Calendrier

Octobre 2008
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Bluff

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

bollor--esclavagiste.jpg 

C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Jeudi 9 novembre 2006



Analyse - Le Président ivoirien Laurent Gbagbo vient de battre son homologue français aux points dans l’arène onusienne. Mahalia Nteby analyse les raisons de la victoire du Petit Poucet éburnéen et donne un aperçu du chemin qui reste à parcourir pour la parachever.

«Nous ne sommes pas encore libres; nous avons seulement atteint la liberté d’être libres» (Nelson Mandela).

Suite au vote de la résolution 1721 sur la Côte d’Ivoire, le Président Laurent Gbagbo s’est adressé à la nation, puis à l’armée ivoirienne. De manière pertinente, il a souligné, non sans une certaine satisfaction, la gifle assenée à la France par les Etats-Unis, la Chine, la Russie et la Tanzanie. En refusant d’avaliser en l’état la résolution préparée par la France sur la Côte d’Ivoire, le conseil de sécurité de l’ONU vient-il de sonner le glas de l’acceptation placide par la «communauté internationale» de la zone d’influence française en Afrique ou Laurent Gbagbo a-t-il simplement bénéficié d’un concours de circonstances favorables ?

La trahison française de 2003 sanctionnée par les Etats-Unis

Le Président ivoirien a indubitablement marqué des points pendant la dernière semaine d’octobre 2006. La France, partant du principe établi que toute proposition présentée par une (ancienne) puissance impérialiste concernant un pays de son pré carré n’est pas contestée par les autres membres permanents du conseil de sécurité, avait élaboré une résolution digne du Pacte colonial ou du Code Noir, dont elle est également à l’origine. Cet axiome a cependant été remis en cause par ses alliés traditionnels.

Une des raisons expliquant cette transgression des usages onusiens, qui a totalement pris à contre-pied et fait perdre sa superbe à la diplomatie hexagonale, trouve ses sources dans la crise irakienne. Le Président français s’était érigé en adversaire de la guerre des Etats-Unis et du Royaume Uni contre le régime de Saddam Hussein. Non content de récuser la résolution que le président George Bush souhaitait voir adoptée par le conseil de sécurité de l’ONU, Jacques Chirac avait envoyé Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires Etrangères, en mission en Afrique pour convaincre les pays membres non permanents du conseil de sécurité de l’époque de se rallier aux positions françaises – sans succès aussi bien en Angola et au Cameroun. En contredisant les Etats-Unis dans un espace dévolu à leur autorité, la France a violé le pacte des grandes puissances. Le rejet du projet de résolution présenté par Jean-Marc de La Sablière, ambassadeur français à l’ONU, n’est qu’un juste retour des choses; les Américains n’ayant pas voulu laisser passer une si belle occasion de montrer à Jacques Chirac qu’ils pouvaient en faire autant.

A défaut de pouvoir défier militairement leurs oppresseurs, les Africains rusent… avec succès

Le revers français est également dû au minutieux travail de préparation abattu par Laurent Gbagbo. Allant parfois jusqu’à susciter une grande frustration chez ses partisans les plus résolus, le numéro un ivoirien a maintenu une posture modérée depuis l’agression de son pays par des assaillants appuyés par Paris et venus du Burkina Faso le 19 septembre 2002. Fort du soutien de l’Afrique du Sud et de l’Angola, le régime d’Abidjan a ainsi pu rectifier la perception internationale sur les origines de la crise ivoirienne, que la France s’attelait à définir comme endogènes. Laurent Gbagbo a su saisir l’opportunité qui s’est présentée pour dégager son pays de la mainmise française qui l’enserre et l’appauvrit.

Une attitude semblable avait été adoptée par le Président camerounais Paul Biya, confronté à l’occupation militaire nigériane de Bakassi, que la Cour Internationale de Justice de La Haye avait reconnu comme appartenant au Cameroun. Malgré le jugement des instances internationales, le Nigeria avait refusé de retirer ses troupes de la presqu’île anglophone, qui regorge de ressources pétrolifères et halieutiques. La France, faiseuse de rois au Cameroun, mais également partenaire économique numéro un du Nigeria, avait alors refusé son soutien franc au régime Biya. Avec la patience – souvent perçue comme de l’inertie – qui le caractérise, le Président camerounais a finalement résolu la crise en usant de la ruse. Les Américains, qui ont d’énormes intérêts économiques à protéger dans la sous région, étaient à la recherche d’un emplacement pour y implanter une base militaire. Après avoir essuyé le refus de la Guinée Equatoriale et du Gabon, les Etats-Unis se sont rapprochés des Camerounais. Et Paul Biya a sauté sur l’occasion. Machiavélique, il a « offert » Bakassi à George Bush, plus de treize ans après le déclenchement du conflit. Ce dernier s’est dépêché de mettre Obasanjo sous pression afin qu’il retire ses troupes de la zone occupée. Le deal de Biya comprenait également la création d’une université américaine et d’autres projets socio-économiques dans la région.

Les Africains plus sensibles aux chants des sirènes asiatiques qu’aux bruits de bottes françaises

En acceptant de faire preuve d’une volonté mesurée à l’indépendance, qui ne met pas fondamentalement en péril le système inégalitaire qui a cours actuellement et qui profite en grande partie aux puissances anglo-saxonnes, le Président ivoirien, comme son homologue camerounais, a su tirer parti d’un désaccord momentané entre les puissances occidentales. En ne posant pas d’actes préjudiciables à leurs intérêts et en ralliant à sa cause d’autres pays africains et du Tiers Monde, Laurent Gbagbo augmente ses chances de mener à bien sa politique d’émancipation et de refondation.

Le moment ne pouvait pas être plus opportun pour le camp présidentiel ivoirien. La France, affaiblie à l’échelle mondiale, arrive de moins en moins à contenir la contestation de son pouvoir colonial en Afrique noire dite francophone. L’arrivée des géants asiatiques chinois et coréens sur le terrain de jeu habituel de Paris accélère la marginalisation de l’Hexagone, qui se retrouve propulsé dans le club beaucoup moins huppé des puissances moyennes. Le sommet sino-afrcain qui s’est achevé dimanche en est la preuve. Plus de quarante chefs d’Etat et de gouvernement africains ont fait le déplacement de Beijing. Même les serviteurs les plus acharnés de la France comme Abdoulaye Wade du Sénégal et Omar Bongo du Gabon trouvent de plus en plus de vertus à la coopération avec une Chine qui ne cherche pas à imposer ses religions, ses politiques, ses hommes de main ou à s’ingérer dans les affaires intérieures des Etats africains.

Stratégie pour une victoire définitive

En choisissant soigneusement le combat qu’il a à mener, en s’engageant dans un partenariat avec les pays émergents comme la Chine, l’Inde, la Corée, le Brésil mais aussi avec l’Iran et le Venezuela, en négociant l’attribution de ses matières premières – même situées dans des zones actuellement sous contrôle des assaillants - avec les pays les mieux disants parmi les plus puissants, en exigeant le départ des troupes françaises (43ème BIMA et Licorne) et se dotant d’un gouvernement de libération dirigé par un premier ministre acquis à sa cause, Laurent Gbagbo peut rendre un hommage mérité aux 64 victimes civiles ivoiriennes tombées sous les balles françaises devant l’Hôtel Ivoire, il y a deux ans. Et faire de Novembre 2006 un moment aussi historique pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique que la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 l’a été pour l’Europe et le monde occidental.

Mahalia Nteby in Le Courrier d'Abidjan, 7 Novembre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 2 novembre 2006


Analyse – Le contexte du vote de la résolution 1721 montre que la France a épuisé son crédit auprès de la communauté internationale sur le dossier ivoirien. Bien entendu, la Chiraquie tentera de rebondir en s’accrochant à certains aspects du texte qu’elle a écrit. A Abidjan de capitaliser ce revers diplomatique de Paris pour pousser ses pions. Sans complexes.


Elle est enfin née ! Après un accouchement fort difficile, la résolution 1721 du Conseil de sécurité des Nations unies est là. Que peut-on retenir fondamentalement de ce texte ? Qu’il est un «monstre bureaucratique» comme les résolutions précédentes, et qu’il serait vain d’en faire une exégèse minutieuse. L’histoire du conflit ivoirien montre bien que les résolutions de l’ONU ne sont pas à prendre vraiment au sérieux dans leurs points de détail – sinon, le désarmement, exigé «immédiatement» depuis plus de trois ans aurait eu lieu, et la paix serait advenue !

La seule grille de lecture sérieuse de ce texte est celle qui lit la nouvelle résolution onusienne sous le prisme des rapports entre la Côte d’Ivoire, la France et la «communauté internationale». Sous cet angle, on ne peut que faire un constat : Paris a perdu son droit de préemption sur la Côte d’Ivoire. La «communauté internationale» a cessé de croire que la voie et la voix de Paris étaient la voie et la voix de la vérité dès qu’on évoquait le conflit ivoirien. La nouvelle résolution marque l’attitude de défiance du Conseil de sécurité face au pays qui a colonisé la Côte d’Ivoire – et rêve de pouvoir la soumettre à nouveau.

La France a été obligée de revoir sa copie (guerrière) au moins deux fois. Trois membres permanents du Conseil de sécurité sur cinq (les Etats-Unis, la Chine et la Russie) ont menacé de s’abstenir si elle maintenait un projet de résolution mettant la Constitution sous le boisseau et affirmant que Charles Konan Banny peut nommer aux fonctions civiles et militaires. Telle est la réalité géopolitique centrale dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui.

Il est intéressant de comparer la résolution finalement votée et le projet présenté par la France il y a quelques semaines. Le point 2 du projet français initial affirmait «qu’en cas de divergence, les instruments internationaux qui définissent les modalités particulières de la transition, en particulier les décisions du Conseil de sécurité fondées sur les décisions et les recommandations de la CEDEAO et de l’Union africaine, prévalent sur la Constitution ivoirienne et la législation du pays». Cette disposition indécente a été purement annulée par un front du refus improvisé à la Maison de Verre. Le point 7 de ce projet affirmait que Banny avait le droit «de nommer aux emplois civils et militaires». Ce point a été biffé. Fondamentalement, cela signifie que le complot français a échoué. Alors que le projet français initial «endossait» les différents communiqués finaux du GTI s’attaquant aux institutions ivoiriennes, et évoquait très peu le Conseil de paix et de sécurité de l’UA, la résolution votée au final «prend acte» des communiqués du GTI mais «approuve» et «souscrit» dès qu’il s’agit des délibérations du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Le Conseil de sécurité affirme que sa résolution est «fondée» sur le texte de l’Union africaine.

Paris va tenter de masquer son échec

Pour masquer son échec, et pour essayer de rebondir dans les prochains jours, la France (qui a rédigé la résolution avec des pièges grossiers mais aussi une infinité de «mines» enterrées ça et là), va s’appuyer sur certains aspects du texte pour faire de l’intimidation. Elle a réussi à faire passer un bout de phrase selon lequel les parties ivoiriennes ne doivent invoquer «aucune disposition légale pour faire obstacle à ce processus». Une formulation montrant bien le désir de la France de détruire la loi en Côte d’Ivoire pour imposer son arbitraire mais qui, en l’occurrence, ne signifie rien. D’ailleurs, pourquoi un processus qui, selon le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, doit se faire, «dans l’esprit des lois», doit-il craindre l’invocation de «dispositions légales» ? Paris a également tenté d’aller à l’encontre de l’esprit de la décision du CPS, sur les décisions qui doivent être prises en Conseil des ministres en y adjoignant le Conseil de gouvernement. Dans le point 13 de la résolution, la France encourage à Banny à prendre «immédiatement» une ordonnance sur les audiences foraines, qu’elle imagine aussi abjecte que les dispositions des audiences foraines «wouya-wouya» d’alors. Mais ces manœuvres auront du mal à intimider un camp patriotique qui sait désormais que trois membres du Conseil de sécurité sur cinq sont défavorables à la suspension de la Constitution. Le contexte dans lequel cette résolution a été adoptée est un véritable cours de relations internationales pour la Résistance ivoirienne.

Ceux qui savent lire les signes du temps le comprendront aisément : en votant la nouvelle résolution après le 31 octobre, le Conseil de sécurité va à l’encontre de la théorie du «vide juridique». Nous avons vécu 24 heures sous l’empire exclusif de la Constitution ivoirienne. Le ciel ne nous est pas tombé sur la tête ! La Russie, la Chine et la Tanzanie souhaitaient même un plus long délai pour l’adoption de cette résolution ! Ces pays nous envoient un message : la Côte d’Ivoire n’a pas besoin de résolutions onusiennes pour vivre. Personne ne peut intervenir dans ses affaires intérieures. La France est tellement discréditée dans le dossier ivoirien qu’elle sera bientôt à peine nuisible.

Il serait pourtant vain d’imaginer que la France baissera les bras. Ce que Paris n’a pas eu au Conseil de sécurité, Paris tentera de l’obtenir par les oukases infondés du GTI (comme ce qui s’est passé à l’époque de la résolution 1633). Jacques Chirac activera le «médiateur» Denis Sassou N’Guesso pour qu’il éreinte au maximum le président Gbagbo.

Ce dernier devra donc vaincre une des maladies de son système : la tendance à s’endormir, à s’engourdir et à laisser les choses aller dès lors que «l’essentiel» est préservé, et à ne réagir que lorsque le pouvoir est menacé dans son essence. La Côte d’Ivoire républicaine doit capitaliser le camouflet diplomatique infligé à la France pour neutraliser au maximum le colonisateur. Il est grand temps, quelques jours avant le deuxième anniversaire des massacres de novembre 2004, de ressusciter les plaintes contre une armée française qui ne saurait être impliquée dans la restructuration de l’armée ivoirienne. Il est grand temps de faire admettre à Charles Konan Banny qu’il n’agira que dans le cadre de la loi. Il est plus que jamais temps de parcourir l’Afrique et le monde en portant un seul message : la Côte d’Ivoire veut sa liberté, son droit à l’autodétermination, la fin du pacte colonial. En refusant de suivre mécaniquement Paris, le Conseil de sécurité a commencé de tuer le pré carré français (cet espace où la communauté internationale donnait tous les droits à Paris sur des pays théoriquement indépendants). Au président Gbagbo de l’achever désormais.

Théophile Kouamouo in Le Courrier d'Abidjan, 2 Novembre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 27 octobre 2006

Alors que les membres permanents et non permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU continuent de travailler sur un plan de sortie de crise en Côte d’Ivoire, le président Français Jacques Chirac, apparemment convaincu du rejet par le conseil de sécurité de la proposition préparée et soumise par la France - et qui prône un coup d'Etat constitutionnel - a choisi la solution militaire pour venir à bout du régime du Président Laurent Gbagbo.

De nombreux témoins ont ainsi pu observer des manœuvres aériennes effectuées ce vendredi 27 octobre 2006, à 10 heures 05 au-dessus de la résidence officielle du Chef de l’Etat à Cocody. Un hélicoptère de l’armée française a, pendant 20 minutes, stationné au-dessus de la résidence du président.

A la suite de ce survol, le président Gbagbo a convoqué l'ambassadeur de France André Janier et le général Antoine Lecerf, commandant de la force Licorne, qu'il a reçu en compagnie du Général Philippe Mangou, Chef d'Etat Major de l'Armée Ivoirienne.

En Novembre 2004, l'aviation française avait ouvert le feu sur le Palais présidentiel, pendant que ses chars encerclaient les résidences du Chef de l'Etat et du Président de l'Assemblée Nationale, Mamadou Koulibaly. Plusieurs centaines de citoyens Ivoiriens étaient alors descendus dans la rue pour faire barrage à l'armée française, qui n'avait pas hésité à sauvagement assassiner plus de soixantes civils devant l'hôtel Ivoire, situé à proximité des résidences visées.

Soledad Zingha

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 8 octobre 2006


«Je pense que toute personne qui se considère comme un leader, un chef religieux, un décideur doit répondre à un certain nombre de questions au cours de son existence: comment mon peuple vivra-t-il sur cette terre ? Comment sera-t-il éduqué ? Comment sera-t-il scolarisé ? Comment sera-t-il logé ? Comment sera-t-il défendu? La réponse à ces questions créera le concept de nation durable parce qu’elle crée le concept de responsabilité durable. Je dis que quelque soit la solution, ou on est responsable de notre propre destin ou on n’en est pas responsable. Nous devons être clair sur ce point, ou tu es un homme libre ou tu es un esclave.»
Dr John Henrik Clarke

On l’a laissé travailler, comme cela avait été demandé. Aujourd’hui, il démissionne. Parce que ses concitoyens meurent et sont hospitalisés par centaines. Dans un pays sous embargo, dans un pays en guerre, plus de quatre mille tonnes de déchets toxiques ont pu être nuitamment déchargées d’un navire, acheminées et déversées dans différents quartiers d’Abidjan, semant mort et désolations sur leur passage. Les responsables sont connus, leurs complices aussi. Les vrais, pas les seconds couteaux qui sont fièrement servis en pâture aux populations en colère. Tentaculaire, la Françafrique prospère. Et l’on se rend compte que ceux que l’on pensait meilleurs soutiens de la République ont été contaminés, enrôlés.

L’acceptation de la démission de Charles Konan Banny par le président Laurent Gbagbo nous fait entrevoir une lueur d’espoir. Enfin, les plus hautes autorités de Côte d’Ivoire ont pris leurs responsabilités. Enfin, le chef de l’Etat va nommer un homme de poigne, un homme digne à la tête de son gouvernement.

Un homme qui déclarera persona non grata les représentants de la «communauté internationale» qui insultent et raillent ceux qui combattent – et sont morts – pour la libération de leur patrie et qui manquent de respect aux plus hautes personnalités de l’Etat de Côte d’Ivoire.

Un homme qui, au lieu de perpétuer les traditions d’une république bananière, ira soumettre à l’appréciation des députés son budget et les axes de sa politique générale.

Un homme qui, au lieu de se mettre pudiquement en retrait pour laisser des tiers monter au créneau, désignera clairement ceux qui oeuvrent à la recolonisation de la Côte d’Ivoire, et utilisera contre eux tous les éléments à charge à sa disposition.

Un homme qui rappellera distinctement aux Nations Unies que la mission de l’ONUCI est, selon la Résolution 1528 du Conseil de Sécurité de l’ONU à l’origine de sa création, «d’aider le Gouvernement de réconciliation nationale à exécuter le programme national de désarmement, démobilisation et réinsertion des combattants, en prêtant spécialement attention aux besoins particuliers des femmes et des enfants» et non pas de tuer et de provoquer.

Un homme qui, au lieu de se complaire dans une francophilie malsaine, réaménagera les programmes scolaires en Côte d’Ivoire, pour qu’enfin, les œuvres de Mongo Béti, François-Xavier Verschave, Chinua Achebe, Bernard Dadié, Manu Herbstein soient étudiées ; qu’en lieu et place de Vercingétorix et de Napoléon, Chaka Zulu, Samory Kante, Soundjata et les grands empires africains (re)trouvent leurs places dans les salles de classe ; que l’anglais devienne la deuxième langue obligatoire; que l’économie selon Eric Toussaint ou Mamadou Koulibaly soit professée ; que les discours de Lumumba, Malcom X, Mbeki, Sankara, Biko, Um Nyobé soient enseignés.

Un homme qui, au lieu d’opter pour une politique de tergiversations, de concessions, de reculades, d’humiliations et de nostalgie, se décidera à entrer dans l’histoire non comme l’esquive réincarnée, mais pour avoir combattu et su se faire respecter à l’exemple d’Evo Morales, d’Hugo Chavez, de Mahmoud Ahmadinejad, de Paul Kagame, de Fidel Castro, de Thabo Mbeki…

Un homme qui, au lieu de perfectionner l’art de la génuflexion devant les néo-colons et de servir d’ultime bouée à une France en déliquescence et à une Chiraquie embourbée dans ses scandales et ses incompétences, fera de la Côte d’Ivoire le pays qui sonna le glas de l’exploitation de l’Afrique dite francophone par ses bourreaux, celui qui fit voler en éclat la façade de puissance surfaite
d’une France profondément esclavagiste et immensément petite….

Maintenant que Charles Konan Banny, refusant d’assumer la charge qui lui a été confiée par la «communauté internationale» a préféré présenter la démission de l’ensemble de son gouvernement plutôt que de sanctionner ceux qui ont participé à l’attaque toxique sur les populations abidjanaises, il est temps que le président de la République prenne ses responsabilités et nomme un Premier Ministre digne, un homme d’action et de conviction pour conduire la Côte d’Ivoire à une paix et un développement durables. Charles Konan Banny est coupable de haute trahison. Lui renouveler la confiance reviendrait à se rendre coupable de complicité.

A l’aube d’un énième conseil de sécurité de l’ONU qui va encore une fois servir de prétoire aux artisans de l’émasculation du pouvoir légitime en Côte d’Ivoire, les Ivoiriens espèrent que celui qu’ils ont élu à la tête de l’Etat en octobre 2000 saura faire passer leurs intérêts avant ceux de la «communauté internationale». Qu’il ne transforme pas la tragédie qui les frappe en comédie grotesque.

Les maux de tête, les vertiges, la nausée, les yeux qui coulent ne viennent pas seulement de l’hydrogène sulfuré et de l’organochloré inhalés par les Abidjanais. Ce sont aussi les symptômes du dégoût profond et dévastateur qui envahit tous ceux qui ont lutté corps et âmes pour l’émergence d’une Côte d’Ivoire, d’une Afrique nouvelle.

Soledad Zingha in Le Courrier d'Abidjan, 07 Septembre 2006

par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 8 octobre 2006
«Le premier devoir d’un révolutionnaire est de rester en vie.» (Ernesto «Che» Guevara)

Les raisons de la crise ivoirienne sont à chercher bien au-delà d’une inimitié personnelle entre Laurent Gbagbo et Jacques Chirac. Le véritable enjeu de la guerre coloniale française en Côte d’Ivoire est la redéfinition des rapports entre la France et l’Afrique. Le processus de décolonisation politique et économique de son pays engagé par Laurent Gbagbo met en danger la domination de la France sur l’ensemble de son pré carré africain. «En fait, la présence française répond d’abord à des impératifs géostratégiques. Si la France se désengage de la Côte d’Ivoire, qui draine presque la moitié de la masse monétaire en Afrique de l’Ouest, elle peut dire adieu à son rôle de «gendarme de l’Afrique». Cette analyse du journaliste de VSD Antoine Dreyfus a le mérite d’éclairer sur les motifs profonds de la violence et de la virulence française dans le traitement du «problème» ivoirien, tant au plan médiatique que militaire et politique.

Depuis 1945, la classe dirigeante française, qui a toujours voulu pour la France un statut de puissance mondiale justifiant son siège de membre permanent du Conseil de Sécurité obtenu in extremis à la fin de la seconde guerre mondiale, ne s`est pas résignée à ce que son pays ne soit "qu`une" puissance européenne parmi d`autres. Pour être puissance mondiale, il faut que la France puisse peser sur les événements hors de l`Europe. Le seul endroit au monde où cela reste possible est l`Afrique noire francophone, seule zone d`influence qui lui est reconnue par les autres membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui marchandent entre eux à partir de leurs zones d`influence respectives. «La France est grande lorsqu’elle monte sur les épaules de l’Afrique», disait au Figaro l’ambassadeur américain en Angola il y a quelques années. «La perte de l’influence française, si elle se confirme, sera lourde de conséquences pour Paris. Pas tant au niveau économique, car les intérêts français en Côte d’Ivoire se sont étiolés avec le temps. Mais parce que la Côte d’Ivoire aide à maintenir le rang de la France dans le monde, elle est le pays phare de l’influence de Paris en Afrique francophone», confirment les journalistes du Figaro Isabelle Lasserre et Pierre Prier.

Le désarroi du maître face à des états vassalisés qui s’émancipent

La France a donc besoin d`une cour d`états sycophantes en Afrique noire francophone qui puisse applaudir et soutenir toutes ses initiatives internationales. Depuis 1960, date des indépendances formelles, la politique française en Afrique consiste à bâtir et consolider un ordre néo-colonial où, pour assurer la pérennité de sa zone d`influence, la France n`a cessé de tisser un maillage serré d`institutions et de mécanismes destinés à arrimer les états africains à ses intérêts. Cette toile d`araignée va des accords de défense, crédibilisés par un réseau de bases militaires en Afrique, à la zone franc -entité étonnante aujourd’hui avec la disparition du franc-, en passant par des organisations «sous-régionales» comme la Francophonie. Le tout étant soigneusement verrouillé par le veto français dans les organisations financières de Bretton Wood, qui lui permet de couper l`accès aux financements internationaux à tout pays récalcitrant. Cet édifice, qui fonctionnait sans heurt tant que les Africains l`acceptaient avec leur bonhomie habituelle, devient précaire dès lors que les nouvelles générations d`Africains ne trouvent plus leur compte dans un système où l`équilibre des avantages et des inconvénients ne leur est plus nécessairement favorable. «L’exception française en Côte d’Ivoire n’existe plus, le rubicond a été franchi et la vitrine d’une décolonisation réussie a volé en éclats», d’après Antoine Glaser, directeur de la rédaction de la Lettre du Continent.

Une situation dans laquelle le principal pays du pré carré réussirait à s`affranchir de la tutelle néo-coloniale est donc inacceptable pour Paris car, de proche en proche, cela signifierait la fin de sa zone d`influence et le reflux de la France vers un statut de puissance européenne -situation que les élites françaises s`acharnent à éviter depuis un demi-siècle- et peut-être, en bout de chaîne, la fin du statut de membre permanent du Conseil de Sécurité. «La Côte d’Ivoire, c’est ce qui permet à la France d’être une grande puissance moyenne, de justifier son siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies. C’est sa visibilité diplomatique», selon Albert Bourgi, professeur de relations internationales à l’université de Reims. Laurent Gbagbo est la personnification de la menace. C’est la raison pour laquelle Paris a décidé d’éliminer le président ivoirien, trop désireux de s’affranchir.

Le toujours très bien informé Canard Enchaîné, dans son édition du 17 novembre 2004, publie un document «confidentiel défense» qui officialise l’arrivée en septembre 2002 de trois mercenaires tricolores à Abidjan et leur exfiltration hâtive par la DGSE (services secrets français). «Au nom du gouvernement français, ils proposent leurs bons offices pour la mise en place d’un service de sécurité et de renseignement. Leur démarche a lieu moins de dix jours avant le 19 septembre, date d’un nouveau coup d’Etat avorté visant à renverser Gbagbo. Ce putsch a fait 300 morts à Abidjan […]». Ceci explique également pourquoi les autorités françaises sont prêtes à engloutir des dizaines de milliards d`euro dans l`opération Licorne pour plusieurs années. Même si, comme l’exprime un officier français dans le Figaro du 22 novembre 2004, «il n’y a aucune raison que les choses s’arrangent. Je ne vois pas comment Licorne pourrait rester dans ces conditions».

Eternel négationnisme

Nonobstant le révisionnisme imprescriptible dont font preuve les hommes politiques et les média français, il est impossible d’ignorer la participation de la France dans les conflits africains. La classe politique hexagonale, quelle que soit sa couleur, a toujours fait preuve d’un incommensurable talent pour financer des coups d’Etat, soutenir des génocidaires, réprimer violemment toute velléité de contestation dans son pré carré. Est-il besoin de revenir sur la guerre du Biafra, avec son million de morts en entre 1967 et 1970, lorsque la France, pour élargir sa zone d`influence, soutenait les séparatistes ? Au Rwanda, l’engagement total de la France aux côtés de l’Etat-pion a conduit à l’extermination systématique des Tutsis. Entre 1990 et 1994, la France a livré régulièrement des armes, des munitions et son soutien logistique aux Forces armées rwandaises (FAR), alors que le gouvernement du président Habyarimana procédait aux premières épurations ethniques. Son soutien a été également financier et diplomatique. Jusqu’au 25 novembre 1994, la France a bloqué toute aide financière de la Banque Mondiale et de l’Union Européenne au nouveau gouvernement de Kigali.

Pendant l’ethnocide, la France a empêché la mise en accusation des auteurs du génocide lors de la Commission annuelle des Droits de l’Homme des Nations Unies et permis, dans le cadre de l’opération Turquoise commandée par le général Poncet, actuellement commandant de la force Licorne en Côte d’Ivoire, l’exfiltration au Zaïre des dignitaires du régime génocidaire. «Des soldats de notre pays ont formé, sur ordre, les tueurs du troisième génocide du XXe siècle. Nous leur avons donné des armes, une doctrine et un blanc-seing», accuse le journaliste français du Figaro, Patrick de Saint-Exupéry, dans son livre «L’inavouable : la France au Rwanda». La répression meurtrière de la rébellion upéciste, les purges sanglantes et les massacres perpétrés par les Français en mai 1955 ont fait plus de 100.000 victimes civiles camerounaises. La France a financé parallèlement le camp gouvernemental et la rébellion en Angola. Faut-il revenir sur l’implication de l’Hexagone dans les coups fourrés et les conflits aux Comores, au Bénin, au Soudan, au Tchad, au Liberia, en Centrafrique, en Guinée-Bissau, dans les deux Congo ?

Et le Cameroun dans tout ça ?

Quid du Cameroun ? Ce pays est la locomotive économique de l’Afrique Centrale. Qu’ils apprécient ou non la politique ou le bilan de leur chef de l’Etat, il n’en demeure pas moins que c’est très certainement grâce à son «manque de lisibilité» décrié dans les chancelleries occidentales que les Camerounais vivent en paix. Paul Biya est imprévisible. Il est souvent là où l’on ne l’attend pas. Son pied de nez à la France lors de la crise irakienne, lorsqu’il se rend à Washington pour soutenir ouvertement les Etats Unis, est l’un de ces actes impondérables tant médits en Europe. Stratège, le président Biya a diversifié la distribution des joyaux camerounais. Il a ainsi évité une dépendance économique exclusive à la France, même si l’assujettissement demeure incontestable.

Une licence de téléphonie mobile aux Sud-africains, le cobalt aux Américains, la bauxite à un consortium danois/sud-africain, le terminal à conteneurs à un consortium dont font partie plusieurs groupes français comme Bolloré, Socomar, Getma, mais dirigé par le géant danois Maersk, l’électricité aux Américains, les plaques minéralogiques aux Allemands…

En plus de la personnalité de M. Biya, la relative «exception camerounaise» peut s’expliquer en partie par le contexte historique. Ce pays n’a en effet jamais été une colonie française au sens juridique du terme, mais un protectorat et un territoire sous mandat de la Société des Nations (Sdn), ancêtre de l’Organisation des Nations Unies (Onu). Même si cela n’a pas changé grand chose au quotidien de l’indigène camerounais par rapport à l’autochtone du Gabon ou du Congo-Brazzaville, cela a quand même créé une certaine retenue.

Solution endogène

L’Afrique ne doit attendre aucune compassion de la part de ceux qui l’exploitent. La solution ne peut venir que des Africains eux-mêmes et de leurs gouvernants. Elle se dessine à l’horizon, les Ivoiriens en prennent le chemin. La rupture avec le système néo-colonial instauré par la France en Afrique sera difficilement sereine. La Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo en est la preuve. Mais l’Histoire s’écrit. Les idées, les équipes et les méthodes se renouvellent. Le temps de la braderie inconsciente des ressources, du pillage des patrimoines noirs par les pays occidentaux, de l’exploitation systématique de l’Africain sous le nietzschéen prétexte de sa condition de sous-homme, est en passe d’être inexorablement révolu. Qu’il soit Camerounais ou Ivoirien, il est noir et fier de l’être, mais humain avant tout, avec des aspirations, des valeurs et une identité revendiquées moderato cantabile, mais ça ira inéluctablement crescendo. «Le voudrait-elle, la France n’a plus les moyens d’influencer Abidjan et de renouer avec une politique africaine de grande puissance. Ni de cogérer l’appareil d’Etat ivoirien, comme elle l’a fait jusqu’au début des années quatre-vingt-dix», constate M. Bourgi.

Il est toujours périlleux de bâtir un empire sur des fondations bancales. «Après le coup d’Etat manqué de septembre 2002, les ambiguïtés de la politique française […] ont brouillé dans l’opinion ivoirienne la perception de la mission de l’armée française», continue Albert Bourgi. L’occupation de l’aéroport Houphouët-Boigny et des ponts d’Abidjan par les soldats français est ressentie comme un affront par l’Africain nouveau. La destruction de l’aviation ivoirienne par l’armée française comme une humiliation. La propagande et la désinformation des média gaulois, une insulte. Les images montrant soldats et snipers français en train de tirer sur la foule de manifestants ivoiriens devant l’hôtel Ivoire à Abidjan ont été uniquement retransmises par i-télé, chaîne d’information en continu de Canal Plus. Le Canard Enchaîné, qui a visionné le document filmé par les journalistes de la chaîne câblée, assène dans son édition numéro 4387 : «Ces images prouvent la nécessité d’une enquête approfondie. Et elles empêchent la France de se présenter comme la seule victime de ses sinistres journées». La censure, révélée le 21 novembre dernier par l’émission «Arrêt sur images» de France 5, a été assumée par les grandes chaînes de télévision hexagonales.

«A la différence de i-télé, nous sommes retransmis sur TV5 et diffusés dans le monde entier. Nous devons gérer l’information avec responsabilité», dixit la responsable de l’information de la chaîne publique France 2, interrogée par l’équipe de l’émission. Les intrigues cousues de fil blanc du gouvernement français sont également perçues comme une injure à l’intelligence. Le dénigrement vindicatif des leaders africains comme une vexation. La mort des civils Ivoiriens, une plaie. Mais rien ne semble pouvoir entraver le déroulement de l’Histoire. David contre Goliath. La fin n’est pas toujours celle qui paraît la plus évidente. «On est en train de perdre la Côte d’Ivoire. […] C’est d’autant plus dommage qu’entre Marcoussis et le laisser-faire, il y avait une troisième solution : soutenir Gbagbo à fond […]», regrette, amer, un officier français dans l’hebdomadaire de droite le Figaro.

Vers une interdépendance équitable à l’ère de la mondialisation

L’avenir est à une coopération équitable, dans le respect mutuel de chacun. Lorsque l’Africain est vendeur, il doit pouvoir, comme le Brésilien, l’Indonésien ou n’importe qui d’autre, poser ses conditions sans avoir à craindre les machinations de l’Elysée, pleurer ses morts abattus et décapités, consoler ses mères violées, regarder ses enfants grandir dans la misère et la détresse. Il est temps que la France fasse son deuil du «bon nègre rigolard, grand enfant et soumis». L’Africain veut acheter tricolore quand l’entreprise française propose la meilleure offre globale et non parce que son pays est une chasse gardée qui n’a pas d’autre choix que d’accepter tous les diktats.

Doit-on condamner un président du Tiers-monde parce qu’il veut prendre des initiatives politiques communes avec la France lorsque celles-ci sont dans l’intérêt bien compris de son pays, et non pas parce que son territoire est un état vassalisé voué à chanter les louanges du maître ou à lui servir d’écho ? Il est important pour tous que le principe universellement reconnu du «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes» s’applique à ceux d’Afrique comme aux autres. Ce qui revient à dire que l’on laisse les Ivoiriens approuver la Constitution qui leur convient et non celle qui arrange le gouvernement français. Et que l’on laisse gouverner les dirigeants que les Africains ont eux-mêmes élus, même s’ils ne plaisent pas à l’Elysée.

Nathalie Yamb in Mutations, 17/12/2004
par Mahalia Nteby publié dans : Côte d'Ivoire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Catégories

Réalité

Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

Recherche

Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus