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Esclavage moderne

Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré 

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C'est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) - filiale d'un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor.

«Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances», assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s'entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s'enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d'ouvriers installés au cœur de la plantation.

«Esclaves»

Le tout pour pas grand-chose : il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. «Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout», précise-t-il. Albert n'est pas affilié à la sécurité sociale et n'a pas de couverture médicale. «Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas les moyens et parce qu'ils attendent qu'on paie leurs arriérés de salaire», affirme-t-il. «Nous sommes les esclaves de la Socapalm», soupire un de ses collègues. Ce n'est cependant pas auprès de l'entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l'huile de palme au Cameroun, qu'ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l'essentiel de la main-d'œuvre.

«Nous savons que les ouvriers ne s'en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard», reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l'entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d'améliorer aussi les conditions de logement ? «Nous vivons comme des animaux», indique, dégoûté, Albert. Il n'y a pas d'eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d'électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l'unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu'il a été élu à la tête d'une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

«Notre messie»

Vulgaire «agitateur» pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu'il estime au nombre de 10.000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu'à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : «No Michael, no work!» «Nous n'avons pas peur, nous sommes tous mobilisés», commente Albert. Il raconte comment l'électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. «Qu'ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler», leur auraient répondu les patrons.

«Michael est notre messie», avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l'écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : «Si tu continues, on va te tuer.» Il venait de refuser l'augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Fanny Pigeaud
Libération
11/03/2008

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Samedi 16 février 2008

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Et maintenant, le Tchad ! Le Tchad de l'Arche de Zoé, du Darfour et de ses massacres ? Non ! Celui d'un énième coup de force contre un pouvoir en place, avec nos militaires en tampon... 

Le statut postcolonial de la France en Afrique mêle intérêts légitimes et fidélités suspectes, atouts stratégiques et devoirs humanitaires, solidarité francophone et zizanies multiples, secrets de famille et intermédiaires clandestins. Pèsent encore sur ce magma l'inconscient refoulé du maître et de l'esclave, et les relents d'un psychodrame historique inachevé... 

Nous n'avons longtemps abordé l'Afrique qu'avec des fantasmes exotiques. Après « le bon sauvage » des Lumières vinrent le « cannibale » et les bamboulas indignes de l'Exposition universelle de 1900. Nous n'avons quitté « La case de l'oncle Tom » que pour « Tintin au Congo » ou « Le coeur des ténèbres ». Pendant ce temps, notre engagement colonial s'écartelait entre l'instituteur et l'exploitant, entre le médecin et le négrier. Et désormais entre nostalgie et repentance. L'Afrique d'aujourd'hui s'accouche-avec et contre nous-dans la douleur. L'Europe eut les siennes et ses millions de morts. La tragédie de l'Histoire change d'époque, de décor et de victimes. Mais elle remplit, pour finir, les mêmes abattoirs de la condition humaine... 

De notre balcon européen, dans la jouissance d'une longue paix, nous contemplons, vaguement ahuris, les affres du pandémonium africain. Ce génocide rwandais, d'abord, où notre injonction démocratique et notre souci d'influence régionale auront fait exploser les haines comprimées du couple Tutsi-Hutu. Et puis ces massacres récurrents du Darfour. Mais combien de violences couvent encore dans des nations adolescentes dont les frontières furent tracées à l'équerre, il y a cent cinquante ans, par nos diplomates en jaquette dans le mépris des ethnies, langues, religions, royaumes ou empires d'une Afrique écrabouillée ! Combien de conflits annoncés entre un Nord musulman et un Sud chrétien ! Quel crève-coeur de voir les deux nations les plus policées de l'Afrique postcoloniale, la Côte d'Ivoire dans l'Ouest, le Kenya dans l'Est, rechuter dans la violence interethnique ! Pensons à cette extension des déserts sous réchauffement planétaire, à cette extinction des cultures vivrières, à ces millions de faméliques agrippés aux ghettos de villes écloses comme champignons vénéneux... A ces désespérés, enfin, qui bricolent des radeaux de misère vers nos eldorados de riches ! 

Et pourtant ! Pourtant, on peine à le croire, mais l'Afrique va mieux. Elle trouve peu à peu, hors ces trous noirs, des espaces apaisés, des leaders respectables... L'ensemble du continent connaît enfin des taux de croissance positive (6,2 % prévus pour 2008). Le pétrole y est pour beaucoup, qui gonfle des budgets anémiques. Il ne crée encore que des pays riches à peuples pauvres. Mais tout de même un peu moins pauvres ! 

Cette Afrique émergente, elle inspire en tout cas des appétits nouveaux. Et d'abord celui, phénoménal, de la Chine. Avec sa masse, ses moyens colossaux, la Chine investit l'Afrique et son pétrole. Elle y expédie ses ingénieurs et ses ouvriers stakhanovistes, au total déjà près de 150 000 hommes. Un début de colonisation sans colonialisme ! La Chine se jette dans l'Afrique comme un fleuve dans la mer... 

L'Afrique nouvelle, nous autres Français devons l'aborder de plain-pied et sans condescendance, en quittant le balcon où le passé nous a juchés. A Dakar, Sarkozy a choqué en dispensant, de ce balcon, un paternalisme conseilleur à « l'homme africain qui n'est pas assez entré dans l'Histoire... » Et il est vrai que, vu jadis de ce surplomb (hégélien), l'Afrique irrationnelle était, comme la Sibérie, chassée d'une Histoire réservée aux seules chevauchées des paladins occidentaux de la Raison et du Progrès (1). Fâcheuse réminiscence ! 

Il nous faut apprendre à penser l'Afrique autrement. Constater que le nationalisme réveille, loin de notre modernité, des traditions englouties. Que, loin de sacrifier aux droits de l'homme, les pays d'Islam exaltent d'abord les droits de Dieu. Et que notre idéal démocratique bute, ici ou là, sur la servitude volontaire. Les peuples qui ne se sentent pas auteurs de notre modernité économique, technique, scientifique souffrent d'en être d'incommodes émules. Et d'être, en somme, « nés du mauvais côté » (2). Mais quoi, l'Histoire ne choisit plus son côté ! Elle charrie partout le meilleur et le pire 

Claude Imbert in Le Point, 07 février 2008

1. Voir « Dostoïevski lit Hegel en Sibérie et fond en larmes », de Földényi (Actes Sud). 
2. Voir l'ardente confession de la Tunisienne Hélé Béji, « Nous, décolonisés » (Arléa).

par Mahalia Nteby publié dans : Edito
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Vendredi 15 février 2008

France is helping to protect Chad's President but it is his people who deserve protection. Europe stands on the brink of entangling itself in France's neocolonial war in Africa.
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The only surprise about this month's battle for Chad's capital city N'Djamena is that it was so long in coming. Every Chadian political dispute in the last 40 years has been settled by force of arms, and the latest conflict is running true to form. A coalition of Chadian rebels, backed by Sudan, made a lightning dash westward across the country from Darfur and assaulted the capital city. Hundreds of soldiers and civilians died in two days of bloody street fighting before Chad's President, Idriss Déby, with help from the French, rallied and pushed back his enemies. The tense standoff comes as the European Union is poised to dispatch 2,500 troops to eastern Chad, where hundreds of thousands of Darfurian refugees and displaced Chadians live in fear. Now Europe's leaders must decide: Will those soldiers be a neutral protection force for civilians, or an army fighting to protect Chad's embattled despot? 

Déby has hung on to power for 16 years by mastering Bedouin politics. Along with physical courage — he commands from the front line — he has a gift for intrigue. Sometimes he buys off his enemies with cash, which is more plentiful since ExxonMobil started pumping oil in 2003. He has also been accused by Amnesty International and the Chadian opposition of murdering his enemies. But key to his survival is France's calculation, backed by military support, that his adversaries are worse. 

Chad is remote — almost equidistant from the Red Sea, the Atlantic Ocean and the Mediterranean. From 1966 onward it was racked by 25 years of war. N'Djamena was destroyed and the country divided into rival fiefdoms. Libya's Colonel Muammar Gaddafi tried to annex Chad, prompting France and the U.S. to fund a covert contra war in support of Chadian warlord-turned-President Hissène Habré. 

Déby was among the French-trained Chadian warriors who defeated Gaddafi's army in 1987. He then chased Libya's proxy Arab militias — known as Janjaweed — into Darfur, sparking that region's descent into bloodshed. But Déby soon fell out with Habré, who tortured and executed thousands of opponents, real and suspected. Déby is a Zaghawa — part of a tribe of black Saharans equally at home in Darfur, Chad and the oases of the Libyan Sahara. Armed by Sudan and Libya, he stormed across the Chadian savanna from rear bases in Darfur and seized power in 1990. Paris ordered its troops to stand aside, congratulated the coup maker and renewed its military cooperation pact with Chad. 

Under Déby's rule, Chadians began to enjoy stability for the first time. Oil promised real wealth, even schools and clinics. But hopes soured when Déby fixed the 2001 elections and Transparency International ranked Chad as the world's most corrupt country (alongside Bangladesh). Déby faced down mutinies at home, but the fuse for the current conflict was lit with the 2003 insurrection in Darfur, led in part by his own Zaghawa tribesmen. 

The French Connection 

Throughout Darfur's war, weapons have flooded in from Chad. When Sudan's security chiefs realized Déby would not cut the rebel supply lines, they resolved to get rid of him. Their offers of money and guns found plenty of takers among disaffected Chadian commanders. Three times the Sudanese organized attacks, nearly capturing N'Djamena in April 2006. 

It is no coincidence that they struck this time just days before the E.U. force was due to arrive. The European troops are under a U.N. mandate to protect civilians, but Sudan's security chiefs fear the operation could be a staging post for intervention in Darfur. Chadian rebels see the real role of the mostly French troops as defending France's protégé, Déby. 

The tide of battle in N'Djamena turned on Feb. 3. French logistics and intelligence were pivotal, though Déby's tactical prowess and rifts among the rebels helped too. Neither of the two main rebel chiefs, Timan Erdimi and Mahamat Nouri, wants the other to become President. The French weapons now pouring into Chad on Libyan aircraft will not seed stability. Many will flow into the armory of Déby's Darfurian ally Ibrahim Khalil, leader of the Justice and Equality Movement, encouraging him to escalate his war in Darfur. 

Déby sees only a military solution. He used the rebel attack as a pretext to arrest the leaders of Chad's civil opposition. They are alive — for now. On Feb. 4, Paris won the U.N. Security Council's authorization to send weapons to Chad. France is fast becoming a belligerent in Chad's war, and an accomplice to a crackdown on the faint hope of a democratic future. 

Chadian civilians and Darfurian refugees alike stand in the path of this fast-moving war. If there was ever a need for international troops to protect them, the time is now. But European leaders must recognize that France's military mission is protecting Déby, not Chadian civilians. Europe stands on the brink of entangling itself in a neocolonial war in Africa. It is not clear that it can salvage the high principle of protecting the victims of war amid the ongoing carnage and chaos. 

Alex De Waal in Time Magazine, 18 Février 2008

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Mardi 12 février 2008

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Jusqu’au 31 décembre 2007, la coopération commerciale entre l’Union européenne et les pays Acp (Afrique au Sud du Sahara, Caraïbes, Pacifique) est régie par le principe de non-réciprocité : les produits en provenance des Acp sont admis librement sur les marchés européens, sans droits de douane, alors que les produits européens peuvent être frappés de droits de douane lorsqu’ils sont importés dans les Acp. 

Le grand changement apporté dans la nouvelle coopération est l’introduction des Accords de partenariat économique (Ape) qui reposent pour l’essentiel sur le principe de réciprocité : dorénavant, les produits européens devront entrer sur les marchés africains sans droits de douane, exactement comme c’est le cas pour les produits africains sur le marché européen. Un autre changement apporté par la nouvelle coopération est de ne plus avoir les Etats comme seuls ayants droit de regard dans les pays Acp ; invitation est faite à toutes les composantes de la société civile (groupements professionnels, syndicats patronaux, syndicats de travailleurs, communicateurs, simples citoyens…) à s’impliquer pour donner leur avis. 

Les Ape présentent au départ, entre autres, des inconvénients pour les producteurs africains, dans l’agriculture comme dans l’industrie : 

(1) - Les produits agricoles européens qui sont subventionnés (ce qui permet de les vendre moins cher) vont inonder les marchés africains ; les produits africains similaires (comme la volaille, les œufs par exemple) ne pourront pas résister à la concurrence. Il faut dire que le terrain a été préparé par les programmes d’ajustement de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international qui ont supprimé les subventions en Afrique. 

(2) - Les embryons d’industrie qui existent dans les pays africains pour ne satisfaire que le marché local (allumettes, piles électriques par exemple) vont être étouffés par la concurrence européenne, surtout avec cette préférence marquée des Africains pour tout ce qui est importé ; ce qui va se traduire par des fermetures d’usines avec le cortège bien connu de nouveaux chômeurs. Pour ne rien dire, des énormes pertes de recettes douanières pour les Etats. 

Les Ape ne sont ainsi rien d’autre qu’une réédition accentuée de la promenade du pot de fer et du pot de terre. L’Union européenne est d’ailleurs bien consciente des plumes que les pays Acp vont laisser dans l’opération ; elle leur a prévu un fonds de compensation (Forape), sournoisement appelé ‘aide’, et qui n’est rien d’autre qu’une rémunération pour ‘bonne conduite’. Ce qui n’a en fait rien de nouveau ; cette méthode a toujours régi les relations entre l’Europe et l’Afrique, avec les résultats que l’on sait pour cette dernière. 

En réalité, les produits africains même s’ils sont théoriquement admis librement sur le marché européen sans droits de douane, y sont soumis à d’autres discriminations non tarifaires comme les normes de qualité contraignantes qui leur sont imposées, pour ne pas concurrencer les produits européens similaires ; c’est le cas dans le secteur de la pêche où les exigences de critères de navires ne peuvent être satisfaites par les pêcheurs locaux, ce qui ouvre la voie aux bateaux de pêche européens pour venir se servir abondamment sur les côtes africaines. 

Il convient d’ailleurs de s’interroger sur les avantages réels retirés par les pays Acp de cette coopération. L’Union européenne a elle-même, en 1997, publié un Livre Vert dressant un bilan peu reluisant de la coopération pour les partenaires du Sud. La situation s’est même détériorée depuis lors ; au seul plan commercial, sous le régime de la non-réciprocité, la part des exportations des Acp sur le marché européen qui était déjà faible (8 %) est tombée à 3 %, alors que le marché européen s’est élargi avec les nouvelles adhésions ; parce que de nouveaux membres (Espagne, Portugal, Grèce) ont des produits agricoles qui concurrencent certains produit s africains. 

Dans la nouvelle coopération, il était question au départ de mettre en place des Accords régionaux de partenariat économique (Arpe) : utiliser les communautés économiques qui existent dans les Acp pour faire le libre-échange avec l’Union européenne ; parce qu’il est plus avantageux d’avoir un seul accord dans une région. Mais c’était sans compter avec la réticence des Etats africains à s’engager ainsi de façon collective. A côté des Arpe, on introduit alors les Ape : chaque Etat pourra séparément négocier avec l’Union européenne. Ce qui ne fera que mettre à mal les communautés africaines d’intégration économique qui n’étaient déjà pas performantes. 

Les Ape se présentent ainsi comme une entreprise de désintégration, de néo-balkanisation de l’Afrique, au moment où l’Europe s’intègre pleinement. En toute logique, c’est l’Union africaine (même si elle n’est pas encore zone de libre-échange) qui devrait négocier avec l’Union européenne, et non des Etats africains séparés. C’est comme si un syndicat patronal contournait les syndicats des travailleurs pour négocier directement avec des travailleurs isolés. 

Au regard des Ape, les Acp peuvent être scindés en trois groupes. 

(1) - Le groupe des Caraïbes, le seul à avoir signé un accord complet au niveau régional 

(2) - Le groupe de pays dont il est dit, sans précision, qu’ils ont paraphé un ‘accord intermédiaire’. Cela vaut-il signature individuelle, ou bien est-ce un tremplin pour amener les autres à signer un accord complet au niveau régional ? Pour l’instant, c’est le flou artistique total, qui alimente bien des spéculations. Au 31 décembre 2007, en Afrique de l’Ouest, ce sont la Côte d’Ivoire et le Ghana qui sont dans ce cas. En Afrique Centrale, c’est le Cameroun. Ces pays qui ne figurent pas parmi les pays moins avancés (Pma), ont plus intérêt que les autres à avoir un accès libre sur le marché européen pour leurs produits (cacao, café, bananes, ananas, aluminium) qui constituent l’essentiel de leurs recettes d’exportation. Ces produits ne peuvent y être compétitifs que s’ils sont exonérés de droits de douane, face aux mêmes produits en provenance d’Asie, d’Amérique Latine ou des Antilles françaises. Cela permettra d’engranger des recettes d’exportation substantielles, comme auparavant, mais cette fois au détriment des industries locales déprotégées qui ne pourront pas résister à la concurrence européenne. 

(3) - Les pays qui, au 31 décembre 2007, n’ont pas signé ou paraphé l’accord. Ce sont tous les autres, à commencer par le Nigeria dont la principale exportation est le pétrole fortement demandé, pour lequel il ne se pose pas un problème de marché. Ce pays n’a aucun intérêt à signer un Ape qui ne pourra que compromettre son industrialisation. Les autres non signataires sont des Pma qui ont une part de marché insignifiante dans l’Union européenne. Ce sont les pays auxquels les Ape porteraient le plus préjudice, en termes de calcul économique coût-avantage : il n’y aura rien de changé au niveau de leurs exportations, mais leurs industries et leurs finances publiques vont en souffrir. 

La question qui ne manquera pas d’être posée est : Qu’adviendra-t-il de ces pays ? Ce scénario est déjà prévu au niveau des instances européennes. Les pays non-Ape seront versés dans le Système de préférences généralisées (Spg) mis en en place depuis 1971, et qui accorde un traitement commercial préférentiel à l’ensemble des pays en développement. Mais le Spg est moins favorable que le système des conventions Ue-Acp. Un régime intermédiaire est prévu pour les pays les moins avancés (trois quarts des pays africains) pour tous les produits, à l’exception des armes. 

La philosophie du Spg était au départ de permettre aux pays en développement d’avoir libre accès sur les marchés des pays développés pour leurs produits manufacturés. C’est sous ce régime que Taïwan, Singapour, Corée du Sud, Hongkong, Malaisie, Thailande, pourtant peu dotés en matières premières, ont consolidé leurs programmes d’industrialisation, avec la réussite que l’on sait. Pendant que les pays africains se confortaient paresseusement dans l’exportation de matières premières sous le régime soi-disant plus favorable de coopération avec l’Europe. 

Cela dit, quelle est l’origine des Ape ? Avec le tintamarre actuellement orchestré sur la question avec sa dose poussée de théâtralisation, on a l’impression d’une nouveauté. Or, les Ape sont contenus dans l’Accord de Cotonou qui fait suite aux conventions de Lomé, pour régir la nouvelle coopération entre l’Union européenne et les Acp (articles 34 à 37). Les Ape sont justifiés par le souci de se conformer aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (Omc) dans le cadre de la mondialisation : des dispositions qui ne servent que les seuls intérêts des pays développés. 

Seulement, l’Accord de Cotonou, avec sa composante Ape qui est officiellement dénoncée aujourd’hui, a été signé par les chefs d’Etat africains en exercice à l’époque (en pleine connaissance de cause, ou insouciance ?). C’était le 23 juin 2000. 

Lisons l’article 37 de l’Accord de Cotonou, alinéa 1 : ‘Des Accords de partenariat économique seront négociés durant la phase préparatoire qui se termine au 31 décembre 2007 au plus tard. Les négociations formelles pour les nouveaux arrangements commerciaux débuteront en septembre 2002 et les nouveaux arrangements commerciaux entreront en vigueur le 1er janvier 2008….’. En quoi consistent les nouveaux arrangements commerciaux ? L’alinéa 7 de l’article 37 le dit clairement : ‘Les négociations des Accords de partenariat économique auront principalement pour objet d’établir un calendrier pour la suppression progressive des barrières commerciales entre les parties, en conformité avec les règles de l’Omc’. Les dirigeants africains qui ont signé ce document en juin 2000, n’ont donc pas été pris en traîtres. 

Personnellement, c’est très tôt que j’ai attiré l’attention sur les Ape dans un livre publié en 2002, ‘L’Afrique dans la mondialisation’, qui n’a suscité ici aucune réaction, ni de la part des pouvoirs publics, ni de la part de la presse publique ou privée. 

Cela dit, c’est une erreur de se polariser sur les Ape qui ne sont qu’un maillon d’une chaîne qu’il faut saisir dans son ensemble. Les Ape viennent seulement s’inscrire dans une entreprise de marginalisation accentuée de l’Afrique, sous couvert de libéralisation et de mondialisation. Les Ape sont appelés à ouvrir totalement les marchés africains à la production agricole et industrielle des pays de l’Union européenne. Mais on oublie que dans le même temps, sous l’égide du Fmi, on a mis en place dans différentes régions africaines des unions douanières artificielles avec un ‘tarif extérieur commun’. L’opération démarre avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) qui regroupe huit pays francophones : les anciens droits de douane que chaque pays membre avait mis en place pour protéger son industrie (qui étaient de l’ordre de 65 % en moyenne) sont remplacés par un droit de douane unique (tarif extérieur commun) dont les taux selon les produits vont de 0 (zéro) pour cent à 20 pour cent. Le principe est adopté en 2006 pour l’étendre à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, et aussi à l’Afrique Centrale. Une aubaine pour les autres pays industrialisés. Mais ils seront moins compétitifs que les pays européens qui, bénéficiant des Ape permettant la libre entrée totale de leurs produits, continueront à faire de l’Afrique leur chasse gardée. 

Et pourtant, aucun de ces pays d’Amérique, d’Asie, d’Europe n’a développé son industrie sans une forte protection douanière. Ce qu’on demande aux Africains, c’est : ‘Ne faites pas ce nous avons fait’. C’est toute cette chaîne d’exploitation des pays africains qu’il faut briser. 

En réalité, la véritable solution pour les pays africains est la valorisation industrielle, c’est-à-dire la transformation sur place d’une bonne partie de leurs matières premières, dans le cadre de leurs communautés économiques, sous une protection adéquate. Aucun pays au monde ne peut se développer en ne comptant que sur des exportations de matières premières, quel que soit le traitement commercial qui leur est accordé. La lutte contre la pauvreté ne peut reposer que sur une politique saine de développement. Ce qui malheureusement est loin d’être le cas dans des pays comme le Sénégal, avec une politique autocratique et véritablement ‘je-m’en-foutiste’ de gaspillage et de dilapidation des maigres ressources financières, comme s’il s’agissait d’un héritage familial. 

Les dénonciations que l’auteur de ce texte, d’autres patriotes africains et des compagnons de recherche de l’extérieur font depuis des décennies ne rencontrent aucune oreille attentive de la part de nos dirigeants, quel que soit le régime en place. Le meilleur service que les ‘partenaires au développement’ peuvent rendre aux populations africaines est de dénoncer ces pratiques des dirigeants africains et de les exhorter à y mettre fin, d’autant plus qu’ils sont en partie bailleurs de ces fonds mal utilisés. Droit d’ingérence ? Ils savent bien se l’octroyer, pour régler des problèmes à leur convenance : Qui a imposé aux populations africaines les mortels programmes d’ajustement structurel ? 

Oui pour un nouvel ordre économique international ! Mais, oui aussi pour un nouvel ordre économique interne ! 

Makhtar Diouf in Wal Fadjiri, le 4 février 2008

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Lundi 11 février 2008

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Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire et professeur d’économie, fait la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc en raison de l’indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd’hui sur l’euro. Dans cet entretien réalisé par Ruth Tete et Soh Tadhieu de New African, Mamadou Koulibaly ne mâche pas ses mots et appelle à la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.
 

Pourriez-vous expliquez à nos lecteurs quels sont les principaux mécanismes de la zone Franc ? 

MK: La zone du franc CFA est une union de coopération monétaire dont les leviers de contrôle se situent à Paris où priment les intérêts de la France. Les Etats satellites, membres de cette zone, sont des pays d’Afrique occidentale et centrale. La logique qui sous-tend le fonctionnement de cette zone rappelle la manière dont les Etats de l’Europe de l’Est étaient liés à l’ex-Union soviétique par le biais du Pacte de Varsovie à l’époque de la Guerre froide. 

Les principes de la coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la zone franc ont été énoncés dès les années 1960 dans le cadre d’un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les Etats membres de la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC) et la France d’une part, et par l'accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l'Union Monétaire Ouest-africaine (UMOA) et la République française d’autre part. 

Juste avant que la France n’accède aux demandes d’indépendance des pays africains dans les années 1960, elle a obligé ces Etats à placer 65% leurs réserves de change sur un compte du Trésor français, après avoir défini un taux de change fixe du franc CFA. 

Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes [BEAC et BCEAO, ndlr], ces banques n’ont d’africain que le nom. En réalité, elles n’ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays deb la zone franc qu’ils sont maîtres de leur destinée. 

Les pays de la zone franc continuent de perpétuer un système mis en place par l’ancien bourreau colonial. 

Comment décririez-vous la situation financière des pays de la zone franc depuis qu’ils font partie de cette union monétaire ? 

MK: La zone franc a engendré un long débat. D’une manière générale, il ne faut pas oublier que cette union a apporté à la France d’immenses avantages en termes de marchés pour ses biens et services. La situation monétaire des pays de la zone franc est une longue histoire de secrets jalousement gardés par la France, dont la seule préoccupation est de préserver ses intérêts. 

Par exemple, les réserves de change des Etats de la zone franc sont placées sur un compte commun du Trésor français, mais aucun pays africain n’est capable de dire quelle partie de cet argent durement gagné lui appartient. Seule la France a le privilège d’accéder à ces informations. 

Et pourtant ces fonds, placés sur des «comptes d’opérations», génèrent des intérêts à chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins d’importation des pays africains concernés. 

Ces comptes d’opérations, en vertu des accords de coopération monétaires signés par la France et les pays de la zone franc, sont en théorie assortis du principe de découvert illimité. Cependant, les autorités françaises ont inclus, dans les statuts des banques centrales africaines, des mesures, parfois préventives, destinées à éviter que les comptes d'opérations deviennent constamment débiteurs. 

Les opérations liées au franc CFA sont secrètes et seul le Trésor français connaît montant des fonds appartenant aux pays de la zone franc placés sur les comptes d’opérations. Seul le Trésor français peut indiquer le niveau de rémunération ainsi que les frais de gestion de compte. Le système est donc opaque et autoritaire. 

Les économies de la zone Franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la zone franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. De fait, l’unité monétaire profite aux pays les plus riches et encourage l’exploitation des pays les plus pauvres. L'existence d'un système monétaire stable et unifié n'a pas conduit à l'émergence d'un système bancaire et financier efficace dans les pays africains de la zone franc. Sur les 107 banques que comptent ces pays, 42 avaient fait faillite en 1990. Les réseaux bancaires, qui se sont constitués par la suite, dépendent fortement des banques françaises. 

La France encourage les pays de la zone franc à vivre largement au-dessus de leurs moyens. Quelle différence y a-t-il entre le Gabon dont les réserves de change sont placées en France et le Ghana, qui possède sa propre monnaie? Ou entre le Cameroun et le Kenya ? Le Bénin et la Tunisie ? Ces questions suscitent des questions légitimes sur le bien-fondé de la zone franc. 

La zone franc existe depuis plus de soixante ans. Comment expliquez-vous qu’elle perdure malgré les effets négatifs qu'elle continue de produire dans pays africains ? 

MK: A mon avis, cela est dû à l’influence que la France exerce sur les pays d’Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire, qui génère un afflux de capitaux, mesures d’austérité limitant le risque d'inflation et permettant de maintenir l'équilibre de la balance extérieure, et crédibilité de la monnaie. 

Les partisans du franc CFA font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu’ont exercée les présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc. Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d’émancipation du système: la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l’uranium au Niger, de l’or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d’entreprises du service public en Côte d’Ivoire, auxquelles sont à ajouter d’autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal. 

Quand le Sénégal a annoncé récemment qu’il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Vénézuela de l’aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources. 

Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n’ont fait qu’empirer la situation en prétendant qu’elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l’inverse des pays occidentaux ou asiatiques. 

Elles se satisfont de voir Etats africains être réduits l’état de contribuables au profit de la France, avec les 65% de réserves de change qu’ils déposent chaque année auprès du Trésor français ! Et pourtant, nos citoyens n’ont pas la nationalité française, et non pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français. Cela conduit à une situation qu’on ne peut que qualifier d’asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu’ils ne pouvaient se passer de la France. 

C’est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s’y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l’aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants. Chaque jour, la mondialisation crée des milliers d’opportunités dont nous ne tirons pas profit, parce que nous sommes piégés dans un système inefficace. 

Une réunion des ministres des Finances des pays de la zone franc s’est tenue à Paris le 14 octobre 2007. Cette précède traditionnellement la conférence d'automne de la Banque Mondiale et du FMI. Vous avez été ministre des Finances de Côte d'Ivoire, et peut-être avez-vous eu l’occasion de participer à ces réunions. Beaucoup d’Africains que rien de positif pour le peuple africain ne ressort de ces réunions. Est-ce vrai ? 

MK: Je n’ai jamais participé à ce type de réunion quand j’étais Ministre des Finances. Mais la plupart des pays de la zone franc sont faible. Avec des économies sous perfusion, ils n’ont aucun poids dans les décisions prises dans le cadre de ces réunions. On peut donc se demander pourquoi ils continuent de se rendre à ces réunions dans lesquelles ils n’ont aucune voix. En agissant ainsi, ces pays montrent qu’ils sont convaincus que la France peut tout faire pour eux. Nos pays préfèrent choisir la solution de la facilité même si elle met en danger l’emploi, les revenus, l’épargne et les investissements privés. Nous nous rendons complices du piège de la pauvreté dans lequel nous avons été poussés. 

Pourriez-vous citer au moins trois raisons pour lesquelles les Etats africains devraient se libérer du franc CFA? 

MK: En premier lieu, le franc CFA est coercitif, injuste et moralement indéfendable. Il a favorisé la corruption de l’Etat. Au moment des élections françaises, les pays de la zone franc sont sans cesse sollicités pour donner des dons aux hommes politiques français, une obligation qui ne peut se justifier. Ces «cadeaux» ont été à l’origine de nombreux conflits et ouvrent la voie à de nombreuses autres formes de corruption. 

Ce sont ces relations qui perpétuent le monopole français dans les pays de la zone franc, malgré la mondialisation. Sous prétexte d’aider les pays pauvres avec l’argent du contribuable français, c’est la classe politique française et africaine qui s’enrichit de manière illicite. Cette réalité justifie à elle seule l’abandon de la zone franc. 

La libéralisation économique et financière ne peut se produire avec un taux de change fixe et une zone d’influence économique créée artificiellement. 

En fait, l’émergence de tensions apparues au sein du système monétaire international et les crises financières de ces dernières années portent à croire que le choix du régime de taux de change dépend du système d’engagements pris auprès des autorités monétaires. Et pourtant, la restriction de la liberté des pays de la zone franc dans le domaine de la politique monétaire ne protège pas du risque de dévaluation du franc CFA. Ainsi, dans les années 90, faisant fi de la clause de découvert illimité, la France a ordonné la dévaluation du franc CFA. Avant la dévaluation, 1 franc français s’échangeait contre 50 francs CFA. En 1994, après la dévaluation, 1 FF s’échangera contre 100 FCFA. Les autorités françaises sont pourtant arrivées à faire croire que le taux de dévaluation était de 50%, alors que nous venions de subir une dévaluation de 100% ! 

Après l’abandon du système, quel avenir monétaire proposez-vous aux pays africains du point de vue monétaire ? 

MK: Etant donné les enjeux, il est nécessaire d’entreprendre des réformes financières et monétaires. La monnaie doit être au service de l’économie. Elle doit s’adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d’améliorer la convergence et l’ajustement macroéconomiques et de financer le développement. 

Il est vital aujourd’hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu’il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d’une politique macroéconomique librement choisie. Il n’y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d’en assumer la responsabilité. La liberté n’a de sens que si elle est assortie de responsabilité. 

Une fois la rupture accomplie, les pays de l’ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c'est-à-dire la France, mise en place d’un système fiscal simple sans règles d’imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies. Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités. La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l’Union Européenne avant l’introduction de l’euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles. 

La deuxième option, c’est que les pays africains s’unissent et créer une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlée par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu’une politique économique monétaire et budgétaire uniques. 

Quelle que soit la solution adoptée, les Etats doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s’ils veulent hypothéquer ces droits. Tout commence avec l’attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre échange fera le reste. 

En 2005, vous avez publié un livre intitulé «Les servitudes du pacte colonial». Pourriez-vous expliquer brièvement le sujet de cet ouvrage et le message qu’il transmet ? 

MK: L’objectif de ce livre était de faire connaître au public le «pacte colonial», fondement des accords de coopération franco-africains. Il s’agit d’un modèle institué par la France sous De Gaulle à la veille de l’indépendance des Etats d’Afrique francophones, destiné à contrôler indirectement les affaires de ces pays de manière subtile, sans apparaître en première ligne comme pendant la longue période coloniale. Le livre publie les textes utilisés pour organiser les interventions de l’Etat français, malgré la fin de l’époque coloniale dans les années 1960. Selon ce pacte colonial, les présidents des Etats d’Afrique francophone doivent diriger leurs pays en fonction des intérêts de Paris. 

L’indépendance s’est donc résumée au transfert de compétences de l’Elysée aux chefs d’Etat africains, qui doivent faire acte d’allégeance à la France, et non aux peuples qu’ils gouvernent. 

Paris se charge de leur dicter les politiques à adopter. Ce livre révèle comment les accords de Défense sont en réalité que des accords commerciaux obligeant les Etats d’Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à intervenir pour chasser les dirigeants récalcitrants afin de les remplacer par des individus plus dociles. 

Dans ce livre, on découvre que la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l’Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s’assurer qu’elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé «l’indépendance» aux pays africains. 

Par le biais de ce pacte colonial, la France est demeurée omniprésente en Afrique francophone et a conservé les avantages d’hier. Paris a confisqué la véritable indépendance des pays d’Afrique francophone. 

Nous nous devons de dénoncer collectivement ce pacte colonial. Lors de sa visite au Sénégal en juillet 2007, le fraîchement élu président français Nicolas Sarkozy a reconnu que la colonisation était un crime contre l’humanité, mais a refusé de se repentir. Les Africains doivent dénoncer tous les accords et systèmes qui éloignent l’Afrique des marchés. Le pacte colonial constitue une violation du droit de propriété africain. 

Etes-vous parvenu à transmettre ce message à travers ce livre ? 

MK: Je pense que oui. Je voulais partager mes convictions avec un grand nombre d’Africains. Et d’amis de l’Afrique, afin qu’ils soient dans une meilleure position pour mesurer les dangers du pacte colonial, du contrôle de l’Etat, et surtout de prendre conscience que la gestion de l’économie sous l’emprise du pacte colonial est une source de pauvreté dans nos pays. Nous ne voulons pas l’aumône ; notre problème n’est pas le manque d’argent. Je suis convaincu que nous devons avant tout revendiquer clairement nos droits de propriété sur nos terres et nos ressources, qui ont été aliénées par les colons, et dont le pacte colonial nous dépossède aujourd’hui. Enfin, je voulais dire que l’Afrique a un besoin urgent de libertés individuelles, d’un contrôle de l’Etat limité, de marchés libres, d’une société ouverte et de la paix, qui ne peuvent exister que si la liberté économique et politique est respectée. 

In New African, Janvier 2008

par Mahalia Nteby publié dans : Grands dossiers
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Lundi 7 janvier 2008

Le texte ci-dessous du Professeur Mamadou Koulibaly a été publié en 1989, dans un journal aujourd'hui disparu. Cependant, il nous le repropose aujourd'hui, afin de répondre à certaines interrogations et de participer au débat qui a fait suite à son podcast "Le défi de l'Afrique" (http://saoti.over-blog.com/article-15014445.html).

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Voilà que des universitaires encore une fois ouvrent le débat sur un thème paradoxal dans le contexte ivoirien en particulier, mais généralisable à l’Afrique : la propriété foncière rurale. 

Le paradoxe est d’autant plus éclatant que notre pays a la prétention de faire prévaloir la thèse selon laquelle le développement économique procède inéluctablement du développement agricole. Mais en même temps que nous faisons l’apologie de cette vérité maintenant connue de tous, nous nous apercevons que la terre sur laquelle elle se fonde chez nous, n’a pas respecté le fil d’Ariane que les économistes ont très souvent affiché pour étayer cette apologie. 

En effet, conformément aux prescriptions des économistes du développement et des experts spécialistes d’une certaine philosophie agricole, la Côte d’Ivoire aujourd’hui aurait due être un pays développé et intégré au sens de François Perroux. 

Or, il n’en est rien. Le voile se lève et la dure réalité est là. Un univers s’écroule. Le rêve s’estompe et l’on se demande alors comment faire pour repartir. Cette préoccupation métaphysique imbibe la plupart des propositions de relance de l’activité économique depuis les années 1980 et offertes à l’Afrique. Mais est-ce la bonne façon de procéder ? Posons-nous les questions les plus pertinentes ? Ma réflexion porte sur un axe représentant le canal principal selon lequel ces questions sont fondées et sont préalables à toute démarche politique, au sens de la politique économique. 

En réalité deux choses ont été mal comprises ; la prééminence du développement agricole sur le développement industriel d’une part et les fondements du développement agricole lui-même d’autre part. Ce sont ces deux points qui expliquent mon intervention et rien d’autre. 

Le développement de l’industrie, donc l’accumulation du capital et la croissance économique, ne peut survenir qu’après un développement de l’agriculture dans une économie quelconque. 

Cette révélation de l’empirisme lié à l’histoire des faits économiques de l’humanité n’a pas manqué d’explications théoriques. 

Lorsqu’on veut industrialiser une économie artisanale et archaïque ayant une pression démographique faible, très peu dotée en capital et dont la population est essentiellement agricole, il faut au préalable développer son agriculture. Une fois celle-ci mise en marche, des effets d’entraînement s’en dégagent pour créer un cercle vertueux entre les agriculteurs et les industriels. Le schéma est bien huilé. Les investissements dans l’agriculture améliorent la productivité et la production de ce secteur. Les gains de productivité se traduisent d’une part par la hausse du niveau de vie en milieu agricole, et d’autre part la migration du facteur dont le secteur agricole est le plus doté : les hommes. 

Ceci explique le maintien de salaires compétitifs dans l’industrie et donc une profitabilité plus forte pour l’investissement industriel. C’est cet investissement qui stimule l’accumulation du capital, la croissance économique et donc le développement économique qui signifie alors fourniture à l’agriculture à la fois des facteurs de production et des marchés. 

Les économistes ont eu tort de ne pas avoir suffisamment insisté sur le fait suivant. Ce n’est pas parce que l’agriculture a été mécanisée qu’elle a dégagé un surplus de main d’œuvre pour l’industrie. Le mouvement des hommes migrants du secteur rural vers le secteur moderne précède la mécanisation de l’agriculture. C’est parce que le travail se déplace de l’agriculture vers d’autres activités que la nécessité s’est imposée de lui substituer du capital, de mécaniser, de moderniser, de faire la révolution agricole. 

Cette révolution se fera grâce à une hausse du capital par tête, de la productivité globale et de la production dans l’agriculture. C’est parce que des hommes sont partis que l’on a préféré utiliser plus de machines pour les remplacer ; mais ils ne sont pas partis parce que la machine est arrivée. C’est parce que la part de la population occupée à l’agriculture a baissé dans la population active que l’on a mécanisé l’agriculture. 

Pourquoi à un moment donné la population agricole se met elle à baisser en même temps que sa productivité et sa production augmentent ? De quoi procède alors l’existence de ce surplus de main d’œuvre qui déborde à un moment donné le secteur agricole et coule dans le secteur industriel moderne ? Quelles réponses nous apporte l’analyse économique moderne ? 

Le développement de l’agriculture entendu au sens de l’amélioration de la qualité et de la quantité des productions aptes à satisfaire non seulement les besoins alimentaires des populations concernées mais aussi à leur fournir des hausses de revenu pouvant induire des améliorations de niveau de vie, ne peut s’obtenir que grâce à une chose : la structure des droits de propriété sur la terre. Les économistes ont pris maintenant l’habitude de définir les droits de propriété non pas comme des relations entre les hommes et les choses mais plutôt comme des relations codifiées entre les hommes ayant trait à l’usage des choses. Dans ce contexte des droits de propriété, la propriété foncière n’échappe pas à l’analyse de cette approche. Toutes les révolutions agricoles ont d’abord procédé de révolution dans les institutions juridiques. En Angleterre, c’est la «loi sur les clôtures», au Japon, c’est la transformation des droits féodaux sur les terres en capital de fonds d’Etat, qui ont induit la révolution agricole. 

Partout l’histoire résulte du même scénario. L’on prend conscience que l’agriculture a une production et une productivité faible. L’on se met à chercher des solutions. L’économie enseigne que l’agriculture est plus apte au progrès si les champs sont moins disséminés, moins enchevêtrés et moins morcelés. C’est-à-dire si la propriété foncière dans le domaine agricole était plus précise, moins floue, moins diluée. Or, en Afrique Noire, la propriété privée du sol reste encore un idéal inaccessible. Elle avait déjà une faible importance dans la société tribale et n’en a guère plus aujourd’hui. Dans la société africaine actuelle, les principes qui guident l’appropriation du sol pour l’agriculture sont vicieux et ne peuvent de ce fait induire un développement de l’agriculture. Retenons-en trois des plus significatifs: 

- La propriété privée du sol pour l’Africain semble être prohibée (coût d’information sur la disponibilité, le prix, la qualité, les propriétaires des terres, les droits coutumiers et autres autorisations administratives. 

- Ceux qui ont les droits d’usage garantis sur ces terres n’en font pas le meilleur usage possible compte tenu de la technologie actuelle (système de jachère, propriété collective, coutumes). 

- La productivité agricole ne s’améliore pas et les termes de l’échange largement en sa défaveur accroissent les stagnations relatives de ce secteur par rapport aux secteurs secondaire et tertiaire. 

Les droits de propriété en général déterminent dans quelle mesure les gens ayant le plus d’initiatives sont à l’origine d’un surplus de richesse nationale et précisent en même temps si ces gens peuvent s’approprier de manière plus ou moins exclusive le fruit de leurs efforts ou bien s’ils sont contraints de les partager avec des tiers. Autrement dit, la protection des fruits de l’initiative des individus contre les déprédations d’autrui demeure la raison d’être de la propriété privée. 

Dans le domaine foncier, l’importance d’une telle notion est inestimable. La protection et la précision des droits de la propriété réduisent le degré d’incertitude et de risque qu’engendrerait toute innovation en agriculture. Ces gains personnels stimulent des motivations à entreprendre qui contredisent l’apathie traditionnelle de ce milieu en Afrique. Ces motivations à la production agricole expliquent alors des investissements plus innovateurs. 

La chose procède d’une autre logique tout aussi complexe mais dont l’agencement est le suivant. Les motivations ne peuvent se réaliser que si les droits de propriété du foncier précisent de quelle façon s’effectuera au sein du corps social le partage des gains de productivité qui se dégageraient de l’initiative personnelle de ceux qui y entreprendraient. Ces gains de productivité ne s’obtiennent que si l’on est capable de bénéficier d’économie d’échelle, donc d’exploiter de façon intensive le sol. Le rapport entre les travailleurs agricoles et la terre baisse en défaveur des hommes. Ces gens trouvent refuge dans les autres secteurs, si bien sûr ces derniers ont au préalable opéré la précision et la définition de leurs droits sur la propriété. C’est cela le nœud de notre problème en Afrique. On peut vouloir brûler ce nœud plutôt que de le défaire, dans ce cas ce sont les embranchements qui se séparent. C’est la désarticulation. On peut penser déchirer ou couper ce nœud, mais c’est alors créer une dysharmonie indésirable entre secteurs dans le système économique. La seule solution, c’est de le dénouer. C’est ici que nous en appelons à nos historiens. 

Existe-t-il dans l’expérience vécue par l’humanité, une technique d’appropriation privée des sols applicable en Afrique et tolérable par les lois tribales et les coutumes en la matière ? J’espère avoir suscité en vous des interrogations, alors pourquoi ne pas en discuter ?* Certes, il est vrai que les coutumes et traditions en Afrique encouragent les palabres et la rhétorique, mais ce dont il s’agit ici se situe au-delà de la culture de la tradition orale. 

*Discuter, ici, est employé au sens d'analyser, argumenter, conférer, colloquer, examiner.

Par Mamadou Koulibaly (première édition en 1989)

par Mahalia Nteby publié dans : Politique africaine
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Géostratégie

Tibet: Le piège tendu par les Occidentaux à la Chine


Aucune autre occasion n'aura été si belle pour les Occidentaux, comme celle offerte par les Jeux Olympiques de Pékin, pour s'essayer à des basses manœuvres de déstabilisation de la Chine par des manipulations en tous genres comme ce qui se passe aujourd'hui. Déplacer une question de géostratégie sur le terrain des droits de l'homme, on l'a vu avec l'Irak ou l'Afghanistan, est une ruse utilisée par les Occidentaux pour initier le chaos. Cette fois-ci, la question est de savoir s'ils ne risquent pas gros en s'attaquant au géant chinois.

Le réveil de la Chine ainsi que celui d'autres pays comme l'Inde est perçu, par les Occidentaux, comme un affront, une réelle menace qui constitue une atteinte à leur dignité. Situation que l'orgueil occidental ne saurait trop accepter et qu'il faut combattre par tous les moyens. Une preuve de plus qui trahit les bonnes intentions des occidentaux lorsqu'ils abordent la question du "Bien-être" de l'humanité. Tout dans les intentions et les incantations.

La crise qui sévit aujourd'hui au Tibet est parmi les possibles instruments et moyens de rétorsion dont les Occidentaux useront sans scrupules d'en abuser, pour essayer de contrer et faire face à la puissante machine chinoise, dont l'avancée a pour conséquence d'écarter, de faire vaciller la condescendance de l'Occident dans les territoires qui leur servent de sources d'approvisionnement et qu'ils considèrent comme conquis à jamais. Ainsi la Chine est, depuis quelques années maintenant, considérée comme le grain de sable qui vient enrayer la mécanique d'oppression occidentale, habituée à broyer et mettre à mal les économies africaines par exemples.

Les informations ci et là relayées dans les médias occidentaux de la situation au Tibet et les condamnations unanimes des puissances occidentales sont de nature en induire en erreur le citoyen lambda qui ne prendrait pas en compte la question d'approvisionnement en matières premières et autres énergies [la géostratégie], pour se contenter de scruter l'argument fallacieux et fantaisiste des droits de l'homme que les Occidentaux balancent à tout va. LOoccident peut-il lui-même se targuer de garantir les droits de l'homme sur son territoire ?

Pourquoi l'Occident ne met-il pas le même entrain à donner l'autonomie aux Basques qui la réclament du gouvernement espagnol, aux Bavarois qui veulent la sécession d'avec le pouvoir central allemand ou aux Corses qui sont en perpétuel mouvement pour se séparer de la France ?

Espérons simplement que les "états africains" dont les équipes participent aux jeux olympiques ne suivront pas l'hystérie occidentale en boycottant les Jeux ou leur ouverture, se privant ainsi d'un contrepoids qui, s'ils sont malins, les sort de l'asphyxie dans lequel l'Occident les plonge depuis des lustres.

Mboa Nguila
100 langue de bois
19/03/2008

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