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Nouvelle ligne diplomatique

Côte d'Ivoire: Une coopération sans contraintes, sans menaces, sans exigences ni humiliations

 

Le Président de la République trace les nouvelles lignes de l’ouverture de son pays au monde.

«Dans les journaux, nous lisons souvent cette phrase: la Chine est à l’assaut de l’Afrique. Je veux rectifier une chose : ce n’est pas la Chine qui est à l’assaut de l’Afrique. C’est l’Afrique qui est à l’assaut de la Chine. Nous coopérons avec la République populaire de Chine sans que nous ayons des exigences politiques». Et le Président Laurent Gbagbo de préciser : si l’Afrique va à l’assaut de la Chine, c’est parce que «les Africains ne se sentent pas humiliés quand ils coopèrent avec la Chine».

Comment coopérer avec l’autre dans une relation de respect mutuel? Comment aller vers l’autre sans que l’autre ne vous impose des exigences, des contraintes, des humiliations ?  La Côte d’Ivoire, dans sa nouvelle diplomatie, veut se positionner, dans son rapport avec l’autre, comme un pays à respecter, et non un pays à soumettre, non comme un Etat à humilier. La Côte d’Ivoire, dans sa diplomatie, exige respect et réclame un traitement de réciprocité.

Le Président de la République, profitant de la pose de la première pierre de l’hôpital général de Gagnoa (un projet financé par la Chine), samedi dernier, a tenu un discours qui trace, avec fermeté, les lignes de la diplomatie ivoirienne : «Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Si l’on nous humilie, nous irons vers ceux qui ne nous humilient pas». Une ligne claire, qui installe la Côte d’Ivoire dans une diplomatie ouverte sur un monde qui célèbre le respect et la considération de l’autre. Une vision qui s’inscrit dans le refus des contraintes et des exigences qui prennent souvent des allures de chantage : «les milliers de conditions imposées dans le cadre de la coopération avec les autres sont une humiliation» que la Côte d’Ivoire ne peut accepter. D’autant qu’il est clair pour le Président Gbagbo que «les relations internationales consistent à entretenir des relations gagnants-gagnants», et que le premier acte de victoire d’un pays, «c’est de ne pas se sentir humilié». Celui qui ne l’aura pas compris, dira le Chef de l’Etat ivoirien, «ne pourra pas entretenir de relations décontractées avec l’Afrique».

Si l’Afrique, selon lui, «
va en Chine, c’est parce qu’avec la Chine, elle ne se sent pas humiliée. C’est ce que je veux expliquer à l’humanité tout entière. J’en parle en tant que Chef d’Etat qui a entendu certains de ses pairs gémir d’avoir tant été humiliés. L’aspect psychologique des peuples des pays du Tiers monde n’a pas été compris. Or, quand un peuple vous dit qu’il n’a pas peur de la mort, il faut le regarder autrement et le traiter autrement».

Réaffirmant les bonnes relations de la Côte d’Ivoire avec la Chine (une seule Chine), il donnera, sans ambages, son point de vue sur le Tibet : «Le Tibet est à la Chine depuis toujours. Si le Tibet a tant intéressé le monde, c’était à cause des Jeux olympiques. Les Jeux finis, plus personne ne s’intéresse au Tibet». Sur ce point, il précisera : «la diplomatie de provocation et la diplomatie d’humiliation, ce n’est pas bon». Sur la même lancée, il ajoutera : «je me réjouis que les dirigeants de Taïwan soient prêts à négocier». Parlant des Etats-Unis, il dira : «je me réjouis aussi qu’aux USA, nous ayons un nouveau chef qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant lui. Il faut que les gens se parlent. Il faut que les gens négocient. J’ai bon espoir que nous entrons dans une période plus détendue. La nouvelle diplomatie américaine donne des signes rassurants. Parce que tous les problèmes ne se règlent pas par la force. Quand Obama dit qu’il tend la main à l’Iran, il tient un discours d’un homme responsable».

Et de revenir à la Chine, en s’adressant à SEM. Wei Wenhua, son Ambassadeur accrédité en Côte d’Ivoire : «Excellence, restez sur la ligne sur laquelle vous êtes : le respect des pays du Tiers monde, la non humiliation, la non menace».

Le monde change et exige une diplomatie de respect, de dialogue et de consensus. Le monde change et la crise financière internationale, qui a fait effondrer les assises de l’économie mondiale, nous rappelle qu’un monde nouveau doit se construire sur la solidarité et la prise en compte de toutes les nations. La dégradation climatique nous renvoie à cette exigence vitale.

L’appauvrissement mondial interpelle tous les pays, surtout les plus riches. Et la Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette diplomatie qui tourne le dos à l’arrogance, à la force, au mépris. Elle veut pouvoir avancer et se construire sur les chemins d’un monde plus juste, d’un monde qui instaure le respect comme sous-bassement de la diplomatie et des échanges entre les Etats. Cela, Laurent Gbagbo l’a redit à Gagnoa: la Côte d’Ivoire va coopérer avec ceux qui ne  l’humilient pas.


Agnès Kraidy
Fraternité Matin
06 Avril 2009
Mercredi 17 juin 2009



Samedi 13 juin 2009. La défaite des Lions Indomptables du Cameroun face aux Eléphants de Côte d’Ivoire lors du match organisé au profit des victimes du drame du Félicia, survenu le 29 mars 2009, est la dernière débâcle en date de l’équipe nationale camerounaise, qui autrefois ramassait les trophées à la pelle et qui est aujourd’hui en quête de victoires, comme d’autres sont à la recherche du Graal. La finalité de cette prospection à l’issue de plus en plus compromise est la qualification pour la Coupe du Monde 2010 qui se joue dans un an exactement en Afrique du Sud. Visiblement affaiblie et désorientée, la sélection nationale camerounaise est devenue sujette aux quolibets, voit ses fans se détourner d’elle, et fait l’objet d’un carnage médiatique sans précédent.

Après le match de bienfaisance de samedi, n’a-t-on pas entendu des exégètes vitupérer contre cette équipe, «qui n’a même pas compris que les Camerounais ont besoin d’une victoire psychologique pour faire à nouveau confiance à ces Lions domptés». Ces mêmes personnes qui, en public, cassent du sucre sur le dos des stars désormais déchues, se pressent néanmoins en coulisses pour faire leur «atalakou» auprès des Eto’o, Song Bahanag, Njitap et autres Kameni. Symptomatique des temps présents : il est de bon ton de les vilipender, mais leur argent et les miettes de leur renommée sont toujours bons à prendre.

Beaucoup de voix, et non des moindres, ont leur coupable tout trouvé. C’est Samuel Eto’o le fautif ! Lui et ses caprices de star ! Lui qui a l’outrecuidance d’avoir 30 buts au compteur en championnat espagnol, de gagner la coupe du Roi et la Champions League avec son club le FC Barcelone, mais qui ne se donne pas la peine de marquer des buts quand il joue avec les Lions ! Ce fourbe catalan avec son passeport espagnol, qui, maintenant qu’il est « en haut », ne se la foule plus pour le drapeau vert-rouge-jaune ! Mister Samuel et Docteur Eto’o. Ben voyons !

Le faux procès fait à Eto’o

J’ai toujours eu une sainte horreur des théories simplistes et celle-là, à l’évidence, en est une. Samuel Eto’o Fils, comme Albert Dreyfus, est cloué au pilori, parce que ça arrange tout le monde, qu’il faut faire court et que cela évite d’avoir à creuser plus profondément pour trouver les vraies racines du mal qui gangrène l’équipe nationale camerounaise. Mais c’est un mauvais procès qui est fait à SEF, et il est aisé de le démontrer.

«Pour qui se prend Eto’o ? Patrick Mboma a plus fait pour le football camerounais que lui». «Un Eto’o ne vaudra jamais un Roger Milla.» Personne ne nie la contribution de nos anciennes gloires au rayonnement planétaire des Lions Indomptables. Mais ses faits d’armes passés autorisent-ils Roger Milla à interférer dans la gestion de l’équipe nationale comme il le fait avec virulence et peu de talent depuis un certain temps ? Avoir, il y a vingt ans, porté haut le flambeau du pays sur les aires de jeu fait-il automatiquement de lui le Einstein du football camerounais ? Comme Milla, dont les prestations lors de la Coupe du monde de 1990 continueront pendant longtemps à faire frissonner de plaisir les amateurs du beau football, Patrick Mboma mérite incontestablement son statut de légende, mais force est de reconnaitre que s’il a brillé de mille feux, c’est aussi parce qu’un jeune comme Eto’o, à l’époque, ramait dur et travaillait autour de lui pour le faire rayonner. Qui aujourd’hui, dans l’équipe nationale, travaille à faire rayonner Samuel Eto’o ? Qui lui ramène les ballons comme lui le faisait avec Magic Patrick ? Ne lui reproche-t-on pas souvent de « balayer » le terrain de haut en bas, alors qu’à Barcelone, il est discipliné et joue au poste à lui désigné par l’entraineur ? Mais s’il ne va pas les chercher lui-même, qui, au sein de la formation actuelle des Lions, lui sert les ballons dont il a besoin pour conduire le Cameroun à la victoire? On attend de lui les mêmes prestations qu’au Barça mais où sont les Messi, Iniesta, Valdes et Puyol camerounais? Et si par malheur il reste sagement à son poste, cela est aussitôt assimilé à un manque d’implication. Eto’o court partout, ce n’est pas bien. Il ne court plus, ce n’est pas bien non plus. Faudrait savoir, non ?

Le boycott médiatique européen aux relents racistes plus patents que latents auquel est confronté SEF, qui n’a pas l’heur de plaire tant à cause de son indépendance qu’en raison de ses prises de positions habituellement africanistes, souvent iconoclastes, parfois violentes mais rarement hors-sujet trouve aujourd’hui un écho favorable chez les journalistes africains, victimes consentantes d’un colonialisme intellectuel récurrent. Comment ce petit nègre peut-il se permettre de réclamer un salaire d’un million d’euros net par mois, qui ferait de lui le joueur le mieux payé du monde ? D’où cet illettré prend-il l’arrogance de négocier lui-même ses contrats, sans faire intervenir d’agent ou de manager, comme cela est de bon aloi dans le milieu ? En vertu de quoi ce type sorti de nulle part ose-t-il prétendre au Ballon d’or, alors qu’il est sous contrat avec Puma et qu’il est de notoriété publique que les gros deals de la FIFA se faisant avec Adidas et Nike, il est hors de question que le renvoi d’ascenseur adoube quelqu’un ne faisant pas partie de ces deux écuries sportives comme meilleur joueur du monde?

Mais Samuel Eto’o Fils est bel et bien le meilleur attaquant de la planète. Si les journalistes et fonctionnaires sportifs occidentaux ont des chiques au bout des doigts quand il s’agit de le reconnaître, on pourrait néanmoins s’attendre à ce que les femmes et hommes des média camerounais, au lieu de se rendre complices de la manipulation occidentale, se mettent en rangs serrés derrière l’enfant de New Bell, le célèbrent à sa juste valeur et le défendent âprement. Que nenni ! Hier acclamé, aujourd’hui sifflé. Surprenant ? Pas vraiment, tellement cela est typique du fonctionnement camerounais. On veut des idoles, mais il ne faut surtout pas qu’elles sortent trop du lot, sinon on leur coupe la tête. Au lieu d’être fiers de ceux qui réussissent, on les envie et on les détruit au moindre petit échec. Ceux-là qui s’extasient sur le transfert à 94 millions d’euros de Cristiano Ronaldo au Real Madrid s’offusquent que Samuel Eto’o, qui sera transférable sans frais en 2010, négocie avec talent son prochain contrat. Maintenant qu’il va jouer en Liga et que l’occasion nous est ainsi donnée de comparer ce qui est comparable, on verra bien si le Portugais pourra égaler les records de Fils… Ceux qui le qualifient d’analphabète font mine d’ignorer qu’Eto’o parle couramment trois langues et est suffisamment intelligent pour gagner plus d’argent en un mois que certains de ses détracteurs en six générations. Ceux qui décrient sa «grosse tête» et son «manque de patriotisme» n’arriveront pas à effacer tout ce que ce jeune homme a fait pour le Cameroun et les Camerounais, et c’est de sa contribution hors des terrains de foot qu’il s’agit ici. Dons d’ambulances, création d’une fondation caritative, pygmalion de jeunes talents sportifs dont plus d’une dizaine est déjà allée à Barcelone, soutenant financièrement les proches et les moins proches, remplissant la sébile des pauvres et des riches qui quémandent sans honte, créant des emplois, payant des opérations chirurgicales salvatrices à des gamins africains handicapés, Samuel Eto’o, à 28 ans, a fait plus pour la patrie que certains magnats ou hommes politiques au pouvoir depuis plusieurs décennies qui se permettent aujourd’hui de le critiquer ou de se gausser de lui quand il lui arrive de traverser une phase professionnelle difficile.

 «Drogba est  aussi une star, et pourtant, quand il joue avec les Eléphants, il se défonce et marque des buts, pas comme Eto’o.» Certes, à première vue, cela peut sembler exact. Mais une observation plus approfondie fait apparaître une différence fondamentale : au delà-du fait que ses coéquipiers, mettant de côté leurs égos, jouent pour lui, capitalisant ainsi sur le talent de leur capitaine, Didier Drogba évolue dans un environnement sain. Le football ivoirien est organisé de façon non pas extraordinaire, mais tout simplement normale, ce qui est très loin de la désastreuse réalité camerounaise, où les autorités, en véritable charognards, ont œuvré avec une tragique constance à la mise à mort du sport en général et de la sélection nationale de football en particulier.

Il n’y a pas de mauvaises troupes, seulement de mauvais chefs

Cela fait maintenant des années que le gouvernement nous inflige des ministres des Sports qui s’avèrent être les véritables fossoyeurs de l’équipe nationale. Oublieux des tâches fondamentales liées au portefeuille qui leur est confié, ces individus s’érigent en permanence en ministres des Lions Indomptables, en faisant preuve d’une capacité de nuisance inégalée. L’ahurissante succession d’incompétents à nous imposés par l’Etat camerounais nous amène aujourd’hui à devoir subir le sieur Augustin Thierry Edjoa, dont la nocivité n’a d’égale que son inaptitude.

Développer les infrastructures et les activités sportives au Cameroun ? Cette tâche est bien trop ingrate pour monsieur le Ministre, qui préfère consacrer la quasi totalité de son temps à la gestion des Lions indomptables ! Il le fait d’ailleurs tant et si mal qu’il n’est pas étonnant que les joueurs marocains ne se soient pas sentis dépaysés lors de la rencontre du 7 juin dernier: la pelouse du Stade Omnisports de Yaoundé ressemblait plus à un paysage du Sahara qu’au gazon de Wimbledon. Mais il est vrai qu’il doit être nettement plus lucratif de s’immiscer quotidiennement dans l’administration de l’équipe nationale de football plutôt que de s’atteler au développement de la fédération de canoë-kayak ou au  maintien du rayonnement du volleyball, du handball, de l’haltérophilie ou de la boxe, sports dans lesquels le Cameroun brillait pourtant encore il y a une bonne dizaine d’années et que messieurs Bidoung Mkpatt, Mbarga Mboa ou aujourd’hui Edjoa, en véritables croque-morts, ont contribué à anéantir.

Ce droit d’ingérence, octroyé aux ministres des sports en 1972 par décret présidentiel et que Paul Biya refuse contre vents et marées d’abroger, ne posait pas de problèmes fondamentaux tant que les titulaires du portefeuille étaient des gens d’envergure et de qualité. Malheureusement, cela fait belle lurette que cela n’est plus le cas et la descente aux enfers aboutit aujourd’hui au très catastrophique monsieur Edjoa. Qu’est-ce qui justifie que le ministre des Sports du Cameroun aille passer deux semaines au centre d’entrainement des Lions indomptables en Belgique ? Pourquoi a-t-on décidé d’installer ledit centre d’entrainement dans la très frisquette Belgique, alors que les matchs auxquels les joueurs sont sensés être préparés se jouent en terre africaine, sous un soleil de plomb auquel ils ne sont plus vraiment habitués, eux qui travaillent pour la plupart en Europe tout au long de l’année? Que dire de la décision de licencier l’adjoint d’Otto Pfister et de le remplacer par un trio d’entraineurs dont certains ne jouissent pas de la meilleure réputation mais qui ont le mérite d’être à la botte du ministre ? Quelle est la valeur ajoutée des pléthoriques délégations ministérielles qui accompagnent les Lions lors de leurs déplacements, véritables gouffres à frais de mission, et qui comprennent la famille, les petites amies, les relations personnelles des fonctionnaires sportifs ? Autant de questions auxquelles nous sommes en droit d’exiger des réponses claires et, le cas échéant, des sanctions exemplaires. Il y a là suffisamment matière à investiguer pour les fins limiers de l’opération Epervier et quelques locataires supplémentaires pour les geôles de Kondengui à identifier.

Que dire de l’affolante inertie de la Fédération Camerounaise de Football (Fecafoot), qui, bien qu’étant sur le papier le seul interlocuteur de la FIFA, se laisse piétiner par le Sinistre des sports et ses affidés, parce qu’il est toujours bien difficile de mordre la main qui vous nourrit ? Que dire de l’organisation chaotique, improvisée et quasi clownesque qui est devenue le pain quotidien des Lions indomptables et du football camerounais tout court ?

Panem et circenses

Ce désordre est-il vraiment une fatalité ou bien cela fait-il partie de la stratégie politique du gouvernement en place, qui consiste à récupérer les lauriers des soldats du sport quand tout va bien, et à les jeter en pâture aux populations quand ils subissent des échecs, tant il est vrai que la gabegie qui règne autour des Lions permet de détourner l’attention des vrais problèmes du pays. En effet, tant que les Camerounais sont occupés à écharper Eto’o et ses coéquipiers, ils ne se focalisent pas sur les maux fondamentaux qui minent leur société : pauvreté, chômage, système sanitaire et éducatif dégradés, infrastructures routières misérables, industrie des transports chancelante, non répartition des richesses, alors que des trésors miniers incroyables sont régulièrement découverts et exploités… Ce genre de manœuvre, qui remonte à l’Antiquité, quand les empereurs et leurs consuls, pour éviter les émeutes et révoltes du miséreux peuple de Rome, organisaient de sanglants combats de gladiateurs lors desquels de la farine gratuite était distribuée, a beaucoup de similitudes avec la gestion du Sport par les autorités camerounaises depuis une bonne décennie.

Il ne s’agit pas ici de faire l’hagiographie de Samuel Eto’o Fils, qui n’est ni parfait ni un saint. Mais, s’il n’est pas un ange, il est également loin d’être le démon qu’on veut nous faire crucifier.  En dépit de ses imperfections et des maladresses qu’il a commises et commettra certainement à l’avenir, il est temps de rendre à César ce qui est à César et de mettre balle à terre.

Leaders d’opinion, journalistes, hommes politiques, responsables sportifs, anciens joueurs et nouveaux talents aux égos hypertrophiés, supporters versatiles, tous tant que nous sommes, qui avons passivement ou activement contribué à mettre le sport camerounais en général et l’équipe nationale de foot en particulier au niveau abyssal des boîtes noires du vol AF 447, le temps est venu pour nous de faire notre mea culpa individuel et collectif et de reconnaitre que le Cameroun footballistique, qui s’érige aujourd’hui en juge, n’est absolument pas digne d’un joueur comme Samuel Eto’o, loin s’en faut !

Mahalia Nteby in Le Messager, 17 juin 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Sport
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Samedi 25 avril 2009



Au moment où le Cameroun s’empiffrait à prix d’or de l’opium Vatican dont le
lourd passif dans le tragique chapitre colonial de l’Afrique n’est plus à présenter, Madagascar vivait l’une de ces dramaturgies dont le dénouement se veut à la fois inédit et classique dans un continent rendu aux allures insidieusement apocalyptiques.

Les manifestations avaient débuté depuis trois semaines à Madagascar quand je décidai de m’intéresser résolument à l’évolution des événements. Et le déclic eut lieu par un après-midi, à la suite d’un échange avec un promotionnaire natif de la Grande île et résidant à Tananarive. D’un air sentencieux, Rabenarison m’avait alors livré une affirmation plutôt chargée d’insinuations. Ecoute Badiadji, confia-t-il, nous savons ce qui se passe ici à Tana. Je te confirme que quand RFI et France24 annoncent le chiffre de manifestants pro-Rajoelina, il faut diviser ce chiffre au moins par quatre pour espérer s’approcher de la réalité. Quand elles annoncent quarante mille, comme c’est si souvent le cas, c’est à peine s’il y en eut dix mille, conclut-il.

A quoi cela rime, bon sang ? Derrière les propos, la conviction d’un résident. A supposer que ce soit vrai ! A quoi joueraient donc ces organes audiovisuels des plus écoutés et regardés du beau monde dit francophone ? Que gagneraient-ils à surestimer le nombre de manifestants acquis à un agitateur visiblement sorti de nulle part, artificiel, tout frêle et hésitant, apparemment engagé dans un mouvement voué à faire long feu ? A priori, rien. Africa N°1 et BBC distillent pourtant des chiffres du même ordre ! Et qu’en est-il des médias nationaux ? RFI et France24 seraient-ils victimes d’une campagne de discrédit destinée à porter atteinte à une aura qui se veut affirmée sur le continent ?... Toujours est-il que si ces deux organes audiovisuels n’ont officiellement pas pour vocation de défendre les intérêts de la France, exceptée celle de promouvoir la langue française, ils n’ont pas non plus cette vocation d’indexer encore moins de décrier, les sinistres turpitudes et exactions d’un pays auquel ils appartiennent et dont dépendent surtout les moyens financiers nécessaires pour le moins à leurs fonctionnements. Ils sont pour ainsi dire des médias d’informations et de reportages aseptisés, des médias de divertissements voire de diversions, et que sais-je encore ? Sauf bien entendu des médias engagés ; enfin, à moins qu’il s’agisse de ces circonstances dites inacceptables, celles qui mettent notamment en péril les "intérêts supérieurs", à l’instar de la piraterie au large des côtes somaliennes… Quoi qu’il en soit dans le cas précis de Madagascar, je me devais avant tout de laisser libre cours à la stricte expression des données au fil d’un mouvement que je pensais alors sans portée déterminante, éphémère. C’était évidemment loin d’imaginer que l’armée avait résolument pris fait et cause en faveur de l’illégalité !

Chargé de mission, Norbert Ratsirahona, l’ancien Président de la Haute Cour constitutionnelle malgache, est à la manœuvre pour légaliser la nouvelle donne à Tananarive. Et il entend s’appuyer exclusivement sur son sens de professionnalisme ainsi reconnu, pour mener à bien la noble et exaltante responsabilité qui récompense logiquement une carrière bien étoffée : Il ne faut pas qu’on se voile la face, reconnaît-il volontiers. Aucun article de la Constitution ne prévoit ce genre de transfert du pouvoir. Mais, précise-t-il, je ne dirai pas que c’est anticonstitutionnel, je dirais que c’est extraconstitutionnel, car une délégation de pouvoir est toujours prévue quelque part. En outre, ajoute-t-il, ce n’est pas inédit, cela s’est déjà produit en 1972 et à l’époque, la Haute Cour constitutionnelle n’avait rien dit. L’important est de respecter l’esprit de la Constitution et de revenir à la stabilité et à un climat apaisé.

Du grand art !!! Assurément une prestation de haute voltige, digne des prouesses tropicales...

En ce moment d’épilogue de deux mois d’un feuilleton tragique au cours duquel l’apparente apathie de la communauté internationale en dit assez sur sa complicité active, il est ici d’un impératif affligeant qui s’impose à moi, mais je me dois de l’accepter et de l’assumer ; comme il en est le cas, à l’occurrence de ces événements dénués de tout sens, où les intérêts sordides des flibustiers sans foi ni loi priment sur les destins d’innocents, insidieusement sacrifiés par millions sur l’autel d’une funeste doctrine qui se veut toujours sans visage, anonyme.

Avant de se joindre aux timides réactions du concert international, et peut-être du fait d’un lapsus diplomatique qui en dirait un tant soit peu sur l’euphorie d’une victoire déjà acquise, la France dont Madagascar fut l’une des colonies, si ce n’est encore le cas, s’est empressée de trouver longue la période de deux années de transition fixée par le nouveau poulain des lieux. Entendez ici, le caractère irréversible d’un coup d’Etat bel et bien consommé !... Ping quant à lui, désormais en prise avec l’encombrante et caustique autorité du leader de la Jamahiria, fait profil bas et semble accorder toute la priorité au Soudan où, bec et ongles, il se démène tel le Sisyphe des temps modernes, à dépêtrer El-Béchir de l’épineux collier estampillé CPI, désormais bien loti autour du cou du potentat. Le mandat est une menace pour la paix, assure-t-on du côté de l’UA. Quid donc de l’activité de l’Union quand le dictateur-génocidaire et ses milices janjawids massacraient âmes par milliers, et faisaient millions de déplacés et réfugiés ?... S’il est une qualité constante de l’UA depuis sa création, c’est bien cette unité et cette solidarité affirmées quand il s’agit d’un de ses membres en difficulté !

A en juger par l’intensité des critiques, plus acerbes à l’encontre des juntes guinéennes et mauritaniennes, le moins que l’on puisse dire est que la communauté internationale a fait preuve de moins d’hypocrisie sur le cas malgache... Et si elle n’a pas daigné honorer de sa présence à la cérémonie de prestation de serment de l’illustre inconnu, l’ex-DJ alias TGV qu’elle vient pourtant en grande pompe de sacrer roi, sans doute savait-elle qu’une telle ultime provocation, aussi grotesque et surtout inutile, n’aurait pour effet que de dépouiller la conspiration diplomatique ourdie contre le peuple malgache, de cette relative subtilité qui la maintient encore à peine hors de portée des regards peu avisés… En guise de bonne foi ou non, et cela doit être en tout cas une avancée très positive à son actif, Ravalomanana a proposé un référendum pour le dénouement de la crise. Une offre si démocratique qui n’a pourtant nullement suscité l’intérêt des prétendus démocrates, ni à Madagascar dans les rangs de l’opposition, ni au-delà des frontières, auprès d’un concert international qui se veut toujours pacifique et ardent défenseur de l’ordre constitutionnel.

En réalité à part la formule, l’intensité de la violence et les pertes brutes enregistrées, le coup d’Etat de Rajoelina rappelle insidieusement celui du vieux briscard Sassou au Congo Brazzaville, dans un sinistre come-back on ne peut plus symbole des visés impérialistes de la France sur ses [ex]colonies. Et ce n’est sans doute pas le discours très feutré de Sarkozy à Brazzaville — une bénédiction à l’orée d’une farce électorale programmée — qui me démentirait. Et ce n’est pas non plus Bolloré, le nouveau porte-étendard de la Françafrique, qui objecterait sur une réalité des plus accablantes ! Sassou et Rajoelina ne figurent-ils pas à eux deux une nouvelle ère faite encore de tragédie sans borne, cette nouvelle ère qui voudrait qu’un Président démocratiquement élu sous le ciel des tropiques reste susceptible d’être piteusement débarqué par tous les instants, au mépris même des sacro-saints préceptes de la démocratie politique ? Finalement dans le coup d’Etat de Tananarive, la principale victime est sans aucun doute la démocratie, et pas seulement à Madagascar, mais bien au-delà, en Afrique continentale. J’ignore la portée dévastatrice de l’onde, l’avenir se chargera bien volontiers des éléments de réponse. Il est ici question de s’en tenir aux fondements et principes universels de la démocratie, à ses mécanismes unanimement admis. Et c’est surtout là que le bât blesse… Avec tout le déshonneur digne de celui que l’on réserve aux parias de tout premier ordre, Ravalomanana a été bouté loin du pouvoir, bien avant même le terme du second mandat que lui a confié le peuple malgache dit souverain… A croire que les dinosaures, eux, ne sont coupables de rien ; eux qui jouissent de cette odeur de sainteté jamais démentie auprès des parrains toujours bienveillants. Soit. Sans prétendre cerner tous les tenants d’une déchéance à la hussarde, je note simplement un certain nombre des faits qu’il serait pour le moins impossible d’ignorer quand il s’agira de mener une enquête indépendante sur la déferlante qui balaya piteusement le désormais ex-homme fort de Tananarive. Tenez-en : Ravalomanana est connu comme étant ce piètre francophone qui ne s’est pas par ailleurs révélé comme un fervent partisan de l’ancienne puissance coloniale.

La France, alors prise de court et n’ayant pu porter efficacement secours à son protégé Ratsiraka battu à plate couture en 2002, avait longuement tergiversé à reconnaître l’autorité de Ravalomanana. Les séquelles de cette tergiversation étaient d’ailleurs restées tenaces au point d’engendrer une relation cahoteuse qui avait déjà causé l’expulsion de deux journalistes métropolitains et d’un père jésuite.

Ravalomanana est celui qui en 2007, a introduit l’anglais comme langue officielle à Madagascar, et a réintroduit le malgache comme langue d’enseignement primaire. Autant dire qu’il est celui qui a pratiquement condamné le français à la peine capitale sur l’île aux lémuriens.

Ravalomanana est celui qui en 2008, a démis sans coup férir l’ambassadeur de France à Tananarive, Gildas Le Lidec. Une rupture plutôt historique quand l’on sait la pesanteur du complexe d’infériorité qui fait osmose avec la psychologie des pantins assermentés, ces purs-sangs dont la dynastie reste surtout perpétuée en Afrique dite francophone. Et dans ce registre des plus funestes, l’Afrique centrale, bastion de la Françafrique, fait assurément figure de proue.

Je veux bien comprendre que tous ces faits ne sont que péripéties sans aucun rapport avec l’éviction antidémocratique de Ravalomanana. Mais je note simplement que par le passé dans les [ex]colonies d’Afrique, tous ses devanciers qui avaient manifesté de comportements si "désinvoltes" à l’égard de leur [ex]puissance coloniale, ont été vilipendés et sèchement boutés hors du pouvoir. Et pour les moins chanceux, ce fut par l’entremise d’un cercueil. De là où il est, Sankara ne me démentirait sans doute pas ! Une exception qui confirme toutefois cette implacable loi des séries, c’est bien le cas Sekou de la Guinée Conakry. L’on sait cependant le prix fort payé par les Guinéens alors pris en étau, entre l’enclume et le marteau des belligérants engagés dans un antagonisme au relent de guerre froide larvée. Coincés qu’ils se sont retrouvés, entre les affres du dictateur, le boycott de la puissance coloniale, mais aussi l’isolement total d’un monde occidental solidaire de l’un des siens en prise avec un Chef d’Etat des tropiques qui a commis cette "faute inexpiable" d’affirmer la souveraineté de son pays.
Madagascar devait abriter le prochain sommet de la Francophonie en 2010. A présent que la Grande île est suspendue de l’OIF, assure-t-on, elle ne pourrait donc pas organiser le sommet. Espérons que ce ne soit un autre numéro de subterfuge, si prolifique dans l’immensité de l’horreur tropicale. Et de toute façon, une quelconque bananeraie ferait toujours office d’un excellent rempart si besoin est… Nombreux sont les observateurs de tous bords qui trouvaient paradoxale la préférence portée sur le piètre francophone Ravalomanana, plutôt que sur le challenger Kabila. Ils en ont certainement eu pour leur naïveté !

Par Badiadji Horretowdo in Le Messager, le 22 avril 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Jeudi 26 mars 2009



Il y a quelques années, au détour d’une excursion en France dite métropolitaine, l’une de mes connaissances dont le sens d’engagement pour les causes humanitaires ne fait l’ombre d’aucun doute, me suggéra de prendre part à une marche programmée par une journée de samedi dans les rues parisiennes, en dénonciation d’un meurtre aux Antilles. Un policier Blanc venait une fois de plus d’y abattre un fugitif de quelques balles bien ajustées dans le dos, en légitime défense, comme il est de cette appellation contrôlée, prisée chez les disciples des préceptes lepénistes. Je lui opposai gentiment une fin de non-recevoir, avec pour toute explication, tant je m’en estimais redevable, qu’il s’agissait d’un différend franco-français ! Interloqué, il écarquilla grand les yeux mais loin d’être résigné, misant sur l’hypothèse d’une de ces nouvelles blagues de mauvais goût, dont il m’accorderait volontiers la paternité. Désolé ! Et je l’étais en vérité au seul motif d’estime pour son sens d’engagement que je partageais, quoique pour le coup, il y avait cette forme qui nous divergeait. Si les Antilles faisaient partie de la France, je n’en restais pas moins convaincu que l’Antillais-Français devait accomplir son affirmation et son émancipation nulle part ailleurs qu’aux Antilles. J’étais en somme animé de cette certitude, qu’aussi longtemps les Antillais n’auront pas compris qu’il est de leur devoir de se déterminer par eux-mêmes, leur avenir restera aussi sombre et crispant que le flanc de la voûte céleste d’Amazonie au plus fort des précipitations. Et je ne savais certainement pas si bien le dire !

A l’heure où Guadeloupe et Martinique viennent de vivre un mouvement social d’une ampleur aussi historique que porteuse d’espoir légitime, je m’immisce au cœur de l’événement, ainsi à posteriori au détour d’une rétrospective. Un tour d’horizon dans les médias hexagonaux, et déjà une constance : La France métropolitaine s’inquiète de la montée du racisme dans les Antilles !!!... Tiens, tiens ! C’est bien connu, la meilleure défense reste l’attaque. On ne change pas une tactique qui fait recette. Et ce n’est certainement pas les éminents tacticiens de la World Company qui me démentiraient.

Souvenez-vous ! Au plus fort des émeutes de 2005 dans les banlieues métropolitaines en prise avec ces sinistres désespoirs qui rappellent insidieusement Soweto, un nouveau concept fit étrangement irruption dans l’arène des médias métropolitains : Le racisme anti blanc. Martelé haut, et toujours plus fort, à longueur des ondes. Et les bénévoles n’y manquent pas par ces moments toujours garnis de sursauts patriotiques à profusion. Comme ce fut bien le cas en 2005, et comme c’est à nouveau le cas en ce début d’année 2009. Un antidote éprouvé ! Qu’un peuple exprime ses souffrances, et c’est inacceptable et intolérable. Qu’un syndicaliste expose son exaspération et sa colère, et c’est le tollé général. Il s’agit des termes de nature à constituer un délit, et bien sûr que cela est intolérable dans une République qui ne badine pas avec les dérapages, quels qu’ils soient, encore moins quand ils sont à connotation raciste !… Et c’est la Justice qui ouvre une enquête, avec entrain bien évidemment. Soit. Mais alors ! Qu’en est-il du principe de causalité pourtant cher on le sait, aux maîtres-penseurs métropolitains ? Que vaut donc l’expression de désarroi, fût-elle au relent raciste, en comparaison à une méthodique et lugubre sujétion qui maintient inexorablement atrophié et cahoteux, l’avenir d’une communauté pour laquelle les seules promesses de réussite dite sociale, quoique bien encore hypothétiques, résident dans le sport et la musique ?

Les Antilles sont aussi la France, assure-t-on. Quid donc du développement social dans cette région tout aussi partie intégrante d’une nation solidement hissée dans le G7 ? Et je veux bien accepter que dans l’histoire de la France métropolitaine, il y eut ne serait-ce une seule revendication sociale si paralysante des activités et d’une envergure même régionale, pendant laquelle Matignon et Elysée, alors à l’unisson, auraient si obstinément misé sur la naïveté des syndicalistes… Puisqu’il y a grève et une montée de racisme anti blanc dans les Antilles, essayons donc de décrypter les tenants d’un antagonisme franco-français, désormais exposé par la force des choses, sous les feux des projecteurs. Et pour cela, paraît-il, rien ne vaut, au préalable, une brève intrusion dans l’histoire insulaire ; l’histoire vraie je veux dire, celle que dissimule soigneusement l’armada d’éminents historiens métropolitains.

Indépendance des Antilles

Avant d’abolir l’esclavage, curieusement à la révolution industrielle, au temps où les machines remplaçaient désormais les mains-d’œuvre serviles, la France métropolitaine avait pris le soin de concentrer la richesse dans les îles, entre les mains des siens, les békés, dans l’esprit bien entendu d’idées nobles d’émancipation de la personne humaine, sous la forme de ce qui est alors considéré comme étant une indemnisation pour le prix de la libération des esclaves étonnamment devenus tout aussi précieux que les collections d’art du tandem Bergé/Saint-Laurent… Abandonnés à eux-mêmes, misérables et le plus souvent aux petits soins des rangers toujours bienveillants, il en va dorénavant du piteux quotidien d’une communauté qui allait par la suite être flouée par d’alléchantes offres de départementalisation. Ainsi les békés, faisant à peine 2% de la population, dominent 90% des économies insulaires, particulièrement au niveau foncier mais aussi des pans entiers d’activités en possédant les principales sociétés d’importation et de distribution... Il n’est donc pas surprenant que les Afro-Antillais ou plutôt, les Afro-Français d’Outre-mer, qui font pourtant plus de 90% de la population, se retrouvent livrés à eux-mêmes, à la merci des spéculations méthodiques, tant sur les plans fonciers que des produits manufacturés dont les prix pour la plupart, valent pas moins du double de ceux pratiqués en métropole, sans motif économique quelconque. Et quand l’on sait que comparés à la métropole, les salaires sont moins que rien Outre-mer, et le taux de chômage trois fois plus élevé dans les meilleurs des cas, vous comprenez assez aisément qu’il est des concitoyennetés tout aussi redoutables que l’occupation.

Les récents sondages publiés en France métropolitaine révèlent que majorité des Français sont favorables à l’indépendance des Antilles ; ces Antilles dont ils ne gardent généralement à l’image que plages et soleil, palaces et cocotiers. Voyons donc si leur gouvernement qui venait d’ailleurs de soumettre en bonne et due forme une offre de départementalisation à l’île de Mayotte délestée aux Comores, s’obstinera à consommer un mariage dont on sait à présent que l’un des amants au moins, ne veut démocratiquement pas… Je vous laisse toutefois imaginer les Antilles indépendantes avec 90% des richesses entre les mains d’un groupuscule faisant à peine 2% de la population, et pour qui, généralement, l’égalité des races relève du fantasme sinon, de l’hérésie de pseudo-scientifiques. Reconnaissons-le tout de même, en matière de racisme, et à l’instar du Front national (Fn) de Le Pen, on peut probablement tout reprocher aux békés, sauf d’être hypocrites.

Jacques Bino a tragiquement disparu au plus fort de la crise, au moment même où les appels à l’apaisement à grand racolage médiatique des vedettes sportives issues de Dom, n’ont pas produit l’effet escompté. L’enquête voudrait, et je le concède, qu’il soit tout aussi possible que le meurtre du syndicaliste du Lkp ait été commandité par un Guadeloupéen pour lequel il défendait les intérêts. Soit. Le procureur de la République de Pointe-à-Pitre a ouvert, dit-on, une information judiciaire. Attendons donc les résultats de l’instruction. Espérons surtout que l’infortuné Bino aura, lui, plus de chance que Tjibaou et Yeiwéné-Yeiwéné, et que l’on connaîtra le ou les commanditaires d’un meurtre qui, au plus fort des tensions, avait oppressivement allure d’un cinglant avertissement adressé aux syndicalistes les plus fringants. En cela, disons-le, Elie Domota et ses compagnons de résistance ont le mérite d’abnégation et de ténacité… Avec l’île de la Réunion qui a emboîté, tambour battant, les pas de la Guadeloupe et de la Martinique, les Antilles semblent avoir compris que croiser les bras et subir revient exactement à offrir amende honorable ou plutôt, bonne conscience à la caste métropolitaine dont l’état d’âme relèverait, dans l’absolu, de l’utopie. Espérons donc que cette communauté saura fructifier une dynamique si porteuse d’espoir légitime, pour enfin prendre véritablement conscience de sa propre condition existentielle et surtout, se déterminer par elle en conséquence.

Amitié des dictateurs

A l’évidence sur le fond tout au moins, l’élite politique antillaise ne paraît guère différente de son alter ego subsaharien. A la différence de l’Afrique subsaharienne où l’apparente indépendance des ex-colonies françaises constitue concrètement la seule nuance, la mainmise de la France métropolitaine sur les Antilles porte une étoffe bien officielle. Mais bien au-delà des Antilles et des ex-colonies françaises d’Afrique subsaharienne, la question reste la même, stricto sensu, indépendamment des considérations géopolitiques : Les peuples noirs sont-ils disposés à assumer véritablement par eux-mêmes leur destinée, comme le font Tigres et Dragons, ou plutôt, continuer à croupir si piteusement tels de peuples de seconde zone, sous une funeste dialectique d’asservissement, au demeurant autrement plus destructrice que les deux guerres mondiales réunies ? Une question qui semble hélas, résister au temps !

Il est de ces exactions plus que jamais en droite ligne d’un ordre établi, le règne sans équivoque d’un mode d’expression d’une férocité probablement sans égale. Un gisement plutôt immensément lucratif, l’apanage d’un Gotha pour qui "sensé" et "insensé" représenteraient dans l’absolu une seule et même partition symphonique. La France [métropolitaine], puisque c’est d’elle qu’il s’agit ici, y fait assurément figure de l’une des virtuoses incontestées. Tenez-en : la France qui se démène bec et ongles pour que justice soit rendue pour le meurtre de Hariri, est celle qui déroule tapis rouge aux meurtriers de Sankara. La France qui applaudit la chute de Saddam, est celle qui ne fait guère mystère sur ses amitiés préférentielles avec des dictatures tropicales des plus immondes. La France qui condamne avec véhémence le coup d’Etat en Guinée Conakry, est celle qui octroie son onction au tour de force du clan Eyadema au Togo. La France qui apporte son soutien pour la tragique déchéance du président Lissouba démocratiquement élu au Congo, est celle qui se précipite au secours du régime dictatorial tchadien dont les sinistres prouesses ne sont plus à présenter. La France qui prêche à tout va droits et libertés humains, est celle qui tire à vue et massacre civils à Abidjan. La France qui prêche à tout va justice et égalité, est celle qui distille impunité à ses véreux d’Abéché. La France qui applaudit l’élection d’un Afro-Américain à la tête de la toute première puissance du monde, est celle qui bride le destin politique de sa minorité noire qu’elle qualifie avec panache, de visible. La France qui offre en grande pompe l’asile à l’écrivain bangladaise Taslima, est celle qui persécuta Mongo Béti, de regrettée mémoire, dont on connaît l’indifférence et le dénigrement qui ont fatalement émaillé les sorties des classiques pourtant tout aussi dignes de figurer dans les colonnes de l’anthologie littéraire ; à l’inverse de ces produits doctrinaires, de ces anesthésiants dits à succès, plutôt soigneusement déconnectés d’une réalité déconcertante. Et j’en passe. Bien entendu entre autres, je fais ici fi de l’épouvante du chapitre colonial qui, me diriez-vous à juste titre chers lecteurs, reste encore ouvert ; hélas, à la faveur des compromissions pour le moins affligeantes des nôtres !... Au demeurant, je veux bien comprendre qu’il ne s’agit point ici de contradiction et encore moins, d’absurdité. Je veux bien comprendre qu’il s’agit dans les deux sens, de considérations tout aussi dignes de lumière et de droits et libertés humains, admises par une nation dite civilisée et fière de se considérer comme telle.

Yves Jégo qui découvre apparemment les disparités criardes des prix des produits [manufacturés] entre la Métropole et les Antilles, a saisi, dit-on, l’Autorité de la concurrence qui rendra son rapport fin été… Au cœur de la tragédie, une autre diversion d’un genre plutôt français !

Par Badiadji Horretowdo in Le Messager, le 24 mars 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Grands dossiers
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Mercredi 18 mars 2009



"Les colonialistes ne veulent pas admettre qu'un Noir soit l'égal d'un Blanc. Cette conception se manifeste dans le domaine social, dans l'échelle des salaires, dans le traitement médical, dans le logement, dans la justice et hélas, à l'Église. Quelle est alors l'âme éprise de liberté qui resterait insensible devant ce fait révoltant d'un étranger qui traite les enfants de la terre comme des hommes de seconde zone ? La doctrine coloniale n'a jamais cessé de proclamer que le Blanc est un être supérieur et que le Noir, spécialement, ne possède que des capacités limitées
... Une telle façon de ne rien faire pour modérer, sauf cas exceptionnel, la discrimination raciale fait beaucoup pour renforcer notre méfiance et notre combativité" (Ruben Um Nyobé)


L’information a été publiée avant-hier dans les colonnes du quotidien Notre Voie. L’opérateur de téléphonie mobile Orange Côte d’Ivoire a reçu, en date du 16 janvier 2009, un courrier de protestation de la part du directeur général de l’Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire (ATCI), en charge de la régulation du secteur des télécoms, pour «comportements et propos irrévérencieux envers les institutions ivoiriennes, y compris la Présidence de la République». L’individu incriminé est le français Charles Guéret, directeur commercial d’Orange Côte d’Ivoire, qui représente le directeur général Jean-Jacques de Pins lors des réunions de l’ATCI.

Cet avertissement n’est qu’un épisode de la situation sans précédent que traverse actuellement l’opérateur de téléphonie mobile hexagonal en Côte d’Ivoire. En effet, par courrier adressé au président du conseil d’administration de l’entreprise, les délégués du personnel d’Orange Côte d’Ivoire ont fait part de leur révolte contre les méthodes de gestion et attitudes arrogantes, irrespectueuses et malhonnêtes des français Jean-Jacques de Pins, Charles Guéret et François Couturier (directeur financier). Le point de non retour a été atteint lorsque les représentants du personnel ont décidé d’interdire l’accès à tous les sites d’Orange auxdits dirigeants et ont exigé de leur conseil d’administration leur départ de Côte d’Ivoire. Petite anecdote qui reflète bien l’état d’esprit colonialiste de sieurs concernés : face à l’impossibilité d’accéder à leurs bureaux, le trio, du haut de sa bulle impérialiste, a tout naturellement requis l’aide de l’armée française pour opérer un passage en force, ce que les éléments de la force d’occupation Licorne, qui ont remplacé les bidasses du 43ème BIMA démobilisés depuis plusieurs mois, ont décliné, pas fous et peu enclins à rallumer une insurrection qui dépasserait celle de novembre 2004.

Parallèlement, le vice-président pour la région Afrique du Centre et de l’Ouest de MTN, le dénommé Christian de Faria, lui aussi ressortissant français, se permettait, suite à l’arrêté d’expulsion pris par les autorités ivoiriennes à l’encontre du directeur général de MTN Côte d’Ivoire, le Canadien Aimable Mpore, de qualifier notre pays de «république bananière», avant d’aller signer une pétition contre la décision de l’Etat de Côte d’Ivoire, devant des membres du personnel estomaqués.

Que ce soit par racisme historique, comme dans le cas des sociétés occidentales en général et françaises en particulier, ou par ignorance de l’accablant traumatisme colonial imposé par la France et la Belgique aux pays d’Afrique francophone depuis l'époque de l’esclavage jusqu’à nos jours, pourtant si similaire à celui vécu par les Sud-Africains pendant l’oppressif régime de l’apartheid, il est indéniable que les opérateurs économiques étrangers ne font aucun effort pour promouvoir les talents nationaux au plus haut niveau au sein de leurs filiales africaines. Cela pourrait encore être acceptable, si les dirigeants étrangers nommés disposaient des compétences requises et nécessaires. Hélas ! Les critères de recrutement semblent plus être leur adhésion au colonial système françafricain ou leur racisme génétique que leurs qualifications professionnelles, leurs aptitudes techniques ou leur leadership. Et lorsque, une fois tous les trente-six du mois, il leur arrive de nommer un Noir à un poste de direction, ils sont suffisamment pernicieux, dans la plupart des cas, pour s’assurer qu’il ait soit fait allégeance à leurs objectifs de prédation économique, soit une tendance accrue à l’escroquerie, afin de disposer de moyens de pression sur lui, le cas échéant.

Si cet état de choses est à déplorer, il n’en demeure pas moins qu’il est facilité et encouragé par l’apathie de certains gouvernements africains, dans la plupart des cas des anciennes colonies françaises. Et cet attentisme complice et criminel contribue non seulement à annihiler les perspectives de développement des pays concernés, mais surtout l’émergence d’une classe moyenne et d’un capitalisme national solides. Comment un pays comme le Cameroun, qui dispose des textes relatifs à la nationalisation des cadres, peut-il autoriser des multinationales à employer des expatriés aux mêmes postes pendant cinq, six, voire dix ans, sans s’assurer qu’un transfert de savoir ou de compétences soit effectué au plus tard dans les trois années suivant l’arrivée de l’expatrié ? Comment les Etats concernés peuvent-ils permettre qu’une entreprise sud-africaine, elle-même créée grâce à la politique du Black Economic Empowerment (BEE) mise en place pour corriger les ravages et discriminations causées par l’apartheid, puisse, dans dix pays où elle est présente en Afrique centrale et de l’Ouest, n’avoir qu’un seul directeur général issu du terroir ? Est-il admissible que la législation ivoirienne ne dispose pas d’une obligation, pour tout investisseur étranger, d’ouvrir son actionnariat à des nationaux ? Est-il acceptable, compte tenu du nombre d’Ivoiriens et d’Africains hautement qualifiés qui exercent en Afrique et de par le monde, qu’une position comme celle de directeur financier d’une multinationale soit, en 2009 en Côte d'Ivoire, occupée par un Gaulois aux diplômes douteux et au parcours hasardeux? Les exemples du Nigeria et du Ghana, les deux meilleures références de réussite économique et de développement dans la sous-région, qui disposent tous deux d’une législation très protectionniste envers le savoir-faire local et la promotion des talents nationaux et qui veillent particulièrement à sa très stricte application, devraient suffire à faire taire tous ceux qui craignent que ce genre de réflexion ait pour finalité de faire fuir les investisseurs étrangers et inspirer les gouvernants hésitants de l’ex pré carré impérialiste français.

Une chose est sûre : si les entreprises étrangères n’arrivent pas à adapter rapidement leur politique managériale à l’évolution de la situation politique et socio-économique des pays d’Afrique francophone,  elles devront faire face à une riposte de plus en plus radicale des autorités et populations locales: l’expulsion du fort indélicat directeur général de MTN Aimable Mpore par l’Etat de Côte d’Ivoire, la rébellion des employés d’Orange Côte d’Ivoire contre le triumvirat colonial commis par Paris pour les diriger, les protestations de l’ATCI contre les «frasques verbales» de Charles Guéret sont des signes annonciateurs d’un changement profond et irréversible. Un proverbe occidental dit que «tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse». Il semblerait bien que les colons dirigeants d’entreprise et leurs lamentables laquais locaux, dont l’arrogant et abject comportement de gouverneurs de plantations a trop longtemps été toléré, courent de plus en plus le risque de se voir renvoyés à leurs expéditeurs. Et que là où l’Etat a abdiqué ou tarde à réagir, les citoyens et salariés apparaissent bien décidés à prendre eux-mêmes les choses en main.

«Les républiques bananières» vous saluent!

Mahalia Nteby, le 18 mars 2009

 

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Edito
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Mardi 17 mars 2009


De
ux poids deux mesures, dites-vous ? Mais, c’est tout comme ! Où étaient donc la Cour Pénale Internationale (CPI) et les zélateurs de la CPI au moment des événements de Gaza, en particulier durant la Blitzkrieg (guerre-éclair) de 3 semaines menée par les dirigeants israéliens contre les Palestiniens en janvier 2009 ?

A voir, la manière dont cet organisme et ses relais s’acharnent, de façon violente et irrévérencieuse, outrecuidante et haineuse, contre le Président soudanais, Mohammed El Béchir, et au-delà, contre ce qu’il représente aux yeux de ses contempteurs, en l’occurrence, un référentiel culturel et religieux autre que celui des lobbies judéo-chrétiens occidentaux, il  y a lieu de se poser la question : De quoi s’autorise cette manière de justice prétendument internationale ? En effet, les cas notoires d’Ariel Sharon pour Israël (Shabra et Shatila : 1982) et Georges W. Bush (Iraq : 2006), pour ne citer que les plus célèbres fauteurs de crimes contre l’Humanité jamais imaginés, courent toujours, à côté desquels M. Milosevic n’est que de la petite bière, et M. Taylor Charles un bouc émissaire destiné à tenir en respect et à faire chanter les dirigeants africains en place.


Il y a donc lieu de se demander si ce "deux poids, deux mesures" dans le processus de mise en place d’une justice internationale n’est pas une arme aux mains des puissances de la mondialisation, qui après le contrôle du marché, visent à discipliner à leurs objectifs et à leurs modes de vie, les cultures et les traditions qui échappent jusqu’ici au vieil impérialisme occidental confronté à une crise de vieillissement organique et qui voit se dresser en face de lui des revendications identitaires et des résistances morales, politiques et idéologiques pouvant revêtir, çà et là mais non exclusivement, le visage du Bolivarisme en Amérique latine (Venezuela, Bolivie, Salvador), de
la Renaissance de l’Empire du Milieu en Chine ou de l’Islamisme en Iran et dans les pays du Golfe persique, au Liban et en Palestine occupée (Cisjordanie et Gaza), dans les pays arabes (Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie), sans parler de la Corne de l’Afrique, singulièrement en Somalie et au Soudan, et d’ores et déjà (ou demain ?) l’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal, Mali, Nigeria, Côte d’Ivoire, etc.).

Du fait que sa démarche reste désespérément sélective et orientée pour ce qui concerne les pays africains en général et les pays musulmans en particulier (Sud Liban, Palestine, Jérusalem/Al Quds, Soudan),
la CPI n’entame pas seulement une crédibilité qu’elle a du mal à obtenir auprès de l’opinion, mais elle s’aliène du même coup les forces morales et politiques qui eussent dû soutenir son action et relayer ses messages, à commencer par l’Union Africaine, qui s’est légitimement émue et l’a fait savoir, de la manière cavalière et irrespectueuse de la souveraineté des Etats et des peuples, dont le premier fonctionnaire stipendié peut stigmatiser des chefs d’Etats élus en Afrique pour des faits qui restent encore à établir, alors que dans le même temps, les pratiques de type criminel et les tragédies militaro-colonialistes des puissances occidentales sont minimisées par cette même CPI. Qui plus est, singulièrement lorsqu’il s’agit des réparations occidentales relatives à la traite des Noirs et à l’esclavage  ou des crimes de guerre des colonialismes européens dans le monde ou du sionisme contemporain en Afrique (Octobre 73 : Israël franchit le canal de Suez et occupe le Sinaï). Pourquoi la CPI feint-elle d’ignorer les pratiques génocidaires de l’Etat sioniste  depuis au moins 1948, pratiques qui perdurent et se répètent à séquence régulière depuis 60 ans : Der Yassin à la fin des années 40 ; Guerre des Six jours en 1967 ; Guerre du Kippour en 1973, Invasion du Sud Liban en 82; Siège de Ramallah en 2002/2003 ; Guerre du Liban Sud en 2006 ; Massacres de Gaza en 2009). S’il y a une morale internationale qui tente de prendre la forme d’une justice internationale, pourquoi se montre-t-elle plus sensible et perméable aux actes présumés des nations les moins nanties, singulièrement africaines et/ou musulmanes, tout en demeurant réfractaire voire indifférente aux exactions commises à grande échelle par les puissances occidentales et leurs alliés ?

Partant, il y a lieu de se demander si cette CPI, qui se donne comme l’expression d’une nouvelle moralité internationale, n’est pas en train de prendre les allures d’une justice de classe des riches et puissants judéo-occidentaux et capitalistes et/ou alliés, pour autant qu’elle privilégie certaines cibles et certains pays dépendants ou fragilisés au détriment des groupes dominants de la mondialisation libérale qui se sont institués comme seuls parangons d’une justice internationale qui ne s’applique qu’aux faibles.

Aussi, serait-il indiqué - parce que conforme à l’idéal de Justice et de Liberté de tous les peuples et de toutes les nations - de la part de
la Cour Pénale Internationale d’instruire systématiquement tous les crimes recensés contre l’Humanité depuis au moins la traite des Noirs et le colonialisme jusqu’à l’holocauste de Gaza perpétré par l’Etat d’Israël en Janvier 2009, en passant par les crimes de Bush en Irak et de Sharon au Sud Liban.

Au total, si
la justice internationale a pour mission de rétablir l’équité dans les relations entre les nations et les peuples, de protéger les plus faibles contre les appétits des plus forts, il est de la plus haute instance que la CPI rompe avec ses ambiguïtés de Cour des  Riches et assume ses responsabilités vis-à-vis de tous les justiciables et de tous les assujettis.

En prenant le contre-pied de
la Nouvelle Morale Universelle en marche, au regard du soutien universel à la Résistance palestinienne de Gaza en Janvier 2009, face à l’agression sioniste, et ce, toutes tendances confondues, au-delà des confessions et des obédiences religieuses, ethniques et confessionnelles et raciales, la CPI a défié cette même opinion qui dès lors se trouve devant le choix de combattre ou de capituler face à ce "deux poids, deux mesures" manifeste.  Sous ce rapport, la défense du Soudan et du Président du Soudan agressés selon une logique sélective, discriminatoire et  punitive passée de mode, demeure le réflexe de tous les amis de la justice, de la vérité et de la liberté.  Sans préjuger aucunement - c’est évident -, d’une analyse impartiale et d’un examen circonstancié de la question du Darfour. En définitive, si une justice internationale  à deux vitesses est le tribut à payer par les pays les moins nantis aux puissances de la mondialisation, la citoyenneté universelle une et indivisible devrait passer logiquement et conceptuellement des mains des hypocrites de l’ancienne moralité internationale à celles de la convergence des citoyens et des Nations qui entend traduire M. Sharon et M. Bush, de même que les anciens colonialismes européens, devant les Tribunaux de Conscience des Peuples, et exiger réparation de tous les crimes contre l’Humanité commis au nom de la prétendue suprématie de l’Europe sur l’univers. Le Président en exercice de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) est donc interpellé au plus haut niveau, de même que les citoyens et tous les foyers religieux musulmans du Sénégal et sur la gravité de la situation en question et sur la conduite à tenir.

Pr. Malick Ndiaye
, Sociologue, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, le 17 mars 2009

Par Mahalia Nteby - Publié dans : Politique africaine
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Opinion

Do not leave Africa in scramble



To many minds, Africa is a picture of hopeless misery: afflicted by poverty, scarred by corruption and ravaged by Aids and war. These facts are true, but they tell only half the story. In many sub-Saharan African countries output briskly outpaced population growth during the last decade, leading to sustained growth in income per capita and promising a lasting escape from poverty.

Behind the success lies many African leaders’ willingness to adopt solid macroeconomic policies and move towards more transparency and less red tape. Economic integration with the world deepened and trading relations diversified. Record-breaking prices boosted commodity exporters’ incomes. The private sector’s success, for example in telecommunications, showed that Africa does not lack good business opportunities. Before the crisis, countries such as Ghana were on course to escaping aid dependence by entering global capital markets.

But Africa is now slipping. Foreign direct investment has shrivelled. Capital markets have seized up as funds flee to the safety of rich-country sovereign bonds – with which the market is flooded. The price of trade credit has soared, sharply halting trade flows, with commodity exporters suffering additionally from the drop in prices.

As tax revenues fall and demands on public services rise, governments without large savings are in a squeeze. African leaders warn of a popular backlash: if the public suffers undeserved pain after governments followed what rich countries told them to do in the 1990s, economic growth and democratic stability are at risk. Already coups and riots are on the rise.

The world’s leading countries must act to end the global crisis as soon as possible. In the meantime, Africa should not be a casualty of other priorities. African governments that have shown a commitment to sound policies must be helped to fill temporary funding gaps. And rich countries should quickly prop up trade finance: it would do much good and cost little.

Development aid
can do ill as well as good; the long-term goal must be to get rid of it. But that is no argument against short-term crisis assistance, which has been provided – quickly – to small and relatively rich European countries; many African countries need the same. Moreover, rich countries made aid promises at the Gleneagles summit that they have yet to fulfil.

The potential cost of the crisis in Africa is not just unemployment; it is starvation, civil war and the closing of an escape route from poverty. That is a price the world cannot afford to pay.


Editorial
Financial Times
Le 16/03/2009

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