiques et sociales. C’est déjà le cas dans votre coalition avec la Banque Mondiale dans le cadre du Partnership for Capacity Building in Africa qui a été créé en 1999 avec l’African Capacity Building Fondation (ACBF) qui en est l’agence d’exécution.

Mais vous devez savoir que l’Afrique noire n’a pas besoin prioritairement des politiques économiques orthodoxes et extrémistes du type FMI et Banque Mondiale. Vous les avez fait appliqué par des prêts et des conditionnalités depuis les années 80 jusqu’à ce jour sans succès, comme il fallait s’y attendre. Chacun des pays africains a besoin d’un couplage explicite et spécifique des politiques économiques orthodoxes (généralement admises) avec des politiques économiques hétérodoxes (innovantes et créatives).

Les concepts idéologiques, les modèles, les méthodes et procédures opératoires de conseil et d’assistance technique du FMI nous semblent sincèrement inaptes à satisfaire les besoins des pays africains. Vos centres régionaux d’assistance technique quelque soit le nombre, nous paraissent dénuer de toute portée prospective et stratégique pour les mutations conceptuelles, méthodologiques et procédurales qui sont indispensables pour le changement de la trajectoire du progrès économique et social en Afrique.

Veuillez croire, Monsieur le Président Directeur Général, à l’assurance de notre considération distinguée.

Par Babissakana, in Mutations, le 10 janvier 2007

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Lundi 18 décembre 2006

Certaines images parlent plus que des milliers de mots...

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Samedi 16 décembre 2006


"Voltaire parle à un parti, Molière parle à la société, Shakespeare parle à l’homme."
(Victor Hugo In "Littérature et philosophie mêlées")

D’Abidjan à Bangui, en passant par N’Djaména, la politique de Chirac en Afrique est faite de contorsions et de grands écarts qui désarticulent la diplomatie française. L’actualité de ces trois capitales constitue le triptyque de ce que la France chiraquienne s’efforce de présenter comme une politique cohérente en Afrique. Quelle relation entre la France et l’Afrique Chirac laissera-t-il en héritage à son successeur ? Quel niveau d’enlisement connaîtra l’armée française en Afrique en mai 2007 lorsque le locataire de l’Elysée rendra les clés ? Et pour les africains qui s’interrogent sur le lourd silence de l’intelligentsia française, quel sera le bilan des douze ans du régime chiraquien, et quelle perspective pour l’avenir ?

Commençons par une mise en scène de Voltaire face au Code noir. Candide et Cacambo rencontrent un nègre au bord d'un chemin, il leur raconte sa misérable vie qui se résume à peu de choses. Ses malheurs sont dus à un Négrier blanc. Il s’agit d’un extrait de Candide de Voltaire présenté ainsi par Claude Lamirand sur son superbe site
www.action-libérale.org.

"En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. "Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ? -- J'attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. -- Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ? -- Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : "Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère." Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible."

I - La logique militaro affairiste des accords de coopération

Ca y est, nous y sommes hélas ! Les fronts brûlants s’ouvrent en Afrique les uns après les autres, aussi bien pour l’armée française, qui n’a pas su muer sa mentalité afin de s’affranchir des avatars de ses expéditions coloniales, que pour la diplomatie française qui a toujours été en Afrique au second plan derrière les militaires, depuis le temps où l’Afrique était l’affaire du ministère des colonies et de l’armée coloniale. La diplomatie française laisse souvent aux militaires et au ministère de la défense l’initiative d’impulser l’orientation dans les relations de la France avec ses anciennes colonies d’Afrique. C’est une vieille tradition qui remonte au général de Lattre de Tassigny qui, en 1951, alors qu’il était haut commissaire en Indochine organisait le Groupement des Commandos Aéroportés (GCMA) qui sera le bras action des services spéciaux français pour attiser les haines tribales auprès des différentes populations, d’organiser les milices tribales, et de soutenir les maquis tribaux et les guérillas ethniques dans les arrières du Vietminh.

La diplomatie française en Afrique est une diplomatie à coloration militaro affairiste. Elle est balisée par l’institution militaire et entretenue par les affairistes de tout poil, politiques et civils. Ceux des diplomates français en poste en Afrique, qui ont encore un sens de ce qu’est l’art de la diplomatie doivent bien se sentir à l’étroit dans la camisole de force, que leur impose la politique chiraquienne. Le crépuscule de la très vraisemblable prochaine fin du pouvoir élyséen de Chirac s’accompagne d’une cascade d’engagements directs de l’armée française sur les terres de ses ex-colonies. Que veut exactement Chirac en Afrique ? Un embrasement général de l’Afrique francophone avant son départ ? Battre le record rwandais de Mitterrand ? Comme beaucoup d’africains, des proches collaborateurs de Chirac, déboussolés par une politique aventureuse et incohérente, se posent également la question.

Depuis que l’armée française est entrée en conflit ouvert contre le peuple ivoirien, les africains ont senti venir le dérapage incontrôlé de la politique chiraquienne en Afrique. Ils se sont interrogés sur la volonté de la France de créer des foyers de tension sur le continent, et sur la capacité de la France à pouvoir maintenir simultanément plusieurs fronts militaires dans les pays de son ‘pré carré’ africain.

Aujourd’hui, les africains ont la réponse à ces interrogations qu’ils exprimaient, à la fois comme une mise en garde à la France chiraquienne et comme une exhortation à voir Chirac revenir à la raison pour un type de relation avec la France acceptée par les africains. La réponse de Chirac est claire et sans ambiguïté. Le type de relations que la France chiraquienne veut développer avec les pays africains est un rapport de force qui impose la soumission. Mais l’Afrique moderne a déjà tourné le dos à la soumission. Irrévocablement. Et qu’on se le tienne pour dit.

Lorsque Chirac déclare que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie, propos sur lesquels l’auteur n’est du moins jamais revenu pour en atténuer l’effet ou pour le reformuler de manière moins choquante, il est honnête avec lui-même et exprime le fond de sa pensée politique. Depuis qu’il est à l’Elysée, ses actes et sa politique à l’égard de l’Afrique sont en parfaite conformité avec cette déclaration. Aussi, s’engage-t-il brutalement contre tous ceux qui aspirent à plus de liberté, dans le silence complice de l’intelligentsia française.

II - Mais où sont donc passés les intellectuels français ?

En dehors des périodes électorales où le peuple sanctionne ses premiers responsables politiques par un renouvellement ou un retrait de confiance, la caractéristique distinctive des grandes démocraties se traduit également par la capacité des citoyens à s’opposer à leurs dirigeants à travers des publications, des conférences et des manifestations publiques, lorsque la politique menée en leur nom ne trouve pas un écho favorable dans leurs propres convictions. Ceci est vrai pour la politique intérieure et aussi pour celle qui est menée à l’extérieur du pays.

Les citoyens américains ont souvent montré, même en dehors de toute période électorale, qu’ils ont la capacité et la volonté de peser significativement sur la manière dont le pouvoir exécutif conduit la politique étrangère de leur pays. C’est ainsi qu’ils se sont fortement mobilisés contre la guerre au Vietnam et plus récemment contre la nature de l’évolution de la guerre en Irak. Cette implication directe des citoyens dans la politique ne manque pas de porter des fruits qui font infléchir les positions prises par l’exécutif. Et parfois, les thèmes de politique étrangère dominent largement les campagnes électorales aux USA. Les sujets de la Reine d’Angleterre ne sont pas en reste pour protester contre ce qu’ils considèrent parfois comme des écarts dans la politique étrangère de leur gouvernement. Pour ne citer que ces deux grandes Nations.

En revanche, en ce qui concerne la France, également une grande Nation, quand il est question de sujets relatifs à l’Afrique, il y a comme une espèce d’harmonie entre la classe politique française et les intellectuels français, pourtant connus pour être très portés sur la critique contre leurs dirigeants politiques. On connaît la capacité de mobilisation et la fronde des intellectuels français lorsqu’ils veulent défendre des positions sur des grands sujets. Ils savent s’opposer aux actions gouvernementales. De mai 68 à la dernière crise du Contrat Première Embauche de de Villepin, les exemples ne manquent pas. Avec l’Afrique noire ces intellectuels changent de prisme. Ils agissent comme s'ils ne voient rien. Et quand ils voient, parce qu'ils sont contraints de faire face à la sordide réalité qui est la nôtre à cause de leurs hommes politiques, ils s'arrangent toujours pour ne jamais remettre en cause le système de la très désastreuse politique africaine de la France. Ils préfèrent plutôt désigner un coupable individuel maladroit qui réussi mal à la tâche.

Ainsi, après la rejet du projet de résolution française, la presse hexagonale a été quasi unanime à dénoncer l'incompétence de Chirac, qui n'arrive même plus à faire passer une résolution concernant un ''micro Etat'' africain, mais aucun de ces mêmes organes et aucun intellectuel ne s'est offusqué, ne serait-ce qu'une seconde, du fait que ledit projet de résolution présenté par l'Etat français, en octobre et novembre 2006 devant les pays membres du conseil de sécurité, réclamait la suspension de la Constitution d'un Etat souverain reconnu par l’Etat français et la prévalence des résolutions d'une organisation internationale sur la Loi fondamentale de Côte d'Ivoire.

Même scénario aujourd'hui avec la rupture unilatérale des relations diplomatiques du Rwanda avec la France. Encore sous le choc de la rapidité d'action et de la fermeté dont Kagamé a fait preuve, les médias français ont commencé à sonner le hallali sur le juge Bruguière - qui le mérite bien -, en faisant mine de ne pas savoir que celui-ci a agi sur ordre et, plus grave, en ignorant totalement les accusations de participation au génocide portées à l'encontre de l'Etat français. Bien embarrassés par la remise sous les projecteurs de l'actualité de ce sinistre épisode de leur récente histoire, les medias français utilisent, avec un semblant de pudeur, le conditionnel quand il s'agit d'évoquer l'activisme de la cohabition miterrando-chiraquienne dans cet ethnocide ou même de s’étonner devant le nombre de victimes : plus d’un million de morts en moins de cent jours. Un record.

En dehors de quelques voix françaises, célèbres mais très isolées, qui s’élèvent pour dénoncer ce que fait Chirac en Afrique, généralement, à des exceptions près, la presse française maquille la vérité sur ce qui se passe en Afrique, même lorsque l’Etat français pose ouvertement des actes de guerre. Tout se passe comme si les intellectuels français buvaient comme du petit lait la propagande que les politiques français exhibent au sujet des africains, sur la base de caricatures et de clichés réducteurs. Les africains, dénoncent déjà depuis plusieurs années les graves conséquences que produit la politique menée en Afrique par la classe politique française. Mais, les intellectuels français sont silencieux et donnent l’impression de ne pas se sentir concernés par ce qui se déroule sous les tropiques. Point de publication critique de la politique gouvernementale en Afrique et point de manifestation dans les rues pour marquer une désapprobation, même lorsqu’il est clairement établi que des hélicoptères de l’armée française tirent à la mitrailleuse sur des civils sans arme en Côte d’Ivoire, ou que les responsables politiques français sont accusés de manière insistante de complicité dans un génocide au Rwanda. L’intelligentsia française se mure dans un silence qui hurle, à la Ponce Pilate ‘Tuez-les, mais que leur sang ne nous éclabousse pas !’ Mais cela les exempt-il pour autant de leur responsabilité ?

Les Africains se posent la question sur ce qu’est devenue la France de Montesquieu ou celle de Robespierre sous le régime de Chirac. Les universitaires et les hommes de culture français, ont-ils autant de mépris pour les africains au point d’entrer en conflit avec leur propre conscience, en se bouchant les oreilles, les yeux et la bouche ? La Méditerranée et le Sahara qui séparent la France de l’Afrique noire ne privent pas les intellectuels français des images et des informations qui proviennent des villes et des campagnes africaines. Quel est ce malaise qui ronge l’intelligentsia française au point de la rendre atone sur un sujet aussi important que les drames que produit la politique française en Afrique? Hier le Rwanda, aujourd’hui la Côte d’Ivoire, et dans une autre mesure, le Tchad et la Centrafrique. Malgré cela, les rues françaises sont silencieuses et calmes, les centres de conférence n’abritent pas des colloques sur le drame qui se déroule en Afrique. Seule la dimension humanitaire des choses semble susciter un intérêt dans la société civile. Parce que secteur porteur ? Personne ne s’exprime vigoureusement en France d’une voix audible pour interpeller les politiques français afin de les mettre face à leur responsabilité. Comment la France peut-elle espérer regagner le coeur des africains si les politiques français n’ont aucune sanction électorale en conséquence de la politique dévastatrice qu’ils mènent en Afrique ? En se taisant, l’intelligentsia française donne carte blanche à sa classe politique pour que les conditions se réunissent dans le but de concourir à l’exécution d’autres événements innommables, comme au Rwanda. Les campagnes électorales se suivent en France et personne ne soulève la question des rapports de la France à l’Afrique. Personne ne demande des comptes à l’Elysée. Comment les intellectuels français peuvent-t-ils autant décrier la politique intérieure de Chirac, à travers une panoplie de publications et occulter systématiquement les drames que Chirac provoque en Afrique ? Les rares fois que l’Afrique est évoquée, c’est pour effleurer la question des détournements des fonds publics au profit de la françafrique. Rien de fondamental sur la politique elle-même. Aucune action significative n’est initiée pour combattre une situation qui dure depuis les années 60, pour ne pas remonter plus loin dans l’histoire. Même mai 68, période de toutes les contestations, n’a pas ouvert la voie à une critique de la politique française en Afrique. En ne levant pas le petit doigt pour soutenir la lutte des africains qui réclament leur liberté, les intellectuels français sèment dans l’esprit des jeunes africains les graines de l’ivraie.

Et pourtant, ceux des africains qui sont passés dans les universités et les grandes écoles françaises ont été forgés aux vertus de la critique, ils ont admiré la pensée française qui a magnifié et universalisé les droits de l’Homme proclamés peu avant en Amérique. Ils savent que les intellectuels français sont humanistes et respectueux des lois universelles. Alors comment expliquer cet immobilisme des universitaires et des hommes de culture français, quand les africains crient leur colère contre Chirac et sa Françafrique ? Que les intellectuels français gardent à l’esprit que les livres d’histoire moderne ne sont plus écrits par des coopérants français pour l’enseignement des jeunes africains. L’histoire est désormais écrite par des africains, avec des images et des sons à l’appui, selon la réalité des faits. Quel rapport survivra entre les intellectuels français et leurs homologues africains, quand l’Afrique aura gagné sa liberté sans le concours des universitaires et des hommes de culture français ? L’intelligentsia française, n’est-elle pas en train de se laisser submerger lamentablement par son ignorance, son indifférence et le mensonge d’Etat sur un pan important de l’histoire politique contemporaine?

Sans négliger d’autres explications probables, et sans oser envisager la possibilité d’une explication encore plus cynique de type racisme intellectuel, on peut néanmoins penser que les intellectuels français ont honte de leur classe politique au point de se couvrir la tête pour ne pas voir et savoir l’ignominie des tragédies que Chirac provoque ou entretient dans les pays africains. Se déclarer frappé de cécité et de surdité, peut offrir aux universitaires et aux hommes de culture français, un confort psychologique et s’avérer un bon moyen pour ne pas se sentir comptable de ce qui se fait pourtant au nom de tous les français. Une telle attitude dans le pays de Malraux est incompréhensible pour les africains.

Hier, les africains ont donné leur vie pour sauver la France occupée, aujourd’hui, les français font comme si cela n’avait jamais existé. Ne parlons même pas des exécutions systématiques du style camp de Thiaroye au Sénégal. Même pour donner une pension décente aux rares anciens combattants encore vivants, il aura fallu attendre soixante ans ! Peut-on dans ces conditions être surpris qu’un président de Conseil Général, de surcroît socialiste français, traite publiquement les harkis de sous-hommes et déplore qu’il y ait neuf joueurs noirs sur onze dans l’équipe de France de football ? La question est lancinante, mais elle se pose d’elle-même.

Un jour viendra où les peuples africains poseront des questions aux universitaires et aux hommes de culture français, mais aussi au peuple, français. Où étiez-vous quand tout cela se passait ? Pourquoi n’avez-vous rien fait, rien dit pour aider les africains à retrouver leur dignité ? Qu’avez-vous fait du capital universel que Rousseau et Bastiat vous ont confié ? Il faudra alors trouver une explication convaincante pour que les ivoiriens comprennent pourquoi ils n’ont pas été assistés afin de pouvoir repousser les rebelles qui ont attaqué les institutions de la République, malgré les accords de défense qu’ils ont signés avec la France.

III - Les accords avec la France ? Un papier à valeur unidirectionnelle

Quand elle le veut, la France sait faire les choses selon les normes. C’est pourquoi, avec certains pays africains elle a signé des accords de coopération militaire, et avec d’autres elle a signé des accords de défense, compte tenu de l’intérêt économique que représente chaque pays aux yeux de la France. Avec les accords de défense que la Côte d’Ivoire a signés, l’Etat ivoirien était en droit de bénéficier de l’engagement au combat des militaires français afin de défendre son territoire. C’est à ce titre que Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d’Ivoire, a sollicité en septembre 2002 l’intervention de l’armée française en vue d’aider l’armée ivoirienne à repousser de rébellion (constituée par des d’ivoiriens et des étrangers) venue essentiellement du Burkina, du Mali, du Liberia et de la Sierra Leone. Ces rebelles faisaient peser une menace grave et imminente sur les institutions républicaines ivoiriennes. Cette requête était d’autant plus fondée, qu’en plus de l’accord la France dispose d’une base militaire à Abidjan avec en permanence 600 à 800 hommes, dont la présence se justifie par la volonté supposée d’une exécution rapide dudit accord en cas d’urgence. Bien sûr qu’on ne peut pas reprocher à Chirac de ne pas aimer Gbagbo. Il ne s’en cache d’ailleurs pas et le manifeste même ostensiblement à chaque fois qu’il en a l’occasion. En revanche, le peuple ivoirien en veut particulièrement à Chirac d’avoir refusé l’exécution d’un engagement contractuel qui aurait évité à la Côte d’Ivoire plusieurs années de douleurs et de pillages.

Pourtant, depuis que les accords de défense ont été signés en 1961, septembre 2002 était la première fois que la Côte d’Ivoire allait jouir des droits issus de ces accords, alors que la France de son côté a toujours tiré les bénéfices commerciaux produits par les effets de ces accords. Chirac a préféré faire de la France un Etat sans parole. Un Etat qui renie sa propre signature. C’est terriblement honteux pour la France et tragique pour les ivoiriens. La Côte d’Ivoire s’en souviendra ! Comme elle se souvient que dans les débuts des années 90, la France balladurienne avait sous le second septennat de Mitterrand, refusé d’appliquer les accords monétaires et financiers pour imposer une dévaluation du Franc Cfa.

Autre pays, autre théâtre d’opérations. Nous sommes au Tchad, où le pouvoir en place fait face à une rébellion armée, venue de l’extérieur, dit-on. L’Etat tchadien appelle la France à la rescousse. Demande légitime. Seulement voilà, la France n’a pas d’accord de défense avec le Tchad, les deux pays n’ont qu’un accord de coopération militaire. Donc la France n’est pas supposée s’engager dans un combat pour défendre le Tchad. Mais que fait Chirac ? Il met en action les avions de combat Mirage F1 contre les rebelles. Tant mieux pour l’Etat tchadien, mais cette intervention n’a aucune base légale, du moins au regard de l’accord de coopération militaire, moins engageant pour la France que ne l’est l’accord de défense.

En Côte d’Ivoire, Chirac renie la signature de la France et fait le minimum en matière d’assistance militaire, alors que l’accord de défense contraignait l’armée française à l’engagement au combat aux côtés des militaires ivoiriens. Au Tchad, il outrepasse les droits que lui confèrent les accords de coopération militaire que la France a signé. A la place d’un accord de défense, Chirac applique les engagements d’un accord de coopération militaire, et vice-versa. Quelle est la cohérence politique que l’on peut déduire de ces deux cas de figure ? Tout se résume pour Chirac à faire comme bon lui semble, avec la complicité de la classe politique française dont aucun de ses acteurs n’a élevé la voix pour demander à Chirac les fondements de cette politique de deux poids deux mesures. Le régime de Chirac continue de discréditer la France aux yeux de ses partenaires en Afrique. Même les dirigeants politiques africains qui semblent en accord avec la Chiraquie s’interrogent à voix basse sur l’attitude qu’aurait Chirac au cas où leur pouvoir venait à être menacé. Il semble même, selon des rumeurs très insistantes, que certains d’entre eux cherchent discrètement des appuis ailleurs, loin de la France, malgré leur lune de miel avec Chirac. Sait-on jamais ! Et ils ont raison ; paroles d’ivoiriens. Nous en savons quelque chose.

La diplomatie française n’a jamais été aussi malmenée que sous la présidence de Chirac. Entre les ambassadeurs français qui passent devant les tribunaux pour trafic de visas, à l’image des malversations qui ont entaché le système Chirac de l’Hôtel de ville à l’Elysée, et ceux qui se refusent d’être le porte-voix du président de la République française, on peut plaindre la posture inconfortable qu’inflige le régime Chirac à ce corps de prestige de l’administration française.

En tout état de cause, les expériences actuelles démontrent que les accords que signent les Etats africains avec la France semblent n’avoir aucune espèce de valeur, dès lors que Chirac en fait une application à géométrie variable. Il reste à chaque pays africain de s’exercer pour déterminer les variables qui orientent les modalités d’application des accords qu’il signe. Souhaitons à chacun d’entre eux beaucoup de courage et de plaisirs.

IV - Retour en arrière et risques d’enlisement

L’arrivée de Chirac au pouvoir a mis un coup de frein à l’effet produit en Afrique par la disparition du bloc soviétique et la chute du mur de Berlin. L’espoir suscité par la mondialisation et l’ouverture politique est mis à rude épreuve. La démocratie dans les Etats francophones d’Afrique connaît un recul. Les pouvoirs africains, tenus à bout de bras par Chirac, se replient sur eux-mêmes et renforcent leur emprise dictatoriale sur leurs populations. Le temps avance et les choses semblent s’empirer. Plus les années du régime chiraquien s’allongent, plus Chirac durcit sa politique à l’égard des africains. Là où les africains lui demandent du respect et de la considération, Chirac rétorque qu’il aime l’Afrique. Mais les africains ne veulent plus de relation basée sur les sentiments paternalistes et la passion aveugle. Ils ne veulent plus de Chirac l’Africain, ils auraient voulu que Chirac le français leur rende des comptes. Ils réclament une relation de raison. Ils ne veulent ni charité, ni solidarité avilissante. Ils exigent un partenariat. Ils ne quémandent plus de l’aide, ils veulent commercer de manière équitable. Est-ce vraiment trop demander à la France ?

Au lieu de tout cela, Chirac préfère l’usage de la force. Abidjan, N’Djaména, Bangui, les capitales africaines renouent les unes après les autres avec les actions militaires de la France sur le sol africain. Combien de fronts de belligérance Chirac compte-t-il laisser en activité avant de quitter l’Elysée par une poterne ? Au lieu de développer une relation saine avec l’Afrique, Chirac s’évertue à braquer les peuples africains contre l’Etat français. Pour ce qui concerne l'interventionnisme militaire français au Tchad et en Centrafrique, peut-on vraiment passer sous silence le fait que ces deux pays regorgent de ressources pétrolières? Les médias français sont très forts pour le faire, mettant plutôt en avant le coté humanitaire de la chose, et à longueur de journaux télévisés, ils nous parlent de la ''situation intolérable des ces pauvres déplacés de guerre''.

Jacques Chirac est dans l’erreur et il se méprend sur l’Afrique d’aujourd’hui. Sur tout le continent, il ne suscite que rejet de la part de la jeunesse. Sa politique est brutale et sans finesse diplomatique. Le régime de Mitterrand a accompagné "l’inavouable" au Rwanda, selon l’expression de Patrick de Saint-Exupéry, mais c’est le pouvoir chiraquien qui exaspère l’Etat rwandais, au point que les dirigeants de ce pays préfèrent rompre les relations diplomatiques qui lient le Rwanda à la France. Chirac fait plus de tort à la France et à l’Afrique, qu’un éléphant ne ferait de dégâts dans un magasin de porcelaines.

Une grande démocratie, c’est aussi celle qui sait trouver dans ses institutions, et au sein de son peuple, les ressorts nécessaires pour corriger des choix qui n’offrent pas, à la pratique, les perspectives espérées. En acceptant de faire une autocritique de leur politique en Irak, les institutions américaines donnent à la France de Chirac et au monde une grande leçon de démocratie et du sens de l’Etat. Les institutions françaises, la classe politique française et l’intelligentsia française n’ont pas encore montré cette dimension de leur démocratie. Que Chirac sorte de son enfermement et qu’il corrige le cap de ses erreurs en Côte d’Ivoire avant qu’une autre catastrophe ne vienne enliser davantage l’armée française. Ce serait un bel exemple pour les Etats africains qui s’inspirent si souvent des institutions françaises. Chirac impose à l’Etat de Côte d’Ivoire, le dialogue avec les rebelles, mais Chirac refuse de dialoguer avec son homologue Gbagbo. Il n’est pas trop tard pour que Chirac retrouve la raison d’une logique claire obscure.

La perspective de ce que l’histoire retiendra des douze ans de la présidence chiraquienne, se dessinera selon les derniers actes que Chirac compte poser en Côte d’Ivoire d’ici la fin de son mandat. Quant à l’avenir des relations de la France avec la Côte d’Ivoire, immanquablement, il sera durablement marqué par la manière dont la crise actuelle trouvera une fin. Peu importe le temps que cela prendra, la crise ivoirienne finira par connaître un dénouement. Il vaut mieux pour les intérêts de la France que l’Etat français accompagne cette fin plutôt qu’elle se présente sans lui. Le moment venu, le peuple ivoirien, davantage averti par cette crise, saura trier le bon grain de l’ivraie. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous en convaincre ici et ailleurs en Afrique.

Pr Mamadou Koulibaly in Le Courrier d'Abidjan, 16 Décembre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

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